Pourquoi il n’y a pas de « création monétaire » par les banques commerciales, par Helmut Creutz

J’ai écrit hier que cela me prendrait cinq ans de mettre au point une théorie de la monnaie qui me satisfasse. Je n’avais envisagé qu’un seul cas : celui où nous serions seuls, vous et moi, travaillant ensemble. Or, j’ai reçu du renfort, par courrier. Ute Höft me fait parvenir un exemplaire de Le syndrome de la monnaie de Helmut Creutz, originellement paru en 1993 et traduit de l’allemand par Economica en 2008.

Je vais pouvoir gagner du temps parce que l’auteur analyse de nombreux aspects de la monnaie auxquels je n’ai pas encore l’occasion de réfléchir, et que sur ceux dont j’ai débattu ici, nous disons lui et moi strictement la même chose.

Donc si mes explications pourquoi les banques commerciales ne créent pas de monnaie ex nihilo vous ont convaincu, vous n’apprendrez peut–être pas grand-chose en lisant les pages du livre que je reproduis ci-dessous (169 à 171) mais si vous croyez toujours à la création monétaire par les banques commerciales, un autre auteur réussira peut-être là où j’ai échoué jusqu’ici.

(Vous reconnaîtrez au passage dans le texte de Creutz mon « principe de conservation des quantités », mon explication des masses monétaires en termes de double emploi, ma « reconnaissance de dette », ainsi que la distinction que je fais entre flux monétaires et opérations comptables).

La « surmultiplication de la création monétaire »

La plupart des livres d’enseignement affirment que les possibilités de création monétaire des banques sont en principe illimitées. Elles ne sont restreintes que par des ratios d’encaisse ou de réserves bancaires qu’elles doivent maintenir auprès des banques centrales ou d’émission, soit de plein gré, soit parce qu’elles y sont obligées. Et cette relation entre le montant des réserves et l’accroissement monétaire est même calculée par les théoriciens de la surmultiplication de la création monétaire avec une grande exactitude mathématique. Si les réserves se montent en tout à 5 % du portefeuille des dépôts, les banques peuvent, à partir de chaque dépôt bancaire effectué créer un montant de crédit dix-neuf fois supérieur, neuf fois supérieur en cas de réserves de 10 % et quatre fois supérieur en cas de réserve de 20 %. Le résultat de la création monétaire est donc inversement proportionnel au montant des réserves retenues.

[Prenons l’exemple de 100 millions provenant d’une banque d’émission, soumis à des réserves fractionnaires de 10 %, et qui créeraient ainsi des « fonds de crédit » de 900 millions.]

En additionnant les crédits accordés en chaîne on arrive dès la troisième étape à un montant de 244 millions. En continuant ainsi la série infinie où les valeurs diminuent d’étape en étape, effectivement on arrive arithmétiquement à une somme de 900 millions, soit neuf fois plus que l’apport initial de 100 millions.

Mais si l’on reprend les opérations, pas à pas, en laissant la théorie de côté, on constate :

1) que lors de chaque réutilisation du premier dépôt supposé de 100 millions, suite au crédit qu’il a permis d’accorder, il se produit à chaque fois un nouveau dépôt d’un client quelconque de la banque, dépôt qui, bien entendu, peut être de nouveau prêté ;

2) que l’enchaînement des octrois de crédits et des constitutions de réserves par les banques tel qu’il est décrit ne peut se faire qu’aussi longtemps qu’aucun des déposants ne dispose de son avoir en effectuant un retrait ou un virement ;

3) qu’en réalité, au fil du processus, on n’assiste nullement à un accroissement de la masse monétaire mise en circulation, de quelque manière que ce soit, mais toujours à une réutilisation, tandis que, à chaque étape, la masse monétaire réellement existante est inéluctablement le résultat de l’addition des réserves constituées jusque-là et du crédit accordé en dernier, et équivaut au montant initial de 100 millions ;

4) que non seulement il ne se produit pas d’accroissement de la masse monétaire mais, qu’en fait, en ce qui concerne la masse monétaire active et axée sur la demande, elle diminue même constamment, étant donné que sur les 100 millions initiaux, des montants de plus en plus élevés sont gelés dans les réserves des banques jusqu’à être totalement absorbés ;

5) que l’utilisation répétée de la monnaie, que ce soit pour procéder à des achats, la prêter ou en faire cadeau, n’accroît jamais sa masse mais uniquement les opérations d’achats, de prêts ou de dons ainsi effectués, qui, bien entendu, additionnées, donnent des montants de plus en plus élevés.

Les faits énumérés ci-dessus sont encore plus clairs lorsqu’on se représente cet enchaînement, non pas au niveau de banques, mais au niveau d’opérations commerciales, et qu’il s’agit non plus de prêts à répétition mais de ventes à répétition. Là aussi, on peut supposer que chaque commerçant met dix pourcent de sa recette de côté et qu’il dépense le reste directement ou indirectement dans un autre magasin pour faire des achats. Là encore, l’addition des opérations d’achat donnerait le même résultat que celles des opérations de crédit dans le cas de la « surmultiplication de la création monétaire ». Et pourtant personne n’irait prétendre que la masse monétaire a été multipliée par neuf ou que les commerçants ont créé 900 millions [ex nihilo].

Où est donc l’erreur de raisonnement de certains théoriciens ?

L’erreur de la théorie classique de la création monétaire réside dans le fait qu’on additionne des avoirs ou des crédits se reconstituant au fil du temps, ou des postes de crédit, aux montants reçus au départ et qu’on déduit de cette addition qu’il y a une création monétaire ou une création de crédit. En d’autres termes : cette théorie assimile l’utilisation multiple de l’argent à un accroissement, elle confond moyen de transport et opération de transport. Mais, pas plus que l’utilisation répétée de wagons ou de camions pour des transports n’entraîne un accroissement du nombre de wagons ou de camions, l’utilisation répétée d’argent pour des achats ou des prêts n’entraîne un accroissement de son montant.

L’erreur de raisonnement et d’interprétation des théoriciens de la création monétaire est sans aucun doute due en grande partie au fait que l’on continue à considérer les avoirs et les portefeuilles de crédit comme du numéraire. Or, en fait, il ne s’agit que de postes de comptabilisation qui documentent le montant des prêts d’argent et les obligations de remboursement qui en résultent, sans que ceux-ci fassent augmenter la masse monétaire en circulation. C’est pourquoi tous les regroupements de numéraires et de dépôts sous la rubrique « masse monétaire » sont si discutables. Ceci vaut surtout pour l’addition des M1 et M3.

Helmut Creutz, Le syndrome de la monnaie, Economica, Paris (2008) : 169-171.

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272 réflexions au sujet de « Pourquoi il n’y a pas de « création monétaire » par les banques commerciales, par Helmut Creutz »

  1. Suffisamment convaincant.

    Toutefois, pour moi, la difficulté réside dans la question suivante : qu’est-ce que cela change, concrètement, que la masse monétaire soit égale uniquement au numéraire en circulation et que les autres montants disponibles comme moyens de paiement ne soit que des re-circulations du même numéraire de base (du moins comme potentialité) OU que ces différents montants soient considérés comme une masse monétaire surnuméraire à la forme scripturale (théorie habituelle des masses jusqu’à M3) ?

    Quel est fondamentalement l’enjeu de cette discussion ? (sur le plan juridique, économique, politique ?)

  2. Il est très tard et je viens de lire d’un trait ce billet. Tanpis je pose la question qui me vient à l’instant. L’auteur ne semble pas intégrer la vitesse de circulation de la monnaie? Ce paramètre est pourtant présent et influe de diverse façons? Merci d’avance pour toute réponse
    Bonne nuit pour ceux de ce fuseau horaire!

  3. Au sens strict du terme, alors on pourrait dire qu’il n’y a création monétaire que quand les banques centrales font tourner la planche à billet alors ?

    Toutes les confusions viendraient du fait que le système économique ne fait pas de différence majeure entre espèces et les autres moyens de paiement basés sur les comptes bancaires ?

    D’un certain point de vue il peut sembler que le crédit finalement ne sert qu’à faire une avance sur des richesses futures à créer. On obtient un prêt, la banque fait quelques opérations comptables, nous avance ce qu’on compte bien recevoir plus tard et que nous rembourserons ensuite ? On prête parce que les emprunteurs paraissent crédibles, parce qu’on pense qu’ils ont les moyens de gagner cet argent dans le futur et ainsi rembourser l’avance faite, plus intérêts évidemment.

    Rien n’est clair en économie décidément. C’est vrai qu’en même temps il n’est pas facile de concevoir la possibilité de prêter de l’argent qu’on ne possède même pas soi même mais que d’autres nous ont laissé à garder et faire fructifier, d’accorder des moyens de paiements démultipliés en fonction de l’argent qu’on a encaissé, et qu’on a encaissé de bien des manières différentes si bien qu’on ne sait même plus qu’elle est l’origine exacte et la nature de cet argent. Il y a de l’argent papier émis par les banques centrales, il y a des moyens de paiement très divers par chèque, carte de crédit, virement, etc. De l’argent qui n’a pas forcément la même durée de vie, et tout ceci se mélange inextricablement et indistinctement sur les comptes bancaires.

    C’est le sens qu’on pourrait donner au proverbe l’argent n’a pas d’odeur ?

    Tout ceci ressemble quand même à un vaste système pyramidal genre château de cartes.

    Le monde est riche de dettes alors. Le système du crédit qui permet de multiplier les moyens de paiements, d’anticiper sur la création future de richesse ne fait que créer des dettes, des richesses assez potentielles qui n’attendent que de se réaliser ou non.

    Quel dommage que le manque de connaissance approfondie embrouille tout comme en philosophie. Souvent on a les idées, mais pas les bons mots, le bon signe pour symboliser notre pensée effectivement. Mais l’idée est là.

    Je suppose que c’est cela le crédit crunch, le fait que les différents acteurs économiques ne soient plus solvables, n’arrivent plus à rembourser ce qu’on leur avait prêté. Faute de confiance dans les différents acteurs, le cycle du crédit se tarit, on prête beaucoup moins, on se contente d’essayer de se faire rembourser ce qu’on a déjà prêté aux autres, ou alors de rembourser ce que les autres nous ont prêté, un engagement en appelant souvent des autres et nous y sommes tenus. Moins on peut tenir nos engagements de remboursement et moins les prêteurs seront disposé à prêter de nouveau.

    J’en conclurais presque qu’il serait assez futile, dérisoire et dangereux même de vouloir résoudre les problème de crédit actuel en recourant à d’autres formes d’endettement comme celui que tentent les états ? Est-ce qu’on peut résoudre une crise du crédit en inondant le marché de crédit ? Est-il bon de résoudre les problème de dettes en créant d’autres dettes encore plus grandes qui ne feront que transférer le problème sur d’autres acteurs ou le différer dans le temps ?

    Il va falloir qu’on parle sérieusement de cette question des dettes publiques et privées encore une fois. Cela devient un sujet de plus en plus récurrent partout. Et puis c’est intrinsèquement lié à la « création monétaire » non ? Banque commerciale et banques centrales, dettes privées et dettes publiques, argent papier et moyens de paiements. Où tout cela nous mène t’il avec le resserrement du crédit ? Ce n’est déjà pas si simple avec les banques commerciales, alors maintenant que des organismes comme la Fed compliquent la donne. J’avoue que je ne comprends rien mais absolument rien à la façon dont fonctionnent ces banques centrales et cette Fed en particulier. Un jour on va vraiment finir par perdre confiance dans l’intégrité de nos système financiers, la valeur et la stabilité de nos monnaies …

  4. Merci d’avoir partagé ce texte pour ce qu’il étaye vos convictions.
    Ca met fin, pour moi (mais j’avoue n’avoir fait que survoler, tant ça me paraissait ardu), à une impression de ‘spéculation’ sur la création monétaire que ce blog aurait été le premier à dénoncer.
    Maintenant, je ne peux qu’espérer que vous continuerez à nous éclairer sur les divers mécanismes financiers, car je vous trouve passionnant.

  5. et si ??? au préalable, on essayait de définir le terme de CREATION qui semble poser problème (en soi..?), et susciter des turbulences..
    Approche constructive dans « le monde s’est-il créé tout seul ? » (xuan thuan, prigogine, jacquard, de rosnay, pelt, atlan) . Extrait : « Nous avons une créativité. Et les questions se posent par anticipation, par souci de l’avenir. Et automatiquement se posent aussi les questions de la mort et donc de la signification de la vie. Mais il faut nous faire à l’idée qu’à ces questions là aussi, la réponse est désormais totalement indéterminée » (Prigogine)

  6. Bonjour,

    Depuis le retour de Jean Bayard sur le post « Notre débat sur la monnaie : et si c’était à refaire ? » (http://www.pauljorion.com/blog/?p=1067) j’ai commencé à reprendre espoir…

    Mais là c’est carrément l’euphorie ! L’extase ! And the winner is : Helmut Creutz ! Mais qu’on lui donne un prix Nobel, vite, n’importe lequel, mais un Nobel…qu’on puisse lui tirer dessus à boulets rouges à ce Helmut ! Et merci encore à toi Helmut car on a bien failli oublier le « ex nihilo » !

    A propos de ex nihilo, un grand merci aussi à ghostdog pour le lien donné sur un autre post : http://carfree.free.fr/index.php/2008/02/02/lideologie-sociale-de-la-bagnole-1973/
    André Gorz à qui je décernerais volontiers un prix, un vrai, en économie, pour l’apport de ce texte à la création ex nihilo…Sans parler d’écologie.

    Et un grand merci à Monsieur Jorion pour ce blog si rafraîchissant !

    PS : Au rythme où vont les choses, à votre place, je commencerais à les mettre de côté les mercis et les grands mercis, ou à les échanger…

  7. ah..l’intérêt de la métaphore et du métalogue… je comprends mieux l’économie avec des wagons et des camions..
    « erreur de raisonnement » donc…revenons à l’épistémologie et aux confusions de type logique ( encore Russell).. continuons donc à déconstruire avant de reconstruire.
    Donc -oui : ne pas confondre moyen de transport (camion : substantif, forme) et opération de transport (transporter : verbe, processus; habituellement situé entre un sujet et un complément d’objet)
    D’où en ce qui nous concerne confusion entre « utilisation multiple, répétée et accroissement ». On avance, mais continuons..
    La métaphore transport me paraît riche et sa cartographie pertinente.. pour détecter les erreurs épistémo. Mais difficile de faire passer des mots et des flèches sur un blog.
    Je vous propose un petit jeu: prendre un grand papier et différencier/relier : les produits transportés (argent liquide >citerne), messagers et destinataire, les réseaux, (routes et voies ferrées, swift), les gares et bases logistiques (euroclear, clearstream..), les tunnels.. les passages à niveau,
    vitesse et accélération (m/s et m/s/s), les variations surface/volume (en éco je vois mal,mais il doit bien y avoir quelque-chose d’importantà ce niveau) …les péages, les contrôles (conservation des quantités !), les usines de production de nouveaux moyens de transport et de nouvelles marchandises et leur relation, etc… …et les voies de garage ! provisoires et définitives…
    Un petit dessin plutôt que de longs discours… Si ce n’est ni « créatif », ni productif, mes excuses pour le temps perdu…Pour prochain rendez-vous, s’adresser au chef de gare…

  8. Bonjour,

    Dans wikipedia l’on trouve cette définition des aggrégats monétaires. Il est clairement stipulé par wikipedia que cette définition n’est pas finalisée.

    Paul, à la lumière de ce que vous nous expliquez, pourriez vous nous en corriger les principales erreurs.

    Que devrions nous donc comprendre de l’augmentation incensé de M1 aux US et Japon ces dernières décennies et sont envolées en ces années 2007 et 2008 aux US.

    Merci,

    Brehat.

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Masse_monétaire

    Sommaire [masquer]
    1 Composants de la masse monétaire
    2 Impact des variations de la masse monétaire sur l’inflation
    3 Régulation du niveau de la masse monétaire
    4 Notes et références
    5 Voir aussi
    Composants de la masse monétaire [modifier]

  9. Désolé lien précédent incomplet : http://fr.wikipedia.org/wiki/Masse_monétaire

    Les composantes de la masse monétaire sont des agrégats. Les agrégats monétaires sont des indicateurs statistiques regroupant dans des ensembles homogènes les moyens de paiement détenus par les agents d’un territoire donné. Il y a plusieurs niveaux d’agrégats statistiques dans la masse monétaire, selon le degré de liquidité.
    M1 correspond aux billets, pièces et dépôts à vue.
    M2 correspond à M1 plus les dépôts à termes inférieurs ou égaux à deux ans et les dépôts assortis d’un préavis de remboursement inférieur ou égal à trois mois (comme, par exemple, pour la France, le livret jeune ou le CODEVI, le livret A et bleus, le compte d’épargne logement, le livret d’épargne populaire…)
    M3 correspond à M2 plus les instruments négociables sur le marché monétaire émis par les institutions financières monétaires (IFM), et qui représentent des avoirs dont le degré de liquidité est élevé avec peu de risque de perte de capital en cas de liquidation (ex : OPCVM, certificat de dépôt.
    M4 correspond à M3 plus les Bons du Trésor, les billets de trésorerie et les bons à moyen terme émis par les sociétés non financières.

    Les billets et les pièces ne constituent qu’une fraction de la monnaie en circulation, la monnaie scripturale en représente maintenant plus de 90 %. Si la banque centrale produit la monnaie fiduciaire, les banques commerciales créent la monnaie scripturale en accordant des crédits sous l’égide des banques centrales. « Les crédits font les dépôts », selon un adage toutefois simplificateur.

  10. Leduc @ 6 décembre 4h32 dit:

    « Il va falloir qu’on parle sérieusement de cette question des dettes publiques et privées encore une fois. Cela devient un sujet de plus en plus récurrent partout »

    En premier, bien potasser le livre de André-Jacques HOLBECQ et Philippe DERUDDER préfacé par Étienne CHOUARD
    — La Dette Publique une affaire rentable — (éd. Yves Michel mai 2008)

    et alors dit :
    6 décembre 2008 à 10:19

    J’avais pensé à ceci : Les banques: sont les gares « subordonnées » à la gare centrale de triage
    Le sytème financier: ce sont les voies, les aiguillages, la circulation
    La monnaie: ce sont les trains

  11. Ces explications sont confuses et peu convaincantes.
    Si les augmentations des masses monétaires ne sont pas issues des banques commerciales par la demande de crédit et leur capacité à les accorder, d’où viennent-elles ?

    Oublions les termes ex-nihilo et scandale, les masses monétaires augmentent c’est un fait, quel est le mécanisme ?

    Les explications d’un des commentateurs basées sur les monnaies fiduciaires bases et monnaies scripturales semblaient de bon sens et plus convaincantes.

    Bru

  12. L’opinion de Hayek (dans Prix et production) sur un certain nombre des questions que vous reprenez de post en post (qu’est-ce que la monnaie, y a-t-il conservation des quantités, le crédit fait-il partie de la monnaie, etc) :

    But at this point we must take account of a new
    difficulty which makes this concept of the total
    quantity of the circulating medium somewhat vague,
    and which makes the possibility of ever actually fixing
    its magnitude highly questionable. There can be no
    doubt that besides the regular types of the circulating
    medium, such as coin, bank notes and bank deposits,
    which are generally recognised to be money or currency,
    and the quantity of which is regulated by some central
    authority or can at least be imagined to be so regulated,
    there exist still other forms of media of exchange which
    occasionally or permanently do the service of money.
    Now while for certain practical purposes we are
    accustomed to distinguish these forms of media of
    exchange from money proper as being mere substitutes
    for money, it is clear that, ceteris paribus, any increase
    or decrease of these money substitutes will have
    exactly the same effects as an increase or decrease
    of the quantity of money proper, and should therefore,
    for the purposes of theoretical analysis, be counted as
    money.

    In particular, it is necessary to take account of
    certain forms of credit not connected with banks which
    help, as is commonly said, to economise money, or to do
    the work for which, if they did not exist, money in the
    narrower sense of the word would be required. The
    criterion by which we may distinguish these circulat-
    ing credits from other forms of credit which do not act
    as substitutes for money is that they give to somebody
    the means of purchasing goods without at the same time
    diminishing the money spending power of somebody
    else. This is most obviously the case when the creditor
    receives a bill of exchange which he may pass on in
    payment for other goods. It applies also to a number
    of other forms of commercial credit, as, for example,
    when book credit is simultaneously introduced in a
    number of successive stages of production in the place
    of cash payments, and so on. The characteristic
    peculiarity of these forms of credit is that they spring
    up without being subject to any central control, but
    once they have come into existence their converti-
    bility into other forms of money must be possible if
    a collapse of credit is to be avoided. But it is important
    not to overlook the fact that these forms of credits
    owe their existence largely to the expectation that it
    will be possible to exchange them at the banks against
    other forms of money when necessary, and that, accord-
    ingly, they might never come into existence if people
    did not expect that the banks would in the future
    extend credit against them. The existence of this
    kind of demand for more money, too, is therefore no
    proof that the quantity of the circulating medium
    must fluctuate with the variations in the volume of
    production. It is only a proof that once additional
    money has come into existence in some form or other,
    convertibility into other forms must be possible.

    Before proceeding to investigate whether there
    exist any genuine reasons which would make changes
    in the amount of the circulation necessary in order to
    keep money entirely neutral towards the economic
    process (i.e., to prevent it from exercising any active
    influence on the formation of prices), it is useful to ask
    whether, under the circumstances just described, it is
    at all conceivable that the quantity of the circulating
    medium can be kept invariable, and by what means
    a monetary authority could attain that end. I may
    say at once that, in spite of the qualifications that
    I shall introduce later, this question seems to me
    not merely a question of theoretical interest, but also
    a question the answer to which may prove very
    important in the shaping of a more rational monetary
    policy.

    The credit system of a country has very often been
    compared to an inverted pyramid, a simile which serves
    very well for our purpose. The lowest part of the
    pyramid corresponds of course to the cash basis of the
    credit structure. The section immediately above to
    central bank credit in its various forms, the next part
    to the credits of commercial banks, and on these
    finally is built the total of business credits outside the
    banks. Now it is only in regard to the two lower
    parts, cash and central bank credit, that an immediate
    control can be exercised by the central monetary
    authority. So far as the third part, the credits of the
    commercial banks, are concerned, it is at least con-
    ceivable that a similar control could be exercised.
    But the uppermost section of the pyramid—private
    credits—can be controlled only indirectly through
    a change in the magnitude of their basis, i.e., in the
    magnitude of bank credit. The essential thing is
    that the proportion between the different parts of the
    pyramid is not constant but variable, in other words
    that the angle at the apex of the pyramid may change.
    It is a well-known fact that, during a boom, the amount
    of central bank credits erected upon a given cash basis
    increases, and likewise the amount of credits of the
    commercial banks based on a given amount of central
    bank credit, and even the amount of private credits
    based on a given amount of central bank credit. This
    is certainly true on the continent of Europe, where the
    possibility of rediscounting takes to a large extent the
    place of actual cash reserves. So that, even if central
    banks should succeed in keeping the basis of the credit
    structure unchanged during an upward swing of a cycle,
    there can be no doubt that the total quantity of the
    circulating medium would none the less increase. To
    prevent expansion, therefore, it would not be sufficient
    if central banks, contrary to their present practice,
    refrained from expanding their own credits. To com-
    pensate for the change in the proportion between the
    base furnished by the credit and the superstructure
    erected upon it, it would be necessary for them
    actually to contract credit proportionally. It is pro-
    bably entirely Utopian to expect anything of that
    kind from central banks so long as general opinion
    still believes that it is the duty of central banks to
    accommodate trade and to expand credit as the increas-
    ing demands of trade require. Unfortunately, we are
    very far from the more enlightened times when, as
    John Fullarton complained,  » the words * demand’
    and ‘ legitimate demand ‘ could not even be mentioned
    in Parliament in connection with this subject un-
    accompanied by a sneer « .* None the less, I am
    strongly convinced that, if we want to prevent the
    periodic misdirections of production caused by addi-
    tional credit, something very similar to the policy
    outlined above, absurd as it may seem to those accus-
    tomed to present-day practice, would be necessary.
    I do not delude myself that, in the near future, there
    will be any opportunity of experimenting with such
    a policy. But this is no excuse for not following the
    implications of our theoretical arguments right through
    to their practical consequences. On the contrary,
    it is highly important that we should become fully
    conscious of the enormous difficulties of the problem
    of the elimination of disturbing monetary influences,
    difficulties which monetary reformers are always so
    inclined to underrate. We are still very far from the
    point when either our theoretical knowledge or the
    education of the general public provide justification
    for revolutionary reform or hope of carrying such
    reforms to a successful conclusion.

  13. L’avatar du Dollar n’est pas le Dollar, celui de l’Euro non plus, …etc…
    Les avatars des monnaies ne sont pas les monnaies, mais alors où est la VRAIE monnaie?

  14. Les démonstration est très claire, on ne peut ajouter la masse de la chenille à celle du papillon pour connaitre la masse globale du système. Pourtant le système dépôts/crédits me semble impliquer un accroissement de la masse monétaire, pour deux raisons. La première est contenue dans la démonstration de Helmut Creutz:

    « que l’enchaînement des octrois de crédits et des constitutions de réserves par les banques tel qu’il est décrit ne peut se faire qu’aussi longtemps qu’aucun des déposants ne dispose de son avoir en effectuant un retrait ou un virement »
    et
    « que non seulement il ne se produit pas d’accroissement de la masse monétaire mais, qu’en fait, en ce qui concerne la masse monétaire active et axée sur la demande, elle diminue même constamment, étant donné que sur les 100 millions initiaux, des montants de plus en plus élevés sont gelés dans les réserves des banques jusqu’à être totalement absorbés »

    Effectivement si le premier dépôt est retiré en totalité, pas de problème la banque le possède en garantie auprès de sa banque centrale. Mais si le deuxième dépôt est retiré, la banque sera obligé (il me semble ?) de l’emprunter à sa BC qui devra le créer « ex-nihilo » (on y revient !) au moins temporairement.

    La deuxième cause de création monétaire liée au système dépôts/crédit se trouve dans la production du différentiel d’ intérêts entre dépôts et crédits, qui n’existent pas dans la démonstration de M. Creutz , mais qui existent bien « in fine » dans le bilan des établissements de crédit. Comment et par qui cette monnaie est-elle créée ?

    Il me semble que la transposition:
    « Là aussi, on peut supposer que chaque commerçant met dix pour cent de sa recette de côté et qu’il dépense le reste directement ou indirectement dans un autre magasin pour faire des achats. Là encore, l’addition des opérations d’achat donnerait le même résultat que celles des opérations de crédit dans le cas de la « surmultiplication de la création monétaire ». Et pourtant personne n’irait prétendre que la masse monétaire a été multipliée par neuf ou que les commerçants ont créé 900 millions [ex nihilo] »
    N’est pas suffisante pour représenter le système dépôts/crédit au regard de la création monétaire…

  15. « L’art ou la manière d’en tirer ce qu’on veut  » (un titre pour un futur post)

    Le site « officiel » de l’auteur du livre que vous citez est ici: http://www.helmut-creutz.de/
    L’auteur soutien la Geldreform, http://www.geldreform.de/ (notamment les travaux de silvio gesell, travaux également repris par paul grignon sur son prochain film)

    Voir en francais: http://userpage.fu-berlin.de/~roehrigw/french/

    Ils pronent la monnaie franche (voir monnaie fondante)

    Ute Höft (qui est derrière la traduction) comme Helmut Creutz arrive a la même conclusion:

    « Notre argent est une invention fantastique mais tel qu’il est aujourd’hui il finit par détruire notre monde ».

  16. Bonjour,

    Merci pour cette référence très intéressante ; j’ai bien sûr commandé ce livre.

    En voici un commentaire intéressant.

    (Au passage, je viens de finir de scanner le livre de Gesell, un très vieux livre qui est littéralement passionnant.)

    Aussi séduisant et intéressant qu’il soit par ailleurs, il me semble qu’Helmut Creutz (amateur passionné, comme nous, si j’ai bien compris) commet (lui aussi) une erreur.
    ________________

    Nous devrions d’abord correctement DÉFINIR le mot MONNAIE, en terme simples.

    Une bonne formulation, je trouve, est de
    se représenter la monnaie comme
    UN SIGNE DOTÉ D’UN POUVOIR D’ACHAT.

    Que pensez-vous de cette définition, pour commencer ?

    Un signe
    MATÉRIALISÉ (pièce ou billet)
    ou
    DÉMATÉRIALISÉ (solde d’un compte bancaire).

    Aujourd’hui, il semble que TOUS ces signes soient des RECONNAISSANCES DE DETTES :
    – soit des dettes de l’État (billets et pièces),
    – soit des dettes des banques (provision des DAV, dépôts à vue).

    Des reconnaissances de dettes suffisamment FIABLES, émises par des débiteurs suffisamment indestructibles, pour inspirer CONFIANCE à tout le monde et servir de monnaie d’échange.

    L’échange a lieu en faisant CIRCULER LE TITRE de la dette (titre éventuellement dématérialisé, peu importe), un peu comme on fait circuler une traite ou un chèque par endossement (sauf qu’il n’y a pas toujours besoin d’endos : pour la monnaie fiduciaire —billets et pièces—, on n’a pas besoin de signer au dos du titre pour céder la créance).

    Les mécanismes de la circulation monétaire s’apparentent donc à la CESSION DE CRÉANCE.
    _________________________

    Si vous me le permettez, je vais décrire deux fois le même mécanisme, de façon comparable pour faire sentir le PARALLÈLE qui existe entre l’État créateur de monnaie-pouvoir-d’achatet les banques créatrices de monnaie-pouvoir-d’achat (dites-moi si je me trompe, s’il vous plaît) :

    • LA MONNAIE FIDUCIAIRE (les billets et les pièces) sont la reconnaissance d’une DETTE DE L’ÉTAT au bénéfice du PORTEUR, reconnaissance de dette si fiable, si peu suspecte d’être jamais trahie, que tout le monde doit l’accepter.

    Le porteur de billets ou de pièces (le porteur de cette créance contre l’État) dispose donc d’un POUVOIR D’ACHAT, un moyen d’accéder tout de suite à des richesses réelles.

    Si l’État crée de nouvelles pièces, de nouveaux billets, il crée du pouvoir d’achat en proportion.

    IL PEUT le faire parce que tout le monde lui fait CONFIANCE.

    C’est d’ailleurs ce qui peut causer un problème s’il en crée TROP : si l’État crée des milliards et des milliards de pouvoir d’achat sans que la production puisse suivre immédiatement (en fournissant suffisamment de produits pour cette demande nouvelle), il crée un effet de RARETÉ qui, mécaniquement, fera monter les prix (et donc baisser la valeur de sa monnaie, au point de devenir, à la limite, de la « monnaie de singe »).

    MAIS comme le souligne avec force Jean Bayard, si les producteurs sont capables de suivre les injections de pouvoir d’achat correspondant à de la création monétaire (s’ils sont capables d’augmenter rapidement leur production), il n’y aura pas du tout d’inflation (parce qu’il n’y aura pas de rareté). Ce point important est mal traité par la théorie économique classique, je trouve.

    _____________________________

    • LA MONNAIE SCRIPTURALE (les soldes créditeurs sur les comptes bancaires, la provision de ces comptes) sont la reconnaissance d’une DETTE D’UNE BANQUE au bénéfice du PORTEUR, reconnaissance de dette si fiable, si peu suspecte d’être jamais trahie, que tout le monde l’accepte généralement.

    Le porteur de cette créance contre la banque (le titulaire du compte en banque) dispose donc d’un POUVOIR D’ACHAT, un moyen d’accéder tout de suite à des richesses réelles.

    Si la banque (en échange des contreparties qui lui conviennent, PEU IMPORTE LESQUELLES, ceci est un point décisif) crée (accepte de reconnaître) de nouvelles dettes, de nouvelles provisions dans ses comptes, elle crée du pouvoir d’achat en proportion.

    ELLE PEUT le faire parce que tout le monde lui fait CONFIANCE.

    C’est d’ailleurs ce qui peut causer un problème si elle en crée TROP : si les banques créent des milliards et des milliards de pouvoir d’achat sans que la production puisse suivre immédiatement (en fournissant suffisamment de produits pour cette demande nouvelle), elles créent un effet de RARETÉ qui, mécaniquement, fera monter les prix (et donc baisser la valeur de sa monnaie, au point de devenir, à la limite, de la « monnaie de singe »).

    MAIS comme le souligne avec force Jean Bayard, si les producteurs sont capables de suivre les injections de pouvoir d’achat correspondant à de la création monétaire (s’ils sont capables d’augmenter rapidement leur production), il n’y aura pas du tout d’inflation (parce qu’il n’y aura pas de rareté). Ce point important est mal traité par la théorie économique classique, je trouve.

    ==============================

    Si Jean (avec les créditistes) a raison, il suffit aux hommes de produire la monnaie (fiduciaire et/ou scripturale) en proportion de ce que les producteurs sont capables de produire pour ne JAMAIS causer d’inflation, et créer l’ABONDANCE qui n’est une utopie que parce que nous nous imposons nous-mêmes une rareté non nécessaire.

    Au contraire, le système de L’ARGENT DETTE ACTUEL crée et entretient UNE RARETÉ (non nécessaire) puisqu’il interdit à l’État de créer librement de la monnaie permanente, et puisque TOUTE MONNAIE NOUVELLE DOIT ÊTRE BIENTÔT DÉTRUITE (rareté de la monnaie qui, à l’évidence, ne profite qu’à quelques privilégiés qui en perçoivent le prix — le prix de l’argent, c’est l’intérêt— et qui, eux, et eux seuls, vivent dans l’abondance).

    ==============================

    Donc, pour revenir au raisonnement de Helmut Creutz, je trouve qu’il ne prend pas en compte (il fait comme si n’existait pas) la création de POUVOIR D’ACHAT, indiscutablement observée quand la banque prête plus qu’elle ne possède.

    Je trouve que la comparaison avec les moyens de transport ne tient pas : certes, la réutilisation d’un wagon plusieurs fois ne multiplie pas le nombre de wagons, évidemment ; certes, la réutilisation plusieurs fois de la même monnaie ne multiplie pas la monnaie : personne n’a jamais dit cela, que je sache : on parle là de la vitesse de CIRCULATION de la monnaie qui est un AUTRE SUJET.

    Mais, prendre la CRÉATION d’une nouvelle dette comme une TRANSMISSION de dette existante, sous prétexte que l’une prend l’autre comme indice de confiance légal, c’est là, je crois, une erreur.

    Si j’ai bien compris, quand une banque prête de l’argent (quand elle reconnaît une nouvelle dette contre elle), il n’est pas question de réutiliser de la monnaie existante : LA BANQUE N’A PAS LE DROIT DE PRÊTER L’ARGENT QUI M’APPARTIENT, elle n’a pas le droit de céder la créance que j’ai contre elle, je suis le seul, en droit, à pouvoir faire ça.

    Elle peut CRÉER (prêter) une somme CORRESPONDANTE, mais PAS prêter CETTE SOMME-LÀ.

    Par contre, —probablement parce que les dépôts qu’elle détient dans ses livres sont une sorte de signe de la confiance que de nombreux acteurs lui portent—, le fait que j’ai 100 de provision en DAV chez elle (100 de créance contre elle) lui permet (légalement, mais est-ce bien légitime ?) de CRÉER DE LA MONNAIE SUPPLÉMENTAIRE EN PROPORTION, POUR LA PRÊTER À D’AUTRES, ce qui, indubitablement, crée du pouvoir d’achat, puisque je n’ai rien perdu de mon propre pouvoir d’achat, moi dont la provision sert de « réserve prudentielle ».

    ____________________

    Enfin, si on a vu que les deux dettes se ressemblent (celle de l’État et celle des banques), il est important de souligner une différence de taille : on l’oublie (ou on fait semblant de l’oublier), si les dettes des banques doivent toutes être remboursées (les banques ne peuvent créer que de la monnaie temporaire), L’ÉTAT, LUI, PEUT FORT BIEN CRÉER DE LA DETTE QU’IL NE REMBOURSERA JAMAIS, de la monnaie PERMANENTE.

    Il lui suffit de le décider. C’est une question POLITIQUE.

    Ainsi, les 26 milliards que va engager la France pour relancer notre économie le seront à coup de dette publique, par de la monnaie temporaire et coûteuse, une monnaie qui se paiera cher, plus tard, avec nos privations, nos souffrances, nos impôts futurs, alors qu’on aurait aussi bien pu créer de la monnaie permanente et gratuite, sans endetter finalement qui que ce soit.

    (Il aurait mieux valu penser également, d’ailleurs, à fermer un peu les frontières pour éviter que tout cet argent ne file vers les caisses délocalisées de concurrents déloyaux qui ne respectent ni les hommes ni la nature.)

    _____________________

    Mais décidément, chaque jour un peu plus, on se demande si les gouvernants du monde servent l’intérêt général ou des intérêts particuliers.

    S’ils s’avérait que nos représentants se soient mis hors de notre contrôle pour ne plus servir que quelques acteurs influents, ce serait bien de notre faute de A à Z, nous qui nous préoccupons si peu de contrôler et punir les pouvoirs (toujours dangereux, par nature), tant il est vrai qu’il n’y a pas de mauvais pouvoir, il n’y a pas d’un côté des « gouvernants vicieux » et de l’autre des « gouvernés vertueux », il n’y a pas de complot des méchants puissants qui écraseraient leurs gentils sujets :

    de la même façon qu’il serait stupide de reprocher à une pierre de tomber ou à l’eau de couler vers le bas, il est stupide de reprocher aux pouvoirs d’abuser puisque c’est leur nature même : LE POUVOIR VA JUSQU’À CE QU’IL TROUVE UNE LIMITE (Montesquieu).

    Je déduis de cette immense pensée que
    IL N’Y A PAS DE MAUVAIS POUVOIR,
    IL N’Y A QUE DES POUVOIRS MAL LIMITÉS

    (par nous).

    Et À QUI la charge de limiter les pouvoirs ? QUI VA ÉCRIRE la Constitution, seule règle suffisamment haute pour s’imposer aux pouvoirs, seule règle que pourraient craindre les pouvoirs, seule règle supérieure capable de nous protéger contre les abus de pouvoir ?

    Qui ?

    C’est LA question, à mon sens.

    Et bien c’est précisément la question dont tout le monde se moque éperdument : personne n’attache la moindre importance à la qualité du processus constituant, personne ne s’intéresse —ni encore moins surveille— l’honnêteté, le désintéressement, de ceux qui vont écrire ou réviser la constitution.

    Tous, absolument tous — même vous, n’est-ce pas ? —, s’en remettent aux élus, aux ministres, aux juges, pour écrire les règles, les limites, les contrôles, les sanctions, de leurs propres pouvoirs…

    Ça m’inspire une seule pensée forte :

    Bien fait pour vous, bien fait pour nous.

    Amicalement quand même, mais passablement désespéré par la responsabilité des hommes dans leur propre malheur, obstinément.

    Étienne.

  17. Shiva dit : 6 décembre 2008 à 12:38

    Je suis tout à fait d’accord avec son intervention.

    Et sous réserve de mon défaut de compréhension rapide et suffisamment lucide, quelques interrogations.
    De même, losque H. Creutz écrit:
    Question->à 3)  » (….)la masse monétaire réellement existante est inéluctablement le résultat de l’addition des réserves constituées jusque-là et du crédit accordé en dernier, et équivaut au montant initial de 100 millions »
    Question->Ce: « …et du crédit accordé en dernier … signifierait une série constante de crédits divers? Donc, ici ce serait un « arrêt sur image » d’un mouvement?

    Plus loin, lorsque H. C. écrit:
    « (…) la masse monétaire active et axée sur la demande, elle diminue même constamment, étant donné que sur les 100 millions initiaux, des montants de plus en plus élevés sont gelés dans les réserves des banques jusqu’à être totalement absorbés »
    Question->Ces: … montants de plus de plus élevés sont gelés….jusqu’à être totalement absorbés. Absorbés comment et par quoi? Cela paraît abscons.

    Plus loin H. C. écrit:
    « 5) que l’utilisation répétée de la monnaie, que ce soit pour procéder à des achats, la prêter ou en faire cadeau, n’accroît jamais sa masse mais uniquement les opérations d’achats, de prêts ou de dons ainsi effectués, qui, bien entendu, additionnées, donnent des montants de plus en plus élevés. »
    Question->Il faudrait prendre en compte la vitesse de circulation de la monnaie? (de même d’ailleurs, plus haut à 3)

    Plus loin H. C. écrit:
    « Les faits énumérés ci-dessus sont encore plus clairs lorsqu’on se représente cet enchaînement, non pas au niveau de banques, mais au niveau d’opérations commerciales, et qu’il s’agit non plus de prêts à répétition mais de ventes à répétition. Là aussi, on peut supposer que chaque commerçant met dix pourcent de sa recette de côté et qu’il dépense le reste directement ou indirectement dans un autre magasin pour faire des achats. Là encore, l’addition des opérations d’achat donnerait le même résultat que celles des opérations de crédit dans le cas de la « surmultiplication de la création monétaire »
    Question-> Là aussi, la vitesse de circulation doit-elle être prise en compte?

    Enfin lorsque l’auteur parle de la confusion entre moyen de transport et opération de transport et du nombre de wagons et de camion, je sais que les exemple analogiques sont limités, mais l’ « explication », ici, est-elle dans le nombre de véhicules de transport ou dans ce qu’ils tranportent? Et toujours rien sur la quantification des mouvements de tout cet ensemble, à quelle vitesse s’effectuent ces mouvements?

    D’autre part tout argent émis qui ne circule pas est, pour l’économie en général, comme s’il n’existait pas. C’est une certitude. ou alors, quelles explications?

  18. « on n’assiste nullement à un accroissement de la masse monétaire mise en circulation, de quelque manière que ce soit, mais toujours à une réutilisation »…
    Réutilisation en vertu de quel droit ?
    On peut certes faire l’analyse du phénomène économique, mais Etienne CHOUARD a raison de rappeler que celui-ci s’inscrit dans un cadre légal…

  19. L’ARGENT : Un révélateur d’un disfonctionnement humain ?
    Par Gilbert Dubouch

    Le terme « argent » est un terme moderne pour exprimer ce qui existe depuis l’aube de l’humanité à savoir, un moyen d’étalonner (une unité de mesure) les échanges, donc les communications, entre les hommes.

    L’argent, un moyen

    Il s’agit donc d’un médium utilisé pour se nourrir, pour échanger et pour créer ; il est, à ce titre, neutre, c’est-à-dire qu’il contient les 2 polarités fondamentales de la manifestation divine puisqu’il peut très bien être utilisé à bon ou à mauvais escient mais également à bon et à mauvais escient. Or, aujourd’hui comme hier, « l’argent » est l’objet de tous les phantasmes, de toutes les projections, de toutes les convoitises. Pourquoi un médium, dont l’existence n’a d’autre but que de fluidifier les relations humaines, a-t-il été chargé de (presque) tous les maux de l’humanité ? Pourquoi de neutre, « l’argent » est-il devenu sale, corrupteur, bénéfique, maléfique, objet de culpabilité voire de culpabilisation … ?

    Une recherche de réponse pourrait nous mener à ce grand débat sur l’intérêt ou la plus-value recueillie sur des sommes possédées. La perception d’intérêt, de plus-values sur « l’argent » prêté ou placé serait la plus grande hérésie humaine car contraire au principe divin qui met à la disposition de tout humain Sa Création afin que celui-ci en jouisse comme bon lui semble mais en respectant l’harmonie collective. Il y a là deux erreurs d’appréciation : d’une part, parce que la Création divine n’est pas parfaite dans le sens achevée, elle est parfaite dans son fonctionnement, mais elle est en devenir comme IL l’est LUI-même. Tout est mouvement, évolution et chaque règne (minéral, végétal, animal, humain) a fourni une base d’évolution au règne suivant par « une plus-value » qui a permis l’évolution du minéral, au végétal, à l’animal et à l’humain. La plus-value est donc une création divine et l’humain essaie de la répliquer, maladroitement peut-être, à travers le principe de plus-value et d’intérêt sur le médium « argent » ; d’autre part, encore une fois, on cherche la source d’un mal-être hors de soi en fustigeant ceux qui s’enrichissent, et qui enrichissent les autres, au lieu de chercher en soi ce qui nous perturbe personnellement ( est-ce parce que nous ne sommes pas récipiendaires de ces plus-values ? ).

    Une autre piste pourrait nous mener aux anathèmes lancés contre la « Finance internationale » et tous ses corollaires tels que : corruptions, asservissements, paupérisations, thrombose financière, influences néfastes … Et de proposer des contrôles, des taxes, des amendes, des protections etc. Mais question : qui sera récipiendaire des sommes recueillies ? Comment ces sommes seront-elles redistribuées ? Où iront-elles ? Qui sera le garant de la « moralité » de l’utilisation de ces sommes ? Quels seront les critères de répartition ? Et, surtout, qui sera le garant, du garant, du garant qui garantira la moralité et la juste redistribution ? Qu’est ce que la moralité et qu’est-ce qui est juste en ce domaine ? On s’aperçoit qu’il y a d’un côté, les perversions liées à la possession de sommes d’argent colossales par une poignées d’humains et de l’autre, une poignée d’humains également tentant de rétablir un « équilibre », en fonction de leur conception de l’équilibre. Là, de nouveau, le médium « argent » est chargé de toutes les responsabilités du sous-développement, de la corruption, de la paupérisation …

    L’argent : un messager

    Il n’est point utile de développer tous les comportements face à « l’argent ». En effet, cela équivaudrait à faire un listage de tous les méandres du psychisme humain. Parce qu’en réalité, « l’argent », en tant que médium relationnel entre les hommes, prend la couleur, l’odeur que nous voulons bien lui donner, chacun selon son histoire et son vécu. Ainsi que nombres de traditions spirituelles l’ont décrit, « l’argent » peut être comparé au sang circulant dans un corps humain. Le sang est un messager livrant les « informations et les colis » qui lui ont été confiés par tous les organes du corps, sans exception, là où cela doit être livré et jusqu’au plus petit bout de chair, chaque partie selon ses besoins. La perfection de la création divine réside dans ce type de fonctionnement, notamment. Le sang peut être comparé à une énergie irriguant parfaitement le corps : il doit en être de même de « l’argent ». Il devrait, dans l’idéal, irriguer, selon les besoins, chaque être humain composant l’humanité. Nous savons tous que ce schéma n’est pas encore en vigueur. Il commence, toutefois, à se mettre en pratique par le système des « micro crédits » créé par Mr YUNUS au Bangladesh grâce à la « Grameen bank » en 1981. Cette création des micro crédits fait constater qu’il y a une voie qui, elle, crée et apporte une réelle solution. Cette réalisation est sans « effet de manche », elle a été mise en place pour les plus humbles dans un pays qui était l’un des plus pauvres au monde. Actuellement, cette réalisation tente d’être adaptée dans des pays développés tels que la France. Ainsi, il est possible de synthétiser cette entreprise en disant que c’est par une analyse, sans concession, de l’état des besoins d’une population, des forces dont dispose le pays et de la responsabilisation de chacun face à l’utilisation des ressources mises à disposition, avec la volonté de concrétiser des solutions trouvées, qu’une répartition harmonieuse du médium « argent » pourra commencer à se mettre en place. Cela passera par une remise à plat de l’attitude de chacun face à « l’argent », toujours sans concession mais aussi sans jugement ni critique. Il est possible de constater que les comportements face au médium « argent » peuvent se résumer à deux attitudes :

    * de possession
    * de pouvoir

    Ces deux attitudes ont une origine psychologique commune : le désir de posséder comme celui du pouvoir ont, comme substrat identique, le désir de reconnaissance que ce soit de la communauté familiale ou clanique, de la société, du conjoint etc.

    « L’argent » n’est pas la cause de ce dysfonctionnement, il en est simplement un révélateur. Si tout un chacun parvenait à comprendre, à travers son utilisation, les rouages intimes qui président aux abus, aux excès en tout genre dont il fait l’objet, alors l’humanité entrerait dans un véritable « âge d’or ».

    source : soleil-levant.org

  20. Merci à Fred L. de nous donner l’occasion de relire l’un des textes fondateurs du « monétarisme », on y voit en particulier, qu’au lieu d’essayer de clarifier ce qu’on entend par monnaie, von Hayek propose de considérer comme « monnaie » tout ce qui peut s’échanger, ce qui ouvre la voie à ces définitions de « masse monétaire », de M1 à M4, qui permettent de compter les mêmes sommes d’argent de 2 à 5 fois.

    Il ne s’agit peut–être pas d’introduire la confusion délibérément mais c’est bien à cela que l’on arrive : à un « Tout est dans tout et réciproquement » généralisé, où l’on considère à la fois le système monétaire comme fermé : « monnaie centrale », et comme ouvert : plus toutes les promesses de richesses à venir. La raison, il la donne à mots couverts : « Où le pouvoir doit-il s’exercer ? » D’où faut-il tirer les ficelles ? Et il donne la réponse : à partir des banques centrales.

    Ceci dit, la manière dont il s’y prend est intéressante aussi : éliminons le public de ce genre de discussions, à qui il dit, « C’est si compliqué que vous n’y comprendrez jamais rien » (« the education of the general public ») autrement dit : « Circulez, y a rien à voir = Laissez les experts s’occuper de cette question », même s’il ajoute que l’expertise des experts n’est peut–être pas au point non plus (« our theoretical knowledge »). Quoi qu’il en soit, la conclusion est celle qui sied à l’un des plus formidables théoriciens du conservatisme : « Surtout ne touchons à rien = laissons le pouvoir à ceux qui l’ont déjà » :  » We are still very far from the point when either our theoretical knowledge or the education of the general public provide justification for revolutionary reform or hope of carrying such reforms to a successful conclusion. »

  21. Cette démonstration de Creutz et Jorion n’est pas conforme aux explications de la FED quand elle décrit comment les banques commerciales créent l’argent qu’elles prêtent…
    http://www.truthsetsusfree.com/ModernMoneyMechanics.pdf (lire les pages 6 à 11 suffit)

    Alors en qui avez-vous le plus confiance pour comprendre comment fonctionne le système bancaire sur les réserves fractionnaires ?
    Moi j’ai largement confiance en la FED pour m’expliquer cela… Plus qu’en des personnes qui ne travaillent pas dans ce domaine !

    La vérité est que personne ne perd son pouvoir d’achat !
    D’ailleurs à chaque fois que vous dîtes que des gens risquent de perdre leur dépôt car il a été prêté vous employez toujours le conditionnel car il n’y a aucun exemple de ce type ! Tout simplement car le dépôt des uns n’est pas prêté aux autres !

  22. @ Eminence Thénar

    Pouvez-vous être plus spécifique ? Où se trouve la réfutation de ce que nous avançons dans ce gros document ? Un numéro de page par exemple ?

    D’où tenez-vous que je « ne travaille pas dans ce domaine » ?

  23. Pardon, Paul, mais j’ai repris ce texte parce qu’il me semblait répondre à votre question – pour autant que je la perçoive 🙂

    Hayek explique en creux pourquoi il retient une conception large de la monnaie : parce qu’il veut construire une théorie monétaire des cycles économiques et que, de ce point de vue, ses idées valent pour tout ce qu’il appelle monnaie et pas seulement pour M1. Sa thèse – qu’il reprend à Mises – est en gros que le fonctionnement du système de crédit contient en lui le germe des crises, puisque chaque crise débute par une abondance de crédit déformant les perspectives d’investissement. Cette abondance excessive pouvait être provoquée par la banque centrale (chemin que suivra le monétarisme mais en rajoutant l’hypothèse d’une monnaie externe, ce que Hayek ne croyait pas, en tout cas dans ce livre) ou par les banques commerciales. Keynes ne dira pas autre chose, sauf qu’il ira plus loin. Pour lui, ce n’est pas la création monétaire en soi qui est la cause des crises, il faut encore ajouter la spéculation; sans spéculation une abondance de crédit peut tout au contraire favoriser la croissance, analyse qui fonde depuis les politiques monétaires expansionnistes.

    Ce que je ne comprends pas, c’est pourquoi ces idées vous repoussent alors qu’elles sont les plus compatibles avec votre vision globale de la situation actuelle (pour autant que je me la représente), puisque ce sont les seules qui permettent de comprendre la crise actuelle (même si pour une analyse plus globale, il faudrait faire appel à Marx et aux post-keynésiens, puisque la déformation de la répartition du surplus au détriment des salaires est un facteur crucial). La définition de la monnaie n’est pas une question en soi, autrement cela devient de la scolastique; une définition dépend du problème que l’on considère; quel est le problème que vous considérez ? S’il s’agit de la création monétaire, alors oui, il vaut mieux définir largement la monnaie pour en comprendre l’impact sur le fonctionnement de l’économie.

    La raison pour laquelle il n’est pas absurde de définir largement la monnaie, c’est que cela correspond à sa propriété la plus profonde en ce qu’elle permet une projection vers le futur, tant individuelle que globale. Aujourd’hui la monnaie n’est plus seulement un intermédiaire des échanges, elle est aussi ce qui permet au capitalisme de se projeter dans le futur et d’évaluer collectivement le monde, ce qu’on appelle traditionnellement sa fonction de réserve de valeur. Cette définition large de la monnaie est nécessaire pour comprendre l’impact de l’incertitude et le rôle de la spéculation dans nos économies, c’est tout l’apport de Keynes d’avoir soutenu cette conception large de la monnaie, tandis qu’au contraire les monétaristes nous ont rencentré sur la définition étroite de la monnaie comme base monétaire, ce qui nous a rendu de nouveau aveugles aux question de crédit, d’incertitude et de spéculation. En cela le monétarisme s’est fait l’allié des « rentiers » et des « capitalistes », qui ont à nouveau bénéficié de la spéculation (d’autant plus qu’on reprivatisait et dérégulait les banques) tandis que les gouvernements (puis les banques centrales) maintenaient l’austérité salariale et une faible inflation.

  24. Si je comprends bien tout ce débat, la multiplication des opération de transport (pour reprendre l’analogie) n’est pas vraiment problématique statistiquement.
    Il y a quand même cette ‘magie’, qui transforme une opération de transport utilisant un wagon en une deuxième opération de transport n’utilisant pas de wagon (intérêt sans valeur ajouté par exemple). Cela n’est pas possible dans le monde rationnel, un nouveau wagon est forcément créer pour rétablir l’équilibre.
    Comme le rappelle Étienne, on ne manipule que des opérations de transport. Impossible de calculer les moyens et leurs évolutions à partir des opérations seules. Si scandale il y a, on ne le verra jamais. Peut être que quelqu’un est capable d’évaluer le % de wagon créer ‘ex-nihilo’ à partir d’une opération de transport. A moins que cette création n’existe pas non plus ?

  25. Bonjour à tous.

    A propos du ModernMoneyMechanics

    En suivant les liens présenté dans d’autres posts de ce blog, je suis aussi tombé sur ce ModernMoneyMechanics il y a un ou deux jours. Car il est dit par Bankster que c’est sur ce document de la Fed que Paul Grignon s’est majoritairement basé pour faire son film. Un tel document est assurément très intéressant.

    En ce qui concerne l’effet multiplicateur du crédit. Le document en question n’a de cesse de parler de création monétaire. Pourtant, et toujours en fonction des faits exposés par le document, la formulation de création monétaire quand il s’agit de la multiplication du crédit par réserves fractionnaires semble inapproprié. (voir le post de Paul). Il ne s’agit pas d’idéologie, de philosophie de la monnaie ou de quoi que ce soit de ce genre, mais seulement de faits. L’effet multiplicateur du crédit tel qu’il est décrit partout ou je l’ai vu expliqué, n’est pas de la création. Cette formulation est abusive.

    En revanche, d’après ModernMoneyMechanics, il y a bien une création d’argent qui, pour le coup, surgit réellement de nulle part. C’est la création par les banques centrales. Et ce, d’une manière qui me semble des plus étranges : par l’achat de bons du trésor. Le document ne s’attarde malheureusement pas sur cette partie, qui me semble pourtant être la seule relatant une réelle création : Les banques centrales, quand elle veulent augmenter la masse monétaire en circulation le font en achetant des bons du trésors à partir d’argent nouveau. Et quand elle veulent la diminuer, elle vend ces même bons. L’achat se fait à partir d’argent nouveau, créé à partir de rien. Et l’argent récupéré de la vente est détruit. Pourquoi diable des bons du trésor ?

    Je me pose alors une foule de questions :
    1/ Est-ce le même fonctionnement pour la FED, la BCE et les autres banques centrale ?
    2/ Si une banque commerciale achète un bon du trésor à l’état, peut-elle le faire en créant de l’argent complètement nouveau ? Ou cela est-il uniquement le privilège de la banque centrale ? (a priori, c’est juste le privilège des banques centrales, mais on ne sais jamais).
    3/ Existe-t-il d’autres actifs ayant le même pouvoir de ‘création monétaire’ que les bons du trésors ?
    4/ Sérieusement, si cet argent est réellement créé à partir de rien pour financer la dette de l’état, pourquoi diable l’état ne le créé-t-il pas lui même (à partir de rien : rien de plus facile 🙂 ) et sans avoir à payer d’intérêts ?

    5/ Ce n’est pas vraiment une question : Ce processus de contrôle de la masse monétaire avec injection et retrait de dette du pays me paraît des plus douteux. Ce qu’on attend d’une dette, c’est qu’elle soit remboursée rapidement. Pas qu’on en fasse un actif financier duquel en en suce le maximum d’intérêt. Il me semble bien que c’est ainsi que les choses se passent aux états-unis, et pas seulement par rapport aux sub-primes, mais aussi par rapport aux T-Bond ? Pensez-vous que j’ai tord ? Savez-vous si les choses se passe différemment en Europe avec la BCE ?

  26. Chère Eminence, écoutez donc le conseil de G. Bernard Shaw :
    « laissons faire les fous, voyez où les sages nous ont menés… »

  27. @ Fred L.

    Je ne nie pas l’intérêt de ressusciter ces textes. Je me contente comme vous l’avez vu d’analyser le passage de von Hayek que vous citez. Je suis un fanatique de la clarté conceptuelle et je dis : « Voyez à qui l’opacité profite ! », à von Hayek et ses complices.

    Sur von Hayek et Keynes. J’y ai déjà fait allusion : « On me dit, si von Hayek avait tort, c’est donc que Keynes avait raison, n’est-ce pas ? » Et je réponds : « Les économistes aimeraient bien que si l’un d’eux a tort, un autre d’entre eux ait nécessairement raison. Je n’exclus pas cette hypothèse mais il y a trop de choses en économie que tous ensemble (Marx et post-Keynésiens y compris) n’ont pas expliquées pour que je ne l’écarte pas a priori ».

  28. Archimondain dit :
    @ 6 décembre 2008 à 20:50

    «  »4/ Sérieusement, si cet argent est réellement créé à partir de rien pour financer la dette de l’état, pourquoi diable l’état ne le créé-t-il pas lui même (à partir de rien : rien de plus facile ) et sans avoir à payer d’intérêts ?

    5/ Ce n’est pas vraiment une question : Ce processus de contrôle de la masse monétaire avec injection et retrait de dette du pays me paraît des plus douteux. Ce qu’on attend d’une dette, c’est qu’elle soit remboursée rapidement. Pas qu’on en fasse un actif financier duquel en en suce le maximum d’intérêt. Il me semble bien que c’est ainsi que les choses se passent aux états-unis, et pas seulement par rapport aux sub-primes, mais aussi par rapport aux T-Bond ? Pensez-vous que j’ai tord ? (….) » »

    Mais Archimondain, tu as déduit exactement la vérité! Et ces « détails » cruciaux sont durs à faire passer tellement profond sont ancrés les réflexes des uns et des autres. Souvent il faut comprendre et « enquêter » en creux et par défaut. C’est le règne de l’implicite contre l’explicite.

    Je remets par copié collé de ce que je transmettais dans: « Tout notre Débat sur la Monnaie »
    Rumbo @ le 12 août 2008 à 9h44.
    Voici:

    — L’exemple des obligations est élucidant. Voici, en résumé et actualisé ce que disait en substance l’inventeur américain Thomas Edison. Si un pays peut émettre, par exemple, une obligation d’une valeur de 50 euros, le même pays peut très bien émettre un billet de 50 euros. Si l’obligation est bonne, pourquoi le billet (ou les chiffres comptables) de 50 euros ne le serait pas ?

    La différence est criante, mais dissimulée sous toute une série d’ “écrans et de rideaux de fumée”.
    La différence entre l’obligation et la monnaie (ici l’euro) est donc que l’obligation permet aux prêteurs d’argent de ramasser au bilan 2 fois le montant de l’obligation, plus quelques 20% additionnels, alors que l’argent mis en circulation ne paye que ceux qui contribuent à la production et à tout ce qui est utile à la vie ici-bas. Il est absurde de dire que notre pays peut émettre 500 millions en obligations, et pas 500 millions en monnaie. Les deux sont des promesses de payer, mais l’un engraisse les usuriers, et l’autre aiderait le peuple. Si l’argent émis par le gouvernement n’était pas bon, alors, les obligations ne seraient pas bonnes non plus. C’est une situation terrible lorsque le gouvernement, pour augmenter la richesse nationale, doit s’endetter et se soumettre à payer des intérêts ruineux à des groupes d’intérêts qui s’introduisent, indirectement mais ABSOLUMENT, dans les gouvernements eux-mêmes et font élaborer des “lois” pour assurer leurs seuls intérêts contre ceux de la société, laquelle qui n’y voit goutte et soupire d’impuissance.
    (….)
    De grâce, arrêtons d’insulter la providence, nous avons tous les moyen de concevoir un système d’argent dont l’étalon est la production. —

  29. Je m’étonne que ma question soit restée totalement inaperçue :

    Toutefois, pour moi, la difficulté réside dans la question suivante : qu’est-ce que cela change, concrètement, que la masse monétaire soit égale uniquement au numéraire en circulation et que les autres montants disponibles comme moyens de paiement ne soit que des re-circulations du même numéraire de base (du moins comme potentialité) OU que ces différents montants soient considérés comme une masse monétaire surnuméraire à la forme scripturale (théorie habituelle des masses jusqu’à M3) ?

    Quel est fondamentalement l’enjeu de cette discussion ? (sur le plan juridique, économique, politique ?)

  30. La réflexion de Rumbo sur les fuseaux horaires me fait penser à cette masse monnétaire non quantifiable qui circule électroniquement en permanence autour du monde suivant les ouvertures des marchés et dont le passage se résume à une entrée-sortie permanente . C’est vrai que la vitesse de circulation de l’argent assure une image comptable plus que douteuse d’une masse monnétaire à un instant donné .

  31. @ Dani

    Je pense pour ma part que la question essentielle à se poser ici est :

    Comment tout un chacun peut-il comprendre les rouages de la création monétaire lorsque les spécialistes ici présents ne les comprennent pas encore ?

  32. @dani…mais non pas totalement inaperçue…mais rien d’étonnant pour l’instant…dans la mesure ou personne encore ne peut dire « comment il sait » ce qu’il avance…courage..

  33. @ Etienne Chouard

    Vous dites : « Si j’ai bien compris, quand une banque prête de l’argent (quand elle reconnaît une nouvelle dette contre elle), il n’est pas question de réutiliser de la monnaie existante : LA BANQUE N’A PAS LE DROIT DE PRÊTER L’ARGENT QUI M’APPARTIENT, elle n’a pas le droit de céder la créance que j’ai contre elle, je suis le seul, en droit, à pouvoir faire ça.  »

    Etes-vous si sûr de ce que vous avancez ? Car ce que vous dites est CAPITALE. Retrouvez le texte de loi qui l’interdit et vous aurez gagnez « la bataille » de la création ex nihilo, si vous avez tort ou que vous ne puissiez pas le prouvez alors c’est Jean Jorion qui a raison.

  34. Toute théorie doit être passée à l’épreuve des faits pour s’imposer.
    Ce sont donc des données factuelles qui pourraient permettre de sortir de cette « crise » des spécialistes.

    Les banques prêtent-elles les dépôts de leurs clients ou une monnaie créée à cette fin ?

    Dans cette étude de la BCE, les établissements de crédit sont bien considérés comme créateurs de monnaie.

    A mon avis pour en sortir « par le haut » il nous faut du factuel, encore du factuel, toujours du factuel…

    Connaissez-vous un directeur de banque ?

  35. Shiva dit : « Connaissez-vous un directeur de banque ? »

    Je travaille dans une grande banque et je crois que presque personne ici n’a idée de tout ce qui est discuté sur la monnaie. Le travail y est assez routinier, on suit des procédures et on ne se pose pas de questions hautement théoriques sur la nature de la monnaie.

  36. Je ne vois toujours pas quelle est la question en débat.

    Pour l’instant, on a l’impression de voir deux camps qui s’affrontent sur leurs définitions respectives.

    Premier camp ; si l’on restreint l’usage du terme de monnaie à la seule base monétaire (M1, monnaie banque centrale), alors bien sûr que les banques ne créent pas de monnaie, elles créent du crédit (M3-M1, moyens de paiements, monnaie banques privées); c’est la définition restreinte de la monnaie privilégiée par le monétarisme et plus généralement par la théorie quantitative de la monnaie; quand la monnaie banque centrale circule plus vite ou voit sa quantité augmenter, les banques peuvent distribuer plus de crédit; il y a (vaguement) conservation des quantités de monnaie (au sens de la base monétaire). C’est à cause de cette première conception que les banques centrales ont vécu dans l’illusion de contrôler l’encours total de crédit via la maîtrise de la base monétaire. C’est la conception de la monnaie exogène. Mais ce que l’on découvre aujourd’hui c’est que ce n’était qu’une illusion, puisque le lien entre la base monétaire et l’encours total de crédit est beaucoup plus élastique que ne le suppose la théorie (et les petits modèles simplifiés sur lesquels chacun raisonne).

    Deuxième camp : si l’on étend l’usage du terme de monnaie à l’ensemble de la masse monétaire (M3 ou M4 par exemple), alors cette fois on peut dire que les banques commerciales créent de la monnaie, via le multiplicateur de crédit. Les banquiers ne s’en rendent pas compte, car au niveau d’une banque individuelle les contraintes comptables semblent indiquer le contraire, mais au niveau de l’économie tout entière, il peut y avoir création ou destruction (collective) de monnaie. Comme le remarque l’auteur dont vous reproduisez le texte, le mécanisme est analogue au multiplicateur de dépense keynésien, et cela est normal, puisqu’il en est la contrepartie sur le plan réel. – Qui contrôle alors la création monétaire ? En fait tout le système économique : la banque centrale via la base monétaire et l’obligation de réserves, les banques privées via leur politique de crédit, les entreprises et les ménages via leur demande de crédit, etc. C’est la conception endogène de la monnaie.

    Ce qui m’apparaît depuis le début à la lecture (rapide) des discussions, c’est que le débat reste bloqué à cette querelle de définitions, sans aborder les conséquences qu’entraîne l’un ou l’autre choix. Or une définition de la monnaie ne se juge qu’à l’aune des questions qu’elle permet de poser et des réponses qu’elle leur apporte, tout le reste demeure abstrait (au mauvais sens du terme).

  37. @ Fred L.

    Et pourquoi donc le M3 n’est plus publié par la “Réserve fédérale des Etats-Unis” depuis le 24 Mars 2006 ?

    Selon la Fed dans son communiqué laconique du 10 novembre 2005, révisé le 9 mars 2006 :

    “M3 does not appear to convey any additional information about economic activity that is not already embodied in M2 and has not played a role in the monetary policy process for many years. Consequently, the Board judged that the costs of collecting the underlying data and publishing M3 outweigh the benefits.”

    Mais c’est du “foutage de gueule” à l’état pur !!!

    http://www.pauljorion.com/blog/?p=1047#comment-10838 et #comment-10842

    Encore une question éludée !

    Sauf par Armand (#comment-10870 de l’article cité plus haut).

  38. @ Archimondain qui dit « Pourtant, et toujours en fonction des faits exposés par le document (Modern Money Mechanics), la formulation de création monétaire quand il s’agit de la multiplication du crédit par réserves fractionnaires semble inapproprié (voir le post de Paul).

    N’avez-vous jamais imaginé que ce puisse être l’inverse ?

    @ Paul Jorion :

    J’ai déjà précisé les pages importantes : 6 à 11.

    La différence entre l’explication de Modern Money Mechanics (MMM) et votre théorie :

    – vous dites que si une banque reçoit 1000 en dépôt d’un individu A, elle en garde 100 et en prête 900 lors d’un crédit à un individu B. Il y a conservation des quantités. Si B ne rembourse pas, et que la banque n’y pallie pas (par l’ensemble de ses fonds), A a perdu son dépôt. Cela signifie que A et B ne peuvent utiliser leurs comptes en même temps (s’ils représentent tous les clients de la banque).

    – MMM explique que si une banque commerciale reçoit 1000 en dépôt de A, elle en garde la totalité (1000) et crée 900 lors d’un crédit pour les prêter à B. Les individus A et B peuvent tous les deux utiliser leur somme pour la dépenser, personne ne perd son pouvoir d’achat.

    « The important fact is that these deposits do not disappear. They are in some deposit accounts at all times. All banks together have $10,000 of deposits and reserves that they did not have before. However, they are not required to keep $10,000 of reserves against the $10,000 of deposits. All they need to retain, under a 10 percent reserve requirement, is $1000. The remaining $9,000 is « excess reserves. » This amount can be loaned or invested. See illustration 2.
    If business is active, the banks with excess reserves probably will have opportunities to loan the $9,000. Of course, they do not really pay out loans from the money they receive as deposits. If they did this, no additional money would be created. What they do when they make loans is to accept promissory notes in exchange for credits to the borrowers’ transaction accounts. Loans (assets) and deposits (liabilities) both rise by $9,000. Reserves are unchanged by the loan transactions. But the deposit credits constitute new additions to the total deposits of the banking system. »

    D’ailleurs d’après votre théorie quelle monnaie serait détruite lors du remboursement du crédit de l’individu B ? Le dépôt de A ? Il va être content…

    Par contre si on suppose que B a reçu une somme qui n’a rien à voir avec le dépôt de A, cet argent pourra être détruit et on se retrouvera à la phase initiale concernant la masse monétaire. La seule différence remarquable est un transfert d’intérêts de B vers la banque commerciale.

    D’où je tiens que vous ne « travaillez pas dans le domaine de la monnaie » ?
    Car j’ai suivi tous les débats sur la monnaie.
    Parce-que comme tout le monde ici nous sommes obligés d’aller chercher nos justifications ailleurs…
    Moi dans la FED, vous dans Creutz…

  39. Et après tout ca, tu m’étonnes qu’il y a des gens qui écrivent des théories du complot avec de riches banquiers qui ont envie de mettre main basse sur le monde, de contrôler l’argent et la création d’argent, d’imposer leur nouvel ordre mondial.
    Et tu m’étonnes qu’il y a des gens pour y croire vu la façon dont se déroule les choses actuellement dans le monde de la finance, le manque de clarté à pouvoir expliquer ce qui se passe, le manque de sens qui semble jaillir de tout ca.

    Euh finalement, parfois je me dis que la théorie de la conspiration des banquiers avec CFR, trilatérale, Bildergerg et compagnie me parait BIEN PLUS crédible que tout ce qu’on a pu essayer de rationaliser sur la monnaie

    Bon toute proportion gardée, n’exagérons rien non plus 🙂

  40. @Shiva :

    Je connais (très bien – difficile d’aller plus près…) un directeur de banque et il admet que les « banques créent de la monnaie ». Mais son avis n’est ici qu’un avis parmi d’autres. Ce débat échappe largement aux questions qui font le quotidien des banquiers comme cela a déjà été souligné.

    Pour moi, la question reste : qu’est-ce que cela change si les banques commerciales « créent » de la monnaie ou si elles mettent en circulation des « promesses » en multipliant les moyens de paiement sur la base de la monnaie existante ?

    Peut-être que résoudre cette question fondamentale permet d’être plus crédible (et je soupçonne que ce soit un point fondamental de la recherche de Paul Jorion), mais après…. on en fait quoi ?

    1. Le point important est de déterminer la responsabilité dans la crise monétaire.

      Sont-ce plutôt les banques, et leurs prêts « déraisonnables » à vue spéculative, ou est-ce plutôt la Banque Centrale?

      Faut-il plutôt utiliser le diviseur monétaire entre M1 et la monnaie fiduciaire, les banques commandent, la B.C. suit, ou plutôt le multiplicateur monétaire, la B.C. contraint, les banques commerciales suivent.

      Le débat n’est donc pas « que » théorique.

      Cordialement, B. L.

  41. @ Eminence Thénar

    ‘N’avez-vous jamais imaginé que ce puisse être l’inverse ?’
    Je ne suis pas sûre de comprendre votre question.

    Dans l’extrait que vous présentez ici, les 10.000 qui « n’existaient pas avant » sont bien les 10.000 créés à partir de rien par la banque centrale, lors d’un achat de T-Bond. Ce n’est pas de l’argent qui provient d’une multiplication par réserve fractionnaire. De plus, l’extrait que vous présentez est précédé de celui-ci :

    The expansion process may or may not begin with Bank A, depending on what the dealer does with the money received from the sale of securities. If the dealer immediately writes checks for $10,000 and all of them are deposited in other banks, Bank A loses both deposits and reserves and shows no net change as a result of the System’s open market purchase. However, other banks have received them. Most likely, a part of the initial deposit will remain with Bank A, and a part will be shifted to other banks as the dealer’s checks clear.

    Il est clairement écrit que si la personne retire ses 10.000, la banque n’a plus ni réserves ni dépôts. Une astuce comptable fait que ces 10000 apparaissent deux fois. Une fois pour les réserve et une fois pour l’argent du dépôt. La banque peut alors prêté 90% de l’argent des réserves comme si celui-ci avait été créé. Cependant, ces réserves sont directement corrélés au dépôt. Et si la personne retire son dépôt, cela retire aussi l’argent des réserves. Ce nouvel argent n’est donc pas vraiment du nouvel argent. Pour ma part, je ne comprend pas l’intérêt de présenter les choses comme elles le sont dans ModernMoneyMecanism. Je trouve que ça porte à confusion.

    Certains semblent déçu de nous voir pinaillez autour de cet aspect très particulier des choses, à la place de traiter des questions plus intéressantes et d’élever un peu le débat. Aussi, je m’excuse de faire partie de cet inertie qui ramène les discussions toujours au même point. Si vous pensez qu’il est temps de passer à autre chose, je le ferais avec plaisir. Mais selon moi, si l’on arrive déjà pas à répondre à des questions simples, il y a peu de chance qu’on arrive à répondre à des questions plus compliquées.

  42. @ Archimondain :

    Ce que vous expliquez est juste mais ne remet rien en cause, ce sont des points différents du phénomène.

    Si l’individu A met 1000 dans sa banque, ce n’est pas de l’argent qui appartient à la banque (contrairement à ce que dit Paul dans son post avec Eusèbe, Casimir et la banque Tirelire), ce n’est pas non plus une dette de la banque à l’individu A. Par contre la banque s’en servira pour ses établir ses fonds et ses capacités d’emprunts dans le respect des réserves fractionnaires.

    Ainsi quand A dépose 1000, la banque pourra créer et prêter 900 car ses fonds augmentent.

    Par contre si l’individu A retire ses 1000 euros de son compte, ça diminuera les capacités de crédits de la banque qui pourra créer moins de monnaie.

    Il faut lire les pages 6 à 11 et pas seulement mon extrait dont la phrase clé est :

    « Of course, they do not really pay out loans from the money they receive as deposits. If they did this, no additional money would be created. »

    Si il y en a qui sont déçus c’est seulement ceux qui, fidèles de ce blog depuis des mois, ne peuvent ou ne veulent plus s’y exprimer car leur avis contraire a été censuré…

  43. @Patrick

    Pourquoi M3 n’est plus officiellement publié par la réserve fédérale ?

    Personne ne peut répondre à sa place, mais je dirais que c’est parce que c’est un repère notoire de monétaristes qui prétendent que le seul indicateur de référence est M1. Par ailleurs, on sait que dès lors qu’une banque centrale se fixe un objectif quantitatif, la relation qui préexistait se modifie, les agents économiques changeant de comportement.

    Cela dit, je ne vois pas où trouver une conspiration là-dedans. Si vous souhaitez connaître M3, vous allez sur wikipedia, vous suivez le lien et vous arrivez là : http://www.shadowstats.com/alternate_data. Et bien sûr, que voyez-vous ? Une chose évidente : que M3 a fortement augmenté ces dernières années. Qu’est-ce que cela signifie ? Que comme dans toute crise financière, l’encours de crédit a fortement augmenté, d’où la suspicion que sans cette augmentation, les bulles qui sont en train d’éclater n’auraient pu se former aussi vite. {C’est pour cela que j’ai posté les pages de Hayek plus haut…)

    NB : avant de chercher des conspirations, il faut commencer par comprendre les explications traditionnelles; si elles paraissent problématiques, voire impossibles, alors oui, allez dans cette voie (par exemple pour le 11/09), mais si vous le faites avant d’avoir pris connaissance des informations disponibles, vous décridibilisez ceux qui luttent contre de véritables conspirations.

  44. Fred L. dit : « Je ne vois toujours pas quelle est la question en débat. »

    Quelle est la différence entre la monnaie émise par l’état (fiduciaire), et celle émise par une banque privée (scripturale) dans laquelle on a déposé cette monnaie (fiduciaire donc), et qui donne droit à ladite banque privée d’émettre de la monnaie (scripturale cette fois) à hauteur de la réserve fractionnée (dont le taux est imposé par l’état) ?

    Sur les billets imprimés par l’état est marqué le sceau de l’état, ce qui lui donne une force de convertibilité. Les chiffres donnés par les banques privés sur VOTRE relevé de compte… c’est quoi qui leur donne force de convertibilité ? Si j’imprime une feuille et j’y marque dessus 1 €uro, qui va l’accepter ? En quoi c’est différent d’un chèque de banque ? Que récupère l’état contre sa garantie et sa défense de la monnaie scripturale ?

    Par ailleurs, il existe des livres d’école et de vulgarisation sur les trous noirs et les noyaux temps-réels, sur la sexualité des fourmis et les maladies génétiques, mais sur la création monétaire, RIEN. N’est-ce pas louche en soi ? On ne devrait même pas avoir à discuter de la chose, « normalement » il devrait suffire de lire quelques ouvrages universitaires qui font référence. Où sont-ils, ces ouvrages universitaires ? Si on se réfère à la seule source officielle (ModernMoneyMechanics.pdf by FED), on y lit (page 3)

    « Who Creates Money?
    Changes in the quantity of money may originate with actions of the Federal Reserve
    System (the central bank), depository institutions (principally commercial banks), or the
    public. The major control, however, rests with the central bank.
    The actual process of money creation takes place primarily in banks. »

    « The actual process of money creation takes place primarily in banks. »

    Bon, c’est clair, là ?

    The actual process of money creation takes place primarily in banks.

    The actual process of money creation takes place primarily in banks.

  45. Bonjour Dani,

    J’ai bien du mal à vous répondre, je fais une troisième tentative…

    « qu’est-ce que cela change si les banques commerciales “créent” de la monnaie ou si elles mettent en circulation des “promesses” en multipliant les moyens de paiement sur la base de la monnaie existante ? »

    – Un « bonne » compréhension du système actuel, me semble plutôt indispensable pour » faire du neuf »…

    – L’idée que des entreprises privées puisse agir en toute liberté, sur ce qui est l’énergie de l’économie et de la prospérité humaine dans un but de recherche du profit maximal me pose un gros problème moral.
    le « parasitage » d’un bien, à mon sens universel, me semble moins important, voir absent, si les organismes de crédit agissent dans un cadre et sur une base monétaire décidée et gérée par un organisme plus proche du contrôle démocratique et de l’intérêt commun.

  46. @Fred L.

    Et bien sûr, que voyez-vous ? Une chose évidente : que M3 a fortement augmenté ces dernières années. Qu’est-ce que cela signifie ? Que comme dans toute crise financière, l’encours de crédit a fortement augmenté, d’où la suspicion que sans cette augmentation, les bulles qui sont en train d’éclater n’auraient pu se former aussi vite. {C’est pour cela que j’ai posté les pages de Hayek plus haut…)

    http://www.shadowstats.com/imgs/sgs-m3.gif?hl=ad

    Et bien nous ne lisons pas le même graphique Fred, car selon l’indicateur fourni « SGS M-3 », il semble bien en effet y avoir eu une forte augmentation jusqu’à début 2008, mais suivie d’une chute vertigineuse de cette même simulation d’agrégat, conjointement à une hausse astronomique et simultanée de l’indicateur M1.

    équation : hausse M3 – baisse M1 = …

    NB : Ce sont des faits qui n’ont rien à voir avec une quelconque conspiration.

  47. Bankster.tv remercie Eminence Thénar pour avoir fait et dit ce qui nous a été censuré
    Modern Money Mechanics a été utilisé par Paul Grignon et le Zeitgeist mouvement pour Zeitgeist Addendum.
    (comme cité sur notre site, et la page de l’Argent Dette sur Vimeo, mais ce lien comme les autres semblent trop durs a cliquer pour certains)
    C’est un document officiel de la FED de chicago et c’est grâce a ce document notamment que l’on sait ce qu’il se passe.
    J’avais déjà conseillé a Paul Jorion de le lire avant de se prononcer (idem pour tous les autres qui s’expriment sur la monnaie ici)
    Parce que tant que vous ne l’avez pas lu, vous parlez de quelque chose que vous ne connaissez pas.
    Il faut lire les règles du jeu avant de les commenter et de dire que les films amateurs qui les expliquent sont faux.

    Si vous voulez être sur de perdre un jeu, jouez avec celui qui a inventé les règles…

  48. @Dani
    Autre chose, si je recherche des données factuelles c’est que la loi et les règlements européens que j’ai pu trouver me semblent flous sur le droit de création monétaire par les organismes de crédit. A tel point que j’ai l’impression qu’ils ont la possibilité de faire comme ils le souhaitent, à savoir; du crédit « comptable » à qui mieux mieux en respectant les 12,5% du ratio McDonough de fonds propres (pondéré…) par rapport au risque de crédit; et utiliser comme ils le souhaitent (en tant que liquidités) les fonds déposés en respectant le ratio de réserve (actuellement 2% dans la zone euro) sachant que les nouveaux crédits produiront de nouveaux dépôts. Si ils deviennent illiquides, financement automatique par leur banque centrales qui ne peut courir le risque d’une faillite dans son secteur…

    J’ai peur que le système fonctionne comme cela, mais je n’en sais rien, je n’en ai aucune preuve factuelle.

    Les modèles théoriques ne permettent pas de répondre pas à la question de l’origine « comptable » ou « monétaire » (dépôts) des prêts. Les doc de la FED de la BCE, les déclarations de banquiers ou de comptables de banques, voir de concepteurs de logiciels bancaires, me semblent plus probants…

  49. @ Patrick

    « Et bien nous ne lisons pas le même graphique Fred, car selon l’indicateur fourni “SGS M-3″, il semble bien en effet y avoir eu une forte augmentation jusqu’à début 2008, mais suivie d’une chute vertigineuse de cette même simulation d’agrégat, conjointement à une hausse astronomique et simultanée de l’indicateur M1. »

    Exactement : hausse de M3 quand les taux d’intérêts étaient bas et que les bulles se développaient – tout le monde était optimiste – et maintenant que les bulles ont explosé M3 chute et les banques centrales tentent de la compenser en créant de la base monétaire M1.

    @ Zolko

    « Par ailleurs, il existe des livres d’école et de vulgarisation sur les trous noirs et les noyaux temps-réels, sur la sexualité des fourmis et les maladies génétiques, mais sur la création monétaire, RIEN. N’est-ce pas louche en soi ? On ne devrait même pas avoir à discuter de la chose, “normalement” il devrait suffire de lire quelques ouvrages universitaires qui font référence. Où sont-ils, ces ouvrages universitaires ?

    Mais il y en a des milliers, écrits depuis des siècles, il suffit d’aller dans une bibliothèque ! N’importe quel manuel de théorie monétaire en parle, plus tous les grands économistes de l’histoire.

    “The actual process of money creation takes place primarily in banks.” Ce n’est pas à moi qu’il faut le dire, mais ce n’est pas une nouveauté.

  50. Fred L. dit: « Mais il y en a des milliers, écrits depuis des siècles, il suffit d’aller dans une bibliothèque ! N’importe quel manuel de théorie monétaire en parle, plus tous les grands économistes de l’histoire. »

    Références s’il vous plaît ? Dire « toutes les preuves sont là, à vous de les chercher » n’est pas une preuve, n’est pas scientifique. Et ne fait que renforcer la thèse selon laquelle justement, ces preuves n’existent pas. Elles n’existent pas soit à cause d’une conspiration des banquiers, soit à cause d’un système mal-fichu (ce qui expliquerait pourquoi il sa casse la gueule).

    Dans tous les cas, on peut conclure scientifiquement que le système est mauvais. Les monnaies scripturales et fiduciaires ne peuvent être identiques, ni même similaires. Le système actuel est équivalant à l’autorisation de la fausse monnaie.

  51. @zolko
    Je ne peux pas vous laisser dire cela.

    Indépendamment du fait que j’ai raison ou pas quand j’affirme que les banques commerciales ne créé pas d’argent. Quand bien même ce serait le cas, tout le monde s’accorde alors pour dire que cet argent est détruit une fois remboursé. Si la personne ne rembourse pas, la banque doit le faire à sa place.

    Les faux-monnayeurs ne s’encombre pas d’une telle contrainte.

    Notez que je ne cautionne pas non plus le système actuel, dont l’échec est flagrant quand au fait de permettre à l’ensemble de l’humanité de ‘vivre bien’ (terme à développer) ne serait-ce que matériellement. Cependant, je le redis, la critique doit rester juste et cohérente avec la réalité, sans quoi nous ne sommes qu’une bande de mécontent sans pensée construite et sans crédibilité.

  52. Dans un organisme vivant, les sang joue un rôle très important.
    Il serait intéressant d’ étudier l’ évolution différents regards des scientifiques, des philosophes, des poetes, sur ce sujet.
    En effet, si on demande a n’ importe qui ce qu ‘est le sang, on vous répondra d’ un haussement d’ épaule, que c’ est evident : c’ est un fluide qui est necessaire a la vie de l’ organisme.
    Descartes avait compris la fonction des artères et des veines.
    En approfondissant un peu, on vous dira qu ‘il est nécessaire au fonctionnement de chaque organe.
    Un organe qui ne reçoit plus de sang va « appeler a l’ aide » en envoyant des signaux de nature variés (nerveux, hormonaux, biologiques…), la composition du sang va se modifier pour essayer de dissoudre un caillot, ou colmater un saignement, voire se modifier de façon générale en provoquant une coagulation chaotique et disséminée de tous les petits vaisseaux sanguins de l’ organisme entraînant la mort de l’ organisme (CIVD).

    Le sang transporte autre chose que l’ oxygène : il transporte notamment les effecteurs du système de défense cellulaire de l’ organisme contre les infections.
    Il transporte de nombreuse hormones necessaires a la régulation de la quantité d’ eau dans le corps, au réglage du diamètre des vaisseaux sanguins, de la pression du sang, de la vitesse de battement du coeur…

    Notre débat sur la monnaie ressemble a celui qu ‘ aurait pu avoir Descartes avec un mécanicien des fluides d’ aujourd ‘ hui: quelques règles de 3, un peu d’ équations différentielles, agrémenté d’ un peu de théorie du Chaos…
    Mais ce débat n’ est jamais que quantitatif, et ne nous parle pas de la fonction, ou des fonctions de la monnaie.

    Ce débat de mécaniciens ne peut aboutir qu ‘à deux choses : la transfusion ou la saignée.
    Ce traitement peut certes parfois sauver le malade (si les petits vaisseaux ne sont pas irréversiblement bouchés), mais il n’ apporte aucune connaissance sur la maladie et sa récurrence.

  53. Archimondain dit : « Indépendamment du fait que j’ai raison ou pas quand j’affirme que les banques commerciales ne créé pas d’argent.  »

    Selon la FED, vous auriez tort: “The actual process of money creation takes place primarily in banks.”

    « cet argent est détruit une fois remboursé. »

    Oui, comme vous dites, « cet argent là », mais les intérêts sur « cet argent là » ne le sont pas (détruits). C’est bien expliqué dans Zeitgeist Addendum (2), les banques privées créent de la monnaie, qui est détruite lorsqu’elle est remboursée, mais elle est remboursée avec intérêts, et l’argent pour rembourser les intérêts, il vient d’où ? Il vient du futur, c’est la dette perpétuelle. Dans le système actuel, il n’y a pas assez d’argent en circulation pour payer la totalité des crédits en circulation, à cause des intérêts. Donc la masse monétaire augmente sans cesse. C’est inscrit dans les bases fondatrices du système.

  54. Bonsoir,

    H. Creutz ne me convainc point. De ses « points de réflexion », je tire l’inverse de ce qu’il affirme. Qui a raison?
    ____________________________________
    1) que lors de chaque réutilisation du premier dépôt supposé de 100 millions, suite au crédit qu’il a permis d’accorder, il se produit à chaque fois un nouveau dépôt d’un client quelconque de la banque, dépôt qui, bien entendu, peut être de nouveau prêté ;
    ____________________________________

    C’est bien cela même, le principe du « multiplicateur de crédit », n’est-ce pas? Le système permet, à chaque tour, de prêter une nouvelle fois la somme initiale, moins le % de réserve fractionnaire obligatoire. C’est une équation de décroissance exponentielle, de la forme M(t) = M(0).exp(-%t), qui exprime le montant M qui peut être prêté au tour t, sachant que le montant initial est M(0), et que le taux de rétention est %. Cette équation tend asymptotiquement vers zéro, ce qui fait que au bout d’un nombre restreint de tours, le cumul des prêts n’augmente plus significativement. Le cumul tend à se borner à 9 fois le montant initial quand % = 0,10 (soit 10%)

    _________________________________________
    2) que l’enchaînement des octrois de crédits et des constitutions de réserves par les banques tel qu’il est décrit ne peut se faire qu’aussi longtemps qu’aucun des déposants ne dispose de son avoir en effectuant un retrait ou un virement ;
    _________________________________________

    Je ne comprends pas Creutz sur ce point. Cela voudrait dire que, si je prends un crédit pour acheter une voiture, je bloque la chaîne des dépôts-crédits dès lors que j’achète réellement la voiture, mais pas tant que je diffère l’achat, bien que la somme ait été inscrite sur mon DAV? Je ne vois pas les implications de cette affirmation.
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    3) qu’en réalité, au fil du processus, on n’assiste nullement à un accroissement de la masse monétaire mise en circulation, de quelque manière que ce soit, mais toujours à une réutilisation, tandis que, à chaque étape, la masse monétaire réellement existante est inéluctablement le résultat de l’addition des réserves constituées jusque-là et du crédit accordé en dernier, et équivaut au montant initial de 100 millions ;
    _____________________________________

    Donc, ma banque peut prêter 10 000. Elle me propose un crédit de ce montant, pour que j’achète une voiture. Je donne l’argent à mon concessionnaire. Il le dépose sur son compte. Sa banque en retient 1000 comme réserve, et en reprête 9000 à un boulanger, qui veux réinvestir dans un four neuf. Il achète son four, et le fournisseur du four dépose la somme sur son compte. Sa banque en retient 900, et et reprête 8100 à un famille qui fait des travaux d’isolation de son logement. Ils payent l’entrepreneur, etc.

    Faisons la somme des biens achetés à partir des 10 000 de départ: 10 000 + 9 000 + 8 100 = 27 100. A ce point, certes, il y a utilisation de la même somme successivement, ce qui conforte l’idée que les banques ne créent pas de monnaie, mais que les additions des opérations permises par cette même monnaie est une sorte d’erreur conceptuelle. Seulement voilà: cette monnaie, au départ, n’appartient pas aux acheteurs des biens, qui doivent simultanément rembourser 27 100 aux banques, quand seulement un peu plus de 1 000 existent vraiment au départ (la réserve fractionnaire de 10% de ma banque =1 111). Il y a donc accroissement de la dette totale. A partir du moment où l’on accepte l’idée que la monnaie bancaire est une dette, il y a bien accroissement de la monnaie bancaire. Ce qui m’amène a considérer que l’opposition entre pro et anti « ex-nihilo » se situe surtout sur un terrain sémantique : qu’est-ce que la monnaie? Et par exemple, qu’est-ce que « la monnaie réellement existante » citée par Creutz?

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    4) que non seulement il ne se produit pas d’accroissement de la masse monétaire mais, qu’en fait, en ce qui concerne la masse monétaire active et axée sur la demande, elle diminue même constamment, étant donné que sur les 100 millions initiaux, des montants de plus en plus élevés sont gelés dans les réserves des banques jusqu’à être totalement absorbés ;
    _____________________________________

    Cette affirmation ne fait rien d’autre qu’exprimer autrement l’équation de la décroissance exponentielle du montant résiduel éligible au prêt (qui tend vers zéro), autrement dit, le fait que le « multiplicateur de crédit » est un nombre réel qui dépend du « ratio prudentiel ». Elle n’apporte rien au débat.

    _____________________________________
    5) que l’utilisation répétée de la monnaie, que ce soit pour procéder à des achats, la prêter ou en faire cadeau, n’accroît jamais sa masse mais uniquement les opérations d’achats, de prêts ou de dons ainsi effectués, qui, bien entendu, additionnées, donnent des montants de plus en plus élevés.
    _____________________________________

    Sauf que dans le cas des échanges commerciaux en séries il se produit une somme croissante d’extinctions de dettes aussitôt celles-ci contractées (vous prenez un objet au magasin, vous déclarez vouloir en devenir propriétaire, vous êtes en dette face au commerçant, vous acquittez cette dette en entier avant de quitter le magasin) ; dans le cas de la réutilisation de monnaie pour des prêts en série, il se constitue une somme croissante de dettes bien réelles, qui devront être remboursées par le travail bien réel des emprunteurs (et en plus, avec un intérêt considérable)

    ____________________________________
    Les faits énumérés ci-dessus sont encore plus clairs lorsqu’on se représente cet enchaînement, non pas au niveau de banques, mais au niveau d’opérations commerciales, et qu’il s’agit non plus de prêts à répétition mais de ventes à répétition. Là aussi, on peut supposer que chaque commerçant met dix pourcent de sa recette de côté et qu’il dépense le reste directement ou indirectement dans un autre magasin pour faire des achats. Là encore, l’addition des opérations d’achat donnerait le même résultat que celles des opérations de crédit dans le cas de la « surmultiplication de la création monétaire ». Et pourtant personne n’irait prétendre que la masse monétaire a été multipliée par neuf ou que les commerçants ont créé 900 millions [ex nihilo].
    ____________________________________

    Ceci reprend ce que j’ai écrit au dessus de ce même paragraphe: il ne faut pas confondre multiplication du crédit (=extension de la dette globale) et vitesse de circulation de la monnaie (=extinction de plusieurs dettes par une même monnaie), car les processus ne sont pas symétriques, ni bien évidemment leurs conséquences.

    Avant de poster ce message, je voudrais faire, très humblement, une tentative de réconciliation des partis pro et anti « ex nihilo », sur la base de cette dernière réflexion. Je propose pour cela deux tableaux, dont l’un exprime le point de vu de Creutz sur les échanges commerciaux, et l’autre les visions croisées de pro et des anti « ex nihilo » sur la monnaie. Le premier tableau est là pour démontrer que le dernier argument de Creuz (son point 5) n’est pas valable en tout point, du fait d’une dissymétrie des processus en jeu.

    Tableau 1: la vitesse de rotation de la monnaie.

    Somme disponible au départ: 10 000. Rétention par chaque intervenant: 10% (on peut d’ailleurs discuter de ce point, car finalement, ces 10% finiront bien par servir à quelque chose au sein de l’économie réelle: ils ne sont pas « bloqués » comme le sont les 10% de la réserve fractionnaire de la banque)

    Somme reçue en paiement Somme retenue Somme transférée à l’acteur économique suivant
    10 000 1 000 9 000
    9 000 900 8 100
    8 100 810 7 290
    7 290 729 6 561
    etc…

    Résultat: une même somme de monnaie de 10 000 a permis d’échanger des biens et services pour 40 951, en intégrant le premier paiement de 10 000. Ces échanges sont réels, et fermes. Il n’y a plus aucune raison de revenir dessus, tout est classé entre tous ces acteurs économiques, jusqu’à la prochaine fois.

    Tableau 2: la multiplication du crédit

    Réserve obligatoire de la première banque: 1 111

    Crédit accordé (et déposé sur un autre compte ailleurs) Réserve retenue Capacité résiduelle de crédit
    10 000 1 000 9 000
    9 000 900 8 100
    8 100 810 7 290
    7 290 729 6 561
    6 561 656
    etc…

    Nous voyons ici que, comme l’exprime Creutz, la somme initiale de 10 000 va progressivement de retrouver « bloquée » dans les réserves obligatoires : c’est le cumul des réserves retenues (4 095, soit 40% de la monnaie initiale en seulement 4 tours). De son côté, la capacité résiduelle de crédit décroît asymptotiquement vers zéro. Il semble donc bien à ce point que ce soit le prêt successif de la même monnaie, systématiquement amputée de 10% de son montant à chaque tour, qui permette une succession d’échanges commerciaux. En effet, chaque crédit accordé va fatalement servir à un échange commercial (une voiture, un four de boulanger, des travaux d’isolation, etc).

    Seulement, au terme de la série des prêts successifs, il y aura une dette totale de l’ensemble des emprunteurs qui sera ici de 40 951, et qui va perdurer au delà de l’échange commercial permis par l’emprunt!!! Or, cette dette est ce que s’échangent les acteurs économiques, puisque ce sont ces montants, inscrits sur leurs comptes DAV, qu’ils s’échangent par le truchement des moyens de paiement scripturaux! Cette dette est donc, dans l’économie réelle, une monnaie!

    Donc, selon que l’on se réfère à la première ou à la deuxième colonne du tableau, il y a, ou il n’y a pas, création monétaire! C’est à mon sens là qu’il faut situer l’opposition entre pro et anti « ex nihilo ». C’est la confusion des termes et des sens attachés à chacun d’eux qui provoque cette opposition. En réalité, ce que multiplie le crédit bancaire, c’est la dette globale. Et ce que s’échangent, comme si c’était une monnaie réelle, les acteurs économique, c’est de la dette. Si, sur la base de sa capacité à l’échange commercial, cette dette est elle aussi appelée « monnaie », tout s’embrouille!

    Dernier point: les mécanismes du tableau 1 et du tableau 2 sont couplés par le fait que les sommes retirées des comptes des emprunteurs inscrits au tableau 2 vont circuler au sein de l’économie réelle, selon le principe du tableau 1. Chaque somme prêtée (donc chaque dette qui circule) sert plusieurs fois, et permet donc des échanges économiques au delà de sa valeur initiale. Et chaque unité monétaire circulant ainsi finira, à un moment ou à un autre, par revenir éteindre, auprès d’une banque, une partie de la dette globale. Donc, au final, quand tous les échanges souhaitables ont été faits, et toutes les dettes remboursées, il n’y a plus de monnaie, mais plus non plus d’économie souhaitée, donc plus besoin de cette monnaie. C’est parfait. Sauf que les banques exigent un intérêt sur chaque prêt…

    En conséquence, la dette globale, du fait de l’intérêt, est tout simplement inextinguible. D’une part parce que les remboursement principal + intérêts ponctionnent de la dette en circulation au delà de la dette globale émise, et d’autre part parce que cette destruction de dette se traduit par une ponction de biens réels par les créanciers, quand certains acteurs se retrouvent insolvables (c’est la » chaise musicale » de Paul Grignon). Cette accaparement de biens réels produits un besoin de les remplacer ou de les racheter, deux options génératrices de nouveaux crédits, donc de nouvelles dettes.

    C’est pourquoi le système bancaire actuel est souvent considéré par ses détracteurs comme un « aspirateur à richesses réelles », au bénéfice des acteurs de ce système, et au détriment du bien commun. Ce qui, à mon sens, n’est pas faux, et amène à une réflexion POLITIQUE sur les rôles de la finance, de la banque, et de la monnaie au sein de nos sociétés qui se disent « démocratiques ».

    En m’excusant de la longueur…

    Brieuc

  55. Une dernière réflexion: la dissymétrie entre la vitesse de rotation de la monnaie et la multiplication de la dette tient tout simplement à la rémanence de la dette au delà du moment de l’acte d’échange commercial pour lequel elle a été créée.

    C’est cette persistance de la dette dans le temps qui crée son accroissement tout au long du cycle dépôt-crédit, et donne, au final, une augmentation des moyens d’échange disponibles.

    Comme la dette est utilisée pleinement comme une monnaie (moyen d’échange, réserve de valeur, unité de compte), il apparaît clairement que la persistance de la dette au delà du temps de l’échange pour lequel elle a été créée, crée de la monnaie, même si celle-ci est temporaire. Toutefois, ce « temporaire » est tout relatif, puisqu’il est démontré que les fondements mêmes du système bancaire et financier imposent une augmentation exponentielle de la dette. Donc, si chaque unité de monnaie de dette est temporaire, la monnaie de dette en elle même est permanente, et sa masse s’accroît avec le temps.

  56. @ Fred L.

    Plus intéressant cette fois car les statistiques proviennent de la FED:

    FEDERAL RESERVE statistical release (4 décembre 2008)
    http://www.federalreserve.gov/releases/h3/Current/

    H.3 (502)
    Table 1
    AGGREGATE RESERVES OF DEPOSITORY INSTITUTIONS AND THE MONETARY BASE
    in Millions of dollars, adjusted for changes in reserve requirements

    Mois______|Monetary_base_| borrowings from the Federal Reserve NSA
    2007-11___|___825.422M$_|_____366M$
    2007-12___|___823.348M$_|__15.430M$
    2008-01___|___821.406M$_|__45.660M$
    2008-02___|___822.560M$_|__60.157M$
    2008-03___|___826.994M$_|__94.523M$
    2008-04___|___824.408M$_|_135.410M$
    2008-05___|___826.461M$_|_155.780M$
    2008-06___|___832.528M$_|_171.278M$
    2008-07___|___838.142M$_|_165.664M$
    2008-08___|___841.709M$_|_168.078M$
    2008-09___|___903.524M$_|_290.105M$
    2008-10___|_1.128.479M$_|_648.319M$
    2008-11___|_1.433.092M$_|_698.786M$

    Que vous inspirent donc ces chiffres ?

  57. @Tigue

    Je vous offre une autre vision anatomique et physiologique de la monnaie et du crédit, par un autre grand penseur qui lui aussi pouvait parler du sang, puisqu’il était médecin, et surtout métaphysicien, d’une époque ou les ravages du cartésianisme n’avaient pas encore imposé cette folie de retirer l’observateur de l’expérience et de séparer la philosophie de la science.

    Bonne lecture en vieux François bien sur !

  58. @ Archimondain

    Par essence, la création monétaire ex nihilo que pratiquent les banques est semblable, je n’hésite pas à le dire pour que les gens comprennent bien ce qui est en jeu ici, à la fabrication de monnaie par des faux-monnayeurs, si justement réprimée par la loi.”
    Maurice Allais, Prix Nobel de sciences économiques 1988, La Crise mondiale aujourd’hui (éd. Clément Juglar 1999)

  59. @shiva : je suis d’accord avec ce que vous dites, ma question ne porte pas là-dessus. Je constate juste que si c’est de la monnaie créée ou si c’est des multipliants de la monnaie, cela revient au même : des entreprises privées, recherchant le profit, se sont accaparé une « institution d’utilité publique ». C’est pareil dans les 2 cas et je ne vois pas ce que cela a de tellement important de vouloir absolument trancher entre ces deux interprétation qui font l’essentiel du débat ici.

    Ou alors, je suis incapable de voir les réels enjeux de cette distinction… et dans ce cas j’aimerais les découvrir, d’où ma question.

  60. @Brieuc Le Fèvre

    Point 2: je l’avais interprété comme le retrait d’un dépôt par un déposant (spontané) ayant permis un crédit par la banque (crédité).

  61. @ Brieuc Le Fèvre

    « C’est pourquoi le système bancaire actuel est souvent considéré par ses détracteurs comme un “aspirateur à richesses réelles”, au bénéfice des acteurs de ce système, et au détriment du bien commun. Ce qui, à mon sens, n’est pas faux, et amène à une réflexion POLITIQUE sur les rôles de la finance, de la banque, et de la monnaie au sein de nos sociétés qui se disent “démocratiques”. »

    A vous l’honneur, s’il vous plaît.

  62. @ fab

    Brieuc Le Fèvre a dit le 7 décembre 2008 à 18:01 sur « Notre débat sur la monnaie : et si c’était à refaire ? »

    La monnaie doit représenter une réalité matérielle, parce que son rôle premier est de permettre l’échange du travail.

    L’équivalence monnaie-production dépend du temps et du lieu de l’échange. C’est d’ailleurs pourquoi j’ai l’habitude de dire que la monnaie est une représentation symbolique et conventionnelle de la valeur du travail.

    Et en mixant les deux, je me trouve aussi d’accord avec moi-même (ouf! J’échappe à la schizophrénie cette fois encore! 😉 ), à savoir que la monnaie est une pure création humaine, sans réalité objective, et qui doit donc, pour avoir un sens, se rattacher à une production réelle. Ceci me permet de penser que le fondement même du capitalisme financier (créer de l’argent à partir de l’argent) est une aberration, de même que l’idée qu’une “croissance” bénéficiant à l’humanité puisse se dégager de la spéculation, des produits dérivés, des paradis fiscaux, etc.

    La monnaie doit être créée par la production, et éventuellement pour la production, c’est à dire par anticipation (crédit), et sans intérêt.

    Ce qui, pour nous ramener au sujet principal de ce fil, implique de retirer aux banques privées le privilège de créer la monnaie (pour ceux qui croient à cette version, et j’en suis), ou à leur reprendre le privilège d’être seules à décider de l’allocation de la monnaie aux initiatives humaines (pour ceux qui pensent que la monnaie préexiste à son prêt par une banque privée). Dans les deux cas, il sera nécessaire, pour le bien commun, de repenser sérieusement le fonctionnement du circuit monétaire.

  63. @ Nadine :

    Vous me dites :

    « @ Étienne Chouard

    Vous dites : “Si j’ai bien compris, quand une banque prête de l’argent (quand elle reconnaît une nouvelle dette contre elle), il n’est pas question de réutiliser de la monnaie existante : LA BANQUE N’A PAS LE DROIT DE PRÊTER L’ARGENT QUI M’APPARTIENT, elle n’a pas le droit de céder la créance que j’ai contre elle, je suis le seul, en droit, à pouvoir faire ça.

    Êtes-vous si sûr de ce que vous avancez ? Car ce que vous dites est CAPITAL.

    Retrouvez le texte de loi qui l’interdit et vous aurez gagné “la bataille” de la création ex nihilo ; si vous avez tort ou que vous ne puissiez pas le prouver, alors c’est Paul Jorion qui a raison. »

    Je suis en train d’en préparer une démonstration comptable avec Jean Bayard (la comptabilité des banques laisse peu de place à la fantaisie et permet de « voir » la création monétaire en pleine lumière), mais Eminence Thénar a déjà correctement étayé mon affirmation en s’appuyant, lui, sur un texte de la Réserve Fédérale américaine de Chicago (à vérifier peut-être ?).

    Je rappelle ce passage de l’explication d’Eminence Thénar que je trouve important :

    @ Paul Jorion : J’ai déjà précisé les pages importantes : 6 à 11.

    La différence entre l’explication de Modern Money Mechanics (MMM) et votre théorie :

    – vous dites que si une banque reçoit 1000 en dépôt d’un individu A, elle en garde 100 et en prête 900 lors d’un crédit à un individu B. Il y a conservation des quantités. Si B ne rembourse pas, et que la banque n’y pallie pas (par l’ensemble de ses fonds), A a perdu son dépôt. Cela signifie que A et B ne peuvent utiliser leurs comptes en même temps (s’ils représentent tous les clients de la banque).

    MMM explique que si une banque commerciale reçoit 1000 en dépôt de A, elle en garde la totalité (1000) et crée 900 lors d’un crédit pour les prêter à B. LES INDIVIDUS A ET B PEUVENT TOUS LES DEUX UTILISER LEUR SOMME POUR LA DÉPENSER, PERSONNE NE PERD SON POUVOIR D’ACHAT.

    The important fact is that these deposits do not disappear. They are in some deposit accounts at all times. All banks together have $10,000 of deposits and reserves that they did not have before. However, they are not required to keep $10,000 of reserves against the $10,000 of deposits. All they need to retain, under a 10 percent reserve requirement, is $1000. The remaining $9,000 is “excess reserves.” This amount can be loaned or invested. See illustration 2.

    If business is active, the banks with excess reserves probably will have opportunities to loan the $9,000. Of course, they do not really pay out loans from the money they receive as deposits. If they did this, no additional money would be created. What they do when they make loans is to accept promissory notes in exchange for credits to the borrowers’ transaction accounts. Loans (assets) and deposits (liabilities) both rise by $9,000. Reserves are unchanged by the loan transactions. But the deposit credits constitute new additions to the total deposits of the banking system.

    Il me semble que cette explication de la Réserve Fédérale colle parfaitement avec la formulation que je proposais hier, quand je disais :

    Nous devrions d’abord correctement DÉFINIR le mot MONNAIE, en terme simples.
    Une bonne formulation, je trouve, est de se représenter la monnaie comme
    UN SIGNE DOTÉ D’UN POUVOIR D’ACHAT.

    Un signe MATÉRIALISÉ (pièce ou billet) ou DÉMATÉRIALISÉ (solde d’un compte bancaire).

    Aujourd’hui, il semble que TOUS ces signes soient des RECONNAISSANCES DE DETTES :
    – soit des DETTES DE L’ÉTAT (billets et pièces),
    – soit des DETTES DES BANQUES (provision des DAV, dépôts à vue).

    Des reconnaissances de dettes suffisamment FIABLES, émises par des débiteurs suffisamment indestructibles, pour inspirer CONFIANCE à tout le monde et servir de MOYEN D’ÉCHANGE.

    L’échange a lieu en faisant CIRCULER LE TITRE de la dette (titre éventuellement dématérialisé, peu importe), un peu comme on fait circuler une traite ou un chèque par endossement (sauf qu’il n’y a pas toujours besoin d’endos : pour la monnaie fiduciaire —billets et pièces—, on n’a pas besoin de signer au dos du titre pour céder la créance).

    Les mécanismes de la CIRCULATION MONÉTAIRE s’apparentent donc à la CESSION DE CRÉANCE.

    (…)

    • LA MONNAIE SCRIPTURALE (les soldes créditeurs sur les comptes bancaires, la provision de ces comptes) sont la reconnaissance d’une DETTE D’UNE BANQUE au bénéfice du PORTEUR, reconnaissance de dette si fiable, si peu suspecte d’être jamais trahie, que tout le monde l’accepte généralement.

    Le porteur de cette créance contre la banque (le titulaire du compte en banque) dispose donc d’un POUVOIR D’ACHAT, un moyen d’accéder tout de suite à des richesses réelles.

    Si la banque (en échange des CONTREPARTIES qui lui conviennent, PEU IMPORTE LESQUELLES, ceci est un point décisif) crée (accepte de reconnaître) de NOUVELLES DETTES (de nouvelles provisions dans ses comptes), ELLE CRÉE DU POUVOIR D’ACHAT en proportion.

    ELLE PEUT le faire parce que tout le monde lui fait CONFIANCE.

    (…)

    Si j’ai bien compris, quand une banque prête de l’argent (quand elle reconnaît une nouvelle dette contre elle), il n’est pas question de réutiliser de la monnaie existante : LA BANQUE N’A PAS LE DROIT DE PRÊTER L’ARGENT QUI M’APPARTIENT, elle n’a pas le droit de céder la créance que j’ai contre elle, je suis le seul, en droit, à pouvoir faire ça.

    Elle peut CRÉER (prêter) une somme CORRESPONDANTE, mais PAS prêter CETTE SOMME-LÀ.

    Par contre, —probablement parce que les dépôts qu’elle détient dans ses livres sont une sorte de signe de la confiance que de nombreux acteurs lui portent—, le fait que j’ai 100 de provision en DAV chez elle (100 de créance contre elle) lui permet (légalement, mais est-ce bien légitime ?) de CRÉER DE LA MONNAIE SUPPLÉMENTAIRE EN PROPORTION, POUR LA PRÊTER À D’AUTRES, ce qui, indubitablement, crée du pouvoir d’achat, puisque je n’ai rien perdu de mon propre pouvoir d’achat, moi dont la provision sert de « réserve prudentielle ».

    _________________________

    => Donc, à mon avis, Helmut Creutz se trompe dès le départ quand il dit :

    Mais si l’on reprend les opérations, pas à pas, en laissant la théorie de côté, on constate :

    1) que lors de chaque réutilisation du premier dépôt supposé de 100 millions, suite au crédit qu’il a permis d’accorder (…)

    Son erreur (l’erreur de Paul ?), c’est que le crédit bancaire ne RÉUTILISE PAS les dépôts, il CRÉE la monnaie nécessaire au prêt en quantité PROPORTIONNELLE aux dépôts, sans toucher aux dépôts, ce qui est très différent.

    IL N’Y A PAS « CONSERVATION DES QUANTITÉS ».
    ____________________

    Par ailleurs, l’image des BALLONS (celle de Boris) ne me paraît pas pertinente, car elle introduit une CONFUSION entre la richesse réelle (les biens que la monnaie permet d’acquérir, comme les ballons) et la monnaie elle-même qui ne doit pas être perçue autrement, je pense, que comme UNE CRÉANCE contre la banque ou contre l’État, créance transférée quand la monnaie circule et détruite quand la créance est remboursée.

    Tous les livres universitaires qui expliquent la création monétaire que j’ai à la maison décrivent la création monétaire par les banques privées. Je m’étonne qu’on en soit encore ici à contester ce mécanisme de base.

    Et je ne vois pas pourquoi la pensée (passionnante par ailleurs, semble-t-il) de ce « technicien, puis entrepreneur et enfin architecte indépendant, mais aussi moniteur d’aviation, inventeur et auteur » qu’est Helmut Creutz recueille auprès de Paul autant de crédit alors qu’il n’est, finalement, pas beaucoup plus expert que nous tous ici (mais je peux me tromper) 😉

    __________________

    Si on cherche, on retrouve la création monétaire par les banques privées « à tous les coins de rue », au détour de tous les documents les plus officiels et les plus sérieux.

    Par exemple, dans ce bulletin de la Banque de France n°73, page 61, intitulé « Sources et mécanismes de la création de monnaie dans le cadre de l’Eurosystème », on peut lire :

    « L’accroissement de la masse monétaire peut alors procéder du circuit traditionnel crédit-dépôt : le crédit accordé par une banque se traduit par une mise à disposition de l’emprunteur d’une quantité de monnaie, elle-même enregistrée sous forme de dépôt à vue, le bilan global des IFM s’accroissant ainsi de manière égale à l’actif et au passif. Les établissements de crédit peuvent également créer de la monnaie lorsqu’ils achètent des titres au secteur détenteur de monnaie. »

    Autre exemple, sous la plume de Monsieur Trichet (page 4), qui ne passe pas pour un farfelu dans ce domaine, on peut lire :

    « Naturellement, nous suivons également attentivement l’évolution des contreparties de M3, c’est-à-dire les sources de la création monétaire, et plus particulièrement les crédits à l’économie, (…) »

    Encore un exemple, assez gratiné : dans un document intitulé « les contreparties de la masse monétaire M3 et leur évolution en 1994… », la Banque de France nous explique :

    (…) l’accroissement des créances nettes des institutions financières SUR L’ÉTAT a constitué une source TRÈS SIGNIFICATIVE de création monétaire.

    C’est-à-dire que les crédits consentis par les banques aux États sont bien, eux aussi, à base de création monétaire (et, je le rappelle au passage, moyennant un intérêt non nécessaire que je considère —jusqu’à ce qu’on m’ait démontré sa légitimité— comme scandaleux).

    Dans ce même document de la Banque de France, on peut lire (mais faut-il encore des preuves ?!) :

    Les différentes opérations à l’origine de la création monétaire et de la variation du stock de monnaie sont directement retracées, ou trouvent leur image, au sein des bilans des institutions financières qui créent et gèrent la monnaie. Ces éléments des bilans des institutions financières sont regroupés dans les statistiques monétaires sous le terme de contreparties de la masse monétaire.

    Les contreparties, comme l’agrégat de monnaie M3, sont établies à partir des bilans agrégés de la Banque de France, des établissements de crédit et assimilés, ainsi que des OPCVM, auxquels sont ajoutés les éléments de l’activité monétaire du Trésor et de La Poste.

    Alors que M3 correspond à la fraction monétaire du passif du bilan de ces organismes, les contreparties de M3 regroupent l’ensemble des autres éléments de ce bilan, c’est-à-dire l’actif et les postes non monétaires du passif. Elles fournissent ainsi une information précieuse sur les modalités de la création monétaire.

    La création monétaire se réalise de deux façons principales :

    – lorsque les institutions financières mettent de la monnaie à la disposition d’un agent non financier résident en contrepartie d’acquisition de créances sur l’étranger ;

    – lorsqu’elles consentent aux agents non financiers résidents des financements nouveaux.

    Les principales contreparties concernent donc respectivement la création monétaire d’origine externe, les créances nettes sur l’extérieur, et celle qui est d’origine interne, le crédit interne, subdivisé en créances nettes sur l’État et créances sur l’économie.

    En fait, TOUTES les pages de la Banque de France consultables sur le sujet de la création monétaire confirment que ce sont les banques privées qui créent la monnaie, chaque fois qu’elle accordent un crédit, que ce soit aux entreprises, aux particuliers ou à l’État.

    Cher Paul, est-ce que ces sources ne sont pas « sérieuses » ?

    Est-ce que la Banque de France ne publie pas des documents d’« experts de la finance » ?

    Cher Paul, je vous renouvelle ma requête, pressante : donnez-nous, s’il vous plaît, les noms de ces auteurs et les titres de ces ouvrages que vous évoquiez il y a peu comme des références expertes nombreuses prouvant cette évidence selon vous que les banques ne créent pas la monnaie qu’elles prêtent, donnez-nous des indications précises de pages à lire, des citations… des références indiscutables en un mot.

    Merci pour votre patience et pour tout ce que vous faites.

    Amicalement.

    Étienne.

  64. Tiens : je tombe par hasard sur un excellent article de François Grua paru dans le Recueil Dalloz 1998 qui devrait pouvoir alimenter votre (passionnante) réflexion :

    Le dépôt de monnaie en banque

    1 – La pratique du dépôt de monnaie en banque est la plus simple qui soit. Pourtant son analyse juridique a toujours laissé une impression d’embarras.

    D’où la tentation d’imaginer qu’elle aurait pu se fourvoyer dans ses prémices et qu’en éliminant les fausses pistes le droit lui aussi saurait être simple.

    D’où les quelques antithèses qui suivent.

    1. La garde de la chose n’est pas essentielle

    2 – Si on a pris l’habitude de déposer son argent en banque, ce n’est pas tellement pour le conserver à l’abri des voleurs ou du feu. C’est à cause d’une limite naturelle des espèces monétaires : elles se prêtent mal aux paiements importants et à distance. Les hommes n’ont jamais trouvé mieux qu’elles pour résoudre leurs échanges, mais leur remise implique des déplacements ennuyeux et risqués. Il est bien commode de se décharger du transit sur un banquier, qui met l’argent là où on veut qu’il aille.

    Le principal dessein du déposant est donc d’utiliser plus aisément son argent, au moyen d’ordres qu’il adressera à sa banque (chèques, virements, etc.). Telle est au départ l’originalité majeure de ce contrat : une manière de se dessaisir d’une chose pour la rendre mieux apte à son emploi.

    3 – Cette considération porte à laisser de côté la discussion classique, qui s’enlise vite, de savoir si le contrat tient du dépôt proprement dit (quoique irrégulier) ou plutôt du prêt. Ni l’un ni l’autre n’ont été conçus pour permettre au remettant de mieux utiliser lui-même la chose.

    La garde peut être mise hors sujet, d’autant qu’elle n’a franchement guère de sens, appliquée à une chose qui n’a pas vocation à dormir. Le sujet véritable réside dans ce tour de prestidigitation juridique grâce auquel on parvient à conserver pour soi ce qu’on donne.

    2. Le dépôt de monnaie ne transfère aucun droit de propriété

    4 – Une idée communément admise, même par la Cour de cassation, est que le dépôt transfère au banquier la propriété des espèces sur lesquelles il porte. La jurisprudence évite de qualifier le contrat, mais ses effets principaux seraient ceux du dépôt irrégulier : les espèces étant choses de genre, le déposant en perd la propriété dès leur remise et ne dispose plus que d’un droit de créance(1).

    Mais cette idée de transfert de propriété est une fiction, car en réalité les espèces ne semblent pas des choses dont on soit propriétaire. Elles ne sont pas des biens.

    5 – La monnaie est la seule chose qui soit faite uniquement pour être due. Sa seule fonction est d’être objet d’obligation. Cela donne un rapport singulier entre l’obligation monétaire et son objet. A la différence des autres sortes d’obligations, qui vont chercher leur objet parmi les choses qui ont par elles-mêmes une utilité, des choses qui existent autrement que par le fait qu’elles sont dues, qui sont des biens, les obligations monétaires se fabriquent un objet rien que pour elles. La monnaie accède ainsi à l’état d’objet de l’obligation sans avoir eu besoin de passer préalablement par l’état de bien.

    Devient-elle alors un bien parce qu’elle est objet d’obligation ? Tel est probablement le cheminement de ceux qui croient en sa propriété. Mais il ne suit pas l’ordre logique des facteurs. C’est la qualité de bien qui permet normalement à une chose de devenir objet d’obligation, pas l’inverse. Une chose est ou n’est pas un bien ; elle ne le devient pas par la fonction juridique qu’on lui fait remplir.

    6 – Si malgré tout l’idée de propriété des espèces conserve quelque vraisemblance, c’est à cause d’une certaine propension de l’esprit à leur prêter une valeur. Quoique dans la réalité elles ne vaillent rien, pas même leur coût de fabrication, on s’imagine volontiers qu’elles portent cependant une valeur, vu qu’elles permettent d’acquérir des choses qui elles-mêmes en ont une. Un billet de banque serait, somme toute, comme un petit tableau de maître, ou sa reproduction, qu’on aurait artificiellement doté d’une valeur de convenance afin qu’il puisse s’échanger avec n’importe quoi. Les espèces seraient donc au moins des biens artificiels.

    Mais cette fiction n’apporte à la monnaie rien dont elle ait besoin. Ce n’est pas elle qui explique les vertus de la monnaie et la convoitise qu’elle suscite. Un marteau est recherché pour la force de frappe qu’il contient ; un litre de lait, pour ses lipides. Au contraire les espèces sont des choses faites uniquement pour être remises, donc détenues. Elles sont recherchées pour leur seule détention, qui est une fin en soi, parce qu’elle est la condition nécessaire et suffisante de leur utilisation. Peu importe donc ce qu’elles contiennent. Ce n’est pas dans la chose, mais dans le fait de sa détention que réside la capacité d’achat.

    Ce n’est pas non plus en prêtant de la valeur aux espèces qu’on expliquera le phénomène du paiement, c’est-à-dire de l’extinction de la dette par leur remise. Un paiement avec de la monnaie n’est pas un échange entre deux choses regardées comme portant en elles, chacune de son côté, une égale quantité de valeur. Ce n’est pas l’équivalence avec ce qu’on acquiert qui fait le paiement. La monnaie n’est équivalente à rien, car il faut qu’elle soit rien pour être tout, contrairement aux autres choses, qui parviennent à être quelque chose en étant juste ce qu’elles sont. La monnaie n’éteint pas la dette par voie d’égalité, mais par voie d’autorité.

    7 – A s’en tenir à la réalité, les espèces parviennent à remplir leur fonction en étant rien, rien que des signes, sans avoir à singer les biens. Monnaie et obligation monétaire n’existent que l’une par l’autre et échappent au néant en s’accrochant l’une à l’autre, en marge du droit des biens(2). Mieux vaut donc alléger l’analyse du dépôt de monnaie de cette idée de propriété qui l’encombre(3). Ce contrat est une remise volontaire d’espèces, un transfert de détention, ni plus ni moins.

    3. L’argent n’est pas déposé pour être restitué

    8 – Il y a deux manières d’utiliser la monnaie. Remise en paiement, elle éteint une dette. Remise sans dette, elle fait naître une créance.

    Certains contrats sur l’argent ont précisément pour fonction d’exploiter cette seconde virtualité de leur objet. Ainsi le prêt à intérêt. Si le prêteur abandonne ses espèces, ce n’est pas pour rendre service à l’emprunteur, mais parce qu’il préfère une créance à des espèces. Il remet l’objet d’une créance qui n’existe pas pour devenir titulaire d’une créance ayant cet objet. Il troque, pour ainsi dire, ses espèces contre une créance. C’est que les espèces ne produisent pas directement de fruits. Seules les créances ont cette vertu, seules elles produisent intérêts.

    Le principe du dépôt en banque est le même. Lui aussi n’est qu’un paiement à l’envers. Lui aussi a pour but de fabriquer une créance avec de la monnaie.

    En soi ce but n’a rien d’original : tous les contrats sont conclus pour faire naître des créances. Mais d’ordinaire, ce qui intéresse un créancier n’est pas vraiment la créance, c’est son paiement. De lui viendra sa véritable satisfaction. Au contraire, dans le dépôt de monnaie en banque, le déposant n’attend pas sa satisfaction de l’exécution par le banquier de l’obligation de restitution qui naît, car seul un fou déposerait son argent pour le plaisir qu’on le lui rende. Ce que désire le déposant est simplement l’état de créancier. Cela lui suffit. Dans l’immédiat, il est satisfait sans paiement, parce qu’il trouve dans sa créance exactement ce qu’il cherche : l’origine de cette prérogative qui va lui permettre de disposer des espèces du banquier, comme si c’était les siennes, pour régler les tiers.

    9 – Cette prérogative tient à un mécanisme général du droit des obligations : toute créance de somme d’argent, pas seulement sur un banquier, est une réserve d’espèces à la disposition du créancier, car un créancier peut demander à son débiteur de porter les espèces à un tiers qu’il lui indique. Cette figure juridique, connue sous le nom d’indication de paiement, est prévue par le code civil dans ses art. 1277, al. 2, et 1937.

    Elle suppose le consentement du débiteur, le créancier n’étant sûrement pas en droit de lui imposer contre son gré le surcroît de charge qu’implique le transport des fonds au tiers indiqué. Dans le cas du dépôt en banque ordinaire, le consentement du banquier est normalement acquis d’avance, par l’ouverture du compte, qui contient ce service particulier. Mais c’est dire que l’accord des volontés se situe hors du dépôt. Le dépôt a bien pour but de placer des fonds à la disposition du déposant, mais à lui seul il n’y parvient pas. Il ne fait que créer une situation : rendre le déposant créancier. Un autre contrat est nécessaire pour exploiter cette situation. Le dépôt n’est qu’une étape dans la production des effets qui en sont attendus, mais qui ne sont pas produits par lui.

    Il y a d’ailleurs des dépôts qui n’ouvrent pas la possibilité de disposer des espèces du banquier en ordonnant à celui-ci de payer des tiers. C’est le cas de ce qu’on appelle le gage-espèces. Sa différence essentielle avec le dépôt en banque ordinaire est qu’il engendre une créance nue, non assortie du droit de disposer des espèces du banquier.

    10 – Ce qui précède conduit à distinguer deux manières pour le déposant d’utiliser sa créance pour payer les tiers. Il peut d’abord la céder. Alors c’est une créance qui change de titulaire. Le tiers cessionnaire est investi du droit de réclamer paiement au banquier. Mais le déposant peut aussi demander au banquier de transférer des espèces à un tiers qu’il lui indique. Alors ce sont des fonds qui changent de mains. Le tiers n’est investi d’aucun droit sur le banquier dépositaire. Son rôle se borne à recevoir les fonds qui lui sont adressés.

    La pratique bancaire utilise les deux procédés. Ainsi un chèque est de par la loi un mode de transfert de créance, la provision. Au contraire, le virement est un mode de transfert d’espèces, non d’une créance, puisque ce n’est pas le bénéficiaire, mais le déposant, qui donne l’ordre de payer.

    11 – Ces vues divergent de celles qui sont communément admises en doctrine aujourd’hui. L’analyse habituelle part aussi de la constatation que le déposant est titulaire d’une créance, mais elle considère qu’un droit de cette nature ne répond pas aux exigences de la pratique, car les transmissions de créances sont des opérations compliquées (cf. art. 1690 c. civ.) et peu sûres (cf. opposabilité des exceptions). La pratique aurait besoin que ces créances nées de dépôts se transmettent aussi simplement et aussi sûrement que les espèces. Elle cherche donc à assimiler ces créances à des espèces. Elle découvre la solution dans une fiction, encore une : celle que les créances nées de dépôts s’incorporent dans les écritures en compte, comme elles s’incorporent dans les effets de commerce, de sorte qu’elles se transmettraient par simple jeu d’écritures. Ainsi s’expliquerait le virement.

    La doctrine monétaire recourt volontiers aux fictions, quoique l’utilisation de la monnaie paraisse bien naturelle à tout le monde et qu’on n’explique pas les phénomènes naturels à coup de fictions. Elles permettent évidemment à la pratique de retomber sur ses pieds, mais sans souplesse. Et l’ennui, avec elles, c’est le risque que le profane ne se laisse gagner par l’impression qu’il est en face d’un rideau de fumée derrière lequel seuls les initiés ont accès et qu’ils s’y taillent à leur aise leur petit empire dans le savoir. Mieux vaut se passer d’elles quand on le peut.

    Or aucune fiction n’est nécessaire pour expliquer la simplicité du virement. C’est très naturellement qu’il est un transfert d’espèces, non de créance. Il suffit de voir qu’il est une forme d’indication de paiement. Ce n’est pas parce que les dépôts engendrent des créances que les virements sont a priori des transferts de créances. C’est au contraire ce qui leur permet d’être des transferts d’espèces, des espèces détenues par le banquier débiteur.

    Cette fiction que les écritures en banque sont comme des espèces est à la rigueur acceptable quand elle ne fait que décrire la réalité, c’est-à-dire quand, derrière la créance du déposant, on trouve en effet des espèces mises à disposition par le banquier. Mais quand ce n’est pas le cas, elle fausse l’analyse. Ainsi dans le gage-espèces, on ne saurait assimiler la créance qu’il fait naître à des espèces, à moins de donner à fond dans cette fiction que toute écriture en banque est comme des espèces et tomber dans le piège qu’on s’est soi-même tendu.

    4. Les avoirs en banque ou « monnaie scripturale » ne sont pas assimilables aux espèces monétaires
    12 – Les économistes ont sûrement les meilleures raisons d’assimiler les avoirs en banque à des espèces et de parler de « monnaie scripturale ». Mais pour les juristes subsisteront toujours des différences irréductibles.

    13 – Les avoirs en banque ne sont pas des instruments de paiement aussi complets que les espèces, parce qu’ils n’apportent pas au créancier une satisfaction égale, quelle que soit la manière dont ils sont utilisés.

    Quand un créancier reçoit l’avoir de son débiteur à l’état de créance par exemple dans un chèque, il n’est pas payé, car une remise de créance ne vaut pas paiement. Seul l’encaissement de cette créance vaut paiement(4). Donc, dans cette hypothèse, l’avoir reste ce qu’il est : une créance.

    Et quand le créancier reçoit l’avoir par virement, alors il reçoit bien des espèces(5) et il est payé. Mais ces espèces passent aussitôt pour lui à l’état de créance, sous forme d’avoir dans son propre compte. Or cette forme ne lui convient pas nécessairement, car une créance est une chose vulnérable. Elle se compense sans qu’on y puisse rien, elle se saisit, elle se prescrit, elle se bloque, elle est exposée au contentieux, serait-il infondé. C’est pourquoi cette forme de paiement est subordonnée en principe au bon vouloir du créancier. Hors quelques exceptions d’inspiration fiscale, on n’est pas obligé de recevoir son dû sous forme d’avoir en banque. Autrement dit, à la différence des espèces, la « monnaie scripturale » n’a pas cours légal, et c’est là un attribut monétaire fondamental qui lui manque. La monnaie ne valant que par sa capacité de réutilisation, le cours légal est la garantie juridique, pour celui qui la reçoit, qu’il pourra l’utiliser à son tour en l’imposant en paiement à ses propres créanciers. Sans cette garantie, la satisfaction du créancier prend en droit un caractère aléatoire. C’est donc seulement en fait que les avoirs en banque jouent le rôle de monnaie ; et même en fait ils n’y parviendraient pas si, derrière eux, il n’y avait les espèces(6).

    14 – De manière plus générale, ce n’est pas en baptisant monnaie ce qui est un droit qu’on fera oublier au créancier qu’on ne paye pas avec un droit. Ni un droit de créance ni un droit de propriété. Aucun créancier ne sera d’accord si son débiteur lui dit : « J’ai oublié chez moi sur le manteau de la cheminée les espèces que je devais vous remettre. Elles y sont parfaitement individualisées. Je vous en transfère la propriété. Vous voilà payé ». Le droit peut préparer la satisfaction du créancier, il peut l’entourer de garantie, mais il ne peut pas la créer. Ce qu’il faut au créancier, ce n’est pas un droit à la chose ou sur la chose, mais la chose elle-même(7).

    15 – Les rapports des espèces et des avoirs en banque avec le droit privé sont foncièrement différents.

    Les espèces, face au droit, sont comme l’amour ou l’enfant de Bohème : la répulsion est immédiate et réciproque. Dostoïevski a dit que l’argent, c’est la liberté frappée. Donc le non-droit. Les espèces s’y réfugient d’autant mieux qu’elles ne sont pas des biens, qu’elles ne sont rien. La régularité et la moralité n’y trouvent pas toujours leur compte, mais c’est pareil pour toutes les libertés, et après tout celle-là en vaut d’autres qui sont homologuées comme publiques dans les ouvrages spécialisés(8).

    Les avoirs en banque n’ont pas ce charme anarchique. Ils sont du droit, puisqu’ils sont créances. Contrairement aux espèces, qui ne sont pas faites pour être individualisées, et même faites pour ne pas l’être, les avoirs le sont nécessairement sous leur forme d’écritures. On le suit à la trace dans le dédale des comptes. On décèle leur origine et leur destination. L’oeil des autres, et leur nez, s’y insinue aisément(9). Ils sont congénitalement sujets aux contrôles étatiques. Ils obligent à rendre des comptes. Bref, la liberté de Dostoïevski se laisse mal déposer en banque(10).

    Il y a là un paradoxe. Le droit ne peut pas vraiment tenir la « monnaie scripturale » pour de la monnaie, précisément parce qu’elle est du droit, seulement du droit.

    Conclusion

    16 – Si les analyses qui précèdent sont exactes, le dépôt de monnaie en banque est le contrat le plus simple de tout le droit des obligations. Sa seule finalité, son unique effet, est la naissance d’une créance monétaire. Cette créance permet de déplacer de la monnaie, mais elle ne se métamorphose pas elle-même en monnaie. Créance elle est, créance elle reste.

    Notes

    (1) Ainsi Cass. 1re civ., 7 févr. 1984, Bull. civ. I, n° 49 ; Defrénois 1984, art. 33427, note Larroumet. L’idée d’un transfert de propriété de la monnaie par le dépôt conduit aussi à analyser le gage-espèces comme une aliénation fiduciaire à titre de garantie. Cf. Cass. com., 3 juin 1997, Bull. civ. IV, n° 165 ; JCP 1997, II, n° 22891, rapp. Rémery ; D. 1998, Jur. p. 61, note François ; D. 1998, Somm. p. 104, obs. Piedelièvre.

    (2) Le code civil considère manifestement les espèces comme des biens, comme des choses susceptibles de propriété. Voir notamment l’art. 1238. C’est qu’en 1804 les espèces étaient réellement des biens, car elles étaient ou représentaient une créance d’or ou d’argent. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Voilà plus de vingt ans qu’aucune monnaie n’est plus rattachée à un métal, ni directement ni indirectement. Cela a coupé les espèces du monde des biens pour les réduire au seul état d’objet d’obligation.

    (3) Dans le contentieux, l’idée de propriété de la monnaie ne paraît jamais avoir servi à rien. A admettre le principe de la revendication des espèces en cas de vol (cf. Cass. req., 25 nov. 1929, DH 1930, p. 3 ; RTD civ. 1934, p. 184, obs. Solus) ? Mais, en pratique, la revendication butte contre l’impossibilité d’individualiser les espèces dans le patrimoine du voleur. De même la question du moment du transfert de propriété de la monnaie ne se pose jamais. C’est qu’on ne paye pas avec un droit de propriété. Cf. infra, n° 14.

    (4) Cass. com., 23 juin 1992, Bull. civ. IV, n° 245. V. aussi l’abondante jurisprudence énonçant que la remise d’un chèque ne vaut pas paiement.

    La fiction de l’incorporation de la créance dans les effets de commerce n’a donc jamais suffi pour que la remise d’un effet de commerce vaille paiement, pour que l’effet soit assimilable à de la monnaie. Comment, dès lors, dans le dépôt en banque, la fiction de l’incorporation de la créance dans les écritures pourrait-elle suffire à transformer cette créance en monnaie ? Le paiement est une épreuve de vérité. Il n’a que faire des fictions.

    (5) Cf. supra, n° 10.

    (6) Pour un juriste, l’euro ne sera donc pas une véritable monnaie tant qu’il sera dépourvu du cours légal et n’existera que sous forme d’avoirs.

    (7) C’est une autre raison qui, en droit privé, empêchera l’euro d’être une monnaie véritable, distincte des monnaies nationales, tant qu’il n’aura pas ses propres espèces.

    C’est aussi une autre raison pour laquelle l’idée de propriété de la monnaie ne sert à rien.

    (8) L’art. 221 c. civ. aurait dû aller sans dire.

    (9) Le secret bancaire procéda visiblement, à l’origine de sa pratique, de l’idée de rendre les comptes en banque aussi opaques que les portefeuilles et réduire ainsi, autant qu’il était possible, cet écart naturel entre les espèces et les avoirs en banque. C’est ce qui lui donnait sa particularité par rapport aux autres secrets professionnels. Mais le droit positif y a apporté tant de limites qu’il semble en avoir fait un secret professionnel comme un autre.

    (10) C’est une raison de plus qui empêchera l’euro d’être une monnaie véritable tant qu’il n’existera que sous forme d’écritures dans les comptes. Allez payer un dessous-de-table en euros…

  65. @Patrick Barret

    Je suppose que la toute la force de votre argument provient du fait qu’il y ait écrit ‘Prix Nobel’ en bas de cette citation 🙂
    (déjà maintes et maintes fois répliquée sur ce blog). Évidement, le titre de prix Nobel m’impose un grand respect. Cependant, ça reste un titre prestigieux et non un argument. Moi j’ai expliqué en quoi la ‘création d’argent’ par les banques commerciales et celle par les faux-monnayeurs était différente. Votre citation ne fait que l’affirmer sans donner aucune explication.

    @ Brieuc Le Fèvre
    Merci pour cette réfection que je trouve personnellement très intéressante. La question des intérêts et évidement cruciale. Et au fond peut-être qu’anti et pro ex-nihilo sont d’accord sur l’essentiel. Ce qui bloque n’est peut-être qu’une dispute autours d’un terme. (Je pourrais bien finir par céder à force…). Mais avant de développer dessus d’avantage, je voudrais lever une ambiguïté. dans votre deuxième tableau, vous semblez dire que la banque peut créer un crédit de 10.000 à partir de réserves fractionnaires de 1111,11. Entendez-vous que la banque n’a réellement pas d’autre argent que ces 1111,11 au moment ou elle contracte le crédit de 10000 ?

  66. @ nuknuk66,

    merci pour cette formidable trouvaille (dont la numérotation est un peu baroque, au premier abord, cependant 😉 ) : chaque relecture de cette riche analyse donne de nouveaux éclaircissements.

    ================================

    Il me semble pourtant qu’il y manque un aspect essentiel de la monnaie-dette, celui de la dette sous-jacente à la monnaie fiduciaire :

    Quand le Dalloz écrit (point 10, al.2) : « Au contraire, le virement est un mode de transfert d’espèces, non d’une créance », ou encore (point 11, al. 3) : « Or aucune fiction n’est nécessaire pour expliquer la simplicité du virement. C’est très naturellement qu’il est un transfert d’espèces, non de créance. », l’auteur oublie que les billets et les pièces (la monnaie fiduciaire), les espèces, sont aussi des créances, des créances contre l’État cette fois —et jamais remboursables, c’est vrai, depuis la non convertibilité en or—, mais des créances quand même.

    Quand un paiement a lieu par transfert d’ESPÈCES, c’est donc, encore et toujours, un TRANSFERT DE CRÉANCE, mais une créance contre un autre débiteur qu’une banque, une créance contre l’État.

    L’auteur sent bien que le débat n’est pas clos, d’ailleurs, quand il souligne la différence d’approche entre les juristes et les économistes (point 12).

    Au point 14, l’auteur en vient même à confondre lui-même la monnaie fiduciaire à une chose, c’est amusant : même les plus fins analystes s’y perdent, décidément 😉

    « 14 – De manière plus générale, ce n’est pas en baptisant monnaie ce qui est un droit qu’on fera oublier au créancier qu’on ne paye pas avec un droit. Ni un droit de créance ni un droit de propriété. Aucun créancier ne sera d’accord si son débiteur lui dit : « J’ai oublié chez moi sur le manteau de la cheminée les espèces que je devais vous remettre. Elles y sont parfaitement individualisées. Je vous en transfère la propriété. Vous voilà payé ». Le droit peut préparer la satisfaction du créancier, il peut l’entourer de garantie, mais il ne peut pas la créer. Ce qu’il faut au créancier, ce n’est pas un droit à la chose ou sur la chose, mais la chose elle-même (7). »

    Sa distinction se fonde sur ce point, important mais dont il exagère la portée (point 13, al. 3), je trouve :

    « (…) à la différence des espèces, LA « MONNAIE SCRIPTURALE » N’A PAS COURS LÉGAL, et c’est là un attribut monétaire fondamental qui lui manque. La monnaie ne valant que par sa capacité de réutilisation, le cours légal est la GARANTIE juridique, pour celui qui la reçoit, qu’il pourra l’utiliser à son tour en l’imposant en paiement à ses propres créanciers. Sans cette garantie, la satisfaction du créancier prend en droit un caractère aléatoire. C’est donc seulement en fait que les avoirs en banque jouent le rôle de monnaie ; et même en fait ils n’y parviendraient pas si, derrière eux, il n’y avait les espèces. »

    Il me semble qu’insister sur cet aspect aléatoire de la créance contre les banques (que constitue la provision des DAV) est un peu « un juridisme » ; d’un point de vue économique, c’est quasi négligeable : la solvabilité des banques (garanties par l’État jusque dans les pires tempêtes comme on peut le constater en ce moment) est quasi parfaite.

    À mon sens, LE POUVOIR D’ACHAT DES DEUX MONNAIES, FIDUCIAIRE ET SCRIPTURALE, EST LE MÊME.

    Et le fait (pour revenir à notre débat, ici) que les banques privées puissent créer du pouvoir d’achat (moyennant un intérêt ruineux) n’est pas envisagé par l’auteur.

    La distinction de l’auteur est donc compréhensible (passionnante même), mais discutable :

    L’enjeu de cet oubli (l’oubli que les espèces sont aussi une dette, une dette contre l’État), c’est d’oublier ce fait POLITIQUE majeur que l’État est, lui aussi, tout à fait capable de créer la monnaie —précieux TITRE DE DETTE FIABLE qui facilite tant nos échanges et QU’ON PEUT CRÉER À VOLONTÉ.

    On risque alors d’oublier de se battre pour que l’État conserve cette fonction régalienne, en oubliant que ce mode de création monétaire-là, L’ÉMISSION MONÉTAIRE PAR L’ÉTAT, EST INFINIMENT MOINS COÛTEUSE POUR LA COLLECTIVITÉ (pas de charge d’intérêt, et même pas forcément de charge de remboursement, pas toujours).

    ================================

    Décidément, la pertinence de la parabole des ballons est vraiment très contestable, et la confusion règne, apparemment, en matière de création monétaire, même chez de nombreux professionnels de l’argent.

    Utile débat, donc.

    Comme d’habitude, de la discussion jaillit la lumière.

    Ne pas avoir peur de se tromper : en réalisant qu’on se trompait, on progresse, c’est à la fois banal et positif.

    Étienne.

  67. Merci Etienne pour ta dernière conclusion.
    Je conseille, avec le peu de tact d’un scientifique, à la plupart des intervenants ici de travailler un cours d’analyse en mathématiques niveau 2ème année de Licence (notamment bien comprendre la notion de séries numériques).
    Ca peut prendre du temps, mais franchement, au lieu de lire et écrire autant de trucs pseudo-philosophiques assurément absurdes, vous finiriez peut-être par gagner du temps. AMHA
    Cordialement
    Pariste

  68. @Etienne Chouard

    Je viens de lire l’article de « nuknuk66 » qui est exceptionnel. En se plaçant sous l’angle JURIDIQUE et non comptable (on peut faire dire ce qu’on veut à un bilan) les banques privées ne créent pas la monnaie ex nihilo, seule la BCE a le pouvoir de le faire (monnaie fiduciare). Le terme « monnaie scripturale » est un abus de langage et n’est pas de la monnaie au sens juridique.
    Les banques n’ont que le pouvoir de créer des créances mais à la limite moi aussi…
    Je crois que Jean Jaurion grâce à l’article de nuknuk66 a pris une sacrée longueur d’avance !
    Qu’en penses tu Etienne ?

  69. @ Archimondain

    Je n’ai fait que contre-argumenter votre « tout le monde » avec une citation prestigieuse !

    Indépendamment du fait que j’ai raison ou pas quand j’affirme que les banques commerciales ne créé pas d’argent. Quand bien même ce serait le cas, tout le monde s’accorde alors pour dire que cet argent est détruit une fois remboursé. Si la personne ne rembourse pas, la banque doit le faire à sa place.

    Les faux-monnayeurs ne s’encombre pas d’une telle contrainte.

    Ayant beaucoup de mal à m’exprimer sur ce blog sans me faire « modérer », je n’ai pas toute la lattitude souhaitée pour argumenter plus en avant, où lorsque je le fais, mes propos ne sont pas toujours publié !
    Mais il semble néanmoins que depuis que je m’exprime sans pseudonyme sous ma véritable identité (et sans lien de site), les choses s’améliorent ; les préjugés et les à priori latents sur ma personne évoluent semble-t-il également progressivement.
    Je tenterais donc à l’avenir de développer davantage mes explications.

  70. @ Patrick Barret
    Effectivement, vu comme ça. Mon ‘tout le monde’ est bien contredit par votre citation 🙂
    Seriez-vous l’ex-surhumain ? (qui avait coutume de parler par citation). J’ai cru pendant un moment que ce dernier s’était métamorphosé en Transmutateur. Mais peut-être est-ce vous aussi ?

    @ Pariste
    Ca c’est pas très sympa.

  71. @archimondain
    Oui c’est vrai que ma remarque peut paraître assez brutale, mais je pense qu’il ne faut
    pas essayer de parler d’économie si on ne maîtrise pas un tantinet les chiffres
    et les raisonnements.
    Quand je dis apprendre des mathématiques, je veux aussi dire apprendre à
    parler d’un problème en se demandant de quoi on parle (les mathématiques
    sont basées avant tout sur des définitions précises, pui sur des règles
    de logique assez élémentaires). Je ne suis pas expert
    en économie, loin de là, mais de ce que je lis, je suis sûr que la plupart
    ici ne savent pas prendre un problème par le bon bout. C’est-à-dire par les définitions.
    Ce ne serait qu’un début, car après ça, des concepts mathématiques relativement peu
    évolués rendent les choses limpides.

  72. @Fred L. et aux autres.

    Je suis tout à fait d’accord avec votre analyse du débat. Le point d’achoppement porte très exactement sur la définition de la monnaie.
    Par ailleurs, l’extrait d’Hayek que vous proposez me semble en l’espèce tout à fait pertinent sur le thème, non pas en tant que remède mais en tant qu’outil d’analyse.
    Surtout si on y ajoute une analyse de la spéculation, en tant que facteur aggravant de l’expansion démesurée du crédit.
    Pourquoi diable s’acharnerait-on, par pure convention, à ne pas regrouper sous une même appellation, une chose qui fonctionne très exactement selon la même logique de base ?
    Pourquoi diable s’acharnerait-on, par pure convention, à différencier la monnaie fiduciaire et la monnaie scripturale, alors qu’il s’agit très exactement d’un seul et même mécanisme : la reconnaissance de dettes ?

    A ce petit jeu-là, il y a quelque chose que je n’arrive pas à comprendre, Paul.
    Comment se fait-il que nous ne soyons pas tous d’accord pour dire que la monnaie, ce que vous appelez « l’argent », c’est forcément/nécessairement/essentiellement de la « reconnaissance de dettes » ?

    Puisque la monnaie est un média de l’échange qui se justifie lorsque le troc est impossible.
    Puisqu’on peut en déduire que le principal atout de la monnaie est d’inscrire l’échange dans une temporalité.
    Alors, par définition, la monnaie est une reconnaissance de dettes.
    Sinon, le troc fait parfaitement l’affaire, et il n’est nul besoin de monnaie.

    Je crois qu’il y a une sorte d’aveuglement épistémologique à VOULOIR considérer les différentes fonctions de la monnaie comme étant de natures différentes.

    Comprendre le mécanisme du crédit, c’est une chose; mais dire que le crédit, c’est autre chose que de la monnaie, ça relève du biais cognitif, à mon avis.
    Ainsi, la notion pré-systématique de chacun, c’est la définition de la monnaie.
    Et à ce titre, il me semble simple de vous démontrer, à vous, à Boris, ou à Helmut que l’argent est, quoiqu’il arrive, une reconnaissance de dettes.

  73. @ Archimondain

    Vous êtres très perspicace, mais Transmuteur serait plus exact !

    Pour ne pas nous faire mentir, voici donc une citation inédite celle-là (enfin je l’espère) et très à propos :

    « La finance islamique présente bien des avantages, en ce qu’elle condamne la spéculation et en ce qu’elle condamne le hasard. »
    Christine Lagarde, ministre française des Finances

    http://www.lexpressiondz.com/article/8/2008-12-01/58397.html

  74. Même si je suis d’accord avec l’extrait de H Creutz et l’article du 4 décembre sur l’argent, fortune et reconnaissance de dettes, ces raisonnements n’invalident pas l’expression de création monétaire ex nihilo.

    A mon tour donc de présenter une histoire pour expliciter ma perception du débat. Soit Pierre qui possède 10 billets de 100 euros avec lesquels il ouvre un compte à la banque Patrinomia, dont il est le seul client. Jean contracte alors auprès de cette banque un prêt de 900 euros et achète avec ces billets un bel ordinateur à Paul. Paul dépose ces 9 billets de 100 à la banque Fortunat. Arrive la saison des fraises dont nos trois personnages raffolent. Jean contracte alors un nouveau prêt de 810 euros à la banque Fortunat. Pierre, Jean et Paul se rendent sur le marché aux fraises munis de leur chéquier, et chacun achète autant de fraises à la fermière prénommée Catherine qu’il a d’argent, c’est à dire respectivement pour 1000, 810 et 900 euros.

    On est donc bien d’accord pour dire qu’il n’existe jamais que 10 billets de 100 euros. Pourtant Catherine a bien 2710 euros sur son compte. Donc bien qu’il n’y ait pas création de monnaie le marché voit 2710 euros et non 1000. Et ce sont ces 2710 euros qui influent sur les prix : si Catherine n’avait pas eu assez de fraises elle aurait pu augmenter ses prix. Mais comme en général l’offre est supérieure à la solvabilité de la demande, le marché est en sous-régime et Catherine regrette que les banques n’aient pas pu prêter plus d’argent car elle va devoir jeter les fraises non achetées. On retrouve là un des axiomes de la théorie du major Douglas : la quantité d’argent doit être à tout moment égale à la quantité de biens et services échangée : trop c’est l’inflation, pas assez c’est le gaspillage ou la pauvreté « artificielle ». Ce qui suppose aussi d’aborder le problème de l’argent comme unité de réserve : l’épargne n’est pas et ne peut pas être un droit absolu sur les biens et services futurs…

    Donc si du point de vue d’un physicien il n’y a pas de création, car tout crédit génère une dette, le crédit ex nihilo permet d’ajuster commodément la quantité monnaie à celle nécessaire pour échanger les biens et services disponibles ou demandés sur le marché. Pour le dire autrement, il n’y a pas création mais les effets à court et moyen terme (à long terme il faudra rembourser et c’est dès fois très très problématique comme on le voit aujourd’hui) du crédit imitent d’une manière absolument indétectable les effets d’une véritable création ex nihilo par la planche à billets. Donc comme la cause est indiscernable et les conséquences strictement identiques on peut dire que le crédit est une création ex nihilo d’argent. Et ceux qui parlent d’abus de langage commencent par dire quel est dans leurs comptes le montant d’argent physique et le montant d’argent dette. S’ils y arrivent alors ils pourront aussi déterminer le montant des créances pourries dans la finance mondiale ce qu’aucune banque n’est capable de faire actuellement même pour elle-même.

  75. Étienne Chouard dit : 7 décembre 2008 à 23:39

    Étienne ne fait ici que confirmer avec le soin et le scrupule qu’on lui connaît , preuves à l’appui, ce que j’avais retenu
    (sans déifier personne évidemment) d’auteurs fiables par leur investigations tel que (dans le désordre): Maurice Allais,
    Jacques Duboin, Louis Even, dont le major Douglas (sans doute moins bon théoricien que Keynes, mais meilleur praticien)
    disait de lui que L. Even était celui qui avait le mieux saisi ses investigations et leur portée, et quelques autres encore.
    D’ailleurs, si l’augmentation des masses monétaires n’accompagnent pas, selon un même « graphique », de l’augmentation
    de la richesse générale, donc sociale, c’est là l’indice majeur de l’erreur, de la fausseté, de la toxicité, appelons ça comme
    on veut, c’est qu’il y a une « fuite », ou une « congélation définitive » ou de nombreux « by-pass », etc, dans ce circuit plus
    que suspect.

    Je m’avance un peu (je peux me tromper) en supposant que les livres que Paul a cité et a utilisé pour son travail
    d’ingénieur financier dont son témoignage, ne l’oublions jamais, est irremplaçable pour les lecteurs, se situent sans doute
    – en aval – de la question de la – création monétaire ex-nihilo ou non -.

    Et on peut souligner que — jusqu’à 2007 — si la « moyenne » d’enrichissement a augmentée dans le monde, exemple: quoique numériquement faible, le nombre de milliardaires dans le monde a augmenté statistiquement d’année en année depuis le « raz de marée libéral » sur le monde des années 1980, témoignant ainsi d’un enrichisement, car s’il y a plus de milliardaires, il devrait y avoir aussi davantage de couche de population plus riches qu’avant, cela aussi est vrai, mais, les faits sont là, dans une mesure moindre qu’on l’a dit.
    Ainsi la moyenne qui nous trompe ressemble à une moyenne générale de véhicules allant de quelques formule-1, en passant par des voitures courantes et vieillissantes de classes moyennes, et une foule de mobylettes obsolètes et poussives et même des vélos déglingués. Oui, la moyenne a augmenté avec quelques formules-1 dont les « performances » masquent la baisse généralisées des possibilités des autres véhicules « en course »… On pourrait pousser l’exemple plus loin. Maintenant que 9/10 (tient! Ça me dit quelque chose cette proportion…) des formule-1 sont HS et la 10ème en réparation hasardeuse, la moyenne plonge vertigineusement.

    La réalité conclut toujours les polémiques

  76. pariste dit :

    [quote]Je conseille, avec le peu de tact d’un scientifique, à la plupart des intervenants ici de travailler un cours d’analyse en mathématiques niveau 2ème année de Licence (notamment bien comprendre la notion de séries numériques).[/quote]

    Je rebondirais sur cette suggestion en demandant aux créateurs de monnaie de tous bords de remplir un tableau (prenons les 10 dernières années, voulez-vous) mentionnant la masse monétaire en circulation, sa nature (M1, … fiduciaire, scripturale…) et son origine, la quantité de billets imprimés, le taux de croissance (du PIB ?) le volume des intérêts et toute quantité monétaire en relation.

    Pour être franc, je serai bien incapable de remplir un tel tableau, et pourtant l’information est de première importance. Les journaux nous abreuvent des changements de taux d’intérêts de la BCE et des dixièmes de % de croissance, des hausses et baisses de la bourse avec analyse de telle ou telle entreprise avec ses perspectives de développement, mais JAMAIS, JAMAIS, il n’y a la moindre question sur l’origine de l’argent que 100% de la population utilise 100% du temps. Et cette absence d’information est déjà un problème. Donc, vu la quantité d’énergie mise en jeu pour faire semblant de parler d’économie SANS JAMAIS mentionner l’éléphant blanc de l’origine de l’argent, et vu la quantité d’analyses sur des sujets baroques comme la blessure de Makelelé et les frasques sexuelles de la princesse de Monaco, il est difficile, scientifiquement, de conclure à autre chose qu’une conspiration des banquiers.

    Avec ceci, je vous mets au défi de prouver le contraire. Donnez-moi les références des cours universitaires où la création de monnaie est enseignée, avec les livres qui s’y rapportent, et ce sera une contre-preuve suffisante.

  77. Moi je me souviens de Deleuze: « Quand quelqu’un dit « en tant que » dans une phrase il parle en philosophe ».
    C’est ainsi qu’Aristote condamnait nombre des conclusions de Platon, que des définitions floues conduisaient à des paralogismes. « Excis » se dit en plusieurs sens…
    La rigueur commence par la précision conceptuelle.

    L’argent est l’argent. Une reconnaissance de dettes est une reconnaissance de dettes.
    Dire que l’un « se ramène » à l’autre en tant que nous considérons la question sous tel angle déterminé et non pas tel autre, c’est une chose.
    Dire que PARCE QUE l’un se ramène à l autre sous tel angle déterminé nous devrions les traiter de la même manière, en les appelant également « monnaie » en est une autre.
    Car il faut déjà avoir montré en amont que cet angle déterminé est, parmi tous les autres angles possibles ou à découvrir, l’angle le plus pertinent.
    Si « se ramène » signifie « ont la même fonction/ sont interchangeables », alors il y a de fortes chances pour que je ne sois pas d’accord. Ce n’est pas suffisant. Car avoir de l’argent et avoir une reconnaissance de dette c’est, du point de vue de la structure de la relation qui unit/sépare les agents TRES différent. Si nous cherchons à fixer les termes de la coopération sociale en la matière, ce dernier point de vue, anthropologique/sociologique (ce que vous voulez) constitue pour moi la SEULE base pertinente. En tout cas cette question de la selection du point de vue légitime vient avant toutes les autres.
    Et pour ma part je préfèrerais qu on reconstruise le système en se passant du terme « monnaie », si possible. La monnaie n’est pas une définition DE DEPART. Ce n’est qu’un paquet qu’on fait A L ARRIVEE.

    Notez que le point de vue doctrinal (juridique) ne constitue pas non plus un point de vue pertinent. Par définition le droit est pris en étau entre la philosophie/théologie et la sociologie. De plus l’article sus-cité montre bien comment le juriste, placé devant un problème normatif (au sens politique et moral) QUI N EST PAS DE SA COMPETENCE mais qui a des implications pour sa pratique (cohérence des décisions rendues par les tribunaux et requisit – politique- de l’égalité des citoyen EN TANT QUE JUSTICIABLES – et non pas en tant que citoyens- devant la loi), tend à traiter une question politique en adoptant systématiquement le point de vue du professionnel du droit. Il s’agit de « mettre de l’ordre », de la « cohérence » là ou il n’y en a pas (évidemment ce que je dis ne vaut pas de la même manière pour le droit de la common law; le problème est particulièrement sensible là ou le droit prend la forme de « codes » qui sont autant de « grammaires politiques », voire de métaphysiques implicites tout court). L’angle du professionnel du droit nous renseigne sur le point de vue… du droit. Le droit en décrit pas la réalité. Il est toujours déjà une mise en forme de cette réalité. Une mise en forme du type de celle qui est attaquée ici.
    Tout ce sur quoi nous renseigne la doctrine c’est sur le « point de vue publiquement accepté/ institutionnellement reconnu » quant à ce qui se passe. Mais bien sûr, dans son effort de rationalisation juridique stricto sensu, le juriste peut mettre le doigt sur des distinctions potentiellement pertinentes.
    Bref ne cherchez aucune aide dans le droit… Vous allez vous perdre. Retenons juste que du point de vue du droit – comme c’est étonnant!- notre problème pose problème…

  78. @Zolko

    « Avec ceci, je vous mets au défi de prouver le contraire. Donnez-moi les références des cours universitaires où la création de monnaie est enseignée, avec les livres qui s’y rapportent, et ce sera une contre-preuve suffisante. »

    Commencez par la page wikipedia http://en.wikipedia.org/wiki/Money_supply (et toutes les références qu’elle cite), puis prenez le manuel de F.S. Mishkin, The economics of money, banking and financial markets (le chapitre 14 est tout entier consacré à la création monétaire), pour obtenir la version traditionnelle de la création monétaire (ou du reste n’importe quel autre manuel équivalent, mais vous vouliez une référence), pour le reste, c’est-à-dire toutes les questions plus profondes concernant la monnaie eh bien, il n’y a pas d’autre solution que de lire les grands économistes.

  79. @Antoine

    Vous dites : « L’argent est l’argent. Une reconnaissance de dettes est une reconnaissance de dettes. »

    Pour moi, c’est un parti pris normatif que vous prenez, sans le démontrer.
    Qu’est-ce qui justifie cette distinction, sinon une convention ? Quelle est la légitimité de cette convention ?
    Il me semble assez simple de démontrer que derrière le mot « argent » et derrière le mot « reconnaissance de dettes » se cache exactement la même chose. Un support d’échange permettant de dépasser l’immédiateté du principe de l’échange.

    Par ailleurs, vous dites : »la monnaie est un paquet qu’on fait à l’arrivée », c’est quand même en partie faux.
    Il y a des déterminants de la « monnaie » qui sont invariables du fait de ce qu’elle est, un outil abstrait. Quand bien même cet outil est largement modifiable, là, je suis d’accord.

    Ce qu’il vous faudrait reconstruire, si je comprends bien votre approche, c’est davantage la relation de l’homme à la question de l’échange.
    A ce titre, la monnaie est un outil qui a ses limites; en ce sens, que, par définition, elle n’est pas du tout utile dans un système d’échange basé sur le don, par exemple.

  80. @Antoine

    « Car avoir de l’argent et avoir une reconnaissance de dette c’est, du point de vue de la structure de la relation qui unit/sépare les agents TRES différent. Si nous cherchons à fixer les termes de la coopération sociale en la matière, ce dernier point de vue, anthropologique/sociologique (ce que vous voulez) constitue pour moi la SEULE base pertinente. En tout cas cette question de la selection du point de vue légitime vient avant toutes les autres. »

    Je n’avais pas accordé assez d’importance à ce passage, qui me permet de comprendre votre opposition « de principe » à une définition simple de la monnaie regroupant « reconnaissance de dettes » et « argent ».
    Mais, vous noterez qu’il s’agit également d’une preuve que vous choisissez ce système de définition, en raison de ce qu’il permet bien décrire un contexte tout à fait spécifique.
    Il est tout à fait vrai que socialement ce qui est reconnu comme « argent » et ce qui est reconnu comme « reconnaissance de dettes » catégorise diablement les tenants de l’un et les tenants de l’autre.
    Mais il me semble que vous mêlez causes et conséquences, car, à mon avis, c’est bien parce que nous avons déconnecté l’argent de son principe moteur (à savoir être une dette représentant un service rendu) que nous sommes aujourd’hui incapable d’en évaluer sa juste mesure (salaires absolument disproportionnés, patrimoines démesurés…) et que nous considérons l’argent comme un bien, en lui-même.

    C’est bien parce que « l’argent » est en soi une « reconnaissance de dettes » qu’il devrait être légitime d’interroger sa transmission en tant que patrimoine, la facilité avec laquelle on l’accumule, la perception d’intérêts… etc, etc.

  81. L’observation de la masse monétaire à un instant T ne montre aucun accroissement .C’est l’observation « en bloc » « hors du temps « de toutes les transactions rendues possibles par Bâle qui amène de façon illusoire à additionner les actes de prêt passés et à venir semblant accroitre la masse monétaire.

  82. Ce n’est qu’à présent que j’ai pu lire les divers apports depuis 24h, et en particulier le long commentaire d’Etienne et l’article très éclairant de François Grua (merci nuknuk66). J’apprécie le souci d’Etienne d’alimenter le débat, mais l’accumulation de citations provenant de mêmes milieux et employant les mêmes termes (en particulier « création ») pour décrire ce qui est l’objet de la réflexion collective de ce blog ne me parait pas probant, en ce qu’elle révèle plutôt un discours dominant, avec des mots convenus, qu’une réelle analyse permettant une véritable compréhension.
    Cela me fait penser à l’emploi quasi universel de cet archaïsme que sont les pourcentages pour décrire des évolutions en « plus » ou en « moins » en induisant une interprétation additive, alors qu’il s’agit de relations multiplicatives. Exemple : parler d’une augmentation de 50% suivie d’une diminution de 50% amène à croire qu’il y a retour à l’état antérieur (+50-50=0), alors qu’il y a en réalité diminution de 25% (il s’agit de multiplier par 1,5 puis par 0,5 ce qui donne 0,75 soit 75% du montant initial).
    L’article de François Grua montre très bien à cet égard comment un corpus de notions et un vocabulaire partagé permet d’étayer la pensée, mais contribue aussi à l’entraver lorsqu’il s’agit de dégager et d’intégrer des aspects jusqu’ici inaperçus ou considérés comme subsidiaires alors qu’ils se révèlent (ou deviennent) centraux.
    Parmi les usages langagiers qui me paraissent à interroger : le fait de se concentrer sur l’aspect « dette » alors qu’il s’agit d’interrelation, qu’il faut examiner dans les deux sens ; parmi les aspects qui émergent mais n’ont pas encore leur vraie place : la vitesse et la multiplicité des modes de diffusion, avec quasi instantanéité et ubiquité.

  83. Je veux reprendre car j’aimerais qu’il n’y ait pas de confusion dans l’approche que je développe plus haut :

    Je souscrits à la remarque de Paul Jorion sur l’illusion de la création monétaire par les banques commerciales, via le système du crédit. Le principe est très bien décrit par la distinction reconnaissance de dettes/argent/fortune, voire par l’explication d’Helmut.
    Il n’y a pas de création, il y a circulation. C’est très clair dans l’exemple que donne Paul.

    En revanche, ça ne remet pas en cause deux effets pervers du système de crédit via les banques commerciales :
    – Une incitation à la création monétaire par les banques centrales, via le système des intérêts du crédit par les banques commerciales. Ce qui est un peu différent, mais qui a pour conséquence au final une augmentation nécessaire de la masse monétaire totale.
    – Une incitation à la création monétaire par les banques centrales, quand l’objet du crédit des banques commerciales se porte sur des pratiques spéculatives, et non pas productives ou de consommation.

    Ensuite, il y a malgré tout un gros problème : nous ne considérons pas l’argent que nous mettons en dépôt à la banque comme étant une reconnaissance de dettes de la part des banques, mais nous revendiquons sa capacité à circuler dans l’instant (ballons). A ce titre, nous ne considérons pas qu’il s’agit d’une reconnaissance de dettes, en raison même du fait que cet argent déposé est censément liquide. Du coup, pour que la distinction fonctionne, il faudrait que le principe soit clairement établi qu’il s’agit d’une reconnaissance de dettes et non plus d’argent. Nous ne dirions plus : j’ai 100 euros sur mon compte, mais, j’ai prêté 100 euros à ma banque, ce qui est ra-di-ca-le-ment différent.

    Enfin, je remarque que nous considérons beaucoup de « reconnaissances de dettes » comme de « l’argent », alors qu’il nous faudrait considérer tout notre argent comme étant des reconnaissances de dettes.
    Mais on est encore loin d’être arrivé au bout de ce chemin qui mène vers la connaissance vraie de la nature de la monnaie. Donc, ne brûlons pas les étapes.

    Désolé d’avoir embrouillé un débat qui n’a pas besoin de ça.

  84. @ TOUS : … le problème n’était donc pas où nous le pensions. Les derniers « rebondissements » (encore l’histoire des ballons?) de notre hagiographie de la « sainte monnaie » ont enfin permis de mettre les mots adéquats sur la pierre d’achoppement. Il ne s’agissait pas de savoir ce qu’est la monnaie d’un point de vue pratique, philosophique, économique ou même quantique comme nous nous sommes efforcés de le faire. Non, le problème était simplement de savoir : est-ce que les banques prêtent les dépôts de leurs clients?

    2 écoles :

    Paul Jorion – Helmut Creutz (et quelques autres) ==> oui, et c’est bien pour cela qu’il n’y a pas de création monétaire (j’omets volontairement « ex nihilo » pour ne pas raviver les blessures de certains…), qu’il y a conservation des quantités, et que le « scandale » des banques qui créent de l’argent n’en est pas un.

    Jean Bayard, Etienne Chouard (et quelques autres) ==> non, les banques ne prêtent pas les dépôts. Chaque crédit accordé est donc source de création monétaire. La Banque perçoit des intérêts sur les sommes qu’elle prête de façon indue. C’est l’Etat qui doit user de son droit régalien de création monétaire et réinvestir les intérêts perçus (si tant est qu’on conserve le principe des intérêts). C’est donc un scandale.

    J’inaugure modestement une 3ème école (qui est en fait celle de Paul Jorion, avec 1 petite précision destinée à réconcilier tout le monde) :

    – oui, les banques prêtent les dépôts , à concurrence de 92 % de la valeur de ceux-ci. Mais elles ne s’arrêtent pas là. Car oui, elles prêtent aussi de l’argent qu’elles n’ont pas, mais elles ne « créent » pas cet argent : ELLES L’EMPRUNTENT! Par refinancement : soit à long terme par l’émission d’obligations, soit à court terme en empruntant sur le marché interbancaire ou auprès de la Banque Centrale.

    Si les banques ne prêtaient pas les dépôts comme certains le suggèrent, et qu’à partir d’un dépôt de 100, elles soient capables de créer 900, alors les ratios « Loans to deposits » ne seraient pas de 130% ou 140% comme c’est le cas de beaucoup de banques aujourd’hui, mais de 900%. CQFD.

  85. Ce que j’ai dit plus haut n’est pas directement en rapport avec le billet de Paul Jorion. Mais il faut bien trancher la question du « point de départ ».

    Il y a deux questions me semble t-il (ceci est évident pour tout le monde je pense):
    1/ Que FONT les banques?, qui implique également aussi de savoir ce que nous faisons exactement quand nous « plaçons » de l’argent sur un compte ou quand nous contractons un emprunt.
    2/ Que DEVRAIENT faire les banques?, qui implique la question plus radicale de la manière dont on devrait organiser l’entreprise de coopération sociale en la matière (par exemple, « faire une loi constitutionnelle de la Finance », « Instituer un système de souble/triple monnaies », « Nationaliser les banques », « Abolir le système bancaire »…)

    Je ne vois pas pourquoi nous avons besoin de plus d’une seule notion pour répondre à la question 1. A priori celle d' »argent », au sens défini par Paul Jorion devrait suffire. Le reste, ce sont des compte-rendu d’opérations des différents agents, qui impliquent des verbes d’action. « L’employeur fait ceci ». ‘Le salarié fait cela ». « La banque fait ceci et cela »… etc etc…

    A un certain moment nous en viendrons à : « Mais il n’est pas normal que tel agent puisse faire ceci/ cela ».
    Certains diront: « Pourquoi pas? Si vous pensez que c’est anormal et nous normal, c’est parce qu’une distinction moralement signifiante pour vous n’est pas moralement signifiante pou nous (au hasard: parce que nous considérons que l argent et la dette peuvent légitimement être considérés de la même manière. D’ailleurs c’est cela que nous disons quand nous affirmons que tout ceci c’est de la monnaie. En disant cela nous affirmons en effet EN MEME TEMPS que ce qui les différencie sous un certain rapport n’est pas POUR NOUS moralement pertinent). »
    Et les premiers répondront: « Il n’empêche. L’argent c’est l’argent. La dette c’est la dette. Vous pouvez bien dire que tout argent est une reconnaisance de dette. Mais alors rebelotte il y a « reconnaissance de dette » et « reconnaissance de dette ». Car ici « reconnaissance » (voire peut être même « dette ») ne désignent pas la même chose (c’est évident dans votre exemple). Et c’est pourquoi le premier type de reconnaissance de dette qu’on appelera « argent » ne devrait être produit et circuler que de telle ou telle manière. Et c’est pourquoi le second type de reconnaissance de dette qu’on appelera « dette » ne devrait circuler lui que de telle ou telle manière. Ce qui implique telles institutions, telles règles de droit et telles règles de comptabilité.
    (Bien sûr il est possible d’être d accord sur l’idée de monnaie comme argent+dette et être en désaccord avec le système en place, mais pour d’autres raisons). C’est pourquoi tout ceci est un travail de longue haleine. Et 5 ans ne me paraissent pas de trop…

    Il y a donc peut-être deux manières non pas de décrire mais d’interpréter ce que font exactement les agents, chacune reposant sur une interprétation préalable de ce que se doivent mutuellement les agents d’une communauté politique lorsqu’ils n’accordent pas de signification morale déterminante aux mêmes faits.
    Par ailleurs si la monnaie (l’argent) est un instrument d’échange en tant que tel absolument neutre, il est aussi un « moyen » de réaliser telle ou telle conception particulière de la justice sociale (cf. l’idée des « billets qui rouillent » à l’opposé de la conception traditionnelle de la monnaie qui implique au contraire un metal inaltérable, ou l’idée de double monnaie chère à certains fédéralistes).

    (Notez que le choix de partir de la signification sociale plutôt que de la fonction impliquerait une lecture plus fine du rapport entre confiance et monnaie, d’une part parce que le concept de confiance est l’un des plus discutés qui soit (c’est une pomme de discorde sévère entre l’approche linguistique de la philosophie analytique anglo-saxonne et l’approche plus « phénoménologique » de la philosophie continentale: faire confiance, est ce toujours déjà un « pari »?), ensuite parce-qu’il s’en faut de beaucoup que la « confiance » soit réductible à la « reconnaissance » pure et simple (différents types de rapport de confiance = différents modes de la reconnaissance mutuelle), enfin parce que parler de « confiance » comme s’il s’agissait d’une décision individuelle de l’accorder ou de ne pas l’accorder c’est oublier qu’il y a avant la confiance des circuits, des structures, par lesquelles celle-ci circule). Au mieux la façon dont les économistes traitent de la confiance est incomplète. Au pire elle est confuse, et conduit comme pour la question de la monnaie à des approximations problématiques.

    Pour parler de « salaires disproportionnés » il faut déjà s’appuyer sur une idée de ce que serait une juste proportion, ce qui implique une certaine conception de la justice sociale. Si écart il y a selon vous entre « avoirs » et « services rendus » c’est surtout parce que vous ne partagez pas la conception de la justice sociale qui la sous-tend (quant à ce qui constitue une juste répartition des bénéfices et des charges de la coopération sociale). Je ne vois pas le rapport avec l’idée de l’argent-dette. On peut très bien soutenir cette idée et en même temps partager la conception de la justice que vous jugez, vous, disproportionnée. En fait c’est le « C’est bien parce-que » que je ne comprend pas.

  86. Oui mais non, Antoine.

    Je ne cherche pas à faire exercice de ma morale afin de choisir la définition qui lui convient.
    Je cherche à faire exercice de ma raison, pour choisir la définition qui lui convient, au-delà de toute approche morale.

    Et il se trouve que cette dernière rend plus difficile les démarches de légitimation de la transmission de patrimoine ou d’accumulation de patrimoine, et éclaire la notion de proportion. Pourquoi ?

    Parce qu’en raccrochant le concept global de la monnaie au concept de dette, en remarquant que ce qu’on appelle « argent » est équivalent de fait à ce qu’on appelle « reconnaissance de dettes », on la remet à sa place : celle d’être un outil conceptuel et mathématique. On lui vole une partie de sa capacité à se faire passer pour un bien.

    Une reconnaissance de dettes, on comprend plus facilement que ce n’est pas une richesse en soi, mais seulement une promesse de services, et on essaie de se garder d’en accumuler à ne plus savoir quoi en faire et on fait en sorte de s’en faire rembourser de temps en temps; et puis on questionne plus facilement sa transmissibilité… par exemple, dans le cadre d’une SARL; ce qui est rarement le cas de ce qu’on appelle… « l’argent ». Et puis, on ne prétend pas recouvrir les reconnaissances de dettes qui datent de 1480, ou datant du temps des pharaons.

    Donc, pour moi, découvrir et accepter que le principe même de toute monnaie, c’est d’être de la reconnaissance de dettes, c’est non seulement un raisonnement logique, mais également un grand pas vers la rationalisation de l’outil. J’irais même plus loin, c’est en admettant que la monnaie est un outil conceptuel et mathématique qu’on peut le plus facilement arriver à défendre la réduction des écarts de richesse, non pas en s’appuyant sur des arguments moraux, mais en s’appuyant sur ce qui est aujourd’hui l’ennemi : la modélisation mathématique. A ce titre, par exemple, la démarche permet de donner corps au principe de monnaie fondante, en se passant tout à fait de préalable moral.

    Donc, Antoine, tant que vous ne vous serez pas attaqué à une explication justifiant l’existence d’un machin qu’on appellerait « l’argent » et qui ne serait pas une forme de reconnaissance de dettes, je n’y adhérerai pas.
    En somme, il va falloir que vous m’expliquiez quel est cet « argent » immanent qui n’aurait pas la caractéristique d’être au fond très exactement un petit papier comme un autre…

    Par contre, cet échange contribue à brouiller la tentative d’explication du principe du crédit développée par ailleurs et notamment le principe de conservation des quantités, que la distinction ballons/papiers (argent/reconnaissance de dettes) permet de bien comprendre dans un cadre conceptuel traditionnel.

  87. En fait je ne comprends pas non plus en quoi « tout argent est une reconnaissance de dette ». Je ne suis pas d’accord avec ça.
    La question est:
    En quoi « l’argent qui est dû en remboursement d’un prêt » doit-il/ peut-il être traité de la même manière que « l’argent possédé qui est le produit du paiement d’un salaire »? On peut bien sûr appeler « dette » les deux sommes d’argent en ce qu’elles correspondent toutes deux à « une somme d’argent qui au départ était dûe (quoique pour des raisons différentes), mais alors on a substitué au concept « juridico-legal » de la dette un concept anthropologique -du même type que celui du « don »- et on a escamoté le problème de départ.

    Pour ce qui est de la circulation d’argent.
    Je fais donc un prêt à la banque. L argent étant toujours disponible pour moi, faut-il dire que la banque me fait également un prêt simultané de la même somme dont je peux librement disposer (même si dans les faits je choisis de ne pas en disposer)? Cet argent elle le tire d’où? Des autres épargnants? Mais ce qui vaut pour moi vaut également pour tous les autres épargnants. N’y a t-il pas là déjà doublement de la quantité d’argent DISPONIBLE ? Et bien en fait non parce que si c’était le cas il resterait exactement autant d’argent à la banque qu’il y a dans la poche de tous les épargnants réunis si chacun de ces derniers retirait ses billes. Ce qui n’est pas le cas. La banque coulerait. La seule solution concevable c’est qu’effectivement tout le monde n’utilise pas tout l’argent en même temps. Qu’il « circule ». Mais alors quelle est la nature du contrat passé avec la banque? Qu’est ce que j’attends de ce contrat ? (si c’est un prêt fait à la banque j’y gagne que dalle! Et je paie pour ça en plus…). Ceci implique déjà, ce me semble, que seule une banque de dépôt devrait avoir le droit d’exiger des frais de dossier. Je note que la solution retenue par le juriste pose le problème de la légitimité de l’existence même de banques commerciales privées, en tant que le genre de créance qu’il retient est associée par lui à une fonction d’intérêt public.

    Ce qui me semble clair c’est que les banques font plusieurs choses en même temps. Et que comme l’argent n a pas d’odeur on mélange ces différents trucs. Il n’y a qu’une seule manière de clarifier tout ça. Soit certaines opérations de transfert sont prohibées. Soit un même établissement ne peut pas en même temps être une entreprise de protection des dépôts (je paie pour le service), être une entreprise qui fait du crédit (je prête à la banque et la banque ne peut se servir de cet argent pour faire crédit à des entrepreneurs ou des particuliers… et elle me rembourse avec un échéancier fixé par avance, avec les intérêts… entre temps cet argent n’est plus disponible pour moi… et c’est intéressant pour moi car ça m évite d’avoir à chercher un emprunteur auquel je ferais signer une reconnaissance de dette de plus la banque par sa taille est solvable…), et être un établissement financier chargé de faire fructifier les avoirs de X/Y/ qui spécule sur le marché des actions/obligations etc…)
    J ai la vague intuition qu’un parallèle avec les banques d’organe, et les polémiques récentes qui y sont associées quand à la question de savoir qui doit quoi à qui serait peut être éclairant (Qui est client de qui?).

  88. Et bien c’est assez simple. Depuis qu’il n’est plus étalonné sur l’or, l’argent est un petit papier qui fonctionne exactement sur le même principe que ce que vous appelez « reconnaissance de dettes »… il n’y a plus aucune différence, sinon une différence purement conceptuelle que nous tenons en héritage des temps passés.

  89. Paul Jorion a écrit :
    « J’ai écrit hier que cela me prendrait cinq ans de mettre au point une théorie de la monnaie qui me satisfasse. Je n’avais envisagé qu’un seul cas : celui où nous serions seuls, vous et moi, travaillant ensemble. »

    Pour vous, un système dont le but est d’augmenter la puissance d’une seule machine serait alors plus efficace pour résoudre un problème complexe qu’un système distribué ?
    Ce n’est pas tellement faire confiance dans l’intelligence collective. Il y a certainement moyen de créer une théorie plus rapidement en s’appuyant sur vos lecteurs. Cela nécessite de distribuer les questions et d’accepter les réponses. Pas vraiment facile à faire, je le reconnais.
    La théorie sera finalisé avant qu’une personne n’en soit satisfait. L’analyse complète n’est possible qu’a-posteriori.
    Difficile de faire confiance en quelque chose qu’on ne comprend pas ? Pourtant c’est ce qu’on fait à chaque fois qu’on utilise notre monnaie. Pour ma part, un système conçu à partir d’une théorie ‘collective’, même sans en comprendre toute la portée, devrait pouvoir faire mieux, haut la main, que notre système actuel.
    De plus, la fenêtre pour proposer un autre système financier crédible risque d’être fermé dans 5 ans. Ce serait dommage que votre travail ne débouche pas sur du concret.

  90. OK Dav… je crois comprendre ce que vous tentez de faire.

    Ce que je dis c’est juste que toute position ici implique une décision normative. Non pas que, pour des raisons normatives (et pas nécéssairement arbitraires d’ailleurs), vous choisissez telle ou telle définition.

    J’aimerais savoir ce que font les banques dans votre logique même dans le cas le plus simple décrit par Paul. Si l’argent est toujours une forme de dette, une promesse d’échange contre un service, comment décririez vous ce que fait une banque commerciale, même dans le cas le plus simple? Elle échange une dette contre une créance contre une dette contre une créance… ad nauseam (en ce cas elle ne traite pas la reconnaissance de dette comme une promesse de service, mais comme une promesse de davantage de reconnaissances de dettes!, ce qui est contraire à l’effet recherché qui est d’empêcher l’accumulation/ réification si je vous suis bien).
    Qu’est ce qui m’empecherait d’ailleurs d’avoir moi-même envie d’accumuler des reconnaissances de dette, si elles ont bien le même effet pratique que l’argent?

    Si la question est celle de la proportionalité, alors il va falloir fixer un montant pour chaque dette particulière. Si la justice sociale consiste à spécifier le contenu des attentes légitimes des citoyens les uns à l’égard des autres, en quoi le fait d’avoir fait de l’argent une reconnaissance de dette change t-il quoique ce soit? Je ne vois pas en quoi ceci aide à spécifier le contenu des attentes légitimes des citoyens. On ne peut pas discuter de la répartition/distribution des fruits de la coopération sociale sans adopter un point de vue normatif.
    Ex:
    Wilt Chamberlain est un célebre joueur de basket-ball. Il s’est mis d’accord avec l’équipe dans laquelle il joue pour être payé par une part des recettes sur chaque match, étant la star de l’équipe. La foule se déplace pour le voir. Plutôt que de s’acheter l’intégrale des oeuvres de Thomas d Aquin ou une collection de DVD, ou que sais je encore, les gens choisissent librement de venir le voir jouer. Il a donc acquis beaucoup de reconnaissances de dettes. Des millions. Concrêtement, en quoi cette idée de l’argent comme reconnaissance de dette change t-elle quoique ce soit à la disproportionnalité de l’exemple sus-cité?
    (On pourrait dire que Wilt a acquis ses talents dans le contexte d’une certaine société qui lui a donné les moyens de les exploiter, ou encore que Wilt a ici une situation de rente indue, la rente étant tout ce qui excède le montant minimal en deça duquel il prefererait gagner sa vie autrement qu’en jouant au basketball etc etc…).
    Quel est le lien – DEPOURVU DE PREMISSE MORALE- qui relie votre critique de la disproportionnalité observée ici (à moins qu’elle ne vous choque pas, mais alors laquelle par exemple vous semble indue) et votre conception de l’argent comme dette?
    Je ne vois pas pourquoi une reconnaissance de dette, une fois qu’elle a pris la forme de l’argent, ne pourrait pas s’hériter… Si l’argent n’est qu’un moyen, une reconnaissance de dette, une promesse de service, alors son étude en tant que telle ne nous dira rien sur ce que devrait être une distribution juste/adéquate des reconnaissances de dette? (sauf si bien sûr, et là c’est intéressant, vous pouvez montrer que seul un certain genre de distribution permet de le contenir dans cette fonction de reconnaissance de dette…)

    Pour moi il n’y a pas de « nature » de l argent. L’argent est un instrument, comme un râteau ou une pelle. Il est ce que nous voulons bien en faire. Il remplit les fonctions que nous voulons bien le voir remplir. Ces fonctions impliquent le contrôle de la production et des canaux de circulation de l’argent par les citoyens. La question étant: la manière dont l’argent est produit est-elle compatible avec 1/ la fonction que nous avons bien voulu accorder à l’argent 2/ les idéaux politiques et moraux d’une société démocratique/républicaine?

  91. Je m’étonne du changement de posture de Paul. La maïeutique et le doute ont-ils laissé place à la certitude de l’expert qui n’a plus le droit d’admettre ignorer – l’économie, science ô combien exacte – à présent que les médias l’ont reconnu ? Ai-je très mal lu, est-ce ma mémoire qui défaille, ou bien Paul s’était autorisé, plusieurs fois, il y a quelques mois encore, à changer d’avis publiquement sur les fils de son blog traitant de la monnaie – ou bien encore il rappelait parfois qu’il n’était pas issu du métier (ce qui ne veut pas dire ne pas avoir travaillé dans le métier) ? Est-il devenu économiste certifié ? Qui plus est, spécialiste en matière monétaire ? L’ « avis aux amateurs » lancé en tête d’un billet récent m’a laissé un goût amer. Je trouve d’autant plus regrettable la posture que prend Paul que la qualité des débats qui ont eu lieu sur ce thème et sur ce blog est plutôt remarquable.

    A ce stade, et pour repartir du thème « ex nihilo », je me permets d’exposer cette thèse : les dialogues de sourds naissent de questions mal posées. Moi qui en connais sans doute bien moins sur le sujet que Paul et d’autres, je suis pourtant stupéfait devant la grossièreté de quelques affirmations, alors je m’attache à quelques éléments clairs et nets, il me semble, pour répondre.

    Ma banque prêterait à d’autres clients l’argent que j’ai sur mon compte courant ?
    De deux choses l’une. Soit c’est vrai, et alors c’est contraire la constitution, la Déclaration de 1789 faisant de ma propriété un droit inaliénable ; et ce qui est sur mon compte m’appartient et n’appartient pas à ma banque – dans ce cas, notre régime serait un scandale. Soit c’est faux, et alors les banques commerciales créent de la monnaie, ce qui est, pour certains, un scandale, le scandale en question.

    Une confrère d’Attac, qui semble être du métier et qui critiquait la vidéo de M. Grignon, proposait un document explicatif du bilan d’une banque (de crédit). J’en tire ici un petit extrait – exemple – en chiffres, car il me semble parlant. Son exemple était le suivant, sur une base 100 :

    * Passif : * Actif :
    ————————————— ——————————————————–
    – capital : 8 – prêts à des particuliers ou entreprises : 80
    – dépôts des clients : 30 – prêtés à une Banque Z : 14
    – obligations à 10 ans : 52 – immobilisés en réserves obligatoires : 6
    – empruntés à la banque Y : 10
    ————————————— ——————————————————–
    Total : 100 Total : 100

    1. Ratio de réserves obligatoires et ratio de fonds propres sont respectés.
    2. La banque prête (peut prêter) autant, et même moins, qu’elle reçoit – et immobilise – d’argent (sous diverses formes).

    Vu comme ça, on se dit : qu’un banquier soit de bonne foi en disant que la banque (commerciale) ne crée pas de monnaie, on le comprend puisque effectivement, du point de vue comptable de la banque, celle-ci ne peut prêter que si on lui prête… ou si des clients déposent d’abord de l’argent chez elle. Un argent qu’elle croit prêter. Pour cause : elle doit d’abord en recevoir tant pour pouvoir en prêter autant – sauf à en trouver ailleurs (marché interbancaire, émissions d’obligations, BC).

    Dans cet exemple, on peut voir que les 30 au passif sont considérés comme étant homogènes aux contenus des autres postes du passif, qui eux sont à l’évidence des sommes immobilisables par et pour la banque (ce qui justifie qu’elle paie des intérêts pour en disposer).

    Pourtant, comme l’a rappelé AJH, ma banque n’affiche pas un débit ni je ne sais quel emprunt passager sur mon compte, un vide dans mes dépôts à vue, lorsqu’elle prête de l’argent à un autre client. Manifestement, ce n’est pas évident pour tout le monde. Pour les banquiers en particulier.

    Autre manière de traduire le dilemme qu’a présenté Paul en pensant contredire l’affirmation de M. Allais dans son billet précédent sur la question : d’un côté, la loi est censée garantir à chacun des déposants sa propriété, que n’importe qui ayant des dettes envers lui sera contraint, au besoin par la force, de le rembourser dès lors qu’il est en droit d’exiger son bien ; mais de l’autre côté cela ne vaut que si l’accusé est solvable (même un flique et son flingue ne peuvent faire cracher de l’argent à un clochard). L’État admettrait, donc, précisément que les banques soient en permanence en faillite potentielle. Pas mal, pour qui continue de prélever des intérêts.

    Est-ce que l’exemple cité est faux – ou représentatif d’une banque n’ayant pas le pouvoir de certaines autres ? Comment expliquer, sinon, qu’année après année, comme on peut constater dans les rapports de la Banque de France, l’encours total des crédits augmente d’environ 10% par an dans la zone euro – il en est de même pour la masse monétaire en billets et pièces. Ce qui signifie, au présent, de l’ordre 1 200 milliards d’€ de plus de crédits des banques aux particuliers et entreprises, d’une part, et de 80 milliards d’€ de plus de billets et pièces d’autre part. Au moins 15 fois plus.

    Il faudrait nous expliquer comment cette tendance apparaît, de manière soutenue, sinon parce que les banques créent de la monnaie (autant dire : la monnaie, vu le ratio de 15 / 1 au moins). Que je sache, aucun financier ni aucun politique n’a dit que cette tendance devra s’inverser rapidement parce que ces milliers de milliards qui nous servent à tous de monnaie au quotidien sont l’image – démultipliée – de promesses de… créations de richesses qu’on ne pourra pas créer.

    Mais, vu autrement, si justement on peut les créer, ces richesses futures sur lesquelles toute cette monnaie scripturale est gagée, et puisque le souverain estime que toute cette monnaie scripturale est légale, il faudrait expliquer pourquoi les gens, les entreprises, et les États (même indirectement) sont d’autant plus endettés auprès des banques que tout ce beau monde qui produit est capable de créer des richesses… Car au final, c’est à ces banques, pas à nous-mêmes ou à l’État, qu’on doit principal et intérêts. On peut ajouter que le problème se pose surtout si les banques sont (au mieux) imposées comme n’importe quelle entreprise, tandis que leurs bénéfices sont proportionnels aux crédits qu’elles allouent (non pas à une richesse effectivement – et déjà – crée). Pour le reste, il est évident que « les banques », entités complexes, ont aussi leurs prêteurs. Faut-il préciser que « les banques », ici posées en tant que bénéficiaires, renvoient à une multitude de personnes physiques, qui sont diverses catégories de prêteurs ? De même, dans la fameuse tirade de Maurice Allais sur les « faux monnayeurs », celui-ci dit que « ce ne sont pas les mêmes » qui en profitent, il ne dit pas qui, précisément, en profite. Une chose de sûre, ce sont essentiellement des rentiers.

    Si ce ne sont pas les banques commerciales qui créent la monnaie, qui le fait ? Les États, par ici, n’ont plus le droit de le faire. La Banque centrale ? Elle n’est qu’un organe d’émission primaire qui fournit les banques.

    Note en passant : en 2006 (rapport de la BdF, p61), alors que la BCE prélevait 814 millions d’€ aux banques de la zone euro au titre des intérêts du refinancement, elle leur versait 904 millions d’€… au titre de la rémunérations des réserves obligatoires… « des banques astreintes à réserves obligatoires » (la formule – cf. p 59, tableau de gauche, laisse donc entendre que certaines ne le sont même pas.) Pas mal, un solde de 90 millions créditeur des banques… tandis qu’elles se faisaient rembourser par les agents des intérêts en proportion de quelques 10 000 milliards et qu’elles augmentaient de quelque 1 000 milliards l’encours de crédit à l’économie.

  92. @ Julien Alexandre

    Je ne veux pas diminuer votre mérite d’avoir introduit une

    3ème école (qui est en fait celle de Paul Jorion, avec 1 petite précision destinée à réconcilier tout le monde)

    – oui, les banques prêtent les dépôts, à concurrence de 92 % de la valeur de ceux-ci. Mais elles ne s’arrêtent pas là. Car oui, elles prêtent aussi de l’argent qu’elles n’ont pas, mais elles ne “créent” pas cet argent : ELLES L’EMPRUNTENT ! Par refinancement : soit à long terme par l’émission d’obligations, soit à court terme en empruntant sur le marché interbancaire ou auprès de la Banque Centrale.

    mais j’attire quand même votre attention sur le fait que cette précision se trouvait déjà dans mon premier billet sur la monnaie – celui qui a lancé tout le débat le 7 février : Le scandale des banques qui « créent » de l’argent

    Quand elle vous prête de l’argent, la banque n’en crée pas : si elle peut vous prêter, c’est soit qu’elle utilise l’argent de quelqu’un d’autre, disponible sur son compte–chèque ou sur son livret–épargne (moins les « réserves obligatoires » qu’elle doit conserver comme provisions), soit qu’elle emprunte elle–même cet argent – par exemple en émettant des certificats de dépôt – et vous le re–prête. Son profit résulte du fait qu’elle vous prête à un taux plus élevé que celui qu’elle consent sur un livret–épargne ou que celui auquel elle emprunte elle–même. Il n’y a (malheureusement !) pas de « miracle de création d’argent » : les banques commerciales ne créent pas d’argent ex nihilo ! Pour en prêter, il faut que comme vous et moi, elles le trouvent quelque part !

  93. @Julien Alexandre

    Bonsoir,

    « Si les banques ne prêtaient pas les dépôts comme certains le suggèrent, et qu’à partir d’un dépôt de 100, elles soient capables de créer 900, alors les ratios “Loans to deposits” ne seraient pas de 130% ou 140% comme c’est le cas de beaucoup de banques aujourd’hui, mais de 900%. CQFD. »

    Ce que vous dites est vrai si les banques font systématiquement « le plein » de crédits (ce qui est d’ailleurs un postula implicite des modèles simplificateurs donnés en exemple), a mon avis ce n’est probablement pas le cas.

    Pourquoi les banques chercherait-elles de nouveau clients à qui elle ne pourraient rien proposer ?
    Pourquoi les contrats subprimes ?
    Que signifierait la surabondance du crédit ?

    Ce que je dis là n’apporte rien au débat de fond bien sur, et votre troisième voie me semble d’ailleurs plus en accord avec le réel.

    A mon avis les banques gèrent leurs masses monétaire comme elles l’entendent, puisque la loi ne les contraint pas en terme de gestion.
    Elles créent le crédit par une simple opération d’écriture comptable et électronique en respectant les 12,5% du ratio McDonough de fonds propres (pondéré…) par rapport au risque de crédit.

    Elles affectent comme elles le souhaitent (crédits, opérations sur les marchés monétaires…) les dépôts des clients avec leurs autres actifs liquides en respectant le ratio de réserve (actuellement 2% dans la zone euro) pour ces premiers.

    Si elle manquent de liquidités et qu’elle ne les trouvent pas sur le marché monétaire, le financement par leur banque centrale national est quasi certain puisque cette dernière ne peut courir le risque d’une faillite qui mettrait en perdition tous son secteur…

    Partant du principe que ce qui n’est pas interdit est autorisé, j’imagine que c’est un peu comme cela que les banques « fonctionnent », comme toute entreprise qui achète, crée, vends; ici, de la monnaie, sous différentes formes.

    Un calcul de ratio prêts/dépôts réalisé par feu Lehman Brothers (paix à son âme) en 2007:

    http://www.journaldunet.com/economie/expliquez-moi/banques-ratio-prets-depot/en-savoir-plus.shtml

  94. Au niveau individuel, il me semble que Paul a raison : le bilan de chaque banque est équilibré, par définition la création de monnaie n’apparaît pas. Et pourtant samedi a lui aussi raison, au niveau global la masse monétaire augmente, il y a bien création collective de monnaie (c’est la raison pour laquelle le multiplicateur de crédit s’explique dans les manuels d’économie avec un modèle simplifié comprenant plusieurs banques, ce n’est pas quelque chose qui se comprend au niveau d’une seule banque.) – Maintenant, comment cela se passe-t-il au niveau comptable de chaque banque? De pleins de manières, et comme je ne connais rien à la comptabilité, ce n’est pas moi qui l’expliquerai. Mais il me semble – un exemple parmi d’autres – que la règle du price to market a permis aux banques de surrévaluer la valeur de leurs placements à l’actif, ce qui leur a permis d’augmenter le crédit qu’elles offraient à l’économie, toutes les banques faisant cela, il y a bien eu création de monnaie, qui plus est liée à une croyance déterminée, en l’espèce une bulle sur l’immobilier à surprime.

    @ Samedi

    « Mais, vu autrement, si justement on peut les créer, ces richesses futures sur lesquelles toute cette monnaie scripturale est gagée, et puisque le souverain estime que toute cette monnaie scripturale est légale, il faudrait expliquer pourquoi les gens, les entreprises, et les États (même indirectement) sont d’autant plus endettés auprès des banques que tout ce beau monde qui produit est capable de créer des richesses… Car au final, c’est à ces banques, pas à nous-mêmes ou à l’État, qu’on doit principal et intérêts. »

    Mais par définition, c’est cela le libéralisme; il n’y a pas de scandale propre à la rente bancaire; tout le capitalisme repose sur la captation de rentes via des rapports de domination (ie d’inégalité); de ce point de vue, les banques fournissent un « service productif » comme un autre (c’est ce qu’aurait dit Say).

    « De même, dans la fameuse tirade de Maurice Allais sur les « faux monnayeurs », celui-ci dit que « ce ne sont pas les mêmes » qui en profitent, il ne dit pas qui, précisément, en profite. Une chose de sûre, ce sont essentiellement des rentiers. »

    Oui, cela dure depuis la fin des années soixante dix, autrement dit depuis la fin de l’inflation et le début de la spéculation financière (du moins pour la France).

    Mais il y a d’autres formes de rente qui durent depuis beaucoup plus longtemps : sur le capital, sur les ressources, sur la terre en particulier, que beaucoup d’économistes ont rêvé de nationaliser, etc.

  95. @ Paul : en effet, j’ai réinventé la roue! 🙂 Merci d’avoir remis votre commentaire. Il en va donc de la réflexion sur la création monétaire comme du cinéma : c’est souvent la première prise que l’on garde!
    Je pense néanmoins qu à ce stade du débat, la précision était importante car c’est précisement les points de controverse soulevés par Etienne Chouard et Jean Bayard.
    Pour la petite histoire, j’ai eu l’opportunité récemment de vérifier de façon empirique au plus haut niveau auprès de la Deutschbank le bien fondé de ce que nous avançons. « Pas de miracle ».

  96. Aprés lecture de l’ensemble des commentaires et réflexion j’en déduit ce qui suit:Pouvez vous me dire si je me trompe?

    La banque ne crée pas ex-nihilo la monnaie quand elle accorde un crédit, ELLE S’ENDETTE en même temps qu’elle endette l’emprunteur.

    Quand une banque accorde un crédit elle s’endette car les crédits font les dépots et les dépots c’est ce que doit la banque à ces déposants.
    Quand la banque accorde un crédit elle ne crée pas d’argent, en fait elle s’endette avec l’obligation de rembourser la totalité de sa dette en monnaie fiduciaire si le déposant de son crédit l’exige. Si elle ne le peut pas c’est la faillite. Par contre pour l’emprunteur, la banque ne peut réclamer que les mensualités.
    La banque joue gros dans cette affaire d’où les régles prudentielles (Bâle 2).
    Dans l’argent dette de Paul Grignon la population est endettée par le « méchant » banquier avide d’argent mais en fait le banquier doit la même quantité d’argent qui a été prêté (les crédit font les dépots) sauf que le déposant peut réclamer immédiatement à la banque la totalité de ce qu’elle lui doit ( les dépots).
    De plus l’emprunteur peut faire faillite et les garanties ne pas couvrir la totalité de la somme empruntée .
    Ceux ci justifient l’usure ou intéret (le montant de celui ci peut se discuter mais ce n’est pas le propos )
    Donc les banques s’endettent (moyennant rémunération: l’intéret) pour que les gens puissent acheter leur maison , voiture ou spéculer en bourse ou je ne sais quoi peu importe mais je ne vois pas ou est le scandale, au contraire heureusement que les banques existent pour prendre ce risque à notre place ! On peut toujours améliorer le système car il y a toujours des abus ou des malversations mais le système en lui même n’a rien de choquant mais je me trompe peut être (excusez les fautes d’orthographes et les répétitions mais il est tard)

  97. Cher Fred,

    Je pense que vous vous trompez quand vous dites : « Au niveau individuel, il me semble que Paul a raison : le bilan de chaque banque est équilibré, par définition la création de monnaie n’apparaît pas. »

    LA MONNAIE CRÉÉE à l’occasion d’un crédit APPARAÎT bien sûr au bilan de la banque qui a prêté : AU PASSIF (à droite, du côté de ses dettes).

    ___

    (Ne pas rater ceci, c’est essentiel : la monnaie scripturale, c’est un chiffre à droite du bilan d’une banque — ou, si on accepte une définition moins étroite de la monnaie, d’un organisme digne de confiance, État ou… ?? supermarché qui distribue des bons d’achat que s’échangent ensuite les clients… 🙂 Sacrés humains… prêts à faire de la monnaie, prêts à faire confiance, avec n’importe quels signes…)
    ____

    Et la même somme — LA CONTREPARTIE de la monnaie, ce en échange de quoi la banque est prête à s’endetter — est inscrite en même temps de l’autre côté, À L’ACTIF (à gauche, du côté de ses créances).

    LE BILAN EST DONC ÉQUILIBRÉ *, MAIS LA MONNAIE CRÉÉE N’EST QUE D’UN CÔTÉ DU BILAN :

    <b<de l’autre, ce n’est pas la monnaie, c’est la contrepartie, qui peut être n’importe quoi, il me semble : la propriété d’un immeuble, d’un terrain, d’un bijou, d’une entreprise, d’espèces, l’engagement de rembourser avec intérêts de la part de quelqu’un de fiable, etc. Il faut surtout que la contrepartie ait une valeur suffisamment fiable pour que la banque accepte de s’endetter.

    Cette opération comptable, dirigée par un acteur digne de confiance (une banque ou un État, par exemple) permet de donner aux acteurs économiques, qui en ont besoin pour échanger et produire des richesses, des SIGNES DOTÉS D’UN POUVOIR D’ACHAT (pour moi, c’est la meilleure représentation de la monnaie) capables de circuler facilement.

    Aujourd’hui, les signes monétaires sont de simples créances contre les banques ou contre l’État parce que les humains les acceptent ainsi, parce qu’ils leur font CONFIANCE.

    Autrefois, des coquillages précieux jouaient ce rôle de signes dotés d’un pouvoir d’achat parce que tout le monde à l’époque faisait assez confiance au pouvoir d’achat de ces coquillages pour les accepter en échange.

    Plus tard, dans la jeune république américaine, c’est le tabac qui a joué pendant des années ce rôle de signe doté d’un pouvoir d’achat parce que tout le monde faisait assez confiance au pouvoir d’achat de cette plante pour l’accepter en échange.

    Ailleurs, c’est l’or et l’argent qui ont joué ce rôle de signes dotés d’un pouvoir d’achat parce que tout le monde faisait assez confiance au pouvoir d’achat de ces pièces et lingots pour les accepter en échange.

    Aujourd’hui, les signes monétaires sont de simples créances sur des acteurs particulièrement solides.

    Le débat ces derniers temps sur ce blog pour distinguer la monnaie fiduciaire (qui serait la seule vraie monnaie, on ne voit pas pourquoi puisque tous ces signes ont rigoureusement le même pouvoir d’achat) de la monnaie scripturale (qui serait de la fausse monnaie, voire pas de la monnaie du tout ! ben voyons…) me paraît complètement à côté de la plaque, comme faussé après avoir déraillé sur une mauvaise parabole.

    L’autre débat, ici, pour simplement faire admettre que les banques créent la monnaie qu’elles prêtent me paraît tout aussi étonnant.

    Je suis surpris que ce qui paraît un mécanisme somme toute assez simple soit si dur à faire accepter ici.

    Bon, il faut que j’aille dormir, bonne nuit à tous 😉

    Étienne.

    ______________

    * NB : le bilan est TOUJOURS équilibré puisqu’il rassemble, directement ou indirectement en passant par le compte de résultat, les montants de TOUS les comptes, et que les écritures en partie double garantissent cet équilibre : on écrit toujours autant à gauche qu’à droite, en quelque sorte.

  98. Chère Nadine,

    quand vous dites « La banque ne crée pas ex-nihilo la monnaie quand elle accorde un crédit, ELLE S’ENDETTE en même temps qu’elle endette l’emprunteur », vous dites, je crois, une chose et son contraire :

    C’est sa nouvelle dette qui constitue précisément la nouvelle monnaie, ce nouveau pouvoir d’achat consenti au client par la banque (en échange d’un pouvoir d’achat que le client rendra, mais plus tard).

    Bonne nuit 🙂

    Étienne.

  99. @Etienne,
    Des lors qu’ une action de « vendre », apparaît , elle rend nécessaire l’ existence d’ une « image » monétaire, par le vendeur.
    N’ est ce pas là qu’ a lieu la mère de toutes les créations monétaires ?
    Des lors que je possède un droit de « vendre », je possède un droit de créer une  » image monétaire » de ce que je vends.
    Il suffît que cette image soit validée une fois par un acheteur (qui peut être moi même), pour que cette image porte le nom de prix.
    Qu est ce qui empêche l’ effecteur monétaire (la banque) de créer un « signe monétaire » en rapport avec chaque autre ventes potentielle basée sûr ce prix initial comme estimateur.
    Si l’ on enlève le prétexte de la réalisation d’ une première vente, rien n’ empêche l’ effecteur monétaire de considérer que « les images monétaires » sont des indicateurs des signes monétaires a créer.
    Si le prix initial realisé ( achat par moi meme) est délirant par rapport au coût de fabrication, l effecteur monetaire devient un pur générateur de liquidités , il transforme « mes images monetaires » en « signes monétaires ».
    Exemple d’ image monétaire :  » le prix demandé » pour des croûtes artistiques contemporaines.

  100. Nous avons un gros problème avec la monnaie. C’est celui de notre relation à ce symbole totipotent, qui n’EST rien, mais (à ce qu’il nous semble) PEUT tout.

    Les sociétalistes proposent une relation simple à la monnaie : elle représente le TRAVAIL nécessaire pour transformer un bout de nature (gratuit, puisque la nature ne se fait pas payer pour ce qu’elle nous offre).

    La monnaie devrait donc être créée par le travail, et détruite par la consommation ; tout simplement parce que une fois le bien fabriqué retiré du marché et consommé, il n’y a plus de raison de le représenter symboliquement par un signe monétaire.

    La monnaie est une chose simple et belle, mais à trop se farder, elle se transforme en putain. C’est ce que nous avons fait en l’investissant de tous nos fantasmes d’immortalité, oubliant par là même de penser notre propre relation à la fin, à la mort. Nous avons placé tous nos désirs, toutes nos peurs de manquer, dans cette chose qui n’est pas une chose, mais la simple promesse de pouvoir obtenir quelque chose. Nous avons déifié la monnaie, nous l’avons entourée de fumée, de voiles vaporeux ; nous l’avons placée dans des temples, nous l’avons entourée d’un clergé. Et nous nous rendons compte aujourd’hui que cela non seulement ne nous guérit pas de nos peurs, mais a permis au clergé de se goberger sur notre dos. Tout pouvoir tend à abuser, c’est un fait qu’Etienne Chouard ne contredira pas 😉

    Le pouvoir bancaire de création monétaire est un scandale du seul fait qu’il existe, quelle que soient les voies empruntées pour la création (les chiffres de la masse monétaire sont là : il y a augmentation régulière de la somme des pouvoirs d’achats disponibles, sans que la monnaie ne soit reliée à rien de physique).

    Il nous faut revenir sur Terre, et raccrocher la monnaie à quelque chose de réel, à savoir une richesse existante, ou à venir et dont la collectivité appelle la réalisation.

    En fait, toute cette discussion n’aura aucun sens tant et aussi longtemps que n’aura pas été mis sur la table le POURQUOI de la monnaie. Que représente-t-elle? Pour qui est-elle créée? Comment est-elle détruite? Quels besoins sociétaux et individuels nécessitent sa création?

    Toutes ces questions sont éminemment politiques, culturelles, morales, philosophiques, ethnologique, avant que d’être économique. L’économie vient en dernier. Elle n’est que l’incarnation temporelle des choix spirituels que fait l’humanité. Elle n’est que la traduction contingente de nos aspirations transcendantes (Wow! On dirait du Kant! Mille excuses pour tous ces gros mots 😉 )

    Or, inutile de le dire, mais chacun ici s’est rendu compte que l’économie précède aujourd’hui tout choix politique et philosophique, sociétal ou individuel. La charrue est loin devant le boeufs…

    Brieuc

  101. @Etienne

    Tout à fait d’accord, mais votre façon de vous exprimer suppose le tranché le débat sur la définition de la monnaie que tout le monde reprend obstinément.

    Comme vous le dites, par convention, les bilans sont équilibrés.

    Du point de vue de ceux qui – contrairement à vous – limitent la monnaie à la base monétaire, il n’y a pas de création, il y a simplement un engagement monétaire (crédit) compensé par des actifs évalués (contrepartie).

    Pour le reste, je suis d’accord avec vous, la monnaie est une dette (« de simples créances sur des acteurs particulièrement solides »), qui repose sur la confiance du public envers les parties prenantes de cette dette.

    Lorsque le doute s’instille dans le public, c’est la crise de confiance et une partie de la « monnaie » s’effondre : bulle qui explose quand c’est un secteur limité de la monnaie qui devient douteux (confiance dans les banques, ou dans leurs débiteurs, qu‘il s’agisse des ménages à surprimes ou des startups internet), hyperinflation quand c’est la racine même de la monnaie (et donc la confiance en l’Etat) qui s’effondre.

  102. @Etienne:

    je reste dubitatif sur vos ecritures comptables. A l’actif, la banque met la créance, ce qu’elle a prêté au client. Au passif, la banque met un emprunt (à une autre banque) qui couvre le prêt qu’elle vient de faire ou débite son compte créances. Elle ne met pas au passif les garanties sur les prêts, qui ne lui appartiennent pas tant que son client est en défaut de paiement. Les garanties vont hors-bilan.

  103. @Fred L : sur hayek

    « En cela le monétarisme s’est fait l’allié des “rentiers” et des “capitalistes”, qui ont à nouveau bénéficié de la spéculation (d’autant plus qu’on reprivatisait et dérégulait les banques) tandis que les gouvernements (puis les banques centrales) maintenaient l’austérité salariale et une faible inflation. »

    Je n’ai pas de sympathie pour les idées de Hayek. Mais il me paraît avoir raison sur un point et la situation de certains pays européens le démontre. Une création excessive de monnaie engendre une déformation de la structure de production. Dans un premier temps, elle l’allonge et cet allongement stimule l’économie jusqu’au moment où on s’apperçoit que, faute de débouchés, l’élan crée s’effondre sur lui même.

    C’est ce qui est en train de se passer en Espagne. L’immobilier allait bien, suscitant des créations d’emploi dans ce secteur dont le dynamisme se difusait à d’autres. A partir du moment où on se rend compte que l’endettement sur 40 ans n’est pas tenable et que les banques sont fragilisées, l' »artificiel » allongement du détour de production s’effondre, entraînant avec lui tous les secteurs qui avaient bénéficié du dynamisme du secteur qui avait reçu la monnaie créee.

    L’avantage d’une théorie quantitativiste de la monnaie, voire l’avantage de l’étalon-or, c’est qu’une telle envollée des actifs n’aurait pas été possible et qu’elle aurait montré aux citoyens la vérité nue : selon l’âge, 1€ ou 1 USD gagné par le travail ne vaut en réalité que 0,4€ car la valeur de l’actif immobilier du propriétaire est passé de 1€ il ya vingt ans à 2 voire 3€.

    Le problème, ce n’est pas le monétarisme, c’est l’abus d’un droit : celui de propriété généralement contre le travail.

  104. Merci à Fred L. pour sa réponse. Et merci aux comptables de (re)venir…

    Par précaution, en attendant de mieux comprendre, je continuerai à dire : LES banques (et non LA banque), le système du crédit bancaire (non pas l’ouverture création d’UN crédit) créent (de) la monnaie.

    Je suis allé écouter, il y a quelques semaines, une conférence de Jérome Maucourant (économiste), durant laquelle il expliqua brièvement le système monétaire tel que le prônait Von Hayeck. Si j’ai bien compris, dans son système :

    – il n’y a ni banque centrale contrôlée par l’État, ni banque centrale indépendante (ce qui était pour lui l’élément d’un système totalitaire…)

    – il n’y a pas d’instance publique d’émission, pas de prêteur en dernier ressort,

    – il n’y a pas de monnaie centrale, seulement de la monnaie de banques

    – les banques (en concurrence évidemment) créent chacune leur monnaie. On peut imaginer qu’il n’y a pas de création monétaire, la déflation ajustant lentement les prix au volume de monnaie disponible. Ou bien, il y a création monétaire, libre, privée, … Reste que si l’une des banques donne trop dans les opérations à risque par rapport aux autres, notamment en émettant trop de crédit, elle est supposer subir la sanction directe du marché, et en l’espèce la perte de valeur de « sa » monnaie.

    Les États, dans l’Union européenne et en bien d’autres lieus, n’émettant plus de monnaie (et donc ne faussant plus la valeur marchande de la monnaie marchandise…), la BC n’y étant structurellement plus à même de jouer un rôle de contre-pouvoir face à la finance, nous en sommes à peu près là, on dirait.

    A ceci près que la BC prête en dernier ressort, que les États sauvent en dernier ressort des oligopoles – une oligarchie, devrait-on dire, puisque les citoyens et l’État en sont réduits à faire confiance aux banques, et surtout à des puissances qui ne détiennent pas, a priori, cette confiance, bref leur légitimité, d’un choix des citoyens -, et que la dure loi du marché ne vaut que quand elle fait gagner les puissants, … Je me demande si un pur système à la Hayeck ne serait pas préférable… On aurait plutôt une aristocratie, élective, dans laquelle on – des communautés librement formées, à l’effectif ouvert et variable – choisirait « nos » banques, nos réseaux économiques, selon des critères justifiant notre confiance, et notre approbation. Ca, pour moi, c’est un système libéral. Très différent, il me semble, du système néolibéral qui sévit, et qui n’est pas aristocratique, encore moins démocratique, mais totalitaire.

  105. Le systeme de Hayek n’est pas « libéral » du tout. Il est libertarien… Hayek est d’ailleurs inconséquent en la matière, comme l’a très bien vu Nozick…
    Les libertariens, par définition, ne se reconnaissent ni dans la démocratie, ni dans l’aristocratie, ni dans la monarchie. Ils sont anarchistes ou minarchistes.

    Le « système » actuel est il et vrai totalement incohérent. C’est pourquoi les libertariens continueront de soutenir que la crise actuelle n’est pas due à la dérégulation mais à l’insuffisance de la dérégulation… voire à un viol des droits des épargnants (ceux-ci savaient-ils que les investissements des banques étaient des paris de cette nature: si tel n’est pas le cas, et si on a de bonnes raisons de penser qu’ils n’auraient pas accepté le deal, alors les banques ont violé la contrainte libertarienne interdisant l’agression).
    (La dérégulation totale implique la privatisation de la justice, des codes pénaux (soumis aux lois du marché), de la police, des villes, et l’abolition des frontières territoriales, ainsi que de son corolaire, le droit international public).

  106. Étienne Chouard à dit @ 9 décembre à 1h30:
    «  »Le débat ces derniers temps sur ce blog pour distinguer la monnaie fiduciaire (qui serait la seule vraie monnaie, on ne voit pas pourquoi puisque tous ces signes ont rigoureusement le même pouvoir d’achat) de la monnaie scripturale (qui serait de la fausse monnaie, voire pas de la monnaie du tout ! ben voyons…) me paraît complètement à côté de la plaque, comme faussé après avoir déraillé sur une mauvaise parabole » »

    Tout à fait. Parce que j’ai mis très longtemps à m’aperçevoir de l’extraordinaire diversité de visions sur la monnaie qu’on trouve dans ce blog. J’ai pensé, je peux le dire à présent, que, (sauf moi) mais le « niveau » élevé (au moins supposé élevé) de la majorité des intervenants évitait de butter sur cette question à la base…

    D’autre part, je regrette beaucoup de n’avoir pas conservé, vers 2005, ce site qui contenait une explication détaillée, comme quoi les banque commerciales « contournaient » de plus en plus la BC qui n’était plus qu’une chambre d’enregistrement garantissant par son « cachet officiel » l’authenticité » de la masse monétaire. Ce manège devait durer jusqu’à 2008. La suite, si on peut la subodorer, on ne la connaît toujours pas à cette heure.

    De plus, quand samedi dit : 9 décembre 2008 à 12:59,
    « (….) des communautés librement formées, à l’effectif ouvert et variable – choisirait “nos” banques, nos réseaux économiques, selon des critères justifiant notre confiance, et notre approbation. Ca, pour moi, c’est un système libéral. Très différent, il me semble, du système néolibéral qui sévit, et qui n’est pas aristocratique, encore moins démocratique, mais totalitaire. »

    Avec grande prudence, je serais assez d’accord. Je dirais que ça pourrait peut-être être un cadre de débats et d’organisation. Toutes les options humaines, en principe, contiennent une parcelle de vérité, et SEULEMENT une parcelle de vérité. Par exemple, le libéralisme et tant d’autres « idéologies ». Mais ces « options humaines », livrées à elles-mêmes, deviennent fausses quand elles se transforment en « politique d’autorité », en « vérité » totale(itaire) (1). Une option humaine, donc, devrait avoir le droit de faire passer et accepter dans le collectif sa parcelle de vérité en se joignant aux autres parcelles de vérité (2). C’est ainsi que, de proche en proche, nous pourrions nous sortir – en actes – de la déchéance financière, sa fange et ses impasses insurmontables, où tant d’ « intérêts particuliers » voudraient que nous restions.

    Ces « intérêts particuliers », qui ne se nomment jamais, ont à peu près tous compris qu’il fallait tenir, quoiqu’il arrive, un « dicours démocratique », comme ça, on peut brouiller les cartes à loisir, chlorophormer tout le monde, en restant « à l’abri » et beaucoup plus tranquilles, toujours quoiqu’il arrive…puisque, n’est-ce pas? nous sommes « démocratiques » devant l’Éternel… Mais à quoi sert donc la démocratie politique s’il n’y a pas sa correspondance démocratique en économie et en finance?? Que pensent les éternels fauchés et spoliés dans une démocratie qui n’est et ne reste que parlotes??

    (1) C’est là, au passage que Étienne CHOUARD à raison de vouloir élaborer une constitution écrite par les gens et non des représentants étant toujours des pantins d’intérêts prédateurs sous couvert démocratique. On finit par bien connaître la musique…

    (2) la Vérité n’est JAMAIS contre la Vérité. Donc, ici, les risques d’affrontements et de division devraient être nuls pour l’essentiel.

  107. @Rumbo

    En 1945 après s’être bien massacrés, appauvris, détruits, tout effrayés qu’ils étaient par l’horreur et le chaos qu’ils venaient de traverser, les hommes politiques de l’époque (pas des pantins ceux-la) ont décider ceci, partout:

    http://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=LEGITEXT000006072686&dateTexte=20081209

    A mon avis, pour éviter le pire et reconstruire en mieux, il faudrait commencer par là.
    Les créances pourries; poubelle ! effacées; à l’actif et au passif, point barre !
    L’urgence c’est de mettre le système vertueux de création monétaire basé sur l’économie et la production de biens en dehors, à l’abri, du circuit vicié de la titrisation et des spéculations financières improductives.
    Que les agents qui ont créés cette situation se débrouillent avec. Ils savaient bien que c’était risqué, qu’ils boivent leur potion ultra-libérale jusqu’à la lie.
    Lorsque l’on a trop mangé il faut assumer l’indigestion qui s’ensuit…

    La réalisation de cette opération de tri du « bon grain de l’ivraie » pourrait constituer un prémisse expérimental à une future constitution financière.
    La question serait alors: « Que faut-il conserver ? »

  108. Bonjour à tous,

    Plusieurs personnes (dont Etienne Chouard) ont soulevé la question de la création d’argent par les Etats pour soutenir une production. Je rappelle donc que cette conception existe depuis longtemps et elle s’appelle le « crédit productif public ». Il fut notamment utilisé sous la Présidence de Gaulle pour soutenir des projets d’investissement à long terme, comme l’industrie nucléaire, l’aérospatiale et le TGV.

    Les Etats-Unis en tant que nation libérée du joug anglais ont fait valoir ce type de crédit pour soutenir leur économie contre le libre-échange et développer leurs industries.

    Lisez à ce propos le « Rapport sur une Banque Nationale » d’Alexander Hamilton, secrétaire au Trésor américain après la Révolution de 1776 et fondateur de la première Banque Nationale de l’Histoire. Cela vous donnera une idée de ce à quoi peut bien servir un Etat (pour peu qu’il représente réellement le peuple).

    L’argent n’a de valeur que s’il correspond effectivement à une production physique de richesse (au sens large du terme).

    Le problème n’est donc pas la masse d’argent disponible mais l’utilisation qu’on en fait. ET OUI, L’ARGENT EST UN MOYEN PAS UNE FIN ! Il faut donc d’abord avoir un projet de civilisation avant d’émettre de l’argent. Il faut comprendre comment développer les forces productives d’un pays avant d’élaborer son projet.

    L’ARGENT EST UN OUTIL POLITIQUE !!

    En vous remerciant,

    Benoit

  109. @ Etienne

    L’erreur que vous faites c’est de vouloir définir vous même la monnaie de la maniere la plus rationnelle possible et d’en déduire par le raisonnement la conclusion de la création ex nihilo de la monnaie. Mais permettez moi de vous dire que c’est un exercice dangereux sans la dimention juridique.
    Je rappelle en partie ce que nous a informé un intervenant au sujet de la définition juridique de la monnaie:

    1.Les avoirs en banque ou « monnaie scripturale » ne sont pas assimilables aux espèces monétaires.
    Les économistes ont sûrement les meilleures raisons d’assimiler les avoirs en banque à des espèces et de parler de « monnaie scripturale ». Mais pour les juristes subsisteront toujours des différences irréductibles.
    2.Une créance est une chose vulnérable. Elle se compense sans qu’on y puisse rien, elle se saisit, elle se prescrit, elle se bloque, elle est exposée au contentieux, serait-il infondé. Hors à quelques exceptions d’inspiration fiscale, on n’est pas obligé de recevoir son dû sous forme d’avoir en banque. Autrement dit, à la différence des espèces, la « monnaie scripturale » N’A PAS COURS LEGAL, et c’est là un attribut monétaire fondamental qui lui manque.
    3.La vrai monnaie ne valant que par sa capacité de réutilisation, le cours légal est la garantie juridique, pour celui qui la reçoit, qu’il pourra l’utiliser à son tour en l’IMPOSANT en paiement à ses propres créanciers. Sans cette garantie, la satisfaction du créancier prend en droit un caractère aléatoire.
    Conclusion:
    Le dépôt de monnaie en banque est le contrat le plus simple de tout LE DROIT DES OBLIGATIONS. Sa seule finalité, son unique effet, est la naissance d’une créance monétaire. Cette créance permet de déplacer de la monnaie, mais elle ne se métamorphose pas elle-même en monnaie. Créance elle est, créance elle reste.

    Donc une banque lorsqu’elle accorde un crédit à un client crée simplement une créance avec tout les risques et les contraintes associés à celle-ci mais certainement pas de la monnaie ex nihilo.
    D’ailleurs s’il était si simple de créer de l’argent ex-nihilo comme vous le dites il y aurait des banques partout à chaque coin de rue et pour les régles prudentielles il suffirait trés simplement de les contourner en créant de la monnaie ex-nihilo en achetant un titre coté AAA et ensuite le déposer en caution à la BCE pour obtenir la réserve obligatoire correspondant à cette création.
    Bref avec le ex-nihilo vous fonctionnez à l’envers.

    Amicalement

  110. @ Benoit, post ci-dessus

    tout à fait d’accord avec votre conclusion. Inutile de palabrer sur l’origine, la quantité, ou même la destination, de la monnaie, tant et aussi longtemps qu’il n’y a pas un projet de civilisation. J’en avais proposé un il y a quelques temps sur Agoravox (http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=36667, pour ceux que ça pourrait intéresser), qui se résumait à donner à tous les humains un accès sans condition à la nourriture saine et abondante, à l’eau potable, aux soins de santé, à l’instruction et à la justice.

    Proposer un système économique, avec sa face monétaire, qui permette l’allocation massive des ressources humaines et naturelles à ces cinq objectifs est une base de départ possible pour une refonte globale de l’économie.

    Alors, qu’est-ce qu’on attend? Que l’oligarchie mondiale qui est la seule à profiter grassement du système en place nous fasse des propositions en ce sens, et nous demande de les approuver? Le Soleil sera mort avant…

    Brieuc

  111. @nadine: un grand merci pour votre intervention. Je n’arrivais pas à comprendre la différence entre monnaie fiduciaire et scripturale que l’on faisait souvent ici (en particulier Paul Jaurion). Voilà qui est maintenant très clair.

    Ma question est maintenant celle-ci: en admettant, et cela semble le cas, que les banques ne créent pas ex-nihilo de l’argent, que faut-il en déduire? Que l’argent que l’on met en dépot à la banque est joué par elle au casino (bourse, prêts risqués, etc) et qu’en cas de défaillance c’est à l’état, c’est-à-dire nous tous, de trinquer? Comment peut-on éviter cela?

  112. @ Nadine, @ moi:

    Nadine écrit: « Donc une banque lorsqu’elle accorde un crédit à un client crée simplement une créance avec tout les risques et les contraintes associés à celle-ci mais certainement pas de la monnaie ex nihilo.
    D’ailleurs s’il était si simple de créer de l’argent ex-nihilo comme vous le dites il y aurait des banques partout à chaque coin de rue et pour les régles prudentielles il suffirait trés simplement de les contourner en créant de la monnaie ex-nihilo en achetant un titre coté AAA et ensuite le déposer en caution à la BCE pour obtenir la réserve obligatoire correspondant à cette création. »

    Le fait est que une banque crée effectivement une créance. Seulement, celle-ci va être transférée à un autre acteur économique (par exemple, le concessionnaire vendeur de la voiture que l’emprunteur désirait acheter, ce pour quoi d’ailleurs il a contracté un emprunt). Une fois transférée sur le compte du concessionnaire, puis distribuée comme taxes, cotisations, prestations, salaires, etc, cette créance se comporte EXACTEMENT COMME UNE MONNAIE, c’est-à-dire un pouvoir d’achat. La seule différence avec une « vraie » monnaie, i.e. une monnaie fiduciaire à cours légal ET forcé, c’est que la convertibilité en monnaie fiduciaire est aléatoire. Il suffit de savoir que 5% seulement de la « monnaie » disponible est de la monnaie fiduciaire (i.e. une créance contre l’Etat ou la BCE, qui assure le porteur qu’il pourra la refourguer comme paiement à ses propres créanciers). Le reste est de la créance sous contrat privé qui circule par des moyens scripturaux.

    Conclusion: les banques privées jouent le jeu qui consiste à parier que la somme simultanée des retraits de monnaie fiduciaire n’excèdera jamais 5% de la masse des créances « théoriquement » convertibles en cette monnaie. Autrement dit, que vous, utilisateur lambda, trouverez toujours au guichet automatique les 60 euros de « retrait rapide » proposés par défaut.

    Si il devait advenir que ce taux fût dépassé, ce serait la panique, et là, pour le coup, nous nous rendrions compte que, effectivement, nous possédions des créances, et pas de la monnaie…

    Toutefois, cela ne résout en rien la question centrale ici posée: les banque créent bel et bien quelque chose qui est utilisé ensuite « comme une monnaie ». Et pour répondre à Nadine: il y a bel et bien des banques à chaque coin de rue. Allez donc faire un tour dans n’importe quelle rue un peu commerçante de ville petite et moyenne, et vous y trouverez pléthore de banques. Quant à créer pour elle-même les créances servant à acheter des titres et des biens, la banque n’est pas si naïve. Elle préfère simplement attendre le dépôt en compte courant de la monnaie créée ici ou là, ou bien le retour d’intérêts sur les crédits émis par elle-même.

    Le vrai drame, comme souligné plus haut par un autre intervenant, c’est que personne ne peut dire ce qui, sur chaque compte, chaque placement, chaque produit dérivé, est une monnaie fiduciaire déposé au guichet, et ce qui est une monnaie scripturale obtenue par virement. Dans l’économie réelle, monnaie et créance sont devenues totalement interchangeables, ce qui fait que le système ne tient que par un seul élément, d’ailleurs plutôt évanescent: la confiance.

    Moi demande: « Ma question est maintenant celle-ci: en admettant, et cela semble le cas, que les banques ne créent pas ex-nihilo de l’argent, que faut-il en déduire? Que l’argent que l’on met en dépôt à la banque est joué par elle au casino (bourse, prêts risqués, etc) et qu’en cas de défaillance c’est à l’état, c’est-à-dire nous tous, de trinquer? Comment peut-on éviter cela? »

    Si par « argent » vous entendez « monnaie fiduciaire », c’est très simple : une fois le dépôt enregistré sur votre compte, plus rien ne distingue ce dépôt des autres monnaies déjà présentes sur le dit compte. Ce qui, à son tour, signifie que, en cas de crise du retrait en espèces, vous ne serez ni mieux ni moins bien servis que les autres. Ultimement, cela signifie, d’un point de vue juridique, que la banque vous a rendu intégralement solidaire de son pari initial sur le taux de retrait en espèces. Ce qui, bien entendu, n’est pas stipulé dans votre convention d’ouverture de compte. Autrement dit, elle vous floue par omission d’information. Votre seul recours: faire confiance au fait que les autres acteurs économiques continueront à accepter d’être payés par chèques, carte de paiement et virement depuis votre compte!

  113. @Nadine.

    Merci pour cet angle de vue juridique ! En cherchant très vite sur le net, je suis tombé sur ça : « Historiquement, les moyens de paiement que la loi (cours légal) est venue consacrer d’un pouvoir libératoire général sont les billets de banque et les pièces, soit la monnaie dite fiduciaire. En revanche, les instruments de transfert de la monnaie scripturale, tels les chèques ou les cartes de paiement, ne bénéficient pas de cette force légale et peuvent donc, en théorie, être refusés par un créancier. L’expression cours légal ne concerne donc pas une monnaie ou unité monétaire mais seulement certains moyens de paiement qui peuvent lui servir de support. Malgré tout, le cours légal est atténué par d’autres dispositions légales limitant son pouvoir libératoire. Il en est ainsi des dispositions obligeant un créancier à effectuer les paiements au-delà de certains montants par chèque ou virements. En outre, l’obligation faite au créancier de recevoir une monnaie divisionnaire ayant cours légal ne lui interdit pas d’exiger du débiteur de faire l’appoint. »

    Il est indiqué que l’expression cours légal ne se porte pas sur la monnaie en tant que telle, mais sur son support, sur les instruments de transfert. J’en déduis que ça ne résout pas notre problème concernant la monnaie scripturale, puisque seule la manière de la faire circuler n’a pas cours légal mais que rien n’est dit sur la monnaie scripturale en tant que telle.

    On en revient encore au fait que la monnaie, ça n’existe pas, elle est une modélisation : seul existe son support.

    Et par ailleurs « Le pouvoir libératoire est le fait, pour une monnaie, de pouvoir « éponger » les dettes de celui qui l’utilise. » Quoiqu’on fasse, on en arrive toujours au fait que l’argent sert à rembourser une dette.

    C’est passionnant !

  114. @Brieuc Le Fèbre

    Vous reconnaissez donc que les banques ne créent pas ex-nihilo de la monnaie, c’est déja très bien.
    Vous vous en sortez en disant qu’elles font « comme si les crèances étaient « quelque chose » comme une monnaie , pas trés claire tout ça… et là je vous dis une fois de plus: créance elle est, créance elle reste, même si « une illusion d’optique » peut donner l’impression que c’est de la monnaie. Mais une illusion n’est pas la réalité…
    La réalité c’est que les banques privées ne créent pas la monnaie , seule la BCE en a le pouvoir sous forme de monnaie fiduciaire.

    Amicalement

  115. Du coup, est-ce qu’on a le droit de dire maintenant que les banques commerciales créent de la créance ex nihilo ?

    🙂

    Et que ça ne pose aucun problème quand il y a un aller-retour reconnaissance de dettes/remboursements, parce que ça ne crée pas de « monnaie ».

    Que ça commence à poser problème quand l’aller-retour est trop lent ou convoque trop d’intermédiaires parce qu’il provoque un effet « fortune » qui est le nom qu’on pourrait donner à l’effet richesse dans la terminologie jorionne.

    Que ça devient encore plus problématique quand une partie des allers ne sont pas suivis de retours.

    Que ça devient un scandale quand la part d’allers sans retour possible est totalement disproportionnée ?

    Plus j’y pense, plus je suis d’accord avec la vision qui fait du crédit un principe de respiration.
    On inspire, on expire, on inspire, on expire.
    Mais quand on se contente d’inspirer, on joue à la grenouille qui se fait plus grosse que le boeuf.
    Et quand la bulle se dégonfle, on a les yeux qui piquent.

    Mais pour ça, il faut qu’on ait le droit de dire que les banques commerciales créent de la créance ex nihilo…
    alors ?

  116. @ Nadine
    Le point de vue juridique n’est pas le plus adéquat, loin de là; en droit, nous sommes tous libres, égaux, vivons en démocratie, chacun libre de vendre son travail, etc. Il y a loin du droit à la réalité; autrement dit une institution ne s’épuise pas dans son régime juridique (ni dans aucun autre d’ailleurs), toute les sciences sociales (et leur interdisciplinarité) procèdent de là.

    Pour le reste, vous vous trompez : si en théorie les banques centrales « contrôlent » la monnaie, en réalité c’est un fantasme d’économiste repris dans le discours officiel, qui se dégonfle à proportion de chaque crise. Le mieux qu’on puisse dire, aujourd’hui, c’est les banques centrales influencent parmi d’autres la création monétaire. Les autres étant les banques commerciales, les ménages et les entreprises, et selon les époques, la situation tient plus à tel groupe qu’à tel autre; aujourd’hui, ce sont les banques privées, le point faible. Lisez un peu la gestion de la crise par les banques centrales et voyez à quel point elles se révèlent dépassées !

  117. @ Dav
    Créer des créances ex-nihilo…hum, dites simplement créer des créances ça suffira le « ex nihilo » n’est pas utile je pense.

    @ Fred
    Que les banques centrales ne contrôlent pas la quantité des crédits réalisés par les banques c’est possible. Mais la discution ne porte pas sur le contrôle mais sur la création monetaire par les banques privées.
    Aprés tout la banque est une institution privée, si elle veut prendre des risques inconsidérés qui peut lui interdire sauf que comme les crédits ne sont que des créances, si la monnaie correspondante n’existe pas, tant que personne ne vient la réclamer ça va sinon c’est la sanction c’est à dire la faillite à moins d’un refinancement de celle ci pour éviter l’effet domino.

  118. @ Nadine,

    ce que vous appelez « cours légal », c’est ce que d’autres – AJH, Brieuc, … – appellent « cours forcé » (régime de ce qui ne peut, légalement, être refusé comme moyen de paiement).

    Soit, tenons-nous en au droit. J’apporte 1000 € en billets et pièces à ma banque, et je demande qu’ils soient déposés sur mon compte courant. Tiens, au passage, où est mon compte courant, et où puis-je voir mes dépôts « à vue » ? Le surlendemain, une bonne partie de ce liquide n’est même plus ni dans l’agence ni dans une autre agence de cette banque (ni immobilisés à la BC). Avant hier, j’étais propriétaire de ce moyen de paiement ayant cours légal et forcé ; aujourd’hui je ne suis propriétaire que de promesses de paiement que me fait ma banque. Ma banque m’a-t-elle donc volé ? Quid de ma propriété, droit inaliénable ?

    Où est-il écrit que ma banque a le droit de prêter ou confier cette monnaie à un tiers ? Que valent – je m’en tiens à votre propos – les engagements de tiers, banques, particuliers, entreprises, … de rembourser ma banque, donc moi ? Certainement pas assez pour garantir mon droit inaliénable. Et si la banque a – légalement – contracté un accord disant qu’une autre banque lui rendra tant, dont, implicitement, mon bien, à la date X, comment l’État peut-il tolérer que cette date soit plus tard qu’à la seconde où je déciderais de l’exiger ?

    De qui se moquerait l’État (lui et sa constitution mise en conformité avec les traités de l’UE) lorsque la Banque de France indique, dans ses rapports, que le seul montant cumulé des dépôts à vue – ne parlons pas de l’encours des crédits – est de l’ordre de 5 fois supérieur à la masse monétaire qui, seule, serait « légale » ?

    Bref, votre précision est instructive, mais elle ne démontre rien et ne change rien dans ce débat. La monnaie scripturale est légale, point. Illégitime, peut-être, mais c’est une autre affaire. D’ailleurs, personne n’a parlé, ici, de supprimer la monnaie scripturale, ni le système du crédit. Sinon vous, parce que votre propos, isolé, plaide pour cette solution…

  119. @ Nadine, pour finir par deux autres exemple – on pourrait en piocher des dizaines.

    La seule dette de l’État français se monte à environ 2 fois la masse monétaire qui existe en pièce et billets en euros. Au plan de la zone euro, la dette publique doit être de 10 fois au moins supérieure à cette masse de monnaie fiduciaire en circulation.

    La seule dette cumulée de l’État et des agents privés étasuniens – hors dettes des banques domiciliées aux USA – se monte à quelque chose comme une année de capacité de production des humains de toute la planète. Ca doit faire dans les US$ 50 000 milliards.

    Vu le mal – la quasi impossibilité – qu’auront ces États à rembourser leurs dettes publiques, vous imaginez ce qu’il en serait s’ils étaient obligés de n’utiliser que 1/15 environ de la monnaie légale – la monnaie ayant cours forcé -, c’est à dire à ne payer qu’en billets ? Pour rembourser les quelques 100 milliards par an qu’ils paient de service de la dette, les États de la zone euro devraient préalablement réunir, à ce seul effet, le quart de tous les billets et pièces euros en circulation. D’après l’exemple français du moins, ils devraient en payer trois fois plus, mais ils empruntent chaque année deux fois plus qu’ils ne remboursent…

    Bref, les États font comme tout le monde, ils utilisent la monnaie légale – scripturale à 96% -, et même, ils spéculent…

  120. @ Moi :

    Vous me dites : « je reste dubitatif sur vos écritures comptables. (…) Elle ne met pas au passif les garanties sur les prêts, qui ne lui appartiennent pas tant que son client est en défaut de paiement. Les garanties vont hors-bilan. »

    – Je n’ai jamais dit que les garanties sont au bilan (elles ne peuvent d’ailleurs, à mon avis, nullement apparaître dans un quelconque compte de la banque puisque la banque n’est pas propriétaire de ces garanties).

    – J’ai dit que les contreparties sont au bilan, de l’autre côté de la monnaie. Et je le maintiens en étudiant la comptabilité des banques. Je suis en train de vous préparer une compilation de documents formels et assez incontestables sur ce point.

    Ce qui a pu vous induire en erreur, c’est la liste des exemples de contreparties que j’ai cités pour montrer que la banque peut consentir à une nouvelle dette sur un DAV (créer de la monnaie) en échange de toutes sortes de contreparties : contre un engagement de rembourser pris par un emprunteur solvable OU la propriété d’un bien immobilier OU la propriété de tout ou partie d’une entreprise (actions), etc.

    C’est donc un malentendu. J’ai dû mal m’exprimer, pardon.

    – Par contre, quand vous dites : « Au passif, la banque met un emprunt (à une autre banque) qui couvre le prêt qu’elle vient de faire ou débite son compte créances », je ne comprends pas du tout la logique de votre écriture (qui ne correspond à aucun manuel de comptabilité bancaire en ma possession). Auriez-vous une référence ? Un livre, une citation ?

    Paul ne m’en donne toujours pas ; je suis vraiment en manque de références pour accréditer votre thèse que ne vois défendre qu’ici.

    Comment « un emprunt (à une autre banque) inscrit au passif » (?) peut-il équilibrer une dette (monnaie, sous forme de DAV), elle aussi au passif ?

    Cette écriture n’est pas équilibrée, si tous les montants sont au passif (à droite du bilan).

    Est-ce un malentendu ou une erreur (peut-être de ma part) ?

    Étienne.

  121. @ Nadine :

    Je n’ai pas le temps d’appronfondir ce soir (il faut dormir de temps en temps quand même), mais je veux juste vous signaler que la distinction fiduciaire vs scripturale n’a pas de portée du point de vue économique : les deux monnaies sont des signes doté d’un pouvoir d’achat, transmissibles simplement (je sais, je radote, mais c’est le coeur du débat).

    Franchement, quand on vous paie par chèque ou par virement, considérez-vous que ces sommes n’ont pas de cours légal et que cette monnaie scripturale n’est pas une vraie monnaie à vos yeux ? On invente ici des problèmes qui n’existent pas, des distinctions qui ne servent à rien (sauf peut-être à cacher —involontairement— la simplicité du mécanisme essentiel).

    Cette distinction juridique relève, à mon sens, pour ce qui concerne notre débat à enjeu politique, d’une errance sans utilité.

    Je ne vois pas ce que vous avez à gagner à montrer (contre tous les auteurs !) que la monnaie n’est pas créée par les banques. Je ne vois pas.

    Le pouvoir d’achat nouveau créé par un crédit ne vous saute pas aux yeux ?
    Comment l’appelez-vous si ce n’est pas monnaie ?
    Et quel est l’intérêt de ne pas l’appeler monnaie ?

    Quelle est votre définition du mot monnaie ?

    Amicalement.

    Étienne.

  122. J ai déjà expliqué maint fois que, pour des raisons épistemologiques et normatives, le point de vue juridique n’était in fine d’ AUCUN recours.
    Ce qu’on cherche c’est:
    1/ ce qui se fait… et la grammaire juridique n’est certainement pas la plus indiquée pour ça.
    2/ ce que l’on devrait faire… et c’est de ce point de vue politique et moral que le droit, éventuellement, pourra être dérivé.

    C’est toujours intéressant de savoir ce que dit le droit à l’instant « t », mais ça ne va pas plus loin.
    Ce qui est radicalement remis en question dans cette investigation sur la production d’avoirs/créances/monnaie/argent par les banques c’est, de manière ultime, à la fois la pertinence de la théorie comptable dans ce domaine et la pertinence des catégories même du droit. La justification des catégories juridiques n’est pas elle-même une question juridique, sauf à verser dans le pire positivisme juridique. Or c’est de cela que nous discutons.

  123. Ceci dit, je commence à mieux cerner les différents enjeux derrière ces différentes conceptions de ce qu’est la monnaie.

    – La monnaie est tout signe doté d’un pouvoir d’achat (conception morale, libérale je dirais, de la confiance).

    – La monnaie, parmi tous les signes dotés d’un pouvoir d’achat, est seulement ce qui a cours légal (conception politique de la confiance).

    – La monnaie est l’unité de compte d’une dette qui prend la forme d’une promesse en biens/services. Elle n’est rien à proprement parler (c’est un point de vue à la fois plus profond et plus complexe).

    J’ai envie de dire:
    Cela ne fait pas de différence, et cela fait une grande différence. Disons que cela nous oblige à nous concentrer sur les verbes d’action. Sur ce que FONT les agents.
    On pourrait unir les deux points de vue du juriste et de l’économiste si demain l’Etat, par une loi votée au Parlement, donnait officiellement cours légal aux créances créées par les banques. La question resterait ouverte de savoir si les banques devraient avoir le droit de créer librement ces créances.

    J’ai une question:
    Admettons que demain tous les clients de la banque Tirelire décident de transférer leurs sous/créance jusqu’alors éparpillés sur différents comptes sur leur compte courant. Admettons qu’après demain la banque Tirelire fasse faillite.
    Je suppose que les clients s’étonneraient de voir qu’ils ne disposent plus de l’argent placé sur ce compte courant. L’argent, même « virtuel », et justement parce-qu’il est virtuel et n’est qu’un signe associé à un pouvoir d’achat, DOIT TOUJOURS ETRE LA!
    S’il n’y est plus, c’est que la banque les a mis dans sa poche et les a utilisé sans le consentement des déposants (c’est du vol).
    De deux choses l’une:
    Ou bien la banque n a effectivement pas le droit de faire travailler l’argent qui n’est pas explicitement investi par le client mais seulement déposé sur un compte (mission de type « coffre fort »), et celles qui s’y livrent doivent pouvoir être trainées devant les tribunaux (Est-ce vérifiable empiriquement en dehors d’une situation de faillite? La comptabilité des banques est-elle exigible par les déposants?).
    Ou bien la banque a le droit de le faire et les clients sont stupides car ils n’ont pas compris qu’à chaque fois qu’ils « déposaient » leur argent durement gagné à la banque, ils se livraient en réalité à un prêt GRATUIT (voire même PAYANT pour eux: cf. les frais bancaires!), c’est à dire qu’ils prenaient un risque. celui de ne pas revoir leur mise. Pire que ça ils sont OBLIGES de prêter, car je ne crois pas recevoir mon salaire en monnaie scripturale.

    Je comprend très bien pour ma part que cette question, loin d’être la plus simple comme l’écrit Nadine, soit un champ de mine pour la doctrine.

  124. @ Antoine : 2ème solution, la Banque prête les dépôts des clients. Vous voulez le vérifier de manière empirique? Allez chez votre banquier et posez lui la question. Shiva a posté plus haut le lien Légifrance du texte de référence qui précise bien que tout ceci est parfaitement légal. Retournons la charge de la preuve : que ceux qui soutiennent que les banques ne prêtent pas les dépôts en apportent la preuve non pas par démonstration logique, mais de manière « empirique » comme ils le réclament de ceux qui soutiennent le contraire.
    Pour info, il existe des comptes à vue rémunérés et gratuits. Le tout est de le savoir.

  125. @ Etienne et les autres
    La définition d’une monnaie ne peut être encadré que par des régles juridiques sinon devant les tribunaux comment fait on ? chacun fait n’importe quoi dans son coin ? Nos sociétés modernes ne peuvent pas exister si elles ne sont pas encadrées par le droit.
    Certains veulent évacuer cette question juridique de la monnaie par ce que ça les dérange, ça remet en cause leur croyance qu’ils avaient transformé en certitude, mais cet angle de vue démontre de façon certaine qu’il n’y a pas de création monetaire ex nihilo.Toute notre société est batie sur le droit (le code des affaires, le code civil, le code fiscale, le code penal etc…). Chaque grosse entreprise à son service juridique car le droit en économie est fondamental.

    Pour répondre à Etienne en essayant d’être le plus simple possible :

    Quand on fait un paiement par chèque, on dit simplement au vendeur: je veux acheter votre marchandise mais je n’ai pas l’argent sur moi, il est chez mon banquier, vous pouvez aller le récupérer avec ce bout de papier que je vous donne (le chèque).
    En réalité la vente n’est pas realisée juridiquement tant que le vendeur n’a pas remis le chèque à sa banque et que celle-ci est demandé le virement des fonds . Si les fonds n’exitent pas le vendeur vient récuper sa marchandise et chacun rentre chez soi… du moins dans le meilleur des cas.

    Avec la monnaie fiduciaire la vente est réalisé de suite pendant l’acte de vente sur place, car c’est la seule qui est cours légal.
    C’est la difference fondamentale entre la monnaie fiduciaire et la « pseudo monnaie scripturale » qui n’est pas de la monnaie mais une créance.

    Vous dites: « les deux monnaies sont des signes doté d’un pouvoir d’achat, transmissibles simplement. »
    FAUX :seule la monnaie fiduciaire à ce pouvoir d’achat transmissible simplement car elle a cours légale, la monnaie scripturale est une creance et n’a pas cours légal, elle est donc soumise au droit des obligations.

    Un autre exemple pour finir: Si je veux acheter une marchandise je peux écrire, à la limite, sur un petit bout de papier signé par moi même:
    « Vous pouvez venir récupérer votre argent d’un montant X chez moi demain matin j’ai pas confiance aux banques elles sont entrain de faire faillite. » Si je suis connu et respectable le commerçant acceptera mon bout de papier car il me fait confiance mais pour autant ce même bout de papier n’est pas le resultat d’une création monetaire c’est une créance contre moi donc une dette c’est tout, rien de plus.
    Je me suis créé un pouvoir d’achat le temps que le commerçant vienne chez moi et constate que ce n’était que du bleuf et là instantanement je comprends que j’ai inventé du pouvoir d’achat qui n’existe pas. J’ai fait de la création de créance qui n’a aucune valeur en soi si elle ne correspond pas à de l’argent réel. Le pouvoir d’achat existe réellement quand le commerçant prend possession de son argent en monnaie fiduciaire.
    La bulle du crédit et donc de la crise actuelle est une illustration de ce que j’écris avec toutes ces banques centrales qui injectent par millier de milliard de la monnaie banque centrale pour que le système ne s’écroule pas parce que derriere les créances des banques c’est à dire en fait les crédits il n’y avait que du vent !

    Amicalement

  126. @Nadine

    les milliers de milliard de la monnaie banque centrale ne sont aussi que du vent, car ce sont aussi des créances.

  127. @Nadine

    Vous n’avez pas rebondi sur ma remarque.
    Il semblerait que la loi (le cours légal) ne s’applique pas sur la monnaie, mais sur le support de la monnaie (le véhicule).
    A ce titre, le véhicule pièces/billets possède un cours légal tandis que le véhicule chèques/virement n’en a pas.
    Mais dans les deux cas, la monnaie en tant que telle n’est pas l’objet du droit.

    Par ailleurs, le principe de pouvoir libératoire semble indiquer que la monnaie est toujours adossée à une créance quelle qu’elle soit.

    Enfin, il me semble qu’il est utile de dire « créance ex nihilo » pour identifier le cas où les créances émises ne possèdent pas de contrepartie immédiate à l’instant où on les émet, quand bien même elles en possèdent (parfois) au moment où elles sont remboursées. Il s’agit ainsi de comprendre que la banque qui émet ses créances à tire larigot ne peut pas honorer à l’instant T toutes les dettes qu’elle a envers ses déposants. Et que la moindre des choses serait que les déposants aient conscience du niveau de risque pris par la banque qu’il choisisse.

  128. OK. Merci Julien.

    1/
    Alors ceci signifie que si la banque fait faillite et que j’ai déposé le tout sur un compte à vue gratuit je suis sûr de récupérer ma mise en cas de faillite de la banque Tirelire, j’ai bon? Pas besoin d’acheter de l’or c’est sûr?

    Sur la légalité: OK
    Que ce oit légal est une chose, que ceci ne soit pas précisé dans le contrat que je signe avec la banque en est une autre. Un tel contrat ne peut qu’être frappé de nullité. Je m’en vais de ce pas attaquer mon banquier en espérant que les dommages et intérêts couvriront les sommes diverses et variées honteusement prélevés par ce dernier. Je peux exiger le remboursement intégral de ces sommes indues. Je peux aussi porter plainte pour abus de confiance. 😉
    M’en vais regarder ce contrat de ce pas, moi (l’affaire est d’autant plus grave si je suis un musulman pratiquant qui refuse de cautionner une forme ou une autre d’institutionnalisation du crédit ou de l’usure, car alors cela revient à me vendre un sandwich non hallal pour un sandwich hallal).

    2/
    Reste le problème suivant (désolé de vous imposer cela mais je capte que dalle):
    Moi et la Banque Tirelire pouvons en droit (de jure) en même temps utiliser la somme que j’ai prêté. Celle-ci a donc déjà été doublée, au sens où la quantité de « signes associés à un pouvoir d’achat » a été doublée.

    Est ce à ceci qu’on objecte: « non, parce qu’en fait vous et la banque ne l’utilisez pas en même temps… »? La banque est juste tenue de vous payer aussi rapidement qu’il lui est possible de le faire.
    a- la banque investit l’argent
    b- la banque récupère les intérêts
    c- la banque vous rend l’argent que vous lui avez prêté.
    Admettons que le cycle complet prenne un dizième de seconde. Ca donne:
    a- je reçois mon salaire X
    b- je prête l’argent à la banque (que je le « dépose » sur mon compte). J’ai zero. sur mon compte. La banque a X.
    c- un dixième de seconde plus tard j’ai récupéré X, la banque m’ayant remboursé. La banque n’a plus que les intérêts perçus sur X.

    Effectivement il n’y aurait pas là de création de « créances » comme « signes potentiellement dotés d’un pouvoir d’achat » par les banques (à ce niveau là du moins) qui se contentent de capter l’intérêt (en échange d’un certain nombre de services). Le système fonctionne tant que nous faisons confiance à la banque pour faire des investissements judicieux et tant que nous nous faisons confiance les uns les autres pour rembourser les emprunts que nous avons contracté auprès d’elles.
    La première des implications est qu’une banque qui s’effondre ne peut s effondrer que parce qu’elle a eu un comportement de prédation vis à vis des emprunteurs (quel est le taux d’intérêt juste?) ou parce-qu’elle a joué les prêts des « déposants » au LOTO en pariant par exemple sur la fluctuation des prix, ce qui n’est pas un « investissement productif ». Interdire les paris sur les prix et interdire les investissements non productifs (produits financiers divers et variés), est ce la même chose?

  129. @Etienne: c’est vous qui dites : « LA MONNAIE CRÉÉE à l’occasion d’un crédit APPARAÎT bien sûr au bilan de la banque qui a prêté : AU PASSIF (à droite, du côté de ses dettes). »
    En ce qui me concerne, je ne pense pas avoir dit que le prêt allait au passif. Lorsqu’une banque ouvre un crédit à un client, elle met ce crédit à l’actif. Et elle l’équilibre au passif soit par un emprunt équivalent, soit par un débit sur ses dépôts clients.
    Bien que parti sur l’idée de la possibilité que Paul Jorion avait tort, j’ai bien dû me rendre à ses arguments et je vois de moins en moins où serait la possible création monétaire des banques. Pourquoi faudrait-il d’ailleurs renflouer les banques si elles créent de l’argent elles-mêmes? En réalité, une banque fait des bénéfices:

    1) sur les commissions et frais pris sur chaque transaction sur laquelle elle sert d’intermédiaire.
    2) en jouant sur les différents taux d’intérêt. Ainsi, elle vous prête de l’argent à un taux supérieur à celui qu’elle a obtenu sur l’emprunt qu’elle a fait ailleurs.

  130. @Moi

    « Lorsqu’une banque ouvre un crédit à un client, elle met ce crédit à l’actif » … erreur, c’est au passif (dans les Dépôts à vue) et c’est la créance qu’elle mets à l’actif.

  131. @Nadine : « derriere les créances des banques c’est à dire en fait les crédits il n’y avait que du vent ! »

    Oui, ou plutôt des promesses de remboursement de gens insolvables (personnes privées, banques, spéculateurs, etc).
    Ceci dit, où est passé l’argent? Car si on renfloue les banques, c’est parce qu’il y a un trou et où est passé ce qu’il y avait dans le trou?
    Il y a plusieurs candidats:
    – ceux qui ont fait fortune dans le monde de la finance (salariés, actionnaires, etc)
    – ceux qui ont fait fortune dans le monde de l’immobilier (promoteurs, entrepreneurs, agents, etc).
    – le citoyen américain qui vit à crédit depuis longtemps.

    Reste à voir qui payera la dette de l’état, c’est-à-dire qui rebouchera in fine le trou. Il faut déjà remarquer qu’une bonne partie des dettes s’est déjà répercutée sur les états du monde entier alors que l’argent du crédit était principalement aux USA (autrement dit, l’argent est remonté aux USA et ne redescendra sans doute plus auprès des créanciers étrangers).

  132. @Sophie : oui, vous avez raison, j’ai dit crédit au lieu de créance. Mais cela ne change rien, la créance est à l’actif, la dette contractée auprès d’une autre banque ou des déposants est au passif. Pas de création monétaire.

  133. @Moi

    Alors comment appellez-vous l’inscription au passif du montant d’un prêt, équilibré par la créance de ce prêt à l’actif ?

  134. @Sophie : de quoi parlez-vous? Du montant qui a été crédité sur le compte du client emprunteur? Cela ne fait pas partie du bilan de la banque mais du bilan du client (c’est une dette au passif du client). D’ailleurs ce compte sur lequel le client a reçu l’argent du prêt est peut-être dans une autre banque.

  135. @Moi

    Non, je parle bien du bilan d’une banque … les DAV (« la monnaie » des clients de la banque = les dépôts) sont au passif, les créances à l’actif.
    Lorsqu’une banque accepte de faire un crédit à une entreprise ou un particulier elle porte simultanément sur ses comptes (de banque) le montant à son passif et la créance à son actif.

  136. @Sophie : les DAV sont portés au passif de la banque dès que vous déposez votre argent chez elle, elle n’attend pas de faire un prêt pour cela. Lorsque la banque fait un prêt, soit elle a suffisamment dans les DAV, soit elle emprunte à une autre banque. Autrement dit, lorsque vous déposez de l’argent en banque, vous leur faites un prêt. Charge à elle d’en faire ce qu’elle veut.
    Ex: 2 clients viennent déposer chacun 100€, la banque met 200€ à son passif. Une entreprise vient demander un prêt de 300€ à la banque, la banque met 300€ à son actif et doit encore mettre 100€ à son passif (les DAV couvrent 200€ et elle doit encore trouver 100€ ailleurs, par exemple auprès d’une autre banque).

  137. @moi
    vous dites: »Ceci dit, où est passé l’argent? Car si on renfloue les banques, c’est parce qu’il y a un trou et où est passé ce qu’il y avait dans le trou? »

    Ou est parti cette argent?
    Nulle part ! il n’existe pas sinon ça ne serait pas du vent! D’ou dèflation
    Mais attention si les banques centrales veulent renflouer tout ce que doivent les banques (à savoir peut être des millions de milliard en produit dérivé) tout ça risque de finir par de l’hyperinflation comme sous la république de weimar en allemagne en 1923 je crois.

    Amicalement

  138. Bonsoir,

    Je crois qu’il manque, dans la plupart des analyses, le facteur temps…

    En effet, comme je l’ai montré sur un autre fil, la banque qui « prête » de la monnaie obtenue on ne sait où (et cela seul est un problème, car si la monnaie centrale est elle-même une dette, tout est dette, mais ce n’est pas le sujet de mon intervention), la banque, donc, ne crée pas une « monnaie », si l’on accepte la définition que seule la monnaie centrale fiduciaire est une « monnaie ». Elle crée une créance (cela dit, je continue, comme Etienne, à croire que la confusion d’usage règne entre « monnaie » et « créance », les deux se mélangeant allègrement sur les comptes, et s’échangeant sans distinction aucune d’un compte à l’autre, avec la même valeur d’usage).

    Cette créance sera effacée par le remboursement de l’emprunteur, dans le meilleur des cas. Mais plus tard. C’est là qu’intervient le facteur temps. Car entre le moment de sa création, et le moment de son remboursement (extinction), la créance aura circulé comme une monnaie, avec de facto exactement le même pouvoir libératoire (même si de jure, ce ne devrait pas être le cas).

    C’est la persistance de la créance dans le temps qui est le facteur créateur de liquidité. Parce que, durant le temps qu’elle circule, la créance sera déposée sur divers comptes, et utilisée comme garantie pour créer d’autres crédits, qui eux-même perdureront un temps prédéfini, etc.

    Si Maurice Allais préconise qu’il ne devrait pas être possible de couvrir des créances d’un terme donnée par des emprunts de terme plus court, il y a sûrement une raison, et cette raison, c’est le travail du temps, le déphasage entre créance et remboursement!

    Ajoutez à cela l’intérêt sur les créances, et vous obtenez une belle spirale infernale! Et comme le dit Nadine, quand les acteurs s’aperçoivent qu’il y a seulement du vent derrière les créances (i.e. des emprunteurs insolvables, en créances dans d’autres banques ou en monnaie, peu importe), le système s’effondre.

    A ce point, les BC peuvent seulement tenter de regonfler la baudruche en créant, ex nihilo, de la monnaie centrale à court terme, adossée à… à rien d’autre en fait que la confiance dans le fait que l’Etat sur lequel sont tirés les « bons du trésor » acceptera de les reprendre au terme de l’opération dite « de refinancement ».

    Quand on vous le dit: « le temps, c’est de l’argent ». Voilà peut-être la vérité nue derrière cette phrase bateau. C’est le temps qui permet de multiplier les créances sans augmenter la monnaie centrale, ce qui permet de les utiliser un moment « comme une monnaie ». N’en déplaise à Nadine, je ne me cache pas derrière une illusion, mais c’est un fait: la plupart des actes libératoires en affaires sont le fait de créances échangées « comme une monnaie ». La créance a, peut-être à tort, peut-être illégitimement, mais elle a le même usage, le même pouvoir que la monnaie. Du moins quand tout va bien…

    Brieuc

  139. Tout pouvoir humain est un composé de patience et de temps. Les gens puissants veulent et veillent. Or, la vie de l’avare est un constant exercice de la puissance humaine mise au service de la personnalité. En effet, il ne s’appuie que sur deux sentiments : l’amour-propre et l’intérêt; mais l’intérêt étant en quelque sorte l’amour-propre solide et bien entendu, l’attestation continue d’une supériorité réelle, ce sont deux parties d’un même tout, l’égoïsme. De là vient peut-être la prodigieuse curiosité qu’excitent les avares habilement mis en scène. Chacun tient par un fil à ces personnages. Ils s’attaquent à tous les sentiments humains, parce qu’ils les résument tous. Où est l’homme sans désir, et quel désir social se résoudra sans argent ?
    Honoré de Balzac, Eugénie Grandet, éd. 1838, p. 185.

  140. @Brieuc le fèvre

    D’abord à tous je voudrais que vous m’excusiez pour les fautes d’orthographe mais j’ai horreur de me relire .
    Monsieur Brieuc Le Fèvre je vous remercie pour votre honnêteté intellectuelle en reconnaisant que les banques privées ne créent pas la monnaie .
    Vous dites : »La créance a, peut-être à tort, peut-être illégitimement, mais elle a le même usage, le même pouvoir que la monnaie. Du moins quand tout va bien… »
    Mais le fait que tout va mal en ce moment démontre que la créance ne peut pas être assimilé à de la monnaie !

    En tout les cas merci pour votre texte très bien écris et trés clair.

  141. Dav dit :
    9 décembre 2008 à 20:50

    et

    Brieuc Le Fèvre dit :
    10 décembre 2008 à 19:07

    Je crois que vous dites tous les deux la même chose, c’est bien ça?

  142. Oui rumbo, je me retrouve tout à fait dans l’explication de Brieuc.

    En effet, maintenant que nous avons déconstruit la part « d’illusion » qui se trouve dans l’analyse de Paul Grignon, et des théoriciens de la multiplication monétaire, il s’agit aussi de déconstruire la part d’illusion qui consiste à croire qu’il n’y a du coup aucun problème à ce que les banques commerciales créent du crédit à tour de bras, sous prétexte que ça ne crée pas vraiment de la monnaie.

    Cette part d’illusion consiste à penser que, parce que ce n’est pas de la monnaie, personne ne considère qu’il s’agit de monnaie disponible. Et que l’accroissement de cette croyance conduit à générer un « effet fortune », qui lui a de grosses incidences sur la structure des prix.

    En somme, il s’agirait de dire :
    Ok, nous sommes d’accord, les banques commerciales ne créent pas de monnaie.
    Et pourtant, quand le facteur temps s’accroit, que le nombre d’intermédiaires augmentent, et que la part de créances devient disproportionnée, tout se passe très exactement comme si, cela créait de la monnaie…

    Nous en avons un cas d’école sous les yeux.
    Ah et puis, il s’agirait aussi de poursuivre le raisonnement sur la nature de la monnaie pièces/billets émise par les banques centrales, parce que ça me semble procéder de mécanismes très exactement similaires, sauf erreur de ma part.

  143. @sophie, @les autres
    vous dites: »les milliers de milliard de la monnaie banque centrale ne sont aussi que du vent, car ce sont aussi des créances. »

    FAUX car si le domaine d’utilisation de la monnaie fiduciaire (je parle de l’euro) reste dans la zone euro, votre billet de 50 euros par exemple n’est pas une dette de l’état . L’état ne vous doit RIEN contrairement à une créance. D’ailleur c’est la raison pour laquelle on l’appelle aussi de la monnaie permanente ou de l’argent au sens commun du terme.
    La monnaie fiduciaire n’est pas une dette de l’Etat c’est simplement un moyen légalisé et garantie, accepté par tous, un contrat social si vous voulez, pour échanger des biens sans passer par le troc.
    Imaginez une personne qui sonne à votre porte avec une valise de billet de 500 Euros et vous dit: je viens acheter votre maison, vous pouvez lui fermer la porte au nez car cet argent en vérité ne lui permet d’acheter que ce qu’on veut bien lui vendre.
    Alors que si ce monsieur a une crèance contre vous (ou de l’argent dette pour reprendre un terme qui peut porter à confusion) il peut faire saisir votre maison contre votre volonté pour que la dette soit remboursé.
    Donc la monnaie fiduciaire n’est pas une créance ou son image une dette.

  144. Article L111-1 du code monétaire et financier
    La monnaie de la France est l’euro. Un euro est divisé en cent centimes.

    Il n’est pas fait du tout référence, avec l’utilisation du mot « monnaie », au « véhicule »… et le code sépare ensuite monnaie fiduciaire et monnaie scripturale

    Partie législative
    Livre Ier : La monnaie.
    Titre II : La monnaie fiduciaire.
    Titre III : Les instruments de la monnaie scripturale.

    je crois que vous devriez arrêter de penser « monnaie = billets  » … les nord américains font également la différence money / currency / deposits / si je ne me trompe pas

  145. @Nadine

    Les billets de banque sont au passif de la Banque Centrale et comme à tout passif corresponds une créance à l’actif, cette créance est dans ce cas une dette (équivalente des billets de banque) des banques commerciales à la banque centrale. Mais vous avez vous même diminué une partie de votre dépot à vue – la dette de la banque envers vous – dans votre banque commerciale (votre compte est débité) pour obtenir ces billets.

  146. mmm… c’est palpitant.
    J’adore.

    Savez vous pourquoi la scolastique médiévale interdisait le crédit ou le prêt à intérêt?
    – Ce fauteuil moelleux je vous le vends 300 euros.
    – Si vous me le prenez à crédit je vous le fais à 330 euros au final.
    Mais c’est bien le MEME fauteuil. Alors qu’est ce qui justifie la différence de prix?

    C’est… le TEMPS. Ce qui est monnayé ici, c’est le simple écoulement du temps. Après tout, vous auriez surement réussi à réunir les 300 euros AVANT la dernière échéance prévue pour le paiement des 330 euros.
    Or le TEMPS est pour les médiévaux chrétiens une pure libéralité de Dieu à l’égard des hommes. Lorsque je vends à crédit, je me permets de vendre quelque chose qui m’a été DONNE, et encore pas par n’importe Qui… Il s’agit donc:
    1/ d’un blasphème (revendez les cadeaux de vos proches à Noel pour le seul plaisir d’en tirer un bénéfice…) 2/ d’un viol de la Loi.
    Le temps n’appartient pas plus au vendeur qu’à l’acheteur (qu’ils soient d’accord ou pas ne change rien à l’affaire: le point étant que le temps n’appartient pas à tous mais à personne, il n’est pas une chose que chacun est libre d’exploiter à son avantage mais res nullius. Si les 30 euros devaient ensuite être partagé également entre tous les membres de la communauté, cela ne changerait rien à l’affaire sur le plan théologique, quoique la piste soit intéressante…) et c’est cette égalité devant l’écoulement du temps qui est pour ainsi dire « déviée » par le crédit.

    Amusant que nous en revenions à la question centrale du rapport de la communauté au temps lorsque nous discutons des conditions légitimes de la création de créances. A quoi sert une banque (quel est son intérêt pour la communauté?)? A quoi servent les créations de créance: quelles sont celles qui semblent nécessaires? Celles dont on peut se passer?

  147. @Sophie
    Merci pour votre remarque interessante.
    Je ne pense pas en « monnaie-billet » , je raisonne toujours en monnaie banque centrale mais pour les exemples je parle de billets pour que ça soit plus imagé c’est tout et ça ne va pas plus loin.
    Pour le reste je vous réponds plus tard.
    A bientôt .

  148. @ Nadine
    Merci pour vos interventions fort éclairantes je dois dire.

    Je veux juste préciser une chose.
    Quand DAV parle « d’argent-dette » c’est parce qu’il considère, dans une perspective anthropologique, que ces billets de 500 euros ont eux même été reçus en paiement d’une dette, c’est à dire en échange d’un service/bien, c’est à dire qu’il met l’accent sur le sens de l’institution même de la monnaie, AVANT ou plutôt EN DEHORS DE TOUT CONTRAT SOCIAL DETERMINE (le corollaire de sa position, c’est bien sûr qu’une communauté se dote des biens nécessaires à sa survie avant de se doter d’une monnaie, que la monnaie a de ce point de vue un caractère dérivé: la thèse est plausible comme le montre la possibilité même du troc).
    Sa définition a pour objectif de cerner l’essence de la monnaie en tant que telle, et n’a donc aucun rapport avec ce que telle ou telle communauté historique déterminée reconnaît ou pas comme susceptible de remplir cette fonction.

    De ce point de vue les créances comme les billets sont toujours fondamentalement de l’argent-dette. Ensuite une communauté politique particulière, disons les français, distinguent, à l’intérieur de la catégorie l’argent-dette (MONNAIE AU SENS philosophique-anthropologique) les créances (au sens juridique) et la monnaie (au sens juridique). Comprendre l’institution bancaire du point de vue juridico-légal, et comprendre l’institution bancaire du point de vue anthropologique sont deux choses parfaitement distinctes.

    Reste que si la distinction entre créance et monnaie (au sens juridico-legal) est vraie, et je vous fais confiance sur ce point (je précise que celle ci ne repose pas sur le fait que les deux ont des effets juridiques distincts mais que c’est bien plutôt le contraire, à savoir qu’elles ont des effets juridiques distincts parce que pour des raisons X Y et Z la communauté politique a estimé que l’interaction sociale dans chaque cas n’avait pas la même signification, et qu’elles devaient être dotées d’effets juridiques distincts), il semble que les institutions n’aient pas été conçues de manière à garantir le maintien de cette distinction (l’argent qui circule sur les comptes des banques rien ne vient préciser qu’il est une créance ou un simple dépôt). Et c’est LA le drame (ceci autorise les économistes à parler de création de créances, ou de création de « monnaie » mais pas au sens juridico-légal, bien sûr).

    En tout cas je commence à pouvoir hiérarchiser les différents niveaux conceptuels, et à pouvoir les associer avec les différentes problématiques associées à l’institution bancaire/financière. Merci à tous, et bien sûr à Paul.

  149. Pour poursuivre la réflexion découlant de mes derniers messages, la monnaie est de toute façon une créance … et il n’y a aucune différence entre les deux si ce n’est que la monnaie (fiduciaire ou scripturale) est un type de créance particulier créé par une banque (commerciale ou centrale) mais que ce type particulier de créance ( qu’on appelle « monnaie » 😉 ) peut être utilisé par celui qui la détient en guise de moyen de paiement.

  150. @sophie

    Quand vous affirmez que la monnaie fiduciaire est aussi une créance vous raisonnez, sans vouloir vous offenser, comme au siecle dernier ou la monnaie était étalonné sur l’or. Et là effectivement, l’etat avait une dette en or envers tout ceux qui détenaient sa monnaie.

    Aujourd’hui ce n’est plus le cas, c’est la raison pour laquelle on appelle cette monnaie, de la monnaie fiduciaire c’est à dire basé sur la confiance accordée à l’économie d’un pays.
    Pour ce qui est du bilan de la banque centrale celle ci se doit d’avoir des réserves en dollars, devises, or, titres ou que sais-je pour respecter des règles prudentielles en cas de fuite hors zone euros.

    Pour ce qui est du bilan en lui même je ne vois pas ou est le problème, la banque centrale fait sa comptabilité sur le même principe que les autres banques, la seule difference c’est qu’elle fait vraiment de la crèation monetaire ex nihilo !

  151. @Nadine

    Je n’étais pas née lorsque la monnaie était encore adossée à l’or …

    Toutes les monnaies légales sont « fiduciaires » (même si on appelle fiduciaire les billets de banque – qu’il faudrait appeler plutôt « monnaie manuelle » – car pourquoi n’appelle t’on pas fiduciaire la monnaie scripturale centrale?) … si nous n’avions pas confiance en elles nous ne les accepterions pas.

    Les besoins en devises de la Banque Centrale n’ont rien a voir avec l’exemple que je donnais et l’or n’est plus qu’un matériau comme les autres, qui s’échange au même titre que l’étain, le nickel, l’uranium, etc, sur des marchés: mais il est vrai que la banque centrale en détient une certaine quantité dont la valeur varie suivant l’offre et la demande mondiale (ou la spéculation).

    La contrepartie des « billets de banque centrale » portés au passif de la Banque centrale, c’est les créances des banques commerciales (des titres par exemple) qu’elles transfèrent à la banque centrale (qui les mettra dans ses actifs, alors que la banque commerciale devra elle, porter ces montants en passifs) pour obtenir les billets, et ca n’a rien à voir avec les fuites de devises: là je crois que vous mélangez un peu tout.

    Il n’y a pas de création monétaire « littéralement » ex-nihilo … c’est une simple expression! La création monétaire (toute forme de monnaie) corresponds toujours à des contreparties , des créances (ce qui ne préjuge pas de la qualité de ces créances, bien sûr) faisant suite à une demande de crédit, ou des achats pour compte propre de la banque, ou pour des achats de devises.

  152. @Sylvie

    Vous dites: »pourquoi n’appelle t’on pas fiduciaire la monnaie scripturale centrale? »
    Je crois que c’est vous qui mélangez tout !!!

  153. @Sophie
    Pardon pour l’erreur de prénom

    vous dites: »Il n’y a pas de création monétaire “littéralement” ex-nihilo … c’est une simple expression! La création monétaire (toute forme de monnaie) corresponds toujours à des contreparties , des créances . »

    Sauf quand on fait tourner la planche à billet comme sous la république de Weimar en 1923…mais c’est vrai vous n’etiez pas née.

  154. ”pourquoi n’appelle t’on pas fiduciaire la monnaie scripturale centrale?”

    C’était seulement pour faire remarquer qu’on appelle « fiduciaire » seulement une certaine forme de monnaie centrale (la monnaie manuelle, c’est-à-dire les billets et pièces), alors que si on a confiance (fidus) en ces billets, on devrait aussi avoir confiance dans la monnaie scripturale de la Banque Centrale et donc l’appeler également « fiduciaire » …

  155. @Nadine,

    Sans vouloir vous offenser, je continue moi aussi à croire que la « monnaie fiduciaire » ou « monnaie banque centrale » est elle aussi une dette ex nihilo. Le porteur d’un billet en euros est porteur d’une créance contre la BCE. Cette créance est garantie… par l’établissement du cours forcé de l’euro fiduciaire! En effet, si un euro fiduciaire est capable de libérer un actif (pouvoir libératoire, l’actif revenant dès lors de jure au payeur), c’est tout simplement parce que le vendeur est obligé d’accepter cet euro comme paiement!

    Autrement dit, la BCE garantit sa dette envers vous en forçant les autres à l’accepter, et en vous assurant de mettre à votre disposition tout l’arsenal juridique et pénal nécessaire à établir votre bon droit! Ce qui n’empêche pas que, techniquement, l’euro fiduciaire est une créance.

    (aparté: il ne faut pas confondre cours légal, c’est à dire « autorisé par la Loi » et « cours forcé ». Tout euro, fiduciaire ou scriptural, a cours légal, voir le post de Sophie à propos du code monétaire et financier: « La monnaie de la France est l’Euro », puis suivent des distinctions entre fiduciaire et scriptural, etc. Par contre, seul l’euro fiduciaire à « cours forcé », c’est à dire qu’il ne peut être refusé comme paiement d’une dette, avec des limites toutefois, qui font que au-delà de certaines sommes, le paiement en euros fiduciaires est limité ou interdit, et c’est l’euro scriptural (chèque ou virement) qui a cours forcé! C’est certainement une disposition de nos codes pour simplifier les choses :-0 )

    Je rebondis aussi sur l’intervention de Rumbo, à savoir que, comme lui, je considère que le fait d’avoir établi que les banques ne créent pas une monnaie ayant cours légal et forcé, mais une dette ayant seulement cours légal, n’enlève rien au scandale que représente pour la société le fait que les banques privées aient seules le droit de multiplier ces créances, selon leur seul bon vouloir.

    Car, quand tout va mal comme en ce moment, le fait que ces créances n’aient pas cours forcé crée de profonds courants de défiance, avec les corollaires que nous observons aujourd’hui (crise du crédit, effondrement de la consommation, chômage).

    En outre, le fait que l’octroi de crédit ne se fasse qu’à la discrétion d’entités privées soumises à la loi du profit entraîne une terrible distorsion dans le champ des activités humaines: seules celles considérées comme rentables financièrement sont dotées des moyens pécuniaires de se développer. Or, l’activité humaine ne se résume pas à gagner du fric. Il y a aussi la solidarité familiale, de voisinage, le bénévolat, l’entretien de personnes à charges, l’éducation des plus jeunes, etc, etc.

    Donc, j’en conclus malgré tout qu’il y a bien un scandale dans le droit des banques privées à multiplier les créances, et, comme telles, les instruments de libération de la dette.

    Brieuc

  156. Toute monnaie est périssable, les banques centrales ne créent pas un nouveau billet dès qu’on leur en ramène un trop usé, elle le détruisent point à la ligne.
    La monnaie scripturale de banques centrales est détruite par son remboursement, elle n’est utilisée que par les banques.

    Si l’on considère que la monnaie fiduciaire, périssable, utilisée par l’économie, est achetée par les banque commerciale selon le même processus que la formation du crédit, on voit que toute la monnaie utilisée par l’économie provient des banques commerciales et se fabrique de la même façon…

    La totalité de la monnaie en circulation dans l’économie provient des banques commerciales et est périssable.

  157. @ Shiva

    « Toute monnaie est périssable, les banques centrales ne créent pas un nouveau billet dès qu’on leur en ramène un trop usé, elle le détruisent point à la ligne. »
    Vous avez des sources ? Qui ramène les billets usagés et qui détermine qu’ils sont usagés ? Si c’est les banques commerciales qui font tous ça, ça veut dire qu’elles peuvent détruire la monnaie ?? Ça peut faire débat cette destruction 🙂

  158. Brieuc Le Fèvre dit : 11 décembre 2008 à 17:58

    «  »En outre, le fait que l’octroi de crédit ne se fasse qu’à la discrétion d’entités privées soumises à la loi du profit entraîne une terrible distorsion dans le champ des activités humaines: seules celles considérées comme rentables financièrement sont dotées des moyens pécuniaires de se développer. Or, l’activité humaine ne se résume pas à gagner du fric. Il y a aussi la solidarité familiale, de voisinage, le bénévolat, l’entretien de personnes à charges, l’éducation des plus jeunes, etc, etc. » »

    Tout à fait.

    L’activité pécuniaire, si elle a sa contrepartie de base DANS la production de l’espace économique où elle s’applique couvre alors toutes les activités qui comporte des charges, soit: «  »familiales, de voisinage, le bénévolat, l’entretien de personnes à charges, l’éducation des plus jeunes, etc, etc. » »

    La création monétaire par des entreprises privées (les banques commerciales) qui ne serait plus de l’argent-dette (et tout ce qui y correspond bien entendu, car certaines « querelles » sur des mots, plus que sur des faits, ont un caractère trop « byzantin »), si cette création était libérée de l’hypothèque des exigences des actionnaires des dites banques commerciales (celles-ci ne pratiquant alors le crédit qu’uniquement avec l’argent de leurs déposants et rien d’autre) car cette création monétaire refléterait uniquement la richesse produite par la société (dont chacun d’entre nous est un actionnaire qui ne le sait pas hélas) cela enverrait le système fiscal actuel aux orties et servirait directement aux dépenses collectives, au passage, l’on verrait immédiatement les dépenses qui ne sont pas justifiées, et ceci, sans déficit ni intérêts ou frais financiers à payer à personne, ni rien prendre dans la poche de personne.

    Voici un rappel qui devrait parler et résonner à un certain nombre d’interventions faite sur ce billet.

    Un extrait de l’auteur, l’architecte Jean-Gaston Bardet (auteur dont j’ai déja plusieurs fois déjà cité des extraits, mais ils sont fondamentaux selon moi et pas mal d’autres, car on retombe toujours dessus):
    (….)
    « Il y a donc deux financements possibles de caractères totalement opposés : l’un provenant de l’épargne, de l’argent en – SUPLÉMENT – et l’autre projeté – PAR ANTICIPATION -. Dans le premier cas, l’autorégulation doit venir de l’offre des capitaux existants, dans le second, de la demande en besoins primaires les plus certains.

    Ainsi le financement bancaire — mis en lumière — est tout indiqué pour la construction et l’équipement immobilier profitant à l’ensemble du pays. Là où il n’y a pas à craindre de surproduction, c’est vraiment la demande qui fixe l’émission. Ce sont les besoins en logements, en routes, en ponts, en hôpitaux, en écoles, en forêts, qui cette fois, deviennent les régulateurs de la monnaie scripturale anticipée, si dangereuse dans ses anticipations. Mais dans ce cas, seuls des – OFFICES RÉGIONAUX — et non une banque de crédit centralisée (1) — permettraient d’avoir la CONFIANCE du public. Comme là, il s’agit de prêt de consommation et non de production, il ne peut plus être question d’intérêts. La Région ne peut être usurière. Le mécanisme bancaire, EN TANT QUE MÉCANISME, est utilisé sans compromission avec l’usure, il possède son autorégulation organique : la connaissance de la communauté dans ses besoins propres. C’est le SEUL cas où posant le Bien au départ, nous le récoltons à l’arrivée.

    Lorsque s’ajoutent les méfaits du prêt à intérêt de taux scandaleux (ndlr, plus des frais financiers sans nombre et à tout propos), de la monnaie scripturale non freinée par les besoins et de l’hystérie de la production, on dévale en roue libre vers la destruction obligatoire.

    La ruine vient d’une part de la Dette nationale (ndlr, et toutes les autres dettes intérieures, municipales, etc, etc) et ses intrêts reportés sur le peuple par l’impôt qui n’est plus « juste », ne répondant pas à un service rendu. Aussi se pose la question : faut-il rendre à César ce qui est à Mammon? » »
    (….)

    (1) Dont les méfaits sont dénoncés par Robertson, op. cit, et le thomiste irlandais R. P. Denis Fahey in – Money manipulations and Social Order -, (éd. Browne and Nolan, Dublin. année non précisée)

    J. G. Bardet

  159. Bonjour,

    Je découvre le monde de la finance ces derniers jours grâce à un déclencheur: le film l’Argent dette de Paul Grignon.

    Merci à ce site et tous ses intervenants et bien d’autres qui font avancer ma compréhension du système monétaire qui est à la base d’une compréhension de la crise et de l’économie. Internet nous permet d’émerger en conscience!

    Je constate tout de même une distortion dans les compréhensions. La création ex nihilo de l’argent n’est pas assez bien expliqué dans ce film. Ok, on nous montre l’évolution de cette pratique, le principe de création. Mais on ne présente pas sa contre-partie dans sa juste réalité. L’argent est créé parce que l’on s’engage à le rembourser sur quelque chose qu’on met en garanti: une maison, un bien, un travail. Et on explique peu ou à peine qu’au fur et à mesure du remboursement, l’argent est détruit. Bref, en théorie l’argent est crée pour permettre une transaction qui peut s’échelonner sur de courte période de temps ou sur de très longue dans le cas d’une hypothèque de maison.

    Donc elle est crée de la garantie de remboursement, sur une confiance en votre capacité de rembourser et non du vide comme plusieurs le laisse croire. Bref, la limite de l’invention de l’Argent est toujours ce qu’on peut mettre en garanti, grosso modo la valeur des actifs du monde, des biens de valeurs peut être mis en garantie, ainsi que tout bien qui se crée dans une économie, une production qui continue où des gens travaillent. L’argent, c’est un peu le carburant de la production économique. D’ailleurs, c’est plus pratique, on paie des employés avec des valeurs mis en gage plutôt que de leur donner des parties physiques de l’actifs de la compagnie qui ne serait pas vraiment échangeable en micro-partie, car la valeur d’une installation c’est son ensemble et sa capacité de produire quelque chose. Autrement, le travailleur devrait attendre que le bien qu’il produit soit vendu avant d’avoir sa paye.

    Bref, monétiser permet une fluidité des échanges. Et il ne faudrait pas donc jeter le bébé avec l’eau du bain.

    Sans prendre parti, ce processus semble encadré par des lois. On a donné aux banques la gestion de cette création monétaire.

    On a inventé ce système qui a une certaine logique, il faut le reconnaître pour permettre à l’économie moderne de tourner. Cela a permis la modernisation accélérée autant que le pétrole en un sens.

    Évidemment, il y a la question de l’intérêt, qui lui doit être prélevé quelque part, qui est le tribu de la banque pour sa gestion et son risque. Oui, on peut s’interroger sur ce système d’intérêts composés qui a cours lors d’emprunts à très long terme. Quand on pense qu’on va payer quasiment le double de la valeur d’une maison en 25 ans de paiements, il y a de quoi se demander en quoi la gestion de la monnaie d’une transaction coûte si cher pour l’acheteur de cette maison, surtout de nos jours où de plus en plus cette gestion est informatisée, quasi automatique.

    Il est donc un peu là le scandale. L’argent qui est créé n’enlève rien à personne. Elle ne fait que permettre l’acquisition contre des paiements échelonnés. Et l’intérêt devrait en principe coûter surtout la valeur de la gestion de cette transaction. Mais force est d’admettre que le système est bien plus gourmand et en fait dans ce prix on paye pour un système qui va au-delà de notre action individuelle d’emprunteur. En fait, toutes les erreurs des banquiers qui vont avoir un volume de mauvaises créances dont elles deviennent responsables en bout de ligne. On paye pour les pertes aussi dans cet intérêt. Un débiteur qui ne rembourse pas crée un trou dans le fond bancaire.

    Bref, la création d’argent est un pari pour les banques. Le pari que l’on va rembourser. Si on se met tous à refuser de rembourser. Nos banques se retrouvent avec ces dettes. Voilà la contrepartie, n’en déplaise à bankster.tv dont j’ai lu le bouquin qui comporte beaucoup trop d’approximations pour être pris au sérieux.

    Si les banquiers créent ex nihilo de l’argent sans contre-partie, alors comment expliquer la situation de faillite de plusieurs d’entre elle qui nécessite en ce moment une intervention vigoureuse des États pour soutenir le système bancaire.

    Ce qu’on peut reprocher aux banques en ce moment, c’est qu’elle ont fait confiance sans prendre suffisamment la mesure du risque de très nombreux débiteurs. C’est son job, de contrôler cet aspect.

    Voilà longtemps que je me pose une question en Amérique. Ici, différente de la carte bancaire ou débit (nos dépôts), la carte de crédit s’est multipliée de façon délirante. Elle est un crédit pour achat sans contrôle à rembourser contre de fort intérêts 19% environ. Elle est devenue monnaie courante, depuis des années, on m’en a offert des masses. Si on rembourse notre achat avec la carte de crédit en dedans d’un mois, il n’y a pas de frais. Si on l’utilise bien, on nous double, triple, quadruple la marge de crédit, le plafond d’achats possibles. C’est si facile quand on a un job reconnu, bien payé, d’avoir au-delà de 30 000 dollars. Les groupes financiers se compétitionnent le marché sans se consulter. bref, on peut se retrouver avec pas mal de crédits sans se faire poser beaucoup de questions. Évidemment, ici tout le monde s’en sert et nombreux se font piéger à s’endetter à très fort taux pour maintenir leur niveau de vie (ou rester à niveau!).

    Ici, c’est fabuleux, comment depuis des années je vois les gens toujours rouler dans des bagnoles quasiment neuves ou récentes, la frénésie consommatrices est toujours entretenu par les pubs comme si l’argent poussait dans les arbres, alors que de toute évidence les jobs sont délocalisés, que les jobs nouveaux sont dans le service et peu payants ou dans la bulle informatique et de la téléphonie qui nous endettent tous depuis dix ans. Même ces jobs se délocalisent. Voilà 20 ans qu’année après année, au Québec, et ailleurs au Canada, on coupe dans les services sociaux progressivement, patiemment, avec astuce pour nous dégager un peu de l’impôt et nous encourager à la consommation. Tous, nous participons à la dilapidation des actifs de l’État pour garder notre pouvoir de dépenser. L’avidité entretenue pour des choses inutiles est aussi un moteur de la machine à repenser.

    J’avais bien remarqué que la récession qu’on aurait dû avoir en 2000-01 avait été contourné par un coup de baguette magique. ET j’avais la vague idée qu’on l’avait fait en créant davantage de dettes, en émettant du crédit à tout va.

    Ici, on nous répète que le consommateur n’est pas au rendez-vous des fêtes et c’est préoccupant, j’en conviens il n’achète plus assez pour faire tourner l’économie. Le consommateur serait prudent, serait frileux, bla bla bla. Le consommateur est arrivé au bout de son crédit. Il est endetté à ce point qu’il ne peut plus se permettre de trop bouger. Je prévoie une vague sans précédent de faillite personnelle en Amérique. Pour le moment, au Canada, nos banques tiendrait le coup, nos gouvernements se sont fabriqués une crise parlementaire pour reporter les décisions budgétaires à la fin janvier. Mais tout s’arrête partout dans une logique imperturbable de la machine enrayée.

    Et curieusement, je lisais ce matin l’analyse d’un anglais qu’on peut lire ce matin sur Contreinfo (désolé je ne peux prendre en ce moment la référence précise, leur serveur semble en difficulté). En Grande-Bretagne, on a fait la même chose qu’ici.

    Bref, le système s’écroule parce qu’on s’est tous illusionnés (banquiers, gouvernements, les travailleurs, on s’est tous laissé séduire par cette vie facile qui plaçait notre avenir en gage).

    Nous passerons tous à la caisse maintenant…

    Évidemment, ce système s’il nous pousse tous à la ruine, devra être repensé en profondeur. Le capitalisme a aussi à intégrer certaine réalité environnementale et éthique (Les droits de l’Homme). Tout cet assujettissement du monde croissant à une classe de possédants qui dans ce système auront le droit de récolter tous les actifs dévalués et les ressources pour des bouchées de pain.

    La souveraineté de l’ensemble des habitants de la planète aura à être discuté aussi.

    Enfin, cette crise qui s’annonce sans précédant en nous mettant en plein visage nos contradictions aura l’effet positif, il faut l’espérer d’amener l’humain à repenser son fonctionnement global. Évidemment, bien des acquis seront remis en cause… et de grands chaos sont prévisibles…

    On peut s’acharner à accuser les banquiers, mais en définitive le problème demeure l’appropriation des biens, des capacités de production, des richesses et des territoires de la planète par une minorité au travers d’un système dont les banques ne sont qu’une composante. Pour le moment, beaucoup d’Occidentaux en profitent encore bien confortable à papotter des pensées à l’écran. Le pékin, quasi esclave, qui bosse pour alimenter notre monde artificielle que nous payons à crédit, est bien en droit de s’attendre qu’on se mette à bosser réellement pour l’aider à améliorer sa vie…

    Espérons que le papottage sera créatif, le monde a bien besoin de bonnes idées!

  160. @Francis le Canadien : je partage entièrement votre point de vue. Va falloir passer à la caisse, surtout aux USA. Et je ne vois pas comment ils pourront s’en sortir à moins de se serrer la ceinture et de réindustrialiser le pays au lieu de laisser les chinois produire à leur place. La relation USA-Chine est d’ailleurs fascinante, une véritable relation maître-esclave hégélienne.

  161. @Moi:

    Au Canada, on redoute le contre-coup qui approche et déjà se dessine: 80% de notre marché d’exportation est américain. Beaucoup d’usines font des mises à pied massive en ce moment. Ma conjointe est française et je crois comprendre que le français moyen a une attitude beaucoup plus disciplinée face à l’argent. Ça permettra de certes mieux s’en sortir. La crise du crédits cependant paralyse les opérations partout et de plus en plus.

    Cependant, je crois que la crise du crédit cache l’autre problème structurelle celui-là de l’économie: les délocalisations. On ne parle pas de ce phénomène et pourtant.

    Le problème de la production locale ou ré-industrialisation est de compétitionner avec des entreprises orientales dont la main d’oeuvre ne coûte rien. Et ici, impossible de vivre vraiment à 2$ de salaire par jour par exemple! Maintenir nos niveaux de vie dans le contexte d’une délocalisation continue est une problématique qui me semble de loin plus importante que la réalité bancaire qui n’est que le fluide des échanges que contrôlent les banques en rendant disponible des crédits. Je crois que nous allons vers une implosion du niveau de vie en Occident et ici en particulier. On nous a fait croire qu’on rebondirait en étant plus technique, plus de pointe. Quand je vois Bombardier, une grosse boite d’ingénérie qui fait des avions au Mexique maintenant, je me demande ce qu’on pourra trouver pour nous occuper d’ici peu. Mon copain planche pour Général Electrique, encore pour le moment, dans la région de Montréal, sur des gazinières électriques de luxe et design pour le grattin richissime. Voilà la logique des marchés, je ne vois pas en quoi cela fait avancer la collectivité ni lui d’ailleurs qui voudrait bien travailler sur son prototype de voiture électrique qu’il a commencé il y a 5 ans.

    J’en viens à penser que la technologie (transport, téléphonie, informatique) permet maintenant cette mondialisation de la production et d’utiliser de plus en plus une main d’oeuvre plus docile motivé par une progression de son niveau de vie. Le taylorisme qui déménage pour une bouchée de pain. Voilà peut-être l’aspect dont on ne parle pas assez de cette crise. Si on a une crise financière, c’est qu’on a inventé par tous les moyens des façons de garder nos industries vivantes sans créer une contrepartie réelle dans les marchés d’exportation. On se fabrique, par exemple de belles maisons, qu’on a pas les moyens vraiment de s’offrir. Il a fallu inventer du crédit pour cela, s’aveugler pour ne pas voir qu’une économie nationale ne peut pas éternellement survivre si elle ne tire pas des richesses de son commerce extérieur tout en achetant à l’extérieur au meilleur prix. Si nos machines à faire de la richesse doivent partir ailleurs pour rester rentable, au final il n’y a plus de machine à faire de la richesse. Des grosses boites en informatique, en téléphonie se révèle en difficulté. Les 3 géants de l’automobile sont au bord de la faillite parce qu’il manque de liquidité! Des histoires pour nous endormir. Cette industrie se casse la figure devant une concurrence bien plus efficace qui a même le culot comme Toyota de venir ouvrir des usines au USA en ce moment de crise des GM, Chrysler et Ford en comateux en ce moment.

    On va leur donner des sous puisé dans la dette publique pour survivre encore un an ou deux avec un respirateur artificiel, la mort approche. Bref, qu’elle soit traditionnelle ou émergeante nos entreprises se cassent la gueule.

    Enfin, l’économie française n’a-t-elle pas ces mêmes défis… L’Europe échappe-t-elle a cette nécessaire ou désespéré spéculation… qui tente d’apporter une réponse à la délocalisation. Si votre marché interbancaire est paralysé, si le crédit n’est plus disponible à cause des abus de spéculation, des mauvaises créances, c’est qu’il doit bien y avoir un déficit commercial qu’on tente chez vous aussi de noyer par l’invention d’un crédit pour entretenir l’insoutenable.

    Enfin, on nous serine qu’il faut maintenir un marché mondial, une libéralisation des marchés, que le protectionnisme serait une erreur. Toujours est-il qu’une machine capitaliste mondiale est tellement complexe qu’elle échappe à l’entendement, je crois, à voir la plupart des économistes donner des avis émotifs et non logiques tellement à courte vue sur l’évolution de cette machine. De cette situation profitent les intérêts argentés du monde qui se sont toujours plus enrichis même au cours de ces dernières années. Ils continuent de faire des affaires, au Mexique ou en Chine, en Europe de l’est ou en Argentine!

    Finalement, le film de Paul Grignon, permet peut-être de détourner notre attention du vrai problème auquel personne n’a de solution: la délocalisation que permet la mondialisation!

  162. @Francis le Canadien :
    La délocalisation permet d’accentuer la concentration du capital. Donc, à court terme, beaucoup y voient un intérêt bien personnel.
    A plus long terme, la machine est aveugle, et sans réelle cabine de pilotage, donc c’est le court terme de certains, qui aura décidé sur le long terme de l’ensemble, et l’inertie liée à ceci, va tailler à sa mesure la profondeur et la longueur de la crise.

    Pour la monnaie, j’ai peur qu’il n’y ait pas eu de Dieu pour prévoir un système à pourvoir justement le monde, même si les plus privilégiers dans la collecte tous azimuts de toutes les valeurs, y auraient eu intérêt. Le savent-ils ?
    On se retrouve dans un certain état, un peu par hasard, et ceux en position de rebricoler pour que la machine aille un peu plus loin, le font en fonction des catastrophes qui se sont présentées, et plutôt pour aller vers un avantage qu’ils peuvent s’imaginer.

    Aujourd’hui il y a du bricolage en perspective. D’où l’utilité des crises … pour les survivants, bien sûr.

    Philosophie de bar-tabac, exact ! … et cynique en plus… Pourtant ce fil est extrèmement intéressant et instructif grâce aux efforts de vous tous. A quand des réponses de réflexion collective, appliquées pour la collectivité.

  163. @ tout le monde,

    de fait, après lecture des derniers post, il apparaît clairement que notre monde n’est pas capable de gérer le développement. Se réfugier derrière des dogmes pour s’en laver les mains est une politique de l’autruche. La main invisible est invisible… parce qu’elle n’existe pas.

    Le marché n’alloue pas les ressources au meilleur prix au meilleur endroit au meilleur moment. Il les alloue aux acteurs économiques qui ont en ce moment et en ce lieu le plus de fric pour les obtenir. Il suffit pour cela de voir les stocks alimentaires mondiaux partir dans des digesteurs pour être transformés en carburants pour les bagnoles des « riches » occidentaux (je mets « riches » entre guillemets, car nous sommes, vous l’aurez compris, surtout riches de nos dettes).

    Le système bancaire mondialisé crée de la monnaie de dette. Celle-ci est attribuée en premier lieu aux entreprises rentables. Celles-ci à leur tour investissent dans des productions qui seront susceptibles d’être achetées, donc du superflu pour les riches plutôt que du nécessaire pour les pauvres. Leur rentabilité est, dans un contexte de mondialisation, assurée par une féroce compétition, et une course au bas prix, et donc à la compression des masses salariales.

    C’est une spirale descendante qui force les acheteurs solvables à s’endetter pour consommer au delà de leur force productive. Cet endettement, par un miracle digne d’un chaudron de sorcière, se transforme en monnaie qui sert à financer des déficits productifs.

    Pendant ce temps, le climat pète les plombs, le Sud crève de faim, l’océan se vide et meurt de pollutions diverses, l’eau potable disparaît, etc.

    Le développement humain n’est synonyme ni de croissance, ni de libéralisation, ni de marché, mais de volonté politique et de liberté individuelle.

    La libre entreprise est un leurre quand la rentabilité financière est posée comme un a priori incontournable. Seule une révolution de l’économie, avec à la clé le financement d’entreprises sociétalement rentables, sera un facteur du développement.

    @Nadine: je suis désolé de ne pas vous avoir convaincue, mais je vous retourne le compliment 😉

  164. « Pour la monnaie, j’ai peur qu’il n’y ait pas eu de Dieu pour prévoir un système à pourvoir justement le monde »
    Une foi interdit le crédit et l’usure, je crois qu’on ne craint plus grand chose non? Ce que dit la Loi, pour un musulman, de ce point de vue, est suffisant.

  165. Monsieur Brieuc Le fèvre ce texte là ma convaincue.

    Pour finir mes interventions sur ce blog qui n’engage que moi cela va de soi je dirais que:

    La monnaie fiduciaire ou plus généralement la monnaie banque centrale : c’est l’argent !
    Le crédit c’est l’argent qu’on vous prête: c’est de la dette ! Ce n’est pas de la création monetaire !
    Les banques font de la création de dette et elles en ont tellement fait qu’il n’y a pas assez d’argent sur terre pour boucher le trou (Je rappelle que selon certaines sources à vérifier on parle de million de milliard de dollards dans la sphère virtuelle des produits dérivés).
    Cette bulle est le vrai « crime » des banques mais que voulez vous… miam miam les intérêts et commissions en tout genre !
    Pour sortir de la crise certains diront : s’ il n’y a pas assez d’argent y a cas le fabriquer puisque l’argent n’est plus étaloné sur l’or. Faisons tourner la planche à billet ! bref monétisons la dette: résultat c’est l’hyperinflation en perspective à l’echelle mondiale.
    D’autres diront au contraire que c’est aux états de s’endetter d’avantage en finançant de grands travaux pour injecter de l’argent dans le circuit et permettre ainsi de rembourser cette dette: à mon avis pas jouable, on doit trop.
    On a vraiment l’impression que c’est une fuite en avant vers l’inconnu !
    Je rajouterai pour les tenants de la création monetaire ex-nihilo par les banques privées, que cette erreur grossiere doit lourdement les handicaper pour la compréhension de la crise actuelle .
    Enfin un grand merci pour le blog de Paul Jorion l’un des rares experts à avoir prévu la crise ( Monsieur Jacques Attali l’a confirmé).
    Bonne continuation à tous

  166. @nadine: « et permettre ainsi de rembourser cette dette: à mon avis pas jouable, on doit trop. »

    Qui doit trop? Les banques? D’autres?
    Et à qui doit-on trop?

  167. @Shiva

    Dans le pdf, l’article 3 précise qu’il y a échange et non destruction des billets usagés :
    « Les BCN échangent, sur demande et en vertu des conditions
    énoncées au paragraphe 2, les billets en euros authentiques
    ayant cours légal qui sont mutilés ou endommagés »

    Pas de nouveau débat alors

  168. De mémoire :
    Le PIB du monde est de 50 000 milliards de dollars,
    la valeur ESTIMEE des produits dérviés & co est de 13 le PIB mondial, soit environ 650 000 milliards de dollars.
    Pour les CDS c’est 65 000 milliards de dollars.
    C’est un ordre de grandeur puisque on n’a pas de compte de tous ces échanges de gré à gré qui s’apparentent dans la pratique a de la monnaie privée (et dire que les échanges SEL et autres monnaies alternatives sont limités a quelques milliers d’euros !!! c’est du foutage de g… le !)

  169. @moi
    vous dites: »Qui doit trop? Les banques? D’autres?
    Et à qui doit-on trop? »
    Tout le monde doit à tout le monde et il n’y a pas l’argent

    Tentative d’explication la plus simple possible:
    Les dépots sont les dettes des banques avec lesquelles elles font les créances (les crédits) qui ces créances redeviennent des dettes envers les banques ( les crédits font les dépots) avec lesquelles elles refont des creances et ainsi de suite.Vous voyez que dans ce systeme il n’y a pas d’argent à proprement parlé à part quelques réserves obligatoires. C’est une bulle qui gonfle très vite même en y mettant des règles prudentielles à partir du moment ou il y a une demande de crédit. (La boucle fonctionne à l’envers quand on rembourse les credits.)
    Quand la bulle éclate c’est comme une bulle de savon il ne reste rien puisqu’il n’y avait pas d’argent derriere la seule chose qui puisse rester ce sont les reconnaissances de dette mais là après c’est le tribunal qui intervient !

  170. @Sophie

    Tout à fait c’est même le moteur du systéme, il est tellement monté haut en régime avec la spéculation financiere qu’il a litterallement explosé en vol, alors que l’oligarchie financiere tente sans succés pour l’instant de le refaire démarrer !

  171. @Nadine

    Merci de votre point de vue. Il y a donc selon vous multiplication de ce qu’on appelle un « moyen de paiement ». Il ne reste plus qu’à déterminer si de la monnaie peut être effectivement de l’argent quand elle est sous une forme scripturale pour démontrer ainsi que les dettes et les créances sont bien véritablement des euros ou des dollars émis par les banques commerciales.

    Ceci, car je lis ici :

     » Monnaie scripturale : Désigne la monnaie transférée d’un compte bancaire à un autre par un jeu d’écriture. En pratique, il s’agit de toutes les opérations qui ne sont pas en espèces. « 

  172. @ Sophie.
    Si je vous prête 100 euros, ces sous représentent à la fois une dette ET de l’argent que vous pouvez utiliser.
    Si je prête 100 euros à la banque (je les place sur mon compte), ces 100 euros – désormais sous forme scripturale- sont à la fois une dette pour la banque et de l’argent que la banque peut faire circuler.
    Maintenant si la banque perd ces 100 euros, dans des investissements peu judicieux, parce-qu’elle les a prêté à quelqu’un ne pouvant pas les rembourser, j’aurai moi même perdu ces 100 euros… Ben oui la banque joue gagnant-gagnant: au mieux elle capte les intérêts, au pire JE contribue à la renflouer (mutualisation des pertes).

    Il n’y a toujours pas de MONNAIE émise par les banque commerciales (on reste dans l’hypothèse « Jorion », c’est à dire dans l’hypothèse où les banques ne fonctionnent qu’avec l’argent des déposants). Seules des créances sont émises.

    Et ces créances « ce qui est dû », sont distinctes des moyens de paiements qui désignent seulement « la façon de règler ce qui est dû ». Tout ce qui est transféré d’un compte à un autre par jeu d’écriture n’est pas de la monnaie (même scripturale). Les créances/dettes sont transférées de la même manière. Mais que deux chosent circulent de la même cela ne signifie pas qu’elles sont la même chose. On s’en rend compte quand, à la fin, il faut payer l’addition. Toutes les créances non recouvrées prouvent par le fait même qu’elles ne sont pas de la monnaie.

    Ceci pose toutefois des tas de questions plus intéressantes les unes que les autres.
    Dans le cas de l’exemple du chèque en bois qui repasse de mains en mains, le juriste dirait que le chèque en bois n’est pas de la monnaie, et ce DES LA PREMIERE transaction.

    En revanche l’économiste dirait que, dans la mesure où le premier acheteur a PU l’échanger contre quelque chose (même de bonne fois), et tant que l’échange a pu continuer à se faire, ce chèque est un signe doté d’un pouvoir d’achat. Pour l’économiste il n’y aura pour ainsi dire défaut de paiement qu’au moment où l’échange ne se fera pas (le dernier). Le chèque n’est de la monnaie qu’au moment de la DERNIERE transaction.

  173. @ Ybabel

    La valeur ESTIMEE des produits dérviés & co est de 13 le PIB mondial, soit environ 650 000 milliards de dollars.
    Pour les CDS c’est 65 000 milliards de dollars.
    C’est un ordre de grandeur puisque on n’a pas de compte de tous ces échanges de gré à gré qui s’apparentent dans la pratique a de la monnaie privée…

    Il existe quand même sur ces sujets les statistiques (Semiannual OTC derivatives statistics at end-June 2008) de la BIS (BIS: Bank for International Settlements -> BRI: Banque des Règlements Internationaux) :

    http://www.bis.org/statistics/derstats.htm (en anglais)

    Ainsi que, sur l’activité financière en générale, le « Rapport trimestriel de la BRI de décembre 2008 » en français :

    http://www.bis.org/press/p081208_fr.pdf

  174. @Antoine
    Merci. Je ne peux pas mieux expliquer.

    @Sophie
    Je vais reprendre une phrase de Monsieur Brieuc Le Fèvre qui me parait très juste:

    « la plupart des actes libératoires en affaires sont le fait de créances échangées “comme une monnaie”. La créance a, peut-être à tort, peut-être illégitimement, mais elle a le même usage, le même pouvoir que la monnaie. Du moins quand tout va bien… »

    Oui quand tout va bien et il fait bien de le préciser, on a l’illusion de la monnaie mais quand tout va mal on découvre la triste réalité.

  175. @Antoine
    Bien, vous me prêtez 100 euros (en espèces je suppose car pour vous il n’y a de monnaie que dans les espèces – monnaie centrale -, ce qui est, je tiens à le souligner, en complète contradiction avec ce que m’ont enseigné mes profs en fac d’éco, mais à écouter M. Jorion et M. Creutz, je ne doute pas qu’ils se soient tous trompés… ).
    Je dépose ces 100 euros à la banque qui va donc être dans l’incapacité de me rendre plus tard les 110 euros en espèces (je vous dois des intérêts) pour que je puisse vous les rendre, simplement par le fait qu’elle ne les aura plus elle non plus. Ce que je ne vois pas ici, c’est comment elle peut s’en procurer en banque centrale…

    Donc, je vous fait un chèque sur mon compte approvisionné: pouvez vous m’imposer devant un Tribunal que je vous les rende en espèces alors que, malgré ma meilleure bonne volonté, je ne puis le faire?
    Le circuit économique risque de vite s’arrêter …

    Vous partez du présupposé  » à la fin, il faut payer l’addition.  » … mais pourquoi doit il y avoir une fin ? Ceux qui pensent que les banques créent de la monnaie lorsqu’elles accordent un crédit (les crédits précèdent les dépôts) disent aussi : à la fin il n’y a pas assez de crédits accordés pour payer le capital et les intérêts dus à ces banques …
    C’est vrai (enfin je le pense), et c’est bien pour cela que le système a besoin d’être en expansion continuelle: il faut bien augmenter la masse monétaire de la quantité d’intérêts à payer. Et ce, quelque soit la manière dont les un(e)s ou les autres comprennent le système de réserves fractionnaires bancaire.

    Tout à fait d’accord avec votre dernier paragraphe; en plus vous reconnaissez que, pour l’économiste, le chèque est bien de la monnaie. J’extrapole donc: une écriture peut être de la monnaie.

  176. @ antoine
    Un mot en passant, j’ai vu de la lumière. Concernant le chèque en bois, vous oubliez le point de vue du comptable de l’entreprise lésée, pour qui ce chèque est de la monnaie du début à la fin. En effet, le chèque, quoiqu’il arrive sera inscrit au débit d’un compte de trésorerie (classe 5) et n’en bougera pas. La régularisation opérée par l’entreprise en cas de perte définitive, par les comptes 416 clients douteux 654 pertes sur créances irrécouvrables et 445 tva, ne permet en aucune façon de compenser cette écriture là, laquelle sera compensée, au final, par la victime sur son chiffre d’affaire et ses deniers propres.
    Du point de vue des deux banques concernées, le chèque en bois peut être assimilée à une opération blanche dont les frais administratifs (de plus en plus lourds au passage) seront supportés, en premier lieu et là encore, par la victime de l’indélicatesse qui les inscrira dans ses comptes.
    Hors recours juridique, considérez le, si vous voulez, comme un octroi de pouvoir d’achat, mais n’oubliez quand même pas celui qui régale l’indélicat, puisque la contrepartie de ce chèque, j’enfonce le clou, est son inscription dans un compte de trésorerie, lequel matérialise une perte d’argent existant bel et bien d’un bout à l’autre de l’opération !

  177. Creutz se trompe sur « 1 » car les dépôts à vue ne sont pas prêtés par les banques (elles n’en ont pas le droit et l’aspect comptable montre que ces dépôts sont couverts par des créances: il y aurait déséquilibre s’ils étaient prêtés plusieurs fois) et sur « 2 » car les déposants disposent chaque jour de leur avoir en effectuant un retrait ou un virement.
    3 est faux ainsi que le prouve l’augmentation permanente des agrégats monétaires (surtout pour M2 et M3) et des patrimoines et, en ce qui concerne ces derniers, même si la monnaie payée lors de l’achat d’un patrimoine revient dans le circuit monétaire (il n’y a pas de variation de la quantité de monnaie), l’augmentation de valeur de tous les patrimoines (mondiaux) montre bien que la quantité de monnaie a nécessairement du augmenter.
    4 est également faux car s’il y avait régression constante de la masse monétaire, Pierre Dac dirait sans doute qu’il y a longtemps qu’il n’y en aurait plus… Une fois de plus toutes les statistiques de la Banque de France et de la BCE montrent que les quantités augmentent, et bien plus vite en monnaie de crédit qu’en monnaie centrale! d’ailleurs, comment serait-il possible de payer les intérêts si la masse monétaire diminuait?

    Enfin Creutz se trompe parce qu’il oublie que les banques (ou plutôt le système bancaire dans sa globalité) ont justement ce rôle de création monétaire qui leur a été concédé par la société. Maintenant, à lire quelques commentaires, je comprends que le terme monnaie n’est pas le même pour tout le monde.

    Pour résumer: non les banques commerciales ne peuvent créer de « monnaie centrale » (fiduciaire ou scripturale), oui les banques commerciales peuvent créer de la monnaie bancaire (seulement scripturale) par la simple inscription du montant de cette création en passif et de la créance en actif… le passif « devient monnaie » utilisable par les agents qui en disposeront. C’est bien cette « dette de banque » qui circule et qui dispose du droit légal d’effacer des dettes entre acteurs économiques car elle est considérée comme un moyen de paiement légal

    Mais bien sur la règlementation bancaire empêche que ce pouvoir soit illimité (comme ce serait le cas s’il n’y avait qu’une seule banque ou que les banques n’aient pas les obligations de fonds propres minima et de besoin en monnaie centrale pour assurer les réserves obligatoires et les demandes de billets de leurs clients) .

    On trouve, sur http://wiki.societal.org/tiki-index.php?page=CreationMonetaire2 d’une part un lien permettant de télécharger toute une série de pages de livres universitaires concernant la création monétaire, d’autre part une retranscription d’un courriel de Christian Gomez qui propose une explication très simplifiée, mais qui a le mérite de la clarté.

  178. Le fils d’Ariane dit :
    14 décembre 2008 à 16:14

    Dans les échanges de commentaires ci-dessus, l’on y débat des points qui, au tournant des phrases, peuvent élucider des détails-clé, sans ça, qui reviennent butter à tous propos dans d’autres explications.

    Mais je ne saurais trop insister d’aller sur le site et le lien indiqué ci-desus par le fils d’Ariane @, 14 décembre 16:14,
    Pour y trouver un grand nombre de références concernant la création monétaire, il y a aussi la copie d’un courriel de Christian Gomez.

    Mais aussi, ci-dessous, ce rappel du — FOND DE LA QUESTION— du rôle et de la mission de la création monétaire et le SENS qui s’y rapporte. Car au fils des discussions, pour passionnantes qu’elles soient (quoique dans leurs prolongements souvent trop byzantines) l’on dérive et l’on s’éloigne du: POURQUOI, du pourquoi-premier du rôle de l’argent, comme si on effectueait un voyage aérien ou maritime où, au bout d’un moment, on « oublierait » le cap à suivre… et pendant ce temps là tout le monde continue de payer induement…

    Le sens de la monnaie a été vicié et détourné, aux frais de la société productrice, pour garnir les poches des actionnaires des banques privées auxquelles l’on a confié frauduleusement, si ce n’est criminellement, la « tâche » de créer la monnaie.

    Extrait, ci-dessous, de Louis EVEN (il y avait longtemps je crois! Déjà répercuté ici et là, mais est-ce suffisant?)

    —>Il faut SURTOUT se rappeler de ceci: (entre autre, c’est très réceptif pour les comptables)
    Impôt sur le revenu = un vol
    Dette nationale = supercherie, escroquerie

    Les travailleurs du pays créent les richesses. Les banques font la comptabilité financière pour permettre aux citoyens d’échanger les richesses. Cette comptabilité financière, c’est l’argent.

    Les Français (et les citoyens des autres pays) sont, de droit, propriétaires des richesses qu’ils créent. Mais les banques volent aux Français (et aux autres) leurs richesses. Les banques se constituent elles-mêmes propriétaires de l’argent qu’elles fabriquent. Les banques inscrivent à leur propre actif ce qui devrait être l’actif de la société, l’actif du pays. En même temps, elles inscrivent au passif du pays toutes les richesses du pays. Cette dernière opération se fait quand les banques prêtent du crédit basé sur les richesses et qu’elles inscrivent ce crédit au passif des emprunteurs, qui sont les particuliers, les entreprises et les gouvernements.

    Les banques volent aux aux Français (et aux autres) l’actif du de la France (et des autres pays), en inscrivant cet actif à leur actif à elles et au passif du pays, dans leur comptabilité financière. Les banques volent le crédit de la société. Elles volent le crédit social.

    Les banques sont des faussaires. Elles pratiquent une fausse comptabilité de l’argent. Elles volent l’actif national, l’inscrivent au passif de la nation. Cela constitue la dette nationale, et cela fait naître des taxes voleuses.

    Les banques peuvent effectuer cette opération de vol, parce que tout l’argent qu’elles créent, elles le créent sous forme de prêts aux individus et aux gouvernements. Tout l’argent qui vient au monde dans le pays est créé par les banques et sous forme de dettes. C’est de l’argent-dette. Les banques devraient créer de l’argent libre de dettes, et le placer au crédit et non pas au débit de la nation.

    La dette nationale est la plus grande supercherie et la plus grande escroquerie de l’histoire. La dette nationale, c’est le capital national volé par la banque. La dette nationale devrait être convertie en capital national, en capital social, en crédit social.

    Et les intérêts sur la dette devraient être convertis en dividende sociaux. De cette façon, les taxes disparaîtraient. Et les dividendes les remplaceraient. Les taxes qui sont imposées, quand on pourrait avoir un dividende, sont un vol.

  179. Je ne parle pas le français très bien. Permettez-moi de m’expresser en anglais, s.v.p.

    I’m endowed with the preparation of the English edition of Helmut’s « The Money Syndrome » which, I hope, will be on the market within a few months and I would like to add a few fundamental thoughts about « money creation ».

    I don’t consider money as something created but as a document for something created that is offered for purchasing in the market. There is a fundamental distinction between money and credit which can be described by their different functions.
    – money serves as a means of exchange for goods and services actually offered in the market
    – credit serves as a means for preserving values that someone has already sold in the market and who, for the time being, doesn’t wish to exchange his money for goods. The borrower of money executes the right to take goods/services from the market on behalf of the creditor. Repayment of the credit reverses the whole procedure and the credit/debit entries on an account vanish.

    Money and credit are two different documentation systems, distinguished by their different functions. Speaking in IT-terminology, they require two different algorithms.

    Money stands for services and goods in the market and by circulating it brings goods into the market and removes goods from the market. If input and output are matching, the market is balanced. If the money supply becomes larger than the quantity of goods and services in the market pool, prices go up: inflation. In the opposite case it means deflation.

    The so-called « multiple money creation » on current accounts actually might be called « credit creation » which means no change in the quantity of money. Banks might get in troubles, though, with the management of credit terms which can be witnessed in the present financial crisis. If banks finance long-term investments with short-term money, they are risking to run out of liquidity (the German Hypo Real Estate Bank is a present example). If they could create money ex nihilo, why don’t they do it? And what would that mean for the money supply reflecting goods and services in the market?

    The real faux-monnayeurs are the central banks. They confuse the distinction of money and credit by creating artificial money aggregates M0, M1, M2, M3, M4…. obscure mixtures of money and credit items. Money should certify the actual goods and services in the market, i.e. reflect their value, and it should be issued by an appropriate method. Money creation by credits backed by gold in CB-vaults or by treasury bonds (US-Dollar) comes close to money creation ex nihilo. Gold plays a very minor role in the market and does not reflect a common price standard based on values created by human work. And treasury bonds, well, these are debts, they don’t reflect existing goods at all…

    Cordialement
    Robert Mittelstaedt

  180. Il me semble opportun de citer Helmut Creutz qui consacre tout le Chapitre 1, les pages 6 – 24, à la « Clarification des concepts relatifs à la monnaie ». Je cite :

    « Qu’en est-il de la masse monétaire ?

    Churchill dit, un jour, qu’en posant la même question à trois économistes différents, on recevait cinq réponses différentes. Posez aujourd’hui la question de la masse monétaire, et il n’est pas exclu que vous receviez même une douzaine de réponses différentes dont la définition peut aller du numéraire aux masses monétaires M1 (numéraire et dépôts à vue), M2 (M1 plus dépôts à terme) et même M3 (M2 plus dépôts d’épargne) en passant par la base monétaire (numéraire, plus avoirs en monnaie centrale des banques) et autres variations. Mais presque chaque institut d’émission englobe, à son tour, sous les termes relatifs à la masse monétaire que nous venons de citer, différentes parts des dépôts bancaires.
    Les sources principales de confusion sur les termes de monnaie et de masse monétaire viennent de ce que l’on désigne à tort de monnaie les dépôts à vue, les dépôts à terme et les dépôts d’épargne, ainsi que bien d’autres formes de dépôts bancaires. Ces fausses appellations font, à leur tour, que l’on est tenté d’ajouter à la masse monétaire les avoirs résultant des versements d’argent, ce qui mène à des grandeurs quantitatives les plus diverses.
    On allègue souvent pour légitimer cette fusion de la monnaie et de l’avoir que ce dernier se liquide rapidement et se retransforme donc en monnaie. Or, la masse monétaire n’augmente pas si vous prêtez de l’argent, par exemple, à votre voisin, ne serait-ce que pour une journée ou une heure, si vous renoncez à la liquidité, fût-ce à très court terme. Il s’agit tout au plus d’une augmentation de l’utilisation monétaire, appelée circulation monétaire.
    Peu importe donc que je prête de l’argent à mon voisin ou à ma banque qui, elle, le prête à une tierce personne, il n’y a en aucun cas augmentation de la monnaie, bien que la cession soit comptabilisée plusieurs fois. Cela s’applique aussi aux dépôts à vue et aux comptes courants sur lesquels nous reviendrons ultérieurement. »

    Helmut Creutz, Le syndrome de la monnaie, Economica, Paris (2008) : 10-11.

  181. Dear Robert,

    It seems to me that you’re making a huge mistake, desperatly willing to separate two different meanings of the word « money ». I understand how it could be useful to clarify the main difference between money and credit, but you have to consider that, most of the times, credit has the same purpose as money… so there are two differents questions to ask :

    In one hand, I agree with you when you explain that repayment of the credit reverses the whole procedure and the credit/debit entries on an account vanish. But there is obviously not always something valuable to preserve in front of a credit operation. Most of the times, the credit
    purpose is something « maybe » valuable. It’s a bet on a future value. That’s false money creation… how ? Because the increasing amount of credit on betting, and the increasing amount of credit on consumption, generates a phenomenon of price rising in just the same way as paper money do (and you explained it really clearly concerning paper money). Why ?

    Because people believe in price rising, and believe that their credit is like paper money.
    The main point is not what things are, the main point is what people think they are.

    So finally, you said : « the real faux-monnayeurs are the central banks. » That’s right in a way, but just because the increasing amount of credit generating by commercial banks put central banks under pressure in order to create new money at the end, I mean credit money… so called debt money !

    At the end, I agree with your statement on gold, but you have to considerer that all bonds in the world are based on states potential, and that the weakest states can’t have so much debts. In fact, the only biaised ones are US T-Bonds because dollar is a global currency since… well… too long…

    Sorry for my english : « Gentles, do not reprehend: if you pardon, we will mend »

  182. @Ute

    L’erreur fondamentale d’Helmut se trouve dans son « peu importe ». « Peu importe donc que je prête de l’argent à mon voisin ou à ma banque qui, elle, le prête à une tierce personne, il n’y a en aucun cas augmentation de la monnaie. »

    Il n’y a pas augmentation de la monnaie… au final.

    Mais bon sang, entre le moment où la dette est contractée, et le moment où la dette est remboursée, il y a un sacré labs de temps où l’ensemble de la chaine d’acteurs considèrent les dettes contractées comme de la monnaie. Et c’est bien cet effet fortune/richesse qu’on ne peut pas balayer d’un revers de main, puisque c’est lui qui, en tirant l’ensemble des prix à la hausse, oblige le seul acteur créateur de monnaie (les banques centrales) à augmenter la masse monétaire (quantitative easing) soit en facilitant le crédit, soit en fabriquant de la monnaie/dette, soit en fabriquant de la fausse monnaie (dettes « monétisées »).

  183. @DAV: « où l’ensemble de la chaine d’acteurs considèrent les dettes contractées comme de la monnaie »

    Ils considèrent les dettes comme de la monnaie et se trompent. Tant que l’illusion dure, c’est-à-dire tant qu’il y a des gens à prendre de gros risques dans l’espoir de gros gains, tout va bien. Mais tôt ou tard l’illusion s’évapore et là les pigeons qui ont en main cette illusion de monnaie se retrouvent dans la panade jusqu’au cou.
    Un système pyramidal aussi ça ressemble à un investissement intéressant, sauf quand il s’écroule et qu’on est encore coincé dedans…

  184. Ute Höft

    « Ces fausses appellations font, à leur tour, que l’on est tenté d’ajouter à la masse monétaire les avoirs résultant des versements d’argent »

    C’est quoi la différence entre monnaie (masse monétaire) et argent ?

  185. @Moi…

    mais qui se trompe ?

    Celui qui considère comme étant de la monnaie ce que d’autres appellent « crédits » ou celui qui appelle « crédits » quelque chose que d’autres considèrent comme de la monnaie ?

    Sauf à penser que les uns détiennent la Vérité et que les autres sont des imbéciles irrationnels qui foutent en l’air les jolies modèles théoriques des uns, l’erreur est équitablement partagée par les uns ET les autres.

  186. Le problème des théories praxéologiques de type école autrichienne, à la Ludwig Von Mises, c’est qu’elles partent tellement du présupposé que les acteurs sont rationnels qu’elles bâtissent des cathédrales de papier qui s’effondrent dès qu’un imbécile qui n’a pas bien compris le concept théorique qu’on essayait de lui expliquer fait un vent de travers.

    Ce n’est pas à la réalité de comprendre la théorie. C’est à la théorie de comprendre commence ça se passe en pratique.
    La réalité, c’est plein de gens, tout le temps, qui font des vents de travers. Des trucs irrationnels, illogiques.
    En pratique, les gens considèrent un grand nombre de la masse monétaire crée sous la forme de crédit comme étant de la monnaie.
    DONC, il faut se garder de dire : « peu importe ».

  187. Sophie avait rappelé le 11 décembre :
     » Article L111-1 du code monétaire et financier
    La monnaie de la France est l’euro. Un euro est divisé en cent centimes.

    Il n’est pas fait du tout référence, avec l’utilisation du mot “monnaie”, au “véhicule”… et le code sépare ensuite monnaie fiduciaire et monnaie scripturale »

    Si on se base sur le « code monétaire et financier » les « crédits », puisqu’ils sont exprimés en euros ,sont bien de la monnaie tout à fait légale, même si elle est issue des banques privées!

  188. @DAV: « mais qui se trompe ? Celui qui considère comme étant de la monnaie ce que d’autres appellent “crédits” ou celui qui appelle “crédits” quelque chose que d’autres considèrent comme de la monnaie ? »

    Celui qui est ruiné parce qu’il a considéré comme monnaie ce qui n’en était pas s’est clairement trompé (ou a été trompé). Ceux qui savent que ça n’en est pas et sortent du système à temps, avec du vrai argent, eux ne se sont pas trompés.
    Et comme Nadine l’a déjà dit, il y a ceux qui croient que c’est de la monnaie et puis il y a ce que dit la loi: ça n’en est pas.
    Donc libre à celui qui le désire de considérer que les tulipes ou les coquillages sont de la monnaie et de spéculer là-dessus avec d’autres qui sont prêts à jouer le même jeu, mais le jeu finira tôt ou tard par s’écrouler parce qu’il n’est basé sur rien d’autre que la volonté des uns et des autres de jouer, pas sur la loi.

  189. Le problème n’est pas là, Moi. Je comprends ce que tu dis… ceux qui comprennent gagnent, ceux qui ne comprennent pas, perdent.
    Jungle law, mais c’est une vision déterministe de la relation au contexte.

    Et de fait, en refusant d’admettre que le crédit est le plus souvent considéré, de fait, comme de la monnaie et a des effets temporaires réels sur les prix équivalents à de la monnaie, on refuse aussi d’admettre qu’il faille mettre en place un système de régulation de l’émission de crédit.
    Sous prétexte que ça n’est pas de la monnaie.

    Quel est l’intérêt de comprendre les phénomènes monétaires ? Dire à ceux qui se sont plantés qu’ils sont nuls ou se donner les moyens de comprendre l’ensemble des mécanismes du phénomène de manière à en maîtriser certains ?

    La masse monétaire est clairement un mécanisme maitrisable, à condition de se donner les moyens de comprendre ce que c’est que la monnaie, et non pas ce que ça doit être.

  190. @Moi

    « Celui qui est ruiné parce qu’il a considéré comme monnaie ce qui n’en était pass’est clairement trompé (ou a été trompé).  »

    Pardon mais ce que vous dites vaut tout aussi bien pour ce que vous appelez la « monnaie »; vous semblez distinguer la dette (le crédit) de la monnaie en disant que l’une est risquée, l’autre pas. Mais cela ne marche pas du tout : l’inflation fait perdre de l’argent aux détenteurs de monnaie ; quant à l’hyperinflation, elle vous montre bien que la monnaie aussi peut s’effondrer, tout comme une pyramide de dettes. Regardez donc l’histoire de la république de Weimar dans les années vingts et vous verrez que c’est exactement la même chose, une base monétaire sans valeur, voilà ce qu’étaient devenus les billets, des tas de dettes sur un état en faillite.

  191. @Fred L. : l’inflation ne change rien au fait qu’un billet de banque servira toujours à acheter des biens. Il vous en faudra plus, c’est tout. Une reconnaissance de dettes, vous ne pouvez rien faire avec elle si personne n’en veut et que votre débiteur a disparu (de plus, elle souffre aussi de l’inflation). Vous ne forcerez pas votre boulanger à vous donner du pain si vous lui dites « donnez-moi un pain et je vous donne un milliard de reconnaissances de dettes ».
    Autrement dit, un billet ne vaudra jamais zéro. Une reconnaissance de dette peut ne valoir rien du tout, c’est d’ailleurs son destin (elle est liquidée soit par un remboursement, soit par un non-remboursement).

  192. Imaginons un billet, disons de couleur verte, dont la valeur reposerait sur la capacité d’un Etat à rembourser ses dettes.

    Je peux vous assurer que l’insolvabilité de cet Etat mènerait tout droit votre billet à valoir à peine plus que zéro.

  193. @DAV : Ce « à peine plus que zéro » c’est une différence abyssale avec zéro. Un infini de nombres. Et si l’état fait faillite, je le répète, vous continuerez quand même à payer en billets. Même s’il vous faut une brouette pour les transporter.

  194. Admettons que je saisisse la nuance, prenons un autre exemple.

    Pensez-vous que les billets en anciens francs valent quelque chose aujourd’hui ?
    Et en théorie, si l’Etat décide de changer de système monétaire devant l’ampleur de la catastrophe, rien ne l’oblige à reprendre les anciens billets.

  195. Dear Dav,

    thank you for your comment.
    You said:
    Sorry for my english : “Gentles, do not reprehend: if you pardon, we will mend”

    That’s a nice proverb, I didn’t know it. There’s nothing to reprehend, you’ve made your point very clear, comprehensible. English isn’t my native language either, so I’d better not reprehend anyway… 🙂

    You said:
    But there is obviously not always something valuable to preserve in front of a credit operation. Most of the times, the credit purpose is something “maybe” valuable. It’s a bet on a future value.

    Let’s take an example: you have received, say, 100 € as payment for a work you have done. These 100 € in your hand certify the value of your work. You can now go into the next shop in order to buy something that has the same value (we don’t have to differentiate between « price » and « value » in this context). But if you don’t need the money for anything to buy and if a friend of yours is in need of money and asks you to lend him 100 €, you might lend it to him. He then goes in the next shop to buy something instead of you. Now, that’s a credit. It is no money, because as long as your friend has not repaid his debt to you, you cannot go shopping yourself.

    The same happens with banks as mediating agents between savers and borrowers. You can deposit your money on the savings account of a bank. Depending on the terms you have agreed upon with your bank, you cannot withdraw your money for the agreed upon time period. The bank doesn’t keep your savings in its vaults but gives it away as loan to a borrower on defined terms. So, the bank doesn’t have the money either. It is circulating in the economy as a demanding agent and thus credits optimize the usage of money. If you had put your savings in a box under your bed for a longer period of time, the money would be missing as a demanding agent in the market. By circulating in the market as a medium of exchange, it can move a quantity of values from producers to consumers that by far exceeds the circulating amount of money. The present amount of euros issued by Germany alone is about 235 billions (fr: milliards). But the annual economic performance amounts to more than 2000 billions. In this case money serves as a measurement, just as it measures your deposit on the savings account as a positive entry. The same amount as a negative entry appears in the debit account of a borrower. Credit is no money, the saver doesn’t have it, the bank doesn’t have it and the borrower doesn’t have it, because he spent it for something he had bought. Money circulates in the market. Credit and debit entries don’t move at all, they are fixed for a period of time, after that period they vanish. Money must stand for a value that can be clearly traced back or touched as an offer in the market, a « maybe »-value won’t do.

    The same applies to current account deposits (dépôts à vue). Only the agreed upon depositing period is extremely short : one day. You can withdraw the amount on your current account any day. Most people hold it there for a longer perod. And by transfers from account to account it remains within the banking system. Therefore, the banks can use a certain amount of these deposits for granting short-term credits. The potential for credits is not very large because the banks have to carefully watch the depositing and withdrawal habits of their clients in order to avoid liquidity shortage, like for instance in a bank-run (Northern Rock Bank in Great Britain a few weeks ago). This again only optimizes the usage of money. The potential for credits from current account deposits is not so big.

    Though, I do understand your doubts about credits which you expressed in terms of « maybe values » or of « bets on future values ». There is a lot going wrong in our capitalist system, especially in the money system. But what appears at first glance like a certain failure might look different if you probe into the matter more closely. One of the biggest problems is the accumulation of monetary assets which appear as credit and debit entries on bank accounts. I only know the numbers for Germany but the relations are pretty much the same in all advanced national economies. From 1991 to 2001 monetary assets have climbed from a figure around 3000 billion euros (fr: milliards) to 6000 billions. That’s a doubling of monetary assets within 10 years! The doubling period in previous decades was even less than ten years. The present state is 7700 billion euros. That is simply irrational and crazy. It amounts to more than 3 times the annual Gross Domestic Product. If you believe in money creation ex nihilo, then these monetary assets would stand for no values. Unfortunately this is not so. Millions of people have worked for it for decades. The more or less fixed doubling period of monetary assets hints at an exponential equation and this exponential equation is also known as « compound interest ». Compound interest is a redistribution mechanism from poor to rich… a positive feed-back circuitry which can only collapse in the end. And we are now pretty close to this collapse.

    But that’s a different story. To obtain a better view of that issue I would also recommend Helmut’s book.

    Cordialement
    Robert Mittelstaedt

  196. Ok let’s talk globish 🙂

    The proverb is not a proverb; it’s the end part of Shakespeare’s midsummer night’s dream. I know it from the movie Dead Poets Society and I really like the main idea in it. 🙂

    So I think I got the point with your example but here is another one.

    Here is a bank I lent 100 Euros I had from my job.
    This first bank is lending money to someone who is going to depose it to another bank, say 90 euros.
    This second bank is lending money to someone who is going to depose it to another bank, say 80 euros.
    This third bank is lending money to someone who is going to depose it to the first bank, say 70 euros.

    What do we have :
    I own 100 euros, but it is all credit money now
    The first bank have 80 euros in real money + 90 euros in credit money = 170 euros if you mix
    The second bank have 10 euros in real money + 80 euros in credit money = 90 euros if you mix
    The third bank have 10 euros in real money + 70 euros in credit money = 80 euros if you mix

    Now, let’s imagine that we all want to buy a house someone want to sell 50 euros.
    I think I can buy it because I know I potentially have 100 Euros in my bank account.
    The first bank think it can buy it because It know It potentially have 170 euros.
    The second bank think it can buy it because it know it potentially have 90 euros.
    The third bank think it can buy it because it know it potentially have 80 euros.

    So everybody can potentially buy the house, even if the one who can normally really buy it is either me or the first bank (depend the way you look at my first bank deposit)… but now we are four, and we all want to buy the same house !
    What happen if the extra credit did not have the purpose to build 3 new houses ?
    Well the price of the house is rising.
    Because, even if credit is not money, we all consider that it is money indeed.

    Obviously it is a quite simplified example, but the main purpose of it is to explain why the credit expansion can be in a way considered the same as money expansion. So we can understand the reason why, even if a credit is not money, we have to know that it will be considered as money and that it act sometimes just like money would have done.

    And so, the more you expand credit, the more you potentially devalue « real money » from the moment you create credit till the moment you destroy credit. And it is not only a potential devaluation because it has real effects on prices.

    So, let’s agree there is no « money creation » but at the end you can’t separate « credit creation » from « money creation » so easily.
    That’s why the more I think about it, the more I think we should call credit : scheduled money.
    And that scheduled money have to be taken in account when you’re measuring the total amount of money.

    Do you know what are Helmut views about this phenomenon ?

  197. I should have detailled my numbers :

    The first bank have 10 euros in real money + 90 euros in credit money + another 70 euros in real money back from the third bank.

  198. @DAV : « What happen if the extra credit did not have the purpose to build 3 new houses ?
    Well the price of the house is rising. »

    Cela me semble exact. Mais qu’arrive-t-il au moment de payer? Disons que pour votre maison, les prix montent jusque 100, ce qui permet à la banque 1 de remporter l’enchère face aux deux autres banques. Vous arrivez ensuite et voulez retirer 80 euros de votre dépôt de 100. La banque ne peut pas vous les fournir, elle n’a que 70. Si elle ne peut pas attendre le remboursement de la banque 2 qui lui doit 90, elle fait faillite. Et le système entre banques risque de s’effondrer. Pourquoi? Parce qu’elles payent des marchandises plus cher que ce qu’elles ne possèdent réellement. Elles payent à crédit et risquent le surendettement. Ce qui ne manque pas d’arriver puisque les prix montent à cause d’eux-mêmes. C’est bien un système pyramidal qui ne tient que pour autant qu’il y a de nouveaux entrants et de plus en plus de nouveaux entrants, mais qui au final s’écroule inéluctablement. Et c’est le retour à la réalité et à la quantité de monnaie réelle. D’où déflation. Pour l’arrêter, il ne reste que la planche à billets, créer de la monnaie réelle.

  199. @Moi

    La planche à billets crée une monnaie qui est tout aussi virtuelle que le crédit.

    Il y a au moins deux questions qui se posent aujourd’hui :

    Première question : la création de monnaie fait-elle sens ? si les agents économiques y croient, parce que cela s’accompagne d’un projet qui fait sens, cela produit une relance keynésienne qui nous propulse en avant tel le baron de munchausen, se soulevant par les cheveux; mais si les agents économiques n’y croient pas, parce qu’aucun projet n’accompagne la fuite en avant, cela conduit droit vers l’hyperinflation et/ou la cessation de paiement;

    Deuxième question : la création de monnaie suffit-elle à combler la destruction de monnaie provoquée par la crise ? C’est tout le sens du débat entre les monétaristes et les keynésiens concernant la grande dépression ; Friedman soutenait que l’insuffisante création monétaire par la réserve fédérale était à l’origine de l’amplification de la crise de 29; d’où la politique de Bernanke qui inonde actuellement l’économie de monnaie; a contrario, Krugman a écrit un post sur son blog récemment critiquant cette interprétation et soutenant que malgré la création actuelle de base monétaire cela ne suffisait pas à compenser la destruction du crédit liée à l’explosion des bulles;

    Je ne comprends pas pourquoi vous refusez cette idée pourtant largement démontrée par l’histoire qu’une monnaie, tout comme un système de crédit, voit sa valeur fluctuer au gré de la confiance du public (demande), du comportement des banques (centrales et privées) et de celui des états. – Tous les agents qui participent à la création de monnaie ont un pouvoir de monopole qui leur assure une rente, qu’il s’agisse des états (seigneurage via l’inflation) ou des banques (intérêts via le crédit); mais lorsque cette création monétaire perd sa crédibilité, la monnaie s’effondre, qu’il s’agisse d’une bulle (via le crédit) ou d’une hyperinflation (via la base monétaire). La logique à l’oeuvre est la même dans tous les cas : la monnaie repose sur la confiance; cette confiance donne un pouvoir à ceux qui contrôlent la monnaie; ce pouvoir peut être bien ou mal utilisé, bien ou mal réparti; mais une chose est sûre, lorsque la défiance s’installe, la monnaie s’effondre, qu’il s’agisse de base monétaire ou de crédit, et cela étrangle l’économie dite réelle.

    @Robert
    Compound interest is a redistribution mechanism from poor to rich… a positive feed-back circuitry which can only collapse in the end. And we are now pretty close to this collapse.

    Tout à fait vrai, c’est ce que dénonçaient aussi bien marx que keynes, mais quel rapport avec l’argument du texte ?

  200. @Fred L.

    Robert said:
    « Compound interest is a redistribution mechanism from poor to rich… a positive feed-back circuitry which can only collapse in the end. And we are now pretty close to this collapse. »

    Fred L. dit :
    « Tout à fait vrai, c’est ce que dénonçaient aussi bien marx que keynes, mais quel rapport avec l’argument du texte ? »

    Well, I suspect the theory of « money creation ex nihilo » is to implicitly explain the phenomenon of over-growing monetary assets and debts which we are witnessing today and which most of us consider a severe problem, I think. Since I can’t see this money creation ex nihilo, it cannot explain this fact to me and therefore it cannot offer a solution to the problem.

    In the end Marx justified interest with his theory of « added value » (Mehrwert-Theorie), which was readily adopted by capitalism. Marx was more concerned with the destructive results of competition in economy and tried to replace private entrepreneurs by one entrepreneur only : the state. Marx didn’t get to the innermost core of capitalism and thus created a state’s capitalism in distinction to private capitalism. It didn’t work.

    Silvio Gesell was a strong critic of Marx. He was much more inspired by Proudhon (« La propriété c’est le vol »). Keynes believed that the future will be more inspired by the spirit of Gesell than by that of Marx.

    I like one of our contemporary politicians of the conservative party (CDU), Heiner Geißler, also member of attac. He was in accord with Proudhon when he publicly declared : « Capitalism is theft, legalized by the state. » And he also said in a TV-talkshow : « Capitalism will not be the economic system of the future. » Heiner Geißler is over 80 years old but he is a young and fresh thinker 🙂

  201. Toujour pas de réponse à ma question à Ute Höft

    C’est quoi la différence entre monnaie et argent puisque vous utilisez ces deux mots ?

  202. Hi Dav,

    Dav said :
    « So, let’s agree there is no “money creation” but at the end you can’t separate “credit creation” from “money creation” so easily.
    That’s why the more I think about it, the more I think we should call credit : scheduled money. »

    Alright, that’s a step ahead. But why use one word for two different things? Do you call a pear an apple with different shape and different taste? Why not use « apple » for apples and « pear » for pears – or in a different language : « pomme » pour les pommes et « poire » pour les poires ? Communication would be easier, wouldn’t it? The generic term for apples and pears is « fruits ».

    So, why not call « money » money and « credit » credit. They are two different things. Money is used for exchanging goods in the market. Credit is used for preserving abstract values for a specific period of time, expressed in monetary units. That’s a hell of a difference! As a generic term for money and credit I would suggest « documentation systems ».

    On the side of the money holder money certifies the value of the product which he has sold already. On the side of the seller it certifies the value of a product in return, that the money holder is entitled to claim immediately.

    On the side of a creditor, credit documents a claim for an amount of money. On the side of the debtor it shows the amount of money he has to repay. The credit amounts are only measured with money, while the money circulates in the market measuring the real goods of exchange.

    Dav said :
    « And that scheduled money have to be taken in account when you’re measuring the total amount of money. »

    Money stands for actual goods and services that can immediately be withdrawn from the market.
    Credit entries stand for values that actually not yet exist and have to be produced in the future.
    It doesn’t make much sense to add these two things together, even though bankers and economists do it.

    Dav said :
    « Do you know what are Helmut views about this phenomenon ? »

    He says pretty much the same as I do. And if I understood correctly, Paul Jorion, too, has an identical view.

  203. I think that Paul Jorion say that the bank system cannot create credits more than the central money it has … that different.
    But are you reinvented the dictionnary ? Because, for the moment, your monney (central money) and bank money (credit money) is always money.

  204. Le fils d’Ariane dit :
    « I think that Paul Jorion say that the bank system cannot create credits more than the central money it has … that different. »

    No, I’m saying exactly the same : banks cannot create money ex nihilo. They can only lend out the money that is at their disposal. But this lent out money comes back to them as savings from somebody (not only repayment) and be lent out again and again… so that the total sum of credits far exceeds the amount of money issued by the Central Bank. I have mentioned the numbers for Germany the other day. The amount of Central Bank money is 235 billion euros (fr: milliards). The total sum of monetary assets (credits and credit-like items) that was accumulated since 1948 amounts to 7700 billion euros (fr. milliards). That means, the total amount of Central Bank money has been lent out 33 times within 60 years.

    Le fils d’Ariane dit :
    « But are you reinvented the dictionnary ? Because, for the moment, your monney (central money) and bank money (credit money) is always money. »

    Sorry, money is money and credit is credit, no matter what the dictionary says.

  205. La définition de la monnaie doit évoluer. La finance l’a dejà fait il y a longtemps, elle appelle celà “liquidités”. En voici la définition:”Valeurs ou espèces assimilables à des espèces, et toutes valeurs qui sont immédiatement convertissables en espèces pour leur montant nominal.”
    La “liquidité” peut être définie comme une extraction de valeur à partir d’actif, valeur qui ne l’oublions pas dépend des circonstances du moment.
    « La valeur n’est pas intrinsèque, elle n’est pas dans des choses. Elle est en nous ; elle est la façon dont l’homme réagit aux conditions de son environnement.”Ludwig von Mises.
    Il ne faut donc plus parler de monnaie, mais de valeur!
    Le problème des banques peut se résumer par le fait qu’elles doivent fournir de l’argent rapidement alors que le remboursement du prêt, lui sera lent.Les banques n’ayant pas assez de fonds propres, elles sont obligées d’emprunter. Or aujourd’hui les banques ont préféré un modèle d’emprunt direct des fonds de refinancement sur les marchés de capitaux.
    Et voilà, nous y sommes! CDS, CDO et consorts!
    Pour les banques le but est de dissocier le risque de crédit et la créance elle même par souci de gestion des fonds propres. Il s’agit ainsi pour les banques d’une réduction du volume de fonds propres dont le système a besoin pour absorber ce risque.
    En conclusion la titrisation intimement liée aux progrès de l’information grâce aux communications à haut débit, complexe et sans contrôle à conduit à la catastrophe actuelle. J’ai parfois l’impression lorsque je lis les articles sur le blog de relire mes vieux cours de fac.Le fonctionnement des banques a profondément évolué!

  206. Les crédits en tant que documents ne sont pas à proprement parler de la monnaie puisqu’ils constituent une promesse de rembourrsement d’une dette. C’est un pari — raisonné — sur une somme d’argent à valoir qui n’est pas disponible immdiatement, pour le créancier. C’est le point de vue du créancier.

    Mais du point de vue de l’emprunteur ce moyen de paiement qu’est le crédit permet d’acheter des biens et services immédiatement disponibles sur le marché. Ce sont donc les biens dont la vente permettra le remboursement de la dette et que l’emprunteur se procurera en travaillant ou en faisant même fructifier un capital (donc en faisant travailler d’autres que lui directement ou indirectement), qui ne sont pas encore disponibles.

    Monnaie et crédit doivent être distingués en tant que documents comme le précise Robert, mais en tant que moyens de paiement ils permettent de réaliser effectivement exactement les mêmes opérations. Que ce soi moi, le prêteur, ou mon voisin auquel j’ai prêté une certaine qui achète un produit ou un service, cela est indifférent pour le marchand ou le prestataire de service. Dans tous les cas il y a transaction monétaire.

    Beaucoup de confusions viennent du fait que ce que l’on nomme crédit désigne tantôt une reserve de valeur encore à produire et qui reviendra à l’émetteur du crédit, et tantôt un moyen de paiement en tant que ce mécanisme permet d’avancer à tel ou tel agent économique de l’argent qu’il n’a pas. Je suis assez convaincu s’agissant de dire qu’il y a conservation des quantités de monnaie, le crédit n’étant alors qu’un mécanisme pour faire circuler la monnaie existante, même si, tout de même, un petit doute persiste dans mon esprit quant à savoir si effectivement ce sont les dépôts qui sont effectivement prêtés ou bien s’il s’agit seulement de contreparties visibles dans un bilan qui par définition doit être équilbré. Mon doute persiste parce que du point de vue légal les dépôts à vue sont la stricte propriété des déposants. Même si c’est une définition purement juridique qui ne reflète pas la réalité de ce qu’est pratiquement une banque. La monnaie déposée sur un compte en banque est un contrat, ce n’est pas de l’argent liquide immédiatement disponible en sa totalité pour tous les déposants. Il est alors exact de dire qu’une banque est une réserve potentielle de valeur et non pas un coffre fort. La monnaie est fondamentalement de nature relationnelle, je rejoins ici Fred L.

    L’argent n’existe pas en lui-même, aussi les tentatives pour baser la monnaie sur la contrepartie travail a ses limites si l’on ne considère pas sous quel rapport existe précisément cette contrepartie. Le travail lui-même voit sa définition et même son existence conditionné par le système social. Il est donc assez arbitraire de dire ceci est de la monnaie et ceci n’en est pas ou plus. Tant que le système fonctionne, même sur le mensonge, ou plutôt l’illusion, tout peut-être de la monnaie à partir du moment où on accorde un certain crédit aux moyens de paiement. Du reste, qui peut dire si l’expansion économique vertigineuse de ces trente denières années aurait été possible sans ce système pyramidal qu’est le crédit basé sur des produits financiers morobolants mais douteux ? Le système a vécu sur une illusion mais cette illusion a crée des richesses (évidemment avec une catastrophe sociale, écologique à la clé) bien réelles. Certes aujourd’hui des valeurs basées sur une confiance aveugle sont détruites. Des hedges fund ont disparu. Mais il y a bien une partie de ces crédits pourris qui ont alimenté le système.
    Ce qui est primordial de revoir ce n’est pas la monnaie en elle-même mais ce qu’on fait d’elle. S’il n’y avait eu besoin d’alimenter une telle économie au consumérisme exponentiel, inégalitaire, point n’aurait été nécessaire de se poser la question de la bonne ou de la « fausse monnaie » avec une telle acuité. Finalement interroger la monnaie est une façon détournée d’interroger notre modèle de civilisation. On considère maintenant qu’il y a de la monnaie non légitime, « fausse », d’aucuns diront crée ex nihilo, ou encore sans contrepartie travail, mais toutes ces choses renvoient finalement à un mauvais usage de la monnaie plus qu’à un débat sur sa nature. Ce sont les valeurs de nos sociétés qui sont en jeu à travers la question monétaire.

    Je ne suis pas très pointu dans le domaine monétaire, d’autres que moi en parlent de façon plus technique, si je me suis permis de glisser mon commentaire, c’est pour essayer d’y voir un peu plus clair dans ce débat et, éventuellement, au passage, poser quelques questions peu abordées.

  207. « I like one of our contemporary politicians of the conservative party (CDU), Heiner Geißler, also member of attac. »

    Quite amazing that a conservative is member of attac, no? In France or Belgium, this seems impossible. Geissler is worth to know, for sure.

  208. Nice to read you again Robert,

    You said : « so, why not call “money” money and “credit” credit. They are two different things. Money is used for exchanging goods in the market. Credit is used for preserving abstract values for a specific period of time, expressed in monetary units. That’s a hell of a difference! As a generic term for money and credit I would suggest “documentation systems”. »

    Ok, the trouble is that in French, the generic term is « monnaie », money can be called « argent » as Paul Jorion suggests and credit can either be called « credit » ou « reconnaissance de dettes »… And I think that, by calling « monnaie » what is generic (both « money/argent » and « credit »), the French langage leads to understand things in a slightly different way :

    – by confusing meanings with the word « monnaie », french leads to think that credit is just similar to money/argent. And yet it’s really important to understand that credit is slightly different than money/argent, and that banks create only credit and not directly money/argent

    but

    – by using a generic term with the word « monnaie », french leads to understand that credit and money/argent are both something from the same « family » (you called documentation systems) and that maybe there are not so different than a pear and an apple… but only different like a kind of pear is different from another kind of pear.

    As you can see in the example I used some post ago, when credit make prices rise just like money/argent did.

    You said : « on the side of the money holder money certifies the value of the product which he has sold already. On the side of the seller it certifies the value of a product in return, that the money holder is entitled to claim immediately. On the side of a creditor, credit documents a claim for an amount of money. On the side of the debtor it shows the amount of money he has to repay. The credit amounts are only measured with money, while the money circulates in the market measuring the real goods of exchange. »

    See how confusing now is the word money in English, when you say « credit amounts are measured with money ». How can a pear be measured by an apple ? to use your metafor.

    You said : »Money stands for actual goods and services that can immediately be withdrawn from the market. »

    Yes, that’s true, but where did this « money/argent » come from ?
    It is given by a state, and based on the quality of the debt of the state. So, it is a quite similar mechanism.
    Furthermore, the money/argent is gained by working just like if my work was the credit part of the deal, and money/argent was the counterpart.

    That’s why I love studying other langages, it is just like thinking with someone else’s brain !

    Au plaisir de vous lire,
    David

  209. Monnaie PERMANENTE (créée par la Banque Centrale)
    et monnaie TEMPORAIRE (créée par les banques commerciales)
    sont deux FORMES de MONNAIE :
    toutes deux sont des MOYENS DE PAIEMENT,
    toutes deux sont des SIGNES DOTÉS D’UN POUVOIR D’ACHAT FIABLE ET ÉQUIVALENT,
    toutes deux sont des ACTIFS ACCEPTÉS PAR TOUS LES VENDEURS
    pour le règlement de leurs créances nées de l’échange.

    Réduire la « monnaie » à la seule monnaie « manuelle » (billets et pièces) est une posture qui semble REFUSER PAR LES MOTS LE FAIT de la dématérialisation (générale et avérée) des monnaies, un recul purement lexical donc, qui gêne la compréhension du réel et complique la dénonciation des incontestables privilèges des banques commerciales.

    Chers amis,

    Il me semble que le débat sur la monnaie s’enlise ici (ou s’éternise) dans une complexité inutile et surtout dans une confusion apparue au départ.

    La principale confusion semble venir d’UNE DÉFINITION INCERTAINE DU MOT « MONNAIE », confusion conduisant certains d’entre nous à prétendre que « les banques commerciales ne créent pas de monnaie », affirmation qui paraît aux autres une criante contre-vérité démentie par les faits comptables quotidiens les plus élémentaires.

    Est-il possible —de façon à ensuite reprendre notre progression sur l’essentiel— de tomber d’accord sur UNE DÉFINITION INDISCUTABLE de la monnaie ?

    Car en effet, il semble que ceux qui prétendent que « les banques commerciales ne créent pas de monnaie » ne peuvent le faire qu’au prix de la réduction du mot « monnaie » à la seule monnaie dite fiduciaire ou manuelle (les billets et les pièces *), c’est-à-dire la monnaie PERMANENTE émise par l’État. Le dernier théoricien convoqué pour soutenir cette thèse est Helmut Creutz qui refuse effectivement de qualifier de « monnaie » les sommes disponibles sur les DAV (dépôts à vue).

    La lecture des vingt premières pages du livre d’Helmut Creutz permet de comprendre cette importante clef de compréhension : quand Creutz dit « les banques privées ne créent pas la monnaie », IL NE PARLE PAS DE LA MÊME MONNAIE QUE TOUT LE MONDE : il réduit le mot monnaie à la seule monnaie permanente émise par la Banque Centrale sous forme de billets et de pièces,

    ce qui fait que le titre du billet de Paul (« Pourquoi il n’y a pas de « création monétaire » par les banques commerciales ») induit tout le monde en erreur puisque personne ici n’avait jamais contesté à la monnaie scripturale DES FONCTIONS COMMUNES À TOUTE MONNAIE (en tout cas je le crois, parce que ce serait difficile à démontrer) : à la fois signe de pouvoir d’achat accepté par tous pour pratiquer les échanges et réserve de valeur.

    En relisant le premier billet de Paul, d’ailleurs, je ne retrouve pas du tout, à l’époque, cette restriction de vocabulaire (« monnaie » = seule monnaie permanente) apparue récemment avec le billet sur Creutz : au départ, Paul refusait simplement l’idée de la création de pouvoir d’achat ex nihilo par les banques ; Paul nous expliquait que les banques commerciales doivent détenir préalablement l’argent qu’elles prêtent (soit qu’elles prêtent directement l’argent déposé par d’autres clients, soit qu’elles prêtent de l’argent qu’elles empruntent pour cela) ; il nous disait (le 7 février 2008) : « Il n’y a (malheureusement !) pas de « miracle de création d’argent » : les banques commerciales ne créent pas d’argent ex nihilo ! Pour en prêter, il faut que comme vous et moi, elles le trouvent quelque part ! ».

    Je crois encore aujourd’hui que Paul se trompait, tout simplement.

    Et cette façon de présenter aujourd’hui le problème en laissant LES MOTS CHANGER DE SENS sans le souligner ressemble un peu à un sophisme (involontaire, sans doute).

    Car, si la définition du mot « monnaie » était effectivement réduite aux seuls billets et pièces (ce qui aurait quand même l’inconvénient de nous faire revenir au vocabulaire du moyen-âge…), nous serions vite tous d’accord : effectivement, les banques commerciales ne créent pas ce type de monnaie-là ; effectivement, les banques commerciales ne créent pas de monnaie permanente.

    Et alors ?

    Nous serions tous d’accord, mais sur un enjeu accessoire, alors que le problème principal resterait intact : le problème soulevé par ceux qui contestent aux banques la légitimité politique du droit de créer la monnaie temporaire (moyennant un intérêt ruineux qui s’apparente à un revenu sans travail, au dépens de la collectivité et en faveur de certains acteurs privilégiés), ce problème se serait simplement DÉPLACÉ par un glissement de vocabulaire : il resterait scandaleux que certains acteurs privilégiés détiennent (légalement mais illégitimement) un droit de création de nouveaux « SIGNES DOTÉS DE POUVOIR D’ACHAT », seraient-ils temporaires, un droit très coûteux pour la collectivité qui subit là un considérable manque à gagner : OK, ON NE DIT PLUS « MONNAIE », MAIS MÊME EN CHANGEANT DE MOT, LA RÉALITÉ DE LA CRÉATION DE POUVOIR D’ACHAT PAR LES BANQUES COMMERCIALES À L’OCCASION DU CRÉDIT SUR DAV RESTE À LA FOIS INCONTESTABLE TECHNIQUEMENT ET CONTESTABLE POLITIQUEMENT.

    À mon sens, le débat « la monnaie est-elle seulement la monnaie permanente émise par l’État ou bien aussi la monnaie temporaire créée par les banques » est un nuage de fumée qui nous distrait de l’essentiel : la vraie question — qu’on n’arrive pas à traiter à cause de la confusion décrite plus haut — est : « quelle est la légitimité politique et l’efficacité économique du droit qu’ont certains acteurs privilégiés de prélever sur la richesse nationale un revenu considérable (l’intérêt) en exerçant à titre privé un pouvoir qui devrait être régalien (exclusivement public) : financer l’activité économique en créant temporairement la monnaie dont les agents ont besoin immédiatement ? ».

    Pour résumer « les fondamentaux » en matière de technique monétaire, et pour soutenir la thèse que la monnaie est monnaie quelle que soit sa forme (métallique, papier ou scripturale), je reproduis ci-dessous un fragment de l’introduction d’un livre remarquable : « Mécanismes et politique monétaires. Économie du système bancaire français de L’UME », d’André Chaîneau, chez QUADRIGE / PUF, 1968 – 2000, 12ème édition.

    Comme Galbraith (dont je vous parlerai également très prochainement), c’est une fontaine d’eau claire pour comprendre la complexité du réel.

    Bonne lecture.

    Étienne.

    * La monnaie scripturale inspirant la même confiance que la monnaie papier pour solder les créances nées des échanges, on pourrait aussi bien l’appeler fiduciaire elle aussi ; mais peu importe.

    _________________________
    _________________________

    INTRODUCTION :
    [introduction du livre d’André Chaîneau, Mécanismes et politiques monétaires, PUF.
    C’est moi qui souligne. ÉC]

    « Cet ouvrage veut présenter l’économie d’un système bancaire, en l’occurrence celui de l’Union monétaire européenne.

    Mais le terme « économie » doit être précisé parce qu’il possède de nombreux sens. L’auteur l’entend, avant tout, comme « l’ordre qui préside dans la distribution des parties d’un ensemble ». Il s’agit donc essentiellement d’étudier les liaisons et relations entre divers agents et institutions qui donnent une structure homogène à un secteur : ici, le secteur bancaire.

    Il faut également préciser la méthode de l’étude. Elle aurait pu être une description des institutions de crédit (banques, organismes spécialisés, Trésor), ou une analyse juridique de la distribution du crédit, ou un exposé de technique bancaire. Si ce livre n’ignore pas les enseignements de ces approches, il recourt cependant à un langage proprement économique. Sa volonté affirmée a été de dégager de leur contexte, par un processus d’abstraction généralisante, les mécanismes monétaires de l’économie. Il y a donc simplification du réel dans la mesure où toute théorie simplifie. Les situations particulières d’existence ou de fonctionnement de telle ou telle institution disparaissent dans le concept abstrait.

    Cela ne signifie pas que la réalité soit méprisée. Bien au contraire, elle est réécrite dans une langue logique débarrassée de toutes les impuretés produites par l’évolution historique. (Il est symbolique de constater que les systèmes bancaires et financiers des pays nouvellement indépendants possèdent une structure plus rationnelle que celle des systèmes des pays anciennement industrialisés.)

    Alors, elle devient directement intelligible à l’intelligence humaine qui peut réaliser son ambition d’une action économique éclairée et faire passer dans les faits concrets et complexes une volonté correctement formulée. L’opposition des praticiens et des théoriciens est, sur le plan de la réflexion, la plus vaine qui soit. Ainsi, ce livre —sans recourir pour cela à un langage ésotérique— voudrait être aussi une reconstruction théorique de l’économie du système bancaire.

    Cette ambition a commandé la démarche de l’analyse par approximations successives qui fonde le plan.

    La première partie définit la monnaie, décrit la masse monétaire et introduit le système bancaire, tout en posant déjà quelques concepts d’analyse. C’est la situation de l’Union monétaire européenne qui est retenue comme illustration ; mais ce pourrait être n’importe quelle autre.

    Avec la seconde partie, il est fait table rase, au départ, des institutions monétaires et de leurs mécanismes. Mais leur reconstruction en est entreprise, étape par étape. D’abord, une banque unique fonctionne, crée et détruit de la monnaie. Puis, plusieurs banques commerciales coexistent dans un climat concurrentiel. Enfin, une Banque Centrale coiffe le réseau des banques commerciales dont la gestion, profondément affectée par son existence, justifie l’établissement de relations par la voie du refinancement sur le marché interbancaire. Elle expose donc les mécanismes de création de monnaie de chaque banque, leur interdépendance ainsi que leur pouvoir de multiplier les signes monétaires. Mais l’analyse reste statique.

    Avec la troisième partie, l’étude devient plus dynamique. Elle montre que le fonctionnement du système bancaire donne à la Banque Centrale la possibilité d’exercer un pouvoir de direction monétaire. Pour réguler l’activité des banques, elle dispose de deux instruments : la politique du refinancement et du taux d’intérêt ainsi que la politique des réserves obligatoires.

    La dernière partie est le terme inévitable de cette étude. Une théorie de l’offre de monnaie par les banques a été jusque-là présentée. Il faut maintenant répondre à la question : Pourquoi cette offre de monnaie ? La réponse évidente est : pour le financement de l’économie. Mais aussi naïve qu’elle puisse paraître, il faut la reprendre et la développer dans toute une partie. La théorie du rôle des intermédiaires financiers est — assez étonnamment — trop récente et trop incertaine pour qu’elle puisse ne pas être exposée. Elle permet d’ailleurs de mieux comprendre l’institution banque commerciale qui remplit simultanément deux fonctions : celle d’organisme créateur de monnaie étudiée tout au long des chapitres précédents et celle d’organisme collecteur d’épargne, sans doute plus simple à analyser mais très importante sur un plan quantitatif. Ainsi cette partie permet d’approcher la banque sous un aspect plus institutionnel et ainsi d’achever l’étude du système bancaire.

    (…)

    ___________________

    CHAPITRE PREMIER : L’ACTIF MONÉTAIRE

    I. DÉFINITION DE L’ACTIF MONÉTAIRE

    1° Généralités. — La monnaie est constituée par l’ensemble des moyens de paiement, c’est-à-dire par la somme des actifs qu’acceptent tous les vendeurs pour le règlement de leurs créances nées de l’échange et que leur remettent leurs acheteurs qui règlent ainsi leurs dettes.

    La monnaie apparaît donc fonctionnellement comme l’équivalent-valeur de tout ce qui fait l’objet d’une transaction. Cela implique que l’unité monétaire est l’unité de compte de la valeur marchande de tous les biens, services et titres. Le plus souvent, sa définition est nationale ; mais elle peut être plurinationale : c’est le cas pour l’euro qui est la monnaie des pays qui forment l’Union monétaire européenne. La définition nationale ne doit pas faire oublier qu’une monnaie nationale peut être très utilisée en dehors de ses frontières, comme le dollar us.

    Mais cette fonction de la monnaie, celle d'<b<intermédiaire des échanges ou plus exactement de contrepartie des échanges, peut être incorporée dans plusieurs supports. Alors coexistent plusieurs formes monétaires : la monnaie-papier (les billets), la monnaie métallique (les pièces) et la monnaie scripturale (les dépôts).

    2° La monnaie-actif. — La monnaie qui donne le pouvoir d’acheter est à l’évidence un élément de richesse. Elle figure à l’actif du bilan des agents économiques. Cet actif monétaire est durable ; il ne se détruit pas au cours de l’échange qui ne le fait que circuler. Sa durée de vie est plus longue que celle d’une voiture, d’un réfrigérateur ou d’une maison puisque aucun de ses utilisateurs n’a à se soucier de son remplacement qui est assuré gratuitement. L’éternité étant impossible à postuler, la monnaie est un actif extrêmement durable.

    Actif durable sans aucun doute, mais doté d’une spécialisation fonctionnelle, telle est la monnaie. En effet, tout actif est défini par le service rendu. Lui, l’actif monétaire, sert au règlement de la créance-dette qui naît à l’occasion de la vente-achat d’un actif non monétaire. Il sert de contre-valeur à tout ce qui n’est pas lui-même.

    3° La dichotomie des actifs monétaires et des actifs non monétaires. — Elle se déduit du rôle de la monnaie dans les transactions. S’opposent d’une part les actifs non monétaires qui sont les objets des transactions : les biens, les services, les titres financiers et aussi les monnaies étrangères nommées devises et d’autre part les actifs monétaires qui sont les facteurs permissifs des transactions.

    II. L’ÉCHANGE ET LA MONNAIE

    (…) [… André Chaîneau décrit ici le troc et son inconvénient majeur : pulvériser le marché global en d’innombrables marchés particulier…]

    d) La fonction de la monnaie est de faire éclater le troc en deux demi-échanges réels. I vend d’abord son bien Bl et ensuite achète le bien B2 désiré. Ne pourrait-on pas penser qu’il y a en fait la succession de deux trocs successifs : d’abord celui de Bl contre de la monnaie et ensuite celui de la monnaie contre B2 ? La réponse est négative. L’actif monétaire que reçoit le vendeur n’a, pour lui, pas d’autre utilité que celle de lui permettre d’acheter. Il ne représente pas un bien spécifique – même s’il en est un ; il ne représente qu’un pouvoir d’achat.

    La conséquence est que LE SUPPORT MATÉRIEL DE LA MONNAIE N’A AUCUNE IMPORTANCE, QUE SEULE COMPTE LA FONCTION MONÉTAIRE. La monnaie, dans l’exemple retenu, n’est que l’intermédiaire du passage de Bl à B2. Aussi dit-on qu’elle remplit la fonction d’intermédiaire des échanges. La différence avec le troc est totale. Ce dernier établit des prix relatifs, c’est-à-dire des taux d’échange entre deux biens que les participants désirent posséder. Avec la monnaie, on obtient des prix absolus, des prix abstraits détachés de toute idée de possession du bien qui est à la base de la monnaie.

    AINSI S’EXPLIQUE L’ABANDON DE TOUTE FORME MATÉRIELLE PAR LA MONNAIE, son évolution d’une monnaie-bien de type réel (l’or par exemple) vers une monnaie-signe de type abstrait (la monnaie moderne), vers une monnaie purement fonctionnelle.

    e) L’inconvénient de l’échange monétaire découle de son avantage. La vie est ainsi faite. Le troc a éclaté en deux demi-échanges réels (vente puis achat) déséquilibrés réellement et rééquilibrés monétairement. L’équilibre réel fondamental du troc : une offre et une demande de biens simultanées, n’est retrouvé que si l’achat suit la vente. Alors, la monnaie remplit idéalement sa fonction d’intermédiaire des échanges. Mais l’enchaînement, quoique très probable, n’est pas absolument certain.

    L’agent peut vendre sans acheter : il conserve de la monnaie en caisse, il thésaurise. Il peut acheter sans vendre : soit il déthésaurise, soit il bénéficie d’une création de monnaie. Si, au niveau individuel, la coexistence d’avares et de prodigues est évidente, c’est un peu plus compliqué au niveau global.

    (…)

    Ainsi la monnaie possède l’inconvénient de son avantage. Parce qu’elle brise le troc en deux demi-échanges réels indépendants —une vente et un achat— elle facilite et multiplie les transactions ; mais elle permet aussi la généralisation à toute l’économie d’un ÉVENTUEL DÉSÉQUILIBRE RÉEL impensable sous le régime du troc qui exige la réalisation simultanée d’une offre et d’une demande réelles de même valeur pour les deux cocontractants.

    Mais l’avantage de la facilitation des échanges l’emporte sur l’inconvénient de l’instabilité de l’économie que l’on essaiera de pallier.

    III. L’ACTIF MONÉTAIRE ET LES AUTRES

    L’actif monétaire est tout actif qui tire son utilité de sa fonction de moyen de règlement de la dette-créance qui naît de toute transaction achat-vente.

    Comme cet actif monétaire doit être commun au plus grand nombre de coéchangistes, son aire d’usage à titre exclusif ou principal définit un espace monétaire auquel correspond un espace commercial intégré. La règle est celle d’un cadre national. Mais dans l’Europe occidentale contemporaine, pour onze pays (en 1999), ce cadre monétaire national est devenu celui de l’Union monétaire européenne avec l’euro qui est une monnaie plurinationale.

    Les actifs non monétaires sont tous les autres qui sont échangeables contre de la monnaie sur leurs marchés respectifs, c’est-à-dire qui sont liquidables en monnaie. Cette distinction est inattaquable.

    On peut distinguer deux types principaux d’actifs.

    Les actifs réels sont ceux sur lesquels s’exerce un droit réel de propriété : les biens et les services.

    Les actifs financiers apparaissent lors d’opérations prêt-emprunt et représentent les droits personnels des créanciers sur leurs débiteurs : ce sont les titres. Les actions posent un problème. Ces titres de propriété sont juridiquement des actifs réels mais matériellement ressemblent à des actifs financiers.

    Ce sont tous ces actifs non monétaires dont la propriété circule de vendeur à acheteur contre la remise de monnaie.

    Les fonctions de l’actif monétaire.

    Pour qu’un actif devienne de la monnaie, il doit remplir deux fonctions.

    a) La première fonction est celle d’unité de compte : elle résulte de son utilisation comme mesure-étalon de la valeur de marché des actifs non monétaires. Ceux-ci se voient attribuer des prix monétaires fixés en unités monétaires.

    b) La seconde fonction est celle d’intermédiaire des échanges. Alors, la monnaie est la contre-valeur remise par l’acheteur au vendeur pour qu’il abandonne son bien.

    c) Une monnaie complète cumule les deux fonctions. Une monnaie peut ne remplir que la première : elle est alors une monnaie de compte : ce que l’écu européen était pratiquement. Par contre, l’euro de l’Union monétaire européenne est une véritable monnaie depuis janvier 1999 : en effet les monnaies nationales qui ne disparaîtront effectivement qu’en 2002, ne sont d’ores et déjà que des subdivisions temporaires de cet euro.

    d) Qu’en est-il de la fonction de réserve de valeur ?

    Même si elle a beaucoup frappé les économistes, elle n’a pas une importance fondamentale. D’abord elle dérive du caractère nécessairement durable de l’actif monétaire. La monnaie doit pouvoir circuler plusieurs fois de débiteur à créancier, donc ne peut être que durable et donc doit conserver sa valeur au cours du temps. Ensuite dans cette fonction de réserve de valeur, la monnaie est concurrencée par tous les autres actifs durables qui souvent la remplissent mieux qu’elle : actions, immeubles, objets d’art, etc.

    Quelle valeur la monnaie conserve-t-elle dans le temps ? La réponse évidente est sa valeur nominale, l’euro aujourd’hui vaut 1 euro demain. Mais si la monnaie est une parfaite réserve de valeur nominale (ce qui explique que l’on n’est pas obligé de dépenser tout de suite la monnaie gagnée et ce qui entraîne la possibilité des déséquilibres de l’économie), est-elle en plus une bonne réserve de valeur réelle ? La réponse immédiate est non parce que nos sociétés connaissent un taux d’inflation positif.

    (…)

    Donc, dès qu’il y a une quelconque élévation du niveau général des prix, la monnaie devient une mauvaise réserve de valeur réelle et est concurrencée par les actifs non monétaires durables qui profitent le plus de cette conjoncture de hausse des prix.

    Telle est la monnaie.

    ______________________

    CHAPITRE II : LA MASSE MONÉTAIRE

    I. LA DÉFINITION DE LA MASSE MONÉTAIRE

    La masse monétaire est la somme des actifs monétaires que détiennent les agents économiques pour la réalisation de leurs transactions présentes et futures. Elle représente la somme de leurs encaisses.

    Comme cette encaisse monétaire globale a pour fonction de servir dans les échanges, l’ensemble des utilisateurs de monnaie formera dans l’économie le secteur non bancaire qui sera noté SNB. Il comprend essentiellement les ménages et les entreprises mais aussi les administrations et quelques rares institutions financières non bancaires.

    Par opposition, existe le secteur bancaire noté SB dont les raisons d’exister sont la création de monnaie et la gestion de sa circulation.

    II LA MONNAIE DÉTENUE PAR LE SECTEUR NON BANCAIRE

    Quelle est la nature de cette monnaie, actif de paiement ?

    La monnaie est une créance sur le secteur bancaire.

    La monnaie figure à l’actif du bilan des agents économiques qui l’utilisent et qui possèdent soit des actifs réels meubles et immeubles, soit des créances sur d’autres agents économiques.

    De nos jours, il n’existe plus de monnaie-bien, de monnaie-marchandise à valeur intrinsèque (l’or par exemple). Aussi elle se présente comme un titre de créance.

    Peut-elle être un titre de créance sur le secteur non bancaire ? La réponse est non parce qu’une telle créance qui résulte d’une opération de prêt n’a pas le pouvoir de circuler d’acheteur à vendeur : par exemple, l’obligation émise par une entreprise ou une administration et détenue en portefeuille par un ménage ne peut être utilisée par ce dernier pour régler un achat.

    Est-elle alors une créance sur le secteur bancaire ? La réponse est non et oui. Non s’il s’agit d’un titre représentant un prêt fait par l’agent du SNB à une banque, titre qui établit une relation personnelle. Oui si ce titre de créance sur la banque peut circuler de débiteurs à créanciers successifs.

    En conséquence, toute monnaie est une créance sur une banque, mais pas l’inverse.

    La monnaie n’est pas une dette du secteur bancaire.

    Cette affirmation peut paraître surprenante puisqu’il vient d’être dit que la monnaie est une créance sur une banque.

    La première raison est que la monnaie, actif de paiement, circule sans cesse de débiteurs à créanciers, dans la communauté de ses utilisateurs. Sa fonction de moyen de paiement la piège donc dans ce secteur non bancaire et la rend inopposable aux banques.

    À cette première explication fonctionnelle s’ajoute une seconde, logique : comment les banques pourraient-elles rembourser ce titre qui est lui-même la monnaie ?

    L’originalité de la monnaie (en fait une des originalités) est que, à la créance monétaire du secteur non bancaire ne peut PAS correspondre une dette MONÉTAIRE du secteur bancaire.

    La première conséquence est que l’opposition des biens et des titres est insuffisante et qu’il faut y introduire la monnaie. Ce sera la distinction des actifs réels, financiers et monétaires.

    La seconde conséquence est que sera appelée banque toute institution financière disposant de ressources permanentes SERVANT DE MOYENS DE PAIEMENT qui évidemment figureront à son passif.

    Les autres institutions financières qui ne peuvent qu’emprunter seront dites non bancaires.

    La complication vient de ce que les banques peuvent, en plus de leurs ressources monétaires, disposer de ressources empruntées. Il n’en reste pas moins que ce qui les spécifie est la présence, au passif de leurs bilans, de ressources servant au règlement des transactions commerciales et financières.

    4° Les diverses formes monétaires.

    a) L’actif monétaire, créance sur une banque qui circule de débiteur à créancier, prend plusieurs formes.

    Il peut être 1 / billets notés B émis seulement par la Banque Centrale : pour nous la Banque Centrale européenne qui a le privilège de leur émission, 2 / monnaies divisionnaires MD (les pièces de monnaie qui servent d’appoint aux billets et qui seront confondues avec eux étant beaucoup moins importantes), et enfin 3 / dépôts D faits sur les comptes courants de leurs utilisateurs, comptes ouverts dans les banques commerciales (Banque nationale de Paris, Crédit agricole…, etc.).

    b) Commentaires de ces formes,

    1. Très souvent les billets B et les monnaies divisionnaires MD sont regroupés dans un même sous-ensemble, celui de la monnaie manuelle qui circule de la main à la main, par tradition (remise) manuelle du débiteur au créancier. En effet, les pièces de monnaie servent d’appoint aux billets. La notation de ce regroupement reste B parce que les monnaies divisionnaires sont en quantité très faible par rapport aux billets.

    2. Ces trois formes du même actif monétaire doivent évidemment être RÉCIPROQUEMENT CONVERTIBLES SANS CONDITION, SANS COÛT (ou très réduit) ET SANS RISQUE (c’est-à-dire à taux de change unitaire : 100 euros en billets égaux à 100 euros en dépôts égaux à 100 euros en monnaies divisionnaires).

    3. Il faut se souvenir que D ne comprend que les dépôts à caractère monétaire. Les banques reçoivent d’autres dépôts qui ne sont pas naturellement monétaires mais qui sont convertibles en actifs monétaires après liquidation sur leurs marchés respectifs. L’exemple limite est celui des dépôts sur livrets dont la conversion en monnaie est extrêmement facile (elle se fait à la demande sur présentation du livret), mais qui cependant restent des titres, des actifs financiers parce qu’ils ne peuvent pas servir de moyens de paiement.

    Résumé.

    La masse monétaire M se ventile en : billets B, monnaies divisionnaires MD et dépôts D :

    M = (B + MD) + D
    expression que l’on simplifie en : M = B + D
    parce que billets et pièces sont deux formes complémentaires de la monnaie manuelle.

    Autrefois, l’on aurait structuré la masse monétaire selon son apparence matérielle : métallique, papier et scripturale ; l’on aurait insisté sur le processus de dématérialisation de la monnaie qui aurait conduit du métal au papier puis au signe écrit. C’EST AUJOURD’HUI SANS INTÉRÊT. IL N’Y A PLUS DE MONNAIE-MARCHANDISE À VALEUR RÉELLE : MÊME NOS PIÈCES EN CUPRO-NICKEL SONT UNE MONNAIE-SIGNE. IL N’Y A PLUS QUE DE LA MONNAIE FIDUCIAIRE QUI NE VAUT AUX YEUX DES UNS QUE CE QU’ELLE VAUT AUX YEUX DES AUTRES. (Il est permis de regretter que la Banque Centrale européenne utilise l’expression monnaie fiduciaire pour désigner la monnaie manuelle : toute monnaie repose sur la « fides » que l’on a en elle.)

    (…) [La suite est littéralement passionnante.
    Cet homme a l’art d’expliquer simplement les réalités complexes. ÉC]

    André Chaîneau, « Mécanismes et politique monétaires. Économie du système bancaire français de L’UME » (QUADRIGE / PUF, 1968 – 2000, 12ème édition)

    ______________________

    Personnellement, malgré l’attention et l’intérêt que je porte au livre « Le syndrome de la monnaie » (que je lis avec plaisir), je trouve qu’Helmut Creutz sème ici une confusion supplémentaire avec une distinction qui ne sert à rien, comme si Helmut Creutz n’acceptait pas la dématérialisation de la monnaie et comme s’il ne se rendait pas compte que même la monnaie fiduciaire —elle aussi !— est désormais dématérialisée (elle n’a plus aucune relation avec un bien matériel, or, argent ou autre) :

    Bon, LES BANQUES PRIVÉES NE CRÉENT PAS DE MONNAIE PERMANENTE, ET ALORS ?

    Le problème essentiel (celui de la monnaie temporaire) semble alors inaccessible par un effet de LEURRE d’un non problème qui obsède Creutz et qui détourne notre attention.

    Indépendamment du nom qu’on lui donne, que pense cet auteur de la monnaie TEMPORAIRE indiscutablement créée à gogo par les banques privées ?

    Par ailleurs, que faut-il penser de L’INTÉRÊT perçu à l’occasion de cette création de monnaie temporaire sans autre effort qu’une ligne d’écriture comptable ?

    Je continue donc à lire ce gros livre en espérant bien y trouver des réponses.

    Mais la citation de Paul (en tête de cette conversation) ne me paraît pas la plus intéressante du livre, ni la plus utile.

    Et elle n’apporte pas à Paul (il me semble) le renfort dont il avait besoin pour valider son billet « Le scandale des banques qui « créent » de l’argent » et sa thèse (incompréhensible, pour moi, jusqu’ici) d’une « conservation des quantités » en matière de crédit bancaire.

    Les explications de Chaîneau me paraissent rigoureuses car elles n’empilent pas les contradictions des autres théories en y ajoutant les siennes : les explications de Chaîneau — peut-être est-ce dû à leur approche comptable — me semblent difficiles à contester.

    Quand Creutz prétend par exemple (page 9) que nous confondons, tous autant que nous sommes, le chéquier ou la carte bleue avec la monnaie, il nous prend pour des imbéciles : personne ne confond le calepin de chèques vierges avec LA PROVISION TRANSMISSIBLE qui attend nos ordres de virement à la banque, personne ne confond la carte en plastique avec la créance du DAV que la carte permet de transférer sans s’y substituer.

    La monnaie, c’est la créance transmissible (et acceptée par tous en paiement), et non pas le support de la transmission, qui peut prendre plusieurs formes et qui ne doit pas faire perdre de vue l’essentiel de la monnaie-dette.

    Amitiés à tous, (je vous prépare quelques délicieuses explications de Galbraith).

    Étienne.

  210. Il me semble Etienne qu’il s’agissait de comprendre cette différence qui faisait que nous n’arrivions pas à tomber d’accord. Or nous avons mis le doigt dessus en travaillant sur la définition du mot « monnaie ». Il me semble aussi que le passage de l’anglais au français ou du français à l’anglais questionne bien cette difficulté du sens des mots.

    Il me semble aussi quand même, bien que je partage votre avis général sur les extraits que j’ai pu lire d’Helmut, qu’on ne peut pas non plus confondre tout à fait, monnaie temporaire (ayant un paramètre évolutif avec le temps selon la vitesse et la durée du remboursement) et monnaie dite « permanente » (pas de système direct dettes/remboursements)

    Les « créationnistes » ont fait un pas en comprenant la particularité du crédit et la différence entre fortune et argent.
    Il me semble maintenant que c’est au « créditistes » de mieux analyser l’ensemble des fonctions du crédit dans le temps et… l’espace, et qui en font potentiellement une forme « dimensionnelle » d’argent.

  211. Bonsoir Etienne,

    Vous revenez en force. C’est bien.
    Simplement une seule question en espérant que vous y répondrez:

    Si les banques font de la création monétaire en faisant du crédit comme vous le pensez, comment se fait il que pour résoudre le problème de la bulle du crédit certaines autorités financieres (americaine) préconisent en dernier recours la monetisation de la dette en faisant tourner “la planche à billet”? C’est donc que les banques ont créé de la dette et non pas de la monnaie sinon pourquoi monétiser?
    Si vous arrivez à répondre à ce mystère je vous accorde que c’est vous qui aviez raison.

    Amicalement

  212. Très simplement Nadine,

    En prenant en compte le paramètre temps.

    Si on considère que le crédit est une monnaie dimensionnelle qui se gonfle et se dégonfle dans le temps et l’espace. Alors il est logique que, lorsque cette monnaie-là se dégonfle, on imagine des phénomènes de compensation pour regonfler la masse monétaire.

    Ce qui veut dire que vous avez en partie raison (il s’agit de crédit, donc d’une monnaie très spécifique, dimensionnelle) mais Etienne aussi a raison quand il dit que c’est quand même une forme de monnaie.

    Qu’en pensez-vous ?

  213. nadine dit :
    20 décembre 2008 à 23:30

    « C’est donc que les banques ont créé de la dette et non pas de la monnaie sinon pourquoi monétiser? »

    Juste avant de fermer, je tombe sur votre question à Étienne. J’y répond ainsi:

    Normalement, il n’y a pas de mystère (ou alors le lucre serait un mystère?). Les banques ont créé de la dette (en fait création monétaire par des crédits abondants et peu « regardants ») en veux-tu en voilà parce que c’était bien plus rentable et lorsque la FED a baissé ses taux, il fallait bien rattraper par la quantité le manque à gagner de la baisse des taux de la FED, plutôt que de créer et gérer de la monnaie à usage « utilitaire » qui rapporte beaucoup moins, etc. Mais maintenant que les taux ont carrément plongé vers 0, autant « monétiser ». Exemple: Quelle est la différence entre la création monétaire et des – reconnaissances – de dettes? Pourquoi donc autoriser des émissions d’obligations par exemple, en s’adressant aux « faiseurs d’argent » (les banques commerciales privées) et s’endetter auprès d’elles, plutôt que d’émettre directement l’argent nécessaire à très peu de frais tel que le droit régalien l’autorise aux pouvoirs sensés représenter la société dans son ensemble, autrement dit l’État.

    Voici une remarque on ne peut juste de Thomas Edison, prolifique et célèbre inventeur, esprit fécond s’il en est, je l’ai déjà cité dans le blog:

    «Il est absurde de dire que notre pays peut émettre 30 millions $ en obligations, et pas 30 millions $ en monnaie. Les deux sont des promesses de payer, mais l’un engraisse les usuriers, et l’autre aiderait le peuple.»

  214. Hi, Dav
    Thank you for your comment.

    Dav said:
    « Ok, the trouble is that in French, the generic term is “monnaie”, money can be called “argent” as Paul Jorion suggests and credit can either be called “credit” ou “reconnaissance de dettes”… And I think that, by calling “monnaie” what is generic (both “money/argent” and “credit”), the French langage leads to understand things in a slightly different way : »

    You are certainly right. The entry in dictionaries can only give the two words of different languages for the same thing. But the conceptions behind the words may differ from language to language and rarely are 100% identical. The English word « money » and the French word « monnaie » are derived from the same root : the Latin « moneta ». « Moneta » was used for coins in Old Rome. The English word « money » is very vague. Depending on the context it can mean « cash » (fr: argent) or « currency » (fr: monnaie). The idea behind currency is « something flowing » and the adjective « current » also refers to the present state of something that flows on. The German word « Geld » is similarly vague as « money ». In order to more precisely express what is meant, we would use « Bargeld » for « cash » and « Währung » for « currency ». But here too, the original meaning of « Währung » is quite different from « currency ». « Währung » refers to « something lasting, enduring ». I does not necessarily mean « static », though. I think, the French distinction between « argent » and « monnaie » is more precise than in English or German. But I don’t think the confusion arises from a different conception of the words in different languages. The controversy of credit versus money is language-independant. And it seems to be very very old. After I began to probe into money matters about 12 years ago, I learnt that people were already arguing about this question for decades. So I had to find an answer to that question on my own. I was looking at the real thing and I found that credit and money were two different things that have to be kept clearly apart. In my view, the confusion arises from the fact, that central banks everywhere in the world, in France as well as in Germany in England, the USA, Japan or wherever, practise credit as an issuing method for money. And since this is so, one is led to believe that money basically is credit. The funny thing is, no matter how money is issued in the first place, as long as it circulates in the market, it executes the function of a medium of exchange and that function is quite distinct from the function of a credit. No doubt, both functions are extremely useful, but they have to be clearly distinguished.

    Dav said :
    « As you can see in the example I used some post ago, when credit make prices rise just like money/argent did. »

    OK, let’s take your example. It resembles pretty much the examples in economic textbooks.

    Dav said :
    « Here is a bank I lent 100 Euros I had from my job.
    This first bank is lending money to someone who is going to depose it to another bank, say 90 euros.
    This second bank is lending money to someone who is going to depose it to another bank, say 80 euros.
    This third bank is lending money to someone who is going to depose it to the first bank, say 70 euros. »

    I had seen a similar description in a textbook published by the Deutsche Bundesbank, the German Central Bank, in order to explain money creation by commercial banks. And the first thing, I stumbled over in that example, was : why does somebody, who borrows money from the first bank, deposit this money in the second bank? Who does that? Who borrows money from one bank and deposits it in another bank? And why would someone do such a thing?

    I don’t find this a realistic example. So lets make a Shakespearean play of it and introduce a few more actors and maybe some props. OK, here is Lady Macbeth, she’s got 100 euros and lends it to Bank A. Now appears Hamlet on stage and he’s pondering about the nasty things he had called Ophelia the other day. He feels sorry for his nasty words and wants to beg Ophelia’s pardon. In order to show her that he is serious about it, he wants to give her a present. But he doesn’t have money. So, he goes to Bank A and asks for a loan. The director of the bank says: « We’ve got 100 euros at our disposal, so I can offer you 90 euros. 10 euros I have to keep as a minimum reserve. » Hamlet agrees and takes the 90 euros and now – what is he going to do? He does not deposit this amount in Bank B, but he goes to the Merchant of Venice to see whether he’s got something that he can buy as a gift for Ophelia. The Merchant of Venice offers him a nice litte ring of gold with a pearl. Hamlet likes the ring and the deal is perfect. Hamlet gives 90 euros to the Merchant of Venice, who in turn hands the ring over to Hamlet. The Merchant of Venice then deposits 90 euros on an account in Bank B (he lends it to Bank B).

    Alright, let’s have a look at the present situation. Bank A still has 10 euros real money (argent) in its vaults. 90 euros of real money are now in Bank B. In addition, Bank A has an outstanding amount of 90 euros (Hamlet’s debt to the bank) and it still owes 100 euros to Lady Macbeth. The amount of real money in the system has not changed : 100 euros, but the amount of credits have increased 100 + 90 euros. The real money in the example was used for buying goods from the market. And that’s what money is meant to be used for as a medium of exchange.

    Now, if the bank accounts in the example are current accounts (comptes à vue), then Lady Macbeth might come back any time to call her money back. If she comes after Hamlet has repaid his debt, there is no problem. Bank A will give it back to her. It’ll take a while for Hamlet, though, to pay his debt back. He’s got nothing to sell. His sword, maybe, but he still needs it for the fight against Ophelia’s brother at the end of the play. He can’t sell it. Alas, Lady Macbeth doesn’t want to wait that long. The next day after having deposited her money in Bank A she changed her mind, comes back and demands in a loud and resolute voice: « Gimme my 100 euros back! » And you know Lady Macbeth, if she wants something you’d better obey! So, the director of Bank A, slightly embarrassed, says with a trembling voice: « Of course, Lady Macbeth, I’ll go to the vaults and fetch it right away. » And Lady Macbeth grumbles: « Hm. » But we all know, the director was telling a lie, because he’s got only 10 euros in his vaults. He escapes from the bank through the back door, runs across the street to Bank C (the inter-banking financial market) and asks the director: « Please, please, lend me 90 euros, quick! » In most cases, he would get it there, if not, he can still go to the lender of last resort : the central bank. The director of Bank A returns 100 euros (90 euros borrowed + 10 euros reserve) to Lady Macbeth and satisfied she leaves the bank. The director sighs in relief and wipes the sweat off his forehead.

    Let’s have another look back now. Bank A has 90 euros debt to Bank C, Hamlet owes 90 euros to Bank A, and Bank B owes 90 euros to the Merchant of Venice, makes a total of 270 euros of debts. After Hamlet has repaid his debt, Bank A will settle its debt with Bank C, and only Bank B owes 90 euros real money (argent) to the Merchant of Venice and this is still in the vaults of Bank B. These 90 euros only reflect an exchange of something real (the ring with pearl).

    In conclusion we can say, if Lady Macbeth wouldn’t have deposited her money in Bank A, Hamlet could not have taken a loan and the Merchant of Venice could not have sold his ring. So, credits are a facility to optimize the use of money.

    Please keep in mind that, if you read textbooks on economy, economists tend to – deliberately or not – neglect or forget the real sphere in economy! Credits have no influence on the price level whatsoever. It’s only the real money supply (argent) reflecting goods and services in the market that can have an influence on the price level.

    Dav said :
    « See how confusing now is the word money in English, when you say “credit amounts are measured with money”. How can a pear be measured by an apple ? to use your metafor. »

    Of course, pears cannot be measured with apples. The metaphor was to illustrate that two different words point at two different things. Don’t misunderstand the finger, that points at the moon, as the moon itself.

    Let me put this “credit amounts are measured with money” in other words. Marshall McLuhan says: « The content of a medium is always another medium. » Applied to credit and money, we can say: the content of credit is money. Or : credit depends on money. The content of money is services and goods. Or : money depends on goods and services. The content of services and goods is – well, pretty obvious in services – human work. Or : goods and services depend on human work. This also applies to material goods, because they get their value from human work. Matter itself is a loan from nature, the value of which cannot (or rather : should not) be expressed in terms of private property or money. That is another source of confusion in our monetary systems, though it’s closely related to « money creation ex nihilo ».

    Robert said :
    ”Money stands for actual goods and services that can immediately be withdrawn from the market.”

    Dav said :
    « Yes, that’s true, but where did this “money/argent” come from ?
    It is given by a state, and based on the quality of the debt of the state. So, it is a quite similar mechanism. »

    By tracing money back to its origin in the existing system you are absolutely right. But in my view, the existing system ist worth to be thoroughly questioned.

    Dav said :
    « Furthermore, the money/argent is gained by working just like if my work was the credit part of the deal, and money/argent was the counterpart. »

    True for the existing system. But I think we should find a better view.

    Dav said :
    « That’s why I love studying other langages, it is just like thinking with someone else’s brain ! »

    Yes. Exchanging our views and thoughts help us to live together in the Global Village. We’re communicating via the internet – a medium. The content of the internet can be various things: pictures (gif, jpg), sounds (mp3), videos (mpg, wmv, flash movies etc.), written texts in various formats, like this blog. The content of this blog is a digital kind of print. The content of print is writing. The content of writing is spoken language. The content of spoken language is thought, the thoughts of all individuals writing here. And the content of thought? Maybe pure presence? Pure awareness?

    Je suis donc je pense. 🙂

    Dav said :
    « Au plaisir de vous lire,
    David »

    Merci, David.
    Cordialement
    Robert

  215. Chère Nadine,

    Effectivement, l’expression « monétiser la dette » me paraît étrange (est-ce bien traduit ? Qui parle, en disant cela ?) puisque désormais, si j’ai bien compris, —et vous avez raison de souligner la contradiction— toutes les monnaies sont (déjà) de la dette : dette de la Banque Centrale (monnaie manuelle et monnaie BC) ou dette d’une banque commerciale (monnaie scripturale soldes disponibles des DAV), et même parfois dette d’un agent suffisamment fiable pour qu’un titre de créance contre lui soit accepté en paiement par de nombreux acteurs (l’important pour qu’on puisse parler de monnaie est que ce titre de créance puisse CIRCULER librement avec une force libératoire dans les échanges).

    Cette expression « monétiser la dette » joue sans doute sur les mots (pour masquer certaines responsabilités écrasantes ?) en n’appelant plus « monnaie » que la monnaie d’État, dans un contexte où les banques commerciales —situation actuelle véritablement extra-ordinaire— sont toutes en faillite, SAUF SI L’ÉTAT —seul rescapé du naufrage parce qu’il est, lui, indestructible— REPRENAIT À SON COMPTE LES DETTES DES BANQUES FAILLIES, comme si la dette des faillis (la monnaie ayant pour contrepartie les prêts subprimes et autres risques insensés) devenait (par un nouveau traitement de faveur extravagant, Nadine, convenez-en) la dette de l’État, comme si la fausse monnaie des banques commerciales devenait — par un coup de baguette magique, par le fait du prince, complice des usuriers— la vraie monnaie de l’État.

    Tout ça sans jeter un seul de ces faux-monnayeurs usuriers en prison.

    Mais, si l’expression « monétiser la dette » signifie bien « transférer à l’État la charge de la dette des banques faillies », alors, cette distinction entre la fausse monnaie des banques privées (capables d’être en faillite pour avoir pris infiniment trop de risques à créer des tombereaux de monnaie en prêtant même à des insolvables, par une invraisemblable cupidité) et la vraie monnaie de l’État (jamais en faillite par principe) devient une réalité assumée en crise, alors qu’elle n’était même jamais débattue hors crise.

    J’aimerais bien qu’on arrive à parler ici de la responsabilité, pénale et patrimoniale, de tous ces « professionnels de la finance », de tous ces prétendus « professionnels du risque », des « ingénieurs financiers » qui n’assument jamais PERSONNELLEMENT le risque des MILLIARDS qu’ils engagent tous les jours dans les salles de marché, tous des « gens sérieux » qui savent compter, eux, pas comme nous, les amateurs, les charlots, les jean-foutre, les drôles, qui ne comprennent rien au risque ni aux subtilités aristocratiques de la haute finance… En cette occurrence, la prétendue « complexité » des mécanismes monétaires sert évidemment à masquer les responsabilités.

    L’histoire de la monnaie de Galbraith (son livre « L’argent » est simplement passionnant) montre que tout ça est une vielle histoire. En voilà un petit extrait :

    (…) « Ceux qui possèdent de l’argent, comme autrefois ceux qui s’enorgueillissaient de grands titres ou d’une noble naissance, s’imaginent toujours que la crainte et l’admiration qu’inspire l’argent tiennent en fait à leur propre sagesse ou à leur personnalité. Le contraste ainsi créé entre la haute opinion qu’ils ont d’eux-mêmes et la réalité souvent ridicule, voire dépravée a toujours constitué une source d’étonnement et d’amusement. De la même manière, il a toujours été permis de se réjouir assez perfidement de la vitesse avec laquelle crainte et admiration partent en fumée quand ces individus connaissent des revers de fortune.

    L’histoire de la monnaie renferme une autre occasion de s’amuser : de siècle en siècle il s’est toujours trouvé des hommes, surtout des hommes, pour penser qu’ils avaient découvert le secret de sa multiplication à l’infini. Et toujours, ils ont été en mesure de le persuader à d’autres aussi fortement qu’ils se le persuadaient à eux-mêmes Invariablement, le phénomène comporte la redécouverte, fût-ce sous une forme vaguement nouvelle, d’une escroquerie vieille comme le monde.

    La plupart des discussions sur la monnaie s’enferment dans une épaisse gangue d’incantation et de prêchi-prêcha. Souvent de propos délibéré. Ceux qui parlent d’argent ou en font le sujet de leur enseignement et donc leur gagne-pain tirent prestige, estime et avantages pécuniaires, comme les médecins ou les sorciers, de la croyance soigneusement cultivée qu’ils entretiennent une association privilégiée avec l’occulte — qu’ils ont des perspectives sur un domaine totalement inaccessible aux gens ordinaires.

    Source de satisfaction professionnelle et, à l’occasion, de profit personnel, cette attitude n’en constitue pas moins elle aussi une escroquerie bien connue. Il n’est rien, s’agissant de l’argent, qu’une personne dotée d’une curiosité, d’un zèle et d’une intelligence raisonnable ne puisse comprendre. Et quelles que soient les erreurs d’interprétation ou de fait que la présente histoire puisse contenir, il n’en est aucune, le lecteur peut s’en persuader, qui procède d’une simplification outrancière.

    L’étude de la monnaie est, par excellence, le domaine de l’économie dans lequel la complexité est utilisée pour déguiser la vérité et non pour la révéler.

    La plupart des choses de la vie — automobiles, maîtresses, cancer — comptent surtout pour ceux qui les ont. L’argent au contraire est aussi important pour ceux qui en ont que pour ceux qui n’en ont pas. C’est pourquoi les uns comme les autres ont intérêt à le comprendre. Et les uns comme les autres devraient savoir que cette compréhension est parfaitement à leur portée.

    À cet égard, on ne manquera pas de demander si un ouvrage consacré à l’histoire de l’argent ne devrait pas commencer par une quelconque DÉFINITION de ce qu’est en réalité l’argent. Cette bande de papier de valeur intrinsèque nulle, qu’est-ce donc qui la rend utile à l’échange tout en laissant telle autre bande de dimension et de couleur semblables parfaitement sans valeur ? Les précédents de ce genre de tentative ne sont guère encourageants. À la télévision, les journalistes réputés pour leur sagacité ouvrent immanquablement les interviews d’économistes par cette question : « Bon, eh bien, dites-moi — c’est quoi au juste, l’argent ? » Immanquablement, les réponses sont incohérentes. Quant aux professeurs chargés d’enseigner les premiers rudiments d’Économie, qu’il s’agisse de la monnaie ou de la banque, ils commencent par donner des définitions d’une remarquable subtilité. Lesquelles sont soigneusement transcrites, apprises à grand-peine et heureusement oubliées.

    Le lecteur devrait s’attaquer aux pages qui vont suivre en sachant bien que L’ARGENT N’EST RIEN DE PLUS OU DE MOINS QUE CE QU’IL A TOUJOURS CRU — CE QUE L’ON OFFRE OU REÇOIT POUR L’ACHAT OU LA VENTE DE BIENS, SERVICES ET AUTRES. Les différentes formes de monnaie, comme ce qui détermine ce qu’elles achètent, voilà qui est encore autre chose. Mais c’est précisément ce que les pages suivantes se proposent de révéler. » (…)

    John Kenneth Galbraith, « L’argent », Folio histoire, page 17 et s.

    Amicalement.

    Étienne.

  216. Such a great play, Robert ! Thank You !

    Well, as you know, I am really convinced that credit is slighty different than money. And I’m also convinced that credit may be useful such as your play told us. « if Lady Macbeth wouldn’t have deposited her money in Bank A, Hamlet could not have taken a loan and the Merchant of Venice could not have sold his ring. So, credits are a facility to optimize the use of money. »

    But, I’m still in trouble with that : Credits have no influence on the price level whatsoever.

    You said nobody is having credit to put it in another bank.

    What if Hamlet decide to make some Carry Trade between Denmark and Italy, before buying the ring of gold ?

  217. En plein accord avec la réponse de Étienne Chouard, 21 décembre 10h20 ci-dessus qui recentre bien la question.
    Car je crois que nous nous écartons souvent, ou inmanquablement, du RÔLE de la monnaie.

    À quoi sert d’abord la monnaie?
    Les traitements de celle-ci sont-ils appropriés à ce rôle?

    Parce qu’il y a beaucoup d’interventions (dont, d’ailleurs, une forte proportion d’interventions intéressantes à plus d’un titre). Mais si nous ne nous situons pas par rapport au rôle économique et social, les rôles économique et social étant indissolublement liés, alors on voit bien que les politiques monétaires ont été frelatées intensivementet ne répondent pas à l’attente sociale. Sans doute, leur études, pour une révélatrice documentation qu’elle nous apportent, ne nous préparerait pas à la – suite à donner -. Il faut y penser sans arrêt je crois.
    Où est la priorité? Je pense que tout le monde la connaît.

  218. Merci Etienne pour votre réponse .

    Monetiser la dette est une expression largement utilisé par les économistes et qui a un sens précis.

    J’ai dit que c’est un mystère pour moi dans le cadre d’une création monetaire par les banques privées mais comme je n’y crois absolument pas !

    Monétiser la dette signifie pour moi et les économistes (enfin ce que j’ai lu) payer en monnaie de singe via la planche à billet électronique les engagements bancaires provenant de la bulle du crédit.
    Cela ne coute rien à l’Etat ! par contre ça ruine les épargnants par l’inflation.

    Amicalement

  219. @Dav
    A propos de la monetisation de la dette vous dites: »Qu’en pensez-vous ? »
    Donc je vous réponds

    Sans vouloir vous offenser: rien.
    J’ai posé une question précise, j’attends toujours une réponse précise de ceux qui croient encore à la création monetaire par les banques privées (parce que pour les autres la réponse est évidente).
    Mais je reconnais que c’est mission impossible !

    Amicalement

  220. Nadine,

    Je vous ai donné une réponse précise; il n’y a pas de grand mystère…
    Pour cela, il vous suffit d’être d’accord avec l’idée que le crédit est une monnaie dimensionnelle (qui gonfle et se dégonfle dans le temps). De là, on peut dire que les banques privées créent de la monnaie dimensionnelle.

    Monétiser la dette, c’est transformer de la monnaie dimensionnelle (qui gonfle et se dégonfle) en monnaie non dimensionnelle (qui ne gonfle, ni ne se dégonfle). C’est juste un phénomène de compensation.

    Quand la monnaie dimensionnelle se dégonfle, on veut la remplacer par de la monnaie/argent qui ne se dégonfle pas.

    En somme Nadine, vous nous donnez la double preuve que le crédit, c’est différent de la monnaie/argent, mais que le crédit est une forme de monnaie, puisqu’il est possible de lui substituer de la monnaie/argent.

    Vous voyez, ça n’avait rien d’impossible 🙂

  221. @Dav
    ça gonfle et ça se dégonfle… comment et pourquoi exactement, soyez plus précis ; donnez nous le mécanisme et l’utilité d’un tel systeme .
    En cherchant votre réponse faites attention de ne pas tomber dans la 4 ieme dimension.
    merci.

  222. La troisième suffit, Nadine 🙂

    Quand vous créez une ligne de crédit : vous gonflez la masse monétaire.
    Au fur et à mesure du remboursement, la masse monétaire se dégonfle.
    A la fin du remboursement, la « monnaie » est totalement dégonflée, la ligne de crédit disparait.

    Vous pouvez appeler le crédit, monnaie temporaire ou monnaie dimensionnelle, juste pour exprimer le fait qu’entre le moment où la ligne de crédit est crée, et le moment où la ligne de crédit disparaît, il y a quelque chose qui existe, voire pourquoi pas circule et qui s’apparente à de la monnaie/argent (même si c’est différent).

    Je vais reprendre un exemple que j’ai pris plus haut pour Robert afin de démontrer la parenté entre crédit et argent :

    Here is a bank I lent 100 Euros I had from my job.
    This first bank is lending money to someone who is going to depose it to another bank, say 90 euros.
    This second bank is lending money to someone who is going to depose it to another bank, say 80 euros.
    This third bank is lending money to someone who is going to depose it to the first bank, say 70 euros.

    What do we have :
    I own 100 euros, but it is all credit money now
    The first bank have 10 euros in real money + 90 euros in credit money + 70 euros in credit money = 170 euros if you mix
    The second bank have 10 euros in real money + 80 euros in credit money = 90 euros if you mix
    The third bank have 10 euros in real money + 70 euros in credit money = 80 euros if you mix

    Now, let’s imagine that we all want to buy something at the same time :
    I think I can buy it because I know I potentially have 100 Euros in my bank account.
    The first bank think it can buy it because It know It potentially have 170 euros.
    The second bank think it can buy it because it know it potentially have 90 euros.
    The third bank think it can buy it because it know it potentially have 80 euros.

    L’utilité du crédit est ainsi de fluidifier l’échange.
    Mais comme le crédit s’apparente à de la monnaie, il a un effet sur le prix.
    Les prix gonflent, mais la monnaie/papier, elle, n’a pas gonflé, il n’y a que le crédit (la monnaie dimensionnelle) qui a gonflé… c’est une illusion de monnaie, mais cette illusion existe ^^. C’est quelque chose.
    Du coup, quand il y a un problème dans le processus de dégonflement (remboursement) du crédit, ça coince.

    Et c’est pour ça qu’une solution simple peut consister à substituer au crédit de la monnaie/papier.
    On monétise la dette.
    Ce qui est bien la preuve que le crédit est apparenté à une forme de monnaie puisqu’on peut les substituer.

    En somme, ce n’est pas l’illusion des banques qui créent de l’argent, mais les banques qui créent l’illusion de l’argent.

  223. J’ai oublié de conclure mon exemple en anglais sur l’effet du crédit sur les prix.

    Au départ, j’étais tout seul à avoir de l’argent, j’avais 100 euros.
    Après avoir confié mon argent à la banque, nous sommes désormais quatre (les trois banques et moi) à pouvoir prétendre acheter quelque chose pour une valeur de 80 euros.

    Et encore, j’ai même pas parlé de Carry Trade, j’ai pris un exemple à devise fixe.

  224. MONNAIE DE SINGE ?

    Chère Nadine,

    Pourquoi appelez-vous « monnaie de singe » la monnaie provenant de la planche à billets étatique ?

    Vous sous-entendez probablement qu’imprimer trop de billets de banques conduit mécaniquement — forcément — à dévaluer la valeur individuelle de chaque billet, comme au temps où la monnaie représentait une quantité d’or ou d’argent.

    Je vous rappelle que ce n’est plus le cas (du tout) : la monnaie n’est plus matérialisée, même pas la monnaie fiduciaire (les billets et les pièces).

    Je me demande si ce rapport entre la valeur de la monnaie et sa quantité n’est pas très largement un mythe, un outil pour rendre dociles les citoyens en quête de justice économique.

    Certes, je comprends bien qu’en créant d’emblée 100 milliards nouveaux sans que les producteurs puissent fournir la production correspondante (cette précision est absolument décisive, pensez-y), alors, je CRÉE DE LA RARETÉ, du pouvoir d’achat sans biens et services à acheter, et là, c’est vrai, mécaniquement, les prix vont augmenter et la valeur de chaque dollar baisser. OK, je sais ça.

    Mais Nadine, comment savez-vous que les producteurs ne vont PAS s’adapter immédiatement (ou très rapidement) à la demande créée par l’injection de monnaie d’État ?

    C’est important de répondre à cette question car, si les producteurs produisent aussitôt les produits demandés, il n’y aura pas de rareté supplémentaire et il n’y aura pas d’inflation, donc pas de monnaie dévaluée et donc pas de monnaie de singe.

    Est-ce que je me trompe quelque part ?

    Par ailleurs, est-ce que vous êtes bien sûre qu’il n’y a pas DÉJÀ à travers le monde — SANS DOMMAGE catastrophique, manifestement — des milliers de planches à dollars qui tournent à fond toute l’année, depuis des années, dans des ateliers clandestins ou même étatiques ?

    Qui est capable de compter les dollars (en papier) circulant dans le monde, pour vérifier qu’il n’y a pas infiniment plus de dollars que la richesse qu’ils sont censés représenter, et que, donc, la monnaie dollar n’est pas déjà une lamentable « monnaie de singe » ? Qui peut établir ce ratio de façon scientifique et fiable ?

    Personne ne peut le faire, je le crois. Si ça se trouve, les dollars circulent effectivement en quantité astronomique et POURTANT, ILS RENDENT BIEN LES SERVICES QU’ON ATTEND D’EUX : ils permettent aux hommes de travailler et d’échanger les fruits de leur travail.

    C’est pour ça que la quantité de monnaie produite n’est probablement pas aussi importante que le prétendent les partisans de la théorie quantitative de la monnaie (ceux qui disent que la valeur de la monnaie dépend étroitement et exclusivement de la quantité de monnaie en circulation par rapport aux richesses qu’elle permet d’échanger).

    D’ailleurs vous voyez bien que, quand les capitalistes ont le feu aux fesses, eux, ils trouvent instantanément les milliers de milliards nécessaires, sans invoquer le moins du monde le risque de transformer la monnaie en monnaie de singe.

    Ça ne vous met pas la puce à l’oreille, ça ?

    Je pense qu’ils savent, eux, qu’il n’en est rien : que ce risque d’inflation lié à la planche à billets est (pas complètement mais) largement un mythe, appuyé sur quelques mésaventures historiques traumatisantes (les assignats de la révolution, les marks à la brouette d’entre deux guerres…) bien montées en épingles pour effrayer le bon peuple.

    Quand il faut faire la guerre, aussi, on trouve des milliards par milliers, sans limite…

    Ça ne vous conduit pas à remettre en cause cette peur de la planche à billets qu’on veut manifestement nous inculquer pour RENONCER À UN ÉTAT CRÉATEUR DE MONNAIE ?

    Par contre, quand il serait question de créer les quelques milliards nécessaires pour loger, soigner, nourrir et éduquer tout le monde, « là non : pas possible, vous allez nous transformer la monnaie en monnaie de singe »

    Voyez-vous ce que je veux dire, Nadine : cette école de la soumission, cette église de la résignation, qui prêche que la planche à billets doit être interdite aux États en temps de paix soi-disant « parce que cette incurie va nous transformer la monnaie en monnaie de singe », alors que la planche à billets placée dans les mains des banques commerciales, elle, ne poserait quasiment pas de problème (d’ailleurs, voyez, les banques se régulent elles-mêmes, comme à Bâle I ou Bâle II…), ça sent l’arnaque à plein nez.

    Non ?

    Je crois que c’est folie de priver notre État (c’est-à-dire nous tous) du droit de créer la monnaie dont nous avons besoin collectivement pour financer les services publics.

    Je pense que la décision qui prive les États de ce droit régalien n’a rien à voir avec l’intérêt général, mais satisfait largement des intérêts très particuliers.

    Amicalement.

    Étienne.

    ___________________

    PS : quand vous dites que vous « ne croyez pas que » les banques commerciales créent l’argent qu’elles prêtent (la monnaie certes temporaire, mais bien réelle et bien nouvelle), ça fait le même effet que si vous affirmiez que vous ne croyez pas que le soleil brille le jour :o)

    En ouvrant différents livres de technique bancaire ou des livres d’économie financière, on trouve la création monétaire PARTOUT.

    Ont-ils tous tort ?

  225. Etienne,
    Si vous pensez que la planche à billet est un faux problème c’est votre droit, mais si vous avez le temps allez passer quelques jours au Zimbabwe et regardez les dégats que peut faire la planche à billet ! Aprés on rediscutera du problème si vous voulez.
    Bonne soirée.

  226. @Dav

    Bon Dav, vous n’êtes pas tombé dans la 3 ieme dimension mais bien dans le 4 ieme je vous le confirme sans doute victime d’un effet relativiste !

    Je suis désolé mais c’est vraiment n’importe quoi ce que vous écrivez sur la monetisation de la dette, surtout ne le prenez pas mal, ce ci n’engage que moi mais restons en là.

    Amicalement

  227. J’ajouterai après Étienne que la masse monétaire n’a cessé d’augmenter toutes ces dernières années sans qu’il y ait eu d’inflation (presque rien pour ainsi dire). Mais, c’est sûr, cette augmentation de la masse monétaire n’était ni pour soigner, ni pour éduquer, ni pour loger, etc, etc, mais pour courrir après les bulles tant qu’elles n’éclataient pas…

    D’autre part, je suis peut-être à côté de la plaque, mais je suis étonné de ne pas avoir eu de réaction, ou alors ça en dirait long, (Rumbo dit : 21 décembre 2008 à 02:18 ) quant à l’attitude des banque, surtout aux USA, vis à vis de la baisse des taux de la FED (sous Greenspan) qui est en très grande partie le phénomène déclenchant cette crise financière. Les dettes, sous toutes leurs formes, sont et ont été la priorité commerciale des banques, seulement soucieuses de gonfler leurs bilans, car c’était bien plus rentables que tout le reste, surtout aux États-Unis.

    Mais, d’autre part, regardez ne serait-ce que les résultats des bilans des banques françaises, 2007 inclue, édifiant! La Société Générale était la plus rentable de toutes, suivi de la BNP, etc

  228. @Nadine

    En principe, quand quelque chose relève du n’importe quoi, il est très facile de le démontrer et de l’expliquer.
    N’hésitez pas ! ça ne me vexera pas.
    Après tout, l’intelligence, c’est aussi d’être capable de reconnaître qu’on se trompe.

    Amicalement,

    David

  229. En cas de creation monetaire par une banque commerciale, si le client a qui la banque prete cette nouvelle monnaie ne rembourse pas, qui comptabilise une perte?

  230. ÉPOUVANTAILS ou REFLATION ? 1/2

    Nadine,

    Je réponds tardivement à votre message du 21 décembre (23h06), pardonnez-moi, mais cette réponse fut assez longue à préparer, vous comprendrez pourquoi.
    _______________________

    Ce n’est peut-être qu’une apparence, mais vous semblez raisonner de façon manichéenne : pour vous, c’est apparemment tout ou rien, et votre exemple du Zimbabwe me fait penser à un épouvantail :

    Rappel : les épouvantails conduisent les moineaux à renoncer eux-mêmes à leur propre intérêt, en les effrayant par un mythe, une apparence trompeuse de danger simulé. :o)

    Pourtant, d’après moi, le monde n’est pas noir ou blanc : en matière monétaire, je vous invite à vous affranchir des idées reçues sur la planche à billets car le choix ne se limite peut-être pas à ces deux extrêmes :

    « Pas de planche à billets du tout pour l’État »
    (et le corps social s’endette et s’asphyxie faute de monnaie PERMANENTE ET GRATUITE en suffisance)

    OU

    « planche à billet à gogo pour l’État »
    (et la monnaie s’effondre par perte de confiance à cause d’excès insupportables).

    Ce serait bien, entre nous, de pouvoir envisager d’autres situations que des caricatures.

    Devant la déroute criante et honteuse des théories orthodoxes (ce qu’on appelle de façon trompeuse la théorie économique « standard »), nous devrions pouvoir examiner ici, ensemble, des idées hétérodoxes, sereinement, sans catastrophisme, en cherchant des palliatifs aux objections éventuelles, au lieu de tout rejeter en bloc à partir de peurs exagérées, exagérées au point de ressembler à des superstitions.

    Par exemple, ne pourrions-nous pas étudier cette proposition de REFLATION, où la Banque Centrale injecterait empiriquement (par touches successives) des quantités importantes mais raisonnables de monnaie permanente : 300 € par personne sans condition et puis on voit ce que ça donne en termes d’inflation : si tout reste calme, on recommence ; si l’inflation devient un peu trop forte, on arrête un moment, etc.

    C’est une proposition que je trouve fort séduisante de Jean-Marcel Jeanneney — pas suspect de pulsions gauchistes, pas vraiment un rêveur irresponsable non plus :o) — dans son livre « Écoute la France qui gronde », éd. Arléa, 1996.

    Voici quelques passages passionnants de ce livre stimulant. Vous noterez la description méticuleuse de la déflation (qui nous pend au nez si on laisse s’endetter tout le corps social au lieu de créer la monnaie permanente qui nous manque), ainsi que l’importance qu’il donne aux indicateurs de masse monétaire et de flux nets de capitaux pour comprendre l’expansion et la récession :

    CHAPITRE PREMIER : LA MÉMOIRE COURTE

    [C’est moi qui souligne. ÉC]

    « Un danger nous menace, nous l’avons oublié : LA DÉFLATION, redoutable conjonction de baisse des prix, des revenus et du produit national, aggravant le chômage et multipliant les cas d’extrême pauvreté. À l’heure actuelle, ses méfaits possibles ne sont pas suffisamment présents aux esprits, parce que ce cataclysme n’a jamais sévi depuis 1936 en France, ni ailleurs dans le monde. Rares sont aujourd’hui les hommes, dont je suis, qui peuvent se souvenir de malheurs vieux de plus de soixante ans.

    Divers signes, sur lesquels nous reviendrons, donnent à craindre que les économies de la France et de plusieurs de ses voisins soient, un jour ou l’autre, atteintes d’un tel mal. Pour faire mesurer la gravité de l’enjeu, il est utile de jeter un regard sur un passé relativement lointain, où certaines déflations furent des calamités.

    Entre les deux guerres : des événements dévastateurs

    L’ampleur du danger est mise en lumière par l’histoire des années 20 et 30 en Europe et aux États-Unis. Les données numériques, même imparfaites, dont on dispose pour cette période suffisent pour illustrer combien les événements d’alors furent brutaux et dévastateurs.

    Aux États-Unis

    De 1929 à 1933, les prix de gros des produits manufacturés baissèrent aux États-Unis de 32 %, ceux des produits agricoles de 61 et ceux des biens de consommation de 39. La masse monétaire se contracta de 33 %. Les cours des actions s’effondrèrent, au point qu’à la fin de 1932 leur niveau était inférieur de 80 % à celui de l’été 1929.

    Ce profond affaissement de toutes les valeurs marchandes s’accompagna d’une diminution égale des grandeurs réelles : la production industrielle fut réduite de 50 %, celle des automobiles de 63, le produit national brut de 29, le pouvoir d’achat de la masse salariale de 25, le volume de la consommation de 22. Il y eut trois millions de chômeurs en 1930, dix millions en 1932 et treize en 1933. Les investissements des entreprises s’effondrèrent (-71 %), compromettant gravement les possibilités ultérieures de production.

    La consommation diminua un peu moins que le produit national, les ménages n’épargnant plus, et même désépargnant 1 % de leurs revenus après impôts en 1932 et 2 en 1933, alors qu’ils en avaient épargné 5 en 1929 : pour survivre, ils vendirent des actifs ou s’endettèrent. L’État fédéral lui aussi désépargna : à un excédent budgétaire de 180 millions de dollars en 1929, succéda un déficit de 850 millions en 1930 et de 2,9 milliards en 1931, les recettes couvrant alors moins de la moitié des dépenses !

    Beaucoup de gens furent ruinés. Les seuls gagnants, sans qu’ils le méritent, furent les créanciers. La baisse profonde des prix, des biens de consommations et plus encore des immeubles et des actions, leur permettait, avec ce qu’ils percevaient à titre d’intérêt ou de remboursement, d’acquérir en 1932 deux tiers de biens de consommation en plus, et cinq fois plus d’actions qu’ils ne l’auraient pu en 1929 ! Encore fallait-il que leurs débiteurs soient demeurés solvables.

    En Allemagne

    À la même époque en Allemagne l’effondrement des prix ne fut guère moindre qu’aux États-Unis : de 1929 à 1933, la baisse des prix de gros agricoles fut de 40 %, celle des produits manufacturés de 39, celle des prix de détail de 24. La masse monétaire se réduisit de 24 % entre le début de 1930 et le début de 1934. Quant au volume de la production industrielle, il diminua de 50 % entre la fin de 1929 et le milieu de 1932, et le produit national de 23. Le chômage atteignit six millions de travailleurs en 1932.

    En France

    La déflation commença en France plus tard qu’ailleurs. Moins rapide, mais plus longue, elle fut finalement presque aussi néfaste. Entre le milieu de 1931 et la fin de 1935, les prix de détail diminuèrent de 35 %, les prix de gros agricoles de 48, ceux des produits industriels de 39. La masse monétaire se contracta de 16 %. Simultanément, la réduction des volumes fut forte : celle de la production industrielle de 33 %, celle du trafic des chemins de fer de 39 % (assez bon indice, à cette époque, de l’activité). Le nombre d’heures travaillées dans l’industrie diminua de 30 % et le chômage augmenta à proportion. Cependant, grâce à la grande place tenue alors dans l’économie française par l’agriculture, dont les productions augmentèrent de 1 % l’an, le PIB ne fut réduit que de 17 %.

    Des phénomènes analogues furent observés de 1929 à 1934 chez nos voisins : en Belgique, aux Pays-Bas, en Italie.

    Au Royaume-Uni

    Le cas du Royaume-Uni est particulier : entre les deux guerres mondiales, il fut affecté à deux reprises par de semblables déflations.

    D’abord, de la fin de 1920 à la fin de 1922 : la baisse des prix de détail fut alors de 37 %, celle des prix de gros des denrées alimentaires de 51, celle des produits industriels de 52 ; la masse monétaire se réduisit de 14. Corrélativement, la production industrielle, après avoir chuté de 40 % entre le début de 1920 et le début de 1921, ne se releva que lentement, en 1922 et 1923, alors qu’elle progressait vivement dans les autres pays.

    Les mêmes phénomènes se répétèrent, un peu moins brutalement, de 1929 à 1933. Les prix de détail baissèrent de 18 %, les prix de gros des denrées alimentaires de 35, les produits manufacturés de 27. La production industrielle fut réduite de 29 %. Le chômage, qui en 1929 atteignait déjà un million de personnes, en frappa plus de deux millions et demi en 1931.

    Ces deux déflations successives, séparées par six années de faible croissance, firent qu’en 1933 la production industrielle, malgré une récente reprise, se trouvait inférieure de 20 % à ce qu’elle avait été au début de 1920.

    Quelle fut donc l’origine de ces événements simultanés et désastreux ? Quels mécanismes économiques les ont perpétués pendant plusieurs années ? Comment a-t-on réussi, tant bien que mal, à mettre fin à ces déflations ?

    MÊMES EFFETS, CAUSES DIVERSES

    La simultanéité et la similitude des faits observés dans les quatre pays étudiés peuvent faire penser qu’ils eurent une seule et même cause. Ce serait une erreur : les faits initiateurs ont été différents.

    Aux États-Unis : une crise boursière

    C’est la brusque et inattendue chute de la bourse de New York, le 24 octobre 1929, qui déclenche le mouvement. Elle survient après une très rapide progression des cours des actions, qui avaient triplé au long des cinq années antérieures. Si la hausse excessive des actions précédant la crise boursière avait été seule coupable, leur baisse se serait arrêtée dès la correction des excès passés. Que tel n’ait pas été le cas révèle qu’un déséquilibre économique profond avait précédé le krach.

    De 1922 à 1929, le produit national par habitant avait augmenté de 5 % l’an et la production industrielle de 6. Des progrès de productivité importants avaient été réalisés, grâce notamment au travail à la chaîne, inauguré par Ford. Néanmoins, les salaires nominaux avaient quelque peu fléchi, certains plus que le coût de la vie, alors en baisse de 1 % l’an. Les prix agricoles eux-mêmes avaient régressé, bien que les quantités de blé et de maïs produites fussent restées stables. Ainsi salariés et agriculteurs n’avaient-ils pu accroître leurs achats de biens manufacturés comme il l’eût fallu pour offrir des débouchés suffisants aux productions.

    Des investissements, financés par les hauts profits des entreprises et par des crédits largement accordés, avaient plus que compensé l’insuffisance de la demande des ménages, au point de provoquer en 1927 et 1928 une croissance de 9 % l’an de la production industrielle. Cela avait entretenu une euphorie boursière inconsidérée. Le jour où des détenteurs de capitaux, plus avisés que d’autres, comprirent que ce processus ne pouvait durer —car accroître les équipements n’est justifié qu’autant que des débouchés supplémentaires s’offrent— ils décidèrent de vendre leurs actions sans plus tarder : les cours s’effondrèrent. Initialement, ce n’était que la correction d’excès spéculatifs. Mais dans un pays où les profits s’étaient accrus aux dépens des salaires, l’insuffisance de la demande des ménages, accentuée par la chute de la bourse, tira aussitôt les productions vers le bas.

    En Allemagne : une pénurie de capitaux

    Tandis qu’aux États-Unis ce sont des déséquilibres intérieurs qui provoquèrent l’effondrement de l’économie, en Allemagne, il résulta d’un tarissement des entrées de capitaux. Après qu’en 1924 l’adoption du plan Daws avait réussi à organiser provisoirement le paiement par l’Allemagne d’une partie des réparations dues à ses vainqueurs, en vertu du traité de Versailles, et après qu’un nouveau mark eut été instauré, un flux de capitaux privés étrangers, principalement américains, s’était dirigé vers ce pays. Son économie, convalescente après quatre années d’hyperinflation, paraissait destinée à un brillant avenir.

    De 1924 à 1927, la production industrielle y avait presque doublé. Les taux d’intérêt, tant à long qu’à court terme, étaient attrayants pour les prêteurs : entre 6 et 7 %, au lieu de 4 à 3,5 aux États-Unis. Les importations nettes de capitaux, qui n’avaient été encore que de 126 millions de dollars en 1926, avaient atteint plus d’un milliard en 1927 et en 1928. Quand les prêteurs s’aperçurent qu’une partie de ces sommes avait été utilisée par des collectivités publiques de manière improductive, ils s’en inquiétèrent : en 1929, les flux de capitaux étrangers se réduisirent de moitié. Entre 1926 et 1929, les salaires avaient augmenté de 20 %, le coût de la vie ne s’élevant que de 5. En alourdissant les coûts de production — alors que le cours du mark en dollars ou en livres sterling était maintenu -, ils rendaient les produits allemands moins compétitifs sur les marchés d’exportation. Cette détérioration de la compétitivité, jointe au moindre afflux de capitaux étrangers, provoqua de 1927 à 1929 une stagnation des productions industrielles, pendant qu’elles progressaient fortement dans les autres pays, le Royaume-Uni excepté.

    Un certain manque de confiance dans l’avenir de l’économie allemande s’était traduit, dès 1927, par une baisse des cours des actions, au moment où la bourse de New York était en pleine ascension. Fragilisée par un fort endettement, dépendante des États-Unis pour ses financements et de l’économie mondiale pour ses exportations, croissant au rythme de 10 % l’an depuis 1925, l’économie allemande vacillait déjà avant même qu’aux États-Unis la bourse s’effondre. Aussi la contagion du krach américain fut-elle immédiate.

    En France : un effet de contagion

    Rien de pareil en France dans un premier temps. En 1928 et 1929, et encore au premier trimestre 1930, la production industrielle s’accrut au rythme de 9 % l’an. La production agricole augmenta quelque peu. Les capitaux affluèrent : du début de 1928 au début de 1930, l’encaisse-or de la Banque de France s’éleva de 1788 tonnes à 2800, ses réserves de devises demeurant inchangées, autour de 26 milliards de francs.

    La masse monétaire s’éleva de 98 à 109 milliards. Les taux d’intérêt à long terme, qui étaient de 9 % en 1926 et encore de 5,6 au début de 1928, s’abaissèrent à 3,8 en 1930. Les salaires nominaux continuant d’augmenter de 8 % l’an et la hausse du coût de la vie n’étant plus que de 4, les salaires réels, qui avaient baissé de 1921 à 1927, s’élevèrent de 4 % l’an de 1928 à 1930.

    Les cours des actions, après de fortes hausses, se stabilisèrent au début de 1929. Le budget de l’État, déficitaire jusqu’en 1925, fut en 1926 et 1927 quelque peu excédentaire et en 1928 et 1929 de 1 % du PIB. Le commerce extérieur était déficitaire depuis 1926, mais la balance des paiements courants demeurait excédentaire de plus de 1 % du PIB en 1928 et 1929. L’économie française était alors prospère et bien équilibrée.

    Le retard avec lequel la déflation a sévi en France montre qu’elle fut provoquée de l’extérieur. La forte réduction de la demande mondiale, induite des crises survenues ailleurs, fit tomber les exportations de 15 % du PIB en 1928 à 10 en 1930. La brutale baisse des cours des actions à New York, en octobre 1929, s’étant répercutée presque aussitôt sur les cours à Paris, les pertes en capital subies par les actionnaires, même quand elles n’étaient que virtuelles, les incitaient à réduire leur train de vie.

    Au Royaume-Uni : une affaire de prestige

    Le déclenchement au Royaume-Uni de la première des deux déflations, celle de 1920-1921, résulte de la politique menée alors. Lorsqu’en mars 1919 fut rompue la solidarité financière entre alliés – qui avait permis de maintenir pendant la guerre le cours du change de la livre en dollars à peu près à son niveau d’avant guerre – la dépréciation de la livre fut brutale et atteignit 25 % dès le début de 1920. Les prix de détail s’élevèrent alors de 30 % en deux ans.

    Cependant, le gouvernement britannique proclama bientôt sa volonté de ramener le cours de la livre à sa parité d’avant guerre avec le dollar, afin de restaurer le prestige de Londres en tant que place financière mondiale. Il le fit en réduisant la masse monétaire de 10 % en deux ans, en élevant quelque peu le taux de l’argent à court terme, de 2 à 3 %, et en mettant en œuvre une politique de rigueur budgétaire. Grâce à la crédibilité du gouvernement britannique, des capitaux vinrent s’investir à Londres pour profiter de la future plus-value en dollars des prêts libellés en livres sterling.

    C’est ce retour à la parité d’avant guerre avec le dollar qui, en élevant le niveau des prix en Angleterre au-dessus de ce qu’il était en Europe, les poussa vigoureusement à la baisse, déclenchant un processus de déflation, particulier au Royaume-Uni.

    Quant à la déflation qui y sévit à partir de 1930, elle fut à la fois une rechute de la précédente – due au maintien de la livre à un cours trop élevé – et l’effet d’une contagion, avec six mois de décalage, de la crise survenue aux États-Unis.

    UN CERCLE INFERNAL

    Si différentes qu’aient été les causes initiales de ces déflations, la poursuite de celles-ci résulta d’enchaînements similaires. Chacun de ces mécanismes eut un rôle plus ou moins important selon les pays, mais tous entrèrent en jeu, tous étant susceptibles de jouer en tout lieu et à toute époque.

    La baisse des prix de la plupart des marchandises provoqua une dépréciation des stocks, qui incita les entreprises à s’en défaire le plus vite possible. Leur vente, en accroissant les offres sur le marché, accéléra la baisse des prix.

    Toute baisse générale et rapide des prix fait subir des pertes aux entreprises, même si elles n’ont pas de stocks, leurs coûts de production ne diminuant pas à proportion. Elles achètent certes à meilleur marché les matières premières ou biens intermédiaires qu’elles incorporent dans leur production, mais les salaires qu’elles paient ne baissent pas ou ne baissent que peu et lentement. Le montant de leurs dettes et les intérêts qu’elles doivent acquitter demeurent inchangés. Leurs clients, escomptant de nouvelles baisses, retardent leurs achats autant qu’ils le peuvent, ce qui, en restreignant les débouchés, oblige à réduire les productions. À cause de l’existence de coûts fixes (ceux qui restent les mêmes quand les quantités produites diminuent) la réduction de la production élève le coût de chaque unité.

    Les profits sont laminés, des pertes apparaissent. Pour tenter de survivre, les entreprises doivent licencier une partie de leur personnel. Quand cela ne suffit pas, elles sont mises en liquidation : certaines disparaissent, d’autres trouvent un repreneur à bas prix, qui ne conserve généralement que des effectifs réduits. Les salaires réels individuels s’élèvent grâce à la baisse du coût de la vie, mais la masse salariale est réduite par le chômage.

    Les chômeurs, dont le nombre s’accroît, limitent leurs achats par manque de ressources, restreignant encore les débouchés dont les entreprises peuvent disposer, tandis que la crainte du chômage incite les travailleurs en activité à modérer leurs dépenses pour accroître leurs épargnes par hantise de l’avenir.

    Le ralentissement de l’activité et la diminution des revenus d’une partie de la population amenuisent les recettes fiscales de l’État, au moment même où des allocations doivent être versées aux chômeurs, où des aides à l’embauche sont parfois consenties aux entreprises et des subventions à celles qui sont en difficulté.

    L’État s’efforce alors de compenser ces dépenses nouvelles en diminuant ses investissements ; les entrepreneurs qui réalisent des travaux publics ou fournissent à l’État des équipements en pâtissent : ils doivent réduire leurs effectifs et leurs achats.

    Comme ces réductions de dépenses ne suffisent pas à équilibrer les finances publiques, l’État augmente le taux de certains impôts, ce qui réduit d’autant la capacité d’achat des particuliers et des entreprises. Il s’endette toujours davantage, ce qui soutient la demande, mais seulement dans la mesure où par ses emprunts il ne prive pas les entreprises de capitaux à long terme.

    Les banques contribuent, bien malgré elles, à accentuer la déflation. Elles refusent tout crédit aux emprunteurs dont elles redoutent l’insolvabilité, paralysant ceux-ci et les acculant parfois à la fermeture. Elles font de même envers certains ménages, ce qui réduit la clientèle des fabricants de biens de consommation durables.

    À d’autres, elles consentent encore des crédits, mais à des taux plus élevés, en raison du risque, taux qui dissuadent certains d’emprunter et alourdissent les coûts de ceux qui acceptent ces conditions.

    Les banques sont d’ailleurs contraintes de restreindre leurs crédits, car leurs ressources s’amenuisent, les particuliers dont les revenus dépendent de l’activité économique ayant moins d’argent à leur confier, et aussi parce que la diminution des crédits accordés par le système bancaire réduit inéluctablement les dépôts.

    Quand la solvabilité d’une banque est compromise par trop de défaillances de ses débiteurs, ses clients, inquiets, retirent les dépôts qu’ils y avaient faits, précipitant ainsi sa déconfiture : une source de crédit disparaît.

    Si le système bancaire tout entier devient suspect aux déposants, nombre d’entre eux préfèrent sauvegarder leurs avoirs liquides en transformant des dépôts en billets, ce qui réduit encore davantage la capacité des banques survivantes à faire crédit, d’autant plus que, craignant de nouveaux retraits, elles constituent des réserves liquides plus élevées.

    Ce mécanisme a sévi de façon spectaculaire aux États-Unis, du début de 1931 au début de 1933 : le montant des billets en circulation s’éleva de 3,8 à 5,4 milliards de dollars, tandis que les dépôts à vue dans les banques s’abaissaient de 22 à 16 milliards, réduisant d’autant leur capacité de prêter.

    La contraction de la masse monétaire, observée lors de toute déflation, est d’autant plus néfaste à l’activité qu’elle s’accompagne d’un ralentissement de sa circulation, parce que les individus inquiets augmentent leurs encaisses de précaution ; une plus grande part de la masse monétaire est alors inactive, comme si elle n’existait provisoirement plus.

    Les ajustements rationnels et justifiés, opérés individuellement par les divers acteurs de la vie économique pour faire face aux difficultés qu’ils rencontrent ou redoutent, ont finalement pour effet d’empirer la situation de la plupart d’entre eux.

    Les victimes sont naturellement portées à se rebeller. Les salariés dont les rémunérations sont réduites, ou qui craignent qu’elles le soient, se mettent en grève pour protester. De petits industriels, des artisans, des commerçants ou des agriculteurs, qui subissent des pertes, refusent d’acquitter leurs impôts. Le pessimisme ambiant incite les plus violents à se révolter contre un pouvoir politique accusé d’impuissance, d’indifférence ou d’aveuglement.

    Quand l’ordre public est troublé, la situation économique s’en trouve encore aggravée. Le moment risque de venir où des démagogues, promettant l’impossible, accéderont au pouvoir par les urnes ou par la pression de la rue. Ils ne s’y maintiendront que par la force, aux dépens des libertés, et seront incapables de remettre l’économie en marche autrement que par de multiples contraintes, en bâillonnant toute opposition. Ils désigneront et persécuteront des boucs émissaires chargés des malheurs de tous. Puissent les choses ne pas aller ainsi à l’avenir !

    LA SORTIE DU PIÈGE

    Par REFLATION, j’entends une AUGMENTATION DE LA MASSE DES REVENUS DISTRIBUÉS, UN RENOUVEAU DES PRODUCTIONS et, éventuellement, une hausse du niveau général des prix.

    Diverses politiques de reflation permirent de sortir du piège.

    Aux États-Unis : le pragmatisme audacieux de Roosevelt

    Pendant plus de trois ans, rien n’avait été fait par le pouvoir pour mettre fin à l’effondrement de la production et au chômage. Le président Hoover, comme la plupart de ses compatriotes, pensait que la crise se résorberait d’elle-même par le seul jeu des forces du marché. Il affirmait que « la prospérité était au coin de la rue ». Elle ne fut pas au rendez-vous.

    Lorsque Franklin Roosevelt prit ses fonctions de président, le 4 mars 1933, non seulement la dépression économique avait atteint la profondeur que j’ai indiquée, mais le système bancaire était menacé d’écroulement et l’insurrection grondait, au point qu’au lendemain même de son accession au pouvoir il proclama un moratoire bancaire, non pas tant parce que des banques étaient au bord de la cessation de paiement, mais pour leur permettre, en abaissant leurs rideaux de fer et verrouillant leurs portes, de se protéger contre des émeutiers.

    Roosevelt n’avait guère d’idées préconçues, mais la volonté de faire flèche de tout bois pour rompre le cercle infernal dans lequel les États-Unis se trouvaient pris.

    En subventionnant le maintien de champs en friche et même le labour de terres déjà ensemencées, il mit fin à la surproduction des produits agricoles et à la baisse de leurs prix.

    En garantissant le remboursement des dépôts bancaires jusqu’à un certain montant, il rassura les déposants. Il lança de vastes programmes de travaux publics, parmi lesquels l’aménagement spectaculaire de la Tennessee Valley.

    Il modéra la concurrence entre les entreprises par des codes de bonne conduite. Ainsi il provoqua en deux ans une hausse de 80 % des prix agricoles et de 20 % des produits manufacturés. Cela entraîna une hausse du coût de la vie, mais de seulement 15 % en deux ans. Roosevelt encouragea une majoration de la plupart des salaires nominaux, de 40 à 50 % pour beaucoup d’entre eux, dépassant sensiblement le coût de la vie.

    Cette élévation des prix et des salaires, en procurant aux ménages et aux entreprises du pouvoir d’achat, devait avoir – et eut – pour effet d’ouvrir des débouchés et de relancer l’activité.

    Cette politique systématique de relèvement général mais différencié des prix visait à rétablir entre eux des relations voisines de celles qui existaient de 1925 à 1928 et à alléger le poids des dettes. L’augmentation des salaires non seulement accrut la demande, mais atténua les inégalités sociales.

    L’objectif proclamé était une hausse suffisante du niveau des prix, suivie d’une stabilité qui conserve au dollar son pouvoir d’achat pendant plusieurs générations. Il s’agissait de provoquer une reflation, non une inflation permanente.

    Ces multiples corrections apportées aux distorsions économiques antérieures furent obtenues par des mesures d’ordre interne à l’économie américaine. Leurs effets furent bientôt amplifiés par une dévaluation voulue du dollar, de 41 %, réalisée entre juin et décembre 1933.

    Les importations et les exportations s’élevant à moins de 5 % du PIB, l’effet commercial de cette dévaluation sur l’économie américaine fut relativement faible. Mais ayant été obtenue par une hausse du prix de l’or détenu désormais seulement par le Trésor, elle ouvrit la possibilité d’accroître considérablement les émissions de billets couverts par cette encaisse métallique. Des achats d’argent, simultanément opérés à des prix majorés, accrurent encore la masse monétaire.

    Après avoir encore désépargné en 1933, les ménages épargnèrent à nouveau : 1 % de leurs revenus après impôts en 1934, 4 en 1935, puis 6 en 1936 et 1937. Au cours de l’année 1933, le taux de l’escompte fut abaissé de 3,5 à 1 %, le taux du marché monétaire de 1 à 0,4, puis à 0,13 % ; les taux d’intérêt à long terme, qui étaient de 6 % en 1932 – soit un taux réel de 15 compte tenu d’une baisse de 9 % l’an des prix à la consommation —, ne baissèrent qu’à 4,5 à la fin de 1933 et 4 en 1935, mais la hausse des prix à la consommation étant de 7 % l’an, le taux réel à long terme était devenu négatif de 3 %.

    Tandis que des billets faisaient retour dans les banques, améliorant leur liquidité, la masse monétaire augmenta de 20 % en deux ans et sa vitesse de circulation s’accéléra.

    Les effets matériels aussi furent d’une grande ampleur. La production industrielle connut un rebond de 40 % au cours des six premiers mois de 1933. Un peu hésitante ensuite, elle reprit, dès l’été 1934, une progression de 15 % l’an, qui dura jusqu’en 1937. À cette date, le chômage avait diminué de plus de moitié. Entre 1933 et 1937, les investissements des entreprises augmentèrent de 25 % l’an et la consommation des ménages de 6.

    L’étonnante rapidité de cette croissance fut possible parce qu’en 1932 d’énormes capacités de production étaient inemployées, bien que beaucoup aient été détruites au cours des années de déflation. Il fallut les reconstituer. Aussi est-ce seulement en 1937 que le PIB rejoignit presque son niveau de 1929.

    En Allemagne : l’État totalitaire

    Le retour à une croissance économique en Allemagne, au deuxième trimestre 1933, coïncida avec celui observé aux États-Unis, mais dans des circonstances politiques bien différentes.

    En mars 1933, Hitler accéda au pouvoir pour mettre en œuvre une politique national-socialiste. La croissance de l’économie allemande fut alors plus rapide, plus régulière aussi, que l’américaine : la production industrielle augmenta de 25 % l’an jusqu’à l’été 1935 et se poursuivit ensuite au rythme de 11 %, si bien que LE NOMBRE DES CHÔMEURS, qui était de six millions en 1933, DEVINT PRESQUE NUL EN 1939. L’Allemagne manqua alors de main-d’œuvre, quoique la durée du travail eût sensiblement augmenté.

    Cette CROISSANCE ACCÉLÉRÉE ne s’accompagna que d’une HAUSSE TRÈS MODÉRÉE DES PRIX (5 % l’an pour les produits agricoles, 4 pour les prix de gros des articles manufacturés et seulement 1 pour les prix à la consommation). Les salaires nominaux individuels ne s’élevèrent également que de 1 %, mais la masse salariale crût fortement grâce à la réduction du chômage.

    Cette configuration du développement de l’économie allemande résulte de conditions politiques particulières : celles d’un État totalitaire. Le national-socialisme laissait subsister la propriété privée des moyens de production, mais l’État se rendit maître de tous les rouages de l’activité et ne permit aucune contestation. Il exerça une emprise complète sur les relations commerciales et financières avec l’étranger.

    Le commerce extérieur, sensiblement réduit, demeura un peu excédentaire. Le contrôle des changes et des mouvements de capitaux fut draconien, les infractions pouvant être punies de mort. La définition en or du mark ne fut pas modifiée, mais il n’était plus convertible ni en or, ni en devises étrangères. Les dettes extérieures ne furent plus honorées qu’en marks inconvertibles. Toute importation de marchandises fut subordonnée à l’octroi de devises par l’État.

    Dans cette économie, confinée sur elle-même, les débouchés nouveaux furent ouverts principalement par l’État. Il réalisa de grands travaux, construisant notamment des autoroutes, à la fois pour employer des chômeurs et pour faciliter, le cas échéant, de rapides mouvements de troupes motorisées. Il mit en œuvre des programmes de constructions aéronautiques, d’abord présentées comme civiles, avant de se lancer ouvertement dans des fabrications d’armement.

    Il octroya des aides financières aux propriétaires rénovant ou transformant leurs immeubles et accorda des dégrèvements fiscaux aux particuliers employant des domestiques.

    Le financement de ces dépenses fut en partie couvert par les plus-values fiscales que la reprise de l’activité procura, mais l’argent nécessaire fut obtenu surtout sous forme de traites de travail, tirées sur des collectivités publiques et réescomptées par des banques.

    Elles n’aboutirent à la Reichbank qu’en partie, car les entreprises, recommençant à faire des profits, remboursèrent leurs dettes aux banques, si bien qu’entre 1933 et 1937 la masse monétaire n’augmenta que de 10 %, cependant que sa vitesse de circulation s’accélérait de plus de moitié.

    Les taux d’intérêt à court terme, qui dépassaient 5 %, furent abaissés jusqu’à moins de 3 en 1937.

    Parce que réalisée dans une nation fermée sur l’extérieur et orientée tout entière vers la préparation de la guerre, cette remarquable remise en marche de l’économie allemande ne peut évidemment servir de modèle. Mais elle montre qu’une ample croissance est possible tant que de grandes quantités d’hommes et d’équipements sont inutilisées. Et elle met en lumière certaines relations dynamiques, susceptibles d’être utilisées par d’autres régimes politiques.

    Au Royaume-Uni : la dépréciation de la livre

    La reprise de l’économie britannique se situa au quatrième trimestre de 1932, précédant de quelques mois celle observée aux États-Unis et en Allemagne. De 1932 à 1937, la croissance de la production industrielle fut de 10 % l’an et celle du PIB de 4, ce qui ne s’y était jamais vu – et ne s’y est plus jamais revu.

    Les prix de gros des produits alimentaires demeurèrent stables jusqu’en 1936 et ceux des matières industrielles augmentèrent de 4 % l’an. Les uns et les autres connurent une brusque flambée en 1937 (+ 20 %) à cause d’une poussée du prix mondial des matières premières, qui fut sans lendemain ; ils retombèrent dès l’année suivante sur leurs tendances antérieures. Quant aux prix à la consommation, ils s’élevèrent régulièrement de 3 % l’an, tandis que les salaires nominaux restaient à peu près stables, ce qui majora les profits. Les cours des actions à la bourse de Londres, qui avaient baissé moins qu’ailleurs et avaient commencé à se redresser avant les autres, dès l’été de 1932, s’élevèrent ensuite de 16 % l’an, atteignant au début de 1937 un niveau double de celui de 1932, supérieur de 10 % au maximum antérieur, situé en 1928.

    Le gonflement de la masse monétaire fut de 25 %. Le taux d’escompte de la Banque d’Angleterre fut maintenu imperturbablement à 2 %, le taux de l’argent à court terme, qui était de 4 % en 1930, se situa un peu au-dessous de 1 et le rendement des obligations fut de 3 au lieu de 5 antérieurement.

    Cette renaissance de l’économie britannique fut obtenue grâce à la dépréciation de la livre, survenue à partir de septembre 1931, et par l’établissement, en 1932, lors de la conférence d’Ottawa, d’une protection commerciale ad valorem de 10 à 20 % aux frontières de l’Empire britannique.

    La dépréciation de la livre n’avait pas été délibérée : ce furent des sorties de capitaux, suscitées par la mauvaise santé de l’économie, qui la provoquèrent. Après que les autorités monétaires eurent en vain relevé le taux d’escompte à 6 % et que la Banque d’Angleterre eut perdu de grandes quantités d’or, le gouvernement laissa, le 20 septembre 1931, la livre se déprécier sur le marché des changes. Au lieu de 4,86 dollars en l’été 1931, la livre ne valut plus que 3,51 dollars au début de janvier 1932 et 3,31 à la fin de l’année. Un fonds d’égalisation des changes fut institué, qui eut surtout pour raison d’être de s’opposer à une remontée de la valeur de la livre. La dévaluation du dollar, intervenue en 1933, ramena le cours de la livre à sa parité antérieure avec lui. La définition en or des monnaies du continent européen ayant été maintenue, leur change en livres et en dollars restait majoré de 80 % par rapport à ce qu’il était en 1930.

    Cette dépréciation de la livre fut particulièrement bénéfique pour l’Angleterre. Elle conféra à l’industrie britannique un avantage commercial considérable à l’égard des pays du continent européen et, jusqu’en 1933, vis-à-vis des États-Unis, car la plupart des pays qui l’approvisionnaient en denrées alimentaires et en matières premières industrielles avaient pour monnaie la livre sterling ou une monnaie liée à elle, si bien que leurs fournitures à l’Angleterre ne se trouvaient guère renchéries. L’économie britannique se repliait quelque peu sur elle-même et sur le Common-wealth.

    Alors que dans les années 20 les importations britanniques atteignaient 25 % du PIB, à partir de 1933 elles étaient retombées à 15, et les exportations seulement à 10 au lieu de 17. Le déficit commercial, qui était important depuis plus d’un siècle, s’accentua. La balance des paiements courants se détériora : fortement excédentaire depuis le milieu du XIXe siècle (sauf pendant la guerre de 1914-1918), grâce principalement aux services bancaires et à la flotte marchande, elle devint déficitaire en 1931 et le demeura, d’environ 1 % du PIB, jusqu’à la guerre.

    Ce déficit impliquait des entrées de capitaux supérieures aux sorties, qui procuraient au Royaume-Uni des disponibilités monétaires, stimulant d’autant mieux la croissance que les concurrences extérieures étaient freinées par des droits protecteurs. Mais il était aussi le signe d’un déclin à venir.

    En France : une dramatique illusion

    La France de ces années 30 offre le triste exemple d’une sortie de crise manquée. Au second semestre de 1932 et au premier semestre de 1933, un rebond d’activité est bien intervenu (la production industrielle s’éleva de 20 % en un an), mais il fut sans lendemain. Au début de 1935, l’indice de la production industrielle se retrouva au plus bas niveau atteint trois ans auparavant.

    Pourtant, les capitaux n’ont pas manqué : au bilan de la Banque de France, les avoirs en devises et en or, qui étaient de 60 milliards en 1928, s’élevèrent à 90 milliards en 1932, et le taux de l’argent à court terme baissa de 3,5 à 1 %.

    Mais la dépréciation de la livre constitua un handicap pour le commerce extérieur français et exerça sur les prix intérieurs une forte pression à la baisse. Quand, au second semestre de 1933, le dollar fut dévalué à son tour de 41 %, cette pression s’accentua et les prix à la consommation baissèrent de 6 % l’an de 1931 à 1935. Néanmoins, une disparité difficilement supportable s’établit entre les prix français et les prix anglais ou américains, ou ceux de leurs satellites.

    (…)

    Au printemps de 1936, la production industrielle, malgré sa remontée récente, était encore de 23 % inférieure à son niveau de 1930 ; aux États-Unis, elle ne l’était plus que de 5 ; en Angleterre et en Allemagne, elle dépassait ce niveau de 10. L’appareil industriel français avait vieilli, faute d’investissements. L’économie était appauvrie par cinq années de déflation.

    En mai 1936, le mécontentement justifié de la population amena à la Chambre des députés une majorité de Front populaire. Le gouvernement présidé par Léon Blum, composé de socialistes et de radicaux, mit en œuvre, dès juin, une politique de hausse des salaires et de stricte limitation de la durée du travail à quarante heures par semaine. Puis il dévalua le franc en octobre. Le tout sans réussir à relancer l’économie. En 1938, la production industrielle était encore moindre qu’en 1936, bien qu’une dépréciation de 60 % du franc eût ramené les prix français à peu près au niveau des prix anglais et américains.

    Ce fut seulement pendant les six premiers mois de 1939, quand un gouvernement où Paul Reynaud était ministre de l’Économie et des Finances eut desserré certaines contraintes et réussi à susciter des retours de capitaux, qu’un progrès rapide de la production industrielle la porta à un meilleur niveau, mais inférieur encore de 12 % à celui du maximum atteint en 1930.

    Quand la guerre éclata, la France n’était pas guérie des méfaits de la déflation. »

    Après ce rappel des détails oubliés (ou jamais appris) d’une situation de DÉFLATION, et la description de QUELQUES POLITIQUES PASSÉES REMARQUABLES pouvant servir d’illustration des réactions possibles, JM Jeanneney décrit sa proposition et c’est si intéressant que je réserve ça au message suivant.

    Je suis sûr que toute création de monnaie permanente par la banque centrale au profit des citoyens ne crée PAS ipso facto de l’inflation.

    Comme en médecine, tout est question de mesure : on ne renonce pas aux médicaments sous prétexte que leur excès serait mortel.

    Amicalement.

    Étienne.

    (à suivre)

  231. ÉPOUVANTAILS ou REFLATION ? 2/2

    (Suite du message précédent)

    Jean-Marcel Jeanneney prend ensuite mille précautions pour montrer que sa proposition centrale est formulée en toute connaissance des risques inflationnistes liés à une création monétaire surabondante.

    Il a raison, c’est un gage utile pour prendre au sérieux sa proposition.

    CHAPITRE II : LES MENACES D’AUJOURD’HUI

    (…)

    Le poids des dettes

    L’endettement de tous les agents économiques atteint une proportion de leurs revenus beaucoup plus élevée qu’autrefois où, en temps de paix, les États s’attachaient davantage à équilibrer, bon an mal an, leurs budgets, où les entreprises finançaient principalement leurs investissements au moyen de leurs profits, et où les ménages achetaient meubles et même immeubles principalement au moyen d’une épargne préalable. À l’heure actuelle, les États se sont fortement endettés, espérant ainsi soutenir l’activité économique ; les entreprises se sont développées par des appels exagérés à des crédits bancaires ; les ménages se sont beaucoup équipés grâce à des crédits à la consommation.

    Or un endettement accru de tous les acteurs économiques constitue un danger manifeste de déflation. Une dette excessive de l’État, qui l’oblige à consacrer une trop grande part de ses ressources fiscales au service de cette dette, le paralyse quand il voudrait soutenir une activité défaillante. Lorsque les entreprises mal conduites ou malchanceuses avaient été financées essentiellement au moyen de capitaux appartenant au chef de l’entreprise ou à ses actionnaires, ou prêtés par des personnes physiques, leur faillite affectait peu l’activité générale.

    Présentement, des faillites trop nombreuses alourdiraient les bilans des banques de créances irrécouvrables. Certaines banques seraient obligées de vendre des actifs dont les prix tendraient à s’effondrer, entraînant avec eux l’appauvrissement d’une multitude de personnes. Quelques faillites retentissantes, une crise sociale ou politique ou un événement extérieur malencontreux pourrait suffire, en ébranlant l’édifice du crédit, à enclencher une déflation.

    (…)

    Le désordre monétaire

    Entre les deux guerres mondiales, il n’y avait plus de pièces d’or en circulation dans le monde, mais la plupart des unités monétaires restaient définies par un poids d’or. Après les troubles de l’après-guerre, leurs taux de change furent à nouveau déterminés par des rapports de poids d’or. Des transferts de lingots, provoqués par d’infimes variations des cours, assuraient une stabilité presque parfaite de ceux-ci. Cependant, tout État souverain avait la possibilité de modifier le cours officiel de sa monnaie en changeant le prix auquel il déclarait être acheteur et vendeur de lingots ; ainsi firent les États-Unis en 1933. L’Angleterre renonça en 1931 à acheter et vendre de l’or à un taux fixe et laissa le marché des changes déterminer, au jour le jour, le cours de sa monnaie avec celles qui étaient convertibles en or, puis elle vendit et acheta elle-même de l’or ou des devises sur le marché, afin d’influencer le cours de la livre sterling par rapport aux autres monnaies. Mais l’or constituait néanmoins le dénominateur commun des monnaies.

    Bien différente est la réalité actuelle. Les banques centrales continuent à détenir précieusement dans leurs caves des tonnes d’or à titre de précaution, mais il y est immobilisé et ne joue plus aucun rôle dans les mécanismes de change. C’est en août 1971 que les États-Unis, en mettant fin à la convertibilité en or du dollar, brisèrent le système monétaire international qu’ils avaient imposé au monde en 1945. Ils le trouvaient trop exigeant pour eux. Depuis juillet 1974, les grandes monnaies du monde n’ont plus de relations fixes et ne sont plus, même théoriquement, définies par un poids d’or. En 1976, le flottement généralisé des monnaies fut officialisé par un amendement aux statuts du FMI.

    Les variations des cours des changes, ainsi libérés de toute règle, sont susceptibles de réduire, à la longue, les écarts entre les niveaux des prix nationaux exprimés en une monnaie de référence — le dollar par exemple —, ce qui devrait avoir pour effet de corriger les déséquilibres des balances commerciales.

    Mais ces cours, soumis à des flux de capitaux, sensibles à des événements de toutes sortes et aux anticipations des spéculateurs, agissent souvent dans un sens contraire à celui qui rapprocherait les pouvoirs d’achat des monnaies. Les distorsions de concurrence et les incertitudes en résultant entravent les initiatives productrices.

    Les gérants d’énormes masses de capitaux, désormais détenus par des fonds de pensions et des sociétés de placement, soucieux avant tout d’en préserver la valeur, sont attentifs au sort des monnaies dans lesquelles les titres sont libellés. Ils surveillent constamment les politiques monétaires et budgétaires.

    Le gouvernement de chaque État, s’il veut éviter de brusques retraits de capitaux étrangers, doit être attentif à ne pas inquiéter ces gérants, en respectant les règles que ceux-ci considèrent comme propres à préserver la valeur d’une monnaie, quand bien même cela entraverait la croissance économique du pays en cause ou mécontenterait gravement sa population.

    Ces règles, conçues pour assurer la conservation de la valeur des actifs financiers, peuvent avoir des effets déflationnistes en raison des mesures de rigueur budgétaire et de sévérité à l’égard des bilans des banques qu’elles imposent. Le paradoxe est qu’elles risquent de provoquer une dévalorisation des actifs réels, immeubles ou équipements industriels, se trouvant dans le patrimoine des sociétés où ces gérants ont placé des capitaux.

    L’actuel système des changes flottants est responsable, pour une part, du ralentissement de la croissance intervenu en Europe depuis 1974 et constitue une menace pour l’avenir. Malheureusement, pour établir dans le monde un système de changes fixes, éventuellement ajustables, il faudrait l’accord actif des États-Unis qui, estimant trouver avantage à la situation actuelle, ne le souhaitent pas.

    Il faudrait aussi passer outre aux intérêts de tous ceux qui tirent profit de la variabilité des cours des changes : d’une part les spéculateurs avisés, qui réalisent d’énormes gains en anticipant et, parfois, en provoquant les variations des cours ; d’autre part les établissements financiers, qui gèrent les opérations de change et fournissent aux entreprises productrices, moyennant des commissions, les moyens de se protéger, tant bien que mal, contre les effets de variations qui affectent leurs coûts d’approvisionnement en produits importés et leurs prix de vente à l’exportation.

    (…)

    CHAPITRE III : LES FAUSSES « BONNES IDÉES »
    [Un très intéressant chapitre, mais je ne reproduis que les quelques points directement utiles à notre débat sur la monnaie. ÉC]

    Malheureusement, la plupart des remèdes préconisés de divers côtés sont des potions insuffisantes ou dangereuses ; les « bonnes idées » se révèlent fausses.

    La hausse systématique des salaires

    (…)

    La réduction autoritaire de la durée du travail

    (…)

    Le charme pervers des déficits

    Une politique de déficit volontaire des finances publiques est plus subtile. Elle est souvent qualifiée de keynésienne, une analyse théorique de John Maynard Keynes étant souvent invoquée pour la justifier.

    Une théorie subtile, à l’appui d’une pratique commode…

    Keynes a souligné que, dans toute économie, l’épargne, c’est-à-dire la non-consommation d’une partie des revenus pendant une période donnée, est nécessairement égale aux dépenses d’investissement.

    Mais il a montré aussi – c’est un de ses apports, parmi d’autres, à la science économique — que le niveau d’activité auquel cette égalité se réalise n’est pas automatiquement celui qui assurerait le plein-emploi des hommes et des machines. Car si le montant de l’épargne que les individus souhaitent constituer est supérieur au montant des sommes que les investisseurs sont désireux d’utiliser, l’insuffisance de l’investissement, par rapport à l’épargne souhaitée, diminue les quantités de biens produites et, de ce fait, les revenus distribués, et donc l’épargne réalisée. On atteint un équilibre, mais de sous-emploi.

    Si, par crainte de l’avenir, notamment du chômage, les particuliers veulent ne pas réduire leur épargne, ou même veulent l’augmenter, alors que les investisseurs se dérobent, l’économie entre dans un cercle vicieux. En diminuant plus encore leurs consommations, les ménages amenuisent les débouchés des entreprises. Celles-ci, produisant moins, n’investiront pas. L’égalité entre épargne et investissement se réalisera à un niveau encore plus bas.

    Partant de là, on conclut que, pour éviter le sous-emploi, et éventuellement pour briser le cercle infernal d’une aggravation constante de ce sous-emploi, il faut que l’État substitue ses propres dépenses à celles, insuffisantes, du secteur privé, mais sans augmenter les impôts, afin de ne pas réduire encore davantage consommations et investissements.

    Bien avant que la théorie keynésienne apparaisse et se répande, on a fait du keynésianisme sans le savoir. Aujourd’hui comme hier, quand une dépression menace ou s’installe, des gouvernements augmentent les dépenses publiques et les financent par des emprunts. L’État embauche des hommes et des femmes chômeurs, qui deviendront de meilleurs consommateurs, il réalise des travaux publics ou achète des équipements, procurant ainsi des débouchés à des entreprises, dans l’espoir qu’elles embaucheront et achèteront davantage de biens intermédiaires, puis se remettront à investir dès qu’une reprise de l’économie se profilera. Ainsi la pompe des affaires sera réamorcée.

    Politique séduisante et agréable pour les gouvernants et les gouvernés. Alors que des citoyens, dont on augmenterait les impôts, protesteraient, c’est volontairement que des détenteurs de réserves financières, pour les faire mieux fructifier, les prêtent à l’État. Ils n’ont aucune raison de réduire leurs dépenses de consommation et l’État augmente les siennes. Tout paraît devoir aller pour le mieux.

    … mais désormais nocive

    Certes, l’État dépensant aussitôt les sommes qu’il a empruntées, les liquidités du système bancaire ne sont pas réduites et les crédits à court terme susceptibles d’être faits aux entreprises n’en souffrent pas. Cependant, l’État est obligé d’offrir un taux d’intérêt suffisant pour attirer à lui des capitaux, éventuellement étrangers. [C’est le piège de l’argent-dette. ÉC] Les taux d’intérêt s’en trouveront vraisemblablement majorés, d’autant plus que l’État emprunte à long terme, se refusant à emprunter au moyen de bons du Trésor à trois, six ou douze mois qui le mettraient à la merci de ses prêteurs, comme ce fut le cas en France, en 1925, au temps du Cartel des gauches. Certains emprunteurs privés ne pouvant supporter des taux d’intérêt élevés seront évincés du marché des capitaux. À quoi s’ajoute que, si des capitalistes étrangers souscrivent aux emprunts d’État, il est particulièrement à craindre que les détenteurs de ces titres, inquiets tôt ou tard de l’avenir de la monnaie, les vendent tout à coup, provoquant une crise financière, voire de change.

    On dit parfois que des investissements publics peuvent être plus utiles que ne l’auraient été les investissements privés. Cela est parfois vrai. Mais, le besoin d’investissement de l’État réapparaissant chaque année et la comptabilité publique ne prenant pas en compte leur amortissement, une bonne gestion exige qu’il finance ses investissements par des impôts.

    Les tenants des politiques dites keynésiennes se plaisent à déclarer que la relance obtenue grâce au déficit public procurera des excédents budgétaires qui permettront de rembourser les emprunts précédents. L’expérience historique montre que, même s’il y a effectivement relance, aucun remboursement n’a lieu. Quand des excédents budgétaires apparaissent, les gouvernants s’empressent de les dépenser.

    Le règlement des arrérages d’une dette publique opère un transfert de revenus des contribuables aux créanciers de l’État. L’ensemble des revenus des ménages ne s’en trouve pas diminué, mais les personnes actives, pressurées, risquent d’être découragées, tandis que les rentiers, bénéficiaires de ces transferts, n’y trouvent aucun motif d’accomplir des efforts productifs, bien au contraire. La succession de déficits accumulés amplifie la part des impôts ayant cet effet nocif.

    En France, au budget de l’État de 1996, le service de la dette atteint 226 milliards, soit un peu plus de 16 % des recettes fiscales. Cette somme équivaut presque au montant des dépenses militaires (241 milliards). Et comme, en dépit de cette charge stérile, il faut que l’État continue à remplir, tant bien que mal, ses fonctions, les prélèvements obligatoires atteindront probablement 45 % du produit national en 1996. Une augmentation des prélèvements devenant dangereuse, ce sont des devoirs essentiels que l’État ne pourra plus assumer convenablement, à moins qu’il emprunte encore. Mais alors, sa dette augmentant sans cesse, son poids ne pourra plus jamais être contenu, sinon par une inflation forte qui en réduise en terme réel la charge nominale excessive. D’une telle inflation, on dira ci-après les dangers.

    Quant à couvrir le déficit par des avances de la Banque de France, on verra au chapitre IV à quels excès cela a donné lieu, et les fortes inflations qui en ont résulté.

    C’est donc à réduire, voire supprimer les déficits publics qu’il conviendrait de s’employer, pour non seulement atteindre à l’équilibre des dépenses hors dette — ce qui, d’après les prévisions budgétaires, ne sera même pas le cas en 1996, où le déficit atteindra 290 milliards, supérieur de 70 milliards aux intérêts de la dette -, mais pour couvrir par des recettes ordinaires la charge des intérêts. En effet, dans l’hypothèse d’un simple équilibre des recettes et dépenses publiques hors intérêts de la dette, celle-ci exprimée en pour-cent du PIB croîtra tant que le taux de croissance du PIB en valeur sera inférieur au taux d’intérêt moyen de cette dette.

    Perspectives amères, qui auraient dû dissuader, dans le passé, d’abuser des déficits publics. Le seul remède est de tout faire pour accélérer la croissance. Elle seule peut permettre d’accroître les recettes fiscales sans élever les taux d’imposition.

    La tentation de l’inflation

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    Le libéralisme débridé

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    Le refuge dans l’empirisme

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    CHAPITRE IV : UNE « MARCHANDISE MERVEILLEUSE »

    « Ce qui affola les conquérants de l’Amérique ce fut l’or, d’une attraction si puissante sur l’homme sauvage ou civilisé… Le miracle de cette marchandise merveilleuse, c’est qu’aussitôt extraite elle est vendue puisque la frappe est libre, et qu’il est loisible à chacun de monnayer l’or en pièces trébuchantes… Cette marchandise singulière… n’a guère de fonction que comme signe représentatif des autres, office que remplit tout aussi bien, sinon mieux, le moindre chiffon de papier. » Georges Clemenceau, Le Grand Pan, 1896, (Imprimerie nationale, 1995, p. 123)

    L’insuffisance de la demande de biens de consommation et d’équipement est la cause essentielle de la langueur actuelle des affaires et de la persistance du chômage. C’est à cette insuffisance qu’il faut d’abord remédier. Si on procurait des débouchés supplémentaires aux producteurs de biens de consommation et aux commerces situés en aval, les uns et les autres recommenceraient à embaucher et à investir en machines et en bâtiments. Les producteurs de ces équipements embaucheraient eux aussi, distribueraient davantage de salaires et réaliseraient plus de profits. Les rentrées fiscales augmenteraient et le montant total des aides aux chômeurs diminuerait. De multiples problèmes financiers et sociaux, que la dépression rend insolubles, pourraient être alors assez vite résolus.
    Pour relancer la demande, il faut créer de la monnaie. Quelle monnaie ?

    Échec aux banques

    Les banques créent de la monnaie ou en détruisent selon les circonstances. Elles le font en accordant ou refusant des crédits, selon des règles, écrites ou non écrites, sans le respect desquelles elles deviendraient, tôt ou tard, insolvables.

    Quand les banques créent de la monnaie en accordant des crédits, elles utilisent les dépôts que des particuliers ou des entreprises leur font en attendant d’en avoir l’usage. Mais elles peuvent prêter davantage, sachant qu’une grande partie des sommes qu’elles avancent, après avoir servi à des paiements, reviendront aux unes ou aux autres sous forme de dépôts.

    L’ensemble du système bancaire peut ainsi créer de la monnaie, sans autre limite que le besoin qu’il a de fournir des billets à ceux de ses clients qui lui en demandent en échange de monnaie scripturale. Les billets constituant encore 16 % de la masse monétaire Ml (billets + comptes à vue), si l’ensemble des banques augmente de 10 milliards les crédits consentis, celles-ci auront besoin de demander 1,6 milliards de billets à la Banque de France.

    Dans la mesure où la Banque de France le jugera souhaitable pour la bonne marche de l’économie, elle les leur fournira en échange de créances à court terme apportées par elles. La Banque de France peut créer de la monnaie à volonté puisque ses billets ont cours légal. Si elle estime que ses prêts à court terme ne suffisent pas à créer assez de monnaie, elle peut acheter des titres de créance à long terme, notamment des emprunts d’État. Cette élasticité du système bancaire est nécessaire à un bon financement de l’économie et à sa croissance, mais elle peut être excessive. Si la Banque de France considère qu’il y a excès de liquidités, elle rend plus difficiles ou plus coûteux ses concours aux banques commerciales, ou encore vend les titres qu’elle a en portefeuille, retirant ainsi de la monnaie du marché. De cette manière, elle peut freiner une accélération de la demande jugée incompatible avec les capacités de production françaises, donc inflationniste — à condition toutefois que des déficits budgétaires ou l’arrivée de capitaux étrangers n’en annulent pas les effets.

    Dans le cas inverse de dépression économique, où la demande est inférieure aux capacités de production, la Banque de France peut certes diminuer ses taux d’intérêts à court terme, mais cela ne saurait toujours suffire à relancer l’économie. Cette baisse n’entraîne pas à coup sûr celle des taux à moyen et long terme, qui commandent l’investissement dans beaucoup de secteurs, notamment celui du bâtiment. Elle peut même faire monter les taux longs, dans la crainte, fut-elle injustifiée, d’un regain d’inflation. Et les taux courts risquent alors de remonter à leur tour.

    Quand bien même une baisse générale et profonde des taux courts et longs serait obtenue, les entreprises qui n’ont pas de commandes suffisantes n’emprunteront pas : à quoi bon accroître le parc de ses machines ou ses stocks si on pense ne pas pouvoir vendre davantage ? L’exemple actuel du Japon est remarquable. Le taux d’intérêt à trois mois y est inférieur à 1 % et le taux à dix ans y est de moins de 3 % ; néanmoins, l’économie ne repart pas.

    Quant aux particuliers, s’ils ont peur du chômage ou si leurs salaires ou autres revenus diminuent, ils hésiteront à s’endetter pour acheter des biens de consommation. Ceux d’entre eux qui seraient enclins à emprunter pour faire construire un immeuble ne le feront pas s’ils ont le sentiment que la valeur marchande de celui-ci risque de se déprécier.

    Dans une telle conjoncture, la Banque de France est impuissante à faire sortir l’économie du cercle vicieux dans lequel celle-ci est enfermée : baisse des prix, de l’activité, des revenus et des consommations, réduction des rentrées fiscales, chômage, volonté des individus d’accroître une épargne de précaution qu’ils veulent liquide. Les banques qui récoltent cette épargne ne trouvent pas à la prêter dans sa totalité, sinon à l’État impécunieux, obligé d’accroître son déficit qui risque de devenir bientôt insupportable.

    Alors il est utile, mais non sans danger, que soient émises des monnaies d’autre source que bancaire.

    La tentation du papier

    Une source possible de monnaie est la fabrication de papier-monnaie.

    À la fin du XVIIIe siècle, des gouvernements aux abois ont utilisé la planche à billets, pièce de bois sur laquelle était fixée une plaque de cuivre gravée, qui servait à imprimer des morceaux de papier où était inscrit le nombre d’unités monétaires que chacun d’eux représentait.

    Pendant la guerre d’indépendance des colonies britanniques d’Amérique, le Congrès continental, pour faire face à ses besoins urgents, émit du papier-monnaie en quantités telles qu’il perdit bientôt toute valeur.

    Le fantasme des assignats

    Quinze ans plus tard, en France, en janvier 1790, la Constituante créa une Caisse de l’extraordinaire, chargée de centraliser le produit des ventes de biens du domaine royal et de biens ecclésiastiques déclarés biens nationaux. En même temps, elle décréta l’émission d’assignats sur cette caisse.

    Dans l’ancien droit, on appelait assignat l’action d’asseoir une rente sur un bien-fonds. Ces premiers assignats étaient des délégations sur le prix de vente prochain des biens nationaux.

    On en émit d’abord pour un montant de 400 millions, qui correspondait à peu près à la valeur des biens à vendre. Ils portaient intérêt à 5 % et n’étaient constitués que de grosses coupures de 1000, de 300 et de 200 livres, qui matérialisaient la reconnaissance d’une sorte de créance hypothécaire. Ils n’étaient pas une monnaie et reçurent bon accueil.

    Mais, dès avril 1790, un décret de l’Assemblée nationale fit de ces assignats une monnaie ayant cours entre toutes personnes dans toute l’étendue du royaume, devant être reçue comme espèce sonnante dans toutes les caisses publiques. Dans l’esprit de l’Assemblée nationale, il s’agissait à la fois de remédier à la pénurie de numéraire et de pourvoir aux besoins du Trésor en émettant un montant d’assignats bien supérieur à la valeur des biens mis en vente.

    En 1793, on en avait émis arbitrairement pour près de 4 milliards et ils avaient perdu plus de 80 % de leur valeur par rapport aux pièces d’or ou d’argent qui circulaient encore plus ou moins clandestinement. Ils furent alors échangés, à raison de 30 pour 1, contre des mandats territoriaux, ayant eux-mêmes cours légal et forcé mais qui, bientôt, perdirent à leur tour toute valeur, cependant que la circulation de pièces d’or et d’argent était de nouveau légalisée. Mauvais souvenir !

    Il existe cependant quelques exemples d’émissions de papier-monnaie d’État moins pernicieuses. Aux États-Unis, de 1860 à 1865, pendant la guerre de Sécession, des greenbacks (le dos des billets était de couleur verte) furent émis pour financer la guerre.

    En Angleterre, pendant la Première Guerre mondiale, le Trésor britannique émit des currency notes pour 350 millions de livres, tandis que la Banque d’Angleterre, dont les billets avaient aussi, en fait, cours forcé, élevait leur circulation de 29 à 87 millions de livres seulement.

    Greenbacks et currency notes furent, finalement, après quelques années, incorporés dans le bilan de la banque d’émission du pays, partageant ainsi la dépréciation des billets de celle-ci, avec lesquels ils se confondirent. En ces deux cas, l’inflation fut forte : au temps des greenbacks les prix doublèrent presque ; ils firent plus que doubler au Royaume-Uni au temps des currency notes. Les détenteurs de ces billets, moins spoliés que ceux d’assignats, perdirent environ la moitié de leur pouvoir d’achat.

    Les avances faites à l’État

    Les banques ayant reçu le privilège d’émettre des billets permettant de régler des transactions plus commodément qu’avec des pièces ont toujours été plus ou moins considérées par les gouvernements, en cas de besoin, comme au service de l’État qui leur avait concédé ce privilège, même quand elles étaient des sociétés privées. Lorsqu’un État exigeait de la banque d’émission qu’elle lui octroie des crédits, on disait qu’il faisait marcher la planche à billets.

    Pendant presque tout le XIXe siècle, et jusqu’en 1914, les billets de la Banque de France, étant librement convertibles en or ou en argent, n’étaient pas du papier-monnaie, mais des titres représentatifs de métaux précieux. C’est seulement de mars 1848 à août 1850, qu’en raison des troubles révolutionnaires, la convertibilité des billets fut suspendue et qu’un pouvoir libératoire leur fut conféré. Il en alla de même en 1870, un mois après la déclaration de guerre à l’Allemagne.

    Dès 1873, la Banque de France reprit, en fait, le remboursement en or de ses billets, mais le cours forcé ne fut officiellement aboli qu’en janvier 1878. Pendant ces deux périodes d’inconvertibilité et de cours forcé, les billets de la Banque de France étaient du papier-monnaie. Redevenus officiellement convertibles en janvier 1878, ils le restèrent jusqu’en août 1914, tout en conservant le caractère de monnaie légale.

    Durant tout ce siècle, les gouvernements demandèrent de temps à autre à la Banque de France de consentir des avances au Trésor, non seulement aux époques de cours forcé, mais aussi lorsque ses billets étaient convertibles en or ou en argent. La Banque le fit, non sans rechigner. Ces avances portèrent d’abord intérêts, mais lors du renouvellement du privilège de la Banque, en 1897, alors qu’elles furent portées à 180 millions, elles devinrent désormais sans intérêt. En 1911, une avance supplémentaire de 20 millions fut accordée. Il était tacitement convenu que ces sommes ne seraient jamais remboursées.

    Échelonnées sur tout le siècle, ces créations de monnaie au profit du Trésor furent, au total, relativement faibles. En 1913, elles ne s’élevaient qu’à 3 % du montant des engagements à vue (billets en circulation et comptes courants de dépôts à la Banque de France), seulement 1,2 % de la valeur cumulée des pièces et billets en circulation. En raison de cette modération, les conséquences n’en avaient pu être que bénéfiques.

    Il en alla tout autrement à partir de 1914. À cause des avances consenties pendant et après la guerre, les créances de la Banque sur le Trésor s’élevèrent à 67 % de son actif au début de 1919, atteignirent 74 % en 1921 et se maintinrent presque à ce niveau jusqu’à la fin de 1926. Corrélativement, le coût de la vie fut multiplié par cinq en douze ans.

    La même opération d’émission de papier-monnaie pour le compte de l’État eut lieu, avec une plus grande ampleur encore, de 1939 à 1949, années pendant lesquelles la Banque de France fournit à l’État plus de 700 milliards de francs. En neuf ans, les prix furent multipliés par vingt.

    Inévitable était le recours à la planche à billets en temps de guerre et pendant les années de reconstruction d’après guerre. Il était impossible que des augmentations d’impôts pussent faire face aux énormes dépenses effectuées alors par l’État. Il les couvrit en partie par des emprunts et, quant au reste, se trouva contraint de le faire par des émissions abondantes de monnaie. Il opéra ainsi un prélèvement indirect sur les créanciers de toutes sortes, sur tous les titulaires de revenus fixes ou de revenus ne s’élevant pas autant que la hausse des prix. Sans le vouloir, il avantagea indûment les débiteurs privés aux dépens de leurs créanciers. Une telle pratique n’est pas admissible en temps normal.

    Que des émissions de monnaie par l’État lui-même ou pour son compte par la Banque de France aient été souvent abusives et que les effets en aient été alors déplorables n’est pas une raison pour les proscrire dans d’autres circonstances et selon des modalités différentes.

    Ce qui advint au temps où les monnaies étaient métalliques est, à cet égard, riche d’enseignements.

    L’âge d’or… et d’argent

    Quand la monnaie était faite principalement de pièces, la frappe d’or ou d’argent retirait une certaine quantité de ce métal du marché, ce qui maintenait son prix au niveau résultant de la définition métallique de l’unité monétaire — sans quoi il eût fléchi en période de forte production.

    D’autre part et surtout, le système fournissait à l’apporteur du métal un pouvoir d’achat sans qu’il eût rien à produire en contrepartie. La demande de biens se trouvait ainsi augmentée, sans qu’il y eût, de ce fait, plus de biens disponibles. De même, lorsque l’excédent de la balance des opérations courantes permettait aux nationaux d’acquérir des devises qui servaient à acheter à l’étranger de l’or aboutissant dans les caves de la Banque d’émission, l’opération agissait doublement sur le marché national des biens et services : il y avait moins d’offres de marchandises importées et la monnaie obtenue de la Banque d’émission, en échange de métal précieux, constituait un pouvoir d’achat sans contrepartie immédiate de productions de biens.

    En les dépensant, les individus qui avaient acquis ainsi pièces ou billets engendraient une activité dans le pays, à condition toutefois qu’une production nationale accrue répondît à la demande supplémentaire de biens. Il fallait, pour cela, que les habitants du pays eussent la possibilité et surtout la volonté de travailler davantage. Si, faute d’un effort créatif suffisant, on recourait à des importations pour satisfaire la consommation supplémentaire, la balance commerciale se détériorait et une part de la monnaie créée allait à l’étranger, là où un surcroît d’activité avait lieu.

    Au XVIe siècle, des galions ont apporté d’Amérique en Espagne de grandes quantités d’or provenant du pillage des richesses accumulées au Mexique et au Pérou, auxquelles s’ajouta l’argent extrait de mines très productives par une population indigène cruellement exploitée. Bien que des corsaires eussent détourné certaines cargaisons vers d’autres pays, des quantités considérables de métaux précieux parvinrent en Espagne, à titre public ou privé, de 1520 à 1650, et se répandirent peu à peu en Europe occidentale.

    Une partie de l’or et de l’argent arrivés d’outre-Atlantique servit à fabriquer des objets d’orfèvrerie, mais une autre fut frappée en pièces de monnaie. Abondance monétaire d’autant mieux venue qu’au XVe siècle l’Europe avait connu une certaine pénurie de numéraire. Grâce à ces pièces, la demande accrue de biens provoqua le développement d’activités multiples, non seulement en Espagne, mais aussi dans les pays voisins d’Europe, d’où les Espagnols importèrent ce qu’ils ne pouvaient pas ou ne voulaient pas produire eux-mêmes.

    CETTE INJECTION DE MONNAIE N’ENTRAÎNA, EN ESPAGNE ET EN EUROPE, QU’UNE FAIBLE HAUSSE DES PRIX. D’après les indices qui ont été rétrospectivement calculés, elle ne semble pas avoir excédé 2 % l’an en Espagne. En France et en Angleterre, à en croire les séries de prix particuliers dont on dispose, la hausse, plus tardive, aurait été aussi de 2 % jusqu’à la fin du XVIe siècle. L’inflation fut donc partout assez lente pour n’être pas nocive. Les progrès matériels d’alors eurent certes bien d’autres causes, mais ils auraient sans doute été moindres sans l’expansion monétaire survenue.

    Il en fut de même au XIXe siècle. La production d’or mondiale s’est accrue à trois reprises. Entre 1820 et 1840, elle doubla ; entre 1845 et 1853, elle s’éleva de trente-cinq à deux cents tonnes par an grâce aux mines d’or de Californie, puis elle déclina légèrement jusqu’en 1888. De nouveau, elle s’accrut fortement lorsque furent mises en exploitation des mines d’or en Afrique du Sud et en Australie : elle atteignit sept cents tonnes en 1912. La production de l’argent, qui bénéficiait aussi jusqu’en 1875 de la frappe libre dans la plupart des pays occidentaux, sauf en Angleterre, fut plus régulièrement croissante : de sept cents tonnes en 1845 à deux mille tonnes en 1875.

    Il n’était guère satisfaisant que le développement économique du monde dépende, pour une part, du hasard de découvertes de mines procurant du métal précieux. Il ne l’était pas non plus que ces mines donnent lieu à des bagarres parfois mortelles entre prospecteurs individuels ou que leur mise en valeur par de grandes sociétés s’opèrent en soumettant leurs travailleurs à des conditions de vie effroyables. Mais le fait est que, jusqu’en août 1914, cela a contribué, de façon parfois insuffisante mais jamais excessive, au financement de la croissance économique dans nombre de pays. Si, en 1876, les pays d’Europe et les États-Unis n’avaient pas supprimé la frappe libre de l’argent, en raison de la forte croissance de sa production – devenue en partie un sous-produit de celle du plomb -, on aurait sans doute évité le ralentissement de croissance observé ensuite pendant une trentaine d’années en Occident.

    Effets bénéfiques pour la France

    Les trois fortes augmentations de la production mondiale d’or survenues au XIXe siècle se répercutèrent en France. La balance des paiements courants ayant été le plus souvent positive, particulièrement au cours des années 1850 à 1869 et à partir de 1885 (3 % du PIB de 1895 à 1910), la partie de l’excédent qui ne servait pas à faire des prêts ou des investissements à l’étranger se réglait sous forme d’importations de métaux précieux. L’or et l’argent importés, non consacrés à de l’orfèvrerie, étaient transformés en monnaie, soit par frappe de pièces, soit par échange contre des billets à la Banque de France.

    Bien qu’il y ait eu évidemment d’autres facteurs de croissance économique, il est instructif de constater la relation en France entre le montant du métal ainsi monétisé et l’augmentation du PIB.

    Monétisation de métaux précieux en France et croissance du PIB

    [tableau 1]

    On voit que pendant les périodes 1820-1840, 1849-1869, 1902-1913, où les créations de monnaie provoquées par des importations de métaux précieux ont été fortes, les taux de croissance du PIB ont été les plus élevés, dépassant ou atteignant 2 % l’an, au lieu de 1 % de 1840 à 1849 et de 1869 à 1902, lorsque cette monétisation a été faible.

    Au XXe siècle, billets contre métal

    Depuis que, le 4 août 1914, l’or ne peut plus être transformé en pièces de monnaie au gré de chacun (sauf aux États-Unis, où cela n’adviendra qu’en 1933), sa production a continué à créer de la monnaie quand il aboutissait dans la cave d’une Banque d’émission, mais une monnaie exclusivement fiduciaire, sous forme de billets où de crédits inscrits dans les comptes de la Banque.

    Ce ne fut pas possible en France, de l’été 1914 à l’été 1926, le prix de l’or sur le marché étant supérieur à celui auquel la Banque de France était autorisée à l’acheter. En 1926, on revint en France à des mécanismes de création monétaire proches de ceux d’avant guerre. Certes, les billets de la Banque de France ne furent plus jamais convertibles en pièces d’or, mais des entrées d’or furent de nouveau susceptibles d’engendrer des créations de monnaie.

    Une loi du 7 août autorisa en effet la Banque à procéder à des achats d’or, d’argent et de devises aux cours du marché, et à émettre des billets pour un montant correspondant. En fait, la Banque de France n’acheta jusqu’en juin 1928 que des devises — pour 26 milliards de francs. Mais après que la loi du 25 juin 1928 eut donné la nouvelle définition du franc en or, elle eut l’obligation de rembourser ses billets en lingots d’or et d’acheter l’or qu’on lui présentait en émettant en contrepartie des billets ou en inscrivant dans ses livres des crédits.

    Entre août 1926 et 1931, ses avoirs en devises et or s’élevèrent de 55 milliards de francs. Pendant cinq ans et demi, la Banque de France a ainsi injecté dans la circulation 10 milliards de francs par an en moyenne, soit 2,5 % du PIB en valeur de 1929.

    Ces injections de francs ne sont pas étrangères au fait que, de 1926 à 1927, le PIB en volume n’ait baissé que de 2 %, malgré la brutalité du choc constitué au deuxième semestre 1926 par une appréciation de moitié du franc sur le marché des changes, le dollar passant de 50 à 25 francs. Mieux encore, elles ont provoqué ou permis une augmentation du PIB de 26 % en 1928 et de 9 en 1929. Elles ont contribué aussi à ce qu’en 1930 et 1931 le PIB ne baisse en France que de 3, puis de 4 %, alors qu’aux États-Unis sa chute était de 8, puis de 10.

    Inversement, de 1931 à 1935, l’encaisse-or et de devises de la Banque de France ayant baissé de 11 milliards, la destruction d’une partie de la monnaie antérieurement créée a entraîné une diminution du PIB de 12 % en quatre ans.

    Substitut : les droits de tirages spéciaux sur le FMI

    Depuis qu’aucune monnaie n’est plus définie par un poids d’or et que les banques d’émission n’en achètent plus en contrepartie de monnaie émise par elles, l’utile source d’approvisionnement de l’économie mondiale en liquidités constituée par la production d’or a disparu.

    La possibilité reconnue, en 1967, au Fonds monétaire international de créer, avec l’accord de ses membres, de la monnaie sous le nom de droits de tirages spéciaux (DTS), constitue un moyen de réaliser ce que la production d’or fit autrefois, et de manière a priori préférable. Tandis que la production d’or à des fins monétaires gaspillait des efforts humains et des équipements, l’émission de monnaie par le FMI ne comporte presque aucun frais. Et alors que la production d’or était sans rapport direct avec les besoins en monnaie de l’économie mondiale, le FMI pourrait doser ses émissions selon ces besoins.

    Ce sont les États-Unis qui, en 1966, voyant leurs réserves d’or fondre – bien que leur balance des paiements courants fut encore excédentaire-, prétendirent que l’économie mondiale allait souffrir d’un manque de liquidités. Ils voulurent que le Fonds monétaire international fut utilisé pour créer, sans contre-valeur, de la monnaie qui serait répartie entre les membres du FMI.

    Lorsque des DTS furent émis pour la première fois, en 1970, les hausses des prix des matières premières et des prix à la consommation étaient déjà devenues générales. Cette création de DTS a malheureusement coïncidé avec une ample augmentation des liquidités internationales par les banques commerciales, multipliant les eurodollars hors de toute réglementation : le montant de ceux-ci dans les dix grands pays développés autres que les États-Unis s’éleva de 19 milliards en 1966 à 68 en 1970, à 170 en 1974, et à 600 en 1980.

    Ce n’est pas un hasard si, pendant les années 70, la hausse des prix à la consommation a été en Allemagne, aux États-Unis, en France et au Royaume-Uni respectivement de 7, 8, 10 et 13 %, au lieu de 2, 2,5, 4 et 4 % dans ces mêmes pays pendant la décennie précédente. Quant aux prix des matières premières, l’indice Moody’s, en hausse de seulement 1 % pendant les années 60, il augmenta en moyenne de 13 % pendant les années 70. L’inflation, alors, eut certes d’autres causes que monétaires, mais l’émission de DTS, s’ajoutant à l’expansion des liquidités internationales par les eurodollars, n’a pu manquer d’y contribuer. Il y a là l’exemple d’une création ex nihilo de monnaie ayant eu lieu à contretemps.

    CETTE MÉSAVENTURE NE SUFFIT PAS À INTERDIRE À JAMAIS UNE TELLE OPÉRATION. Le FMI en a opéré depuis lors quelques autres, plus justifiées.

    __________________________

    CHAPITRE V : DU BON USAGE DE LA PLANCHE À BILLETS

    Je prétends que, dans la conjoncture actuelle, à condition d’entourer l’opération de garde-fous, l’émission de monnaie ex nihilo par la Banque de France, sans qu’existe aucune créance en contrepartie, est indispensable pour sortir notre économie de son anémie.

    Faire marcher la planche à billets ? L’expression est doublement anachronique, les billets étant imprimés sur des rotatives et la masse monétaire constituée, pour les quatre cinquièmes, d’inscriptions dans des comptes bancaires à vue. J’emploie néanmoins ce terme par provocation, pour aller au-devant de la réaction psychologique défavorable de Français informés des turpitudes de notre histoire monétaire.

    L’opération préconisée ici est fondamentalement différente des émissions de papier-monnaie dont j’ai relaté les mauvais effets. Lorsque les gouvernements sont libres d’émettre de la monnaie au profit de l’État, ou peuvent faire pression sur leur banque centrale pour qu’elle lui en fournisse gratuitement, ils résistent souvent mal à la tentation d’en abuser. On empêchera cela.

    Cette émission n’est pas identique non plus à celle de DTS qui fournissent un actif supplémentaire aux banques centrales et permettent d’équilibrer plus aisément les balances des paiements.

    Tout autres aussi sont les créations de monnaie effectuées couramment par une banque d’émission en tant que dispensatrice de crédits aux entreprises et aux particuliers par l’intermédiaire de banques commerciales. Ces crédits consentis aux entreprises trouvent leur justification dans les productions qu’ils financent, dont la vente permettra de les rembourser. Les crédits à la consommation des ménages seront suivis, quelques mois après, par des remboursements, majorés d’un intérêt qui diminue le revenu disponible de l’emprunteur.

    Il s’agit ici de fournir aux ménages un pouvoir d’achat supplémentaire, qui n’alourdisse en rien les coûts de production et qui, n’étant pas remboursable, leur permette d’accroître leur demande de biens sans la restreindre par la suite.

    Cela doit être fait seulement lorsque l’insuffisance de la demande globale est la cause d’une activité productrice inférieure aux capacités de production. De même en médecine, un remède peut être contre-indiqué pour un patient en raison de sa complexion ou de son état de santé du moment ; prescrit à bon escient et bien dosé, il sera salutaire.

    Pour que des émissions de monnaie ex nihilo interviennent au bon moment et en quantités convenables, la décision ne pourra être prise que par une autorité indépendante du gouvernement et capable de bien apprécier la situation économique du pays.

    La monnaie ainsi créée ne pourra en aucun cas être remise au Trésor, ce que d’ailleurs les accords européens et le statut de la Banque de France interdisent désormais.

    Le choix du moment

    Pour que la création de monnaie sans contrepartie soit féconde, il faut que soient réunies TROIS CONDITIONS. Elles le sont actuellement en France, et dans d’autres pays européens.

    Des capacités de production mobilisables

    Une première et principale condition est que le produit national soit inférieur aux capacités de production, afin que le supplément de demande n’ait pour effet ni un renouveau d’inflation, ni un excès d’importations.

    Actuellement, d’après les enquêtes de l’INSEE auprès des chefs d’entreprises françaises, leurs capacités de production ne sont utilisées qu’à moins de 85 %. Encore est-ce là une constatation ne tenant compte que des machines existantes et des travailleurs employés ou immédiatement disponibles et compétents. Une étude récente de la Banque de France indique que dans l’industrie les possibilités d’accroissement de la production, sans modification de la durée du travail, des effectifs ou du travail posté, serait de 5,6 % et, qu’avec une éventuelle augmentation de la durée du travail et des effectifs dans des limites raisonnables, elle atteindrait 16 %. La capacité de produire pourrait être en outre assez rapidement accrue par des investissements. Ils sont actuellement inférieurs de 20 % à ce qu’ils étaient en 1990, bien que l’autofinancement des entreprises atteigne en moyenne une ampleur telle que beaucoup ne rencontreraient aucune difficulté financière à investir pour répondre à un surplus de demande. Et plus de trois millions de chômeurs sont disponibles. Leurs aptitudes professionnelles ne sont pas toujours suffisantes ; mais nombre d’entre eux pourraient être rapidement mis à niveau.

    Des prix assagis

    Parce qu’une hausse plus ou moins rapide des prix a sévi pendant une cinquantaine d’années, on est enclin à méconnaître que les temps ont changé. L’inflation s’est réduite en Europe depuis environ dix ans ; elle a maintenant disparu sous le double effet de politiques économiques plus restrictives et de concurrences s’exerçant à travers le monde entier. Aujourd’hui, le risque n’est plus une forte hausse générale des prix, mais leur baisse, comme il advint au cours des années 30. La politique économique doit agir en conséquence. Si un accroissement de la demande globale ne faisait que rapprocher celle-ci de l’offre potentielle, le niveau de l’ensemble des prix ne s’élèverait pas ou peu.

    Une balance des paiements excédentaire

    Un excédent de la balance des paiements courants montre que l’économie nationale, même si elle produit moins qu’elle ne pourrait, produit plus qu’elle ne consomme.

    Dans un pays où il n’y aurait presque pas de chômage et où le PIB croîtrait rapidement — comme ce fut longtemps le cas au Japon – on pourrait considérer cet excédent comme bénéfique, parce qu’il permettrait d’acquérir des créances sur l’étranger ou d’y acheter des entreprises. Le jour, plus ou moins lointain, où, la population de ce pays ayant vieilli, le nombre de travailleurs sera réduit, les ressources dont il disposera à l’étranger lui éviteront une baisse de son niveau de vie. Mais un tel excédent n’est pas un objectif valable pour la France, où de nombreux travailleurs sont au chômage et où PIB et niveau de vie croissent trop lentement, si même ils ne baissent pas. L’excédent doit être utilisé, au moins en partie, pour accroître les consommations et les investissements intérieurs, grâce à un supplément d’importations.

    La charge de la décision

    Le nouveau statut de la Banque de France, entré en vigueur le 1er janvier 1994, confie au Conseil de la politique monétaire, formé de personnalités connaissant bien les problèmes économiques, la charge de la politique monétaire de la Banque. Il est présidé par le gouverneur ; les deux sous-gouverneurs en sont membres ; nommés par le gouvernement pour six ans, tous trois sont irrévocables. Les six autres membres sont nommés aussi par le gouvernement, mais selon une procédure limitant ses choix. Ils sont aussi irrévocables et leur mandat, de six ans, n’est pas renouvelable. Les conditions d’indépendance et de compétence sont ainsi réunies autant qu’il est possible.

    Ce Conseil a la responsabilité de définir et mettre en œuvre la politique monétaire dans le but d’assurer la stabilité des prix. Il a mission aussi de favoriser, dans la mesure de ses moyens, la bonne marche de l’économie.

    C’est à ce Conseil qu’il faut confier le soin de juger si la situation de l’économie française justifie une émission de monnaie sans contrepartie de créances, et quelle quantité serait appropriée. Le ministre de l’Économie et des Finances, qui a le droit de venir siéger au Conseil avec voix consultative, pourrait y faire entendre l’avis du gouvernement, suggérer une émission ou la déconseiller en fonction de la politique économique menée, mais il ne pourrait ni l’imposer, ni s’y opposer.

    Nul doute, cependant, que le Conseil serait attentif à ses propos, comme aussi à ceux tenus à l’Assemblée nationale ou au Sénat dans les commissions devant lesquelles le gouverneur de la Banque est appelé à s’exprimer.

    Les gouverneurs des Banques centrales considèrent généralement que la stabilité des prix est réalisée quand la hausse du coût de la vie n’excède pas 2 à 3 % l’an. Si la hausse était inférieure, et si le Conseil de la politique monétaire estimait que la croissance de l’économie française pouvait être accélérée sans risque d’inflation ni de déficit de la balance des opérations courantes, il remplirait sa mission en décidant une émission de monnaie. Il le devrait plus encore si le coût de la vie venait à baisser, la Banque étant incapable, en minorant seulement ses taux directeurs, d’empêcher que s’enclenche une déflation.

    Pour que la Banque puisse ainsi injecter de la monnaie, le vote d’une loi sera nécessaire pour l’y habiliter et l’autoriser à inscrire à l’actif de son bilan, au paragraphe « autres rubriques d’actifs », une ligne intitulée « émissions faites en application de la loi du… ».

    Comment faire ?

    La loi d’août 1993 interdit à la Banque de France d’autoriser des découverts ou d’accorder tout autre type de crédit au Trésor public ou à tout organisme ou entreprises publics. Il est donc exclu que la monnaie créée soit remise à l’État.

    Elle ne devra pas non plus être utilisée pour fournir des ressources à des personnes privées qui en reçoivent normalement de l’État ou de collectivités territoriales – familles nombreuses, chômeurs, vieillards dépendants, indigents, entreprises naissantes ou en difficulté -, car la Banque de France subventionnerait indirectement la puissance publique, en se substituant à elle, alors qu’il incombe à celle-ci de trouver par ses impôts les ressources nécessaires à l’accomplissement de ses tâches.

    Une seconde raison d’interdire à la Banque de telles subventions est que, une fois accordées, elles devraient inévitablement être renouvelées chaque année, alors que la création de monnaie ex nihilo ne devrait intervenir qu’en fonction de circonstances économiques passagères.

    C’EST DONC DIRECTEMENT AUX HABITANTS DU TERRITOIRE FRANÇAIS QUE LA MONNAIE CRÉÉE DEVRA ALLER.

    S’agissant de relancer la consommation de façon aussi générale et uniforme que possible, aucune catégorie sociale ne devra être avantagée plus qu’une autre, afin que le fonctionnement des marchés ne soit en rien perturbé. Si l’État veut favoriser tels ou tels individus ou influencer le comportement de certains acteurs de la vie économique, qu’il agisse de son côté ! Ce n’est pas à cette opération de relance qu’il incombe de le faire. D’ailleurs, la Banque de France ne serait pas qualifiée pour en décider. Cela l’exposerait à des revendications de toutes sortes si on prétendait cibler la distribution de monnaie, et ce serait inextricable.

    Le mot capitation désignant un impôt uniforme prélevé par tête d’habitant, l’allocation versée à chacun serait UNE CAPITATION INVERSÉE ! Mille ou deux mille francs, par exemple, seraient versés, un beau jour, à toute personne résidant régulièrement en France métropolitaine et dans les départements ou territoires d’outre-mer, quels que soient son âge, sa nationalité ou ses revenus.

    Le moment serait librement choisi par la Banque de France, qui ne serait nullement obligée de répéter l’opération. Elle garderait la faculté de la refaire si la conjoncture économique le rendait souhaitable.

    La simplicité d’une répartition uniforme serait bienvenue en notre temps où bien des décisions publiques sont souvent assorties de tant de modalités et de conditions que les citoyens n’y comprennent rien. L’uniformité de la somme allouée à chaque habitant la rendrait plus utile à ceux dont les ressources sont faibles qu’aux plus fortunés. Elle serait globalement plus élevée pour une famille nombreuse. Tant mieux !

    Pour écarter toute suspicion de détournement par l’État, les sommes devraient parvenir aux bénéficiaires sans passer par le Trésor public. Presque tous les habitants majeurs ayant un compte en banque ou aux Chèques postaux ou dans une caisse d’épargne, c’est à ce compte que l’allocation serait versée, ainsi que celles de leurs enfants mineurs. Ceux qui n’en ont pas auraient à s’en faire ouvrir un ; les Chèques postaux devraient l’accepter. Les radios, les journaux et la télévision annonceraient cette distribution. Des imprimés seraient à la disposition des habitants, là où ils auraient un compte. Ils auraient à y inscrire leur nom, le numéro du compte sur lequel ils demanderaient que leur soit versée l’allocation, leur adresse, leur numéro d’identification à l’INSEE (mentionné sur leur carte d’assurance-maladie), les noms de leurs enfants à charge inscrits sur ladite carte ou, à défaut, sur tout autre document. Ils certifieraient sur l’honneur n’avoir pas fait la même demande à un autre compte.

    Les banques, les Chèques postaux ou les caisses d’épargne adresseraient, chaque jour ou chaque semaine, à la Banque de France la liste de leurs clients ayant demandé l’allocation et seraient crédités des sommes correspondantes. La Banque établirait, sur informatique, la liste nominative de toutes les allocations accordées, avec mention du numéro d’identification pour faciliter les rapprochements, afin que les demandes multiples puissent être détectées et sanctionnées. Pour faciliter à la Banque ce contrôle, elle serait autorisée à limiter, éventuellement, le nombre de banques habilitées à octroyer ces allocations. Pour couvrir leurs frais, les banques commerciales et la Banque de France se partageraient une somme de 10 francs par allocation attribuée, s’ajoutant à celle-ci.

    Au terme des trois mois accordés pour formuler une demande d’allocation, le nombre de celles-ci seraient confronté au chiffre de la population au 1er janvier précédent, publié par l’INSEE. Une différence apparaîtrait, du fait d’habitants n’ayant pas voulu ou pas pu formuler de demande. La somme correspondant à cette différence serait versée par la Banque de France à des associations caritatives, en accord avec le président de l’UNIOPSS (Union nationale interfédérale des organismes privés sanitaires et sociaux).

    Quels effets ?

    La population résidant sur le territoire français, y compris les départements d’outre-mer, étant en décembre 1995, d’après l’INSEE, de 59,8 millions d’habitants, on peut supposer qu’elle sera de 60 millions en 1997. Si on allouait, par exemple, 2 000 francs à chaque habitant, 120 milliards [de francs] seraient injectés dans l’économie, soit un peu moins de 2 % du produit intérieur marchand (compte tenu des départements d’outre-mer non retenus par les comptes de la nation), 6,7 % de la masse monétaire Ml (billets et dépôts à vue), 3,7% de M2 (Ml + dépôts d’épargne), 2,2 % de M3 (M2 + dépôts à terme et SICAV monétaires).

    L’effet direct serait une augmentation de la consommation. Il est difficile d’évaluer quelle partie de l’allocation serait épargnée. Actuellement, l’épargne individuelle se situe entre 13 et 14 % du revenu disponible après impôts directs. Le supplément de revenu serait peut-être davantage épargné ; seule l’expérience permettrait de le dire.

    L’accroissement de la consommation se porterait probablement moins sur l’alimentation et les services que sur des biens manufacturés, ce qui accélérerait d’autant mieux l’investissement. Les investissements supplémentaires auraient un effet multiplicateur sur la demande intérieure, c’est donc l’ensemble de l’activité qui se trouverait stimulée.

    L’augmentation de la production réduirait les coûts unitaires, car les entreprises ont des coûts fixes : les intérêts des emprunts, les primes d’assurance, la taxe professionnelle, les salaires des dirigeants et ceux des employés accomplissant des tâches administratives qui sont à peu près indépendants des quantités produites. Même les salaires versés aux ouvriers n’augmenteraient d’abord pas proportionnellement aux productions si le rythme de travail était auparavant anormalement faible.

    Certains producteurs profiteraient certes de cette baisse de leurs coûts unitaires pour élargir leurs marges. Mais la forte concurrence intérieure et extérieure s’exerçant actuellement sur les marchés ferait qu’un grand nombre d’entreprises réduiraient leurs prix de vente pour conserver ou développer leur clientèle ou pour accroître leurs parts de marché à l’exportation. Des emplois seraient créés, non pas immédiatement à proportion des augmentations de production, mais leur nombre ne serait pas négligeable et irait croissant.

    Les ventes aux ménages procureraient des rentrées supplémentaires de TVA au Trésor public et le surcroît de bénéfices réalisés par les sociétés augmenterait, l’année suivante, le rendement de l’impôt qui les frappe.

    Les importations de biens et services s’élèveraient évidemment puisqu’elles fournissent actuellement 20 % des ressources utilisées, tandis que les exportations seraient favorisées seulement par une légère baisse des prix unitaires. Mais l’existence d’un large excédent de la balance des opérations courantes, 45 milliards en 1994 (compte tenu du déficit des balances des départements d’outre-mer), et 84 milliards en 1995 soit 1,1 % du PIB, permet d’amputer cet excédent sans inconvénient.

    Selon que les sommes distribuées seraient dépensées ou épargnées, les flux monétaires provoqués différeraient, mais toutes augmenteraient la masse monétaire. Si M3 était enflée, comme indiqué ci-dessus, de 2,2 %, elle s’élèverait dans l’instant au-dessus de la norme fixée par la Banque de France pour la croissance de M3, mais l’augmentation du PIB en résultant élèverait la norme fixée par la Banque, qui l’est en additionnant la croissance du PIB et la hausse tolérée des prix.

    D’un côté l’augmentation de la masse monétaire aurait normalement pour effet une baisse du taux d’intérêt à court terme, mais, d’un autre côté, le développement de l’activité induirait des demandes supplémentaires de crédit aux banques, qui tendraient à élever ce taux. Il incomberait à la Banque de France, par une variation de ses taux directeurs ou en réactivant le système des réserves obligatoires, de contrecarrer la baisse éventuelle du taux d’intérêt à court terme si elle l’estimait contraire au maintien du cours du franc au niveau souhaité.

    Une simulation convaincante

    J’ai demandé au département d’économétrie de l’OFCE d’opérer une simulation, au moyen de son modèle Mosaïque, dans l’hypothèse où serait allouée, à chaque habitant des territoires français, une somme de 2 000 francs, payable en deux fois à six mois d’intervalle. Au total 120 milliards seraient distribués aux consommateurs.

    Les résultats en sont inscrits dans les deux tableaux ci-après, sous forme de différences, en plus ou en moins, par rapport à ce qui serait advenu en l’absence de cette double distribution, l’une au début du premier trimestre 1997, l’autre au début du troisième (La comptabilité nationale n’englobant pas encore les départements français d’outre-mer, le modèle Mosaïque n’a pu tenir compte de différences éventuelles d’effets de la distribution de deux mille francs aux habitants de ces départements).

    1 000 F par Français aux premier et troisième trimestres 1996

    [tableau 2]

    [tableau 3]
    Source : OFCE, Modèle MOSAÏQUE.

    Le modèle utilisé comporte une équation d’où il résulte que la propension marginale à consommer est seulement de 50 %, à terme de deux ans, bien que la propension moyenne soit de 86. Si, comme il est vraisemblable, la propension marginale à consommer est sensiblement supérieure à ce que retient le modèle — autrement dit, si l’épargne est moindre — les effets inscrits dans le tableau seraient à majorer et la relance plus forte dans l’immédiat.

    À partir du troisième trimestre 1997, la seconde distribution de 1 000 francs cumule ses effets avec ceux de la première. On peut lire sur ces tableaux les effets de ces deux distributions de monnaie, trimestre par trimestre, en 1997 et pour les année

  232. Oups, le deuxième message était trop long et le robot l’a coupé…
    Voici la fin du passage utile pour nous :

    ÉPOUVANTAILS ou REFLATION ? 3/3

    « À partir du troisième trimestre 1997, la seconde distribution de 1 000 francs cumule ses effets avec ceux de la première. On peut lire sur ces tableaux les effets de ces deux distributions de monnaie, trimestre par trimestre, en 1997 et pour les années 1997, 1998 et 1999.

    Si l’on considère les moyennes annuelles, on voit qu’en 1997 le PIB marchand serait accru de 0,8 %, ce qui résulte rait d’une augmentation de 1,1 % de la consommation des ménages. (D’après le modèle, l’augmentation, en 1997, de la consommation de produits agro-alimentaires ne serait que de 0,33 %, celle de services de 0,54, tandis que celle de produits manufacturés serait de 2 %. Les mêmes différences se retrouvent au cours des années 1998 et 1999.)

    La hausse des investissements des entreprises atteindrait 2,2 %. La relance de la consommation, loin d’avoir un effet inflationniste, permettrait, au moins à court terme, une baisse des coûts unitaires de production. D’où une baisse de 0,2 % des prix à la consommation par rapport à ce qu’ils auraient été, et une hausse du pouvoir d’achat du salaire horaire de 0,1 %. Les importations augmenteraient de 1,5 %, sous le double effet de la consommation et de l’investissement. Les exportations seraient en légère augmentation grâce à la baisse relative des coûts unitaires. L’emploi s’accroîtrait en moyenne de vingt mille personnes – dont trente-cinq mille au quatrième trimestre – si bien que le nombre des demandes d’emploi non satisfaites diminuerait en moyenne de quatorze mille, dont vingt-quatre mille au quatrième trimestre. L’excédent du commerce extérieur serait réduit de 25 milliards, mais demeurerait largement positif. Le déficit public serait réduit de 22 milliards.

    La durée des effets varie selon les grandeurs considérées. En 1998, si de nouvelles allocations n’étaient pas distribuées, les effets des précédentes sur le PIB et la consommation diminueraient d’environ moitié. Mais le flux d’investissement resterait presque aussi élevé et l’emploi continuerait à s’améliorer. L’impact négatif sur le solde du commerce extérieur s’atténuerait. L’amélioration du solde public se maintiendrait. En 1999, seul l’emploi continuerait à être encore stimulé, tandis que presque tous les effets s’estomperaient, mais ne seraient pas nuls.

    La relative faiblesse du nombre de créations d’emplois tient à ce que, dans une période d’activité ralentie, les entreprises conservent des salariés dont la productivité est faible. La relance de la demande a pour premier effet d’accroître la productivité des travailleurs en place, plus que de rendre nécessaires de nouvelles embauches. Cette situation est transitoire : si la croissance se poursuit, on embauchera de plus en plus pour un accroissement égal de production.

    Rassurer les marchés

    Une difficulté majeure de l’opération est psychologique : persuader les marchés financiers que cette distribution de monnaie ne sera pas inflationniste et qu’elle ne conduira pas à une dévaluation du franc. Quel que soit le poids des fantasmes nés du souvenir d’émissions excessives de monnaie en France et de dévaluations successives, on devrait pouvoir convaincre de la nature différente de l’opération en question.

    Lorsqu’au cours des dernières années des spéculateurs sont montés à l’attaque du franc, croyant sa dépréciation prochaine par rapport au mark, on s’est en vain efforcé de les détromper en faisant valoir qu’en France « les fondamentaux » étaient bons : inflation maîtrisée, commerce extérieur en excédent, modération des hausses de salaires. Si les opérateurs ne furent pas convaincus, c’est parce que leur attention se portait sur la déprime de l’économie française et sur le chômage élevé sévissant en France. Ils pensaient que l’incapacité des pouvoirs publics à y remédier les conduirait à recourir à une relance par des déficits publics supplémentaires, qui provoqueraient une inflation, conduisant inévitablement à une dévaluation.

    Les garanties dont je propose d’entourer l’opération d’émission de monnaie et la nature de ses effets devraient permettre de rassurer les gestionnaires de capitaux. Ils sont de bons analystes des mécanismes économiques, même s’ils se trompent parfois sur l’ampleur des réactions des autorités monétaires pour déjouer leurs manœuvres. Ils seraient mieux rassurés encore si une politique cohérente de croissance non-inflationniste était simultanément annoncée, telle que je la propose au chapitre suivant.

    Si l’Europe…

    Les effets seraient bien plus favorables en France si l’opération proposée était effectuée en même temps chez des voisins européens.

    Si, par exemple, l’Allemagne distribuait en même temps que la France des sommes équivalentes par habitant, nos importations en provenance de ce pays, provoquées par les allocations de monnaie, n’augmenteraient pas et nos exportations y croîtraient d’autant plus que la population allemande est de quatre-vingt-deux millions d’habitants. Comme la part, dans nos exportations totales, de celles allant en Allemagne est de 18 %, l’excédent de notre balance commerciale serait beaucoup moins réduit. Il le serait évidemment moins encore si d’autres États membres de l’Union agissaient de même.

    Le jour où existerait une monnaie commune à de nombreux États de l’Union européenne, la décision d’émettre certaines quantités de monnaie ex nihilo devrait être prise par la Banque centrale européenne et leur répartition faite par les Banques centrales nationales. Répartie sur une vaste ère géographique, l’injection de monnaie aurait sur la balance des opérations courantes de l’ensemble de ces pays des effets d’autant moins négatifs que le commerce entre les États concernés constituerait une plus grande part du commerce extérieur de chacun d’eux, et l’effet de relance des activités serait d’autant plus grand qu’elles se stimuleraient mutuellement.

    Enfin, si tous les membres de l’Union européenne, même en l’absence d’une monnaie commune, décidaient d’effectuer en même temps une opération analogue à celle étudiée ici dans le cadre de la France, les résultats seraient d’une ampleur encore plus grande. Pour donner une idée de ce qu’ils pourraient être, le département d’économétrie de l’OFCE a bien voulu utiliser son modèle Mimosa.

    Il a été supposé que dans les quinze États de l’Union, une somme égale à 1,7 % du PIB (ce qui correspond aux 120 milliards de francs distribués en France dans la simulation précédente) serait allouée aux habitants. Le tableau suivant indique les effets dans les quatre États les plus peuplés de l’Union et l’effet global dans l’Union européenne.

    On voit que, pour ce qui concerne la France, l’augmentation du PIB au cours de la première année est trois fois plus forte (2,3 % au lieu de 0,8), bien que l’injection de monnaie soit la même. L’augmentation de la consommation des ménages est plus que double (2,6 % au lieu de 1,1), de même que celle de l’investissement des entreprises (5,6 % au lieu de 2,2). Les prix à la consommation baissent davantage, le taux de chômage diminue beaucoup plus, car la réduction du chômage est plus que proportionnelle à la croissance. L’opération n’étant pas répétée, les effets s’amenuisent, comme dans le cas français, au cours des années suivantes. Mais rien n’interdirait de la renouveler si cela paraissait utile. »

    Distribution de 1,7 % du PIB aux ménages dans l’ensemble de l’Union européenne

    [tableau 4]
    Source : OFCE, Modèle MIMOSA.

    (…)

    Source : « Écoute la France qui gronde », de Jean-Marcel Jeanneney, (Arléa, 1996). Universitaire, ministre de l’Industrie, ambassadeur de France en Algérie, puis ministre des Affaires sociales et enfin ministre d’État sous la présidence du général de Gaulle, Jean-Marcel Jeanneney a plus tard créé et présidé l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE).

    Voilà.

    Jean-Marcel Jeanneney semble défendre là une sacrément bonne idée, non ?

    Il faudrait que des journalistes lui tendent leur micro et lui demandent ce que l’actualité lui inspire comme corrections.

    Au plaisir de vous lire.

    Étienne.

  233. Sur la corrélation
    entre la masse de monnaie PERMANENTE ET GRATUITE
    et la PROSPÉRITÉ générale
    (sans inflation !) :
    l’exemple intéressant des pays subventionnés</b< par l’Union européenne,
    véritables laboratoires de création monéaire ex nihilo (et de plein emploi).
    _________________

    Chers amis,

    Encore un mot, avant d’aller se coucher (mais faites-le taire !) :

    Je fais un lien entre la proposition de Jeanneney (des injections ponctuelles de monnaie centrale, directement dans le portefeuille des citoyens, sans intérêt ni même de remboursement, pour booster vraiment la demande) et ma propre analyse des « miracles économiques » observés ces dernières années en Espagne et en Irlande :

    Si je ne m’abuse, ces deux pays ont reçu pendant des années des océans de SUBVENTIONS de la part de l’Union européenne.

    Certes, du point de vue de l’Europe toute entière, ces subventions sont à somme nulle : ce que gagnent les uns est perdu par les autres.

    Mais, DU POINT DE VUE DE L’ÉCONOMIE DES ÉTATS ASSISTÉS, LES SUBVENTIONS EUROPÉENNES S’ANALYSENT, À MON AVIS, EN UNE FORMIDABLE CRÉATION MONÉTAIRE EX NIHILO.

    MAIS ATTENTION : PAS DU TOUT L’ARNAQUE DE LA MONNAIE-DETTE-DES-BANQUES-PRIVÉES (qu’il aurait fallu payer d’un intérêt ruineux et qu’il aurait même fallu rendre un jour), non, pas cette fausse monnaie asphyxiante, MAIS UNE MONNAIE DE LIBÉRATION AUTHENTIQUE, PERMANENTE ET GRATUITE, exactement celle dont je défends l’idée, contre la tutelle actuelle des banques centrales, véritables pères fouettards des peuples au travail.

    Ainsi, un pays comme l’Irlande qui compte seulement 7 millions de personnes (en gros, de mémoire) a ainsi vu injecter quelque 40 milliards d’euros de subventions et aides diverses (on pourra trouver le chiffre exact ensemble, en cherchant à évaluer un chiffre NET), 40 milliards gratuits, sans intérêts ni même rien à rembourser…

    Alors ? Les conséquences concrètes dans le labo ? Le rêve ou l’horreur ?

    Et bien, CES PAYS ONT-ILS ÉTÉ RAVAGÉS PAR UNE INFLATION ÉPOUVANTABLE ? PAS DU TOUT (que je sache).

    PAR CONTRE, LE CHÔMAGE A TOTALEMENT DISPARU ET LA PROSPÉRITÉ S’Y EST INSTALLÉE À TOUTE VITESSE, un peu partout dans le tissu social.

    D’ailleurs, les eurolâtres en ont profité pour prétendre que ces miracles lui étaient imputables (en oubliant un peu de parler du fouet à clous rouillés de l’argent-dette que la Banque centrale européenne administre quotidiennement aux autres peuples de l’Union…)

    Ça ne mériterait pas un petit débat, au moins, cet exemple-là, moderne et tout ?

    Allez, cette fois : bonne nuit à tous 🙂

    Étienne.

  234. Je prends ce débat en cours de route, j’ai « Das Geldsyndrom » et connais bien Helmut Creutz ainsi que tout ce qui s’attache à la monnaie fondante.
    J’ai créé moi-même aussi un blog depuis octobre 2008.
    Je débats également autour des questions de la création monétaire que vous trouverez sur mon blog.
    Pour moi, il est évident que les banques accordent des crédits strictement correlés à leurs dépôts.
    S’il y a création monétaire, cela implique toukours la participation (plus ou moins contrainte) de la banque centrale.
    La création de crédits implique toujours une double inscription comptable: la dette de l’un est l’avoir de l’autre.
    Seule la mnnaie centrale peut être émise « en plus »!
    Johannes Finckh, Bordeaux
    consultez mon blog: http://monnaiefondante.canalblog.com/

  235. Bonjour,
    Je pense qu’effectivement il ne faut pas confondre ce qui est transporté et le moyen de transport.
    C’est pour cela que je ne comprends pas que H. Creutz confonde chèque (le mouen de transport) et dépôt à vue (ce qui va être transporté), et le montant de ce qui va être transporté.
    C’est un peu comme si l’on confondait la main qui tient le billet (seule monnaie d’après H. Creutz) avec le billet lui-même.

    Je pense que S. Gesell doit bien rire, d’où il est, en voyant de telles approximations.

    Cela n’enlève rien, bien sûr, au travail de M. Creutz, qui a le mérite de nous faire réfléchir sur le concept de monnaie.

    Petite question (y répondre en moins de deux lignes 😉 ):
    Combien vaut un euro?

    Question subsidiaire: Qu’est-ce qu’un euro?

    (Posez ces questions à qui vous vous voudrez, vous serez étonné par les réponses éventuelles)

    B.L.

  236. A B.L :

    Creutz est suffisamment précis dans les pages 169 à 170. Vous arroger le droit, seul, d’évaluer la pensée de Gesell (et son attitude post-mortem), montre aisément votre mépris de ceux, autres que Creutz, qui travaillent sérieusement la question depuis des lustres (allemands notamment).

    Que vaut un euro ? Ce qu’il peut acheter !
    Qu’est qu’un euro ? Je crois savoir que même la BCE ne donne aucune définition légale sur son site. C’est compréhensible car dans nos pays démocratiques, c’est au parlement qu’il appartient de définir la monnaie et sa (ou ses) représentations.
    Cela a t-il été fait ?

  237. Bonjour,

    La monnaie est un numéro dans un bilan comptable qui a cours légal et forcé.
    C’est la plus grande convention sociale existante, chaque utilisateur accepte que son activité et toutes les richesses produites puissent s’échanger contre les numéros trocs.
    Ce sont bien les banques privées qui créent et distribuent les numéros trocs en pratiquant l’usure.
    Ce mécanisme force les banques à distribuer toujours de plus en plus de monnaie (exponentiellement car c’est un taux) pour éviter le défaut (faillite) des emprunteurs.
    C’est ce qu’il est en train de se passer avec le [http://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Components_of_the_United_States_money_supply2.svg dollar]
    Il faut rendre la création monétaire au peuple souverain afin qu’il ne soit plus piller des fruits de son travail.

  238. L’ erreur de Creutz et de Jorion, c’ est de considérer que le crédit est déjà remboursé au moment qu’ il est émis. Comme dit Dav un peu plus haut, à l’ émission du crédit il y a création de son montant d’ un coup et celui-ci va être remboursé petit à petit jusqu’ à totalité et ce montant petit à petit annulé ou détruit jusqu’ au dernier remboursement. Donc il suffit de comparer les vitesses de création des montants de crédits et celle de leur remboursement total: si les montants crédités par unité de temps sont plus élevés que ceux remboursés, alors il y a bel et bien inflation par le crédit. à l’ inverse si les banques resserent le crédit, en dessous du ratio de remboursement, ou cessent d’ en faire totalement, alors il y aura destruction de monnaie aussi longtemps que les remboursements continueront: pas longtemps dans ce dernier cas parce la faillite serait rapide et générale. Dans tous les cas de non remboursement et de faillites, de « pertes », il y a aussi destruction de remboursement donc création relative de monnaie!

    La théorie incriminée par Creutz et Jorion est malheureusement vraie: attendu que les crédits se retrouvent dans le même système et peuvent être utilisés et se retrouver placés dans les banques comme dépots, ils donnent bien naissance à de nouveaux crédits limités à hauteur de la reserve « fractionnaire » en vigueur, soit pour 10% multiplié par 9 (100 millions donnent 900 millions) si les garanties sont suffisantes toutefois pour que les banques l’ utilisent.
    Il y aura donc bien dans ce cas jusqu’ à 100+900= 1000 millions de crédits créés, 100 immédiatement et les autres immédiatement au moment de leur création, qui seront remboursés -s’ ils le sont tous- petit à petit mais toujours bien après. Donc à moins de maintenir le crédit à réserve fractionnaire dans notre cas le montant multiplié par 9 au même niveau par unité de temps (mois, trimestre, année) que sa destruction par remboursememt, il y a création monétaire directe et inflation indirecte correspondante.

    La supercherie du système de la banque est de prêter l’ argent des dépôts courants non bloqués qui continue d’ appartenir à leur propriétaire totalement, de le prêter pendant que ceux-ci ne le dépensent pas, statistiquement. Il suffit donc d’ une pannique et que tous aillent retirer leur argent pour que cet argent ne soit pas payable (seuls 5% des montants sont là en billets), ou le dépenser et la banque fait faillite puisque cet argent est « prêté ». S’ il s’ agissait réellement de prêts, alors la totalité des montants des crédits devrait être bloquée, non dépensable par leur propriétaires. La totalité des montants de comptes courants disponibles devrait être imprêtable.
    ET
    les crédits ne devraient pas pouvoir être multipliés à raison de la reserve fractionnaire (10% de reserve, x 10 en tout)
    La reserve devrait être 100%! Tout argent « prêté » devrait d’ abord être là 100% en propriété indivisée du créditeur et cette propriété bloquée pour la durée totale du prêt à hauteur des remboursements en temps réel. Mettons que vous aviez 1000 eur sur votre compte courant et la banque a une obligation de réserve de 10%, elle prêterait 900 eur de vos mille et pour le temps du prêt, vous n’ auriez que 100 euros disponibles et 900 à récupérer au fur et à mesure des remboursements.

    Si et seulement si c’ était le cas, alors le crédit ne créerait pas de monnaie. De même lorsque j’ emprunte un billet de 100 eur à mon copain, il ne peut le dépenser ni le placer ni rien jusqu’ à ce que je le lui rende.
    Car en pratique à moins de stopper le crédit, il est impossible de le rembourser aussi vite qu’ on le crée puisqu’ on le crée instantannément.

    Là ou cela devient intéressant, c’ est quand les états remboursent leurs crédits, leur dette avec de nouveaux crédits…n’ est-ce pas? Alors si on supprime l’ effet du remboursement, alors il y a bien augmentation de la masse monétaire égale au crédit cette fois!
    Et on a pas parlé des intérêts: un tiers du budget de l’ état allemand uniquement pour payer les intérêts de la dette… mais à qui donc? ils sont bien discrets ces banquiers.

    voyez bankster et paul grignon.
    sincères salutations.

    1. Votre raisonnement est faux. Vous trouverez une description correcte du mécanisme dans « L’argent, mode d’emploi » (Fayard 2009). « L’argent-dette II », qui s’inspire directement de mon livre corrige les erreurs qu’on trouve chez Grignon.

    2. Je n’ai pas très bien compris le mécanisme, mais pour moi, le grand scandale, c’est que justement les banques n’ont pas créé d’argent par les crédits, elles s’en sont bien gardé !!

    3. Sur le livre de Creutz (je n’ai pas encore fini le livre de Paul)

      Il y a sûrement des tas de choses intéressantes sans le livre de Creutz, en particulier sur la pratique bancaire outre-Rhin et sur des statistiques monétaires allemandes.

      Ce qui me semble le plus étonnant (erreur outre-Rhin, vérité en deça?), ce sont les deux raccourcis qu’il fait sur les prêts et la « non création monétaire ». Qu’il ait raison ou tort sur la question de la création monétaire n’est pas mon propos ici. Mon point est que deux de ses arguments ne prouvent rien du tout.

      Je les cite donc:
      page11:
      « La masse monétaire n’augmente pas si vous prêtez de l’argent à votre voisin » (sur ce point, c’est tellement évident que même l’idiot du village serait d’accord)

      Puis, tout de passe passe logique (je n’ose parler de « paralogisme naturaliste », n’en ayant vu la définition qu’il y a quelques jours 😉 ), Creutz écrit « donc, que je prête de l’argent à mon voisin  » ou que ce soit la banque qui prête de l’argent à un client, « il n’y a en aucun cas augmentation de la monnaie ».

      Je veux bien qu’outre-rhin, les clients des banques soient considérés comme des amis, pour moi l’argumentation de Creutz ne prouve strictement rien, dans un sens comme dans un autre.

      En résumé: si Christophe prête de l’argent à Bruno, il n’y a pas augmentation de la masse monétaire, fiduciaire comme scripturale, c’est bien évident.
      Mais si la banque Martin prête de l’argent à Bruno, que se passe t-il? C’est là toute la question, bien sûr. Sont-ce les dépôts qui font les crédits, oui sont-ce les crédits qui font des dépôts.
      La « démonstration » de Creutz n’en est pas une.

      Au début de son chapitre 2, page 25 dans sa traduction française, Creutz a recours aux m^mes arguments. Cette fois-ci, ce n’est pas à l’idiot du village qu’il s’adresse, mais à la ménagère.

      Quand la ménagère prête du sel à sa voisine, la quantité de sel en circulation n’augmente pas. Et bien cc’est DONC pareil pour les prêts d’argent (que ce soit vrai pour les prêts entièrement en billets, là encore, personne n’en doute, ménagère de moins de 50 ans ou non).

      Mais pour la monnaie scripturale, la question reste posée. Il n’y a là aucune démonstration, dans un sens comme dans l’autre.

      Si Creutz écrit un livre de 431 pages pour nous montrer que la monnaie-papier n’est pas augmentée, ni diminuée par le mécanisme des prêts, que ce soit entre amis, voisins, ou entre banques et clients, son objectif est atteint. On aurait pu sans doute l’atteindre en moins de pages.

      Si c’est pour prouver qu’il n’y a pas, ou qu’il y a, création monétaire scripturale, je n’ai pas réussi à m’en convaincre.

      Les faits sont parfois têtus, et les « pseudo-démonstrations » par analogie peuvent être redoutables. Lorsque l’on voit l’augmentation de la monnaie scripturale au cours des 20 dernières années, et qu’on ramène cette augmentation à celle de la monnaie fiduciaire et à celle du PIB, il y a de quoi se poser quelques questions. Et le tout de passe-passe de Creutz me paraît bien dérisoire par rapport à l’enjeu, que nous partageons tous sur ce blog je pense.

      Comment mettre la monnaie au service des intérêts généraux, et pas des intérêts particuliers.

      Cordialement, Bruno Lemaire.

  239. C’est marrant parce qu’ailleurs, on discute sur ce billet et ça chauffe pas mal !

    Un commentateur qui se reconnaîtra me faisait la remarque que les trois sources principales de la création monétaire par monétisation des créances par les banques privées étaient
    1) l’économie (entreprises, publiques et privées, et ménages)
    2) l’Etat
    3) l’extérieur

    Ce à quoi je lui ai répondu:
    Lorsque les banques privées font des crédits à l’État ou aux entreprises publiques, c’est TOUJOURS en monnaie centrale, jamais en monnaie scripturale privée.
    Le trésor public n’a pas un compte DAV dans une banque privée comme un particulier ou une entreprise privée, il n’y a donc pas à ce niveau de création monétaire car le trésor public réclame TOUJOURS de la monnaie centrale (crédits ou impôts).
    Quant aux ménages une grande partie de leurs crédits finissent en dépôts chez les exportateurs étrangers qu‘il faut aussi payer en monnaie centrale.

    Pour les impôts je faisais remarquer, qu’en 2006 en France sur un M1 de 600 milliards d’Euros, les banques privées ont du payer en monnaie centrale au trésor public l’équivalent de la monnaie scripturale correspondante à l’impôt direct et indirect payé par les contribuables français et la somme est rondelette puisqu’elles ont du se procurer 300 milliards d’euros en monnaie centrale.
    Lorsque cet argent central est réinjecté dans l’économie au titre des dépenses de l’Etat (+ le déficit), le fonctionnaire par exemple qui dépose son salaire sur son compte, se voit créditer son DAV en monnaie scripturale et la contrepartie est de la monnaie centrale à l’actif du bilan de la banque (en caisse) et non une créance quelconque. On voit bien ici qu’il s’agit d’une circulation de monnaie centrale et en quantité importante, si on rajoute les 10% de fuite pour les retraits en espèce des déposants, je ne vois pas trop comment les banques s’y prennent pour faire de la création monétaire scripturale sans la financer en monnaie centrale.
    Mais il y a peut-être un truc qui m’échappe, j’attends toujours qu’on me réponde!

  240. Si nous discutons sur la création monétaire, ou non, par les banques commerciales, l’argument de CHR, qui se présente en d’autres lieux comme Christophe je crois, est nul et non avenu. Nous parlons du principe, et non de la proportion créée. Simple logique, qui échappe peut être à certains.

    Cordialement, Bruno Lemaire

  241. Allez, j’y vais de ma plume sur ce sujet très amusant – incroyable de voir autant de personnes compétentes se déchirer, non ?

    Si les débats s’éternisent autant, c’est que tout le monde ne met pas les mêmes choses derrière les mots.

    Certains disent « création d’argent ex-nihilo », d’autres entendent faux monnayage ou création de valeur.

    Beaucoup s’imaginent qu’il y a « conservation des quantités d’argent », alors qu’il n’y a en fait que « conservation de la quantité de valeur », qu’elle soit stockée sous forme de monnaie OU sous forme de bien non monétaire.

    Le second point est qu’on confond une banque et un établissement de crédit.

    Or, une banque, c’est un établissement de crédit PLUS une banque de dépôt.

    C’est le point fondamental – il n’y a jamais création monétaire par un établissement de crédit. Pour un raison simple, c’est que, à un instant t, l’établissement de crédit est obligé de prêter de l’argent qu’il possède. Et donc, en simplifiant, quand vous faites un crédit auprès de ce type d’établissement :
    1/ vous faites seulement une opération unique d’endettement personnel
    2/ à l’instant t, vous empruntez indirectement à quelqu’un d’autre de l’argent à l’instant t (ou t-1)

    C’est ce schéma qui imprègnent notre esprit, et de là, nos raisonnements.

    OR, une banque, ce n’est pas ça.

    Au moment où l’emprunteur signe le crédit, il s’endette. Mais immédiatement, que fait-il ? Oh, il ne repart pas avec son crédit en liquide – ce qui poserait rapidement problème. Il le met sur son compte courant.

    Et le second problème est que pour tout le monde, quand on met de l’argent sur son compte courant, et bien c’est toujours « notre » argent, comme s’il était dans un coffre à la cave. Mais c’est faux : vous avez prêté votre argent à la banque, contre promesse.

    J’ai délayé, mais l’opération de crédit, comme l’explique Paul est en fait un simple échange de promesses de payer. Cette opération a un résultat patrimonial, un résultat financier nul, personne ne s’est enrichi ou appauvri dans l’opération. (je néglige les intérêts).

    Donc le « machin » que vous empruntez à la banque (de l’or, des billets, ou de l’argent dématérialisé »), dès que vous le touchez, vous le lui rendez – d’où l’équilibre. En fait, ces opérations étant simultanées, et dématérialisées, ceci explique le fait qu’en fait la banque puisse prêter de l’argent « qu’elle n’a pas », ce qui revient à dire qu’elle « l’a créé ».

    Mais il est faux de penser à une image de faux-monnayeur, pour une raisons simple : si le faux monnayeur crée véritablement de la monnaie, il crée surtout de la « valeur » – ce qui n’est qu’un droit de seigneuriage classique.

    Alors que se passe-t-il en fait ? Et bien au final, et contrairement au cas d’un établissement de crédit, la banque n’a pas l’argent qu’elle vous prête, vous ne faites pas qu’une opération d’endettement, vous n’empruntez pas à quelqu’un d’autre.

    Alors quel est cette magie ? Assez simple en fait. Dans une opération de crédit bancaire :
    1/ vous faites à la fois une opération d’endettement et de crédit à votre banque
    2/ vous empruntez en fait cet argent… à vous-même ! Puisque vous devez X à la banque qui vous doit X…

    En fait, il faut rajouter la dimension temporelle. La banque vous permet une opération « magique » : à l’instant t, vous vous empruntez de l’argent dont vous en disposerez qu’t+10. Le crédit bancaire permet la tangibilisation immédiate d’un argent que vous n’aurez en fait que plus tard. La banque permet cette avance temporelle.

    Or, comment avoir de l’argent plus tard ? Au niveau du système, c’est promettre que vous arriverez à en prendre plus aux autres. S’il y a trop de crédit, il y a trop de promesses de ce type, et comme tout le monde ne peut prendre de l’argent aux autres, tout s’écroule.

    Dernier point : le système de réserves fractionnaires est une superbe idée pour embrouiller l’esprit. C’est une simple modalité de frein de cette création monétaire, nullement un facteur explicatif et encore moins indispensable. Inutile de calculer de séries infinies, le système, par sécurité et un minimum de fluidité car il y a plusieurs banques décrète, comme cela, que la création de monnaie bancaire est limitée à [1/(1-taux de réserve légal)] de la monnaie centrale. Ok, bon, on aurait aussi plu décider que c’est limité à [(Poids du PDG / taux légal)*100] ou [Nombre de km parcourus par an par Paul Jorion / 25]. C’est juste une limite, car les banques privées n’en auraient aucune sinon – si ce n’est le volume de demande solvable !

    Mais ce n’est en rien nécessaire.

    Si j’ouvre un banque, sans un radis, je peux signer un prêt de 1 000 000 € d’euros à Toto, si je le considère comme solvable et s’il les dépose immédiatement chez moi – sinon, je ne peux pas ! L’opération est un échange de promesse : de rembourser plus tard par Toto, de payer à vue à Toto s’il vient les chercher. J’ai un problème de liquidité s’il me les demande physiquement, mais je n’ai aucun problème de solvabilité, les créances s’équilibrent – tant que Toto rembourse.

    Comme je suis une banque, l’intérêt est de pouvoir échanger la monnaie avec une autre banque, donc j’ai un autre souci de liquidité, et besoin d’un peu de monnaie centrale, mais un minimum car des personnes viendront faire des dépôts chez moi. Mais il vaut mieux raisonner avec 1 seule banque privée dans le pays pour comprendre.

    Au final, j’ai bien créé de la monnaie en l’inscrivant dans le compte de Toto (ça, je suis désolé, c’est incontournable), de la même façon que la banque centrale imprime des billets, en écrivant 500 € des du papier, j’ai écrit 100 000 sur un compte, après c’est de la confiance.

    Mais la banque ne s’enrichit pas ici – car elle aussi contracte une dette auprès du déposant. Elle a simplement créé de la liquidité. Elle a servi de simple intermédiaire entre Toto à l’instant t et Toto à l’instant t+x.

    En conclusion, la banques créent de la monnaie ex nihilo (de la scripturale, qui augmente évidemment la masse monétaire – par quelle magie augmenterait-elle tous les ans sinon ???), mais ne créent pas « d’argent », au sens de valeur. Elles permettent simplement l’utilisation précoce de son propre argent qu’on est censé gagner plus tard.

    Allez, quand je peux, j’écris un petit bouquin sur ce point…

    1. « Or, comment avoir de l’argent plus tard ? Au niveau du système, c’est promettre que vous arriverez à en prendre plus aux autres. S’il y a trop de crédit, il y a trop de promesses de ce type, et comme tout le monde ne peut prendre de l’argent aux autres, tout s’écroule. »

      Donc, si les banques « créaient » vraiment cet argent, il n’y aurait pas besoin de le prendre aux autres !
      Donc le système ne pourrait pas s’écrouler.
      Mais cela ne les arrangerait pas, elles préfèrent, par ce biais (le crédit), récupérer l’argent que vous aurez réussi à prendre aux autres !
      Et comme le système s’écroule (d’autres facteurs sont venus agraver les choses) elles viennent, en plus vous demander de l’argent par l’intermédiaire de l’Etat !

  242. @Bruno Lemaire

    Bruno Lemaire si vous voulez nous expliquer que les banques commerciales peuvent faire de la création monétaire SCRIPTURALE, c’est à dire faire de la reconnaissance de dette, je vous accorde que sur le principe vous avez raison mais une fois que vous avez dit cela vous n’avez rien expliqué !

    Lorsque les banques créent des reconnaissances de dette, il faut qu’elles soient capables de les honorer, c’est ce qu’on appelle Monsieur Lemaire le principe de réalité.

    PS: »CHR, qui se présente en d’autres lieux comme Christophe je crois » quel intéret, tout le monde s’en fou.

    1.  » Lorsque les banques créent des reconnaissances de dette, il faut qu’elles soient capables de les honorer,  »
      cela veut dire quoi, pour vous ?
      Est ce dire pour vous qu’il faut qu’elles soient capables de satisfaire la demande en billets de banque (qu’elles devront se fournir en Banque Centrale) ? Si c’est le cas, vous avez raison, sachant que statistiquement moins d’une quinzaine de pourcents seront transformés en billets de banque.

  243. Voici ce qui fait écho (par anticipation) au commentaire de Bruno Lemaire ci-dessus et par conséquent à l’Argent mode d’emploi de Paul Jorion. Ce texte de 1950 écrit par l’architecte Jean-Gaston Bardet (1907-1989), comporte une très haute connaissance financière et de l’essence de la création monétaire. Chaque terme, chaque déduction est parfaitement en phase avec le sujet que l’auteur (je crois bien qu’il y a, dans ce texte, deux auteurs) en réalité sonde avec maestria. Il y a là la colonne vertébrale de l’historique de la banque d’Angleterre et des mécanismes bancaires et financiers aujourd’hui mondialisés. Monnaie centrale et monnaie scripturale sont parfaitement ciblées ici, leurs portée respectives, leurs conséquences, leur emploi exact: le positif et le dévastateurs. Toutes les discussionsles les plus « fines » sont déjà préfigurées ici.

    http://www.fauxmonnayeurs.org/articles.php?lng=fr&pg=2128

    Je connais ce texte depuis peut-être 25 ans, je l’ai beaucoup diffusé, jusqu’à Alain Peyrefitte, ancien ministre, auteur de : Quand la Chine s’éveillera, le monde tremblera », ouvrage qui fut diffusé à 12 millions d’exemplaires à travers le monde en je ne sais pas combien de langues, qui me répondit personnellement pour témoigner de l’intérêt de ce texte. Ce texte traite d’un parcours historique excellemment documenté. Rien, bien au contraire, ne le dément dans la plus brûlante actualité.

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