Où sont–il donc ?

Samedi, notre dernière journée à Paris, nous l’avons passée sur la Butte. Déjeuner au Bouillon Chartier (station obligée pour Adriana à Paris). Puis, l’escalade.

Y’en a qui vous parlent de l’Amérique
Ils ont des visions de cinéma.
Ils vous disent « Quel pays magnifique :
Notre Paris n’est rien auprès d’ça ».
Ces boniments-là rendent moins timide,
Bref, l’on y part, un jour de cafard…
Ça fera un de plus qui, le ventre vide
Le soir à New York cherchera un dollar.
Au milieu des gueus’s, des proscrits,
Des émigrants aux cœurs meurtris ;
Il pensera, regrettant Paris :
« Où est-il mon moulin de la Place Blanche ?
Mon tabac et mon bistrot du coin ?
Tous les jours étaient pour moi Dimanche !
Où sont-ils les amis les copains ? ». (1)

La Butte
Ça s’applique à moi, non ? Ce n’est pas à New York mais plus logiquement encore à Hollywood que mes « visions de cinéma » m’ont conduites, et je regrette « Piment–Café » et le bar-tabac de la Place Saint-Paul (comment s’appelle-t-il ? c’est un nom comme « Le Belvédère »), où Jean-Claude Brialy – plus Pierre Brasseur que jamais – m’a un jour pris à témoin : « On n’a plus le temps de rien faire, n’est-ce pas, Monsieur ? ». Et moi, avec mon à-propos habituel, je lui ai répondu : « Vous avez mille fois raison ! ».

(1) Pépé le Moko (2), c’est–à–dire Jean Gabin, recueilli, écoute Tania, jouée par Fréhel, chanter Où est–il donc ? (3). Il est loin de la Butte, les larmes lui roulent sur les joues. Il est prisonnier et le sait : s’il quitte la Casbah, il perd automatiquement la liberté. Mais il vit dans un monde, le nôtre, où règnent les belles femmes captivantes – entendez que pour elles, les hommes sont prêts à perdre même leur liberté. Pour les hommes, en effet, rien n’est simple.

(2) Pépé le Moko de Julien Duvivier 1937.

(3) Paroles de L. Carol et A. Decaye, musique de Vincent Scotto.

Partager :

Une réflexion sur « Où sont–il donc ? »

  1. Paris… « à nous deux »…

    à quinze ans je pouvais dire dans quel tiroir, de quelle commode, de quel hôtel particulier, situé dans telle rue, Madame « … » rangeait ses gants (aujourd’hui j’hésite même sur son identité, j’ai en tête la femme que Félix de Vandenesse finira par épouser). J’avais lu Balzac, trois fois, et en entier, – avec le plan Turgot – curieuse expérience, je croyais tout savoir de la vie depuis j’ai tout oublié et de la Comédie Humaine… et du reste… quand il me restera six mois, je relis tout… faut p’tête que je commence de suite!

    §

    En 68, mon Père (psychanalyste franc-tireur et communiste de luxe) m’avait filé des sous et ajoutant « faut pas manquer ça… » et c’est vrai qu’en débarquant à Vincennes, un gars m’accueille et me balance « on a vingt ans et on fait la révolution ! ».

    §

    Deux semaines avant ce raid pour vous entendre, salle Fustel de Coulanges, Evelyne et moi y avions passé trois jours  » – théâtres Mogador et George V (théâtre, pas l’hôtel!) -, depuis l’enfance j’aime, aussi, Sacha Guitry, à cause de la voix d’abord… et puis il était « contre les femmes, tout contre » quel chic ! Nous avons déjeuné chez « Allard » rue St. André des arts – la tradition bourgeoise ! mironton, etc. – Un septuagénaire avancé y expliquait à ses deux nièces que le problème de Chaban c’est qu’il « n’était pas un homme » et laissait entendre, à haute voix toutefois, qu’il tenait l’info en direct de Marie-France Garaud. J’ai brûlé d’envie de balancer : « c’est donc excusable », j’en aurai été quitte pour offrir le cognac… l’impression de revivre l’envers de l’histoire contemporaine. Nous avons aussi tenu à déjeuner à El Sour, évidemment! Bv. st Germain une dame bien nous aborde spontanément :

     » je vois que vous cherchez quelques chose, si je peux vous aider » – nous cherchons El Sour – « oui un bistro ou on fait de émission radio » – oui c’est à 1OO mètres.

    (Cà n’a rien à voir, mais -je raconte. il y à quatre cinq ans, vers cinq heures l’après midi, nous entendons que Jean Lebrun fait son émission à la « piscine » (Valencienne), nous bondissons dans la voiture, et arrivons après le début de l’émission, comme deux perdus, l’air tout excités. Lebrun repère les zigotos et balance en direct, voici deux nouveaux arrivants, « manifestement ils ont certainement quelque choses à nous dire » ; avec mon sens de l’à propos, j’ai décliné le micro tendu par Alexis Ipatotchef, car je ne pouvais pas déclarer publiquement que je venais de perdre mon pari « parce qu’il ne fumait pas la pipe et n’avait pas un air à la Pierre Sabbag » !

    Paris… Paris… même quand Mireille Mathieu le chante…  » que l’on touche à la liberté c’est la guerre …  » je pleure, faut-il être con !

    Paris… Paris… Paris… : Dario Moreno dans Offenbach était sublime, et sans Dario, Brel nous eut sans doute accouché d’un Don Quichotte pompeux, (que Julia Migénes était belle) … et la dernière nuit de Galois pathétique…

    L’intérêt de la science-fiction à larges doses c’est de percevoir que ce monde-ci n’est que l’un des possibles, qu’il y en a tant « de Paris à rêver », à inventer… et à quitter.

Les commentaires sont fermés.