L’implosion

Anthropologue réputé, expert en Intelligence Artificielle et spécialiste de la formation des prix travaillant dans le monde bancaire, Paul Jorion jette depuis plusieurs années un autre regard sur l’économie, il annonçait ainsi en 2005 ce qui deviendrait la crise des subprimes.

Dans les premières années du XXIème siècle, une bulle se développa au sein de l’immobilier résidentiel américain. L’appréciation rapide du prix des maisons permit à des emprunteurs peu fortunés, regroupés au sein du secteur subprime, d’accéder au statut envié de propriétaire. La bulle requérait un flux constant de nouvelles recrues et quand celles–ci firent défaut en 2006, la bulle éclata : les prix de l’immobilier stagnèrent avant de partir à la baisse. Les emprunteurs subprime qui ne pouvaient faire face à leurs engagements sans une appréciation constante du prix de leur logement se retrouvèrent rapidement en situation délicate. La mise sur le marché de leurs logements saisis ne fit qu’aggraver la crise.

L’industrie financière s’était d’abord adaptée passivement à la bulle, elle la facilita ensuite en mettant au point de nouveaux types de prêts. La titrisation permit de regrouper des collections de plusieurs milliers de ces prêts sous la forme d’une obligation classique vendue à des investisseurs éparpillés à la surface du globe. Quand un nombre important d’emprunteurs subprime jetèrent l’éponge, ces obligations tombèrent sous la barre de la rentabilité, entraînant des pertes considérables pour les établissements financiers qui les détenaient dans leur portefeuille. Affaiblis, ceux–ci accordèrent de moins en moins de prêts, provoquant un tarissement du crédit qui ne tarda pas à affecter l’économie réelle dont la vitalité repose sur l’accès à ces capitaux.

L’implosion

En librairie, le 21 mai.

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6 réflexions sur « L’implosion »

  1. Est-ce qu’on va retrouver une partie des termes de certains débats vifs de ce blog (j’ai failli écrire forum.. 😉 ) ?
    Approche plutôt anthropologique ou économique, ou… ?
    La « constitution économique » sera-t-elle abordée ?

  2. @ Dani.

    L’accroche ? Excellente suggestion : je viens de l’afficher.
    Oui, bien sûr : je parle des subprimes dans la même perspective qu’ici mais de manière plus approfondie. Et j’en ai fait un vrai livre : l’exposé est beaucoup plus systématique (le résultat de 6 mois de travail supplémentaires).

  3. Bonjour,

    Je me suis posé quelques questions en lisant L’implosion, qui relèvent si l’on veut de la théorie de l’action au sens de Max Weber. Je me suis en effet demandé quelles raisons il fallait prêter aux différents acteurs décrits dans le livre pour comprendre leurs actions. Or tout le premier chapitre « La crise des subprimes », se comprend finalement si l’on se place dans le cadre de la rationalité instrumentale (celle de « l’intérêt bien compris », citée d’ailleurs p. 77), mais en version limitée (au sens de Simon). En gros, n’est-on pas dans une situation (complexe) d’effet émergent négatif, où chacun poursuivant ce qu’il croit être son intérêt bien compris, des conséquences négatives s’ensuivent (mais pas pour tout le monde) ? Boudon dirait peut-être que la dite « crise des subprimes » même si vous montrez bien qu’elle n’existe pas en tant que telle), se comprend assez bien dans le cadre du paradigme individualiste méthodologique de la sociologie classique, celle de Tocqueville et Weber (qui ne se réduit pas à la version économique de von Hayek et Cie). Même les emprunteurs du secteur subprime avaient sans doute de « bonnes raisons » de prendre les risques qu’ils ont pris (mais il étaient placés dans un contexte d’information très limitée, qui interdit bien évidemment toute explication en termes de « force de caractère »).

    Plusieurs réflexions pour finir : la rationalité axiologique semble à peu près complètement absente chez les acteurs de la finance (comme si le contexte ou le champ produisaient des « idiots axiologiques ») ; la question du dépassement de l’opposition individualisme/holisme, à la recherche d’un tiers paradigme, comme le dit Alain Caillé (et je fais partie des très nombreux sociologues qui cherchent ce dépassement) est sans doute distincte de la question de la distinction des rationalités : les acteurs ou agents (pour éviter de parler d’individus) sont bien rationnels, mais il y a des raisons (pas seulement la raison utilitariste, mais aussi la raison cognitive, la raison éthico-axiologique…). Cependant, certains contextes sociaux conduisent à une sorte de forclusion des raisons autres qu’utilitaristes et notamment de la raison axiologique.

    Voilà en tous cas rapidement formulé ce que me suggère la lecture de L’implosion, qui figurera en bonne place dans mes bibliographies.
    Amicalement

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