Comprendre les crises est une chose, les résoudre en est une autre

Mr Timothy Geithner est un monsieur apparemment très intelligent : président de la Federal Reserve de New York, ce fut lui qui orchestra le 17 mars dernier le sauvetage in extremis de la banque d’affaires Bear Stearns, absorbée par la banque commerciale J.P. Morgan Chase (*). C’est également lui qui présenta hier les mesures que la Fed envisage de prendre pour prévenir une fois pour toutes le retour d’une crise financière semblable à celle au sein de laquelle nous sommes en ce moment plongés et qui débuta – je vous le rappelle – en août de l’année dernière par un tarissement massif du crédit, conséquence lui–même de la « crise des subprimes ». L’analyse de l’enchaînement des événements proposée par Geithner confirme à mon sens sa grande intelligence car elle est la plus complète et la plus claire qu’il m’ait été donné de lire. La déception est d’autant plus grande alors lorsqu’on constate qu’il ne propose aucun remède à certains des défauts flagrants du système financier qu’il dénonce pourtant si judicieusement, et que certaines des mesures envisagées seront sans aucun doute rayées d’un trait de plume aussitôt que les périls qu’elles endigueront provisoirement apparaîtront moins immédiats.

Ainsi,

Nous nous engageons dans un processus qui encouragera une augmentation substantielle des ressources mobilisées au titre de provisions contre un éventuel risque de défaillance (…) Il convient de renforcer au sein des établissements financiers individuels ainsi qu’au sein de l’infrastructure financière toute entière, les amortisseurs susceptibles d’absorber les chocs macro–économiques et financiers, et ceci quelque soit leur faible probabilité.

Le niveau des réserves réglementaires sera – j’en suis sûr – relevé en conséquence. Dans dix ans cependant, certains économistes américains parmi les plus connus, parlant du haut de chaires universitaires portant les noms prestigieux des titans de la finance ayant offert les sommes nécessaires à les fonder, déclareront péremptoirement qu’en raison de sa robustesse et de sa stabilité, la « nouvelle » finance ne ressemble plus en rien à l’ancienne et que les réserves règlementaires sont désormais notoirement exagérées. Le gouvernement, toujours à l’écoute des experts, réprimandera les régulateurs, qui s’empresseront alors d’abaisser le niveau de ces réserves afin de ne pas entraver le bon fonctionnement des marchés – dont chacun sait qu’ils sont « auto-régulés » – le souvenir des événements de la période 2007–2011 s’étant perdu entretemps dans la nuit des temps.

De même pour la recommandation suivante :

Il est impératif de diminuer la vulnérabilité du marché des capitaux en y réduisant le volume des avoirs à faible liquidité dont le financement correspond à des maturités très courtes.

En effet, dans la « nouvelle » finance qui ne tardera pas à apparaître, ces mêmes avoirs seront redevenus éminemment liquides – en raison simplement de conditions temporairement favorables – et ces mesures seront levées… ouvrant ainsi la voie aux catastrophes déjà en gestation.

Autre observation admirable, fruit – je l’ai annoncé – d’une excellente analyse de la crise présente :

La gestion et le contrôle du risque mettent aujourd’hui beaucoup trop en avant le risque propre affectant une firme individuelle et beaucoup trop peu les problèmes d’ordre systémique qui pourraient affecter la liquidité des marchés dans leur ensemble. Autrement dit, le cadre conventionnel contemporain de la gestion du risque met trop l’accent sur la menace que constitue pour une firme ses propres erreurs de gestion et trop peu sur la possibilité que ces erreurs se retrouvent corrélées dans l’ensemble des firmes.

Aucune mesure n’est apparemment prévue.

Les banques centrales, les gouvernements et les régulateurs doivent faire davantage attention aux interactions existant entre les règles comptables, la fiscalité, les contraintes qu’imposent la publicité des résultats financiers et les réserves en capital.

Rien n’est apparemment prévu.

Enfin, propos enflammés :

Notre système financier s’est transformé en une combinaison confuse de responsabilités diverses, de concurrence entre différents régulateurs, une interconnexion complexe de règles porteuses d’incitations financières perverses qui génèrent un nombre incalculable d’occasions de tirer parti de différences locales de prix (« arbitrage ») ainsi que d’évasion fiscale, permettant qu’apparaissent alors d’énormes lacunes dans notre compréhension des mécanismes à l’œuvre et dans l’exercice d’une surveillance des marchés par les régulateurs.

Quel scandale en effet ! Qu’attendent les autorités pour intervenir ! Ah ! Ce sont-elles qui parlent ! Eh bien nous voilà entièrement rassurés : notre avenir est désormais en de bonnes mains ! A moins que… Petit rappel des faits : Quelle est la banque qui possède la meilleure équipe d’analyse des prêts subprime ? Réponse : Union de Banques Suisses. Quel est la banque qui se trouve – après Citigroup – au deuxième rang des pertes dues aux prêts subprime ? Réponse : Union de Banques Suisses (**). Comment ? Vous voilà moins rassuré ?

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(*) Voir Wall Street en régime de crise et Echappé belle !.

(**) Voir La « drôle de crise ».

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3 réflexions sur « Comprendre les crises est une chose, les résoudre en est une autre »

  1. La gestion et la contrôle du risque mettent aujourd’hui beaucoup trop en avant le risque propre affectant une firme individuelle et beaucoup trop peu les problèmes d’ordre systémique qui pourraient affecter la liquidité des marchés dans leur ensemble. Autrement dit, le cadre conventionnel contemporain de la gestion du risque met trop l’accent sur la menace que constitue pour une firme ses propres erreurs de gestion et trop peu sur la possibilité que ces erreurs se retrouvent corrélées dans l’ensemble des firmes.

    La situation semble donc assez grave pour que l’un des chefs de la bande de loups de la finance commence à craindre que le gibier manque pour la meute, à cause de ses méthodes de chasse, particulièrement de celle des loups les plus audacieux , dont celui qu’il a eu apparemment pour mission de sauver, et qui se trouveraient trop protégés !!

    Notre système financier s’est transformé en une combinaison confuse de responsabilités diverses, de concurrence entre différents régulateurs, une interconnexion complexe de règles porteuses d’incitations financières perverses qui génèrent un nombre incalculable d’occasions de tirer parti de différences locales de prix (« arbitrage ») ainsi que d’évasion fiscale, permettant qu’apparaissent alors d’énormes lacunes dans notre compréhension des mécanismes à l’œuvre et dans l’exercice d’une surveillance des marchés par les régulateurs.

    Il est assez cocasse de le voir aussi stigmatiser la recherche d’avantages sur les différences locales de prix et sur les évasions fiscales !

    Serions-nous en présence d’un « repenti » lucide, repu et fatigué comme il s’en révèle tant en fin de carrière : Soros, etc.

  2. bonjour,

    certains observateurs sont tres sceptiques :

    Bilderberg Seeks Bank Centralization Agenda

    Lee Rogers
    Rogue Government

    June 9, 2008

    Fresh off of the 2008 Bilderberg Meeting, it looks as if New York Federal Reserve president Timothy Geithner is set to push a new agenda in the world of central banking that was likely decided upon at Bilderberg.

    Geithner yesterday, wrote an article in the Financial Times calling for a global regulatory banking framework. In addition, Geithner called for the Federal Reserve to have an instrumental role in this new framework…………
    …………..

    It is pathetic when citizen journalists like the ones at InfoWars, PrisonPlanet and RogueGovernment provide the best coverage of what is one of the most important geopolitical meetings of the year. Either way, the commentary from Geithner as well as the information from Tucker’s Bilderberg source seems to indicate that the global elite are getting ready to further centralize the banking system in order to establish their one world cashless society grid.

    These criminals must be exposed and their system of global corruption and tyranny must be defeated. Let’s tell these bastards that they can take their cashless society grid and their implantable microchips where the sun don’t shine.

    http://www.infowars.com/?p=2615

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