Le début de quelque chose ? par Philippe Rideau

Billet invité. Ouvert aux commentaires.

À la CFDT et à FO, des réfractaires entendent défiler avec la CGT. Les syndicats opposés à la réforme du droit du travail.

(LE MONDE | 21.09.2017, Extraits d’un article de Raphaëlle Besse Desmoulières)

Jean-Claude Mailly, le secrétaire général de Force ouvrière, les a surnommés les « grognons râleurs ». Laurent Berger, son homologue de la CFDT, s’est, lui, gardé de tout qualificatif désagréable pour désigner ceux parmi ses militants qui passent outre les consignes nationales pour défiler aux côtés de la CGT contre les ordonnances réformant le code du travail.

Dans les rangs des syndicats dits réformistes, ils sont minoritaires mais certains commencent à s’agacer de l’attitude jugée trop timorée de leurs dirigeants face à ce qu’ils considèrent comme un texte « pire que la loi El Khomri ». Et le font savoir. (…)

Dans une tribune publiée mardi par Les Echos, les numéros un de la CFDT, CFTC et UNSA, Laurent Berger, Philippe Louis et Luc Bérille, ont fini par hausser le ton. Les trois dirigeants de centrales réformistes, qui entendent peser sur le contenu des décrets d’application, dénoncent la limitation des indemnités prud’homales et l’instance unique de représentation du personnel. Ils jugent que « les projets d’ordonnances déséquilibrent le texte au détriment des salariés. (…)

« Divergence tactique »

Cela suffira-t-il à calmer les esprits ? Combien de leurs militants battront le pavé jeudi ? Le 12 septembre, les cédétistes, même s’ils n’étaient qu’une poignée, étaient bien visibles autour de leur ballon orange. Parmi eux, Gérard Chameau, ex-délégué syndical d’IBM, aujourd’hui à la retraite. « C’est important de montrer que la CFDT est un syndicat réformiste mais réformer ne veut pas dire accepter n’importe quoi », s’emportait-il. Certes, Laurent Berger a fait part de son « mécontentement » mais d’une « manière trop molle ». « On veut une consultation de la base », réclamait-il. (…)

Ceux de FO étaient plus nombreux à manifester. Pour beaucoup, le choix de leur syndicat passe d’autant plus mal qu’il y a un an, ils étaient en première ligne avec la CGT pour contester la loi El Khomri. « On a une divergence tactique avec Mailly : il peut y avoir de la concertation mais ça n’empêche pas le rapport de force », expliquait Jean Hédou, secrétaire général de la fédération Equipement, environnement, transport et service (Feets-FO). « On n’est pas des moutons, s’emportait de son côté une militante de FO Transports et logistique, qui préférait rester anonyme. Je ne suis pas d’accord avec Mailly et je suis là pour le signifier ! »

« C’est le début de quelque chose »

« On a envie de montrer qu’on a besoin de se retrouver, y compris dans la rue », ajoutait Emmanuel Guimaraes, de FO-Pénitentiaire. Ce dernier était là pour protester contre le gel du point d’indice, la hausse de la CSG, les 120 000 suppressions de poste annoncées pendant la campagne présidentielle. Il appelait à la « convergence des luttes ». « C’est le début de quelque chose », voulait-il croire. (…) »

Nous sommes peut-être au début de quelque chose, mais il y a loin de la coupe aux lèvres. La petite bureaucratie syndicale, très menacée dans son existence par les ordonnances Macron, vent debout face à l’orientation capitularde et suicidaire imposée par les directions confédérales, doit aller jusqu’à une conclusion naturelle de son raisonnement. Qui tire l’épée contre son prince doit jeter le fourreau !

Comme l’affirme l’un d’eux:  » …  On veut une consultation de la base … », et le meilleur moyen de consulter la base, n’est-ce pas encore d’exiger l’organisation de Congrès extraordinaires ?

Cette journée est un véritable camouflet pour les directions confédérales, que ce soient celles qui restent l’arme au pied, que ce soient celles appelant à une énième journée d’action sans perspective, et surtout sans même mettre en avant la raison d’être du mouvement, à savoir le retrait pur et simple des ordonnances.

Dans ces conditions, vouloir être au début de quelque chose, refuser d’être un mouton, marquer nettement une divergence tactique, cela ne peut pas consister à faire pression sur les directions de FO et de la CFDT, pour qu’elles rejoignent la direction de la CGT dans la bousille, histoire de prendre leur part de responsabilité dans une défaite, une de plus, quasi inéluctable si nous nous alignons une fois de plus derrière ces pères la défaite.

Vouloir être au début de quelque chose de nouveau et de constructif, c’est assumer ses divergences tactiques et politiques d’avec les directions confédérales, c’est faire tomber les masques et appeler un chat un chat, un cabot un cabot, un traître un traître ; c’est assumer ses responsabilités, à savoir se proposer comme directions confédérales alternatives, et appeler les travailleurs à se syndiquer et à se mutiner immédiatement dans les centrales ouvrières.

Sans l’appui du prolétariat, la bureaucratie syndicale fédérale n’arrivera pas à bouger les confédéraux.

L’angle d’attaque est simple :

Dans toute la sphère d’activité de la société, il est parfaitement admis qu’il n’y a plus de place pour l’incompétence et la défaite. Lorsqu’un gérant de fond de pension n’atteint pas les objectifs financiers recherchés, il est débarqué, gentiment mais sûrement ; lorsqu’un entraîneur d’un club de football aligne trois défaites successives, il est débarqué, gentiment mais de manière absolument naturelle, sans que l’on crie à l’injustice, à la dictature, ou au procès d’intention. Il faut faire pareil dans les syndicats

Il faut débarquer les responsables confédéraux de la défaite de 2016. Il faut les débarquer d’autant plus vite, que ces messieurs se complaisent dans leurs erreurs passées, et ne semblent pas vouloir épouser une autre tactique de lutte, une autre politique, que celle d’aider implicitement le gouvernement Macron-Philippe à avancer sur les crânes des jeunes et des prolétaires.

Autant fait celui qui tient le pied que celui qui écorche ! Être au début de quelque chose, c’est assimiler cette vérité !

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54 réflexions au sujet de « Le début de quelque chose ? par Philippe Rideau »

  1. Il n’y a aucun doute possible.Dans les circonstances
    présentes(ampleur du chômage),renforcer le pouvoir
    patronal n’est pas pertinent.C’est à coup sûr accentuer
    l’aspect déjà inégalitaire qui caractérise le marché du
    travail.Il n’y a pas de raison de penser que cet aspect
    inégalitaire serait plus faible dans le cas les PME,et TPE.
    Les embauches dépendent de « carnets de commandes »
    améliorées,pour l’essentiel,et non pas du déplacement
    d’un « curseur » déplacé dans le sens de l’inégalité
    renforcée des pouvoirs des employeurs.

    1. @ devillebichot guy.

      Absolument juste, cela fait plaisir de lire une telle vérité.

      Et déjà les instituts internationaux doutent de la reprise (de grosses incertitudes sur l’Italie et la Chine), les banques centrales essayent de revenir vainement à une certaine orthodoxie monétaire.

      Ainsi toutes les réformes libérales, les contre-réformes sociales du gouvernement Macron-Philippe, après celles de Chirac, Sarkozy, Hollande, n’aboutissent qu’à une seule chose: fragiliser un peu plus le pays à l’aube d’une prochaine crise financière inéluctable.

      Lorsqu’elle surviendra le mouvement ouvrier (partis syndicats) sera exsangue, il ne restera dans le paysage politique, à l’affût, que la bête immonde !

      Là réside la responsabilité historique des directions ouvrières du moment. Il livre pied et poing lié le prolétariat au nationalisme belliqueux.

      Le pompon à l’abjecte Mélenchon qui trouve le moyen hier de montrer sa bobine tricolore dans le cortège parisien.

      Au printemps à République il se livrait à de la propagande plaçant la France au sommet du panthéon du génie, hier il plastronnait avec son écharpe bleu blanc rouge, demain il revient à Bastille chercher les travailleurs pour essayer encore et encore de les débaucher.

      Accueillir bras ouvert les fâchés du FN , en cachant que si ces gens sont fâchés, ils le sont avant tout contre la fiscalité redistributives, contre l’étranger, contre les syndicalistes et contre les socialo-communistes, c’est déjà de fait épouser une politique sacrément facho.

      Il n’y a aucun doute possible.Dans les circonstances
      présentes, renforcer le pouvoir de nos faux amis n’est pas pertinent.

      Il faut avoir le courage de dégager les dégagistes !

      1. Tropisme et divisions, quelle vision d’avenir !
        Si voir Mélenchon partout vous dérange, fermer les yeux ou venez à la FI vous faire entendre.

      2. @Thierry
        « …Si voir Mélenchon partout vous dérange, fermer les yeux ou venez à la FI vous faire entendre… »

        Je rentrerai dans ce mouvement le jour où l’un de ses militants m’expliquera clairement contre qui les travailleurs français doivent-ils s’insurger: contre les capitalistes français ou contre les capitalistes allemands ?

        Vous me répondrez sans doute, contre les uns comme contre les autres. Mais ceci sera au mieux une ineptie, au pire un mensonge.

        Pourquoi ce subit amour de la patrie chez vos leaders, les ouvriers n’ont pas de patrie, pourquoi ce culte du chef , le passé remplit de types comme Mélenchon ne vous ouvre-t-il pas les yeux ?

        la vérité c’est que Mélenchon et ses sbires essayent de rassembler large, ouvert à tout les vents pour peu que celui ci porte haut le génie de la France éternelle.
        Et ce rassemblement patriotique, voulu par des gens qui se disent insoumis, mais qui se soumettent à tout le moins et pourtant à la mode du moment voulant qu’il n’y est plus de clivage de classe, n’a pour seul objectif que de terrasser le bôche qui domine l’Europe.

        C’est le capitalisme français dressé sur ses ergots de manière ridicule et pathétique, l’impérialisme des colonies, qui rêve de redevenir quelque chose dans le concert des Nations.

        Désolé c’est pas ma cam’. Mélenchon ne me dérange pas lorsqu’il use et abuse de sa propagande oiseuse place de sa République, plus lorsqu’il vient débaucher mes jeunes camarades sur la place de notre Bastille.

      3. à Eninel,22-9-2017,11h17
        Vous déplacez le « curseur » contre l' »abjecte Mélenchon ».C’est bien le langage qui est le vôtre…
        Je me demande vraiment à quoi cela peut-il vous servir.(et de manière générale à « la gauche » en France.)
        Je crains que vous ne vous contentiez de reprendre des
        slogans(du type « dégagez « ,en les appliquant à ceux qui
        ne sont pas de vos « amis »),et un langage que j’avais
        utilisé(mais pour des sujets disons sérieux).Je récuse
        donc votre démarche qui viserait à me faire dire ce que je n’ai pas dit,et à faire croire que je pense autre
        chose que ce que je pense.Une chose est sûre en tout
        cas:je ne peux vous considérer comme un « ami »(compte tenu de ce que vous me dîtes…). Et j’imagine
        que je n’en suis pas un pour vous(mais je n’ai pas encore compris pourquoi).La dialectique ne veut pas
        dire qu’on peut rester vague,mystérieux et pour cette
        raison,avoir le sentiment qu’on est inattaquable et se
        permettre de dire finalement un peu ou beaucoup
        n’importe quoi et son contraire.

      4. @ devillebichot guy.

        Croyez bien Guy que ne n’ai pas voulu vous faire dire ce que vous ne vouliez pas exprimer.

        Maintenant j’ai du mal à comprendre cette histoire de sentimentalisme: « je t’aime moi non plus » que vous tentez d’instituer sur le blog.

        Je n’ai jamais écrit que je ne vous aimais pas, ni que je vous aimais, cela est hors de propos.

        Lorsque des marins ont pris la haute mer sur la flottille de Magellan, la question des sentiments partagés devait être très secondaire. Ce que l’équipage demandait au mauvais coucheur Magellan, c’était de prouver que la terre était ronde, accessoirement de savoir faire le point, et de manière plus existentielle, faire en sorte à ne pas leur faire boire le bouillon et les ramener sain et sauf à bon port.

        Sur un blog nous discutons, nous devons essayer de le faire dans le plus grand respect de nos interlocuteurs.
        Nous sommes là, non pas pour nous faire des ronds de jambes et essayer de nous faire des amis, mais pour tenter de nous convaincre par des arguments, de la justesse ou non de nos propos.

        Ensemble nous essayons de nous élever à une compréhension commune de la chose publique. Nous sommes une flottille de prétentieux et de fous croyant possible de toucher la terre promise.

        Un Magellan avec nous ? Je crois que cela aiderez à grandir et rendre plus efficace la besogne que nous nous assignons. Encore faut-il préciser pour éviter toute interprétation qu’à mes yeux un Magellan, ce serait un groupe organisé d’avant gardistes, (« les amis du blog de Paul Jorion » ou « le groupe PORIOR » ou un autre ), qui parce qu’il aurait travaillé collectivement à fond les sujets qui nous interpellent et font l’objet de nos discussions, aurait bien souvent une réflexion plus aboutie et plus profonde vis à vis d’un intervenant isolé.

        Vous me dite que ce défaut « d’avoir le sentiment qu’on est inattaquable et se permettre de dire finalement un peu ou beaucoup n’importe quoi et son contraire. » n’est pas forcément gage de sérieux.

        Je suis bien d’accord avec vous, nous sommes tous en position de faiblesse lorsque nous sommes atomisés et que nous pensons seul dans notre coin.

        Vous par exemple, vous avez bien raison d’écrire, et je continue à vous en féliciter: « … Les embauches dépendent de « carnets de commandes », mais cette vérité, comme toute vérité d’ailleurs, est relative, parcellaire, et fausse en dernière analyse, puisqu’elle ne prend pas en considération ce qui ce dit et ce redit sur le blog, à savoir que l’emploi est grandement menacé par la robotique galopante de notre époque.

        Alors ne nous livrons pas à de méchantes Chicanes. Vous considérez que la politique de Mélenchon n’est pas abjecte, soit, mais n’essayez pas de caricaturer la pensée de ceux qui pensent différemment que vous.

      1. @ Charles

        Toujours un plaisir renouvelé à lire les tracts du front social.

        Il nous dit:

        « … Deux mois ont été perdus par des figurants jouant à négocier devant une table vide … »

        « … Faute d’orientation, de plan de bataille, cette opinion (celle de la base) ne se transforme que partiellement en mobilisations dispersées … »

        « … ce qui fait défaut c’est en haut … »

        Le problème c’est que le front social ne tire aucune conclusion logique de ce réquisitoire contre ces « joueurs », ces « figurants », ces « diviseurs », ces directions confédérales, qui transforment chaque jour un peu plus nos organisations syndicales en un frein absolu, alors que nos vieux les avaient construire patiemment pour être un ressort de nos actions de classe.

        Je ne doute pas que le front social est plein de bons jeunes et travailleurs combatifs, de bons syndicalistes, de bons militants d’extrême gauche, mais tout ce beau monde doit maintenant grandir et répondre aux questions qu’ils se posent eux mêmes.

        Qui demande timidement enseigne à refuser.

    1. @ Vigneron

      Avec toi on saura au moins que tu sais compter sur tes doigts .

      Mais la politique ce n’est pas de la tautologie, même élémentaire, c’est de la dialectique, mût par les forces contraires de chaque chose.

      Tu en es la parfaite illustration: brillant et bruyant en même temps.

      Le bruit ne fait pas de bien, et le bien ne fait pas de bruit !

      1. « Le bruit ne fait pas de bien, et le bien ne fait pas de bruit ! »
        Allez expliquer ça aux bulldozers qui vont venir raser votre avenir d’ici peu.

  2. Paris, 16h10. La manifestation bas son plein et défile au coeur de la ville. Les participants sont nombreux et ont tous l’air déterminés. A ce que je vois, toutes les générations sont représentées, et en particulier, beaucoup de jeunes ! Les ordonnances « scélérates » ont bien été débusquées – attaques généralisées. Par exemple : les CDI de chantier élargis aux projets (langue orwellienne, pour en fait qualifier des contrat à durée déterminés, limités à la duré d’un projet), à l’heure où les cadres (entre autres) sont de plus en plus nombreux à travailler en mode projet…. et bien d’autres choses….Vous avez dit plus d’emplois ?

  3. A mon avis, si vous cherchez à voir le début de quelque chose ce ne sont plus – et depuis longtemps déjà – dans les petits patouillages syndicaux, directions confédérales ou bases, qu’il faille les chercher, mais plutôt dans la participation au mouvement de certaines corporations-clés.

    Les routiers par exemple, qui plus que tous les autres réunis ces dernières années au moins, ont démontré à maintes reprises qu’ils savaient établir un rapport de forces durant leurs grèves, un vrai, en bloquant l’approvisionnement dans plus ou moins l’ensemble du pays pendant plusieurs semaines, c’est à dire en ne se contentant surtout pas de ce que j’appelle pour ma part les « merguez-parties », ces défilés placides réitérées 1 à 2 fois par mois jusqu’au l’endormissement terminal du mouvement.

    Autre exemple, encore plus significatif à mon sens, les grèves dans les forces de l’ordre. Rien n’est plus vraisemblablement craint par un pouvoir que d’être remis en cause par son propre bras armé, ou si ce n’est pas le cas, ça devrait. Or les signes se multiplient depuis le début de ce mandat qu’on y vient lentement mais surement. Depuis la démission d’un chef d’Etat major au début du quinquennat jusqu’à la grève des CRS aujourd’hui même, ou encore l’appel d’un syndicat policier à prendre place dans le cortège de tête, on ne manque pas d’indices qu’effectivement, quelque chose pourrait bien se passer, qui pourrait d’ailleurs éventuellement dépasser le simple cadre d’une lutte sociale gagnante.

    Ce dont je suis persuadé en tout cas, c’est que si quelque chose se passe vraiment, ce ne sera certainement pas du fait des syndicats français qui ont démontré depuis trop longtemps leur inaptitude fonctionnelle.

    1. Les facs parisiennes préparent le combat

      La plupart des universités parisiennes ont ré-ouvert leurs portes : amphithéâtres pleins à craquer et manque de professeurs rythment ce début d’année. Coupes budgétaires sur les universités, loi Travail XXL et baisse des APL, les raisons ne manquent pas d’être en colère. D’ors et déjà sur les facs, on prépare la rentrée sociale et la mobilisation de jeudi prochain.

      https://blogs.mediapart.fr/jean-marc-b/blog/210917/21-septembre-les-facs-parisiennes-preparent-le-combat

      1. @Charles

        Ça fait 40 ans au bas mot que les motifs d’une légitime colère se multiplient, et pour autant personne n’a su jusqu’à présent faire changer de cap à la clique au pouvoir, comme quoi la colère ne suffit sans doute pas.

    2. @Dissonance

      « …participation au mouvement de certaines corporations-clés.
      Les routiers par exemple, qui plus que tous les autres réunis ces dernières années au moins, ont démontré à maintes reprises qu’ils savaient établir un rapport de forces durant leurs grèves, un vrai… »

      Que les directions confédérales CGT et CGT-FO optent pour la tactique de grèves par procuration, en lieu et place d’une massive manifestation centrale à Paris et à l’Elysée, soit.

      Mais il faudra qu’ils assument les conséquences de ce choix dans l’éventualité où l’affaire tournerait cochon.

      Une fois de plus comparaison n’est pas raison, et il est absurde d’essayer de comparer le mouvement de blocage des raffineries qui se prépare, avec celui du printemps 2016.

      Au printemps 2016, nous avons évité le pire, et nos camarades envoyés par les bureaucrates en franc-tireurs sont sortis finalement indemne de la confrontation d’avec Valls, uniquement du fait que nous étions en fin de mandature, mandature socialiste qui plus est, et que ce mouvement de blocage s’inscrivait dans une lutte plus large, faisons allusion par exemple à la montée sur Paris d’un million de manifestants pour le retrait de la loi El Khomery.

      Cette fois ci nous ne sommes plus dans la même conjoncture politique.

      Si le président Hollande, qui hésitait encore à se représenter, battait des records d’impopularités, et à ce titre ne cherchait pas trop à être responsable d’un incident sur les barrages, appelait le gouvernement à la réserve, qu’en sera-t-il cette fois si avec le tout nouveau et populaire président Macron ?

      Si l’ensemble de la population française fit preuve d’une patiente d’ange devant les stations essence fermées, nourrit par la haine qu’elle avait de ce gouvernement et de sa politique, en sera-t-il de même cette fois ci ? Le corps électoral ayant porté au pouvoir régulièrement le pouvoir en place, l’extrême droite en pleine réorientation droitière, la droite se radicalisant elle aussi, l’ensemble de cette population rendue hystérique par des médias qui seront chauffés à blanc contre les « fainéants » bloqueurs, comment tout cela va-t-il finir ?

      Alors non, cette intention d’avoir des velléités de faire bloquer le pays par une minorité agissante ne me semble pas une très bonne idée. Je vois là plus une fuite en avant de la part de ces directions confédérales, qui espèrent sans doute par cette manœuvre, dangereuse pour nos camarades sur le terrain, masquer leur opportunisme initial.

      L’aventurisme est la face opposé de l’opportunisme, toujours !

  4. Oui, vous avez bien noté…..il manquait bien quelque chose à la manifestation. Pas les cordons de polices habituels, pas de CRS – Après avoir interrogé quelques policiers en place (peu nombreux), en effet ils sont en grève (tout fout le camp…!).

    1. @ Emmanuel

      « …en effet ils sont en grève… »

      Les CRS n’étaient pas en grève ils étaient en arrêt maladie concerté.

      Et pourquoi ces messieurs manifestaient leur humeur en plombant un peu plus les comptes de la sécu ( imaginez un autre groupe de fonctionnaires qui se vanterait de ce type d’action, il serait immédiatement stigmatisé ), parce qu’ils considèrent que face à la guérilla urbaine ils sont entravés. Ils revendiquent le droit de tuer.

      Il ne me semble pas dans ces conditions utile de leur apporter notre soutien de classe.

  5. Les grands connauds de l’ultra gauche (les grands connards c’est de l’autre côté) revendiquent sur Indymedia.org les attentats contre les gendarmeries de Grenoble et Limoges et menacent d’attaquer à nouveau…
    Un jour de manif et à la veille du procès de leurs potes Bernanos and Co, qui vont l’avoir dans l’os.

  6. Tôt ou tard, la réforme du travail touchera de plein fouet le s jeunes: sont-ils bien représentés dans cette manif? C’est pour moi un élément essentiel, les étudiants doivent être absolument de la partie également. Qu’en est-il?

    1. Avec le boxon de l’Admission Post Bac de cette année et les amphis-poubelles plein à craquer, s’ils ne bougent pas on sera en droit de se poser des questions.

      1. @ arkao

        « … s’ils ne bougent pas on sera en droit de se poser des questions… »

        Ce n’est pas aux étudiants qu’il faut poser des questions, c’est aux jeunes bureaucrates de l’UNEF.

        Pourquoi ceux ci collent-ils aux journées bousilles des directions confédérales ? Pourquoi ne dénoncent-ils pas le syndicalisme de collaboration de classe ? Sans doute parce que la flagornerie et l’obéissance ne sont pas une question d’âge.

        Trotsky jadis dénonçait les jeunes bureaucrates staliniens en ces termes.

        « … L’enseignement et la vie sociale des écoliers et des étudiants sont profondément pénétrés de formalisme et d’hypocrisie. Les enfants ont appris à participer à quantité de réunions où l’on étouffe d’ennui, avec leur inévitable présidium d’honneur, leur encensement des chefs aimés, leurs débats conformistes étudiés à l’avance pendant lesquels, tout comme chez les adultes, on dit une chose et l’on en pense une autre. Les cercles d’écoliers les plus innocents, s’ils tentent de créer une oasis dans ce désert, s’attirent de cruelles mesures de répression. La Guépéou intervient à l’école dite « socialiste » pour y introduire par la délation et la trahison un terrible élément de démoralisation… » etc .

        Et pourtant, si il y a bien un secteur où ils est possible d’initier des comités de grève et une coordination -démocratique- et -révolutionnaire- ( non pas comme une direction parallèle à l’UNEF, mais comme son prolongement et à son initiative), c’est bien dans les universités, mais de jeunes bureaucrates zélés et propres sur eux de l’UNEF, veillent à ce que cela ne se réalise pas.

        Tous ensemble, tous ensemble, derrière le moustachu Martinez.

        Le reste est diablerie !

      2. @Eninel

        Ne pas compter non plus sur les jeune bureaucrates de la FAGE, devenue majoritaire il parait (mais avec un taux de participation aux élection bien faiblard)
        Non, mon interrogation c’est justement est-ce que ça va bouger en dehors de ce cadre là.

  7. Bonjour,élu DP CFDT depuis 18 mois je confirme la défiance totale de ces ordonnances.Le faible niveau de syndicalisation dans mon entreprise reste un drame pour le respect du droit.Pas une semaine ne passe sans que je pense à démissionner de mon mandat,en tout cas pour l’heure, ce sera le seul.Je laisserai à d’autres, plus combatif que moi sûrement, le soin de se friter à la direction qui à toujours raison,qui fait l’impasse sur la santé,la sécurité,l’organisation.
    j’en garderai une expérience,simple expérience des hommes au travail qui dit tout de nos sociétés sans avenir où la langue d’Orwell à toute sa place où le non sens fait parti du quotidien…Merci pour vos lecture.

    1. Tu sais l’ouvrier,quand une bouteille se remplit,ca semble prendre du temps,mais quand ca arrive au goulot ca s’accélère et bientôt ca déborde,gardes ton poste de syndicaliste,bientôt ca arrivera au goulot et tu seras reconnu ,meme par ceux dont tu désespères aujourd’hui.

  8. Avec ces nouvelles lois en Europe concernant la libéralisation du « marché » d’emploi (ou d’esclaves d’un nouveau genre), je pense au « one-hour-contract » en Angleterre par exemple ou d’autres gourmandises néolibérales dans ce contexte, on se demande comment un jeune qui n’est diplômé en médecine ou d’une « grande » école peut encore plannifier son avenir. Je pense que le taux de natalité baissera, comme c’est déjà le cas en Italie, une suite de la précarisation de la vie.

  9. Syndicaliste CGT et ancien secrétaire de CHSCT je suis en colere contre ce texte, les decisions principales de ces 4 mois de gouvernement et en meme temps désabusé par la situation d’opposition a cet l' »ultraliberalisme ».
    Sur le projet de loi de Reforme du code du travail, en colère parce que si le but est d’aider les petites boites alors autant les cibler réellement via des règles spécifiques. Par ailleurs chanter les louanges de l’Allemagne et des pays scandinaves sans donner aux représentants des salaries des voies suffisantes dans les CA des entreprises s’est se moquer des gens (il y a quand mème Piketty pour le rappeler alors que la CFDT a bouffé son chapeau). Et s’ils veulent la simplification dans les instances représentatives du personnel, alors autant supprimer les DP. Mais pas les CHSCT.
    En colère aussi contre cette pseudo opposition, celle des procès et des purges de Philippe Rideau au nom de « l’assimilation de LA VÉRITÉ ».
    En colère contre un combat d’arrière-garde vu la fragmentation syndicale et parce qu’avec seul Melenchon comme opposant audible, Philippe et Macron peuvent dormir tranquille.
    En désespoir d’une opposition unie porteuse d’un vrai projet (quoi, et surtout COMMENT)
    PS1: adorateurs de Phi, passez votre chemin.
    PS2: il me reste le maigre espoir de lecture des 20 dernières pages de « Vers un nouveau monde »

    1. @ Arnaud
      « … En colère aussi contre cette pseudo opposition, celle des procès et des purges de Philippe Rideau au nom de « l’assimilation de LA VÉRITÉ … ».

      Camarade, tu diriges injustement ta colère contre moi, alors même que je tente d’apporter une réponse aux questions que tu te poses:
      « … En désespoir d’une opposition unie porteuse d’un vrai projet (quoi, et surtout COMMENT… »

      Mais n’est ce pas une singulière conception de la démocratie syndicale a considérer comme une « purge » un changement de direction ?
      Et pour qu’un changement de direction, suite à une mise en minorité des sortants, soit juste, qu’est ce qui l’y a de plus équitable qu’un procès ?

      Avons-nous encore le droit aujourd’hui de demander la tête de nos dirigeants, ( si vous vouliez que nous parlions de purges, parlons plutôt de ces directions confédérales n’ayant pas hésité à exclure des fédérations entières ), où sommes nous condamner à être comme dans l’ancien régime les sujets d’un roi inaliénable et indéboulonnable ?

  10. Je reformule un peu la remarque postée dans le précédent billet de Philippe Rideau, ou plutôt je décline une fois encore sur le thème des paradoxes émaillant les idéologies de gauche, à savoir : Les organisations de gauche (vraiment de gauche s’entend, j’exclus ainsi d’emblée ce qui se rapporte de près ou de loin au P.S.) seront-elles un jour capables de sortir de cette schizophrénie de longue date consistant d’un côté à dénoncer systématiquement le capitalisme et de l’autre d’en défendre bec et ongles l’un des principaux modes opératoires, à savoir l’emploi (ce qui inclut tout aussi bien les partis politiques que les syndicats, et pas seulement leurs instances dirigeantes)?

    Quoi qu’on puisse penser par ailleurs des travaux de Bernard Friot, on peut au moins lui reconnaître le mérite (immense à mon sens) de clarifier pour de bon la nécessaire distinction entre emploi et travail (l’un est la forme subordonnée à un capital de l’autre), ouvrant la voie à la production d’une idéologie de gauche au minimum largement dépoussiérée, au maximum complètement nouvelle.

    L’incapacité presque chronique des syndicats à mener victorieusement les luttes sociales ne s’explique-t-elle pas au moins autant par cette contradiction idéologique majeure de la défense de l’emploi à tout prix que par l’hypothèse de traîtrises et autres complots?

    Me rappelant d’une remarque de Lordon à propos du traitement de la crise des subprimes par les media, je me demande à quel point cette recherche préalable des responsables d’un échec annoncé ne serait pas le moyen par excellence de ne pas être désigné comme responsable (« pointer du doigt c’est au moins la certitude d’être du bon côté du doigt » disait-il à l’époque), et aussi à quel point ce genre de démarche peut nous éloigner pour longtemps d’une analyse pertinente de la situation.

    1. @ Dissonance
      « …Je me demande à quel point cette recherche préalable des responsables d’un échec annoncé ne serait pas le moyen par excellence de ne pas être désigné comme responsable (« pointer du doigt c’est au moins la certitude d’être du bon côté du doigt …»

      Sus aux dénonciateurs, aux procureurs, aux accusateurs publics, pour une querelle n’allons pas au tribunal, ni pour la moindre soif au cabaret !

      De toute façon l’absinthe devient avec le temps plus douce que le miel, alors comme le disait Coluche: « serrez-vous encore un peu la ceinture, et après vous aurez l’habitude ! »

      Mais camarade Dissonance, je considère comme parfaitement légitime qu’un travailleur, qu’une petite main syndicaliste, demande des comptes à ses représentants politiques, comme un client ira demander des comptes à un artisan, si il y une mal façon dans les travaux réalisés, comme Madame Machin rapportera au marché des poireaux pourris …

      Cela s’appelle avoir une opinion politique, une conscience de classe, cela s’appelle être citoyen dans la cité.

      Vous me mettez à l’index parce que je me montre inflexible quant à la conduite des responsables ouvriers, mais c’est peut-être comme le disait Robespierre que je suis plein de compassion pour la misère ouvrière. Qui ménage le loup condamne la brebis !

      Pointer du doigt c’est au moins la certitude d’être du bon côté du doigt, écrivez-vous, certes, mais n’est ce pas le seul luxe dont peuvent se prévaloir les incorruptibles ?

      Sur le tableau de David « la mort de Marat », il est écrit: « … n’ayant pu me corrompre, ils m’ont assassiné … ».

      Comme quoi il y a un certain courage et même de la noblesse d’âme, à dénoncer les puissantes mafias, cela ne va pas sans risque.

      J’ai derrière moi quarante années d’activités politiques et syndicales, je vous mets au défi de trouver dans mes activités une entorse au principe que je défends sur ce blog. Que quelqu’un vienne m’accuser, je saurai quoi répondre croyez le bien, sans rougir de mes actes qui ont été toujours au service de ma classe sociale et de son émancipation sociale.

      Lorsque un homme vous indique une direction avec sa main, ne faites pas comme les imbéciles à ne regarder que son doigt !

  11. Quand le « Figaro » joue à se faire peur et étale aux yeux de tous son incurie magistrale aussi bien des points de vues historique, idéologique que politique.

    La grande, l’immense différence entre Lénine et Mélenchon, c’est que le premier et pacifiste (défaitisme) et internationaliste, alors que le second est belliqueux et nationaliste.

    Le discours dominant de Mélenchon consiste à dire que aussi bien Sarkozy que Hollande, Macron aujourd’hui, n’ont pas su défendre correctement les intérêts de la France vis à vis de l’Allemagne.

    Lui il se présente comme celui qui saura sortir de la soumission et porter haut les couleurs de l’impérialisme français.

    Lénine appelait les soldats russes à arrêter la guerre contre l’Allemagne , si Kerensky a perdu le pouvoir c’est uniquement du fait qu’il voulait continuer à envoyer à la mort des millions de russes pour le compte des banques françaises et anglaises.

    Mélenchon lui veut que la pays et les travailleurs français rentrent en guerre contre l’Allemagne. Il cherche un appui populaire et patriotique dans le pays afin d’avoir la force de tordre le bras de Merkel, Mais ce mouvement il le développe dans le capitalisme, certainement pas au nom du socialisme, il le fait donc pour le compte des banquiers français et de l’impérialisme français.

    Lénine aurait été un irréductible ennemi de Mélenchon et sa politique porteuse de guerre impérialiste.

    Maintenant l’interview sur-réaliste des « dada » du Figaro, voyant dans la révolution citoyenne de la FI un rapport avec la révolution bolchévique:

    « … Pourquoi la stratégie de Mélenchon ressemble à celle de Lénine en 1917
    (Par Vincent Tremolet de Villers Mis à jour le 22/09/2017 . Le Figaro.)

    FIGAROVOX.- Vous avez écrit un livre sur l’année 1917. Peut-on considérer que le mouvement mené par Lénine cette année-là puisse inspirer Jean-Luc Mélenchon. Existe-t-il des correspondances?

    Jean-Christophe BUISSON.- Militant trotskiste dans ses jeunes années, Jean-Luc Mélenchon connaît sur le bout de des doigts les détails de la révolution russe de 1917. Je ne peux pas croire qu’il ne soit pas hanté, en cette période où on commémore le centenaire du coup d’Etat bolchevik, par la manière dont Lénine (flanqué de Trotski pour l’aspect militaire) a réussi à s’emparer du pouvoir politique au gré de circonstances qu’il a en partie favorisées. Ces circonstances, quelles sont-elles? Durant l’hiver 1917, un vaste mouvement dégagiste naît en Russie: fatigue de la guerre et rébellion contre un commandement souvent incompétent et brutal (le pays compte près d’un million de déserteurs, d’«insoumis» refusant de continuer à servir sous les drapeaux impériaux), rejet d’un système politique autoritaire à bout de souffle, désir de changement réel, notamment dans les campagnes où prévaut une organisation quasi féodale, etc. Ce mouvement se cristallise en février-mars 1917 avec des manifestations populaires qui aboutissent au renversement de la monarchie russe. Lui succède un gouvernement provisoire qui maintient la révolution à un niveau «dantonien»: des terres sont redistribuées, un vaste assouplissement des institutions est organisé, la Russie maintient ses alliances militaires traditionnelles en continuant à faire la guerre aux empires centraux aux côtés des Alliés, etc. La révolution à petits pas, en quelque sorte. Or, pendant ce temps, que fait Lénine, dont tous les écrits montrent qu’il est obsédé par la figure de Robespierre et convaincu que seule une violence extrême peut accoucher d’un monde nouveau? Via les soviets de soldats, d’ouvriers et de paysans, les responsables bolcheviks harcèlent le gouvernement et encadrent les mécontentements sociaux. On est alors un peu dans la France de l’été 2017… Lui-même, qui avait dit récemment craindre de ne pas voir de son vivant une révolution, revient en Russie grâce à la bienveillance des Allemands et s’installe comme premier opposant au pouvoir réformiste en place en prônant une véritable révolution, considérant que le régime en train de se mettre en place ne va pas assez loin dans le changement.
    Via les soviets de soldats, d’ouvriers et de paysans élus au printemps, les responsables bolcheviks, quoique minoritaires dans le pays (le parti ne compte que quelques milliers d’adhérents), harcèlent le gouvernement et encadrent les mécontentements sociaux qui se font jour dans le pays. On est alors un peu dans la France de l’été 2017…

    En quoi la terminologie de la France Insoumise rappelle celle de 1917 en Russie?

    La violence de la terminologie, que relate dans ses détails Stéphane Courtois dans sa biographie éblouissante de Lénine, «inventeur du totalitarisme», est connue. Elle se résume en quelques idées qui sonnent avec une certaine familiarité à nos oreilles. Il est temps pour le peuple, dit-il, de « déferler » dans toute la Russie pour en finir avec le gouvernement provisoire bourgeois. Le but est de « conquérir le pouvoir » – par la force, s’il le faut. Selon lui, la légitimité démocratique (sinon électorale) née de la révolution de février-mars doit céder le pas à celle de la rue, qui se manifeste quotidiennement dans des manifestations encouragées par les bolcheviks contre la faim, la guerre, les inégalités sociales, etc. Il est temps pour le peuple, dit-il, de «déferler» dans toute la Russie pour en finir avec le gouvernement provisoire bourgeois. Le but est de «conquérir le pouvoir» – par la force, s’il le faut. Selon Lénine, il y a eu une sorte de confiscation de la révolution qui n’a pas tenu ses promesses sociales. Un «coup d’Etat social» , en quelque sorte…
    Au-delà des vocabulaires qui se ressemblent, les situations sont tout de même extrêmement différentes. Est-ce que votre analogie n’est pas un peu forcée? Comparaison n’est pas raison mais observons de près les choses et acceptons d’être un peu troublés.
    L’homme qui a accédé au pouvoir après la révolution dégagiste de février-mars 1917 s’appelle Alexandre Kerenski. Il n’a pas 40 ans, vient de la société civile (il est avocat), séduit les foules par sa jeunesse, sa beauté, son charisme, son aisance oratoire, son romantisme, son talent à se mettre en scène. Une fois nommé à la tête du gouvernement provisoire (après avoir fait partie du gouvernement précédent…), au début de l’été 17, il s’applique à réformer le pays mais en se refusant à un extrémisme socialisant. Au point que les membres du parti KD (constitutionnel démocrate), de centre-droit, le soutiennent parfois.
    De l’autre côté de l’échiquier politique, que se passe-t-il? A la tête d’un mouvement, je le répète, très minoritaire, Lénine suit une stratégie qui peut paraître étonnante: pas d’ami à gauche. Plutôt que de s’attaquer frontalement à Kerenski, il n’a de cesse d’attaquer les rivaux de son propre camp (mencheviks, socialiste-révolutionnaires, etc) et de refuser toute alliance avec ceux que son ami Trotski, dans une formule célèbre vouera bientôt à «finir dans les poubelles de l’Histoire». Son objectif? Etre le seul à incarner une véritable opposition à Kerenski. Lénine est persuadé que celui-ci va devenir impopulaire par sa politique et sombrer dans une forme d’hubris qui détournera ses admirateurs de février de leur passion initiale. Et c‘est ce qui arrive. Ivre de son pouvoir, Kerenski multiplie les fautes. La plus remarquable: chasser brutalement de l’état-major de l’armée son chef, le général Broussilov – coupable de ne pas lui avoir envoyé une garde digne de son nom à la descente d’un train. Quand celui-ci (Mélenchon) passe son temps à tancer ses concurrents à gauche (Hamon Laurent, etc), il est pour moi dans une stratégie très léninienne. On peut imaginer que Mélenchon trouve dans toutes ces anecdotes certaines analogies avec la situation actuelle. Quand celui-ci passe son temps à tancer ses concurrents à gauche (Hamon Laurent, etc), il est pour moi dans une stratégie très léninienne.

    Quel est l’objectif de cette stratégie?

    D’abord, faire en sorte qu’il soit le seul adversaire digne de ce nom du pouvoir en place. La droite étant en pleine (et pénible) réorganisation, l’extrême-droite en train d’exploser, il ne lui restait qu’à imposer son leadership (fût-il provisoire) à gauche: c’est fait. Susciter une agitation sociale dans tous les secteurs de l’économie (fonctionnaires, retraités, ouvriers, jeunes, etc.) sans qu’il en apparaisse forcément l’organisateur: c’est fait – même si sa tentative de prendre le contrôle du syndicat étudiant UNEF il y a quelques semaines a échoué. Attendre que les mouvements de révolte sociale et syndicale coagulent et suscitent un rejet du gouvernement, créant les conditions d’une prise de pouvoir dans un minimum de violence (ce qui fut le cas en octobre-novembre 1917, n’en déplaise aux historiens marxistes décrivant la prise du Palais d’Hiver en geste héroïque quand elle n’aura mobilisé que quelques centaines de combattants, le pouvoir étant tombé alors comme un fruit mûr), ce n’est certes pas fait. Mais c’est sans doute le rêve de Mélenchon, 66 ans, qui n’a sûrement pas envie d’attendre quatre ans pour diriger la France. N’at-il pas lui-même dit qu’il ne se représenterait pas en 2022 à l’élection présidentielle? En ce cas, comment compte-t-il accéder au pouvoir suprême sinon au bénéfice d’une situation de type de celle de la Russie de l’automne 1917? … »

    Notez bien camarades ce point souligné par l’auteur de ce papier:

    « … Durant l’hiver 1917, un vaste mouvement dégagiste naît en Russie: fatigue de la guerre et rébellion contre un commandement souvent incompétent et brutal (le pays compte près d’un million de déserteurs, d’«insoumis» refusant de continuer à servir sous les drapeaux impériaux … »

    Par définition donc, un véritable insoumis refuse de continuer de « … servir sous les drapeaux impériaux … « .

    Alors pourquoi Mélenchon s’entête-t-il a imposer le drapeau tricolore à la Bastille ? Pourquoi veut-il soumettre les travailleurs français à une idéologie porteuse de guerre à croire Jaurès ?

  12. « Dans toute la sphère d’activité de la société, il est parfaitement admis qu’il n’y a plus de place pour l’incompétence et la défaite »

    Notre plus gros problème social vient de ce fantasme de gestion par objectifs (et la méritocratie qui l’accompagne) qui se prétend rationnel et universel.

    Aux inquisiteurs qui prônent cette inféodation aux objectifs chiffrés, (nos maitres actuels), qui augure et conditionne notre future obéissance aux algorithmes intelligents (nos maîtres futurs), les gens de rien, les sans dents, les sans costards, les sans rolex, les révoltés, les bousillés, les pères la défaite, les border-line, les oubliés, les analogiques, dont les rangs, indéniablement, grossissent, souffrent majoritairement en silence

    Quand vous vous rendrez compte d’une adhésion décroissante à ce discours qui norme votre « réalité » fantasmatique et numérique mais qui n’est, somme toute, qu’un « discours de classe », il sera bien trop tard pour calmer les guerres civiles allumées par votre doxa « mainstream » clivante entre « winners » et « loosers »

    1. Pour résumer: l’humanité n’est pas constituée de robots, dont on pourrait se débarrasser des éléments jugés défectueux. A moins que cela soit spécifié dans un programme politique (ce qui a existé et nous n’en sommes jamais très loin)

  13. « Jean-Luc Mélenchon scande « résistance »

    Le leader de la France Insoumise se tient en tête du cortège des luttes aux côtés de Benoît Hamon. Ne manquant pas de souffle, Jean-Luc Mélenchon scande le slogan « résistance » à plein poumon, les bras levés. » (figaro)

    Merci, merci beaucoup à Mélenchon et à la France insoumise de retirer le point d’interrogation à ce billet.

    Nous sommes bien face à quelque chose, et ce quelque chose c’est l’alignement final et terminal, leur élimination dans le paysage politique, des Benoit Hamon et des Pierre Laurent (pour ne parler que d’eux ), sur la ligne populiste de notre camelot national.

    Oh Hamon peut bien faire le poète et se justifier en évoquant Aragon: « Quand les blés sont sous la grêle. Fou qui fait le délicat. Fou qui songe à ses querelles. Au cœur du commun combat. »

    Oh Laurent peut bien parler de lui à la première personne du singulier, et faire croire qu’il existe encore: « C’était important pour moi de venir au début de la marche des Insoumis. J’espère que nous serons capable de construire une riposte unitaire (…] Jean-Luc a son franc-parler, moi aussi ».

    Politiquement ils accompagnent Mélenchon, et avec lui prennent les ouvriers à la Bastille pour les amener vers là où la bourgeoisie veut les voir désormais: sur la place de leur République.

    Jean-Luc Mélenchon peut bien scander le slogan « résistance » à plein poumon, les bras levés, à leurs oreilles, les Hamon et les Laurent ne comprennent même plus le sens de ce mot !

    Fou qui fait le délicat. Fou qui songe à ses querelles. Au cœur du commun combat, nous dit Hamon, histoire de nous faire comprendre que son combat c’est de nous détourner du combat contre les ordonnances, et servir la soupe à Mélenchon !

    Fou qui fait le délicat. Fou qui songe à diviser nous dit Laurent, qui même si sa bouche est pleine du mot unité: « J’espère que nous serons capable de construire une riposte unitaire « , nous prouve en venant seul dans ce cortège, qu’il n’est même plus capable de trouver l’unité dans son parti et chez les communistes !

    Voudrait-ils résister ces dirigeants ouvriers, qu’ils interpellerait notre populiste et lui demanderait si d’ici quelques minutes, sur sa place de la République fétiche, il a l’intention d’exiger des directions des organisations syndicales de rompre d’avec le gouvernement Macron-Philippe, et de proposer d’appeler avec elles à une grande et massive manifestation centrale à l’Elysée, pour exiger le retrait pur et simple des ordonnances.

    Faute de quoi nous pourrons considérer que ces messieurs sont constant, hier durant les élections, aujourd’hui dans la rue, dans leur politique consistant à détruire méthodiquement le mouvement ouvrier: cachez ce drapeau rouge que je ne saurai plus voir !

    Faute de quoi on pourra considérer qu’un certain nombre d’andouilles, se laissant embobiner comme des bleus par un marchand de sable et ses porteurs de seaux, ça reste des andouilles !

    Mais merci, merci beaucoup à Mélenchon. La situation politique se clarifie à la vitesse de la lumière.

    Pour un ouvrier ayant une tête sur les épaules, aujourd’hui comme seule alternative, il ne reste que le populisme, fauteur de guerre, même pas capable d’articuler « retrait », et le communisme, le trotskysme, ouvrant les yeux des travailleurs, même à contre courant !

    Résistance ! Contre la tentative de la bourgeoisie française de faire main basse sur le mouvement ouvrier !

    http://socialisme.free.fr/

    1. à Eninel,23-9-2017,11h30
      Je tends à penser comme arkao.Et je reviendrai plus tard
      sur ce que vous avez écrit antérieurement.Mais,pour
      l’heure,je vous fais la question suivante:vous avez évoqué
      le « Groupe PORIOR ».Ignorant de quoi il s’agit,j’ai cherché
      sur la Toile et n’ai rien trouvé.(si ce n’est un groupe de
      l’agro alimentaire suisse appelé ORIOR).Pouvez-vous me
      dire comment m’informer correctement sur ce qui semble vous tenir à coeur? A l’avance merci.

      1. @ devillebichot guy

        http://socialisme.free.fr/

        Pour ce qui concerne cette puérile histoire de jalousie, faut-il que vous soyez à cours d’arguments.

        Dans notre combat pour la construction d’un
        Parti Ouvrier Révolutionnaire
        une
        Internationale Ouvrière Révolutionnaire

        Quant a Mélenchon et son combat, se résumant à des bla bla, allez les gens, résistance, on se revoit aux prochaines élections (fin de son discours à République), inspire plus de la pitié que de la jalousie.

        Il y a entre la jalousie et l’émulation le même éloignement qu’entre le vice et la vertu !

    2. @ arkao

      Et vous, n’êtes-vous pas tout simplement jaloux de Eninel ?

      Allez Arkao, vous valez mieux que ça. Et si on se mettait à se tutoyer ?

      Moi c’est moi et toi t’es toi !

      1. @ Eninel
        Les trotskistes ont ceci en commun avec les libertaires le fait que quand un groupe comprend plus de 10 personnes, il y a dissensions et scission, chacun se revendiquant les plus purs par rapport au dogme originel.
        Vous ne m’enlèverez pas de la tête l’idée que derrière ce verbiage révolutionnaire sourdent de vieilles rancœurs datant des années 70/80. Si comme vous je ne partage pas l’inflexion nationaliste du discours mélenchonien (mais que je comprends comme une tactique – évidente pour qui a lu Todd), je soupçonne un règlement de compte envers d’anciens camarades lambertistes (félons ?) composant sa garde rapprochée.
        Mélenchon est en train de tenter quelque chose qu’aucun groupuscule trotskiste n’a jamais réussi à réaliser, la convergence des luttes. Le PCF est en train de faire allégeance et le NPA n’en est pas loin.

      2. à Eninel,24-9-2017,11h53
        OK,j’ai compris.Pour vous,le renvoi à « Combattre pour
        le socialisme » intégrait l’information « Groupe PORIOR »
        ce qui,en ce qui me concerne,n’avait aucune évidence,
        et était même redondant….Cette revue est tout à fait
        intéressante:elle semble prêcher pour l’unité…En revanche,centré sur les « ouvriers »,le « groupe » me
        semble trop restreint.J’aurai l’occasion d’y revenir
        mais il m’apparaît évident que le combat « pour le
        socialisme » n’intéresse pas que les « ouvriers »,non?

      3. @ @ devillebichot guy

        « mais il m’apparaît évident que le combat « pour le
        socialisme » n’intéresse pas que les « ouvriers »,non? »

        A priori le socialisme semble n’intéresser plus personne, puisque Mélenchon (et tant d’autres) n’en parle plus : – )

  14. Il y a longtemps que je n’étais venu sur ce blog et j’ y retrouve toujours les mêmes onanistes du cerveau en train de violenter des coléoptères en plein vol en exultant en vibrant flicage de Mélenchon. Bref du tournage en rond rond sans aucun intérêt. Je reviendrai voir dans six mois où vous en êtes, Sûrement une manifestation de mon incommensurable confiance en l’ être humain

  15. @ arkao

    « Les trotskistes ont ceci en commun avec les libertaires le fait que quand un groupe comprend plus de 10 personnes, il y a dissensions et scission, chacun se revendiquant les plus purs par rapport au dogme originel. »

    Ce revendiquer de l’orthodoxie d’un courant politique, et en cela dévoiler d’autres groupes mettant de l’eau dans leur vin, au point qu’à un moment il n’y a pas plus de vin (par exemple le NPA aujourd’hui ), cela pour moi n’est pas vain.

    Que cela entraîne des « dissensions et scission » , inévitable, c’est malheureux parce que l’on peut considérer que c’est contre-productif.

    Encore que pour un marxiste la ligne sera toujours privilégiée par rapport à l’unité du mouvement. Tu me parles de courant libertaire, regardons alors avec quelle constance Marx a voulu clarifier les choses vis à vis d’un Bakounine. Cela a-t-il été un obstacle à la révolution d’octobre ? Non.

    Alors va pour les dissensions et scissions dans le mouvement ouvrier, à partir du moment où elles ne sont pas sans principe , et qu’ elles élèvent la pensée révolutionnaire, la conscience de classe.

    Maintenant ne soyons pas trop sévère dans notre jugement avec nos anciens quant à ces scissions à répétition : LCR/PCI , OCI-PCI/ MPTT , Le groupe Just éclaté dans deux trois autres groupes, dont celui dont je fais allusion ( je ne milite pas dans ce groupe d’ailleurs ) etc .

    Les trotskystes ont subit des pressions fantastiques dans leur histoire, qu’aucun autres courants politiques n’a pu connaître. L’existence du groupe « Combattre pour le socialisme », prouve que ces communistes révolutionnaires ont su résister et rebondir. Ils existent et c’est bien là l’essentiel.

    Tu crois que : « …Mélenchon est en train de tenter quelque chose qu’aucun groupuscule trotskiste n’a jamais réussi à réaliser, la convergence des luttes… »

    Mais est ce bien à lui de réaliser cette besogne, la priorité d’un parti politique est-il d’unifier les luttes où bien plutôt de leur donner leurs raisons d’être, leur caractère, leur sens ?
    Le « tous ensemble, tous ensemble » suffit-il à faire descendre en masse dans la rue les travailleurs ? Non. Les travailleurs posent la question légitime de savoir : pour quoi faire ?
    Mélenchon leur dit : « pour taper sur des casseroles, en attendant qu’il y ait des futures élections ! ».
    N’est ce pas là intrinsèquement les limites de l’exercice du discours creux de Mélenchon hier sur la place de la République.

    A-t-il formulé le but de guerre: « retrait pur et simple et immédiate des ordonnances  » ? Non.

    A-t-il proposé une tactique de lutte (autre que son incantation à l’unité) susceptible de nourrir le débat dans la classe ? Non.

    Il nous parle d’une manifestation d’un million sur les Champs Elysée, mais pourquoi « champ » ? Cherche-t-il a protéger le locataire de l’Elysée ? Veut-il nous faire croire qu’en manifestant devant l’assemblée nationale, place de la Concorde, en bas des Champs Elysée, nous réussirions à infléchir le vote des députés « en marche » ? J’ai cru comprendre cela hier. Est ce sérieux ?

    Aussi Mélenchon peut bien  » tenter quelque chose », les trotskystes, sans même parler des travailleurs qui sont loin d’être des demeurés, lui répondront que si ce quelque chose, même si il est unitaire, nous conduit dans un mur, comme lui et ceux qui dirigent le mouvement ouvrier depuis quarante ans en ont pris la fâcheuse habitude, ce quelque chose il pourra le mettre là où je pense !

    Si Mélenchon est là pour nous faire du blabla, et nous inviter à l’accompagner avec des casseroles, parce qu’il ne veut pas appeler un chat un chat, et un dirigeant syndical collabo et diviseur, un traître au intérêt historique et immédiat du prolétariat, qu’il passe la main !

    Où alors il s’exposera à la critique parce qu’à un moment il y aura bien un courageux dans la classe qui le dénoncera pour ce qu’il est:

    Un opportuniste politique, radical bourgeois populiste et nationaliste, en un mot une nuisance !

    A mon avis c’est aux confédérations ouvrières, celles qui se réclament « unitaires » et de « classes », de travailler à l’unité d’un mouvement de contestation des salariés.

    Si cela ne ce fait pas spontanément, c’est alors le rôle du parti d’expliquer aux travailleurs pourquoi les chefs syndicaux génèrent de la division, pourquoi ils ménagent l’Élysée, et comment il faut s’y prendre pour que cela cesse.

    Tout anarchiste que tu es, et si tu veux rester fidèle à la pensée de Bakounine (lui n’était pas un traître et un camelot), cela devrait être ton job !

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