Le scandale des sélénites qui prennent les banques pour des soucoupes volantes…, par Daniel Dresse

Dans la série “billets invités” : un nouveau texte de Daniel Dresse, cette fois sur notre débat sur la monnaie.

Le scandale des sélénites qui prennent les banques pour des soucoupes volantes…

Face à l’ampleur et la fréquente véhémence des interventions, j’en suis venu à me demander, en fin de compte, qu’est-ce qui pouvait déchaîner tant de passion dans votre débat sur la monnaie. Avec mes critères de jugement simples, j’en suis venu à séparer vos intervenants en deux camps :

– A ma gauche (sans que ce positionnement ait une quelconque signification), les « créationnistes scandalisés », ceux qui, s’appuyant notamment sur les écrits de Pépé le Momo (Allais), soutiennent mordicus que le scandale réside dans le pouvoir de création « ex nihilo » de monnaie par les banques. Comme vous l’avez souligné vous-même, leurs démonstrations s’appuient généralement sur l’empilement complexe et déroutant de notions redondantes comme monnaie, moyen de paiement, dépôt, crédit, jeux d’écriture etc.

– A ma droite, les « scandalisés anti-créationnistes », regroupés sous votre bannière, qui soutiennent que cette prétendue création monétaire n’existe qu’en trompe l’œil. Pour eux, tous les instruments décrits par l’autre bord ne seraient que des avatars d’un même phénomène : la vitesse de la circulation monétaire. S’ils admettent la réalité d’une création dans ce processus, c’est à la marge, sur l’articulation entre les intérêts pratiqués par les banques et leurs besoins en monnaie nouvelle, tenues qu’elles sont d’en appeler à la banque centrale pour répondre à ceux-ci.

Ce qui me frappe dans cette opposition, c’est qu’elle se forge sur l’identification d’un mécanisme économique et non pas sur ses conséquences politiques.

En effet, vous appartenez tous, de toute évidence, à la grande famille des « scandalisés ». Tous, vous tombez d’accord sur le fait que, création « ex nihilo » ou pas, le jeu de la circulation monétaire aujourd’hui tourne au bénéfice éhonté d’une minorité d’individus et à la mauvaise santé générale du système – en attendant le transport au cerveau !

J’en viens donc logiquement à me demander si ce désaccord sur la mécanique du phénomène, ne vous conduirait pas à des positions inconciliables sur la nature des remèdes à lui apporter.

C’est bien là, je crois, que le bât blesse, et vous n’arriverez jamais à une clarification du débat tant que vous n’aurez pas mis à plat ces implications là. Elles ne sont pas anodines, loin de là, puisqu’elles peuvent vous mener ni plus ni moins à un constat d’incompatibilité politique entre vous (notion qui ne semble donc pas avoir été abolie par le doux consensus propre au règne de la gouvernance). De là cet acharnement que vous mettez tous, l’épée encore au fourreau, à essayer de vous convaincre mutuellement.

Qu’implique donc, au bout du compte, la croyance dans le pouvoir qu’auraient les banques de démultiplier à l’infini la monnaie sans contrepartie tangible ? Tout simplement que la solution aux désordres et injustice du monde résiderait dans un simple détournement de cette industrie là (puisqu’il est communément admis de parler « d’industrie financière »). La manne financière serait alors dirigée vers les zones de déshérence irrigables comme un fleuve miraculeux, et la révolution à faire ne serait qu’une vaste opération de redistribution de ce qui, dit-on, ne coûte absolument rien à émettre.

On rejoint ici l’opinion souvent émise notamment après des mouvements d’extrême-gauche, pour lesquels, il coule de source que l’on peut en créer de l’argent à profusion selon les besoins.

Cette sorte « d’alter-monétarisme » se satisfait en réalité de la mondialisation telle qu’elle apparaît dans l’instant, si seulement elle pouvait rester figée en l’état pour l’éternité. Il suffirait alors d’en changer les bénéficiaires –au lieu de d’une poignée d’ultra privilégiés, on pourrait ainsi imaginer (Ô Soleil Vert !) une masse immense d’allocataires, avec pour seule raison de vivre de « s’occuper » – et, suivant la prédiction de Charles Fourier, les eaux boueuses du fleuve se changeraient en torrent de limonade.

Ce n’est pas un hasard si je cite Fourier, puisque notre terrible époque, tout comme la sienne, semble propice aux chapelles de consolation et aux millénarismes de toute obédience.

Croire dans la possibilité de créer la monnaie à partir de rien, amène à oublier que la création monétaire est forcément adossée à la production de richesses, quel que soit le sens que l’on prête à cette production et à ces richesses là. Sur ce plan par contre, tout peut évoluer, tout peut être inventé. Mais il n’en est pas moins impossible de faire l’impasse, dans l’immédiat, sur ce que la majorité des acteurs économiques entendent par richesses produites.

Considérer au contraire le réseau bancaire comme un « accélérateur » – certes ô combien lucratif pour certains – de la circulation monétaire me semble moins propice à planifier la mise du merveilleux au service de l’impossible. Vu sous cet angle, il est en effet beaucoup plus difficile de reléguer la production au compte profits et pertes des spéculations intellectuelles, puisque tout ordre de circulation monétaire ne peut se faire, dans un premier temps et par le jeu des réserves fractionnaires, que sur de la monnaie déjà créée, et cela en fonction d’un projet productif déjà réalisé.

Remettre la production réelle au cœur des interrogations sur la monnaie permet aussi de poser les questions qui fâchent, mais ne pourront pas être éludées pour autant. L’accroissement fantastique de la circulation monétaire est lié avant tout au libre échange mondial, et le contrôle plus serré de l’une n’ira pas sans restriction à l’autre. Protectionnisme, le mot est lâché, et pas plus vous que vos blogueurs (certains semblent frappés du mal des ardents à peine son évocation) n’échapperez à son grand retour en question.

Quant au scandale lié au disfonctionnement du système, ou son accaparement par quelques-uns, il est tout aussi aisé à identifier. La relation qui existe entre le client – qui est aussi un citoyen – et son banquier est un contrat à deux fondements. Le premier est l’anticipation sur les richesses produites – la circulation monétaire est une sorte « d’annonce faite à Marie » érigée en principe économique – et le second la confiance mutuelle qui permet précisément à ce principe de fonctionner. Je ne vois pour ma part, dans toutes les crapuleries (comment appeler cela autrement) que vous décrivez et dénoncez dans vos livres qu’une gigantesque extension du délit d’ABUS DE CONFIANCE.

Cette notion d’abus de confiance m’apparaît tout aussi essentielle pour replacer le citoyen au centre de la machinerie.

Je considère désormais la monnaie comme un bien commun, émis de toute façon par une banque centrale, laquelle doit représenter tous les citoyens d’un ensemble politique donné – nations ou confédération de nations – il n’y a pour l’instant pas de Banque Centrale d’émission Universelle, même si certains en rêvent.

Dans cette optique, toute manipulation touchant à la circulation de ce bien commun doit pouvoir rester sous contrôle du citoyen. Sont alors condamnables autant les banques périphériques (d’affaires ou commerciales), qui accordent des crédits à tort et à travers pour les refourguer ensuite au marché sous forme de produits financiers opaques – leur seul souci étant de se sucrer au passage – qu’une banque centrale dite « indépendante » qui n’a de compte à rendre qu’à son directeur – comme c’est le cas pour la BCE.

Le bien commun monétaire étant gagé sur la production commune, il est également capital que tout citoyen puisse trouver toutes les conditions favorables pour pouvoir participer à celle-ci. En particulier, sont constitutionnellement à proscrire ces étranges captations de « plus values négatives du travail » (avec en contrepartie une création de valeur pour l’actionnaire) que constituent les licenciements boursiers. Tout se tient, il n’y a pas plus d’assistanat que d’assistés dans la mécanique de circulation monétaire actuelle, laquelle permet à la centrifugeuse économique libérale et libre-échangiste de concentrer le nectar à titre d’indispensable et de rejeter l’indispensable à titre de déchet. En avoir ou pas ne signifie plus rien, les plus brillants des traders sont eux aussi les « assistés » de tous les « sans », sans emploi, sans couverture santé, sans abri, sans avenir et sans existence.

La réappropriation de leur monnaie par les citoyens, à travers un système bancaire régulé et contrôlé – ce qui ne remet pas en cause sa fonction originelle – doit permettre à chacun de rêver à nouveau en toute confiance, et d’estimer l’avoir bien mérité. Cela s’appelle la DIGNITE. (Si cette analyse vous parait effectivement grossière et simpliste, c’est bien dommage pour moi, car c’est sur cette simplification que j’en suis venu – malgré ma grande réticence au départ- à la conclusion que c’est vous qui avez raison).

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71 réflexions sur « Le scandale des sélénites qui prennent les banques pour des soucoupes volantes…, par Daniel Dresse »

  1. pour répondre à PI:
    1-Nous savons que les USA détiennent une puissance technologique majeure grâce leur politique volontariste de recherche et innovation dans des domaines stratégiques: technologie de l’information et de la communication ( Microsoft, Apple, IBM, ainsi que tous les brevets concernant le fonctionnement du réseau Internet), de même dans les biotechnologies ainsi que dans l’industrie de l’armement et de l’aéronautique.
    2-Nous savons que la puissance militaire hégémonique des USA est sans commune mesure avec les autres nations
    3- Nous savons également qu’ils ont une dette énorme avec un système banquaire anémique
    Et donc je pense que leur seule solution pour se renflouer sans créer un conflit armé c’est de diluer leur dette dans le système financier mondialisé.
    Et la seule méthode à la hauteur de cet endettement colossal c’est de jouer sur une dévaluation de leur monnaie.
    C’est sur que la Chine et le Japon qui détiennent une grosse part des dettes US en dollars vont sans doute grincer des dents; un mauvais moment à passer pour eux si cela se réalise.

    Concernant la stabilité démocratique des USA, j’espère sincèrement qu’Obama réussira à remettre ce pays sur les rails (et les voyous de Wall Street sur la touche) car c’est quoi qu’on en dise un pilier de la démocratie occidentale avec ses qualités et ses défauts.

  2. Bonjour à tous,

    Merci à Daniel Dresse pour ce texte admirable dont je partage l’essentiel des conclusions.

    Ce débat sur la monnaie, j’y suis venu comme d’autres en m’intéressant à cette crise dans un monde de plus en plus fou. J’ai bien compris assez tôt que le scandale de la création ex nihilo de certains était le résultat d’une incompréhension. Cette création faite dans un certain ordre permettant la transaction payée sur le long terme ou de mettre en état de liquidité des actifs existants mis en garanti pour permettre une production est un ingrédient nécessaire du fonctionnement des économies, le système d’échange a besoin de flexibilité. C’est le rôle fondamental de la monnaie. Enfin, l’intérêt sur la dette est certainement une problématique à surveiller, mais c’est la création de bulles financières, donc l’ouverture déréglementée des marchés financiers dans une économie devenue globale qui se plante scandaleusement. Le scandale est à plusieurs niveaux bien au delà de la simple institution bancaire.

    Ce n’est donc pas à mon sens qu’un débat sur la monnaie qu’il faut tenir, mais bien sur l’économie mondialisée qui permet à cette entité bancaire pourtant assez encadrée théoriquement par des lois bien précises de connaître des ratés majeurs et à des gens de s’adonner, au travers ses institutions dépassées par la réalité complexe,à des abus de confiance.

    Moi aussi, j’ai le goût de «Remettre la production réelle au cœur des interrogations sur la monnaie [pour permettre] aussi de poser les questions qui fâchent, mais ne pourront pas être éludées pour autant.» (D.Dresse) et aussi, comme je l’ai souligné dans mon dernier commentaire sur le débat de la constitution pour l’économie, d’envisager le tabou protectionniste même si nos médias et nos élites s’adonnent une contre-propagande à ce sujet. A mon sens, toujours plonger plus loin dans le désir de gérer des complexités qui échappent à l’entendement ne peut nous servir, les gens de la base, le citoyen. Évidemment, les pouvoirs d’argent, les multinationales, les élites world, n’ont pas intérêt à remettre des frontières tarifaires en place et de miser sur des économies nationales tournées vers une organisation intelligentes et responsables visant l’esprit communautaire et citoyenne respectueuse de l’environnement. Remettre le pouvoir de produire dans les mains des nations, c’est faire perdre ce pouvoir des renards qui maintenant se promènent dans les poulaillers sans entrave…

    Le problème est vraisemblablement ailleurs que seulement dans la sphère financière. Le scandale actuel est le désengagement de l’entreprise et des fortunes vis-à-vis de l’appareil national démocratique. Il est dans la privatisation croissante du bien commun. Il est dans l’imperturbable ordre qui donne à 20%, 80% des richesses. Perdre la main-mise sur notre pouvoir économique et imposer à l’autre bout de la planète des conditions d’emploi proche de l’esclavage dans un mépris des environnements étrangers sont des scandales qui continuent de faire de la destruction incontrôlée et de nous menacer tous au final. Plus l’entreprise est libre, plus son fonctionnement hiérarchique totalitaire s’impose. Cet esprit carnivore a besoin d’être rééquilibré et ce n’est pas dans la dissolution des frontières et dans les beaux discours qu’on va le contrôler. Face au prédateur, il convient pour un humain d’être intelligent s’il veut survivre…

    Tandis que toutes les puissances argentés mettent leur argent en sécurité, on constate que ce sont des valeurs liés à des populations qui sont détruites pour rééquilibrer la situation financière à la réalité. Oui, il est scandaleux de voir l’argent des contribuables renflouer une machine qui a péché par les excès pour le profit de certains sans qu’aucune transparence ne permettent de voir à quoi sert réellement ces sommes colossales pour maintenir un système injuste.

    Nous vivons non dans un état de droit où une quelconque réflexion logique et juste peut résoudre le problème. Nous vivons dans un monde armé où des puissants ont toujours en main en plus les leviers pour prendre à la douce toujours plus de contrôle.

    Enfin, tant qu’on vit dans notre monde douillet de gadjo, personne ne s’en plaint trop…

    Bref, après avoir mieux saisi ce qui se passe, nous ne pourrons pas nous défiler le jour où la perte de nos illusions se montrera dans la réalité non virtuelle… En bout de ligne, on ne peut que revendiquer une reprise en main plus directe de nos richesses collectives… pour une redistribution moins aléatoire…

  3. @Linda Seredes aka Daniel Dresse.
    “Un truc qui roule à une certaine vitesse” me semble une bien pauvre définition de la voiture. Une définition qui ne nous apprend pas grand chose. Ni sur la relation, ni sur l’usage, ni sur l’imaginaire lié à cet objet. De la même façon, définir la monnaie par sa vitesse de circulation me paraît une vision quantitative qui sans être inexacte, ne nous permet pas parfaitement d’appréhender la crise actuelle, ni surtout d’effectuer le saut ontologique nécessaire à son dépassement. Quant aux armes, disons que je crois davantage aux petites machettes défricheuses et patientes de certains qu’aux grands soirs qui (dé)chantent. Concernant enfin mon goût des analogies, disons qu’on ne passe pas facilement de la littérature au champ économique…

  4. Cher Paul, cher Daniel (Lynda), chers vous tous,

    Ce message me laisse un peu perplexe, à plusieurs titres,
    mais d’un autre côté, et c’est le plus important, il semble confirmer ce que je sens depuis quelques jours : les points de vue apparemment franchement opposés semblent ici prêts à se rapprocher parce qu’un malentendu est en train de se dissiper (voir mon post de cette nuit).

    Je décris d’abord ma perplexité (et je garde le meilleur pour la fin) :

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    Le titre d’abord, qui semble assimiler la réflexion de ceux qui parlent de « scandale de l’abandon de la création monétaire aux banques privées » à cette autre réflexion de ceux qui croient dur comme fer aux soucoupes volantes, c’est-à-dire des farfelus (éventuellement un peu paranoïaques), crédules au point de croire de telles sornettes : ce titre semble fait pour moquer une thèse, et pourrait d’ailleurs revenir tranquillement à son auteur comme un boomerang (car, si la création de monnaie par les banques commerciales était finalement bel et bien démontrée, ceux qui la niaient en moquant les autres risquent un peu d’être moqués à leur tour).

    Je fais dire à ce titre peut-être davantage que ce que vous avez pensé vous-même en le rédigeant, mais on commence à s’accoutumer, ces temps-ci, à se voir moquer, dès qu’une intrigue (forcément secrète) est analysée et dénoncée ; on se fait moquer et discréditer à bon compte, sans effort, avec cette incantation rituelle (et trop facile) qui dispense apparemment son auteur de justifier autrement toute affirmation péremptoire : « [début de la “pensée critique”] Ah ! Encore un adepte de la théorie du complot (un paranoïaque, quoi)… [fin de la “pensée critique”] ».

    Je dis au passage (même si, sans doute, ni Paul ni Daniel ne sont concernés en l’occurrence) que cette façon de se débarrasser commodément de toute opinion dissidente (qui se permet d’accuser un pouvoir de sinistres manigances) en amalgamant cette critique argumentée avec une pensée exagérée et donc ridicule, sans même faire l’effort de réunir soi-même un fait ou un argument en renfort, est à la fois une insulte à l’intelligence et une malhonnêteté intellectuelle ; j’appelle ces (faux) naïfs qui font ainsi mine de croire qu’il n’y a jamais eu aucun complot nulle part, je les appelle les adeptes de « la théorie de la théorie du complot », et je leur reproche de voisiner, le plus souvent, le degré zéro de l’argumentation : on traite ainsi l’autre de « paranoïaque », on laisse penser insidieusement que lui et (surtout) ceux qui s’aviseraient de l’écouter sont au comble du « ridicule », exactement comme dans une cour de récréation, c’est de ce niveau, et on passe ensuite à autre chose après un procès expéditif.

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    Daniel (ou Linda ?) dit : « leurs démonstrations s’appuient généralement sur l’empilement COMPLEXE ET DÉROUTANT de notions redondantes comme monnaie, moyen de paiement, dépôt, crédit, jeux d’écriture etc. »

    Je trouve que la complexité n’est – précisément – pas du côté de ceux qui dénoncent l’abandon de la création monétaire aux banques privées :

    Comptabilité et cours d’économie monétaire à l’appui, ils soutiennent simplement que tout DAV (dépôt à vue) dans une banque commerciale est, PAR DÉFINITION, une des formes de monnaie (la plus courante, même, qui nous sert quotidiennement pour régler TOUS nos échanges), et que LA COMPTABILITÉ DES BANQUES (qui laisse assez peu de place à la fantaisie) montre sans ambiguïté que ces sommes en DAV gonflent (de nouveaux ‘chiffres transmissibles’ sont créés) à l’occasion des prêts, et dégonflent à l’occasion des remboursements (les ‘chiffres transmissibles’ disparaissent progressivement) , ce qui conduit ces observateurs, toujours très simplement, à parler de création monétaire et de destruction monétaire.

    Le scandale vient d’abord des CONDITIONS DE LA CRÉATION monétaire en soi : d’abord, cette monnaie, qui a fini par prendre toute la place, est TEMPORAIRE et elle est donc, par nature, « asphyxiante » si on n’en a pas d’autre, puisqu’il faudra toujours la rendre et donc en perdre les avantages. Par ailleurs, elle peut facilement devenir surabondante (on le voit bien ces temps-ci) car les limites en sont fort peu contraignantes pour les acteurs privilégiés qui ont confisqué à leur profit ce droit régalien.

    Mais le scandale vient surtout de l’abandon par la collectivité du REVENU de l’intérêt, abandon qui constitue UN MANQUE À GAGNER considérable POUR LA PUISSANCE PUBLIQUE (faut-il croire Maurice Allais qui l’estime à 5% du revenu national, l’équivalent en privations de l’impôt sur le revenu ? Enlisés dans une controverse, nous n’avons pas encore pu débattre de ce calcul). Quel qu’en soit le montant exact, ce manque à gagner est assurément payé par chacun d’entre nous sous forme d’IMPÔTS, impôts qui ne seraient pas nécessaires si nos représentants d’une époque n’avaient pas ainsi sabordé, saboté, notre souveraineté monétaire.

    Tout ça est assez simple, il me semble.

    Je ne vais pas décrire la complexité qu’il a fallu développer au contraire, de l’autre côté de ce blog, pour arriver à montrer que « les banques commerciales ne créent PAS la monnaie qu’elles prêtent à partir de rien d’autre que leur culot et la confiance qu’on leur fait », tant cette complexité est foisonnante (c’est l’image des ballons qui m’a le plus surpris) ; ce serait trop long et je le suis déjà naturellement (trop long) 😉

    À mon avis, ces arguments-là deviennent complexes simplement parce qu’ils ne correspondent pas à la réalité qu’ils veulent expliciter. C’est mon avis, pas plus.

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    Analyser la CRÉATION monétaire observée à l’occasion d’un crédit bancaire comme s’il s’agissait de CIRCULATION monétaire, c’est, pour moi, un signe de CONFUSION manifeste, un Nième signe de la “complexité” évoquée plus haut. (Mais je me trompe peut-être, bien sûr.)

    Il serait d’ailleurs intéressant de savoir comment les uns et les autres, ici, calculent la vitesse de ROTATION de la monnaie. Pour moi, j’en suis resté (pour l’instant) à un calcul assez simple : en divisant le PIB par la masse monétaire, on obtient une vitesse de rotation assez facile à appréhender : si le pays a échangé 8 000 G€ de richesses cette année alors que la masse monétaire n’était que de 4 000 G€, les acteurs, en moyenne, ont dû utiliser chaque signe monétaire deux fois pour pratiquer tous leurs échanges (PIB 8000/ M3 4000= Vitesse 2). On n’obtient évidemment pas le même résultat selon qu’on prenne M1, M2 ou M3 comme masse monétaire de référence. Il me semble que l’agrégat utilisé par la BDF pour observer cette vitesse proche de 1 est M3 (dont l’ordre de grandeur est un peu moins de 8000 G€ pour la zone euro en 2006).

    Le principe des monnaies « fondantes » (qui perdent constamment et rapidement un peu de leur valeur) vise justement à dissuader la thésaurisation pour favoriser la circulation de la monnaie. Une inflation modérée pourrait (devrait normalement) produire simplement un effet comparable. Logiquement, la stabilité des prix, au contraire, devrait ne pas stimuler la circulation puisqu’on ne perd alors pas grand-chose à thésauriser.
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    Daniel (ou Linda ?) dit ensuite : « On rejoint ici l’opinion souvent émise notamment après des MOUVEMENTS D’EXTRÊME-GAUCHE, pour lesquels, il coule de source que l’on peut en créer de l’argent À PROFUSION selon les besoins. »

    Cette façon de coller des étiquettes globales et globalisantes (honorifiques ou infamantes, selon le cas, invitation à lire attentivement si l’étiquette est reluisante, ou invitation à se détourner prestement, sans même prendre connaissance de l’idée étiquetée, si l’étiquette est humiliante, l’adjectif « extrême » servant par ailleurs de repoussoir pavlovien commode pour intimider ceux qui craignent par-dessus tout le ridicule) sur le front des interlocuteurs, alors que, selon moi, les idées devraient être détachées de leur auteur pour être appréciées justement, sans procès d’intention, cette manie étiqueteuse me désole : je l’attribue à l’emprise des partis, des factions, des orthodoxies et de leurs prêtres, sur la pensée politique du moment.

    Non pas que Daniel soit lui-même un de ces factieux, bien sûr (il n’en a pas l’air du tout !), mais c’est dans l’air du temps, dans les habitudes locales. Et je trouve ça bien regrettable.

    Sur la thèse importante de la très nécessaire séparation des idées pour réunir les hommes, sur cette lutte contre les orthodoxies et contre l’esprit de faction, contre l’esprit de parti, de clan, de discorde imposée, je voudrais vous signaler ce texte, à la fois fort et utile, de Jean Grenier, professeur de philosophie de Camus (que Camus admirait), extrait de son petit livre formidable « Essai sur l’esprit d’orthodoxie » (dont j’ai parlé récemment à Paul en privé) ; c’est une merveille, ne ratez pas cette pensée-là :

    « Les essais qui suivent sont une longue protestation contre les orthodoxies.

    Il me faut m’expliquer sur ce mot. Je laisse de côté la définition admise par Littré : « Conformité aux doctrines de l’Église. On appelle auteur orthodoxe celui qui n’enseigne rien que de conforme à l’autorité de l’Église, etc. » Ce qui m’intéresse plutôt c’est le sens du mot par extension : « Quiconque ne produisait pas des certificats ou des gages suffisants d’orthodoxie païenne était exclu non seulement des écoles entretenues par les cités, mais de toute espèce d’enseignement public (sous l’empereur Julien). » Cette citation donne un sens encore trop restreint au mot orthodoxie. Je l’ai pris plutôt au sens qu’a employé Émile Burnouf dans la Science des religions quand, revenant à l’étymologie du mot, il écrit : « Quand une opinion se déclare droite et vraie, cela signifie que toute opinion différente n’est ni l’un ni l’autre. » « Chaque orthodoxie a pour opinion qu’elle est la seule bonne et la seule vraie. » Une orthodoxie est donc avant tout une doctrine d’exclusion.

    L’orthodoxie succède à la croyance. Un croyant en appelle à tous les hommes pour qu’ils partagent sa foi ; un orthodoxe récuse tous les hommes qui ne partagent pas sa foi. C’est que la foi du premier est surtout un sentiment et la foi du second surtout un système. Le premier dit : « Laissez venir à moi… » et le second : « Qu’il soit anathème… »

    C’est une loi presque fatale que ceci succède à cela.

    Pourquoi ce durcissement, ce passage de l’appel au refus ? C’est que toute croyance contient en germe un élément négatif : la même idée qui est un moyen de ralliement sert aussi un moyen d’exclusion : « Qui n’est pas avec moi est contre moi. »

    C’est surtout qu’une croyance en s’implantant dans une société s’organise et se défend comme une plante qui étend ses racines jusqu’à ce qu’elle trouve de l’eau, recouvre sa tige d’écorce, tourne ses feuilles vers le soleil, enfin use de tous les moyens pour se développer et repousse avec intransigeance tout ce qui ne peut pas l’y aider. L’orthodoxie est donc une suite fatale de toute croyance qui réussit ; ou, en tout cas, elle est une tentation à laquelle peu de croyances résistent.

    (…) [Les orthodoxies] rapprochent des hommes très différents qu’elles rendent semblables ; elles éloignent des hommes très semblables qu’elles rendent différents et même hostiles, témoins les luttes interminables, à l’époque des Croisades, entre les Latins et les Grecs.

    Ces grandes forces sociales que constituent les orthodoxies risquent de faire perdre complètement le contact avec la croyance primitive.

    Toute orthodoxie repose en effet sur des conventions, et la première de toutes est qu’il faut se ranger à l’avis soit d’une majorité, soit d’un chef, et, une fois que cette majorité ou ce chef se sont prononcés, se ranger à leur avis sous peine d’être bannis de la société. Une hérésie se distingue d’une orthodoxie par le fait qu’elle ne groupe qu’une minorité. Tel est au moins le caractère de l’hérésie pour celui qui voit les choses du dehors. Pour celui qui les voit du dedans, la majorité et le chef se décident d’après la tradition, ils sont animés d’un esprit qui dicte leurs décisions ; l’arbitraire du nombre ou de la dictature ne serait ainsi qu’apparent.

    En tout cas, le résultat est que l’orthodoxie devient de plus en plus une convention et s’appuie de plus en plus sur des formulaires, de même qu’elle cherche un soutien dans un État ou dans une classe sociale.

    Cette cristallisation et ce raidissement sont des nécessités pour l’orthodoxie. Elle ne peut se maintenir qu’en restant immobile, car la moindre fissure pourrait entraîner l’écroulement de tout l’édifice : si on laisse critiquer un point, pourquoi pas un autre point et ainsi de suite ? L’orthodoxie est donc parfaitement intransigeante.

    Et le croyant se sent rassuré : dans un univers changeant il s’attache à quelque chose qui ne bouge pas, et se sent d’accord avec un grand nombre d’hommes. Or les deux causes les plus aiguës de souffrance sont incontestablement la solitude dans la Nature et la solitude dans la société. ÉCHAPPER À L’ISOLEMENT EST LE PREMIER BESOIN DE L’HOMME. ON S’EXPLIQUE, QUAND ON PENSE À CELA, L’ADHÉSION À UNE ORTHODOXIE DE NOMBREUX INTELLECTUELS, exigeants pour leur propre pensée, mais PRÊTS À ACCEPTER N’IMPORTE QUEL SYSTÈME AFIN DE N’ÊTRE PLUS SEULS, et aussi parfois afin de rejoindre la communion humaine.

    De telles conversions quand elles sont désintéressées sont très respectables. Elles n’en sont pas moins suspectes du point de vue de l’intégrité intellectuelle, car on ne doit admettre aucune idée, même bienfaisante, que l’on ne croie vraie. Le « pieux mensonge » est chose haïssable. C’est l’honneur de l’homme de se soumettre à des choses qui le dépassent.

    (…)

    À peine née, la foi agit ; à peine agit-elle qu’elle cherche à se nommer. Elle rassemble autour d’elle un nombre d’hommes qu’elle sépare des autres : ce partage forme les partis. Déjà l’idéal se trouble et s’obscurcit en passant dans la pratique. Il existait pour unifier ; voici qu’il divise. Le croyant s’étonne qu’on ne participe pas à sa croyance. Mais il ne nie que parce qu’il affirme ; il ne déteste que parce qu’il aime. Un moment vient où il finit par oublier le but pour ne plus voir que le moyen.

    (Commentaire [de Jean Grenier]) : Nous n’examinons ni le fascisme ni le social-nationalisme. La Nation et la Race peuvent être efficaces mais c’est, nous semble-t-il, plutôt comme mythes que comme idéaux. Un mythe divise dès le début ; un idéal peut se dégrader en mythe, mais commence toujours par unir. Nous sommes contre les mythes.

    Du parti.

    Il peut être intéressant de voir maintenant comment se fait l’adhésion à un parti une fois que nous avons circonscrit le champ dans lequel peut se faire cette adhésion. Nous laissons le cas de ceux qui ont souffert et n’ont pas eu à choisir, pour nous tourner du côté de ceux qui n’ont pas souffert et dont le choix doit être déterminé par l’intelligence. Nous ne parlons plus ici des mêmes hommes ; et nous allons signaler quelques difficultés qui se présentent aux intellectuels.

    3° Un intellectuel qui s’est montré dilettante et n’a envisagé dans la vie que sa part de rêve et de jeu, dès qu’il est converti à l’action sociale, se précipite vers la conception la plus rigide de l’art populaire : il ne veut plus écrire une ligne qui ne serve à la société ; et surtout il ne verra aucune difficulté à adhérer au Credo le plus catégorique. Plus on a pris de libertés autrefois, plus on doit se montrer sévère envers soi-même – et aussi envers les autres. La psychologie de saint Augustin est celle de tous les convertis.

    4° Comme l’intellectuel a d’habitude (et rien n’est plus malheureux) peu de contact avec les autres hommes, en tout cas en a moins que l’ouvrier, le technicien ou l’homme politique, comme par suite il ne peut agir directement autour de lui, il se croit obligé d’adopter des opinions extrêmes afin de compenser le peu d’étendue de son action. Il sera d’autant plus tenté de le faire, s’il a le sentiment de la justice, que sa situation sociale paraîtra aux autres plus avantageuse.

    5° Quand on doit traiter une affaire qui vous concerne personnellement on réfléchit avant de s’y engager, car si l’affaire tourne mal vous en supportez les conséquences. Un pilote, un chirurgien, un mécanicien, n’ont pas le droit de se tromper. Si vous adoptez une théorie politique vous n’aurez pas ces scrupules… Et même… Laissons parler Descartes :

    « II me semblait que je pourrais rencontrer plus de vérité dans les raisonnements que chacun fait touchant les affaires qui lui importent, et dont l’événement le doit punir bientôt après s’il a mal jugé, que dans ceux que fait un homme de lettres dans son cabinet touchant des spéculations qui ne produisent aucun effet, et qui ne lui sont d’autre conséquence sinon que peut-être il en tirera d’autant plus de vanité qu’elles seront plus éloignées du sens commun, à cause qu’il aura dû employer d’autant plus d’esprit et d’artifice à tâcher de les rendre vraisemblables. »

    6° Il faut tenir compte du désir de simplification naturel à tout homme. Autrefois il y avait dans les villages les « blancs » et les « rouges » et il ne fallait pas sortir de là. Maintenant si l’on n’est pas « marxiste » ou susceptible de le devenir, on vous tient pour « fasciste ». Ce n’est pas une mauvaise tactique étant donné la peur des mots ; et l’on voit des gens résignés à tout dire et à tout faire « pour ne pas passer pour… ». Mais un pareil procédé n’est preuve ni de bon sens ni de bonne foi.

    Peut-on être convaincu de la nécessité et de la bienfaisance de ce qu’on appelle en gros « le socialisme » ? Oui. Est-on forcé pour cela d’être marxiste? Non. – Peut-on admettre une politique d’extrême gauche? Oui. Est-on forcé pour cela d’admettre la métaphysique de l’extrême gauche ? Non.

    Transformer la propriété, renoncer à toute conquête et à toute colonisation, faire du travail un droit et un devoir, pourquoi pas? Mais comme cela m’ennuie si vous exigez pour cela que je croie au progrès, à la raison et à la science, au sens où les hommes du siècle dernier ont pris ces mots-là!

    Il convient de dissocier les idées, avant et afin d’associer les cœurs. Voici quelques dissociations :

    7° L’extension de l’instruction ne va pas toujours de pair avec le progrès de la culture. Les masses sont de plus en plus éclairées, mais les lumières sont de plus en plus basses. Les idées courtes et simplistes ont plus de succès que les autres. Un homme cultivé a de moins en moins de contemporains. Pour peu qu’il mette en doute certaines idées générales et optimistes, un peu trop générales et un peu trop optimistes, il passe pour un buveur de sang. Mais cette marche inverse de l’instruction et de la culture n’était pas fatale. (…) »

    Jean Grenier, « Essai sur l’esprit d’orthodoxie ».

    Bon, voilà ; ce texte vous semblera peut-être hors sujet au premier abord, mais pourtant, il éclaire bien des aspects de nos controverses, et c’est à Jean Grenier que je pense tout de suite quand on invoque l’étiquette infamante « extrême quelque chose » en guise de ‘baguette magique de discrédit facile’… Chaque fois, je me dis alors en moi-même : « la peste soit des orthodoxies et de leurs inquisiteurs… »

    Mais surtout, sur le fond, je n’ai jamais lu ici (mais je peux avoir raté des interventions, il y en a tant chez Paul) que l’argent pouvait être librement créé « À PROFUSION » : j’ai plutôt lu qu’il était possible et utile de créer “À SUFFISANCE” (et précisément sans excès) une monnaie PERMANENTE, ce qui serait déjà formidable.

    Tous ont souligné cette nécessaire prudence, connaissant bien le chiffon rouge de l’hyperinflation, sorte de crucifix brandi par les exorcistes amis des rentiers pour effrayer les enfants curieux et indociles qui feraient mine de trouver intéressant le FAIT de la corrélation répétée entre prospérité générale et inflation modérée… Le chiffon rouge des amis des rentiers consiste à faire croire que toute inflation porte en elle le germe fatal de l’hyperinflation, ce qui est un amalgame, une exagération, une caricature (au profit de quelqu’un, peut-être ?).
    ___________________________

    Daniel (ou Linda ?) dit ensuite : « Croire dans la possibilité de créer la monnaie à partir de rien, amène à oublier que la création monétaire est forcément adossée à la production de richesses ».

    Il serait intéressant d’étayer cette affirmation : est-elle descriptive ou prescriptive ?

    Décrit-elle la réalité actuelle ? (et dans ce cas, il me semble que Daniel se trompe)

    ou bien indique-t-elle une conduite raisonnable à adopter en matière de création monétaire ? (et là, nous serions bien d’accord).
    ______________________________

    Mais surtout, à la fin du billet de Daniel (ou de Linda), nous allons peut-être tous nous rejoindre (enfin !) quand il dit :

    Je considère désormais la monnaie comme un bien commun, émis de toute façon par une banque centrale, laquelle doit représenter tous les citoyens d’un ensemble politique donné – nations ou confédération de nations – il n’y a pour l’instant pas de Banque Centrale d’émission Universelle, même si certains en rêvent.

    Dans cette optique, toute manipulation touchant à la circulation de ce bien commun doit pouvoir rester sous contrôle du citoyen. Sont alors condamnables autant les banques périphériques (d’affaires ou commerciales), qui accordent des crédits à tort et à travers pour les refourguer ensuite au marché sous forme de produits financiers opaques – leur seul souci étant de se sucrer au passage – qu’une banque centrale dite « indépendante » qui n’a de compte à rendre qu’à son directeur – comme c’est le cas pour la BCE.

    Le bien commun monétaire étant gagé sur la production commune, il est également capital que tout citoyen puisse trouver toutes les conditions favorables pour pouvoir participer à celle-ci. En particulier, sont constitutionnellement à proscrire ces étranges captations de « plus values négatives du travail » (avec en contrepartie une création de valeur pour l’actionnaire) que constituent les licenciements boursiers.

    (…)

    La réappropriation de leur monnaie par les citoyens, à travers un système bancaire régulé et contrôlé – ce qui ne remet pas en cause sa fonction originelle – doit permettre à chacun de rêver à nouveau en toute confiance, et d’estimer l’avoir bien mérité. Cela s’appelle la DIGNITÉ.

    Que pensez-vous, Paul, de cette belle conclusion ?
    Sommes-nous tous réunis autour de cette formulation œcuménique ?

    Et si vous l’agréez, si nous convergeons tous vers une monnaie libérée de la rente banquière et placée sous contrôle public intégral, quel est l’intérêt de l’interminable discussion sur la création (ou pas) de ‘monnaie’ par les banques commerciales ?

    Ou bien, autrement dit, Paul, comment voulez-vous appeler, par quelle expression, (pour qu’on puisse tous enfin utiliser un mot commun consensuel pour décrire une réalité incontestable) les « signes nouveaux porteurs de pouvoir d’achat créés temporairement de toutes pièces par les banques commerciales à l’occasion d’un prêt » ?
    QUEL NOM donnez-vous à ces ‘chiffres transmissibles’ apparus ex nihilo sur des DAV au moment des emprunts (et détruits au moment des remboursements)’ ?

    Et que pensez-vous de la maîtrise publique (nécessaire ou pas ?) de toute création de nouveaux exemplaires ces signes ?

    Bien amicalement.

    Étienne.

  5. Moi je suis ému par le message de Linda. Je dis l’argent n’est pas le nerf de la guerre, c’est le courage.
    Je dis, interdiction de la bourse et de la spéculation financière (l’autre faut faire avec…) je dis pas d’autre moyen que coercitif, c’est malheureux mais c’est comme ça. Il y a un truc qui déforme les gens c’est le pouvoir, en ce moment c’est l’argent, à d’autre c’est la religion, tous les pouvoirs sont instables , mais nécessaires. On assiste à la chute d’une idole, le dollar, c’est notre responsabilité de faire autre chose maintenant. Je dis discours simple mais pas simpliste.
    Je dis aux armes citoyens (refrain connu…)
    Bonne année 2009 avec de gros morceaux de neufs et de réalités dedans.!

  6. Paix aux hommes de bonne volonté…
    …Et aux femmes ( @ Gibus du 24/12 : assassin et perspicace : bravo ! mais ne vous méprenez pas, le sale gosse a quand même du cœur)

    @ RST (pour solde de tout compte)

    1) Non, s’il vous plait, n’interprétez pas ce qui n’est que clause de style. Quand je parle « d’analphabète théorique » je ne fais pas dans la victimisation, je fais dans l’hyperbole et l’auto dérision, c’est-à-dire dans l’humour. Des fois ça marche, des fois ça ne marche pas. Avec vous, la prochaine fois, j’essaierai autre chose…
    C’est pareil quand je dis par exemple : « Je vous connais bien ». Il est évident que je parle des positions que vous défendez généralement. Comment voulez-vous que je puisse parler de vous personnellement, puisque je ne connais même pas votre prénom (moi c’est Daniel). Cependant vous semblez prendre les mots de plein fouet et vous êtes probablement quelqu’un d’intéressant…

    2) Sur le mot « ennemi » je reconnais que le terme est fort. Il semble qu’il vous ait particulièrement choqué et je m’en excuse. Certains mots m’habitent, ils sont liés à mon histoire personnelle, et ils filent naturellement sans que je m’en rende compte quand j’écris. Vous savez, je me souviens d’un professeur de français qui m’avait dit un jour : « Si vous persistez à écrire comme cela, vous finirez sous les ponts ». Cela ne s’est pas arrangé avec le temps mais qu’y faire, me taire ?

    3) Sur votre qualité supposée « d’expert » vous touchez là à un problème bien réel. C’est vrai qu’il est très facile de se faire passer pour ce que l’on n’est pas sur internet, et à fortiori, de tirer des plans sur la comète à propos d’autrui. C’est la raison pour laquelle j’ai décidé de ne plus utiliser de pseudo, ou alors de temps en temps pour rire (clin d’œil @ Benoit). Vous pouvez vérifier, je suis dans l’annuaire, à Grenoble (38000). En tout cas la passion que vous avez mis à vous instruire fait de l’effet, ce qui est tout à votre honneur.

    4) Oui, je sais, il y a des tas de bouquins qui abondent dans votre sens mais pourquoi cela aurait-il valeur de vérité absolue ? (dans sa passe d’arme –encore une métaphore militaire- avec Etienne, Nadine a très bien résumé la chose sur les prix Nobel). Vous faites aussi une comparaison malheureuse avec le domaine médical. Que valent aujourd’hui les livres sur les maladies infectieuses écrits avant Pasteur ? Rien qu’une phrase telle que celle-ci, que vous extrayez du Plihon : « La plupart du temps, les créances bancaires correspondent à des crédits : il s’agit de la monnaie de crédit, créée ex-nihilo par les banques à l’occasion de leurs prêts » est immédiatement sujette à interprétation. Rien ne m’oblige à voir dans les instruments de crédit des banques de la monnaie centrale créée ex-nihilo… Et l’on retombe sur nos moutons !

    5) Je pense que ce qui nous différencie est notre approche de l’économie. Vous vous êtes coltinée avec la matière en l’abordant de front, et moi, en partant de ce qui me passionne en fait le plus : l’histoire. Je résonne peut-être trop en me référant à des cas d’espèces du passé ? Ceux-ci, en tant que faits, n’en posent pas moins une base de réflexion solide. Sinon, je ne suis sûr de rien. Si l’avenir vous donne raison je vous en donne acte d’avance.

    @ Stubborn
    Vous, vous êtes de bonne composition, car j’ai vraiment été cavalier à votre endroit ! Veuillez pardonner à l’homme fatigué. Dans mon analogie avec la voiture, je voulais simplement dire qu’entre la vitesse et la méchanceté intrinsèque de l’engin, on semblait oublier précisément le chauffeur. C’est vrai que c’est difficile de passer de la littérature à l’économie. Peut-être parce que trop d’économistes répugnent à faire le chemin inverse, ce qui serait bien utile à tout le monde. Il y a des exceptions heureusement. Les livres de Paul (je pourrais en dire autant par exemple de ceux de Gréau) sont très bien écrits. Merci pour eux.
    A part ça, si vous étiez rwandais, vous vous méfieriez plus des « petites machettes défricheuses et patientes » (le Rwanda : premier génocide de l’ère écologique postindustrielle). Ne croyez pas que j’ai un rapport pathologique avec les armes. Essayez seulement de raconter l’histoire de l’humanité en faisant l’impasse sur cet aspect là, et vous raconteriez quelque chose sans queue ni tête. L’invention du canon rayé a eu autant d’impact sur l’homme que celle de la pénicilline. Je suis le premier à le regretter et à me méfier tout autant que vous des grands soirs. Je fais avec, c’est tout.

    @ Jonathan, Leduc, Rumbo, Noviant, Shiva ( ? ) et les autres que j’oublie.

    Merci ! Vous êtes tous très forts et savez faire dans l’analyse nuancée, ce qui me manque, car je domine beaucoup moins mon sujet que vous tous. Une seule chose, avant de vous souhaiter bonne nuit. La formule « Pépé le Momo » (Allais) était destinée au départ à mon amusement personnel, pas à la cantonade. J’ai oublié de la corriger en soumettant mon texte à Paul. Je suppose qu’elle a du en choquer quelques uns, et à ceux-ci je voudrai dire que, même si je ne suis pas toujours d’accord avec les théories de l’économiste, j’ai beaucoup de respect pour l’humaniste qu’il est essentiellement.

  7. Certains pays ont fait défaut dans l’histoire ou ont restructuré leurs obligations, incluant la Russie en 1998. Mais il est très peu probable qu’un pays comme le USA soit contraint de le faire car nous verrions plutôt une grande dévaluation de monnaie avant d’en arriver là.

  8. Il y a une crispation conceptuelle autour de ce ‘ex-nihilo’ comme s’il s’agissait d’un tour de magie.
    Et un tour de magie qui serait forcément condamnable, puisqu’ éxécuté par les ‘banques’.

    Mais enfin , cette crise actuelle tout le monde s’accorde à dire que c’est la politique monétaire de l’ETAT américain qui en est à l’origine , par la promotion d’un argent pas chère ! Les banques ne sont que le relai idéal.

    Il s’ensuit forcément un mécanisme de bulle et de spéculation , car cette masse monétaire DOIT trouver un débouché (que l’économie réelle n’arrive pas -je ne sais pas pourquoi- à fournir).

    Un bulle c’est déjà vilain et pas bien, surtout quand ça dégonfle : mais tant que le déplacement de richesse de ceux qui en auront profité peut -être honoré par les plumés, cela reste à somme nulle ….
    Mais quand ça pète trop vite et que cela aboutit à une dette ne pouvant pas être honoré, cette dette va se mettre à courir pour chercher sa victime : il en faut obligatoirement une.

    Et quand cette dette circule dans un système déjà en tension extrême puisqu’on était dans un système déjà bien endetté (Etat/ménage) … et dont le mode de fonctionnement monétaire repose sur de l’argent-dette (en ce sens que la monnaie est au départ un emprunt de l’entreprise à sa banque , donc en fait un emprunt à la société entière elle même), alors cela fait bien des dégats.

    Et quand on réalise que la somme des dettes ne peut plus être garantie par la réalité des richesses actuelles, ni présentement , ni a court terme , alors c’est la course au cach, à la liquidité … qu’on laisse encore en banque tant qu’on a confiance dans sa banque, ou dans la monnaie fiduciaire … sinon on passera au lingot

    Dommage que ce scénario, non seulement détruise la richesse virtuelle, mais destructure l’ empilement fragile des dettes et aboutisse à détruire de la véritable richesse dans l’économie réelle : c’est la même monnaie pour tous.

    Et on assiste à phénomène stupide d’adéquation ou chacun a plus d’intérêt individuel , pour préserver son pécule, à avoir un comportement destructeur pour le système, donc pour les autres : c’est le marché qui s’auto-nettoie de ses (nos) excès.

    Dans ce scénario, les banques ne sont qu’un débouché des deux débouchés, qu’une des 2 bulles .
    Car il y a eu deux bulles : l’immobilier et la spéculation … qui se sont rencontrés dans la magie des sub-primes.

    Bref, même si la création de la monnaie pose des problèmes conceptuels de règles du jeu vu qu’il ne sert pas qu’aux strictes échanges mais aussi au partage des richesse (Chacun voulant se servir au passage suivant la force de sa situation), dans la crise actuelle les origines sont a chercher ailleurs :
    – Du coté des USA dans leur ensemble
    – Du côté du tripotage permanent de la monnaie selon des pratiques bassement keynesienne qui le ferait retourner dans sa tombe (mais qui fascinait une partie de la gauche actuelle)
    – Du côté de l’ETAT US , de son faux libéralisme, et de son faux social à la Fanny May.

    Restent quelques gagnants que personne n’ira titiller (car fondement de la propriété) : les vendeurs d’immobilier au plus haut, et les heureux commissionnés de la chaine bancaire (de ceux qui ont accordé ces prêts pourris à ceux qui les ont titrisés en douceur : la politique de la patate chaude appliquée à la gestion du risque).

    PS/ Sinon , oui Linda , bon billet : je n’arrive pas toujours à savoir si je suis d’accord ou pas mais je craque au final altéro-oeucuménique ! 😉

  9. Encore un excellent billet d’ Étienne Chouard qui appuie là ou ça fait mal et pousse la réflexion encore plus loin.

    Effectivement les modèles théoriques ballons, papiers, M. untel a son argent en poche il va à la banque… ne sont d’aucune utilité pour prouver ou invalider l’acte de création monétaire par les organismes de crédits. Cette création ne découle pas d’un processus logique, d’une “mécanique naturelle”, aucune démonstration théorique ne permettra de prouver ou d’ invalider un fait qui découle de choix organisationnels humains. La création monétaire n’est pas une propriété d’un objet “banque” que l’on pourrait prouver à partir de prémices suffisamment clairement définies. D’autant plus que dans les modèles utilisés ici la conclusions fait partie des prémices !

    – A met son argent à la banque, la banque prête cet argent à B – moins les réserves fractionnaires – qui achète un bien à C qui remet l’argent à la banque qui le re-prête etc…
    Au final lorsque tout le monde aura remboursé la banque il ne restera plus que l’argent de A: Donc les banques ne créent pas d’argent CQFD.

    Ou alors pour “l’affaire” des ballons :

    “Mon fils dépose 10 ballons dans son placard. Sa sœur emprunte 9 ballons…” inutile d’aller plus loin, cette banque prête unique ment ses dépôts. Tout est dit; mais rein n’est prouvé…

    Ces modèles théoriques ne font que renvoyer à la question:
    La banque commerciale prête-t-elle ses dépôts ou une monnaie temporaire crée pour l’occasion ?

    Paul donne lui-même la réponse (ref. http://www.pauljorion.com/blog/?p=1074):

    “Quand on attire ensuite son attention sur le fait que sa « création ex nihilo » est une opération comptable enregistrant l’existence d’une dette, liée à une présentation particulière, celle du système « à double entrée », accompagnée d’un vrai transfert d’argent (reçu par le vendeur de la maison, par exemple) qui sera suivie d’une opération comptable en sens inverse de « destruction ex quelque chose », quand l’argent vrai sera remboursé, on est en droit de lui demander : « Où est le scandale ?”

    Plus loin on trouve :
    “nous faisons des paris sur l’avenir, nous avançons de l’argent à celui qui va créer de la richesse”

    Des fois je me demande si je ne suis pas une bactérie dans le “blog de pétri” d’un anthropologue…

    Mais, plus loin encore :

    “Si je prête de l’argent à quelqu’un parce que son salaire n’est pas suffisant pour nourrir sa famille et que je lui réclame des intérêts, je ferais peut–être mieux de m’abstenir et à tout prendre, cet argent, il vaudrait bien mieux que je le lui donne, puisqu’il est clair que moi je peux m’en passer. Mais le vrai scandale bien entendu c’est que nous vivons dans un monde où il y a des gens qui n’ont pas à bouffer et que ça ne nous empêche pas de dormir. Le jour où ça nous empêchera de dormir, nous serons prêts à situer les scandales là où ils existent.”

    Je me dis que cet “agent” qui n’en est pas, cette reconnaissance de dettes temporaires, promesse de richesses futures, cette fiction incréée, à un bon fond si l’on excepte les intérêts :-))

    PS: La demande de sourcer et d’apporter des éléments probants (si possible), lorsque l’on affirme; n’est pas de nature à déclencher des psychodrames. A mon sens c’est vital, c’est la différence entre un débat capable de comprendre qu’en y regardant de plus près la roue que l’on croyait ronde est finalement ovale voir carrée !
    Et un jeux d’orthodoxies mondaines, plus ou moins vache (il y en avait à Bethléem ?) du type “Jacques” à dit…

    PS 2: allez je fais mon “comming aout” J’Y CONNAIS RIEN EN ECONOMIE

  10. @ Shiva
    je vais chez l’épicier et achète pour 100 € . Je ne paie pas en monaie scripturale ni fiduciaire mais signe une reconnaissance de dette de 100€ plus un bonbon pour le service . L’épicier est gourmant.
    Celui ci règle une partie de sa prochaine livraison de bonbons avec ma reconnaissance de dette. Le livreur me connait. Il ne demande rien en plus car il n’est pas gourmant.
    Il vient me voir à la fin du mois (j’ai enfin été payé) : je lui règle les 100 € en billet , mais il ne prend pas le bonbon.

    A ) REPONDRE AUX QUESTIONS

    1) Ma reconnaissance de dette qui a circulé : est-ce de la monnaie ?
    2) Ma reconnaissance de dette : est-ce MA PROPRE monnaie ?
    3) L’ai-je créée à partir de ex-nihilo ou bien de mon propre culot.
    4) Ai-je été ma propre banque ?

    5) Après m’être acquitté de ma dette , donc avoir dédruit ma propre monnaie, peut-on dire que ma monnaie n’a jamais existé ?
    6) Si oui (elle n’a jamais existé) , peut-on alors dire que ma monnaie virtuelle n’ était qu’ anticipatrice du billet de 100 € ?
    7) Sinon expliquez comment les échanges de bien ont pu s’opérer.

    B) REPONDRE AUX MEMES QUESTIONS SACHANT QUE : en fait j’avais 100€ en or caché (comme un DEPOT) chez moi au fond de ma boite à bonbons … qui étaient le gage des 100€ de ma reconnaissance de dette.

    C) Question subsidiaire : A qui appartient le bonbon et qu’en faire ?

    PS/ Moi non plus je n’y connait rien en économie. Parfois (enfin c’est rare) ça peut être un avantage.

  11. @ Paul ,
    Bon, en fouillant dans vos billets je découvre que vous êtes anti-friedmanien et allergique à la M1.

    Je suis donc désolé si les bras vous en sont tombés en lisant ma formule (plus haut) E= m2v plutôt que E= Mv2

    C’est que voyez vous, je pense que la stricte vitesse ne peut pas avoir un effet inflationiste ou noscif aussi efficace qu’une augmentation de la masse monétaire.

    Néanmoins l’idée de contrôler la monnaie en contrôlant sa masse est vraiment une idée d’un simplisme assez affligeant (Vraiment le truc qui n’explique rien, en plus) . Comme si on réduisait la sociologie à la démographie ou bien pire , au recensement.

    Pour moi le problème c’est l’argent facile en amont qui, à partir d’un moment donné ne trouve plus sa justification et s’en invente : bulle/spéculation classique , et d’autre part l’endettement généralisé avec des des ménages et des états ou acteurs publics, qui finit par être un ensemble de promesses qu’on ne pourra pas raisonnablement tenir .
    Ceci étant singulièrement alourdi (semble-t-il spécifiquement pour ce coup là) par les produits sophistiqués de la finance qui transforme toutes les créances à maturité longue donc incertaines en cash immédiat.

    Bon, pour vous faire plaisir, je veux bien admettre que le mauvais partage de richesse joue quelque part un rôle … mais il est filtré par une perception forcément subjective et ‘médiatisé’ (vous aimez bien le mot) et ne correspond pas toujours à la réalité.
    Mais j’ai surtout l’impression d’une sorte de boulimie de consommation quantitative avec un état de manque dès que cela stagne : la voilà l’aliénation de notre modèle où l’on se piège tous.

    Respectueusement et primitivement vôtre.

  12. @ Etienne Chouard

    Etienne ! Etienne ! Etienne ! Encore une nuit blanche en perspective, après 10h de boulot et avant de remettre ça demain dimanche à 13h (pour ceux qui travaillent dans les hôtels les fêtes sont une vue de l’esprit). Cela ne va pas arranger mon taux de sucre (oui Etienne, je suis un puni ! J’ai trop bâfré et trop picolé !) Mais il le faut car je crois vraiment qu’il y a un malentendu entre nous.

    J’aimerais d’abord que vous relisiez la réponse que j’ai faite à Fab et RST dans mon billet du 26 décembre à 4h37 (au passage je vous précise que Linda Seredes est l’anagramme « idéal » que j’avais trouvé pour la fille adolescente d’un copain, qui cherchait un nom pour s’imaginer en star de rock !). Etant crevé et passablement énervé, j’ai mis beaucoup de moi-même la dedans, comme toujours en ces cas là. Cela vous mettra en condition pour mieux me connaître et savoir ce que je cherche réellement, où plutôt vers quoi je cherche à me diriger à l’aveuglette.

    Sur ce point, ne me reprochez pas, comme l’avait fait RST (et je comprends parfaitement qu’il en soit venu à penser cela) de faire de la « victimisation », si je vous dis que ma perception de tout ce qui se débat sur ce blog est beaucoup plus « subjective », c’est à dire intuitive, que la vôtre, où d’autres intervenants réguliers, lesquels apportent à ces échanges une qualité d’approfondissement incroyable. Je le répète, je le martèle, je n’ai pas la même facilité que vous semblez avoir, ainsi que beaucoup d’autres, d’objectiver et approfondir rationnellement les choses.

    Si je veux intervenir dans vos débats, j’ai besoin déjà de plus de temps (pour écrire ce long texte que j’ai adressé à Paul, il m’a fallu littéralement me « retirer dans le désert » lui sait de quoi je parle) et de tout un tas de béquilles que sont, entre autres, mon vécu personnel (qui peut facilement donner l’impression que je « m’étale ») les analogies et les coquetteries de style (ça, je sais très bien le faire), et, sans doute mon point fort, une bonne connaissance de l’histoire universelle (j’ai beaucoup « bossé » pour l’acquérir). Ce temps fou que je perds à mobiliser toutes ces béquilles pour vous rejoindre, vous l’avez déjà gagné pour aller droit au but, au cœur du débat.

    Quand vous m’avez répondu personnellement -grand merci au passage- sur ma petite analyse « anti jésuitique » de votre synthèse « jésuitique » (où l’inverse, tout est une question d’angle de vue, j’y reviendrai) il m’a déjà fallu une bonne heure, non pas pour vous comprendre, car vous êtes très clair (tous les gens qui s’expriment ici sont généralement à mon sens d’une clarté cristalline) mais pour reprendre mes esprit et simplement me sentir capable de vous répondre. D’où ce décalage entre mon billet et le vôtre.

    Si je m’accroche, si j’accepte de passer encore des heures à le faire (et oui, en plus j’écris très lentement) c’est parce que je sens qu’il y a dans cet acte quelque chose qui relève, allez vous trouver ça pompeux ? De la CITOYENNETE, c’est-à-dire de la participation au BIEN PUBLIC. Ce que j’avais perdu au bout d’une brève incursion dans le militantisme politique, je crois en effet l’avoir retrouvé ici, mais en me heurtant, comme dans le premier cas, au plafond de verre qui séparent ceux qui parlent de ceux qui aimeraient participer aussi au discours, et éprouvent plus de difficultés pour le faire.

    Cette introduction doit vous sembler bien étrange, mais ce n’est certes pas pour noyer le poisson, c’est le CÅ’UR MEME DU SUJET. Ecoutez Etienne ! Une chose me hante actuellement. Je n’en dors pas de la nuit comme vous-mêmes perdiez le sommeil, il y cinq ans, en repensant à ce que pouvait impliquer, pour la démocratie, les méandres tortueux du TCE. C’est le décalage grandissant qui existe actuellement entre les nouveaux groupes sociaux, j’ai envie d’ailleurs de dire les nouvelles classes sociales.
    Il y a d’abord ceux qui ont le pouvoir que confère la possession de l’argent, le pouvoir de le manipuler, et de manipuler tout le restant de la société en manipulant aussi tout l’imaginaire symbolique liée à l’argent. Je les appelle moi les DEPOSSESSEURS.

    Il y a ensuite ceux, qui font déjà partie du cercle des « dépossédés », qui n’ont pas ou peu le pouvoir de l’argent, mais n’en possède pas moins encore un certain pouvoir, celui que donne la Connaissance, le Savoir.
    Tous les rapports d’amour haine que le premier groupe entretien avec le second proviennent de ce que celui-ci est encore indispensable à celui-là, notre société hyper industrielle l’exige, tout en lui constituant une menace permanente de par son importance numérique.

    Le rêve et l’intérêt des manipulateurs d’argent (il n’y a pas de « complot » là dedans, rien qu’un saut de civilisation) est maintenant de contenir l’expansion des détenteurs de savoir, tout en les asservissant totalement à leur objet. Contradiction impossible qui rend irrémédiablement les deux groupes hostiles l’un à l’autre.
    Il y a enfin les autres, tous les autres, ceux qui n’ont peu ou pas l’argent, peu ou pas le savoir, et sont doublement dépossédés à ces deux titres. En bout de chaîne, la décharge publique de ce groupe, vous avez le PLEINEMENT DEPOSSEDE, le SDF, le « sans ».

    L’alliance des classes moyennes et des classes possédantes qui a eu lieu dans les années quatre-vingt, pour imposer un consensus libéral et libre échangiste, a permis l’effacement relatif de l’ancienne opposition des classes, en exportant ensuite de larges pans de l’appareil productif.
    Il n’est pas certain que la nouvelle problématique sociale que je viens d’exposer finisse par réactiver l’ancienne. Elle n’en est pas moins actuellement lourde de toutes les dérives, toutes les aventures, tous les cauchemars pouvant affecter l’ordre démocratique dont la caste transnationale (mondiale ne veut rien dire) ne voit plus désormais l’utilité de son maintien.

    Je me réfère souvent à Emmanuel Todd, puisqu’il est en effet le penseur (et un merveilleux vulgarisateur, je sais que vous aussi Etienne avez adoré son dernier livre) qui m’a permis le mieux de structurer ma vision HISTORIQUE des choses (dans le domaine plus particuliers de l’économie, je ferais plus confiance à Paul). Mais, au niveau de mon vécu au jour le jour depuis une trentaine d’année, le meilleur interprète de ma vision du monde et de l’angoisse que celle-ci génère, a été un gamin anglais de 25 ans, Robert Mac Liam Wilson (j’ai déjà parlé une fois de lui ici) et son extraordinaire roman-témoignage-enquête-reportage « les dépossédés ».

    Ce qui me hante, Etienne, c’est l’autisme (le mot est de Todd) qui règne entre tous ceux que j’appelle » les dépossédés » et la nécessité de créer des PONTS, afin de cristalliser entre eux une alliance NECESSAIRE et URGENTE.
    En vous répondant, Etienne, et ici j’ai bien conscience que je risque de paraître encore plus « à côté de la plaque » (je m’en fous, Etienne, d’être à côté de la plaque, ma vie entière l’a été) ou carrément dingue (pas grave, j’ai, comme on dit, un « passé psychiatrique » je m’en suis d’ailleurs « étalé » ici même) j’ai l’impression de créer l’un de ces ponts, moi l’autodidacte prolo déclassé des services et vous l’enseignant, car, que vous le vouliez ou non, nous ne procédons pas du même ordre de dépossession. Vous aussi êtes d’une certaine manière un autodidacte, mais cet habit a été beaucoup plus facile à endosser pour vous que pour moi.

    Quand j’écris sur ce blog, Etienne, je n’ai que le souci de répondre à trois exigences, les seules qui permettront, à mon avis, de créer un pont le plus large possible entre les gens comme vous et les gens comme moi : la SINCERITE, la CLARTE, la SIMPLICITE.

    Quelles que soient les options intellectuelles que je prends, et je reconnais que celle que j’ai choisi sur la monnaie n’est pas la plus aisée à défendre pour un profane, avec ces trois seules exigences que sont les miennes, il vous sera toujours très facile de me désarçonner. Je n’ai pas en effet votre rigueur pénétrante dans l’analyse ni cette fameuse intransigeance intellectuelle dont j’ai déjà parlé et qui m’effraie un peu chez vous (cela viens peut-être simplement d’un tempérament passionné, il faut de la passion pour être parapentiste). Mais sachez qu’en me désarçonnant vous cassez aussi une démarche qui est purement politique, celle de pouvoir entrer et jouer sur le même terrain que vous.

    Cela est d’autant plus absurde, que ma théorie très personnelle sur les trois exigences de la démarche politique aujourd’hui, je l’ai forgée en vous lisant, vous, il y a cinq ans, quand vous avez balancé votre fameuse analyse du TCE sur internet. Ce que vous disiez dans cette dizaine de pages n’a pas été d’ailleurs le plus déterminant pour moi, même si je m’en suis servi largement pour contrer les tenants du oui, et à un moment ou le rapport en sa faveur était encore de 60/40. Non, ce qui m’a impressionné, moi, c’est la lettre ouverte à tous qui en constituait l’introduction. Je n’ai pas été le seul à l’afficher dans les endroits les plus variés (moi sur ma porte, ce qui m’a valu quelques déboires avec la copropriété), j’en ai même trouvé une clouée sur un arbre, en pleine forêt de Chartreuse (!?).

    Pas étonnant Etienne, vous aviez été admirable de sincérité, de clarté, et de simplicité. Le reste est donc passé comme un courrier circulaire à la poste.

    Vous voulez quand même que l’on revienne à nos poissons ? Pas de problème Etienne !
    Je vais juste mêler les deux billets dans lesquels vous m’interpellez gentiment (je le sais que vous êtes un brave type) parce que l’heure tourne et que la conclusion en est indifférente.

    L’histoire du flingue :

    Alors là, Etienne, le malentendu est énorme ! Qu’ai-je dit dans cette phrase : « Êtes-vous d’accord qu’un pistolet à grenaille trafiqué par un quidam peut être aussi efficace ou dangereux qu’un pistolet de même calibre fabriqué par une manufacture en règle ? ».
    QU’EFFECTIVEMENT ? Un feu à grenaille trafiqué par un quidam EST AUSSI DANGEREUX que le pistolet réglementaire d’un policier.

    (Tout est une question de distance : à cinq mètres par exemple, cela ne fera pas un pli. Pourquoi, d’après vous, Charles Pasqua avait fait reclasser ces engins de mort dans la même catégorie que les autres ? Lisez les faits divers de l’époque, et je parle en connaissance de cause, j’en ai eu un braqué sous mon nez toute une nuit par un maboul quand je faisais du gardiennage !).

    Le parallèle –pas des plus heureux je le reconnais- entre le quidam (privé) et la manufacture (fournissant la police, donc publique), renvoyait à une équivalence entre la banque privée et la banque publique. Ma réponse à la question citée était donc bien… « Oui ! Ce que vous appelez La monnaie créée par les banques commerciales PEUT ETRE AUSSI efficace et dangereuse pour la collectivité que la monnaie centrale ». C’est d’ailleurs pourquoi j’avais choisi une analogie aussi violente et… importante quand à son enjeu (je vous fais remarquer que si le coup était parti, je ne serais peut-être pas là pour vous en parler).

    Corollaire, Mon Cher Etienne : « NON ! LE FAIT DE NE PAS ETRE D’ACCORD SUR LA NATURE DE LA MONNAIE NE NOUS EMPECHE PAS DE L’ETRE SUR L’ESSENTIEL, DES ABUS PATENTS DANS SA GESTION PAR LES BANQUES ».
    Dés lors, toute votre science sur les analogies et les syllogismes tombent à plat. Je m’en doutais un peu, Etienne, que je n’étais pas Aristote !

    Cette anecdote est révélatrice. Nous nous opposons parce que nous ne nous écoutons pas, et la rigueur logique est aussi une manière de ne pas écouter l’autre.
    Je crois vraiment que l’on devrait se parler plus souvent Etienne !

    Le titre : « Le scandale etc. :

    Vous m’avez laissé une porte de sortie en traitant de ce titre et vous avez eu raison : rien de ce que vous développez par ailleurs sur mes intentions supposées n’est vrai.
    Vous oubliez qu’en écrivant ce texte, je m’adressais d’abord à Paul, et que ce titre était avant tout destiné à son seul amusement (et au mien je le reconnais). Quand j’essaie de faire rire, je manie volontiers le colossal, la caricature, l’hyperbole, tout ceux qui me connaissent le savent… mais vous ne me connaissez pas.
    J’aurais très bien pu aussi caricaturer nos positions à Paul et à moi en écrivant : « Le scandale des martiens belges qui prennent les banques pour des toupies ».
    Je n’ai rien d’autre à ajouter sur ce chapitre. Les économistes, je trouve, gagneraient aussi à avoir un peu plus d’humour.

    L’extrême gauche :

    J’ai répondu, je crois, clairement sur ce point à RST. Mais est-ce que vous pouvez vraiment m’écouter si nous ne parlons pas de la même chose ?
    Il est impossible de nous rencontrer à partir du moment où vous parler de l’Extrême Gauche de l’Histoire, et moi de l’extrême gauche de ma vie, des gens que j’ai côtoyés dans ma jeunesse (j’ai même manié la barre à mine avec eux) et ceux que je côtoie encore dans mon quartier (et je n’ai aucune raison de ne pas le faire).
    Demandez donc à Paul qu’il vous fasse parvenir l’intégralité de mon texte (il en est seul juge, je lui en ai fait cadeau) vous verrez que je parle avec encore moins d’aménité des gens de mon propre camp politique QUE J’AI CONNUS.

    Le texte de Jean Grenier :

    Il est magnifique, pourquoi voulez-vous que je m’oppose à vous sur un bijou pareil ?

    La création monétaire forcément adossée à la production de richesse (signification mon adjudant) :

    Je cite Chouard dans le texte :
    « Une conduite raisonnable à adopter en matière de création monétaire ? (et là, nous serions bien d’accord). »
    Voilà, c’est fait ! Qui en doutait ? Pas moi en tout cas… quand à la fin de mon texte que vous citez, ben oui, nous VOULONS la même chose ! Il y a juste à évitez les églises, car nous n’irons pas à la messe ensemble (« le nom consensuel » coquin va !).

    6h00 du matin, Etienne. Je vous hais, Etienne.

    Amicalement.

    PS : Paul m’a promis d’éditer la dernière partie de mon texte (il le fera en temps voulu). C’est à mon avis la plus faible sur le plan de la rigueur (je l’ai écrite comme si j’étais poursuivi par un essaim de guêpe) mais la plus forte sur le plan de la rage et des convictions. Là, pour le coup, vous allez vraiment vous dire : « Au fou ! ».

  13. @Daniel Dresse. Si je me suis arrêtée -Stubborn est une fille- aux billets de Paul Jorion c’est parce que j’ai été bluffée non seulement par la clarté de la pensée, mais également par la qualité de l’écriture. Pour le reste pas de souci, j’adore les chevaux.

  14. @Oppossum

    Bonjour,

    L’exemple que vous proposez est relativement courant et utilisé depuis fort longtemps; l’effet de commerce utilisé entre agents non financiers ne conduit à une création monétaire.

    Je répond à vos questions :

    1) Ma reconnaissance de dette qui a circulé : est-ce de la monnaie ?

    Vous semblez répondre par la négative dans l’énoncé : “Je ne paie pas en monnaie scripturale ni fiduciaire”.
    selon moi un “titre de créance” n’est pas assimilable à une monnaie, c’est un titre.

    2) Ma reconnaissance de dette : est-ce MA PROPRE monnaie ?

    Rien ne vous empêche de désigner ainsi votre reconnaissance de dette, mais cela ne fait pas de vous un “agent financier” au sens de la BCE par exemple. En tout cas votre reconnaissance de dette, à ce stade, n’a aucune influence sur la quantité de monnaie officielle en circulation.

    3) L’ai-je créée à partir de ex-nihilo ou bien de mon propre culot.

    Cette question dépend de la réponse positive à la question (2).

    4) Ai-je été ma propre banque ?

    Idem que (3)

    5) Après m’être acquitté de ma dette , donc avoir dédruit ma propre monnaie, peut-on dire que ma monnaie n’a jamais existé ?

    Lorsque vous vous acquittez de votre dette vous transmettez de la monnaie à votre débiteur, votre titre de créance est liquidé (je ne connais pas le terme exact).
    Si vous dites “j’ai détruit ma propre monnaie on ne peut donc pas dire qu’elle n’a pas existé” je réponds oui, la logique interne de votre proposition est correcte mais ne prouve pas que le postula “ma propre monnaie” soit exact. Vous renvoyez encore à question (2)

    6) Si oui (elle n’a jamais existé) , peut-on alors dire que ma monnaie virtuelle n’ était qu’ anticipatrice du billet de 100 € ?

    “elle n’a jamais existé” que désignez-vous par “elle” ?
    Une “monnaie virtuelle” est-elle une monnaie qui n’a jamais existé ?
    On parle de monnaie virtuel pour désigner la monnaie électronique par opposition à la monnaie fiduciaire, le terme “virtuel” est ici ambigu.
    Ce qui existe bien c’est votre “billet à ordre” (reconnaissance de dette), endossé puis liquidé (annulé ?). La reconnaissance de dette n’anticipe pas le paiement, elle précise la date à partir de laquelle le paiement sera effectué. Il n’y à pas de paiement avant cette datte, sinon il n’y aurait pas besoin de ce contrat d’engagement à payer plus tard…

    7) Sinon expliquez comment les échanges de bien ont pu s’opérer.

    Vous l’avez dit vous même “Le livreur me connait”, les échanges ont eu lieu parce que l’épicier et le livreur ont eu suffisamment confiance dans le fait que vous effectueriez le paiement (transfert de monnaie, 100€) à la date prévue comme stipulé sur le “billet à ordre”.

    B)

    Aucune différence si ce n’est une augmentation de la confiance de l’épicier et du livreur dans votre capacité à effectuer le paiement à la date prévue.

    C)

    Sur la reconnaissance de dette à l’épicier vous écrivez entre autre: “100€ plus un bonbon “, l’épicier la cède “telle que” à son livreur. Ce dernier est en droit de vous le réclamer mais il vous en fait cadeau. Vous en ferez donc ce que vous voulez, attention toutefois, si c’est un caramel chinois, il est probable qu’il contienne de la mélamine !

    C’est un peu cruel de me soumettre à “la question” le dimanche matin, je crois que je vais faire une petite dépression moi :o(

    Mais non je déconne ;o)

    Avec tout ça j’ai raté “L’esprit public” de Philippe Meyer…

    Zut !

  15. @opposum

    Pour vous faire transpirer un peu, dites-moi que j’ai raison et que la création monétaire par les banques commerciales n’est pas prouvable par une modélisation logique, ou démontrez-moi le contraire.

    lol

  16. @ Linda
    Oui , pas mal le texte de Grenier.
    Mais enfin le problème de l’orthodoxie ne se pose que lorsqu’on accepte de rentrer dans une église.
    Il est difficile de ne pas rentrer, c’est vrai.

    Pour exister chaque église doit bâtir une orthodoxie c’est une nécéssité ontologique.
    A partir de là il s’agit de voir comment fonctionne cette othodoxie. Accepte-t-elle d’abriter des chapelles transversales ?

    Je constate tout de même que les orthodoxies trop éloignées d’un certain réel -même si leur point de départ correspond à quelque chose de “vrai” ou pertinent – , finissent , dans un mouvement de tétanisation, à exiger une croyance à un système global d’autant plus aveugle qu’elle est éloignée de la réalité fonctionnante : il s’ensuit une déconnection avec la réalité du possible. IL y a verrouillage.
    En général, ces églises explosent ou se délitent. Mais renaissent de leur cendre sous l’énergie de nouvelles générations, et ceci dans un éternel mouvement répétif et sans fin.

    Mais ne sont pas inutiles pour autant. C’est un éco-système.

    PS/ D’autres fois elles arrivent, par les circonstances historiques, au pouvoir. Et là, plus l’orthodoxie verrouillante sera forte, plus la catastrophe sera grande.

  17. Cher Daniel,

    Merci pour ce nouveau beau message.
    Comme je vous le disais, j’aime vous lire.

    Tous ces malentendus finiront comme des bulles de savons ;
    nous sommes d’accord sur l’essentiel.

    Je n’ai jamais pensé une seconde « vous désarçonner »
    (je ne pense jamais en ces termes, d’ailleurs).

    J’avais bien lu (et compris) votre expérience avec vos amis d’« extrême gauche ». Mais je reste sur ma méfiance de principe contre les étiquettes facilement infamantes par simple adjonction du qualificatif « extrême » le plus souvent arbitraire et surtout très commode pour discréditer un adversaire à bon compte, sans effort et sans raison.

    Big Brother a besoin d’ennemis à détester pour que nous oubliions ou acceptions ses méfaits sans résister (je viens de finir de relire « 1984 », c’est un perle, presque tous les paragraphes comptent, c’est une clef de lecture ce que devient le monde) et la caricature des « terroristes » (recette magique éternelle pour les tyrans) (avant, c’était les « barbares ») lui sert à nous dominer avec notre CONSENTEMENT APEURÉ.

    Je refuse d’avoir peur, j’ai cassé mon télécran, et je veux lire (et condamner si je veux) TOUTES les pensées, dissidentes ou pas, sans me laisser imposer mes lectures. Je n’ai pas honte de penser à contre-courant, je n’ai pas honte de trouver raisonnables des pensées qualifiées “ridicules” par les prêtres du moment.

    Je raffole de la contradiction, l’ayant repérée comme le meilleur moyen de progresser, à condition toutefois d’arriver à se convaincre sincèrement que l’autre est toujours de bonne foi, à ne jamais lui faire de procès d’intention (c’est parfois difficile, une vraie discipline) et à chercher pour quelles fichues raisons il peut croire sincèrement à une chose pareille… Chaque fois que je découvre une de mes erreurs, je progresse, et ça, c’est vraiment bon.

    Ce qui vous hante la nuit et vous empêche de dormir rejoint assez, il me semble, ce qui me hante la nuit et m’empêche de dormir : la coupure entre les DÉPOSSESSEURS et les DÉPOSSÉDÉS n’est pas nouvelle (mais l’expression, oui), et votre préoccupation (que j’analyse avec mes lunettes à moi comme une autre détestation de tous les abus de pouvoir) ne trouvera sa solution, je crois, qu’avec l’arme que j’élabore depuis quatre ans :

    En garantissant rigoureusement que le pouvoir CONSTITUANT soit parfaitement SÉPARÉ des pouvoirs CONSTITUÉS, (en imposant UNE ASSEMBLÉE CONSTITUANTE TIRÉE AU SORT et SURTOUT PAS ÉLUE PARMI LES CANDIDATS IMPOSÉS PAR LES PARTIS, tous composés d’hommes de pouvoir, et donc tous ‘juges et parties’ donc tous malhonnêtes dans cette occurrence précise du processus constituant), les humains (partout dans le monde, et à toute échelle, de la famille à la Terre, en passant par l’entreprise, l’État et le continent) se donneront la seule procédure capable de donner naissance à une véritable Constitution (et pas une parodie), c’est-à-dire un texte qui fasse peur aux pouvoirs, un texte qui ne donne aucune prise aux pouvoirs, un texte qui force les pouvoirs à la vertu, au respect des personnes physiques, à la mise sous tutelle des personnes morales, à la mesure, au service public, un texte qui protège durablement tout le monde (même les animaux) contre les abus de pouvoir.

    Ce texte protecteur ne survivra d’ailleurs à la corruption que tout pouvoir porte en lui que si tous les citoyens – comme à Athènes où les citoyens, les armes à la main, défendaient la démocratie, leur démocratie, contre les ‘oligarques’– que si tous les citoyens, donc, surveillent et défendent eux-mêmes les institutions, leurs institutions. Pour cela, il faut que les institutions, précisément, prévoient cette protection possible par n’importe quel citoyen. À mon avis, le référendum d’initiative citoyenne (RIC) est un des piliers d’une authentique démocratie.

    Sans cette procédure que je défends mordicus (dans l’indifférence générale), sans la séparation des pouvoirs au stade constituant, pas de progrès significatif possible, pas de perspectives pour les luttes sociales, nous sommes piégés par le droit, au plus haut niveau.

    Tant que nous laisserons les hommes au pouvoir écrire eux-mêmes les limites de leurs propres pouvoirs, nous resterons à jamais leurs esclaves.

    Et ce sera bien fait pour nous.

    Cher Daniel, au lieu de me répondre, cette fois, dormez un peu 🙂

    Bien amicalement.

    Étienne.

    PS : j’ai compris le malentendu du flingue. OK reçu.

    On devrait se parler plus souvent, vous avez bien raison : de la discussion jaillit la lumière, me disait mon papa.

  18. « Au fou ! »

    Daniel Dresse (à Etienne, 28.12 /7.00) :

    PS : Paul m’a promis d’éditer la dernière partie de mon texte (il le fera en temps voulu). C’est à mon avis la partie la plus faible sur le plan de la rigueur (je l’ai écrite comme si j’étais poursuivi par un essaim de guêpe) mais la plus forte sur le plan de la rage et des convictions. Là, pour le coup, vous allez vraiment vous dire : « Au fou ! ».

    Ah, merci Paul.
    Je suis impatient de lire ces pages.
    Benoit.

  19. @ Daniel (mais pas que..)
    Il faut absolument creuser et développer ce concept, cette notion de “dépossesseur”. Seul problème, le substantif affaiblit la production de sens. Voyons du côté du VERBE “déposséder”, sensé établir une relation spacio-temporelle , un processus dynamique entre quelque-chose et autre-chose (à définir en termes de “qui-s” et de “quoi-s”, de “formes”, “d’énergie-matière”, “d’information”, de “système”, de “(dé-)régulation”, “d’échelle”..etc
    Parmi des équivalents possible, je propose aussi inhiber,(point de vue de (neuro-)biologiste, dépotentialiser (point de vue de physicien) ou désactiver… (point de vue de citoyen trop souvent “absenté” par des “représentants”)..
    Je proposerai en supplément et pour l’instant un petit exercice pratique qui consiste à essayer de rajouter “se” devant le verbe: dans notre cas :”se déposséder”. Voir en termes d’échanges et de transformations..!
    Le processus peut aussi s’appliquer à “monnaie”…(1- remplacer par un verbe, etc)
    En tout cas merci d’avoir relancé superbement mes neurones qui commençaient à surchauffer..
    Et toujours coopérativement…

  20. @ Shiva
    Franchement désolé de vous avoir fait louper Philippe Meyer ! C’est effectivement ‘un bon’ (Même si je n’aime pas trop F.I.)
    D’autant plus que mes questions n’étaient pas très sérieuses …
    Mais vous avez pris la peine de répondre, aussi je vous dois quelques remarques.

    L’idée qui me vient est la suivante : vous êtes , comme beaucoup d’autres contributeurs, un formaliste ou plus exectement un nominaliste
    !
    Je veux dire que dans vos tentatives de définitions des termes (ce qui est une démarche indispensable !), à un moment vous allez trop loin et vous figez les choses, le concept … ce qui fige la dynamique du réel. Vous devenez la victime de votre concept.

    Bon , je dit ça un peu pompeusement mais je ne suis pas au dessus de vous pour autant, hein !

    Ainsi votre phrase “selon moi un “titre de créance” n’est pas assimilable à une monnaie, c’est un titre” , je la comprends très bien mais elle me parait non pas fausse mais réductrice.

    Je pense que la monnaie c’est tout ce qui permet l’échange de biens ou services. La monnaie c’est ce truc , ce jeton que vous allez recevoir/donner et qui va briser les termes du troc dans ses objets et dans le temps.
    Il y a donc DES monnaies .
    La monnaie est toujours un symbole, un signe, une confiance quelle que soit sa forme.
    Car bien entendu pour qu’un signe soit monnaie il faut qu’il soit accepté par tous ou bien si aisément transformable en une autre ‘monnaie’ à confiance supérieure qu’il en devient presqu’ aussi sûre.

    Il y a donc une sorte de hiérarchie dans les monnaies suivant le territoire, l’époque et la confiance qu’on veut bien y mettre.
    Une monnaie pourra officielle, légale, obligé , gagée , en forme de scripturale, fiduciaire, métallique, etc … etc …

    A certains moments dans le moyen-age , il a circulé, à la fois, quantité de monnaies d’origine diverses , en même temps que des reconnaissances de dettes , certaines étant gagées, d’autres étant uniquement des promesses de richesses futures , en même temps que l’or circulait , ou bien même tout minerai précieux ou pierres précieuses ….
    Sachez qu’ à Amsterdam , il fut un temps, des officines privés frappaient l’or que vous leur apportiez, le transformant ainsi en une monnaie (qui d’ailleurs était de très bonne qualité car elle transportait son poids d’or de façon plus honnête que la monnaie filoute de certains rois) .
    Et quand un signe monétaire manquait en quantité, d’autres signes monétaires (moins pratiques, moins fiables ,moins gagées, certes, surgissent pour permettre aux gens de vivre, échanger, produire) .
    Sachez aussi que les atelier de fausses monnaies étaient assez répandu au moyen-age , mais que , une fois le vol perpétré par son introduction opérée (vol d’un bien à la société, puisqu’ acquisition sans contrepartie), cette fausse monnaie devient aussi vrai que les autres : elle permet l’échange.

    Ces monnaies sont plus ou moins fluides, pratiques, interchangeables et avec des degré de confiance différentes , donc avec des valeurs différentes.
    En temps de crise, certaines vont perdre de la valeur suivant la valeur que j’accorde à leur gage.
    On revient alors à la monnaie la plus sûre , la plus acceptée par le plus grand nombre, la plus garantie, la plus gagée … l’or étant un peu la monnaie ou l’actif (on ne sait plus trop) le plus universellement fiable (En cas de fin du monde, il n’est plus d’aucune utilité toutefois) .

    Ainsi , une reconnaissance de dette qui circule est bien une monnaie. Fragile, certes, avec une valeur bornée dans le temps et l’espace , avec un degré d’abstraction plus grand, donc sujette à doute, éventuellement, en certaines circonstances (Mais comme on peut douter de la solidité de certaines banques ou de la valeur de certains billets …)

    Mais si elle circule et est accepté, elle permet l’échange, et c’est bien une monnaie que j’ai crée, moi-même .

  21. “La rigueur logique est aussi une manière de ne pas écouter l’autre.”Daniel Dresse.

    Billet invité / Daniel Dresse. Commentaires :

    Daniel (28.12 / 7.00):

    ” Il vous sera toujours très facile de me désarçonner. Je n’ai pas en effet votre rigueur pénétrante dans l’analyse ni cette fameuse intransigeance intellectuelle dont j’ai déjà parlé et qui m’effraie un peu chez vous.”

    ” Nous nous opposons parce que nous ne nous écoutons pas, et la rigueur logique est aussi une manière de ne pas écouter l’autre.”

    Linda Seredes (26.12 / 4.37):

    Je vous demande juste, en aparté, ne serait-ce qu’un tout petit moment, de vous poser la question de savoir si nous ne pourrions pas nous entendre malgré cette foutue monnaie, et si vous ne pourriez pas aussi avoir besoin de moi pour cela, moi qui n’ai pas votre science, mais qui me suis peut-être posé des questions que vous, vous ne vous êtes pas posées.

    J’ai envie de vous poser des questions, Daniel, mais je ne sais pas par où commencer.
    Peut-être Linda m’impressionne-t-elle ? 😉
    J’ai envie de dire des choses aussi, mais je ne sais lesquelles.

    Il nous est je crois – enfin j’espère – imaginable que ceux d’entre nous, ceux qui ne maitrisent pas la rigueur logique et l’argumentation par la démonstration, puissent se sentir quelque peu marginalisés au sein du “cerveau collectif”, éprouver parfois la tristesse que leur richesse personnelle (expérience, intuitions, réflexions, fulgurances même), tout le potentiel de leur contribution puisse passer par “pertes et profits”, faute d’un dialogue vivant avec “les têtes” et les diplomés.

    Il nous est peut-être plus difficle d’imaginer que ceux d’entre nous qui semblent à priori bénéficier de cet état de maîtrise dialectique au sein du collectif, ceux qui possèdent l’avantage de l’expression et du raisonnement contradictoire et déductif , puissent éventuellement souffrir de ne pas s’autoriser, ou de ne pas pouvoir, aller puiser idées, sentiments, jaillissements dans cette source de vie, non scientifique, non rationnelle, non livresque.
    En “souffrir” ? Le mot est peut-être inexact ou excessif. Peut-être estiment-ils cette source-là inférieure au raisonnement pur ou simplement inadaptée aux questions soulevées ?

    En tout cas, de cette césure, j’en éprouve un malaise, ou au minimum une tristesse.

    Par contre, je sais une chose : nous nous attachons à Paul, parce que, par ses multiples billets, il s’exprime sur les deux plans. Sa vie d’homme, ses goûts, ses peines, ne nous sont pas inconnues. Au fil du temps, il nous en donne des traces, des témoignages. Sa recherche, peu à peu, a un corps. Le sien. Ce corps nous permet de comprendre sa recherche. Nous en sommes nourris.
    Benoit.

  22. @ benoit

    Bon c’est vrai parfois on n’est pas à la hauteur, donc pas la peine d’encombrer le débat. (Moi y compris)
    Mais tout de même, on a souvent quelque chose d’intéressant à dire, ne serait-ce que de l’ordre de l’intuition.

    Je crois avoir lu des trucs de vous qui m’ont fait retenir votre pseudo parce qu’elle m’ont intéressé (Bon je ne suis pas Paul, ni Armand, ni Etienne ,ok , mais ça m’a plu, en tout cas)

    En ce qui concerne la rigueur logique , attention ! , car de mon point de vue :
    il y a une rigueur logique de pur raisonnement qui est asséchante : il ne faut pas trop se laisser impressionner même si on peut admirer la bâtisse.

    Irais-je jusqu’ à dire qu’on peut avoir ‘raison’ pour de mauvaises ‘raisons’ (ou l’inverse ou le symétrique ) : … non je ne le dit pas , sinon tout dialogue devient impossible , mais honnêtement j’ai parfois cette sensation.

    On pourrait dire que l’important ce n’est pas forcément d’être d’accord, mais de savoir plutôt clairement ce en quoi on est clairement en désaccord et pourquoi on l’est . Cette identification permet aussi le cheminement de la pensée.

    Sur ce, à bientôt de vous lire!

  23. ” Quand il ne pense ni ne calcule.”

    Dès que nous réfléchissons, délibérons, conceptualisons, l’inconscience originelle se perd et une pensée s’interpose. Nous ne mangeons plus lorsque nous mangeons, nous ne dormons plus lorsque nous dormons. La flèche a quitté la corde, mais elle ne vole pas directement vers la cible, et la cible n’est plus où elle est.
    L’homme est bien un roseau pensant, mais ses plus grandes oeuvres se font quand il ne pense ni ne calcule. Quand cela est réalité, l’homme pense et pourtant il ne pense pas ; il pense comme les ondées qui tombent du ciel ; il pense comme les vagues qui déferlent sur l’océan ; il pense comme les étoiles qui illuminent le ciel nocturne. En vérité, il est les ondées, l’océan, les étoiles.

    Daisetz T.Suzuki.
    Mai 1953.
    (Préface de “Le Zen dans l’art chevaleresque du Tir a l’Arc”, Herrigel)

  24. Oppossum, merci.

    Au fait, Benoit c’est mon prenom. Pas un pseudo. Et vous m’avez lu sur le Blog de Paul, tout simplement (depuis un an, ou peut-etre un peu plus). Parfois, j’y evoque ma vie actuelle en Thailande, une “autre” vie, une autre Culture, une autre sensibilite aussi : par exemple eviter les mots qui blessent autrui, etre attentionne, rire, sourire. Offrir des fleurs, faire des offrandes…

    C’est pour cette vie-la que je suis parti. Aujourd’hui, je vis “en famille” (thaie) la-bas, sans acrimonie, sans disputes. Nous fetons Noel avec des fleurs. C’est le pays de la delicatesse, d’une spiritualite qui n’exclut pas la douceur de vivre, ni la joie.
    Et puis, une confidence : dire des mots poetiques a la femme que l’on aime dans la langue thailandaise est un bonheur… “intraduisible” !
    …Dans quelques jours, je fete mes trois premieres annees. Je renais. 😉
    Benoit.

  25. est ce que Etienne Chouard peut arreter de mettre partout des mots en majuscule?
    j’ai l’impression de lire un dément qui se met a crier au milieu d’une conversation anodine et reprend aussitot son récit sur un ton normal.

  26. Oui bienheureux Benoit , pourquoi les sociétés occupées par Mars ont-elles supplanté celles délicieusement caressées par Venus ?

  27. Oui mais Etienne a la véhémence fort civile et même conviviale : c’est un philosophe des lumières qui aurait lu Keynes et conversé epistolairement avec Allais (A. ou M.? 😉 )

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