L’actualité de demain : L’HYDRE N’A QU’UNE SEULE TÊTE, par François Leclerc

4 avril 2013 par François Leclerc | Print L’actualité de demain : L’HYDRE N’A QU’UNE SEULE TÊTE, par François Leclerc

Billet invité

Évacués par l’OCDE et ses tours de passe-passe, les paradis fiscaux sont de retour ! Sous cette appellation exotique résultant d’une erreur de traduction, les « juridictions non coopératives » des technocrates internationaux – qu’entre eux ils appellent « juridictions à palmiers » – sont trop grosses pour être cachées ! La liste des « trop grosses… » s’allonge donc : pour faire faillite, pour aller en prison, pour être cachées… Il ne reste plus qu’à savoir comment les faire maigrir.

Dans les discours qui ne manquent pas, et qui restent sans lendemain, il n’est le plus souvent traité que de l’évasion fiscale des particuliers (ce qui la rend presque sympathique, car peut-on être contre la liberté ?). Sur le mode d’une indignation qui n’a pas encore été au bout de ses surprises, l’éditorial du jour du journal « Le Monde » vilipende ainsi les « riches particuliers », laissant prudemment poindre une interrogation sur des banques françaises qu’il ne désigne pas encore mais que tout le monde connait (une de ces précautions de langage qui sont assimilés à de la connivence, comme si le temps des convenances n’était pas révolu). S’il ne s’agissait que d’individus isolés, en effet !

Ce monde-là est opaque par construction, mais la vérité se révèle toujours toute nue quand il devient loisible de la contempler : les paradis fiscaux n’abritent pas seulement les grandes fortunes, ils sont le refuge de la finance de l’ombre. On ne se lassera jamais assez de le répéter : le rapport de dix à un qui existe entre le volume des actifs financiers et la taille de l’économie mondiale n’est pas viable et doit être impérativement réduit ! Rapporté à certains pays, comme Chypre ou le Luxembourg, ou même la France, cela donne des rapports qui donnent le tournis et aboutissent à la conclusion que les États, c’est-à-dire notre représentation, n’ont pas les moyens de régler la note quand elle se présente. Ce qui est le cas.

Hier c’était Wikileaks, aujourd’hui un Consortium international de journalistes d’investigation inconnu du grand public et rassemblant quelques poignées de journalistes croyant dur comme fer à leur métier. Qui demain prendra la relève ? Tous les scandales sont à fleur de peau et le danger n’est pas d’en révéler les mécanismes – et de donner des noms, car ils existent – mais de s’en tenir à une dénonciation générale du scandale, ce compagnon de mauvaise fortune du complotisme dont on sait les lits qu’il prépare.

Si un appel devait être lancé, il ne serait pas dirigé vers les politiques, car ils sont démonétisés, mais vers ce poncif qu’est la société civile, c’est-à-dire à nous-mêmes ! Faisant appel à notre connaissance des dysfonctionnements qui s’accumulent et dont nous subissons le trop-plein, à la fois source de notre défiance et de notre angoisse collective. N’ayant pas d’autres ressources, nous avons pourtant les capacités de mettre en cause les mécanismes dont nous subissons les effets dans la manière dont nous vivons, nous mangeons, nous consommons en général… et nous mourons.

Une enquête mettait dernièrement en évidence que les Français ne se défiaient pas seulement de leurs responsables politiques, mais également des grandes entreprises et trouvaient dans ce qui était local, c’est-à-dire à leur portée, leur refuge. Comme si le reste n’était pas atteignable, ce qui illustre bien le problème. Ces conclusions renvoient à l’impasse dans laquelle se trouve notre système de représentation démocratique et au pouvoir limité des institutions de l’État dans notre monde globalisé.

Le capitalisme financier a trouvé dans les paradis fiscaux son refuge, les résidences protégées derrière les murs desquelles dorment un œil entrouvert, en attendant les occasions, les spéculateurs travestis sous le manteau du marché, afin de faire fructifier un capital improductif qui ne cesse de se reproduire en se multipliant. Une seule décision suffit : couper toutes relations avec eux, ils mourront car nous les nourrissons !

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