Ce terrible goût pour l’immortalité, par PHILGILL

Edvard Munch
« Et Dieu dit : Faisons l’Homme à notre image, selon notre ressemblance, et qu’il domine sur les poissons de la mer, les oiseaux du ciel, les bestiaux, toutes les bêtes sauvages et toutes les bestioles qui rampent sur la terre. »

Deux affirmations, voilà donc ce sur quoi, à l’origine, s’est appuyé l’Humanisme selon Paul Jorion. Une définition qui avait en effet de quoi séduire et exalter les nouveaux humanistes pour qui l’homme redevenait le centre des préoccupations, comme chez les Anciens. Et bien qu’aujourd’hui nous n’imaginions plus comme Michel-Ange que Dieu soit représenté en un vieil homme barbu — image à tout le moins désuète —, nous continuons de nous questionner sur les termes utilisés dans ces deux affirmations du livre de la Genèse.

Aussi, je me souviens enfant, quand la première fois j’ai lu ce verset de l’œuvre des six jours, je me suis interrogé comme tout un chacun en quoi consistait d’abord cette « image », et comment l’homme pouvait « être semblable » à Dieu. Et celle qui me vint naturellement fut celle du livre, d’imaginer que l’homme était un livre… « Tout homme est un livre où Dieu lui-même écrit. » — Victor Hugo
Livre de la Sagesse (2,23) : « Or Dieu a créé l’homme pour qu’il soit incorruptible, et il l’a fait image de ce qu’il possède en propre. ». Mais, qu’est-ce que Dieu possède en propre, et qu’il a donné à l’homme et non à toute bête de la terre ?

« L’homme est un livre. En lui toutes les choses sont écrites, mais les obscurités ne lui permettent pas de lire cette science à l’intérieur de lui même. » — Rûmî
Et s’il est un livre (parmi d’autres livres), comment pourra-t-il recouvrer cette science à l’intérieur de lui-même, alors qu’il subit depuis que la mort est entrée dans le monde, les obscurités de ses désirs coupables ?

Cette science étrange, donc, que nous possédons et qui se trouve en quelque sorte repliée dans notre propre chair nous ramène à la seconde partie de la définition ; quant à savoir si l’homme réussira à se dominer lui-même, ou se contentera de vouloir soumettre le créé par la violence, au risque de voir le grand livre du vivant se refermer prématurément. Car force est de constater que si nous avançons chaque jour un peu plus dans un monde vide d’existence, on ne pourra bientôt plus rien désigner du nom d’« être vivant ». « Désormais muette, inodore et impalpable, la nature s’est vidée de toute vie. » — Philippe Descola, (Par-delà nature et culture). Ainsi, à l’image du livre invisible à l’œil dont nous parle le mystique poète et philosophe persan Rûmî, « la nature n’est pas uniquement ce qui est visible à l’œil – c’est aussi les images que l’âme s’en est faite », — Edvard Munch.

Par conséquent, comment « rendre visible » ce livre à l’intérieur de nous ?
« Yahvé Dieu modela encore du sol toutes les bêtes sauvages et tous les oiseaux du ciel, et il les amena à l’homme pour voir comment celui-ci les appellerait. Chacun devait porter le nom que l’homme lui aurait donné. » — Genèse (2,19)

Ou comme le dit autrement le botaniste Boris Presseq : « On protège toujours un peu mieux ce qu’on connaît… à partir du moment où on nomme quelque chose, on lui donne une existence ». Par conséquent, la seconde partie de la définition indiquerait à l’homme la conduite à suivre pour se réaliser lui aussi en poursuivant le projet initial… Dominer toute la terre par l’instrument de la parole, sans rien anéantir.

Pour autant, constatant que l’homme se sentait toujours seul parmi toutes les autres créatures et pour combler ce manque, Dieu envisagea à la fin de lui apporter une aide qui lui soit assortie… la femme. Et à l’homme de s’écrier : « Pour le coup, c’est l’os de mes os, et la chair de ma chair ! » Comment expliquer alors que l’homme en soit venu aujourd’hui à vouloir partager de plus en plus de ses traits caractéristiques avec les machines, au lieu de rester attaché à celle qui lui fût simplement accordée au commencement de l’humanité ?

Rêverait-il donc de quelque chose de plus « perfectible » ? Faut-il attendre que celui-ci s’écrie : « Celle-ci sera appelée « machine », car elle fut tirée de l’homme, celle-ci ! »

D’après le récit biblique, ce qui s’est ensuivi, fut que la femme trompée par Satan devint la source de la perte de l’immortalité originelle. Dès lors, au vu des menaces qui pèsent dorénavant sur le genre humain, le problème urgent qui émerge est donc de comprendre pourquoi l’homme du Vingt-et-unième siècle a décidé de relancer ce mécanisme du goût pour l’immortalité, se condamnant, par ailleurs, à vivre dans un terrible ennui…

Enfin et pour rejoindre le tableau final dressé par Paul Jorion dans son introduction ; quelle serait la meilleure voie que l’être humain pourrait emprunter afin de surmonter son profond désarroi et remédier au fait d’être une créature inaccomplie ? Paul Jorion souligne brièvement dans sa conclusion une autre vision possible : le « social intériorisé » !

Aussi, est-elle déjà écrite en chacun de nous, imprimée dans un livre, gravée dans l’os ou peinte sur un rocher ?

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38 réponses à “Ce terrible goût pour l’immortalité, par PHILGILL”

  1. Avatar de BasicRabbit
    BasicRabbit

    Bonjour PHILGILL (ça fait un bail…). Deux citations thomiennes pour garder mes vieilles habitudes.

    1. « Finalement il y a eu à un certain moment, un « miracle ». Les organismes vivants ont pu se reproduire d’eux-mêmes, ils ont pu, en quelque sorte, fabriquer des mécanismes leur permettant d’amortir les variations du
    milieu ; en compensation de cette espèce de raffinement de leur structure intérieure, ils ont perdu la capacité de naître par génération spontanée ; ils auraient perdu cette capacité par suite d’une complexité interne qu’ils auraient acquise au cours de leur lutte, en quelque sorte, contre les stimuli externes et contre les variations des stimuli externes. » ;

    2. « Il est typique de voir que la cellule immortelle, la cellule prokaryote, comme disent les biologistes, la cellule qui vit par elle-même, en principe ne fabrique pas d’artefacts. En tous cas je ne vois pas ce qui pourrait jouer le rôle d’un artefact dans la physiologie d’une cellule. Et de même tous ses instruments, ses outils, ses organes sont tous réversibles. On peut se demander de ce point de vue si l’apparition de l’artefact n’est pas quelque chose qui est fondamentalement lié au caractère multicellulaire, au caractère composé des organismes, et si donc cette prolifération des artefacts n’est pas le premier symptôme de la mort. » (Hymne thomien à l’intelligence artificielle assistée par ordinateur ?)

    1
    1. Avatar de PHILGILL
      PHILGILL

      @ BasicRabbit

      Bonjour ! C’est vrai que ça fait un bail. Aussi, pardon de ne pas avoir répondu plus vite, mais je viens de constater que mon texte contenait une grosse lacune. Je vais donc tâcher de remplir ou du moins essayer d’expliquer rapidement ce qui manque, mais sans bien savoir encore pourquoi cela me semble personnellement nécessaire…
      En attendant, peut-être pourriez-vous nous dire comment René Thom, selon la théorie des catastrophes, aurait comblé une « lacune » ?

      1. Avatar de BasicRabbit
        BasicRabbit

        @PHILGILL

        Nos commentaires se sont croisés. Je viens effectivement de proposer une réponse « thomienne » à une question que vous ne m’aviez pas encore posée !

      2. Avatar de BasicRabbit
        BasicRabbit

        @PHILGILL (« … pourriez-vous nous dire comment René Thom, selon la théorie des catastrophes, aurait comblé une « lacune » ? « )

        Pour Thom c’est l’affectivité qui permet de combler un « manque » :

        « L’affectivité « déforme » la structure de régulation de l’organisme, en la compliquant. ».

        Il donne l’exemple du chimpanzé de Kohler en manque de banane et qui cherche un moyen de combler ce manque face à un bananier couvert de bananes inaccessibles. C’est pour Thom ainsi que le chimpanzé arrive à avoir l’idée du bâton qui va lui permettre de prolonger son bras pour gauler les bananes. Techniquement l’affectivité fait -dans ce cas- passer une structure de régulation de l’organisme régie par la catastrophe « pli », à la structure de régulation plus compliquée régie par la catastrophe « queue d’aronde ».

        Bien entendu il s’agit de la première fois où un chimpanzé de la tribu a l’idée d’un bâton comme prothèse allongeant son avant-bras, car autrement, c’est-à-dire en situation ordinaire, l’idée d’utiliser le bâton vient par mimétisme. Un darwinien orthodoxe dirait sans doute que c’est par hasard que s’est faite l’invention du bâton comme prothèse au sein d’une tribu des chimpanzés. Mais Thom est lamarckien, pas darwinien : pour lui c’est la fonction qui crée l’organe.

        Mais ce n’est peut-être pas du tout ça que vous attendez car vous écrivez :

        – en commentaire : « Je vais donc tâcher de remplir ou du moins essayer d’expliquer rapidement ce qui manque, mais sans bien savoir encore pourquoi cela me semble personnellement nécessaire… » ;

        – dans votre billet : « Pour autant, constatant que l’homme se sentait toujours seul parmi toutes les autres créatures et pour combler ce manque, Dieu envisagea à la fin de lui apporter une aide qui lui soit assortie… la femme. « .

        Comment combler cette lacune-ci en terme de théorie des catastrophes ? La seule possibilité qui me vient à l’esprit est de déformer la structure de régulation de l’organisme (mâle en ce qui me concerne) pour remonter à la catastrophe « ombilic parabolique » -plus compliquée- organisatrice de la formation des organes sexuels : voir mon commentaire du 08 novembre 2022 16h09.

        1. Avatar de PHILGILL
          PHILGILL

          @BasisRabbit

          Pour dire vrai, c’est en repensant à un texte de Jacques Derrida (Nature, culture, écriture – La violence de la lettre de Lévi-Strauss à Rousseau), que je me suis aperçu que j’avais omis de signaler quelque chose. Alors, quel était mon oubli ?
          Toutefois, contrairement à ce que j’espérais, je ne vais malheureusement pas pouvoir répondre d’un trait, vu que c’est assez complexe.
          En préambule, j’ai encore en tête un de mes derniers commentaires adressé à DAMMARETZ Denis, [cf. Deux courtes notes à propos du XXème Congrès du PCC, par D.D. & D.H.], au sujet de la modernisation chinoise, se caractérisant par une coexistence harmonieuse entre l’homme et la nature. Xi Jinping : « L’homme et la nature forment une communauté de vie. Exploiter sans limites la nature, voire la détruire, finira immanquablement par se retourner contre nous. » J’ajoutai que selon François Flahault, philosophe et anthropologue : « Questionner les relations de l’homme avec la nature, c’est présupposer que celui-ci est capable de réfléchir sur ces relations, de les penser autrement et d’agir en conséquence. Ce présupposé est tout à fait justifié. Mais il en masque un autre qui l’est beaucoup moins : en employant ces deux mots, « homme » et « nature », nous admettons d’emblée que la nature est une chose et que l’homme en est une autre. » Et moi qui croyais que l’homme était une partie de la nature, que l’humanité était compris en elle, que nous lui appartenions… Mais affirmer que « l’homme et la nature forment une communauté de vie » ; cela implique logiquement, dans le cas où la nature est exploitée « sans limites », voire détruite, que cette dernière soit alors en droit de demander non seulement réparation à l’homme fautif, voire en quelque sorte de « divorcer » avec celui-ci, dès aujourd’hui. Aussi, Xi Jinping, à la tête du Parti communiste chinois, est-il prêt à la laisser s’échapper ?
          Maintenant, venons-en au vif du sujet, et à ce qui manquait mais que je n’avais pas dit peut-être parce que ce serait idiot ou plus difficile à se le représenter : n’aurait-il pas mieux fallu qu’un tel Dieu n’eût jamais fait don à celui qu’il fît à son image ce qu’il possède en propre, c’est-à-dire sa parole, le verbe ? Mais, aurait-il pu en être autrement ?
          C’est là donc que ça se corse, car si Dieu a su modeler du sol (bien sûr, d’après la sainte bible), toutes les bêtes sauvages et tous les oiseaux du ciel ; c’est à l’homme qu’il les amena « pour voir comment celui-ci les appellerait. Chacun devait porter le nom que l’homme lui aurait donné. » Mais enfin pourquoi un tel ordre, pour le moins mystérieux ?
          Encore faut-il comprendre ce que « nommer » veut dire…
          Mais avant d’aller plus loin et d’évoquer sans doute de nouveau le texte de Jacques Derrida, j’aimerais grâce à Delphine Horvilleur, écrivaine et rabbin, pour ne pas la citer, rappeler deux ou trois petites choses assez troublantes. La première est qu’en hébreu, le verbe « être » n’existe pas au présent. Delphine Horvilleur : « Dans cette langue, on ne peut pas dire « je suis ». On peut avoir été ou être en train de devenir, mais on ne peut pas être, une fois pour toutes ». C’est comme si Dieu se réservait pour lui-même le temps du présent. C’est du moins ainsi qu’il se présenta à Moïse en lui disant : « Je suis celui qui suis (YHWH) ». Claire Bernole, journaliste : « En réalité, le tétragramme YHWH n’est pas un nom. Non seulement parce que Dieu ne peut être défini et donc fini, comme le rappelle la Rabin Delphine Horvilleur, mais encore parce que « la construction grammaticale hébraïque du nom de Dieu est celle d’un verbe. Ces quatre lettres sont l’agrégat de trois temps. C’est le verbe être conjugué à l’inaccompli, au présent et à l’accompli. ». On peut donc s’interroger et se demander ce qui se cache vraiment derrière cette impossibilité grammaticale, ou interdit temporel ?
          PROFESSEUR BRAND : Je n’ai pas peur de la mort, Murph. Je suis un vieux physicien. J’ai peur du temps.
          MURPH : Le temps … vous avez peur du temps … Professeur, l’équation … Pendant des années, nous avons essayé de la résoudre sans changer les hypothèses sous-jacentes sur le temps.
          PROFESSEUR BRAND : Et ?
          (À suivre)

          1. Avatar de Pascal
            Pascal

            « C’est comme si Dieu se réservait pour lui-même le temps du présent. C’est du moins ainsi qu’il se présenta à Moïse  »
            Ainsi, Dieu serait une personne !😉
            « On peut donc s’interroger et se demander ce qui se cache vraiment derrière cette impossibilité grammaticale, ou interdit temporel ? »
            Nommer, c’est définir et définir c’est circonscrire. Nommé c’est définir des limites, celles d’une partie d’un tout Infini.
            Si Dieu est Infini, s’il est tout, alors il ne peut être nommé et encore moins être une personne.
            Mais encore une fois, la parole des institutions religieuses qui ont écrit les « livres sacrés » n’a pas vocation à accompagner l’être humain vers une compréhension de lui même. La nature de l’institution est d’instituer un ordre social, une emprise sur l’individu. S’enfermer dans les mots des « textes sacrés », c’est s’interdire d’être par soi même.
            Être dans le geste, l’action a plus de sens que les mots. Illustration :
            https://www.huffingtonpost.fr/international/video/en-iran-ils-font-tomber-le-turban-des-mollahs-pour-protester-contre-le-regime_210040.html

          2. Avatar de Pascal
            Pascal

            « Mais affirmer que « l’homme et la nature forment une communauté de vie » ; cela implique logiquement, dans le cas où la nature est exploitée « sans limites », voire détruite, que cette dernière soit alors en droit de demander non seulement réparation à l’homme fautif, voire en quelque sorte de « divorcer » avec celui-ci, dès aujourd’hui. »
            Des êtres humains ont écrit un jour « Dieu a fait l’homme à son image… » Et maintenant, des êtres humains veulent faire de la nature une personne avec laquelle on établirait une relation contractuelle. Les êtres humains aveuglés par une certaine conscience d’eux mêmes ne savent voir le réel qu’en le dessinant à leur image. Quand nous parviendrons à mettre de côté notre image de nous même, peut être serons nous capable de porter sur la nature un regard plus proche du réel et de toute façon bien moins anthropocentré.

          3. Avatar de BasicRabbit
            BasicRabbit

            @PHILGILL, à propos de votre préambule.

            Pour Thom les rapports de l’homme à la nature sont ceux d’un microcosme par rapport au macrocosme, les deux évolutions étant régies par les mêmes dynamiques:

            – « Les situations dynamiques régissant l’évolution des phénomènes naturels sont fondamentalement les mêmes que celles qui régissent l’évolution de l’homme [des espèces, c’est moi qui rajoute] et des sociétés. »;

            – « En écrivant ces pages j’ai acquis une conviction; au cœur même du patrimoine génétique de notre espèce, au fond insaisissable du logos héraclitéen de notre âme, des structures simulatrices de toutes les forces extérieures agissent, ou en attente, sont prêtes à se déployer quand ce deviendra nécessaire. La vieille image de l’Homme microcosme reflet du macrocosme garde toute sa valeur: qui connaît l’homme connaîtra l’univers. Dans cet essai d’une théorie générale des modèles [sous-titre de Stabilité Structurelle et Morphogenèse], qu’ai-je fait d’autre, sinon de dégager et d’offrir à la conscience les prémisses d’une méthode que la vie semble avoir pratiqué dès son origine? ».

            Commentaire de la deuxième citation. Je trouve que le « ou en attente » a un côté prophétique suggérant que, face à un problème « vital » à résoudre pour l’espèce, l’homme utilise, plutôt inconsciemment que consciemment (?), comme le chimpanzé de Kohler dont parle Thom (1), la ruse de la raison dont parlent Hegel, Durkheim et Freud (2)). Pas très darwinien, tout ça !

            1 : Cf. mon commentaire du 08 novembre 2022 22h25

            2 : https://www.pauljorion.com/blog/2022/11/02/humanism-and-its-discontents-the-rise-of-transhumanism-and-posthumanism-introduction/ (à la fin)

          4. Avatar de BasicRabbit
            BasicRabbit

            @PHILGILL (vif du sujet)

            Mes précédentes réponses thomiennes (en partie à des questions que vous ne m’avez pas posées) avaient un tour plutôt biologique. Comme vous le demandez je tente encore ici une réponse thomienne. Mais je constate que vos questionnements sont plutôt d’ordre linguistique. Ça ne tombe pas trop mal parce que Thom a écrit à ce sujet un certain nombre de choses originales (dont je ne sais pas comment elles sont actuellement reçues par les différentes « chapelles » linguistiques (1).

            Claire Bernadotte écrit : « En réalité, le tétragramme YHWH n’est pas un nom. (…) parce que « la construction grammaticale hébraïque du nom de Dieu est celle d’un verbe. ».

            Pour Thom, je crois, les verbes sont en général structurellement instables et demandent des « substantifs » pour les stabiliser : par exemple thomien typique le verbe bivalent « manger » se stabilise dans la phrase SVO « Le chat mange la souris. »(2).

            Il apparaît clairement -au moins pour moi…- que le Dieu tout puissant considéré dans la fin de mon commentaire du 08 novembre 2022 9h17 est infiniment instable et infinivalent, et par conséquent innommable. C’est pour moi le Dieu Khaos de la mythologie grecque (3) qui est le plus proche de ce Dieu « en puissance » (et tout puissant) qui demande une infinité de « substantifs  » pour se stabiliser et ainsi exister « en acte » (sans doute pas demain la veille ! (4) ).

            En ce qui concerne  » C’est du moins ainsi qu’il [Dieu] se présenta à Moïse en lui disant : « Je suis celui qui suis (YHWH) », ce n’est certainement pas, dans une perspective thomienne (5), du Dieu « tout puissant » ci-dessus. qu’il s’agit. Je m’explique.

            Thom associe à chacune de ses sept catastrophes élémentaires des verbes de plus en plus « capables de ». Ainsi en est-il du pli auquel Thom associe les verbes univalents commencer, finir, du papillon auquel Thom associe le verbe trivalent donner, jusqu’à l’ombilic parabolique (auquel Thom associe je ne me souviens plus quoi -je n’ai pas ma doc avec moi-) et, au delà, jusqu’au verbe « être capable de tout », où l’on reconnaît le Dieu tout puissant précédemment considéré. Tous ces verbes instables nécessitent d’être stabilisés par des « substantifs »; autrement dit l’être nécessite d’être stabilisé par des étants.

            Mais ce n’est pas le cas du verbe être, être capable de rien, que Thom associe à la plus élémentaire des catastrophes élémentaires, catastrophe tellement simple que Thom ne la mentionne pas dans sa liste, à savoir la catastrophe de potentiel V(x)=x² qui est son propre déploiement universel (6). J’interprète cette catastrophe en disant que l’être y est (dans ce seul cas) à la fois un nom et un verbe, ce qui licite grammaticalement la phrase : « Je suis celui qui suis ». Mais celui qui prononce ces paroles est, toujours selon moi, aux antipodes du Dieu tout puissant précédemment considéré, Dieu tout en haut de l’échelle de Jacob (qui compte une infinité de barreaux). Pour moi celui qui prononce ces paroles est l’être idéal de Spinoza, être indestructible, solide comme un roc, qui persévère dans son être quoiqu’il arrive, c’est Pierre dont Jacob dit : « Tu es Pierre, et c’est cette pierre qui soutiendra mon échelle. » (7).

            À la fin de sa « tirade » (8) Thom cite la fameuse formule d’Aristote : « Premier selon l’être, dernier selon la génération » et suggère que Dieu n’existera « en acte » qu’un fois Sa création achevée (pour moi, pas demain la veille). Pierre est celui qui est premier selon la génération (et donc dernier selon l’être).

            Quand on veut construire du durable, voire de l’immortel, on commence par de solides fondations : c’est du simple bon sens. De même plus les « verbes » sont instables, plus les « chairs » créées à partir de ces « verbes-logos » organisateurs sont fragiles : c’est le même simple bon sens.

            Depuis au moins Galilée nous savons que notre Terre n’est pas le centre du monde. Mais c’est encore, à notre connaissance, encore le centre du monde vivant, et dans la hiérarchie créationniste, c’est notre espèce dont le logos organisateur (9) est en bout de la chaîne de l’instabilité et donc de la fragilité.

            Polichinelle monte à l’échelle, casse un barreau et plouf dans l’eau.

            1 : La théorie thomienne des catastrophes est, selon Thom, une théorie de l’analogie. À propos des rapports entre biologie et linguistique il écrit, entre autres, ceci :

             » (…) j’avais cette association sujet / endoderme, verbe-action / mésoderme et objet / ectoderme. L’ectoderme c’est l’objet et le monde extérieur, à la fois, parce que cela donne une bonne partie de la peau, mais aussi parce que dans le cerveau on s’occupe surtout du monde extérieur. C’est la représentation du monde extérieur. Je ne sais pas ce qu’en pensent les gens, évidemment ils n’en pensent pas grand-chose, je n’ai jamais vu de réaction effective sur ce genre d’idée, ce qui est vraiment très curieux (…) Personne ne m’a jamais fait la moindre observation là-dessus. Je pense que ça stupéfie les esprits et c’est tout. Tant pis. ».

            2 : Je parle sous contrôle des spécialistes de la question, et je sais que sur ce blog il y en a au moins un.

            3 : https://fr.wikipedia.org/wiki/Chaos_(cosmogonie)

            4 : Thom : « Je ne vois pas en quoi un être pleinement différencié ne pourrait être immortel. ».

            5 : J’aimerais parler sous contrôle d’expert…

            6 : Voir la fin de mon commentaire du 08 novembre 2022 9h17

            7 : = 5 +++ !

            8 : Voir mon commentaire du 08 novembre 2022 9h17

            9 : locution typiquement thomienne

          5. Avatar de BasicRabbit
            BasicRabbit

            @PHILGILL

            En attendant votre « (À suivre) », je remarque que les mots image, imagination reviennent une petite dizaine de fois dans votre billet. Personnellement je n’ai aucune imagination, si bien que je suis facilement fasciné par ceux qui en ont et, vous l’avez peut-être deviné, je suis fasciné par l’imagination de Thom. D’où lui vient cette faculté, ce don (et, si don il y a, qui est le donneur) ? Il le dit dans un entretien avec Nimier (1) :

            « je voyais déjà dans l’espace à quatre dimensions à l’âge de dix, onze ans. ».

            I.

            Votre allusion à Munch (et son tableau) m’ont fait penser à Dürer sur lequel Arte s’est penché tout récemment. En regardant l’émission je me suis demandé si Dûrer, qui a écrit un traité de géométrie, ne voyait pas plus loin et plus profond que les autres, s’il ne voyait quelque chose comme des singularités de dimension supérieure à trois organisatrices de ses esquisses, dont il ne dessinait qu’une projection -ou qu’une section- 2D.

            Quel rapport avec Thom ? C’est que Dürer (1471-1528) a étudié les drapés et le mathématicien H.Withney (1907-1989) a montré que les seules singularités génériques des drapés sont les lignes de plis et les points fronce, et que Thom (1926-2002) a généralisé les travaux de Withney. Parcourir le chapitre 5 des « Leçons de mathématiques contemporaines » du mathématicien Yves André professé à l’IRCAM (l’introduction n’est pas sans intérêt). Même le non-matheux peut, je crois, y deviner le cheminement mathématique nécessaire pour « mettre Dürer en équation », et, accessoirement, voir la place prise par la théorie des catastrophes dans les mathématiques contemporaines selon Y. André. Ce chapitre se termine par :

            « On voit que la classification des catastrophes en toute dimension se ramène à celle des groupes platoniciens. Retour au Timée de Platon ? « .

            II.

            Confucius -je crois- disais d’une image vaut mille mots. Thom a dessiné -ou fait dessiner- une carte légendée du sens qui figure à la fin de « Prédire n’est pas expliquer », et que l’on trouve ici sur la toile (2).

            Ça vaut très certainement mieux que mes logorrhées pour avoir une idée de ce que Thom pense !

            1 : http://pedagopsy.eu/entretien_thom.html

            2 : http://strangepaths.com/forum/viewtopic.php?t=41

          6. Avatar de BasicRabbit
            BasicRabbit

            @PHILGILL (« … pourriez-vous nous dire comment René Thom, selon la théorie des catastrophes, aurait comblé une « lacune » ? « )

            Je continue à gloser en attendant votre « À suivre ».

            Si la lacune dont vous parlez est liée à votre : « Par conséquent, comment « rendre visible » ce livre à l’intérieur de nous ? », et si cette question est pour vous équivalente à celle-ci : « Comment faire parvenir à notre conscience ce qu’il y a au plus profond de nous-même? » alors, sans hésiter, il vous faut lire « Stabilité structurelle et Morphogenèse » dont revoici (1) les dernières phrases :

            – « En écrivant ces pages j’ai acquis une conviction; au cœur même du patrimoine génétique de notre espèce, au fond insaisissable du logos héraclitéen de notre âme, des structures simulatrices de toutes les forces extérieures agissent, ou en attente, sont prêtes à se déployer quand ce deviendra nécessaire. La vieille image de l’Homme microcosme reflet du macrocosme garde toute sa valeur : qui connaît l’homme connaîtra l’univers. Dans cet essai d’une théorie générale des modèles [sous-titre de Stabilité Structurelle et Morphogenèse], qu’ai-je fait d’autre, sinon de dégager et d’offrir à la conscience les prémisses d’une méthode que la vie semble avoir pratiqué dès son origine? ».

            Cette citation me permet de rebondir sur l’humanisme, à la Rousseau et à la Lévi-Strauss, en attendant l’humanisme à la Derrida et à la Descola (auxquels vous faites allusion). Pour me chauffer j’ai essayé de me renseigner pour savoir ce que Lévi-Strauss disait de Rousseau. J’ai trouvé ceci (2) où je lis : « En se refusant lui-même et en s’identifiant à autrui, en poussant l’introspection jusqu’à se regarder non plus comme un moi mais comme un autrui, Rousseau a pratiqué pour la première fois l’objectivation radicale sur laquelle se basent les sciences humaines. », ce qui fait de Rousseau un homme intelligent selon la définition que Thom donne de l’intelligence, à savoir « la capacité de s’identifier à autre chose, à autrui. ».

            1 : Voir mon commentaire de cet article du 09 novembre 2022 17h25

            2 : https://www.letemps.ch/culture/levistrauss-parle-rousseau-geneve-1962

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            1. Avatar de PHILGILL
              PHILGILL

              @BasicRabbit

              Des citations de René Thom, celle que je retiens principalement est sans doute sa citation la plus courte : « (…) l’acte fondateur sépare ». Car elle me fait penser à une devise que je connais bien, celle de la Confrérie des Baillis : « Eau nous divise, Vin nous unit ». Elle signifie que la Loire sépare le vignoble de Pouilly de celui de leur amis de Sancerre, juste en face, mais aussi que l’amitié et la convivialité se retrouvent plus facilement autour d’un pichet de vin que d’un pichet d’eau. Reste à savoir comment transformer l’eau en vin… Mais gardons le meilleur pour la fin ! 😉
              Ainsi, à l’image de Sean Connery et de Charlotte Rampling qui, dans la scène finale du film ZARDOZ de John Boorman, continuent de se tenir par la main alors même qu’ils ne sont plus que des squelettes, n’oublions pas que ce qui nous sépare, c’est précisément ce qui supposément devrait nous unir.
              Mais, si vous le voulez bien, j’y reviendrai peut-être un peu plus tard, dans un prochain commentaire, en reprenant là où précédemment je m’étais arrêté en évoquant, à la fin, un passage du scénario de film Interstellar, écrit par les deux frères Nolan ; mais également (si j’arrive à démêler le fil de mes idées), en enchaînant avec quelques remarques sur la pensée de Spinoza… voire plus encore.
              Sinon, après avoir lu les autres commentaires ainsi que vos nombreuses remarques et explications, j’étais, je crois, bien parti pour poursuivre mon propos « plutôt d’ordre linguistique ». Cependant, la publication de mon texte par Paul Jorion que celui-ci a intitulé « Le terrible goût de l’immortalité » m’avait un peu trop rapidement mis en confiance, en surestimant le fait de pouvoir élucider rapidement ce qui me tracassait vraiment. J’ai donc naturellement voulu relire d’abord mon billet avant de continuer. Et je l’ai trouvé pas mal du tout, en ce sens qu’il synthétise assez bien ma pensée. Toutefois, elle contenait une lacune… Et je me heurte maintenant au fait de devoir revenir sur quelque chose qui est encore assez difficile à expliciter pour moi. Mais, poussé par je ne sais quelle libre nécessité de poursuivre ma réflexion, je me suis rappelé que je n’avais pas encore lu le chapitre de Paul Jorion dans l’ouvrage Humanism and its Discontents – The Rise of Transhumanism and Posthumanism. Dès lors, et comme vous l’avez vous-même remarqué dans un précédent commentaire, mon cher BasicRabbit, j’ai compris que cette dite lacune me renvoyait justement à un manque déjà instillé dans mon texte, en prenant pour exemple celui ressenti par le premier homme dans la bible : « … constatant que l’homme se sentait toujours seul parmi tous les autres créatures et pour combler ce manque, Dieu envisagea à la fin de lui apporter une aide qui lui soit assortie… la femme. ». Car, selon moi, cette première solitude rejoint d’une certaine manière celle exprimée par Paul Jorion en conclusion de son chapitre, que ce cite : « Il ne tient qu’à nous de sortir de la dépression nerveuse millénaire dans laquelle nous replongeons chaque fois que l’idée nous traverse l’esprit que nous sommes seuls. Créons un monde encore plus extraordinaire, celui que la connaissance rend possible. Il se pourrait bien que Dieu nous ait créés à son image, mais sans savoir quelle pourrait être cette image, l’horizon est sans limite, et c’est à nous de le définir. »
              Remarquons au passage que PJ utilise le verbe créer à la première personne du pluriel.
              Alors, « Imaginons… »
              Et si Paul Jorion avait ainsi mis le doigt sur un de ces processus souterrains à l’œuvre depuis nos origines ?
              Ne serait-il pas intéressant de le mener plus à son terme, cela afin de « définir » éventuellement et rétrospectivement, en repartant une fois encore des débuts de l’Humanité (selon la bible), une Ère Nouvelle du genre humain ? Pour le dire autrement, juste par curiosité, existerait-il déjà, tout comme pour l’humanisme, une ou deux affirmations dans le début du livre de la Genèse qui pourrait par hasard nous éclairer sur le devenir de l’humanité ?
              Paul Jorion : « Dans cette perspective d’une éventuelle ruse de la Raison, posons la question suivante : y aurait-il des processus souterrains à l’œuvre prenant le relais en matière de survie de l’espèce lorsque notre réflexion délibérée est insuffisante… ? En d’autres termes, un comportement adaptatif pourrait-il avoir lieu pour l’espèce dans son ensemble alors que notre comportement individuel serait contre-adaptatif – du moins dans notre représentation de celui-ci ? »
              Gn 1:26 : Dieu dit : Faisons l’homme à notre image, comme notre ressemblance… »
              Gn 3:22 : Puis Yahvé Dieu dit : Voilà que l’homme est devenu comme l’un de nous, pour connaître le bien et le mal ! Qu’il n’étende pas maintenant la main, ne cueille aussi de l’arbre de vie, n’en mange et ne vive pour toujours ! »
              Ainsi, un Dieu se référant à lui-même au singulier serait, de fait, un élément contre-adaptatif pour le devenir même de l’humanité, alors qu’un Dieu parlant au pluriel marquerait une altérité librement nécessaire, dans le sens où justement l’élément essentiel du futur de l’espèce humaine réapparaît comme étant ce sur quoi se fonde sa propre nature relationnelle. Vivre, comprendre et développer le « social intériorisé » en chacun de nous, et par là même, refonder les rapports entre l’homme et la nature…

              Paul Jorion : « Dans cette même perspective, Clément Vidal & Francis Heylighen, dans leur contribution intitulée : « Ethique et complexité », soulignent le rôle crucial joué par l’éthique dans la survie de notre espèce : « Dans une perspective proche de celle du posthumanisme, où la « dignité » doit être élargie et non plus limitée à l’homme, ils proposent d’élargir le champ de l’éthique : « dans notre société qui se transforme et se complexifie […] l’éthique a besoin d’une révolution copernicienne pour pouvoir traiter tous les agents moraux, et pas seulement les humains ». Une vision qui rejoint le concept d’Émile Durkheim selon lequel l’éthique est le  » social intériorisé  » en chacun de nous, des préceptes non formulés présidant à un mode de vie qui va de soi. Encore une notion qui recoupe cette instance intérieure que Freud a tenté de saisir avec celle d’un Surmoi, superviseur inconscient à l’œuvre en nous et veillant sans relâche, souvent de manière persécutrice, à ce qu’un individu, loin d’être un Robinson Cruso parmi tant d’autres, soit, selon la formule d’Aristote, un zoon politikon : un animal social. »

              https://theconversation.com/lecologie-relationnelle-pour-repenser-les-rapports-entre-lhomme-et-son-environnement-110124

      3. Avatar de BasicRabbit
        BasicRabbit

        @PHILGILL (« En attendant, peut-être pourriez-vous nous dire comment René Thom, selon la théorie des catastrophes, aurait comblé une « lacune » ? »)

        @PHILGILL. À propos du manque.

        Dieu, moteur (ultra-puissant!) non mû, débordant d’énergie potentielle (δυναμικός) mais en manque d’énergie agissante (ἐνέργεια) ?

        Pour Thom le verbe est le centre organisateur de la phrase, logos instable qui est en manque de substantifs pour se stabiliser. En extrapolant le Dieu « Khaos » précédemment considéré est Le Verbe, Logos infiniment instable en manque infini de « Chair » pour se stabiliser : ce Dieu tout puissant est désir d’exister.

        Grothendieck (1), « La clef des songes » (sous-titré Dialogue avec le Bon Dieu), extrait du début du titre II : Dieu est le rêveur :

        « Voici donc ce fait “dingue”, dont j’ai eu révélation : c’est que le Rêveur n’est autre que Dieu. ».

        Je n’ai pas lu « La clef des songes », juste parcouru une fois ou deux le début.

        1 : PJ vient de déclassifier Thom en tant que mystique* : « Jung est un mystique. Thom n’est pas un mystique, c’est vous qui imaginez qu’il l’est. ». Je crois qu’il aura plus de mal avec Grothendieck ! Ceci dit, je rappelle les dernières lignes de l’épilogue de Stabilité structurelle et morphogenèse :

        « Ce n’est pas sans quelque mauvaise conscience qu’un mathématicien s’est décidé à aborder des sujets apparemment si éloignés de ses préoccupations habituelles. Une grande partie de mes affirmations relèvent de la pure spéculation; on pourra sans doute les traiter de rêveries… J’accepte le qualificatif; la rêverie n’est-elle pas la catastrophe virtuelle en laquelle s’initie la connaissance? Au moment où tant de savants calculent de part le monde, n’est-il pas souhaitable que d’aucuns, qui le peuvent, rêvent? ».

        * https://www.pauljorion.com/blog/2022/11/03/humanism-and-its-discontents-the-rise-of-transhumanism-and-posthumanism-posthumanism-transhumanism-superhumanism-and-metahumanism-from-an-adaptive-standpoint/comment-page-1/#comment-936672

        1. Avatar de BasicRabbit
          BasicRabbit

          (Complément)

          J’ai oublié la chute de mon commentaire qui est, au fond du fond, ma réponse à votre question.

          Ce qui distingue la théorie des catastrophes de la théorie mathématique des singularités des applications différentiables, c’est la théorie thomienne du déploiement universel (pour moi bien difficile à digérer -je n’ai pas le niveau-). Thom voit, j’en suis tous les jours un peu pus convaincu, la création progressive du monde comme un déploiement « embryologique ».

          Thom :

          « Le modèle universel.

          On peut se faire une idée de ce modèle universel par la métaphore que voici : d’où provient en dernière analyse, la vie sur notre planète ? Du flux continuel d’énergie lumineuse émis par le soleil. Les photons solaires arrivés au contact du sol ou de l’eau des océans, y sont immédiatement stoppés et leur énergie se dégrade brutalement en énergie thermique. Il en résulte que la surface de discontinuité définie par la terre et l’eau est aussi une onde de choc, une véritable falaise où s’effondre la néguentropie du rayonnement solaire. On peut considérer la vie comme une érosion en quelque sorte souterraine de cette falaise qui lisse la discontinuité. Une plante par exemple, n’est autre chose qu’un déferlement de la terre en direction de la lumière et la structure ramifiante des tiges et des racines est celle même qu’on observera sur un cours d’eau ravinant la falaise et finissant sur un cône d’éboulis. Les plastides, véritables pièges à photons, sont les orifices minuscules où s’amorce cette circulation souterraine. L’énergie stockée sous la forme noble d’énergie chimique, commence sa lente dégradation. Comme un fluide, elle dévale souterrainement la falaise et sa circulation réalise à l’envers la pyramide écologique des êtres vivants. Chaque espèce vivante est une singularité structurellement stable, une chréode de cette circulation. De même qu’en Hydrodynamique, en régime de turbulence, l’énergie s’écoule des oscillateurs de basse fréquence vers les oscillateurs à haute fréquence pour finir dans le chaos thermique, ainsi dans la vie, les êtres à métabolisme lent (végétaux) sont la proie de ceux à métabolisme plus rapide (animaux). ».

          Commentaire : J’ai assimilé le Dieu tout puissant précédemment considéré au Dieu Khaos. Thom écrit ici que la création se termine dans le chaos thermique. L’Alpha est-il ou non égal à l’Oméga? À plusieurs reprises, dont celle-ci, Thom laisse à ses lecteurs le soin de décider :

          « Une forme ne peut apparaître en tant que phénomène que par les perturbations qu’elle cause dans la propagation spatiale d’un flux. Toute forme peut ainsi être conçue comme une figure due à l’arrêt momentané
          (autour d’un obstacle) d’un flux, partant d’un point-amont a et s’écoulant vers un point-but v. Qu’on doive identifier a à v, c’est là un point que je laisse à mes auditeurs de décider… ».

          PS : Je viens de retrouver une citation « linguistique » qui va dans le sens de ce que j’ai écrit plus haut (ouf!).

          Thom : « Le verbe, excité, est chroniquement en état de privation : il a besoin de substantifs pour réaliser la signification (sauf sous la forme impérative, où l’on retrouve le caractère comminatoire du signal animal). Il sature cette privation en évoquant des actants, lesquels, excités, vont eux-mêmes entrer en privation (s’il s’agit de noms communs) ; les noms propres, eux, sont autonomes, parce qu’ils transportent la localisation de leur référent. Le nom commun va satisfaire sa privation en déterminant pour l’auditeur la localisation spatio-temporelle de son référent. ».

          1. Avatar de un lecteur
            un lecteur

            Dans votre dernière citation de Thom, il attribue à la phrase (structure) composée de mots le rôle de médiateur discret/continu.
            Phrase = discret, stable, local
            Mot = continu, global

  2. Avatar de Thomas Jeanson
    Thomas Jeanson

    Dans un  » sur les épaules de Darwin  » l’histoire racontée était celle d’une poignée de graines retrouvée en Russie, planquée dans une terre argileuse par un écureuil il y a 35 000 ans et dont certaines avaient pu germer comme si de rien n’était, après cette gigantesque parenthèse.

    La limite, disait le commentateur, ne devait pas être bien au delà notamment à cause de la radioactivité naturelle du sol, qui finit toujours avec le temps, par altérer le code génétique.

    Delà il extrapolait que la reproduction, avec son reboot régulier, était un moyen d’échapper à cette altération, et également que sans radioactivité naturelle du sol, la vie éternelle n’aurai pas posé trop de problème à la plupart des organismes.

    Je retranscrit tout ça de mémoire, cela m’avais paru un angle de vue nouveau pour moi quand je l’ai entendu.

  3. Avatar de Kaiel

    « Je dis que sur le tombeau, qui sur les morts se ferme – Ouvre le firmament. – Et que ce qu’ici-bas nous prenons pour le terme – Est le commencement. » Hugo Victor

    2
  4. Avatar de CloClo
    CloClo

    Comme une tentative d’insémination intersidérale !

    https://www.youtube.com/watch?v=ZGVYOr2RHnA

    Dire que cela décolle, cela est filmé, par et pour la Connaissance, et que les mêmes peuvent emporter par milliers la mort atomique…

    Ca ne cesse de me sidérer.

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    1. Avatar de Thomas Jeanson
      Thomas Jeanson

      Un petit exercice pour rappeler la réalité à ceux qui rêvent de quitter la Terre ….

      1) Si le soleil est une bille de 1cm de diamètre, la Terre est un point d’imprimerie qui tourne autour à 1 m de distance, la dernière planète du système solaire est à 28m, et la Lune, une crotte de mouche qui tourne autour du point d’imprimerie, tellement proche que c’est même pas la peine d’en parler. La prochaine étoile ? 300 kilomètres à la louche.

      2) Pour amener 2 hommes sur cette crotte de mouche, les USA en pleine 30 glorieuses, alors première puissance économique du monde et premier producteur de pétrole , ont consacré 5% de leur PIB pendant 10 ans pour…

      3) Construire une fusée de 111 mètres de haut, et 3000 tonnes au décollage, développant 120 mégawatt pendant 3 minutes et quelques, pour emmener 100 tonnes de cargo en orbite, grace à ses moteurs consommant 20 m3 de carburant par seconde etc etc….

      On a plus vite fait de dire que ces conneries, c’est bel et bien finito….Elon ou pas.

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  5. Avatar de naroic
    naroic

    L’homme est un animal divinisé mais craintif depuis la colère de son démiurge, aussi ne nous étonnons point qu’il veuille recouvrir l’éternité originelle, quitte à sacrifier le troupeau de ses congénères quand Dieu est devenu un adversaire.

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    1. Avatar de Pascal
      Pascal

      A moins que l’être humain ne se soit fabriqué un démiurge pour lui mettre sur le dos l’insupportable idée de notre finitude encadrée par la naissance et la mort. L’être humain aime bien les boucs émissaires !😉

  6. Avatar de Vincent Teixeira
    Vincent Teixeira

    l’immortalité devient cauchemar quand l’homme la désire et commence à vouloir la traquer, l’imaginer « par tous les moyens », oubliant que nous n’avons que des gouttes d’éternité, mais tellement précieuses, à travers la beauté, l’amour, l’art… moments d »éternité provisoire » (A. Jarry)

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  7. Avatar de Vincent Teixeira
    Vincent Teixeira

    … cauchemar qui entraîne les désastres que nous vivons :
    https://www.youtube.com/watch?v=WfGMYdalClU

    https://www.youtube.com/watch?v=DaFRheiGED0

  8. Avatar de Emmanuel
    Emmanuel

    Magnifique tableau d’Edvard Munch. Ah ! L’art, quand tu nous tiens !…

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    1. Avatar de PHILGILL
      PHILGILL

      @ Emmanuel

      Je tiens chaleureusement à féliciter Monsieur Paul Jorion pour son éclatante introduction, et, bien sûr, à le remercier pour avoir illustrer ce billet avec ce magnifique tableau d’Edvard Munch.
      Enfin, pour revenir au dernier plan-image de la vidéo qui clôture le texte ; en mettant un revolver à côté de deux empreintes de mains sur la paroi d’une grotte, j’imagine très bien John Boorman lui-même être en train aujourd’hui de sourire en voyant sur son téléviseur ou dans son journal, quelques jeunes activistes pour la protection du climat, coller littéralement leurs mains sur les vitres de protection de quelques grands chefs-d’œuvre de l’histoire de la peinture… Quel stupéfiant raccourci, en effet, fort en symbole ! Aussi, je suis certain que Paul Jorion, grand observateur devant l’Éternel, avait également relevé cette amusante coïncidence. 😉

  9. Avatar de BasicRabbit
    BasicRabbit

    Dans la version de la genèse que j’ai sous les yeux (1), le verset cité par PHILGILL est le 26, et celui concernant la femme est le 27 : « Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa, il les créa homme et femme. ».

    En effectuant cette recherche je n’ai bien entendu pas pu m’empêcher de jeter un coup d’œil sur les 25 précédents et de les comparer avec ce que j’ai appris de la morphogenèse par d’autres canaux, canaux qui se résument quasiment à un seul, à savoir le canal thomien (il y a aussi un tout petit peu Turing). Comment commencerait un livre de la genèse « à la Thom » ? À force de parcourir son œuvre, on -moi en l’occurrence- peut s’en faire, je crois, une petite idée, et par delà, également une petite idée de sa vision du monde.

    1. Au commencement était un défaut dans la pureté du non être.

    Premier verset inspiré de la citation thomienne suivante :

    « Si, comme l’a dit le poète [P. Valéry, Le serpent] : «… l’univers n’est qu’un défaut Dans la pureté du Non-être ! », on doit penser que les objets, lorsqu’ils viennent à naître (ou à périr) sont les déformations génériques les plus simples du vide, du néant. ».

    Pour Thom l’acte fondateur de toute « création » est une séparation :

    – « Les actes finalisés comportent donc souvent une morphologie de jonction (c’en est presque une caractéristique contrairement à l’acte fondateur, qui, lui, « sépare » comme l’entéléchie d’Aristote). » ;
    .
    – « Aristote dit quelque part que l’entéléchie sépare. Pour moi ça a été la formule qui m’a fait réellement comprendre l’Aristotélisme, du moins dans la mesure où je prétends pouvoir le comprendre. ;

    De fait, quand on lit les premiers versets de la genèse, on ne peut que constater que le mot-clé est : séparation. Et on peut voir le premier verset thomien comme une première séparation, à savoir la séparation de l’être et du non être.

    Mais Thom est un mathématicien de formation (sinon de cœur) qui a vigoureusement impulsé la topologie différentielle, en particulier la théorie des singularités des applications différentiables -dont est partiellement extraite sa théorie des catastrophes-. En philosophiquement c’est un penseur du continu (qui voit en Aristote le premier tel penseur).

    En visitant (en 1963?) un musée allemand, Thom est tombé en arrêt devant des modèles en plâtre des étapes successives de la gastrulation d’un œuf de grenouille, et il y a vu un rapport entre la différenciation (avec un c) cellulaire et la différentiation mathématique (avec un t).

    Il a été sans doute alors tout naturel pour Thom de remplacer « séparation » par « différenciation » dans l’idée qu’il avait auparavant de la morphogenèse. Ainsi fut fait : on retrouve l’idée mise en forme p.32 de « Stabilité structurelle et morphogenèse » (2ème ed. 1977) :

    « Expliquons de manière assez élémentaire le mécanisme formel qui, à mes yeux, commande toute morphogenèse, par l’analogie suivante entre le développement d’un embryon d’une part, et une série de Taylor à coefficients indéterminés d’autre part. Le développement d’un embryon peut se décrire grosso modo de la manière suivante : à partir de l’œuf totipotent de séparent au cours du temps des masses cellulaires qui acquièrent des spécialisations histologiques irréversibles (en principe); mais il subsiste à l’intérieur de l’animal une lignée de cellules totipotentes, la lignée germinale, qui aboutira à la formation des cellules reproductrices (gamètes) dans l’individu adulte. Considérons d’autre part une fonction différentiable … ».

    Et Dieu dans tout ça ? Thom en parle à la toute fin de « Esquisse d’une sémiophysique » (p.216)s, avec la mise en garde :

    « L’image de l’arbre de Porphyre [dont il parle juste avant] me suggère une échappée en « Métaphysique extrême » que le lecteur me pardonnera peut-être. ».

    Échappée mystique ? PJ vient de répondre ceci à l’un de mes commentaires (2) : « Jung est un mystique. Thom n’est pas un mystique, c’est vous qui imaginez qu’il l’est. ».

    Voici la suite que je lis en « identifiant » l’Être en soi à une fonction indéfiniment différentiable (mais indifférentiée) à coefficients indéterminés :

    « Il ressort de tous les exemples considérés dans ce livre qu’aux étages inférieurs, proches des individus, le graphe de Porphyre est susceptible -au moins partiellement- d’être déterminé par l’expérience. En revanche, lorsqu’on veut atteindre les étages supérieurs, on est conduit à la notion d’ « hypergenre », dont on a vu qu’elle n’était guère susceptible d’une définition opératoire (hormis les considérations tirées de la régulation biologique). Plus haut on aboutit, au voisinage du sommet, à l’Être en soi. Le métaphysicien est précisément l’esprit capable de remonter cet arbre de Porphyre jusqu’au contact avec l’Être. De même que les cellules sexuées peuvent reconstituer le centre organisateur de l’espèce, le point germinal α (pour en redescendre ensuite les bifurcations somatiques au cours de l’ontogenèse), de même le métaphysicien doit en principe parvenir à ce point originel de l’ontologie, d’où il pourra redescendre par paliers jusqu’à nous, individus d’en bas. Son programme, fort immodeste, est de réitérer le geste du Créateur. Mais très fréquemment, épuisé par l’effort de son ascension dans ces régions arides de l’Être, le métaphysicien s’arrête à mi-hauteur à un centre organisateur partiel, à vocation fonctionnelle. Il produira alors une « idéologie », prégnance efficace, laquelle, en déployant cette fonction, va se multiplier dans les esprits. Dans notre métaphore biologique ce sera précisément cette prolifération incontrôlée qu’est le cancer. »

    « Aristote a dit du germe, à la naissance, qu’il est inachevé. On peut dès lors se demander si tout en haut du graphe on n’a pas quelque chose comme un fluide homogène indistinct, ce premier mouvant indifférencié décrit dans sa Métaphysique; que serait la rencontre de l’esprit avec ce matériau informe dont sortira le monde? Une nuit mystique, une parfaite plénitude, le pur néant? Mais la formule d’Aristote « Premier selon l’être, dernier selon la génération » suggère une autre réponse, théologiquement étrange: peut-être Dieu n’existera-t-il pleinement qu’une fois sa création achevée. ».

    Pour moi il ressort de cette « tirade » que Thom considère l’Être en soi comme un être indifférencié, un être « en puissance », et donc comme Dieu tout en puissance (Dieu tout puissant !), et suggère que Dieu ne sera -n’existera- pleinement « en acte » qu’à la fin de Sa création.

    Personne n’est tenu de faire une lecture mystique de l’œuvre de Thom. Mais je pense qu’il y a un grand intérêt à avoir un idée de ce que, à mon avis, il y a « au fond » dans son œuvre.

    Remarque finale pour matheux. Quelle idée Thom se fait-il du Dieu tout puissant lorsqu’il coiffe sa casquette de mathématicien ?

    Je pense que c’est La fonction nulle (qui est évidemment indéfiniment différentiable), dont La déformation infinitésimale est Le défaut dans la pureté du non-Être, c’est-à-dire La singularité infiniment plate, alias de codimension infinie. À l’autre bout de l’échelle (de Jacob…) des singularités on a d’abord celle de potentiel V(x)=x², qui est seulement 1-plate (sa dérivée première en 0 est nulle mais pas sa dérivée seconde) et qui est son propre déploiement universel, puis celle de potentiel V(x)=x³ dont le déploiement universel est W(x)=x³ + ux, u paramètre, qui n’est autre que la catastrophe pli, la première des catastrophes thomiennes.

    Et nous dans tout ça?

    Polichinelle
    monte à l’échelle,
    casse un barreau,
    et plouf dans l’eau.

    1 : https://www.aelf.org/bible/Gn/1

    2 : https://www.pauljorion.com/blog/2022/11/03/humanism-and-its-discontents-the-rise-of-transhumanism-and-posthumanism-posthumanism-transhumanism-superhumanism-and-metahumanism-from-an-adaptive-standpoint/

    1. Avatar de BasicRabbit
      BasicRabbit

      Complément.

      Tentative d’interprétation thomienne du verset 27 du chapitre 1 de la genèse (1): « Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa, il les créa homme et femme. ».

      En termes modernes ce verset peut laisser supposer que Dieu a d’abord créé un humain hermaphrodite à son image, humain qu’il a ensuite différencié en humain mâle et humain femelle.

      À la fin du chapitre 9 de SSM ( épigraphé « Et le Verbe s’est fait chair » ! ), Thom propose un modèle de la formation des organes sexuels oa cours de l’embryogenèse, à partir de la plus compliquée des catastrophes élémentaires qui est la catastrophe « ombilic parabolique ». Au début c’est cette catastrophe qui, selon Thom, dirige cette formation, pour ensuite dégénérer en une catastrophe plus simple, elliptique pour le mâle et hyperbolique pour la femelle :

      « Si l’embryon humain présente une structure hermaphrodite jusqu’à un âge avancé, ce n’est sans doute pas, comme le voudrait la loi de récapitulation, parce que nous eûmes de lointains ancêtres hermaphrodites ; mais plutôt parce que l’épigénèse, ayant à construire des mâles et des femelles, a trouvé plus économique de construire d’abord la situation seuil, quitte ensuite à infléchir, pour un court laps de temps, l’organisation dans un sens ou dans l’autre. N’est-ce pas là, également, un effet de stabilisation des seuils ? » (SSM, 2ème ed. p.191).

      1 : La citation  » Pour le coup, c’est l’os de mes os, et la chair de ma chair !  » faite par PHILGILL est tirée du verset 23 du chapitre 2.

    2. Avatar de BasicRabbit
      BasicRabbit

      Dans la perspective thomienne il n’y a pas que les humains et les êtres vivants à faire comme polichinelle, il en va de même des espèces.

      Car la théorie morphogénétique thomienne vaut non seulement pour la naissance -et la destruction- des formes, mais aussi pour leur évolution et, en outre, elle vaut pour tout type de morphogenèse, pas seulement pour la morphogenèse biologique :

      « Les situations dynamiques régissant l’évolution des phénomènes naturels sont fondamentalement les mêmes que celles qui régissent l’évolution de l’homme [des espèces, c’est moi qui rajoute] et des sociétés ». (SSM, conclusion).

  10. Avatar de Chabian
    Chabian

    Quelle valeur à un recours aux récits fantasmagoriques ( et de fantasmes masculins) datés, tirés d’une religion ? Pourquoi fonder sur elle, sur eux un questionnement ?
    Si l’on part de l’idée que la conscience humaine est un fantasme superfétatoire, lié au développement exagéré du cerveau chez les animaux humains, qui interagit avec retard sur nos comportements (dit Paul Jorion), et qui nous a valu des déboires (et un prochain effondrement), le désir d’immortalité est une aberration. (Il est vrai que vous n’abordez pas le thème de votre titre !).
    Il est bien plus grave de perdre une main, un pied, que le « moi ». Et pourtant nous ne pouvons imaginer sa mortalité !
    Les religions sont des prolongements des aberrations de nos consciences. Elles sont structurées pour manipuler les groupes humains.

    5
    1. Avatar de Pascal
      Pascal

      « Il est bien plus grave de perdre une main, un pied, que le « moi ». »
      Et pourtant, le jeune enfant avant de dire »je » est il dans la gravité de l’existence ? La conscience de soi comme entité définie par son identité, n’est elle pas essentiellement culturelle ? Si nous parvenions à nous extraire, même partiellement, même momentanément de cette identité qui nous circonscrit, ne pourrait on découvrir un autre rapport au réel ?

  11. Avatar de Hervey

    Remarques.

    Faut-il voir dans le sacrement du mariage l’inscription et la marque du désir d’immortalité comme le suggère le court montage vidéo ?
    Auquel cas, en effet, le vivant se projette dans le futur par l’acte de procréation, il perpétue son espèce en assurant la descendance qui lui succédera, les maillons d’une chaine, une série de filiations vers le futur, ou mieux encore et plus sophistiqué un projet de dynastie pour s’assurer durée et permanence.

    Mais ce qu’il me semble plus courant de constater, c’est de voir et d’entendre d’infinis regrets sur ce qui n’est plus et qui fait défaut.
    Je suis entouré de cheveux gris ou blanc, une grisaille qui a perdu ses couleurs et a renoncé à l’immortalité. Une grisaille qui sourit plus souvent en évoquant le passé que l’avenir.
    De Ronsard à Proust, c’est aussi ce genre d’individus en grisaille qui s’est plus soucié de conjuguer cette temporalité là.
    Je note que ça ne leur a pas mal réussi.
    😉

    1. Avatar de gaston
      gaston

      « ça ne leur a pas mal réussi »

      Et à ce bon vieux Pierrot non plus :

      « Marquise si mon visage
      « A quelques traits…

      https://www.poetica.fr/poeme-1543/pierre-corneille-a-la-marquise/

      2
  12. Avatar de Pascal
    Pascal

    « Un jour, un homme décide de s’engager sur le.chemin de la spiritualité. Il part seul dans la forêt et s’assoit au pied d’un arbre pour méditer jour après jour. Chaque fois que son ventre le réclame, il rejoint la ville pour prendre un repas puis il evient poursuive son ascèse.
    Un jour, il observe un renard qui n’a plus de pattes avant et s’interroge sur le fait qu’il soit toujours vivant. Alors il s’installe là et l’observe. Au bout d’un moment, un lion se fait entendre. L’homme grimpe dans un arbre. Il voit le lion qui s’approche avec un morceau de viande dans la gueule et vient le déposer au pied du renard avant de repartir.
    C’est certainement un message de Dieu, se dit il, et décide de rester en méditation au pied de son arbre, Dieu pourvoira certainement à sa survie.
    Les jours passent et l’homme s’affaiblit de plus en plus. Alors qu’il est à l’agonie, un yogi vient à passer et entend ses gémissements. Il s’approche de l’homme et lui demande :
    – qu’est ce qui t’a mis dans cet état là ?
    – un message divin m’est parvenu, j’ai obéi et vois où j’en suis ! Gémit il.
    – quel message divin ?
    L’homme raconte au yogi l’histoire du renard infirme et du lion charitable.
    – Dis moi yogi, est ce un message divin ou non ? Demande l’homme.
    – oui, c’est un message divin, répond le yogi, mais pourquoi as-tu choisi d’imiter un renard infirme plutôt qu’un lion charitable ?

    C’est exactement ce que nous avons fait à notre compréhension du karma !
    Nous avons toujours eu le choix : entre l’action inclusive et la volition paralysée, entre le dynamisme intelligent et le fatalisme pathétique. Pourquoi choisissons – nous si souvent la seconde option ?
    Quand nous disons :  » Notre vie est notre karma », cela signifie que notre vie est ce que nous en faisons. Quelle incroyable liberté cela confère ! Et pourtant, quels moyens détournés n’avons nous pas trouvé pour nous décharger de cette responsabilité… Dès que nous nous déchargeons de notre responsabilité, notre vie ressemble à celle du renard infirme plutôt qu’à celle du lion charitable.
    […]
    La plupart des gens vivent dans un état de grand tumulte intérieur parce qu’ils croient qu’un Dieu perché là haut ou des personnes de leur entourage sont responsables de leur vie. Cependant, dès l’instant où vous voyez que : « ma capacité à répondre est sans limite », les choses s’arrangent. Vous avez fait passer la source de la création du ciel à l’intérieur. Dès lors, peu importe si vous avez réservé vos tickets pour le paradis. Une fois que vous savez que la source de la vie palpite en vous, ces tickets ne sont plus très importants.
    L’importance du karma, c’est qu’il signifie qu’aucunes de vos identités — dérivés de croyances, d’idéologies, de religions — n’est absolue. Elles sont toutes susceptibles d’évoluer en permanence.
    En effet, de tous les crimes que les êtres humains ont perpétrés, envers leurs semblables ou envers les autres créatures, l’idée du paradis est la pire de tous, car elle part du principe que la vie de déroule de la meilleure façon possible ailleurs, et non ici et maintenant. Le karma signifie que vous êtes capable d’être au meilleur de vous même et de faire de votre mieux dans cette vie. Il implique l’existence d’un mouvement vers votre bien être ultime. Il signifie que vous êtes capable d’être au paradis, dans le giron du divin en vous même, dès maintenant.
    […]
    Par divin nous entendons source de la création.
    Où est cette source ?
    En vous.
    Ce n’est que parce que vous êtes la vie que vous êtes capable de vous interroger sur la source. »
    (Sadhguru, Karma, 2021, p144)

  13. Avatar de Garorock
    Garorock

    Jésus était communiste.
    Judas du côté des capitalistes.
    Les marchands du temple sont toujours là.
    Plus puissants que jamais.
    Tout le reste, c’est de la littérature pour les batraciens…

    1. Avatar de Garorock
      Garorock

      « Il entra dans le temple, et il se mit à chasser ceux qui vendaient, leur disant : Il est écrit : Ma maison sera une maison de prière. Mais vous, vous en avez fait une caverne de voleurs. »

      — Luc, XIX, 45-46

      « Il trouva dans le temple les vendeurs de bœufs, de brebis et de pigeons, et les changeurs assis. Ayant fait un fouet avec des cordes, il les chassa tous du temple, ainsi que les brebis et les bœufs ; il dispersa la monnaie des changeurs, et renversa les tables ; et il dit aux vendeurs de pigeons : Otez cela d’ici, ne faites pas de la maison de mon Père une maison de trafic. »

      — Jean, II, 14-16

  14. Avatar de BasicRabbit
    BasicRabbit

    @ PJ.

    PHILGILL cite « Par delà nature et culture » de Descola dans son billet. En attendant son « À suivre » je me pose les questions suivantes à propos desquelles j’aimerais avoir votre position.

    1. Où placer la vision thomienne du monde par rapport à la classification de Descola ?
    2. Où placer les Xwéda du Bénin dans cette classification (question en relation avec la précédente, suite au rapprochement Thom/Xwéda que vous faites p.53 de « Comment la vérité… ») ?
    3. Descola a-t-il parlé de la position de la vision thomienne du monde par rapport à sa propre classification (voire sa propre vision) ?

    Ma position de béotien en ce qui concerne la question 1.

    – « La synthèse ainsi entrevue des pensées « vitaliste » et « mécaniste » en Biologie n’ira pas sans un profond remaniement de nos conceptions du monde inanimé » (« Une théorie dynamique de la morphogenèse », conclusion) m’indique clairement que Thom exclut le naturalisme descolien.

    – « C’est sans doute au plan philosophique que nos modèles présentent l’apport immédiat le plus intéressant. Ils offrent le premier modèle rigoureusement moniste de l’être vivant, ils dissolvent l’antinomie de l’âme et du corps en une entité géométrique unique. » (« Stabilité structurelle et morphogenèse », conclusion) exclut l’animisme.

    – Restent donc le totémisme et l’analogisme. Une catastrophe thomienne étant une rupture phénoménologique, cela incite à classer son œuvre en rapport avec l’analogisme descolien plutôt qu’avec le totémisme, et ce d’autant plus que la théorie des catastrophes est -Thom dixit- une théorie de l’analogie.

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