Ma conclusion au débat « Avenir du Blog de Paul Jorion, avenir des intellectuels, avenir de la démocratie… »

Cette discussion Avenir du Blog de Paul Jorion, avenir des intellectuels, avenir de la démocratie ? par Cédric Chevalier aura été très instructive. Il y a une chose qui n’a pas été vraiment évoquée mais qui me semble centrale et que je vais mentionner comme ma conclusion personnelle : un blog correspond beaucoup mieux à une voix dissidente qu’à une voix qui s’institutionnalise.

Dire « Il prêche dans le désert à partir de son Blog, et comme il y a de moins en moins de gens qui viennent sur son blog, il prêche dans un désert de plus en plus désert » est une mauvaise analyse, parce que le nombre de gens qui m’écoutent avec intérêt en-dehors du blog grâce aux livres, conférences, chroniques, invitations par les medias, enseignements, a augmenté par un facteur qui compense massivement le nombre de ceux qui auraient cessé de venir m’écouter ici.

Voilà pour le côté purement quantitatif, mais il y a aussi une dimension qualitative. Oui, j’étais déjà bien invité par les médias en 2008, mais souvenez-vous : comme un phénomène de foire : « l’anthropologue qui a prédit la crise », et plutôt comme un astrologue d’ailleurs que comme un astronome : on me demandait « quand l’avez-vous prédite ? » et dès que je commençais à expliquer le pourquoi des choses, les gens commençaient à bâiller. C’est très différent maintenant : ce que je dis est écouté de plus en plus attentivement et sur une beaucoup plus grande variété de sujets à propos desquels je suis considéré comme une voix autorisée et experte. Le Cercle des économistes m’invite à débattre avec la Ministre de la santé sur le transhumanisme, Arte me demande de commenter tous les aspects de l’actualité en tant que « Grand témoin », TV5Monde me demande il y a quelques jours d’expliquer l’évolution récente de l’Intelligence Artificielle, et j’aurai été deux fois sur France Inter en une semaine, sur le revenu de base et sur la crise des subprimes.

Il y a eu « institutionnalisation » ou, pour le dire autrement : j’ai cessé d’être une voix prêchant dans le désert. Ce qui n’est pas donné d’avance quand le livre qu’on va défendre au micro ou sur un plateau s’appelle Le dernier qui s’en va éteint la lumière ou Se débarrasser du capitalisme est une question de SURVIE. L’institutionnalisation n’a pas eu lieu parce que je suis passé sous des fourches caudines, elle a eu lieu parce que mon message est passé EN DÉPIT de sa radicalité. Autrement dit, mon message a convaincu, et de cela je dois me réjouir plutôt que m’en affliger.

La leçon est là me semble-t-il et elle est essentielle : il n’est plus nécessaire de défendre les idées qui se trouvent sur le Blog comme si elles ne représentaient que celles d’une minorité assiégée : elles sont devenues les opinions d’une grosse minorité, et si ça se trouve, de la majorité elle-même, et il devient possible du coup – et c’est considérable – de dire désormais « Se débarrasser du capitalisme est une question de SURVIE », comme une évidence, comme une chose allant de soi.

D’accord, ce que je dis là n’est pas représenté au parlement … mais, je n’en suis même pas sûr !

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