Merde au travail, par James Livingstone

Ouvert aux commentaires. Merci à Ronald Grandpey pour sa traduction !

Merde au travail © Aeon.co

Les économistes croient au plein emploi. Les Américains considèrent que le travail forge le caractère. Et si, malgré tout, les boulots, ça avait cessé de marcher ?

James Livingstone enseigne l’Histoire à l’université de Rutgers, New Jersey. Il est l’auteur de nombreux ouvrages, dont le plus récent, No More Work: Why Full Employment is a Bad Idea (2016) [La fin du travail : Pourquoi le plein emploi est une mauvaise idée]. Il vit à New York.

Comment transformer le travail ?

Le travail représente tout pour nous autres Américains. Cela fait des siècles — depuis, disons, 1650 — que nous croyons dur comme fer que le travail forge le caractère (ponctualité, esprit d’initiative, honnêteté, auto-discipline, et ainsi de suite). Que nous voyons dans le marché de l’emploi, où nous recherchons du travail, une source suffisamment fiable d’opportunités et de revenus. Et que nous sommes convaincus qu’un boulot, même pourri, procure du sens, un but à notre vie, et qu’il structure notre quotidien — qu’en tout cas il nous tirera du lit, paiera les factures, nous fera nous sentir responsables et nous évitera de passer toute la journée devant la télé.

Mais ces credos ne fonctionnent plus. En fait, ils sont même devenus ridicules, parce qu’il n’y a plus assez de travail pour nous occuper, et que ce qu’il en reste ne nous permettra pas de payer les factures — à moins bien sûr que vous n’ayez dégoté un job de trafiquant de drogue ou de banquier à Wall Street, autant dire de criminel, dans un cas comme dans l’autre.

Chacun, de nos jours, qu’il soit de gauche ou de droite — de l’économiste Dean Baker au sociologue Arthur C. Brooks, de Bernie Sanders à Donald Trump — se propose de résoudre ce dysfonctionnement du marché du travail par le « plein emploi », comme s’il allait de soi qu’avoir un boulot était une bonne chose, peu importe qu’il soit dangereux, éreintant ou dégradant. Mais le « plein emploi » ne restaurera en rien notre foi dans le travail, ni dans le respect des règles, ni dans quelque autre vertu. Le taux de chômage aux États-Unis est déjà inférieur à 6%, tout près de ce que les économistes appellent le « plein emploi », mais les écarts de salaires n’ont pas varié d’un poil. Les boulots de merde pour tout le monde ne résoudront pas les problèmes sociaux face auxquels nous nous trouvons désormais.

Ne me croyez pas sur parole, observez simplement les chiffres. Un quart des adultes américains réellement actifs touche d’ores et déjà un salaire inférieur au seuil minimum de pauvreté — et par voie de conséquence, un cinquième des enfants américains vit dans la misère. Presque la moitié des adultes actifs de ce pays a droit aux coupons alimentaires (la plupart de ceux qui y sont éligibles n’y recourent pas). Le marché du travail s’est effondré, comme la plupart des autres.

Les métiers disparus avec la Grande Récession ne réapparaissent tout simplement pas, quoi que dise le taux de chômage — la création nette d’emplois depuis 2000 est nulle — et si par le plus grand des hasards ils reviennent d’entre les morts, il s’agit de zombies, des boulots accessoires à mi-temps ou payés le minimum, où les patrons ne cessent de décaler vos horaires d’une semaine à l’autre : bienvenue chez Wal-Mart, là où les coupons alimentaires font partie des avantages accordés par l’employeur.

Et ne venez pas me dire qu’augmenter le salaire minimum à 15 dollars de l’heure résoudra le problème. Personne ne met en doute la portée morale d’une telle mesure. Mais à ce train-là, vous ne dépasserez le seuil de pauvreté qu’après 29 heures de travail hebdomadaire. Le salaire minimum national actuel est de 7,25 dollars. En travaillant 40 heures par semaine, il faudrait gagner 10 dollars de l’heure pour atteindre le seuil officiel de pauvreté. Quel est exactement l’intérêt d’empocher un chèque qui ne permet même pas de vivre décemment, à part pour faire la preuve que vous êtes dur à la tâche ?

Mais attendez, notre dilemme actuel ne serait-il pas qu’une simple phase dans un cycle économique plus vaste ? Et le marché du travail de demain, alors ? Les prophètes de l’Apocalypse, ces maudits Malthusiens, n’ont-ils pas toujours été contredits par la hausse de la productivité, les nouveaux filons de l’entreprenariat, les nouvelles opportunités économiques ? Si — jusqu’à aujourd’hui. Les tendances mesurables de ces cinquante dernières années, et les prévisions plausibles sur les cinquante à venir, reposent sur des données trop empiriques pour être ignorées comme un simple baratin idéologique, ou de la science de bazar. Exactement comme les données climatiques, vous pouvez les nier si vous voulez, mais vous passerez pour un abruti.

Par exemple, les économistes d’Oxford qui étudient les courbes de l’emploi nous expliquent que presque la moitié des métiers actuels, y compris ceux incluant des « tâches cognitives non routinières » — oui vous savez, la réflexion — risquent de disparaître pour cause de numérisation d’ici les vingt prochaines années. Ils parviennent aux mêmes conclusions que celles de deux économistes du MIT, dans leur livre Race Against Machine [La course contre la machine] (2011). Et au même moment, les conférenciers de TED commencent à parler d’ « excès d’humains » comme conséquence du même processus — la production robotisée. Le tout récent Rise of the robots [Le soulèvement des robots], qui cite ces mêmes sources, est un ouvrage de sciences sociales, pas de science-fiction.

La Grande Récession contemporaine — ne vous leurrez pas, elle n’est pas terminée — est donc véritablement une crise morale, autant qu’une catastrophe économique. Vous pourriez même y voir une crise spirituelle, parce qu’elle nous oblige à nous demander quel autre échafaudage d’ordre social que le travail pourrait bien nous constituer en tant qu’individus — et si la construction individuelle est un but légitime en soi. Et c’est la raison pour laquelle cette crise est aussi une aubaine intellectuelle : elle nous oblige à imaginer un monde où notre métier ne forge plus notre caractère, ne détermine plus nos revenus et ne régit plus notre vie quotidienne.

Qu’est-ce qui vous pousserait à travailler si vous n’en tiriez plus de revenu ?

En résumé, cela nous conduit à dire : ça suffit, basta. Merde au travail.

Cette crise nous amène nécessairement à la question suivante : et qu’y a-t-il après le travail ? Que feriez-vous si votre métier n’était plus cette activité contrainte qui structure la partie éveillée de votre vie — et l’injonction sociale qui vous traîne de votre lit jusqu’à l’usine, au bureau, au magasin, au hangar, au restaurant, quel que soit votre domaine d’activité, peu importe à quel point vous le détestez, et qui vous fait y retourner ? Que feriez-vous si vous n’étiez pas obligé de travailler pour vivre ?

Et à quoi ressembleraient la société, et la civilisation, si nous n’étions pas obligés de « gagner » notre pain quotidien — si les loisirs n’étaient pas un choix, mais la base même de notre existence ? Passerions-nous notre temps au Starbucks, devant nos écrans d’ordinateurs portables ? Ou bien ferions-nous cours bénévolement aux enfants des régions moins développées, comme le Mississippi ? Fumerions-nous de l’herbe toute la journée devant la télé-réalité ?

Je ne suis pas juste en train de divaguer. Il s’agit désormais de questions concrètes, découlant du fait que nous sommes à court d’emplois. Le temps est donc venu de se poser des questions encore plus concrètes. De quoi est-ce que vous vivriez sans le moindre emploi — est-il possible de toucher un revenu sans travailler pour cela ? Est-ce possible pour commencer, et, c’est là que le bât blesse, est-ce éthique ? Si vous avez été éduqué avec la conviction que le travail est la valeur-étalon de la société — comme c’est le cas pour la plupart d’entre nous — verriez-vous comme de la triche le fait de gagner votre vie sans rien faire ?

Nous disposons déjà de réponses provisoires car nous sommes tous sur la paille, ou peu s’en faut. La part des revenus des ménages dont la hausse est la plus rapide depuis 1959 est celle des virements bancaires tombant sur nos comptes en provenance de l’État. À l’aube du XXIe siècle, 20% de la totalité des revenus des ménages provenait de cette source — de ce que l’on appelle également l’assistance sociale ou « les allocations ». Sans ce complément de revenus, la moitié des adultes actifs serait sous le seuil de pauvreté, et la plupart des Américains actifs aurait accès aux coupons alimentaires.

Mais ces « virements bancaires » et ces allocations sont-ils viables, d’un point de vue économique ou même moral ? Les perpétuer et les généraliser revient-il à subventionner la paresse, ou bien contribuons-nous aux premières bases d’une réflexion sur une vie plus heureuse ?

Les virements bancaires et les « allocations », pour ne rien dire des bonus de Wall Street (puisque nous parlons d’être payé à ne rien faire) nous ont appris à bien différencier la perception des revenus de la production de biens, mais le constat désormais flagrant de la fin du travail nous permet aujourd’hui de reconsidérer cet enseignement. Peu importe la répartition du budget fédéral, nous pouvons réellement nous permettre de veiller sur notre voisin. La question n’est pas de savoir si nous choisissons de le faire, mais comment nous nous y prenons.

Je sais ce que vous pensez — nous ne pouvons pas nous le permettre ! Mais si, nous le pouvons bel et bien, et très facilement encore. Il suffit d’augmenter le plafond de contribution à la Sécurité Sociale, qui s’élève actuellement à 127 200 dollars, et d’augmenter l’impôt sur les sociétés, en somme l’inverse de la Révolution Reagan. Ces deux mesures comblent à elles seules un déficit fiscal artificiel, et créent un surplus de richesse là où nous pouvons mesurer un déficit moral.

Bien entendu, vous allez rétorquer — en chœur avec tous les économistes, de Dean Baker à Greg Mankiw, de la Gauche comme de la Droite — qu’augmenter l’impôt sur les sociétés va décourager les investisseurs et donc freiner la création d’emplois. Ou que cela fera fuir les grandes firmes à l’étranger, là où le régime fiscal est plus avantageux.

Mais en réalité, une hausse des prélèvements ne peut pas entraîner ces effets-là.

Revenons en arrière. Il y a déjà un moment que les grandes entreprises sont « multinationales ». Dans les années 1970 et 80, avant que les coupes budgétaires de Ronald Reagan ne prennent effet, environ 60% des importations manufacturées étaient produites dans des paradis fiscaux, à l’étranger, par des sociétés américaines. Ce pourcentage a augmenté depuis, mais de très peu.

Le problème ne vient pas des ouvriers chinois — mais bien de l’idiotie aveugle et désincarnée de la comptabilité des entreprises. C’est pourquoi la décision de Citizens United en 2010 d’appliquer la législation sur la liberté de parole aux dépenses de campagnes électorales est à hurler de rire. L’argent n’équivaudra jamais à de la parole, pas plus que le bruit. La Cour Suprême a produit de toute pièce une créature, un nouveau type de personnalité juridique sur les vestiges du droit commun, et a rendu le monde réel encore plus effrayant que son reflet de cinéma — qu’il s’agisse de Frankenstein, Blade Runner, ou plus récemment Transformers.

Mais voici le point fondamental. La plupart des créations de postes ne sont pas le fruit d’investissements des entreprises privées, et augmenter l’impôt sur les entreprises n’aura donc aucun impact sur l’emploi. Oui, vous m’avez bien lu. Depuis les années 1920, la croissance économique a perduré même lorsque l’investissement privé net s’est fortement réduit. Qu’est-ce que cela veut dire ? Cela veut dire que les profits n’ont pas d’autre but que d’annoncer à vos actionnaires (et aux spécialistes des offres d’achat hostiles) que votre société est florissante, et une affaire du tonnerre. Vous n’avez pas besoin de faire des bénéfices pour « réinvestir », pour embaucher de nouveaux employés ou augmenter votre productivité, comme l’ont amplement démontré l’histoire récente d’Apple et de la plupart des autres grandes entreprises.

Je sais que forger mon caractère par le travail est une aberration, car le crime paie. Je pourrais tout aussi bien me reconvertir en truand.

Les choix d’investissement des PDG ont donc un effet tout-à-fait marginal sur l’emploi. Taxer les bénéfices des grandes entreprises pour financer un État-providence qui nous permette d’aimer nos voisins et de veiller sur eux n’est donc pas un problème économique. C’est tout-à-fait autre chose — un choix idéologique, une question de morale.

Si nous plaçons toute notre confiance dans le dur labeur, c’est parce que nous cherchons à nous épanouir ; mais nous espérons également, ou escomptons, que le marché distribuera les revenus de manière juste et rationnelle. Or voilà le hic : l’un ne va pas sans l’autre. On ne se réalise dans le travail que s’il existe un lien logique et équilibré entre l’effort accompli, les compétences requises et leur rétribution commune. Si j’estime que votre salaire est hors de proportion une fois comparé à la valeur véritable et durable de ce que vous produisez, dont le reste d’entre nous puisse profiter et faire usage (et par « durable » je n’entends pas seulement les objets matériels), je vais me mettre à douter que le dur labeur forge réellement le caractère.

Si je découvre, par exemple, que vous gagnez des millions en blanchissant l’argent des cartels de la drogue (HSBC), en exerçant des pressions sur les gestionnaires de fonds communs (AIG, Bear Stearns, Morgan Stanley, Citibank), en exploitant les petits emprunteurs (Bank of America) ou en achetant les votes du Congrès (tous les noms pré-cités) — en d’autres mots, la routine de Wall Street — alors que j’arrive à peine moi-même à joindre les deux bouts avec mon boulot à plein temps, je vais vite en déduire que ma contribution au marché du travail ne rime pas à grand-chose. Je réalise que forger mon caractère par le travail est une absurdité, tout simplement parce que le crime paie. Je pourrais aussi bien me reconvertir en un truand de votre espèce.

C’est la raison pour laquelle une crise économique telle que la Grande Récession est aussi un problème moral, une impasse spirituelle — et une aubaine intellectuelle. Nous nous avons tellement misé sur la valeur sociale, culturelle et éthique du travail, que lorsque le marché fait défaut, comme c’est le cas de manière flagrante, nous nous trouvons incapables d’en expliquer la cause, voire d’attribuer de nouvelles valeurs au travail et aux marchés eux-mêmes.

Et par « nous » j’entends vraiment nous tous, de Gauche à Droite, pour la bonne et simple raison que tout le monde veut mettre les Américains au travail d’une manière ou d’une autre — le « plein emploi » étant tout autant l’objectif des dirigeants politiques de Droite que des économistes de Gauche. Ce qui les différencie tient aux moyens d’y parvenir, pas au but lui-même, et ce but lui-même repose sur des constantes telles que l’épanouissement personnel.

Ce qui revient à gâcher la moitié des fruits du travail, alors même que celui-ci disparaît. Pérenniser le « plein emploi » fait consensus au sein des deux principaux partis au moment précis où cet objectif est devenu à la fois irréalisable et vain. Comme si on avait cherché à pérenniser l’esclavage dans les années 1850, ou la ségrégation dans les années 1950.

Pourquoi cela ?

Parce que le travail représente tout pour nous autres, résidents des sociétés marchandes modernes — peu importe qu’il produise encore de solides caractères et garantisse des revenus de manière rationnelle, quoique sans aucun rapport avec le besoin réel de subsistance. C’est tout simplement le moyen pour la plupart d’entre nous d’envisager une vie décente, depuis que Platon a établi le lien entre l’artisanat et la condition d’existence des idées en soi. C’est le moyen que nous avons trouvé pour défier la mort, en fabriquant et en réparant les choses durables, les choses importantes dont nous savons qu’elles nous survivront parce qu’elles nous apprennent, pendant que nous les fabriquons et que nous les réparons, que le monde qui nous entoure — le monde qui nous précède et nous succède — possède ses principes de réalité propres.

Réfléchissez à la portée de cette seule idée. Le travail a toujours été un moyen de marquer les différences entre hommes et femmes, en associant par exemple la notion de paternité et celle de « soutien de famille », puis, plus récemment, en les dissociant de nouveau. Depuis le XVIIe siècle, la virilité et la féminité sont définies — sans forcément tout-à-fait y parvenir — par leurs places respectives dans une économie morale, avec d’un côté des travailleurs rétribués en salaires pour leur production de valeur grâce à leur métier, et de l’autre des travailleuses rétribuées en clopinettes pour leur propre production et leur soutien à la famille. Bien entendu, ces définition se renouvellent de nos jours, en même temps que mute la notion de « famille », et que le marché du travail subit lui-même de profondes mutations — l’arrivée des femmes n’en est qu’un exemple — et qu’émergent de nouveaux rapports à la sexualité.

Lorsque le travail disparaît, les frontières entre les genres produites par le marché du travail se brouillent. À mesure que l’utilité sociale du travail diminue, ce que l’on appelait auparavant travail de la femme — l’éducation, la santé, les services — devient l’industrie de base, et non plus un secteur « tertiaire » de l’économie mesurable. L’activité d’aimer, de prendre soin de l’autre et d’apprendre à être les gardiens de nos frères — le travail socialement utile — n’est alors plus un luxe accessoire mais devient bel et bien fondamental, et plus uniquement au sein de la famille où l’affection est présente d’ordinaire. Non, je veux bien dire partout, dans le monde entier.

Le travail est également la manière dont les États-Unis produisent du « capitalisme racial », ainsi que l’appellent désormais les historiens, et ce à travers l’esclavage, le travail des détenus, le métayage, puis les marchés ségrégués du travail — en d’autres mots, un « système de libre entreprise » construit sur le dos des Noirs surexploités, un édifice économique motivé, saturé et conditionné par des mobiles racistes. Il n’y a jamais eu de marché libre du travail aux États-Unis. Comme tous les autres marchés, celui-ci a toujours été précisément circonscrit par la discrimination légale et systématique du peuple Noir. On pourrait même aller jusqu’à dire que ce marché particulier a bel et bien produit les stéréotypes de paresse afro-américaine toujours en vogue, en excluant les travailleurs Noirs de l’emploi rémunéré, et en les confinant dans le ghetto des journées de travail de huit heures.

Et pourtant, et pourtant. Bien que le travail ait souvent entraîné l’asservissement, la soumission et la subordination (voir plus haut), il est aussi le lieu où beaucoup d’entre nous, probablement la plupart, avons toujours exprimé le désir humain très profond de choisir librement nos propres contraintes et obligations, de conquérir notre autonomie. Nous nous définissons depuis des siècles en fonction de ce que nous faisons, de ce que nous produisons.

Mais nous devons désormais être bien conscients que cette définition de nous-mêmes implique le principe de productivité — de chacun selon ses moyens, à chacun selon sa production de valeur par le travail — et nous enchaîne à cette idée absurde que nous n’avons pas d’autre valeur que reconnue par le marché, en tant que prix. Et nous devons désormais aussi garder à l’esprit que ce principe entraîne une course à la croissance et à son fidèle corollaire, la dégradation de l’environnement.

Quelle forme la nature humaine prendrait-elle si les loisirs, aujourd’hui privilège aristocratique, devenaient un droit universel acquis à la naissance ?

Jusqu’à présent, le concept de productivité a toujours fonctionné comme le principe de réalité rendant plausible le Rêve Américain. « Travaille dur, respecte les règles, va de l’avant », ou encore « Tu obtiendras ce pour quoi tu payes [tu en auras pour ton argent], trace ta propre voie, tu seras justement récompensé pour tes efforts » — autant de sermons et d’injonctions qui autrefois faisaient sens. Et qui ne semblaient absolument pas trompeurs. Ils le sont pourtant bel et bien devenus.

Adhérer au concept de productivité a pour conséquence de mettre en danger la santé publique, ainsi que la planète (ce qui de fait revient au même). En nous engageant sur la voie de l’impossible, nous prenons aussi celle de la folie. C’est ce que le prix Nobel d’économie Angus Deaton a voulu dire en déclarant que les taux de mortalité anormaux au sein de la population blanche du Sud des États-Unis s’expliquaient par le fait que les gens « avaient perdu prise sur le récit de leurs propres vies » — qu’ils avaient perdu foi dans le Rêve Américain. Pour tous ces gens, l’éthique professionnelle est une condamnation à mort, parce qu’elle est insoutenable à leurs yeux.

Le processus en cours de la fin du travail soulève des questions absolument fondamentales sur ce que signifie le fait d’être humain. Pour commencer, quels buts pourrions-nous bien donner à notre existence si le travail — la nécessité économique — ne consumait pas l’essentiel de notre vie éveillée et de notre énergie créatrice ? Quelles perspectives évidentes, quoiqu’encore inconnues, émergeraient alors ? Quelles transformations la nature humaine connaîtrait-elle si le privilège aristocratique des loisirs devenait bel et bien un droit universel des êtres humains, acquis dès la naissance ?

Sigmund Freud insistait sur le fait que l’amour et le travail étaient les conditions essentielles à la bonne santé d’un être humain. Il avait bien sûr raison. Mais l’amour peut-il survivre à la fin du travail, et devenir le partenaire consentant d’une vie heureuse ? Sommes-nous prêts à accepter de voir les gens vivre sans effort, et continuer à les considérer comme nos frères et sœurs — comme les membres d’une communauté chérie ? Pouvez-vous vous imaginer, venant de faire connaissance avec une personne séduisante dans une soirée, ou bien en ligne, à la recherche de quelqu’un, de n’importe qui, et ne pas lui poser la question : « Et sinon, qu’est-ce que vous faites dans la vie ? »

Nous ne connaîtrons pas la réponse tant que nous d’admettrons pas que le travail a tout représenté à nos yeux jusqu’à présent — et qu’il ne pourra désormais plus jamais en être ainsi.

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83 réflexions au sujet de « Merde au travail, par James Livingstone »

  1. Si j’ai bien compris, le fond serait de savoir comment vivaient Adam et Ève avant d’avoir goûté au fruit de l’arbre de la connaissance et d’en avoir été punis par l’obligation du travail.

    1. @Christophe
      c’est une question similaire que je me suis posé en lisant ce texte : avons-nous toujours travaillé ? je n’ai pas de réponse.

      j’essayais d’imaginer la vie des préhistoriens, ils ne faisaient pas que tuer le mammouth ou cueillir des plantes ou danser pour conjurer le mauvais sort ?

      On ne sait plus rêver, rêvasser très déprécié de nos jours, quoique depuis quelques temps on en vante les mérites et on incite les parents à laisser du temps à ne rien faire à leurs enfants. Rêver est créateur…

      j’ai trouvé dans ce texte quelque chose de l’esprit de Russels Banks.

      1. J’ai vécu plusieurs années dans une pays où la valeur de « travail » n’était pas dans les traditions – la Mauritanie – Les structures sociales ancestrales y sont encore très perceptibles – Mais pas forcément enviables – société de castes, avec les nobles d’une part (guerriers, marabouts (savants, religieux, commerçant), les griots, les forgerons, les maçons (maellem), les pêcheurs, et puis les esclaves (aujourd’hui « affranchis », qu’on appelle chez les Maures, les « artani ») – Etrange de voir qu’aujourd’hui encore, cet ordre structure beaucoup les relations sociales, bien que s’estompant et s’effaçant au fil des nouvelles générations – mais on verra facilement un informaticien issu d’une classe de forgeron, la fonction de commerçant très valorisée dans la société (fonction noble), les musiciens contemporains ou les artistes issus de famille de griots, etc – Les mariages aujourd’hui sont très conditionnés par l’appartenance à telle ou telle caste (on dira que untel est de « bonne famille », et l’endogamie persiste (il n’est pas concevable par exemple qu’un « noble » se marie avec une forgeronne)) – Autant dire que dans ce contexte, on s’aperçoit rapidement que la « morale » du travail, versus celle du protestantisme par exemple, est complètement une construction culturelle et sociale – celle que j’avais pu observer en Mauritanie correspondait à une certaine organisation de la société (qui n’est bien sûr plus celle d’aujourd’hui), avec une codification des échanges, et une forte hiérarchisation des fonctions (vaut mieux être né d’une famille « noble », que forgeron ou haratin (esclave affranchi) – Paradoxalement, l’argent et le salariat est apparu plutôt comme une forme « émancipatrice », dans le sens qu’ils permettent de dépasser ces limites de castes

      2. Dans les sociétés de chasseurs-pêcheurs-cueilleurs et celles d’horticulteurs (agriculture à petite échelle) de petite taille que j’ai pu visiter, on travaille très peu en-dehors du village (à vue de nez, deux ou trois heures par jour). Il y a aussi des activités de statut intermédiaire entre travail et loisir (fabriquer un objet dans l’intention de le donner, expliquer des choses à des enfants, réparer un objet qu’on pourrait aussi bien jeter, etc.)

    2. Ce n’est pas plutôt :
      Savoir comment pourrions-nous vivre avec la connaissance nous permettant de supprimer l’obligation du travail ?…

    3. Beaucoup de choses très vraies dans ce texte mais servies dans un désordre assez perturbant et dans une logique de déconstruction d’illusions trop répandues. Mais, hélas, pas de perspectives d’avenir le moins du monde positives. Très en phase donc avec le pessimisme un peu nihiliste qui irrigue le blog depuis quelque temps donc. Puisque ce n’est pas le thème du jour, ne pas développer mais dire quand même qu’il y a des lieux et des personnes qui cherchent à construire sur les ruines du travaillisme et du productivisme. Et cette activité (pas travail) de reconstruction est déjà un plaisir et une source de sens en soi…

      1. « Très en phase avec le pessimisme un peu nihiliste » du blog, c’est vrai, mais je suis large d’esprit, vous aurez noté que j’accueille aussi d’autres textes ici, qui seraient eux plus proches de ce qu’on pourrait considérer au contraire comme un « nihilisme un peu pessimiste ».

    4. Il semble que les Amérindiens consacraient en moyenne 3 heures par jour maximum à se procurer de quoi vivre, manger, s’habiller, se loger. Et, bien sûr, ils ne travaillaient pas pour un patron. J’y vois deux des raisons pour lesquelles ils ont été exterminés.
      Il est en tout cas assez évident que la condition existentielle « sans travail » dont parle cet excellent article est une réalité avérée pour une petite partie de l’humanité depuis fort longtemps. Disons le crûment: les richissimes n’en branlent pas une.

  2. Dans le monde à culture protéstante (pays anglosaxons, la Scandinavie, pays germaniques), le travail est une obligation, ne pas travailler une faute. Même l’ancien chancelier allemand, le « social-démocrate » Schröder (le père des lois « Hartz »), était partisan du slogan biblique « celui qui ne travaille pas n’a pas le droit au pain ». Il a dû écouter le patronat dont il était proche.
    Le problème consiste en la division entre ceux qui exercent un métier valorisant et recompensé, et puis le reste condamné à simplement survire. Cette division se dessine de manière très nette, elle est, semble-t-il, irréversible.
    On pourrait imaginer des solutions, il y en a. Mais le problème éternel c’est le capitalisme tel qu’il est défini aujourd’hui. Il est difficile de lutter contre ce mainstream, d’autant plus même de très nombreux salariés le défendent; dans ce cadre on observe souvent une sorte de « syndrome de Stockholm ».

      1. Oui mais il semblerait que même en Chine la représentation dominante du travail tienne plus de la philosophie politique légiste de l’empereur Qin (celui de l’armée de terre cuite et des 700 000 bêtes de somme l’ayant fabriquée) que de l’antique conception confucéenne (sans parler des « prélibertariens » taoïstes)…

      2. « sans parler des « prélibertariens » taoïstes »

        Voui. Mais bien sûr. Ah les inestimables et rafraîchissantes vertus du port du kilt en soie, par grand vent, soufflant sur la falaise en Ouest, disait une irlandaise orangée.
        Tu manques pas d’air !
        Hasta la vista….baby !

  3. Il est sans doute dommage que les termes travail, emploi, job, activité, etc, soient employés de manière indifférenciée. Plus que probable que nombre de difficultés et d’a priori viennent de là !

    Ne pas avoir d’emploi ne veut pas dire être inactif (pour répondre à une de mes propres interrogations à laquelle réagissait Gudule), un job et bullshit-one de surcroît, est-ce encore un emploi, qu’est-ce véritablement que le travail (quand bien même tripalium ne renverrait pas à l’instrument de torture mais au chevalet du ferrant) s’il ne se réduit pas à l’emploi salarié ?

    Cherchant à définir un vrai hobby pour un ami qui tourne en rond dans des activités peu constructives, je lui disais qu’en gros il faut trois ou quatre choses : 1/que ça prenne du temps, 2/ que cela lui coûte personnellement et même matériellement (pognon ou renoncement à d’autres choses) 3/ que cela lui offre une marge de progression (amélioration dans l’activité même et personnelle) 4/ que cela offre des opportunités, des ouvertures (réaction en chaîne, rencontres, nouvelles possibilités) et que s’il réunissait ces différentes caractéristiques, il aurait des chances de s’éclater et d’être vraiment rempli. Au final, ça collerait aussi au travail, s’il n’était pas borné par l’horizon capitaliste… Mais ça colle avec la zique, la voile, les activités artistiques et créatives qui mobilisent l’ensemble des facultés intellectuelles et manuelles…

    Comment se fait-il qu’on ne retrouve pas ou pour si peu tout cela dans « le travail » ? Quel est le facteur parasite ?

    J’ai bien ma petite idée quand même. Mais je voudrais pas réveiller un commentateur qui rôde…

    P.S. : Personne n’est obligé de regarder la télé réalité à longueur de journée ! 😉

    1. @2Casa
      en effet le travail n’est considéré comme tel que dans un cadre d’entreprise (ou la sienne ce qui est équivalent) dans le cadre de la définition capitaliste : rentable.

      même le mot rentable n’est pas juste.

      Il est bien connu que les retraités n’arrêtent pas de travailler, mais il s’agit d’une activité choisie. Peu importe ce qu’elle soit :
      – jardin (qui demande réflexion, exercice physique, expérience, recherches) investissement et bien sûr « rendement » mais pas au sens capitaliste,
      – dans des associations qui « enrichissent » la société, sans ces activités bénévoles le pays serait bien différent,
      – rencontres, échanges, études, colloques,
      – la liste est infinie.

      le vrai problème est que nous sommes bien obligés d’avoir un emploi pour bouffer, même mal, tous les jours. Être au chômage est honteux : quelle bêtise, le chômage ne veut pas dire ne rien faire. C’est ce que j’ai vécu 10 ans durant : mais je n’ai pas arrêté de travailler : retape d’une maison, faire les marchés, bricoler, jardiner, voir des amis. Jamais je ne me suis assise devant ma télé, j’avais un emploi du temps tout à fait rempli et très agréable : j’étais mon maître. Mais je n’avais qu’à peine de quoi vivre…

    2. @Annie Stasse
      AS dit :
      9 août 2017 à 0 h 33 min

      Entièrement d’accord . Merci Annie !

      « Il est bien connu que les retraités n’arrêtent pas de travailler, mais il s’agit d’une activité choisie. Peu importe ce qu’elle soit »

      Oui et la liberté plus que précieuse de « gérer » son temps, comme pendant les vacances…. Exactement et pourquoi « attendre » la retraite pour avoir une ou des activités choisies ? Réponse : trouver le temps quand on « taf », chaud devant ! Comme le souligne aussi 2casa, on peut faire beaucoup avec ses outils ‘intérieurs » et pas de trés gros moyens en pépettes, entièrement d’accord (objets de discussions fréquentes avec ceux qui aiment créer construire etc.. En fait quand on aime créer on s’en tape royalement et on fait feu de tout bois , oui !!! 😉

      « Paradoxalement, l’argent et le salariat est apparu plutôt comme une forme « émancipatrice »,

      Effectivement, et ce malgré ces « travers » et ce jusqu’au taf alimentaire pour une grande majorité, comme le souligne Annie et dont je suis. Où sont les vertus émancipatrices d’un système tel que le RU/RSA améliorée au risque malsain de devenir dépendant d’un système ie d’usines à gaz censés être libérateurs (mais qui ne le sont pas !) ? Niet de chez niet : liberté !
      Tout est gratuit, donné dans la nature, mais sans le « travail » à minima, soit l’action des hommes sur la matière, et ce quelle que soit sa nature, la matière reste brute de décoffrage et par chance, parfois comestible ou autres (utilisable), MAIS elle nécessite souvent, et c’est heureux, l’intervention de l’homme ou des animaux pour sa transformation. Toute vie participe d’un échange. Si la gratuité, au moins des énergies , version « sécu » semble peut-être viable en acte, encore faut-il en définir les modalités pratiques de mise en oeuvre dans les faits. De toute façon, non et trois fois non à l’ esclavage moderne du RU !

      1. « En tout cas, moins de frustrations et développement du système D = plus de plaisir et temps bien rempli de choses consistantes = plus de… bonheur ? Sûrement !
        Boucle vertueuse qui fait sortir et du boulot et de la conso et des comportements compulsifs qui laissent aussi vide et privé de sens avant qu’après. »

        Bonjour 2casa,

        Oui !
        Et pour rejoindre les comments d’Annie et nos comments itou, voili voilou : quête de sens ? Apparemment même les cadres s’y mettent et c’est un vrai mouvement de fond ! 😉

        La perte de sens du travail lui-même
        « La promesse ne tient plus depuis que ses effets se sont brouillés dans un magma de désillusions amères, sur lesquelles de multiples mots sont posés comme l’indice d’un épuisement généralisé : le “burn-out“, le “bore-out“, le “job-strain“, c’est-à-dire l’explosion personnelle pour cause de surcharge, l’implosion pour cause d’ennui, le poids de la pression permanente. Ce qui réunit toute cette cohorte de salariés amers, c’est la perte de sens du travail lui-même. »

        « A l’impression de ne servir à rien, au sentiment de vacuité, cette nouvelle élite à la fois conceptuelle et manuelle, cognitive et matérielle, oppose un élan simple, défini par deux caractéristiques principales : “la proximité avec la matière et le monde physique, et l’ancrage dans un territoire limité“.

        « Après la référence importante au concept de métier à la con défini par David Graeber, Cassely fait écho au travail décisif d’un autre penseur américain iconoclaste : Matthew Crawford, qui dans son essai Eloge du carburateur, mais aussi dans Contact, insiste sur la nécessité de retrouver le sens de l’utilité sociale, par le recours au travail manuel, à l’attention aux autres et au réel. Réparateur de vieilles motos, après avoir été analyste politique, Crawford a théorisé de manière cinglante ce basculement existentiel, au point d’en constituer aujourd’hui un “idéal-type“.

        http://www.lesinrocks.com/2017/05/07/idees/comment-les-nouvelles-generations-de-jeunes-diplomes-fuient-les-metiers-la-con-11942137/
        http://www.europe1.fr/emissions/le-livre-du-jour/la-revolte-des-premiers-de-la-classe-de-jean-laurent-cassely-3338402

      1. Bonjour M. Jorion,

        Dans l’acception commune, sans doute. Mais ce n’est pas celle-ci que je remets en cause. C’est la distorsion que cela induit dans la compréhension. C’est pas à vous que je vais la faire : le travail se dit de multiples façons 🙂

        Spécialiste ès-bullshit-jobs, je peux vous dire que le seul « emploi » qui s’est tant soit peu approché d’un « travail » au sens où je voudrais le voir défini, s’apparentait plus à la définition du hobby, telle que posée ci-dessus, qu’aucun des autres que j’ai pu pratiquer ! Seul bémol, le but recherché n’était pas choisi. Et ça fait quand même une sacrée différence…

        Preuve en est que vous êtes obligé de spécifier (entre parenthèses) qu’il est rémunéré et on rejoint l’emploi !

      2. Quand je travaille au black, mon travail est rémunéré mais je n’ai pas pour autant un emploi. Et pourtant c’est du travail.

      3. Bonjour Michel,

        « J’occupe » effectivement un « emploi », et je « réalise », « j’effectue », les tâches afférentes à cet « emploi » – je « travaille », effectivement, dans l’acception commune – ce qui n’a rien à voir avec une quelconque « reconnaissance légale » de cet « emploi que j’occupe et dont j’effectue les tâches afférentes ». Ce n’est pas à vous, Michel, que je vais prouver que votre travail, passionnant au demeurant, se passe et de rémunération et de reconnaissance légale ! 😉

        Où l’on retrouve l’idée d’Annie que sa retraite bien remplie peut-être un véritable travail sans pour autant se trouver qualifiée d’emploi.

        Merci en tout cas pour vos remarques qui me permettent de clarifier encore ce que j’entends par « passe-temps » (damn it !) et qui confine au travail : 5/ librement consenti et 6/ sans nécessairement faire l’objet d’une reconnaissance légale, ni d’une rémunération.

        La belle journée à vous !

      4. Bonjour à tous !

        Tant qu’on y est et pour reprendre les arguments développés ici ou là par Annie, Gudule, ou plus simplement le travail même de Michel, encore deux caractéristiques : 7/ utilité sociale et pas uniquement la profitabilité escomptée, 8/ issue de là, la préservation de la dignité du travailleur et, pourquoi pas, même Jduc ne saurait nous contredire, la satisfaction du devoir accompli…

        On est loin de ce qui se produit en général et de ce que j’ai pu vivre en particulier !

        Ceci dit, on en reste à la taxinomie et aux hypothèses ad-hoc, voire l’inventaire à la Prévert (où ksèty qu’on colle le raton-laveur ?!). Un tableau à entrées permettrait sans doute de classer ces différentes caractéristiques et de montrer le glissement de « travail » à « emploi » puis « bullshit-job », de mettre au jour ce qui les différencie et ce qui autorise la confusion par le recoupement de certaines catégories… Confusion hautement profitable aux exploiteurs et moralistes doloristes de tout poil !

        Sur ce, les vagues m’attendent, je vais travailler le take off ! (sorry Annie, my bad !) 😉

      5. Et aussi, faire, être et bien-être, partage en lieu et place de « l’hyperconsommation ».

        « Orienter le modèle de consommation de l’« avoir » vers le « faire » serait de nature remettre la consommation au service des bien-être. C’est sans doute aussi une manière de nous préparer à ce que l’avenir, peut-être, nous prépare. »

        « L’Observatoire du faire montre sur les personnes les plus engagées dans le « faire » sont aussi les moins sensibles aux valeurs matérialistes ; si « faire » est associé à des consommations marchandes qui pourraient devenir des relais de la croissance économique, ses adeptes sont naturellement plus disposés à un mode de vie plus frugal que la crise écologique risque de nous imposer. »

        « De même, si les prévisions de destructions d’emplois massives liées au déploiement de la robotisation et de l’intelligence artificielle devaient s’avérer, la place du travail dans la structuration des sociétés occidentales devra être révisée. Quel usage sera fait alors du temps disponible si le « mode avoir » continue de dominer le « mode être » ? Les adeptes du « faire », eux, sauront quoi faire du temps libéré. »
        https://theconversation.com/pour-une-bonne-consommation-72159

      6. Bonjour 2casa
        Merci pour votre réponse.

        Mon passe temps est pour moi une « créativité collective ».
        Mais pour que cela s’inscrive dans développement pérenne (allumer la lumière plutôt que de l’éteindre quand on s’en va) il faut deux économies, deux monnaies et deux revenus.
        Une économie industrielle fossile et une économie « solaire »
        L’euro et les monnaies locales
        Le revenu d’échange industriel en euro, et le revenu de base en monnaie locale.
        Ce que dit François Roddier à 1 heure 05 16 est tout à fait pertinent et mérite toute notre attention.
        https://www.youtube.com/watch?v=5-qap1cQhGA
        Je considère ma retraite comme un revenu de base qui me permet d’être actif en vue de développer la deuxième économie et qui m’a valu dernièrement une invitation à contribuer sur le site A2C.
        http://agriculture-de-conservation.com/spip.php?page=tribune-presentation&id_auteur=119
        Quoi de plus beau comme reconnaissance que cette invitation?
        Je voudrais ajouter une contribution à la suite de la dernière en m’inspirant de ce commentaire.
        Cela m’aiderait s’il y avait des réactions à ce dernier.
        Merci d’avance.

      7. Gudule,

        Je ne peux que plussoyer – et vous soupçonne d’ailleurs d’avoir survolé ma cour en hélico et pris des clichés aériens de mon salon-cuisine américaine (désolé Annie, y-sont-partout !) -salle à manger-dortoir – vu que tout y est meublé de parpaings, tourets, panneaux de signalisation, palettes et autres récups à l’avenant ! Les commentateurs du BPJ seraient-ils partout eux aussi ?!… Aaaargh !

        L’âge du faire m’ennuie un peu mais après l’avoir, l’être à coup sûr ! Puisque tout le temps qui n’est pas passé à payer sa bagnole ou son mobilier à tempérament (mais sans aucun caractère), soit à gagner le pognon nécessaire, est passé à autre chose de nettement plus constructif : tout ce qui n’est pas contraint par le profit capitaliste, l’engraissage de ces tiques et le bousillage en règle de la planète !

        Après, faut admettre que ça donne un côté un peu bohème au bastringue et pas question de taper le concours de quéquette avec le fana de béhemme et le pro du catalogue finlando-suédo-norvégo-chaiputro, mais bon… Continue à courir mon pote, quand je vois que j’ai failli mourir à même pas 45 piges, je me dis que j’ai bien fait de pas perdre mon temps avec toutes ces c…..ries !

        Donc oui, frugal, austère même, parfois, frustrant à l’occase. Mais quand je les vois, ficelés dans leurs crédits, me dire qu’ils ont pas le choix… On se forge bien les chaînes que l’on veut après tout.

        Et puis de toute façon tout ce que quelqu’un ne pourrait pas entretenir seul devrait être interdit puisque cela implique de jouer sur le différentiel de « valeur temps » – on se paye une « bonne », un « jardinier », un « chauffeur », que sais-je, des « domestiques externalisés » en somme – et au regard de notre seule richesse à tous sur cette Terre (i.e. le Temps) cela ne devrait pas être possible. Finies les résidences secondaires, finis les parcs de 50 hectares, finies les écuries de 36 bagnoles, finies les baraques de 5000 mètres carrés (à moins de vouloir passer sa vie à faire le ménage !)… Et ce, au moins tant que tout le monde n’a pas le nécessaire.

        Stop ! J’arrête là, je sens que le Pol-Pot qui sommeille en moi se réveille !

        Ou alors les Amish plus internet… 🙂

      8. « panneaux de signalisation »

        Donc, chez vous, vous voyagez et y a du paysage comme on dit… cool ! Et même des panneaux pour indiquer les lieux célèbres et/ou les directions pour ne pas s’égarer (surtout quand le ciel est bas par temps couvert mdrr). Des panneaux comme « ceci n’est pas un canapé lit » façon Magritte ou comme Ben « j’ai voulu abandonner l’art mais j’en ai fait de l’art » ou « ceci est mon espace » 😉

        https://fr.pinterest.com/pin/250794272975271289/
        https://artsetpub.files.wordpress.com/2010/05/toile71.jpg

        Trêve de plaisanterie, personne, absolument personne de chez personne, n’est fait pour vivre dans l’austérité l’âpreté ni la frustration, il y a un minimum tout de même ! Je veux mon n’veu ! Même si le système D ça aide, évident. Le peu de temps que j’ai passé au chômedu ( il y a plus de 25 ans..) je faisais de l’intérim, c’est grâce à cela que je m’en suis sorti. Au moins je ne galèrais pas (sinon le chomedu c’est dur m^me si on se « débrouille » fectivement….bullshit jobs aarghhh.) avec les plans foireux proposés par feu l’anpe et il parait que ce n’est pas mieux nowadays…Je trouve l’idée des gratuits proposés par P Jorion , à ce titre, très intéressante, il faut voir ce qui est viable dans le « dur » ie le concret. Quoi qu’il en soit, il faudra trouver des solutions à ce foutoir et elles passent forcément par un changement d’état d’esprit majeur, entre autres….

        Au plaisir d’échanger 2casa !

      9. Bonsoir Michel,

        J’écoute Roddier et je reviens vers vous mais j’ai bien peur que cela ne passe, et de loin, mes modestes capacités…

      10. Re-bonsoir Michel,

        Je passe sur les comparaisons thermo-dynamiques que je serais bien en peine d’évaluer, pour faire une seule remarque : Jorion, après Keynes, commettrait donc la même erreur avec le bancor. On aurait bien deux monnaies, une globale (mondiale) et une locale (par pays) même chose que l’Europe et les pays membres, ou que national et régional ou communal, etc. Juste un changement d’échelle mais pas de différenciation selon l’usage ? Hormis l’exemple de la vente et de la location pour la voiture, avez-vous d’autres illustrations, que je puisse comprendre ?

      11. Bonjour Gudule,

        Merci pour la réponse ! Humour et bon sens, toujours au rendez-vous. Quant aux panneaux, c’est plutôt « STOP » sur la table à apéro ! 🙂

        Quand je dis frustration, ça ne va pas chercher bien loin non plus. Et ma conscience me permet, a posteriori, de le rationaliser.
        Attrition : je coupe l’herbe sous le pied du capitalisme en le privant de ressources. Moins de boulot = moins de profits dégagés pour lui = moins de consommation = moins de profits dégagés pour lui = moins de bousillage de la planète = plus de temps pour moi ! (= plus de commentaires chez Jorion = pauvres lecteurs !)
        Limitation des désirs (pas des besoins) = moins d’écarts entre l’effectivité des faits et ces mêmes désirs (par essence potentiellement infinis) = plus de… bonheur ? En tout cas, moins de frustrations et développement du système D = plus de plaisir et temps bien rempli de choses consistantes = plus de… bonheur ? Sûrement !
        Boucle vertueuse qui fait sortir et du boulot et de la conso et des comportements compulsifs qui laissent aussi vide et privé de sens avant qu’après.

        Bonjour Michel,

        Nouvelle remarque concernant les monnaies : ne tombe-t-on pas alors sous le coup de la critique de Jorion à l’égard des solutions purement techniques concernant la monnaie (que ce soit celle des « créationnistes » ou le bi-métallisme, etc) qui, selon lui, et au sein du système existant, ne changent rien ? Ou votre solution est-elle véritablement un changement de système ?

        Autre remarque : quand je parlais de votre travail, je pensais plutôt agriculture, jardins partagés, brf, bio-dynamie, etc. Ayant moi-même eu un chouette potager pendant cinq ans, j’avoue m’être pas mal inspiré de toutes ces techniques et pense au moins avoir laissé la terre en meilleur état en partant que quand je suis arrivé ! Pas très dur, terre de remblais, farcie de pavasses, tout juste bonne pour les échalotes… Mais au final, bon rendement, si l’on passe sur les invasions de limaces et autres ravageurs (paillage + déficit de poules !) et la flotte qui fait que je n’ai jamais eu une satané tomate.
        Roddier passionnant et super sympathique, mais franchement, j’ai pas le niveau !

      12. Michel,

        Première question sans objet : le bancor n’est pas accessible aux particuliers… ça m’apprendra à réfléchir avant de poser une question, again ! Du coup on est dans le cadre de votre modèle ou pas ?

      13. Bonjour 2casa et merci pour ce dialogue constructif.
        Thermodynamique, vous n’avez pas le niveau? Allons, voyons cela ensemble

        Comparaison thermodynamique?
        Roulez avec votre voiture (si vous en avez une) sans refroidir le moteur et vous allez voir ce qui va se passer. Il y aura concentration de chaleur, la température augmentera à un endroit et le circuit de refroidissement finira par exploser ou le moteur se gripper.

        Cela ne vous fait pas penser à quelque chose?

        Et bien oui, la concentration monétaire capitaliste, d’où la nécessité d’une deuxième économie et forcément d’une deuxième monnaie et d’un deuxième revenu comme il faut une deuxième température au moteur de votre voiture, en l’occurrence la température de l’air ambiant, lorsque le circuit de refroidissement fonctionne correctement.

        Permettez-moi de vous rappeler le deuxième principe de la thermodynamique dit principe de Carnot:

        On ne peut obtenir durablement de l’énergie utile que par des cycles de transformation qui dissipent de l’énergie d’une source chaude pour en renvoyer une partie dans une source froide.
        Tout l’univers fonctionne comme cela de la moindre bactérie à la plus grande galaxie.

        Tout le monde a les yeux rivés sur la source chaude, comme le dit François Roddier mais beaucoup trop peu s’occupe de la source froide.
        Que va-t-on faire avec nos déchets? C’est cette question que constitue l’entropie dont il parle tout le long de son exposé et de son livre que je vous conseille de lire.
        La biosphère a résolu le problème en recyclant cette entropie d’une infinité de manières. Par des cycles de transformation comme les saisons, la source froide devient le source chaude pour d’autres éléments de la vie. Là on parle de structures dissipatives d’énergie, les plantes se structures en dissipant l’énergie solaire et nourrissent d’autres éléments en évacuant vers d’autre éléments vivants leur entropie qu’on peut considérer comme des déchets.

        Vous dites ceci:
        « Juste un changement d’échelle mais pas de différenciation selon l’usage ? »
        Il ne s’agit pas de changement d’échelle mais de complémentarité, voir de nécessité d’association.
        Bien sûr qu’il y aura une différenciation, la source chaude n’est pas la source froide.
        En gros, ce qui constituera les investissements (la charpente) sera libellé en monnaie principale et ce qui constituera le fonctionnement sera libellé en monnaie locale qui pourrait devenir le cas-échéant une monnaie dédiée à un type précis d’activité.

        Etant de formation électromécanique, j’ai eu la chance de travailler une grande partie de ma carrière sur des dispositifs qui utilisent l’énergie, moteurs électriques , fours, brûleurs, pompes à chaleur etc… , d’où mon intérêt pour la thermodynamique sans pour autant entrer dans de grandes considérations physiques et encore moins mathématiques.
        (J’en viens parfois à me demander si ce n’est pas la thermodynamique qui m’a choisi… enfin j’sais pas)
        J’ai aussi lu un livre de richard Sennet que Timiota m’avait conseillé « Ce que sait la main »
        https://sociologie.revues.org/685
        Cela décrit très bien la relation entre le cerveau et la main.
        L’un ne va pas sans l’autre et l’ère capitaliste hiérarchisée l’a complètement zapé, on est parvenu à parcellisé le travail.
        Qu’on devienne plus apte à faire ceci ou cela qu’autre chose est tout à fait normal, on ne peut tout savoir, mais ignorer tout de ce que font les autres est très dangereux.
        Comme le dit Alvin Toffler, la spécialisation a pour conséquence d’en savoir toujours de plus en plus sur de moins en moins de chose, c’est cela qui est très dangereux.

        Loin de moi l’idée d’occupation austère ou frustrante, il s’agit ici de sobriété c’est à dire de faire mieux avec moins.
        Là, il n’y a qu’une seule ressource utile, l’intelligence c’est à dire la capacité de découvrir des relations entre des choses qui apparemment n’en n’ont aucune.

        Je ne sais pas si on pourra se débarrasser du capitalisme et je pense que l’idée de capitalisation pourra toujours existé.
        On pourra toujours capitaliser de l’humus, des arbres ou tout autre chose qui sert à la vie. Capitaliser de l’argent me semble saugrenu dans le sens où l’argent est une information sur la valeur de choses, cela s’échange pour permettre aux idées de sobriété de se développer.
        La valeur des choses étant la dissipation d’énergie qui y est contenue,
        On en revient à la thermodynamique, voilà le cycle de transformation est fermé.

        Tout ceci n’est qu’une proposition, je n’ai pas la prétention de dire que l’avenir sera orienté de cette manière.

      14. Bonsoir Michel,

        Merci pour votre réponse. Tout cela à l’air très évident pour vous – peut-être me faut-il lire Roddier pour que cela le soit un peu plus pour moi !

        Ceci dit, j’ai sans doute fait un raccourci un peu rapide en parlant de « changement d’échelle ». Il me semble que c’est ce que Roddier reproche à Keynes. Or si j’ai compris quelque chose au Bancor, c’est que justement il ne s’agit pas de cela. Il ne s’agit même pas de l’exemple de Roddier sur Madagascar dans la vidéo où l’on a simplement l’impression que son collègue joue sur le taux de change entre la France et Madagascar. Le Bancor est une monnaie de « compensation », qui sert à réguler en fin d’année les écarts dans la balance commerciale entre deux nations. Comme en ce moment, l’Allemagne par exemple, verrait sa monnaie réajustée à la baisse ( ou dotation en bancor moindre, je sais plus trop) en raison de ses excédents commerciaux avec ses partenaires, mettons le Botswana – au pif – qui lui verrait la sienne compensée à la hausse en raison de ses déficits. Il me semble que Roddier ne voit pas cela comme cela, me gourre-je ? Il parle de monnaie de « pauvre » ou « pour les pauvres ». Avec le bancor, les échanges à l’intérieur du pays ont lieu en monnaie nationale et on compense en bancor quand on fait le bilan global en fin d’année. Bancor auquel n’ont pas accès les particuliers, ce qui rendait ma première question sans objet.
        On se retrouve bien avec vos deux monnaies, « source chaude », « source froide », si vous voulez, une monnaie d’échange internationale et une monnaie nationale. Mais pas « deux économies », ce qui me paraît soit problématique, soit un pur artifice de langage pour désigner la différence entre la monnaie de compensation et la monnaie d’usage national. Ce sont la même économie, les mêmes produits et on ne s’occupe que des soldes en fin d’année. A n+1 l’Allemagne est affectée d’un malus et le Botswana d’un bonus. Manière de créer un système équilibré et d’éviter la concentration et le grippage, comme à l’heure actuelle, avec des pays exportateurs nets et d’autres importateurs nets, ce qui n’est pas généralisable (en bons kantiens les Allemands devraient savoir qu’il faut que leur action soit universalisable sinon ça marche pô surtout quand on se pique d’en faire un devoir et de donner des leçons de morale…).

        Est-ce que Roddier loupe le coche là-dessus ou c’est encore moi la coche ? On a bien deux usages. D’où ma remarque sur le supposé « changement d’échelle » que Roddier impute à Keynes, d’où l’ineptie de ma première question, puisque le bancor, n’est pas accessible aux particuliers, qui eux continuent leur bins en monnaie nationale. Au final n’est-ce quand même pas plus simple que votre système ? Et puis des « monnaies à usage particulier », combien à la fin ?
        Une fois le problème Allemagne/Botswana (ou Grèce) réglé, vous allez me dire, il reste un point noir (merci Chabat !) comment égaliser au sein du pays et assurer la redistribution ? Changement d’échelle à nouveau et pourquoi pas, pour vous rejoindre, une compensation individuelle en monnaie locale favorisant le bio, les circuits courts, l’économie locale (régionale), que sais-je ? Usine à gaz encore mais pourquoi pas. Ou alors la gratuité ce qui a le mérite de la simplicité.

        Est-ce que j’ai été plus clair ?

        Du coup, j’en reviens à ma deuxième question, est-ce que dans ce cas là (bancor-international-compensation vs euro-dollar-yuan-etc-national-usage) on est dans votre système ou pas ? Sans passer par une différenciation équipement-infrastructure vs consommation-fonctionnement qui risque d’être difficile à définir ou faire l’objet de débats byzantins ?

        Autant essayer d’aller vers la simplicité, ce que cherche à faire Jorion, me semble-t-il, avec la gratuité, qui coupe à la racine le problème des revenus, de leur multplication (genre un revenu pour le sucre, un revenu pour le gazoil, un revenu pour l’immo, etc, etc, ce qui ressemble fort à des coupons de rationnement au final…) et de leur redistribution.

        Est-ce qu’on se comprend ?

        Sur la gestion des déchets, c’est vigneron qui avait posté un article sur la répartition en masse et en dangerosité par secteur d’activité, passionnant. Faut juste faire raquer aux entreprises les externalités et pas leur permettre de se défausser sur la collectivité. Comme pour le chômage, comme pour le transport. On verrait apparaître le vrai coût des produits et c’en serait fini en deux coups de cuillère à pot ! Relocalisation dans le cas du transport. Disparition pure et simple dans le cas des produits dangereux. Compost et achat en vrac dans le cas des particuliers. Changement de paradigme dans le BTP, vive les maisons en paille mon cochon…

        J’avais discuté avec un « aiguilleur » maritime qui me disait que tous les bateaux, partout, tout le temps, étaient localisés entre deux balises, qu’il suffirait d’appliquer un coeff au prix des produits en fonction du nombre de balises franchies, pour voir s’envoler le prix des produits chinois chez nous et mettre fin à la délocalisation. Why not ? Voilà de quoi assurer le retour des emplois.

        Sur « l’austérité » et la « frustration », faut pas faire une fixette. On est toujours confronté à un moment ou un autre à des choix, des renoncements, parce que sollicités et mis en demeure de consommer – voyages, vacances, sorties, biens de consommation divers – et si l’on fait le choix de se limiter, ben forcément parfois, on aimerait bien plus… C’est ce qui fait la force du système, de la pub, de la pression sociale (les « normes de consommation »). Mais on peut pas tout avoir. Faut choisir. Moi c’est le temps. Et ça n’a pas de prix !

        Alors les bimbeloteries (trinkets pour Annie 😉 …) à d’autres ! Je suis assez partant pour le mode de vie d’il y a 50 ans avec internet, les Amish + internet pour reprendre l’exemple de M. Jorion.

      15. Bonjour 2Casa

        Merci pour votre longue réponse.
        A première vue, le Bancor ne se situe pas dans ma proposition.
        Comme le système capitaliste industriel dont le moteur est la rente financière a dépasser les capacités de renouvellement de la planète, il est nécessaire de passer par une autre économie qui elle sera basée sur le vivre mieux avec moins.
        L’humanité n’est pas au-dessus des lois physiques et une réflexion purement comptable comme l’est le Bancor n’en tient pas compte, il y faut introduire la thermodynamique ce que la plupart des économistes ne font pas.
        Pour moi c’est une évidence mais ce qu’il est moins (voir même pas du tout) est comment engendrer des cycles de transformation entre les deux types d’économie.
        Je ne suis pas et de loin économiste, il faudrait que j’étudie le Bancor plus en avant, peut-être lire « Penser tout haut l’économie avec Keynes ».
        Il faut que les économistes étudient la thermodynamique ainsi que la biologie et que les ingénieurs et techniciens étudient l’économie pour commencer à se comprendre, comme quoi il y a du pain sur la planche.
        En ce qui concerne le mode de vie, je suis aussi partant de la fin des années cinquante + internet.
        Mais comme les conditions de ces années là n’existent plus nous n’avons plus d’autre choix que d’inventer un nouveau système.
        Je pense comme Roddier et Georgescu-Roegen que la thermodynamique et la biologie sont les deux flambeaux qui éclaireront d’un nouveau jour le devoir de l’humanité.
        Alors je vous suggère d’étudier ceci:
        https://fr.wikipedia.org/wiki/Nicholas_Georgescu-Roegen

        Bonne journée.

    3. @casa
      supplément :
      pourquoi « hobby » ? en french ce serait pas mieux ? J’en ai ma dose des mot anglich.
      d’autant que son sens en anglich est : passe-temps, péjoratif !
      c’était bon pour les aristos anglich.

      C’est pourquoi je parle bien de travail. Il faut juste distinguer « emploi » qui sous entendu fric…
      quand on construit sa maison, ou qu’on fait son jardin on en sort une « rémunération » mais pas sous forme trébuchante, mais réelle, concrète. Les études tout au long de la vie sont aussi « rémunératrices », enrichissantes !

      Tout le problème est notre idéologie qui ne raisonne que par fric trébuchant.

      La rémunération, et il manque un mot, ou je ne le connais pas, ou il faut l’inventer, sous entend fric, moi j’aimerais que nous l’entendions dans un sens philosophique et/ou concret, c’est aussi un gain qu’il soit concret et/ou mental.
      À la limite on pourrait parler d’enrichissement humain, je ne sais quel vocabulaire employer non prévu en société capitaliste, comme quoi le capitalisme nous enferme tellement dans sa morale qu’on en a du mal à se faire comprendre quand on en sort.

      1. Nan, pas mieux, équivalent. Moi, l’intégrisme lexical franco-franchouillard me laisse de marbre, if you see what I mean ! 😉 Et puis passe-temps, violon d’ingres, peu économiques. Hobby, tout le monde comprend, so wtf ?! Tout cela me rappelle ma prof de quatrième, intégriste de la culture latine, grecque et de la belle orthographe, qui s’était fendue d’une « association de défense de la langue française »… La langue française va très bien et ce ne sont les mots empruntés à des langues étrangères qui vont lui faire du mal ! Au passage, de combien d’emprunts s’est-elle constituée cette langue frrrrrraaaaaançaise ?! On s’en cogne non ? C’est ce qui fait sa beauté, le métissage, comme partout !

  4. « Nous nous définissons depuis des siècles en fonction de ce que nous faisons, de ce que nous produisons »
    Comment les individus qui composeront la société du futur pourront-t-ils se définir si la plupart d’entre eux sont dépouillés de leurs droits politiques? Comme nous le sommes dès maintenant….

  5. Il faut distinguer la torture du travail.

    Un travail bien fait d’une chose qui va dans le bon sens et répondant au désir propre d’un individu si possible équilibré donne vraiment bonne conscience. Allège l’âme!
    Et pourtant c’est la torture la plus répandue.

    Gagner son confort , depuis l’aube des temps , ce n’est en aucun cas sans rien faire.

    Si les machines nous remplace alors travaillons pour rendre nos semblables et nous-mêmes plus heureux, le mieux possible.
    Il y a énormément de travail, 7 milliards de films , avec des coupures, des cassures, des carences et des désirs incompris.

    Jusqu’à que cela se finisse car toutes les histoires ont une fin, la tortue géante, l’ourson d’eau, l’espèce humaine, la planète, la galaxie, tout s’arrête.

    Plaidoyer pour un travail humain.

    1. « répondant au désir propre d’un individu »

      Voilà, exactement, tout le monde sait cela , la satisfaction (entre autres…) n’est pas qu’une affaire de pognon, heureusement !

      « Attiré par les étoiles, les voiles, que des choses pas commerciales… »
      A. Souchon.

  6. Magnifique analyse de l’évolution de notre rapport au travail : ces réflexions sont le miroir précise de mon ressenti depuis les années 80.

    Formatté pour grande école et patati et patata, j’ai perdu confiance dans le système lors du rachat de mon entreprise d’édition par un grand groupe requin dont la vision purement financière à fait basculer la perception du travail. Mais cela a été inconscient.

    Il m’a fallu 30 ans ensuite pour remettre en question ce pilier central de la définition des uns et des autres. C’est long!!!

    Et assumer une vie différente, subventionnée par quelques bonnes affaires immobilières, un peu comme une avant première de ce que serait un monde futur different.

    In fine, cette liberté m’a permis de libérer une créativité qui s’est traduite par de belles innovations. Ce qui aurait été impossible sans cela. Et d’ailleurs, les « créatifs » des sociétés concurrentes disposant de bien plus de moyen n’y sont pas arrive…

    D’ou au dela de mon témoignage personnel, une idée, suggestion, proposition pour démarrer le mouvement du revenu universel : créer un revenu de l’inventeur afin de libérer la créativité en encourageant de nombreux professionnels a prendre un temps de liberté-re-regard et création.

    Ce qui serait d’autant plus important car nous avons énormément de choses à revoir dans nos sociétés : de nouvelles machines, modes d’organisation…

    Et un jour de poser la pertinence des brevets, mais cela est une autre question..

  7. Les « loisirs » tels que la fin du travail nous en donnerait l’opportunité doivent eux aussi « se débarrasser du capitalisme — c’est une question de survie » (:;). et pour cela, ils doivent replonger dans toute notre culture, et nous fournir rien moins qu’une occasion d’éducation bis, ce sans quoi, au lieu d’un humus de l’esprit, on aura qu’une aridité et une désaffection (au sens de Stiegler). L’enjeu fin du travail/taxe Sismondi me parait dimensionnable en visant ce type d’ambition. Sinon, même dans le texte présent, j’ai l’impression d’un discours sophiste. Certes bon sophiste, mais sophiste quand même (faut dire que c’est souvent le ton d’Aeon).

  8. C’est marrant parce qu’en première ES on m’avait expliqué que quand je faisais le ménage dans ma chambre c’était du travail. Seulement comme je le fais pour moi même ça donne pas lieu à facturation et le résultat c’est que c’est pas comptabilisé.

    Par contre si demain j’ouvre une petite entreprise, que je m’embauche pour faire le ménage dans ma chambre et que je paye les charges, ce sera comptabilisé. Sauf qu’économiquement c’est pas super pertinent.

    Par conséquent, si demain le type arrête de bosser et qu’il va faire des cours bénévoles a des enfants d’un quartier défavorisé il continuera à travailler. Ca donnera pas lieu à une transaction financière, ce sera gratuit. Mais ce sera du travail. Et ce que je trouve fabuleux, c’est que dans un cas pareil la gratuité est apparente. Le maître retirera une paye symbolique de sa leçon, le sourire des gamins. Et ça lui suffira. Du coup il aura pas l’irrépressible besoin d’acheter un iphone pour combler sa frustration, son manque. Son incapacité à exister.

    Du coup je comprend pas pourquoi tout le monde panique a l’idée que le travail disparaisse. C’est une super nouvelle, le monde va se mettre à tourner tout seul, ou presque. Ca va nous laisser le temps de faire des choses moins connes de nos vies et tout ce temps de cerveau disponible qui va se mettre à collaborer ça devrait faire un véritable feu d’artifice intellectuel, comme à la renaissance. Mais en 2.0.

      1. « Passerions-nous notre temps au Starbucks, devant nos écrans d’ordinateurs portables ? Ou bien ferions-nous cours bénévolement aux enfants des régions moins développées, comme le Mississippi ? Fumerions-nous de l’herbe toute la journée devant la télé-réalité ? »

        Techniquement il peut faire les trois en même temps. Il aura le temps. Puis s’il fait uniquement starbucks ou uniquement télé réalité c’est comme faire uniquement les cours au Mississipi il va finir par dépérir, s’ennuyer.

        En plus, et ça c’est un truc qui n’est jamais pris en compte, si demain on les moyens d’exister en dehors du travail, on aura plus de facilité à oser inverstir, à oser vivre le rêve entrepreunariale. Et monter une association pour donner des cours dans un autre pays du monde par exemple, c’est entreprendre. Peut être qu’après deux ans de bénévolat dans le Mississipi il se sentira pousser des ailes, prendra confiance, et qu’en s’épanouissant il oser poursuivre ses rêves. Connement.

        «  »Mais l’amour peut-il survivre à la fin du travail, et devenir le partenaire consentant d’une vie heureuse ? Sommes-nous prêts à accepter de voir les gens vivre sans effort, et continuer à les considérer comme nos frères et sœurs — comme les membres d’une communauté chérie ? Pouvez-vous vous imaginer, venant de faire connaissance avec une personne séduisante dans une soirée, ou bien en ligne, à la recherche de quelqu’un, de n’importe qui, et ne pas lui poser la question : « Et sinon, qu’est-ce que vous faites dans la vie ? » » »

        Il pourra lui dire « Je poursuis mes rêves ». Avant de lui parler de ce qu’il a fait de ses heures de fumette/télé réalité, de vidéos de chat mignon à starbucks et de son bénévolat pour les moins favorisés.

        Ca lui suffira.

        La question de l’argent est secondaire, c’est la question de l’amour et de la reconnaissance qui le travaille. Et c’est quand même réjouissant de voir qu’on vit un monde qui se lamente de la disparition de l’amour plus que de la problématique de l’argent.

        C’est d’ailleurs ce constat qui me pousse à soutenir que la démocratie est en pleine forme. Elle est en pleine crise d’adolescence. Alors faut lui donner l’autorisation de devenir adulte au lieu de vouloir lui serrer la bride à tout prix.

        « Là ou croit le peril croit aussi ce qui sauve »
        https://www.youtube.com/watch?v=VOAtCOsNuVM

      2. Le travail et la monnaie ne sont que les conséquences d’une seule cause, en l’occurrence la valeur économique. Or, il n’existe officiellement aucune définition scientifique de cette valeur ; par conséquent, ignorant ce qui la fonde et donc comment l’annuler, nous sommes contraints légalement ou illégalement mais toujours arbitrairement de posséder de l’argent et donc un travail.

        Chaque individu vivant au sein d’une communauté culturelle de tradition orale possède une dette énergétique envers la nature, mais aucune forme de dette arbitraire envers un être semblable ou une institution… N’étant pas contraint d’agir sous l’autorité d’un pouvoir autre que celui de la nature, ni, de fait, sur les ordres d’un être semblable, tout sujet naturellement libre de penser et donc d’agir est, à l’image des Zoé d’Amazonie, incapable de transgresser la régulation énergétique naturelle par répartition en créant : la valeur économique par l’imposition d’un droit de créance totalitaire parce que usurpé à la nature, un échange énergétique contraint ou le travail, l’écriture pour matérialiser la valeur économique, la monnaie ou le titre de créance arbitraire ; et donc tout aussi incapable de nuire à ses semblables, au milieu naturel ou finalement de se nuire à lui-même.

        Démonstration complète dans : La Matrice du Capital

      3. tout sujet naturellement libre de penser et donc d’agir est, à l’image des Zoé d’Amazonie, incapable de transgresser la régulation énergétique naturelle par répartition

        Avec 8 000 hectares de forêt par tête de pipe, tu m’étonnes…

      4. Précision: la régulation énergétique par répartition des Zoé est celle qui règne depuis l’aube de l’humanité au sein de chaque famille qui la compose, jusque dans nos sociétés capitalistes dont elle constitue le fondement social.

      5. C’est ça oui, la
        « régulation énergétique par répartition » avec 8 000 hectares de forêt primaire tropicale à disposition par tête de pipe, tou m’estounnes que ça marche…
        On généralise ?

      6. En tout cas, si « généraliser », en l’état, peut paraître impossible, tendre vers ne l’est pas du tout ! Et permettre la restauration des forêts primaires sur tous les continents ainsi que la remise en forme au plus haut niveau de tous les écosystèmes oui ça c’est du vrai challenge mon gars, et d’un autre niveau que ta maligne et sordide vision libérale libertaire à coup de Pub, d’OGM, de Nuke, et de Tanks (pas think t’auras compris, ou pas m’en fous). Non mec, le monde ne sera pas un gentil terrain de golf comme tu le crois, quelle horreur en plus si c’était le cas, mais ta position en fera, en fait une belle décharge privée des consorts & Cie.

      7. « Restaurer les forêts primaires  »
        Magnifique non-sens ; on restaure pas des forêts primaires, on essaye de les conserver tout au plus.

      8. Mais si mais si mangeur d ogm on peut leur permettre de regagner sur tes champs moribonds une forêt primaire c est vivant c est pas un fossile ! Y en a même encore en Europe !

  9. Texte intéressant mais largement fantasmé.

    @Paul Jorion,
    Quant à la soi-disant raréfaction du travail, je suis désolé de le dire mais ça reste à prouver. En réalité l’humanité n’a au contraire jamais autant travaillé qu’aujourd’hui (et croyez bien que je le regrette)

    2 preuves du contraire parmi d’autres:
    – Rares sont les pays dans le monde y compris en occident qui connaissent un chômage important.
    – Les deux sexes travaillent, ce qui était loin d’être le cas des générations précédentes, y compris durant les « trente glorieuses ».

    A contrario, j’attends des preuves de la raréfaction du travail, parce que je n’en vois pas de réelles et de tangibles.

    —————————————
    Germanicus dit :
    8 août 2017 à 20 h 48 min
    « Le problème consiste en la division entre ceux qui exercent un métier valorisant et recompensé, et puis le reste condamné à simplement survire. »

    C’est vrai. Mais c’est un peu simpliste.
    Car il existe aussi d’autres divisions:
    ceux qui ont eu la chance de se découvrir une passion suffisamment tôt pour avoir cette chance au carré d’en faire leur métier. Et ceux dont le travail est strictement alimentaire. Avec un dégradé de couleurs entre ces deux extrêmes, comme ceux qui travaillent pour assouvir une ou plusieurs passions dont ils ne peuvent faire leur métier. Ce sont les plus nombreux à mon avis et je suis de ceux-là.

    Et je vois d’autres divisions encore:
    Ceux qui ne travaillent pas en subissant cette situation et ceux qui font acte de résistance en refusant autant que faire se peut d’intégrer un mode vie qu’ils estiment débilisant pour des raisons politiques (rejet de l’aliénation, rejet de la société de consommation, etc). Je suis de ceux-là autant que je le peux.

    1. En 40 ans la durée d’une année de travail a diminué de 30%.
      Dans la plupart des pays développés, 60% des personnes en âge de travailler le font. Avec les moins de 20 ans et les retraités, il n’y a plus que 30% d’esclaves du boulot rétribué.
      Sur ceux qui travaillent, les temps partiels sont de plus en plus nombreux. En tenant compte de ce dernier facteur, les Français et les Belges travaillent plus que les Allemands et que les Hollandais, contrairement à ce qu’on essaie de nous faire croire…
      Et dire que ces quelques heures de salariat qui restent, sont pour beaucoup des boulots de merde, inutiles, nuisibles, insensés, créés uniquement pour maintenir dans la dépendance salariale.
      Le travail hétéronome (A. Gorz) recule et c’est une bénédiction…

      1. Merci pour ta réponse, mais ça me semble très insuffisant pour être convaincant.

        Vous dites « En 40 ans la durée d’une année de travail a diminué de 30%. »
        –> Je veux bien vous croire mais de quoi parle-t-on exactement ? Sans doute pas simplement du passage de 40 heures hebdo à 35 ni de l’abaissement de quelques années de l’âge légal de la retraite. Ca ne fait pas le compte.

        « Avec les moins de 20 ans et les retraités, il n’y a plus que 30% d’esclaves du boulot rétribué. »

        –> habituellement, on considère la population dite « active », c’est à dire en âge de travailler (ce qui est logique et légitime) et disponible (idem) et à la recherche d’un travail (ce qui se discute).

        « Et dire que ces quelques heures de salariat qui restent, sont pour beaucoup des boulots de merde, inutiles, nuisibles, insensés… »
        –> Oui. … et non, c’est en fait très subjectif. De ma propre expérience personnelle. Je ne souhaite pas rentrer dans le détail mais il se trouve que j’ai occupé un certain nombre d’emplois très différents dans ma vie jusqu’ici et dans des secteurs tout à fait différents. Or je me suis parfois bien plus épanoui dans certains jobs (que d’aucun considéreraient « de merde » tel que vous les décrivez à temps partiel et rémunérés au minimum minimorum que dans les emplois pour lesquels j’étais formé, diplômé et payé (à pu près correctement disant selon les grilles habituelles).

        Entendons nous bien, si vous avez lu aussi ma réponse à germanicus vous aurez compris que je ne suis pas exactement un bourreau de travail et suis extrèmement critique du monde du travail et du rapport disons standard au travail.

        Mais je ne suis pas décidé à bouffer tout ce qu’on me dit sans faire preuve d’un minimum de scepticisme.
        Donc, j’ai cherché à me documenter sur cette fameuse raréfaction du travail et je peux vous dire que j’en suis toujours au même point ! Cette question est beaucoup plus complexe qu’il n’y parait (on ne peut pas l’expédier en 3 lignes) et on est très loin des robots imaginaires de Jorion.

        Donnez-moi des références svp.

      1. Huhuhuhuhu
        « La soi-disant raréfaction du travail prend un verre au bar avec la soi-disant dangerosité des organismes génétiquement modifiés »…

  10. La fin du travail mais pour qui ?

    Et puis comme l’école est là surtout pour occuper les djeuns et en faire de bon consommateur donc travailleur, comment allez vous occuper les non travailleurs : pillule bleu, télé, guerre… ?

    1. « La fin du travail mais pour qui ? »

      À l’horizon de 100 ans, pour tout le monde. Pour ceux qui cesseront du coup de recevoir des sous, et pour ceux qui en recevront d’autant plus.

      1. Personnellement je suis enseignant et j’aime enseigner. Je n’ai pas envie d’attendre les bras croisés qu’une machine me remplace et comme il y a des faucheurs d’OGM il devrait y avoir des destructeurs de robots. De telles technologies devraient être interdites. Vous me faites rire à nous annoncer des choses comme immuables et à nous forcer à accepter notre situation de futur consommateur permanent. Arrêtez de vouloir nous materner à vie.

  11. Notez les grandes évolutions que font ressortir notamment les dernières études menées par l’OCDE : en gros, augmentation des emplois des 25% les plus qualifiés, augmentation (moindre) des emplois non qualifiés, et entre les deux, décroissance – autant dire, prévoir (durablement ?) de la casse au sein de la « classe moyenne », le développement des « small-job » d’un côté, et l’affirmation d’une classe de « ceux qui vont bien », hautement qualifiés, on dira les « linedin » (du nom du célèbre réseau social professionnel, incontournable pour les « cadres », d’ailleurs racheté récemment par Microsoft) de l’autre – Ce n’est pas étranger au mouvement de « digitalisation » et d’automatisation qui arrive (voir le témoignage récent au sujet de la RATP, où il est indiqué une tendance à la réduction accélérée des « opérateurs » (entendre par là, les ouvriers et les agents de maîtrise), la sous-traitance (voir la délocalisation, « out-sourcing », des emplois non-qualifiés (ouvriers, agents d’entretien, agents de sécurité, comptables, etc), et l’accentuation d’une classe de « hauts cadres », très rémunérés (les « talents ») – Autant dire que le changement est en marche !

  12. article passionnant…qui n’a pas de réponses mais qui pose les bonnes questions. A ce jour nous n’avons pas de réponses car elles sont hors du cadre et là c’est l’inconnu et à ce jour très utopiste, si je vous dit que cette activité travail changera surement de nom car mème sa nomination ne correspondra à rien de connu, et si je vous dit que cette activité devra être bienveillante et avoir le soucis des autres…..cela vous semblera de l’enfumage et je vous comprends.
    Et pourtant je reste persuadé que ce sera la direction.
    Colbert aurait-il accepté de consacré 20% de l’argent du royaume pour apprendre à lire et à écrire et à étudier et à chercher? pour lui c’était impossible nous sommes devant le même impossible!!!

    1. Oui. L’avenir du travail est celui de l’humanité, apprendre une vie durant à être autre chose, mieux si possible, qu’un robot, qu’une IA.

  13. Le travail humain suit la même trajectoire que l’humanité régenté par le capitalisme et l’oligarchie financière qui la dirige.
    On le savait déjà que la finance n’a ni morale ni éthique (malgré les cours dispensés par PJ pour ouvrir les yeux des étudiants en économie), c’est des règles comptables, des marchés efficients, des homo-economicus, etc. Sa structure est le résultat du travail de ses prêtres qui eux-mêmes puisent toute leur inspiration du monde scientifique et surtout mathématique.
    Pour faire court, en 2017 le travail humain = énergie mécanique.
    La fascination de l’humain par la puissance de la « penser scientifique » et des mathématiques, son langage de prédilection, n’a pas fini de nous conduire vers l’abîme dans un florilège de découvertes et de technologie.
    Il y a pas si longtemps, la terre était le centre du monde. Nous vivons des temps où, la science a remplacé le créateur.

  14. En lisant ce savoureux billet, je me suis demandé ce que sous l’ancien régime représentait en pourcentage de tétes « Guillotinables » la Noblesse et le clergé .

      1. « Vais-je oser vous parler d’actes concrets vécus ces jours-ci ? »

        Oui !
        Oui Annie, bon exemple. Je suis aussi en train de retaper-transformer poncer etc…, un petit meuble d’appoint en bois massif que j’ai récupéré, c’est vraiment agréable et gratifiant. 😉
        Avez vous pensé aux palettes de bois et aux parpaings en béton ? C’est top pour le bricolage d’abris de jardins et de petits meubles d’appoint. Choisissez bien vos palettes ! 😉

        https://blog.manomano.fr/ou-trouver-palettes-en-bois-gratuites/
        https://www.le-coin-des-bricoleurs.com/fr/projet/abri-bois-en-palette-pour-exterieur/instructions-de-montage-do-it-yourself/11110/

  15. Rien à voir, mais…

    Me souviens qu’il y a un peu plus d’un demi-siècle, « on » nous bassinait en nous vantant le « modèle » américain, où les ouvriers de Ford travaillaient 30 heures par semaine…

    Cherchez l’erreur!

  16. Vais-je oser vous parler d’actes concrets vécus ces jours-ci ?

    j’avais acheté un « abri jardin » en bois ne comportant qu’un toit (percé) et sans porte, je m’informe sur le plus bas prix avec porte et toit non percé. Trop cher pour moi, sans compter qu’il eut fallu payer quelqu’un pour l’installer !

    alors je trafique l’existant avec les moyens du bord (récup de bois, de plastique, de fers, ciment) sans frais, pour le rendre tel que de besoin. Ben c’est bon pour mon porte-monnaie, mauvais pour le capitalisme, et excellent pour mon moral et mon corps (exercice plus intéressant que des salles de gym payantes !) et tellement gratifiant moralement (à bientôt 76 ans, et sans aide !) et ça demande une ingénuité développée pour trouver les moyens faisables par moi seule et gratis.

    ben ça c’est un travail jouissif. Et rémunérateur puisque je le rends viable.
    désolée de rentrer dans le concret, le réel, mais rien de tel pour se faire comprendre quand on sort du capitalisme.

    1. « j’avais acheté un « abri jardin » en bois ne comportant qu’un toit (percé) et sans porte, »

      Toit percé je comprends encore, mais sans porte, tu veux dire que les 4 faces étaient pleines ? Sérieux ? La vache, sont quand même fort les vendeurs de nos jours dans les entreprises capitalistes !

      1. cloclo
        il a 2 côtés pleins et un toit (et une ossature de bois arrière pour tenir le tout debout ; les poteaux d’assemblage stabilisés au sol par du ciment) : c’était le moins cher sur le marché. Le tout en lames de bois d’où « le toit percé » en fait les lames disjointes laissent passer l’eau ! je vais le recouvrir d’un film plastique transparent (destiné à l’origine a la protection des plantes)
        en bonne voie.

  17. Ne sommes nous pas encore une fois en train de confondre travail et emploi ? Le travail est me semble-il ce qui nous humanise. Le travail et son corollaire l’outil nous accompagnent depuis les premiers hominidés. Le travail est ce qui nous socialise, qui nous permet de nous insérer dans notre milieu naturel qu’est la société (car n’en déplaise aux amateurs de robinsonnade l’homme est un animal social qui n’a jamais connu d’état solitaire naturel). L’emploi, ou ce qui actuellement en fait office, n’est le plus souvent qu’un erzats de travail, un travail dégradé, des miettes de travail. Plus que la question de la raréfaction du travail c’est sa redéfinition qui devrait nous interroger. Qu’est ce que le travail ? Quel revenu et comment partager la richesse produite en fonction de l’utilité sociale.

  18. Intéressant, mais très fourre-tout.
    Je lui préfère le Manifeste contre le travail et les textes sur le travail publié sur ce blog: http://www.palim-psao.fr/article-groupe-krisis-manifeste-contre-le-travail-en-integralite-sous-forme-de-brochure-imprimable-52224631.html
    Encore un peu d’audace, dites aussi merde à l’économie.
    Sinon en termes de pratique, par chez moi nous avons démarré une sorte de revenu d’existence en nature. Hors économie, hors monnaie. Nous appelons cela la « provision commune » un droit à la vie tout simplement. Tu participes (à la boulangerie, aux céréales, au jardin, à la brasserie) non pas pour acheter en équivalent-temps ton panier de provision mais reproduire le droit d’accès au panier.

    La provision commune est la forme de richesse produite par la coopération entre les adhérents de ce projet. Cette coopération est une organisation alternative à l’économie, pas une économie alternative : elle cultive l’abolition du travail. Nous ne sommes pas ensemble pour produire mais pour atteindre ensemble une certaine idée de forme de vie quotidienne.

  19. Il est rare de tomber sur un article sous lequel la quasi-intégralité des commentaires est bonne à lire.
    Ce qui me frappe de prime abord c’est de constater que la nature de ce type de débats n’a pas changé d’un pouce en vingt-cinq ans (peut-être davantage mais il s’agit du laps de temps qui me sépare du moment où ces préoccupations ont émergé chez moi).
    Une grande part des idées que traversent les commentaires que j’ai lus existent depuis belle lurette dans une abondante littérature, dont je me permets de citer quelques éléments significatifs que je n’ai pas vus ici:
    – Le droit à la paresse, de Paul Lafargue
    – Age de pierre, âge d’abondance, de Marshall Sahlins
    – La société contre l’Etat, de Pierre Clastre
    – L’économique et le vivant, de René Passet
    – Les primitifs du futur, de John Zerzan
    Et de ce point de vue j’apprécie beaucoup les commentaires sarcastiques du dénommé « Vigneron ».
    Car en effet, pourquoi « les années 50 + internet » ou « les Amish + internet » ? pourquoi pas l’an mil, ou – 800, ou – 10 000 ? Ce sont des propositions qui n’ont pas de sens, pas plus que celle de celui qui propose d’interdire tout ce qu’on ne peut pas faire soi-même. Car à cette aune, pourquoi ne pas imposer à chacun de s’occuper de son bois de chauffage de A à Z, de sa production d’électricité et de la construction de sa voiture ?
    L’excellent « Pétrole, la fête est finie ! » de Richard Heinberg, dont les premiers chapitres traitent de l’utilisation de l’énergie par les sociétés humaines est vraiment à lire pour cela.
    Et ce qu’omettent les tenants des « années 50 + internet » c’est les évolutions du capitalisme depuis cette époque, à savoir la globalisation et l’explosion des externalités de nos sociétés vers l’Asie ou les pays à bas coût.

    Le deuxième constat que j’ai l’impression de faire est celui de la quasi-absence de la question sociale dans les commentaires. « Le capitalisme » y est mentionné plusieurs fois mais de manière très générale, mais les rapports de force qui règnent dans ce monde capitaliste ne le sont qu’à la marge, je trouve (même si c’est le sujet de certains commentaires, celui sur la RATP ou l’OCDE par exemple).

    Or ce qui se joue à l’heure actuelle de mon point de vue est l’existence d’une offensive sans précédent des classes dominantes contre le salaire en général.
    Il est dit plus haut que « le salariat protège », ce qui ne manque pas de susciter l’ire de ceux qui n’y voient qu’une aliénation.
    Mais de fait, dans un contexte où nous ne vivons pas tous en communautés au fond des bois, le salariat offre un statut bien plus protecteur que l’übérisation voulue par une part grandissante de nos dirigeants.

    D’où l’objet de ma contribution : vous inviter à lire dans le numéro 9 d’une revue que j’ai découverte tout récemment, Frustration (http://www.frustrationlarevue.fr), un des articles que je juge le plus intéressant sur la question du revenu universel (puisque c’est la question sous-jacente à tout ce que j’ai lu ici, à savoir le rapport entre activité, travail et revenu) :
    DÉBAT : « Le revenu universel, une fausse bonne idée » – Idée phare d’un Parti Socialiste en pleine décrépitude, le revenu universel n’est peut-être pas la mesure « très à gauche » que beaucoup décrivent hâtivement. Passant à coté de la nécessaire critique de la façon dont le travail est rémunéré dans ce pays, il pourrait même arranger bien de puissants intérêts.

    Bref à l’heure où j’en suis de mon parcours personnel et professionnel, c’est la question sociale et donc politique qui me semble devoir faire l’objet principal de nos préoccupations.
    Fuir le travail salarié ne constitue donc pas de mon point de vue une solution, mais s’engager dans le rapport de force social et politique oui (et notamment sur la question du travail et du revenu).
    La « super-structure » s’accommode fort bien des déserteurs, d’autant plus qu’elle les achète via un RSA ou un potentiel revenu universel. Elle aime beaucoup moins ceux qui par leur militantisme, leur engagement politique ou syndical, tentent de lui imposer un rapport de force à même de modifier les choses.
    En d’autres termes, elle préfère largement un baba cool autarcique qu’un syndicaliste de la CGT. Il manque aux deux de parvenir à mener un front commun dans leurs aspirations communes, et les plus butés pour y arriver ne sont pas forcément ceux qu’on croit…
    Et à cette question si essentielle du sens, la lutte collective offre des perspectives de réponse des plus stimulants.
    Cordialement.

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