La Raison dans l’histoire

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Pierre-Yves D. a la très grande amabilité de consacrer une longue analyse à mon article Pourquoi nous avons neuf vies comme les chats, publié en 2000 par le Collège International de Philosophie et que j’ai reproduit hier dans mon billet intitulé Mondes multiples et conscience. Il analyse en particulier le passage où j’écris ceci :

C’est-à-dire, plus loin j’apparais dans l’histoire de mon monde, plus mon existence suppose l’exercice de la raison dans l’histoire de ce monde. Mais aussi, et quel que soit le moment où une conscience se révèle à elle-même, celle-ci constatera nécessairement dans la période qui l’a précédé cet exercice de la raison dans l’histoire qui l’a précédée.

Et il commente :

Dire que notre monde est cohérent est une chose, mais dire qu’il n’y a qu’une Raison nécessaire à l’œuvre dans notre monde et qu’il est possible d’en rendre compte comme vérité une et incontestable en est une autre. Si cela était vrai, qu’il y a une Raison du monde explicite, modélisable, pour employer votre vocabulaire, cela ne signifierait-il pas que la survie de notre monde, et donc de chacun de nous, dépend d’un modèle particulier, d’une seule explication du monde ? Que donc, en toute logique, la Raison du monde du futur procédera de la même raison unique et vraie que nous pourrions expliciter aujourd’hui.

Je résumerais ce que dit Pierre-Yves D. dans les termes suivants : « C’est la « Raison dans l’histoire », chez vous comme chez Hegel, mais ce n’est pas la « Raison en marche » de Hegel : c’est une Raison qui ne peut être lue qu’a posteriori ». Oui : c’est tout à fait ça, et j’ajouterai du coup comme nouveau corollaire à celui déjà dans mon texte (1) celui-ci : « La meilleure chose que l’on puisse souhaiter à quelqu’un est qu’il naisse le plus tard possible dans l’histoire des hommes », auquel Hegel pourrait également souscrire mais que nous interpréterions lui et moi dans des sens différents : du présent vers l’avenir pour lui et du présent vers le passé pour moi.

Hegel parle beaucoup de Dieu mais quand on le lit, on s’aperçoit qu’il y a malentendu si l’on avait lu « Dieu » dans son texte, selon l’usage courant d’un Dieu qui a conçu le monde, qui est venu avant ce que nous observons : le Dieu de Hegel est en fait un Dieu à venir, il est en gestation.

Et je conclurai alors sur le mode facétieux en reprenant ce que je viens de dire sur Hegel et sur Dieu et en le transposant de la manière suivante :

« Jorion parle beaucoup de Raison mais quand on le lit, on s’aperçoit qu’il y a malentendu si l’on avait lu « Raison » dans son texte, selon l’usage du terme chez Hegel, d’une Raison qui émergerait du monde toujours plus forte, qui explique ce qui adviendra : la Raison de Jorion est en fait une Raison a posteriori, elle ne nous offre aucun guide pour l’avenir ».

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(1) « La roulette russe est une activité sans risque et qui peut rapporter gros ».

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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2 réflexions sur « La Raison dans l’histoire »

  1. La roulette russe est en effet une activité sans risque _à condition de connaître le truc_. Que je ne donnerai pas mais qui nécessite un revolver particulier.

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