Le cadeau de la BCE à la démocratie en Grèce, par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité.

La BCE vient d’annoncer qu’elle ne prendra plus de titres de la dette publique grecque en garantie de ses allocations d’euro aux banques. Pour toutes les banques y compris les banques grecques, il devient plus risqué d’acheter de la dette grecque. Les trois principales conséquences de la décision de la BCE sont :

  1. que la Grèce n’a plus d’accès officiel direct aux pièces et billets en euro ;
  2. que la Grèce ne peut financer son déficit commercial avec le reste de la zone euro que par des emprunts à des créanciers privés ;
  3. que la Grèce n’a plus à appliquer la politique de ses créanciers de la zone euro puisqu’elle n’obtient plus de liquidité en contrepartie.

La BCE se conforme exactement au programme politique pour lequel le nouveau gouvernement grec s’est fait élire. En l’occurrence, les Grecs renoncent à emprunter des euros à la zone euro du fait qu’ils n’en tirent aucun bénéfice pour le vivre ensemble en Grèce. De fait toute l’augmentation de la dette publique grecque et de la dette extérieure a servi à maintenir la fiction comptable d’une appartenance de la Grèce à la zone euro. Dans la réalité économique, les citoyens grecs ont clairement constaté que l’euro servait à détruire leur pays et leurs biens communs.

Si la Grèce est toujours nominalement dans la zone euro, elle n’y est plus politiquement ni dans la réalité économique. Sur le plan comptable, un excédent primaire avait été dégagé dans le budget de l’État grec pour payer sur ressources propres une fraction des intérêts de la dette publique. Cet excédent peut maintenant être réaffecté à honorer les obligations constitutionnelles de l’État grec envers ses citoyens. Les usuriers extérieurs de la Grèce ont perdu leur moyen monétaire de corrompre le gouvernement grec contre la démocratie. Les conditions sont remplies pour que le gouvernement Syriza applique son plan de restauration de l’État de droit de la démocratie en Grèce.

L’urgence absolue de l’État grec est de neutraliser la libre corruption des responsables du bien public par la libre circulation du capital en euro. Toutes les transactions en Grèce font l’objet d’une double comptabilité grâce à l’euro qui est la monnaie des Grecs en même temps que celle des non-Grecs. Tous les prix en Grèce, dont évidemment la part en impôt qui devrait être versée aux collectivités publiques, sont réglés par un flux officiel déclaré dans la souveraineté grecque et par un flux officieux circulant dans les banques hors de Grèce.

Le tout premier et tout puissant instrument de corruption légale des Grecs, c’est l’euro. L’euro monnaie libertarienne permet aux Grecs de ne déclarer au fisc qu’une fraction de ce qu’ils produisent réellement en Grèce. Par la monnaie grecque indistincte de la monnaie de la zone euro non grecque, tous les gros propriétaires d’actifs par le Droit grec s’exonèrent de payer à l’État tout le prix de la jouissance de leur droit de propriété en Grèce. Et comme, il n’y a pas d’État à l’échelle de la zone euro pour garantir et organiser le financement des États nationaux existant, la fraude fiscale contre les plus pauvres est absolument libre en Grèce et dans toute la zone euro.

La BCE applique avec le Gouvernement Tsipras les premières mesures d’éradication de la corruption monétaire libérale. Il faut en effet tarir les flux monétaires en espèces physiques pour obliger à l’utilisation d’espèces numériques bancaires. La monnaie numérique est intégralement tracée donc vérifiable par un tiers juridique aux parties de toute transaction. Comme les banques grecques ne peuvent plus obtenir de liquidité auprès de la BCE, elles sont donc désormais potentiellement tenues de présenter toute leur comptabilité en justification de leur liquidité réelle. La liquidité bancaire devient véritablement la capacité des banquiers à rembourser leurs propres emprunts sur les dépôts comptabilisés.

Or le principal pourvoyeur de liquidité grecque de la Grèce exclue du crédit de la BCE, c’est l’État grec lui-même. Liquidité matérialisée par le prix nominal des bons du trésor achetés par les banques. Les banques grecques n’ont plus désormais qu’un seul moyen de ne pas faire faillite en droit grec, qui est de présenter tous leurs comptes à l’État grec en contrepartie d’un crédit en liquidité de la Banque Centrale de Grèce sur escompte des bons du trésor grec. Cette présentation préalable des comptes bancaires en contrepartie de la liquidité centrale en euro grec va permettre à l’État grec :

  1. de vérifier et de faire vérifier par les banques la légalité des transactions inscrites dans les livres bancaires,
  2. de prélever à la source la provision fiscale qui garantit le respect de la légalité grecque par les contreparties résidentes dans la souveraineté grecque.

Révolution réelle radicale

Le nouveau modus vivendi entre la BCE et le gouvernement grec induit une révolution radicale : l’économie réelle n’est plus au service de quelques intérêts privés mais ne peut continuer de fonctionner que pour le bien commun de tous les Grecs. Le gouvernement grec devient le représentant financièrement responsable des actionnaires souverains de la Banque Centrale de Grèce. La liquidité de l’euro grec est juridiquement assurée par la souveraineté légale des citoyens grecs financièrement responsables par leurs versements d’impôts.

Les conditions monétaires du bien commun démocratique sont donc rétablies en Grèce séparée de la zone euro par la réalité monétaire. Reste le problème de l’équilibre des échanges réels des Grecs avec la zone euro libertarienne et avec le monde extérieur. Si la parité de change de l’euro grec en euro libertarien reste de 1 pour 1, les résidents grecs vont garder la possibilité d’acheter hors de Grèce ce qu’ils ne produisent pas, donc d’emprunter à l’extérieur ce qu’ils ne peuvent pas produire à cause d’un prix du travail grec artificiellement surévalué en euro libertarien.

Pour que les revenus des résidents grecs ne leur permettent plus d’emprunter en euro extérieur que ce qu’ils rembourseront par leur production réelle exportable, il faut que le gouvernement Tsipras mette en œuvre une dévaluation de l’euro grec par rapport à l’euro extérieur, lequel est l’euro déposé hors de la souveraineté grecque. Techniquement, une telle dévaluation peut se faire simplement en fiscalisant tous les paiements numériques en Grèce :

  1. tout retrait d’espèce en euro extérieur dans une banque grecque est taxé de 40% ;
  2. tout paiement numérique en euro grec est taxé du seul montant de la TVA grecque actuelle ;
  3. l’euro grec est donc comptablement et juridiquement dévalué dès maintenant de 17% ;
  4. la parité juridique de l’euro grec en euro extérieur est à la main du gouvernement grec sous le contrôle budgétaire explicite du Parlement grec ;
  5. le produit réel de la dévaluation de l’euro grec perçu par les banques grecques tombe intégralement dans le Trésor Public grec ;
  6. l’État grec dispose d’une ressource propre immédiate pour garantir les emprunts d’euro extérieur réglant les importations indispensables ;
  7. les réembauches de l’État grec pour rétablir les services publics fondamentaux sont financées par le supplément de ressources budgétaires propres issu de la dévaluation de l’euro grec en euro libertarien.

La « souverainisation » de l’euro en Grèce passe par la numérisation intégrale de l’euro grec par rapport à l’euro libéral. L’euro grec monnaie réelle de souveraineté du droit signifie que les banques grecques redeviennent dépositaires d’un droit de la propriété réalisable et vérifiable. Pour obtenir la liquidité de leurs dépôts en euro grec numérique, les résidents grecs sont en effet obligés de prouver la légalité des droits contre lesquels ils demandent un pouvoir de règlement de leurs achats.

Le gouvernement Tsipras va donc pouvoir subordonner tous les paiements en euro grec à la vérification bancaire de l’origine des droits à dépenser comptabilisés comme monnaie liquide. Pour être crédité en euro grec du règlement d’une transaction quelconque, il va falloir prouver l’existence d’une propriété légitime sur le bien livré par le déposant. Tout déposant va donc devoir montrer le travail passé et présent accompli pour produire le bien livré contre monnaie. La démonstration de légalité monétaire qualifiera tous les droits des personnes mobilisées dans la production du bien livré. Le paiement officiel du travail effectué, et la contribution aux assurances sociales et dépenses publiques engagées, va redevenir la seule contrepartie possible de tout capital comptabilisé en monnaie.

La numérisation de la monnaie en Grèce induite par le tarissement des espèces en euro libéral contraint à la transparence légale et fiscale tous les citoyens grecs, à commencer par les responsables politiques et les dirigeants économiques. Dès que les banques seront réduites à leur nature de dépositaires monétaires de la légalité, elles n’auront plus d’autre tâche pratique que de proportionner les crédits qu’elles accordent à l’honnêteté probable de tous leurs déposants. Un dirigeant politique et économique quelconque n’aura plus d’autre moyen d’obtenir de liquidité pour l’institution qu’il représente et pour lui-même qu’en organisant effectivement la production et la vente au juste prix des biens qui sont son objet.

Grâce à l’exclusion de la Grèce de l’euro libertarien, la démocratie économique de la réalité des gens redevient possible en zone euro. Le système bancaire et monétaire grec isolé de l’anarchie européenne va pouvoir appliquer concrètement la réalité du plan de redressement économique qui n’a jamais existé que dans la virtualité des discours. La Grèce va pouvoir se doter d’un cadastre de tous les actifs productifs d’un revenu. Un véritable système public d’assurance du crédit sera restauré par l’égalité fiscale des droits de consommation et des devoirs de travail réel de tous les citoyens riches ou pauvres.

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