Le monde se cherche une nouvelle représentation, par Nikademus

Billet invité.

Le plus difficile est de forger non pas un nouveau monde mais une nouvelle représentation. Après, le monde suivra. Dans le sens où l’humain est avant tout un être d’imagination. C’est ce que j’aime dans l’histoire ou l’ethnologie, ou les voyages, et au fond aussi dans la philosophie, et de plus en plus dans l’art : une fois les conditions données, l’homme est vraiment capable de tout, d’inventer n’importe quoi. Ce n’est bien sûr pas « n’importe quoi » : il y a toujours des conditions de départ, qui d’ailleurs continuent d’informer par la suite la construction ; et puis dans les constructions authentiques, destinées à durer, il y a toujours un fond de vérité, ou de sacré. Ce n’est pas sans contrainte : c’est plutôt sans limite. Dans ce sens, on comprend que « la foi » déplace vraiment les montagnes. Mais la plupart du temps, personne ne s’en rend compte car tout le monde est plongé au cœur-même des choses. Et voilà que maintenant c’est fini : une crise véritable, comme celle-ci. L’écart toujours grandissant entre la représentation et le réel est finalement devenu trop grand et ce fut l’effondrement. Le réel s’écroule, et la représentation est d’abord incapable d’y croire, de s’y adapter…

Je me souviens d’un de ces portraits de dernière page dans Libération, il y a un an ou deux (« avant », dans l’ancien temps, dira-t-on bientôt) : le trader auquel il était consacré (un fils d’instituteur je crois me souvenir, ou issu de la partie basse de la classe moyenne en tout cas) déclarait qu’il n’appauvrissait personne. C’était déjà intéressant (énervant aussi) : 1) il éprouvait (déjà ou quand même) le besoin de le dire, 2) c’était faux bien sûr : l’argent n’est pas magique.

Et à ce propos, un article extrêmement intéressant sur l’univers des traders dans Le Monde en date de jeudi : Pauvres traders ! de Claire Gatinois et Anne Michel, car on peut lui appliquer tous les filtres :

* Celui de la lutte des classes : Interne, entre traders issus du milieu de l’argent (Londres : capitale éternelle de la lutte des classes !) et parvenus de la classe moyenne, lutte externe du coup.

* Celui du moraliste individuel : Irresponsabilité : « Ce n’est qu’un jeu » mais aussi lucidité : « Le monde de la finance m’a rendu très cynique » !

* Ou du moraliste « social » : Fin du modèle de l’argent : le modèle planétaire du jouisseur a définitivement implosé.

* Celui du psychanalyste : tel un névrosé, notre trader cherche à énoncer LA phrase, sans la trouver, qui lui permettra de réconcilier le disparate d’éléments complètement contradictoires : « Je ne suis qu’un petit artisan de la finance » ET « Le monde de la finance est celui où tout se décide »…

Au fond, Alexandre, le trader de l’article a raison : « On n’a rien fait de mal ». Au fond, ce n’est qu’un jeu, une construction imaginaire de l’esprit. Et l’humain aime jouer et inventer des abstractions à manipuler, encore et encore.

Mais ce jeu-là – ce que personne ne leur avait dit ou trop faible voix qu’ils n’avaient pu entendre, et a contrario qu’ils croyaient valorisé par tous (puisque l’humain a besoin de reconnaissance, i.e. de jouer à plusieurs) – ce jeu n’est pas un jeu : des gens en meurent.

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72 réflexions sur « Le monde se cherche une nouvelle représentation, par Nikademus »

  1. @ Le Clown Blanc

    Vous commentez Nikedamus lorsqu’il évoque l’imagination du nouveau :

    : « Je ne crois pas. Parmi les pièces cruciales,
    il y a celles qui n’ont pas déjà commencé,
    il y a celles qui n’ont pas même été débattues quelque part »

    Ce commentaire, c’est une profession de foi, et très certainement une stratégie, elle-même fruit de votre épistémologie, et il est difficile de vous contredire sur ce point, puisque vous évoquez ce qui n’a pas encore été pensé, un futur inconnaissable par définition. Mais, en attendant, il faut bien commencer quelque part, et c’est précisément parce que nous aurons commencé quelque part — ce quelque part est lui même en chantier permanent –, que nous aurons peut-être quelques chances que les bonnes pièces cruciales se mettent en place. Non ?

    Bref, si je résume votre pensée et votre position, pour ce que j’en perçois et comprends, et pour appeler un chat un chat, votre « solution », ne consiste-t-elle pas à faire travailler ce chaos — cette perturbation, anomalie dirait Paul, qu’est la crise actuelle — y compris en l’amplifiant, en s’efforçant de faire voler en éclats tous les conformismes et dogmatismes qui y sont liés, de sorte que, naturellement, sans doute, dans une phase avancée du chaos en cours les « pièces cruciales » que nous ne connaissons pas encore se mettront en place ?

    Vous accordez ainsi beaucoup d’importance à l’aspect stratégique pour faire advenir un nouveau monde possible, c’est certes un point très important, mais cette stratégie ne perd-t-elle pas en puissance si elle vise principalement l’anéantissement du système actuel et qu’elle s’évertue (même si cela est nécessaire pour faire muter le système) principalement à désigner de grands coupables, alors que, selon vos dires mêmes, nous sommes les proies de la publicité, du consumérisme et des manipulations en tous genres ? Je veux dire par là que le système ce n’est pas le grand guignol avec ses marionnettes qu’un habile manipulateur (ou des manipulateurs) manipule à son gré. La métaphore a ses limites. Car les manipulateurs autant que nous-mêmes, simples pékins, sommes de la même substance humaine, nous avons tous un cerveau, des affects, des idées sur la vie, le monde, nous sommes tous nés d’un père et d’une mère, et nous mourrons tous un jour. Bref, nous ne sommes pas différents, par essence, de ceux qui détiennent la puissance et l’argent. Ce sont les mécanismes sociaux, économiques, politiques et les hasards de l’histoire humaine et individuelle qui nous ont placés là où nous sommes. Ceci pour dire que si un nouveau monde doit émerger, il faudra bien que nous en soyons tous parties prenantes, tout comme du mode de vie actuel, pour la quasi totalité d’entre nous, nous en faisons partie intégrantes, même si nous ne sommes pas décideurs. Posséder une télévision, une automobile, cela n’est qu’une partie émergée de l’iceberg des comportements, compétences que supposent notre socialisation dans le système actuel.

    Or un système ne tient qu’aussi longtemps qu’il peut compter sur la passivité générale, passivité qui en réalité se traduit par des actes, des opérations techniques, bien réels, qui participent au « fonctionnement » du système. Evidemment chacun a son éthique, sa morale personnelle, autant dire ses limites au delà desquelles il a le sentiment de faire plus de mal que de bien. Penser alors que personnellement on serait d’une autre espèce que ceux qui ont fauté ou en ont bien profité, est illusoire. Il existe certes quelques spécimens humains amoraux, qui vivent par delà le bien et le mal, ou qui malgré le fond puritain de leur éducation, vivent en purs jouisseurs, mais ce ne sont pas eux qui font que le système tient. Ce qui fait basculer durablement — et non pas le temps d’une révolution sanglante et totalitaire — un système sur un autre axe ce n’est donc pas la rééducation de quelques uns ou de tout un peuple, mais bien le changement des représentations, des plus insignifiantes aux plus grandes car c’est de l’agrégat de toutes ces représentations qu’un système tire sa cohésion, malgré les contradiction internes toujours à l’oeuvre.

    Comme le remarquent beaucoup de commentaires récents, les étatsuniens sont plus victimes d’eux-mêmes, de leur individualisme méthodologique, que des puissances de l’argent. Comme l’a très bien vu un commentateur, il n’est pas certain que si l’on proposait une solution avantageuse au peuple américain, il la choisirait. Où je veux en venir, c’est que les représentations comptent, que le formidable réservoir des idées que l ‘humanité a engendrées, mémorisées, n’est pas négligeable. Aux USA un Jefferson fut bien élu président, il fut comme un des rares contre-exemples dans toute la lignée des présidents, mais il prouve qu’y compris dans ce terreau individualiste qu’était et est toujours celui des Etats-Unis d’Amérique, un autre courant pouvait émerger pour peu que d’autres conditions plus favorables, permettrait son épanouissement. Sans doute voulez-vous signifier que les US — et par extension nous-mêmes, ne changeront pas, à moins d’un véritable séisme de la dimension de la Grande dépression, sinon plus grand encore. Mais si nulle part une idée, un contre modèle, des aspirations nouvelles portées par des idées contre-tendance, ne se proposent à l’horizon des univers mentaux, les chances d’une évolution significative en seront diminuées d’autant. Je vous accorde volontiers que la productivité du chaos est un réel facteur, crucial même, mais ce chaos dessine toujours une forme, une configuration, politique, sociale, économique, paradigmatique, et cette forme ne vient pas de nulle part.

    Vous m’avez cité vous-même dans un autre commentaire la fameuse réplique de Lampédusa : « il faut que tout change pour que rien ne change ». Or, ne pas s’atteler à la tâche qui consiste à penser un nouveau monde possible dès maintenant, n’est-ce pas donner l’avantage à ceux qui voudraient que rien ne change ?

    Le nouveau, n’apparaît pas « ex nihilo ». Il est toujours l’aboutissement d’un processus.
    Or à vous entendre, on pourrait presque penser qu’ il ne sert à rien d’ imaginer d’autres possibles » car alors on fait les affaires des puissants qui sont aux commandes du système, en se détournant de la question la plus importante qui serait l’effondrement préalable du système, et ce en s’attaquant principalement à ceux qui en sont les sujets les plus puissants.
    Pourtant, qui dit sujet puissant d’une part, implique d’autre part sujet impuissant. Comment envisager alors un monde où les puissants seraient moins puissants, s’il s’agit simplement de remplacer les anciens puissants par de nouveaux puissants ?

    S’il faut vraiment que les choses changent, je crois que chacun peut y contribuer et qu’il n’y a pas de sésame ouvre-toi.
    Chacun doit pouvoir explorer jusqu’au bout les pistes de réflexion qu’il s’est proposées. Le débat, la critique, les réfutations, sont alors les moyens par lesquels nous nous évitons d’emprunter trop longtemps les fausses pistes. Mais pour savoir s’il y a bien bonne ou fausse piste encore faut-il d’abord proposer des visions, des modèles, des représentations qui puissent se discuter.
    De même les nouvelles valeurs axiales du prochain monde ne seront jugées meilleures que les précédentes qu’à la condition qu’elles ne traduisent pas un nouveau rapport de forces tout aussi aliénant que l’ancien. D’où l’importance de la formation d’un nouvel éthos, de nouvelles représentations, ou du moins de prémisses à de nouvelles représentations, sans quoi le prochain monde sera un monde encore plus comportementaliste, instrumental que l’actuel. L’éthique n’est pas une pacification du politique digne de ce nom mais sa condition. Inversement une éthique dénué d’engagement politique et d’action politique n’a pas de sens.
    L’éthique c’est en réalité ce qui fait lien entre l’individuel et le commun. Il suppose un éthos.

  2. Une chanson pour Pierrot, et aussi pour Auguste (hier à 15:36 et 16:22),
    (Même si j’ai toujours eu peur des clowns, surtout s’ils portent un nom d’Empereur, qui en plus faisait mine de ne pas en être un…)

    Prologue : tout doucement

    D’abord, on peut, ou plutôt on doit, en effet croire qu’on va trouver des lecteurs bienveillants, et même au-delà de 10 lignes. Mais évidemment, l’épreuve de leur patience supposait aussi, dans mon cas, sinon d’être parvenu à restituer ce qui pouvait l’être en moins de 10 lignes, au moins d’avoir essayé, et en quelque sorte de le signaler en manière d’excuse, puisque cela avait été manifestement en vain cette fois !

    Premier couplet : guilleret (dans le genre punk : « I fought the law »)

    Ensuite, vous me faites bien de l’honneur en vous posant modestement en imbécile (vous) qui ne partagez pas (mes) croyances. Prenez garde que je n’en profite ! Mais non… Pas cette fois, puisque je souscris à tout ce que vous énumérez alors (que je ne reproduis pas : limite des 10 lignes oblige!). Et même, encore mieux, à la pique qui relève que mon emploi forcené du terme « collectif » peut aussi évoquer un très fatigant unanimisme boy-scout (tous ensemble… tous ensemble… ouais !). Vous avez raison, on se laisse à planer, on synthétise, on cuisine de l’histoire humaine à grands moulinets, on en oublierait les poètes maudissants, hauts détenteurs en illuminations pour gros temps:

    « Au revoir ici, n’importe où. Conscrits du bon vouloir, nous aurons la philosophie féroce ; ignorants pour la science, roués pour le confort ; la crevaison pour le monde qui va. C’est la vraie marche. En avant, route ! » (Rimbaud)

  3. Aussi à François Jéru (hier à 14:08)

    Deuxième couplet : dramatique mais cum grano salis (sur l’air de conclusion de Don Giovanni : le Commandeur vient chercher Don Juan)

    Innocent ? Les mains propres ? Tu réclames sans rougir la confession ! Scellerato ! Pas de télévision et tu penses que cela suffira pour obtenir l’absolution ! Infâme ! Tu croyais donc que le capitalisme n’était qu’un système ! Qui dormait derrière un écran ? ; qui reposait, balloté par une douce houle, dans la marina de Monaco ? ; qui se réunissait en conclave à Davos ? Alors tu croyais peut-être qu’il suffisait de savoir à quoi s’en tenir quant aux trafics des marchands, aveugle que tu es… Mais toi que faisais-tu quand tu t’en allais, avec ce CV en main qui récapitulait tes caractéristiques objectivées pour être bien vendable ? Tu ne portais pas le capitalisme, alors ? Et ce n’était pas toi sans doute qui achetais ces vêtements – fabriqués comment et par qui ? – ni toi qui mangeais ses oranges calibrées pour être toutes identiques à elles-mêmes, enrobées de pesticides et ramassées par des esclaves ? Comment ? Tout ton monde était capitaliste, et toi, innocent ? Et quand tu parlais ? Peut-être, était-ce contre ton gré, mais tous ces mots qui véhiculaient la représentation du monde de l’argent, tu n’as pas pu t’empêcher de les proférer au moins une fois, n’est-ce pas ? Croissance ! Epargne ! Gérer ! Investir ! Optimiser ! Ce n’était pas toi sans doute ? Ah, tu dis maintenant que c’est parce que les autres le faisaient aussi ! Mais n’as-tu jamais pensé qu’ils le faisaient parce que, toi, tu le faisais ? Abjure tant qu’il est temps ! Abjure ! Ah ! Tiempo più non v’è !

    Ta da ! : la terre tremble, des flammes jaillissent, Don Juan est englouti !

  4. Et aussi, notamment, à fnur, Thomas, Laurent S , Grégory

    Troisième couplet : sur l’air bien connu de la Carmagnole

    Je suis bien d’accord, il suffit d’un peu de bon sens, comme dirait Vince, pour constater que la vie des riches est, en soi, stupide, ennuyeuse, et insignifiante : en-dessous du puéril quand elle se propose de collectionner des objets brillants, et au-delà de la pire horreur conformiste quand elle oblige à n’être rien d’autre que le passeur d’un patrimoine. Je me réjouis grandement de ce que ce que l’on nous présentait comme un modèle de vie tout à fait enviable apparaisse enfin pour ce qu’il est : bâti sur du sable, et plein de vent.

    Pour ma part, ne les enviant pas, et si leurs petits jeux pervers ne touchaient qu’eux, je ne m’occuperais même pas de leur existence, pas plus que je ne m’inquiète, ni ne me soucie des manies des constructeurs de maquettes ou des joueurs d’échecs pathologiques : chacun ses vices. Seulement voilà, comme on voit, nul ne thésaurise si ce n’est au dépens des autres, et de tout le monde maintenant. On ne peut pas vraiment dire qu’ils soient sans importance.

    J’ai donné l’impression d’être un mou ? Et peut-être un coquin déguisé ? Mais non ! Que tous ceux qui doivent aller au tribunal y aillent ! Et s’il arrive qu’un juge se sente obligé de prononcer une condamnation « injustement » sévère, à cause de la pression populaire et médiatique, contre des aigrefins à la Madoff, tant mieux. Beaucoup de voleurs de mobylettes sont passés par là, ça équilibrera.

    En ce sens, c’est-à-dire ne serait-ce que juridique, François Jéru a bien raison : tout le monde n’est pas également responsable ou coupable. Mais lorsqu’on place la question sur le terrain moral (elle y est venue en quelque sorte « toute seule »), alors on passe à une tout autre étape, celle que j’avais en fait en vue, qui me semble déjà poindre à l’horizon : il n’est plus seulement question de juger des gens qui ont fait quelque chose « de mal » dans l’ancien cadre, il est question de changer de cadre. Il me semble que cela commence déjà à se produire…

  5. Allez, à tous (ceux qui veulent),

    « Grand final » : Le temps des cerises

    Je pourrais presque acquiescer sans réserve à la remarque de Grégory plus haut : on pouvait savoir et ne pas se voiler la face en pratiquant indignement un métier indigne. Cela étant, on ne peut pas considérer que les incitations, à « bien » se conduire autant que se peut d’un côté, et à « vivre et penser comme des porcs » de l’autre aient été très équilibrées ces dernières décennies. Très nettement, la balance penchait d’un côté.

    Dès lors, en n’exonérant personne, en manifestant sa désapprobation, il est clair tout aussi bien que tous « les coupables » ne seront pas jugés, ne serait-ce que parce qu’en fait il n’y a eu ni action illégale et que justement c’est la question de la définition collective de ce qui est acceptable qui se pose (plus encore que la légalité, « la moralité »). Si vous voulez, c’est un genre de situation « à la sud-africaine », toutes proportions gardées.

    Il y avait tout de même bien une responsabilité collective des Afrikaners à l’Apartheid. Il y aurait bien eu quelque chose d’indécent pour un blanc à se dire « innocent », que d’ailleurs il votait pour un parti progressiste, que c’était un système dont il n’était pas responsable alors qu’il le portait, précisément dans ce cas, sur lui au jour le jour. De là, il aurait été tout aussi bien aberrant d’imaginer vouloir les traduire tous en justice, et le policier tortionnaire, et l’employé de bureau, et le président de l’Assemblée. Et d’abord ils ne se seraient pas laissés faire évidemment.

    Dans un changement de configuration de ce genre, et pour pouvoir le faire, on doit vivre avec le fait qu’on ne jugera pas tout le monde, ni au sens large les « coupables » d’avoir vécu dans un monde qui les favorisaient injustement, ni même au sens limité tous les coupables « sale profiteur » : ce n’est pas pourtant dire qu’on ne doit juger personne.

    A l’heure même où Obama cherche comment contourner la légalité pour ne pas avoir l’air de payer les bonus des traders, donc à redéfinir la légalité, je ne pense pas faire de la prospective délirante en amenant la question là (après d’ailleurs je crois Pierre-Yves D. et Antoine dans un autre post).

    Plus même, à se penser en termes de « complètement innocent », ou posture symétrique, à chercher seulement « les vrais coupables », il me semble qu’on ne voit pas venir, ou on risque de passer à côté de la reconfiguration (« le changement de représentation ») qui atteint, concerne, est fait, par définition, par tous. Et que l’on risque de se trouver à faire plutôt une transition à la manière du bloc de l’Est en 1989 : en Roumanie de vrais méchants coupables ont été jugés, à bon droit si ce n’est de la bonne manière ; la police politique a disparu, pour un temps du moins ; on a pu avoir de grandes espérances de refondation ; on n’est pas impressionné par le résultat.

    Pendouiller tous les membres du parti communiste n’était pas possible, c’est entendu. Mais à ne pas affronter du tout la remise en cause collective, à mettre à la ligne à 0,01% de « coupables » (pourquoi pas 2%, ou 10,32% ? : où et comment s’arrêter ?), on risque seulement de se trouver de nouveaux maîtres plus malins (n’est-ce pas, en général, le 0,1 % juste en-dessous de ceux où « on s’est arrêté » ?).

    Je ne crois pas que la question de « la représentation du monde » sur laquelle j’ai voulu attirer l’attention occulte la responsabilité ou même prévienne avec une mansuétude déplacée le jugement ou même la simple désapprobation de quiconque. Il me semble qu’on commence déjà à voir les prémisses de quelque chose de plus large.

    Sur ce, en vous remerciant (particulièrement ceux qui ont subi l’intégralité des bien plus de 10 lignes auxquelles je m’étais censément contraint d’accord avec Auguste 😉 )

  6. @ Pierre-Yves D et @ Nikademus
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    – Je viens de sauvegarder vos textes — depuis 00:53 — pour y répondre   
    précisément le moment venu.

    – N’étant malheureusement pas historien,
    je viens d’aller jeter un coup d’oeil à l’homonyme du personnage-clown Auguste
    qui fut empereur (le 1er) à Rome … une toute autre personnalité que le clown-personnage Auguste

    1er siècle: Il parvient à laisser à la postérité l’image du restaurateur de la paix, de la prospérité et des traditions.
    Par son ami et conseiller Mécène, son règne est caractérisé par une floraison remarquable des arts et des lettres, valant au « siècle d’Auguste » de rester une référence culturelle mythique.

    Pour ce qui est de son apparence, on peut se référer à Suétone et à son ouvrage Vies des douze Césars:
    « Auguste était d’une rare beauté, qui garda son charme tout le long de sa vie […] Ses yeux étaient vifs et brillants» ; « il voulait même faire croire qu’il y avait dans son regard une autorité divine et, comme il le fixait sur quelqu’un, il aimait à lui voir baisser la tête, comme ébloui par le soleil. »

    Peut-on se fier à Suétone ?

    – S’il dit vrai, Auguste aurait été un cas pathologique, surement référencé dans le DSM IV

    – S’il galège, Suétone serait, pour une part, à lier à des pamphlétaires tels que ceux de l’émission « Les Guignols«  qui passionne, y compris en pleine crise, 2 à 3 millions de français (chiffre cité ce matin aux Nouvelles par Olivier Duhamel; c’était sa chronique)

    Ignorant en droit romain du Ier siècle, je n’ai pas davantage été formé par l’Ecole du Cirque.
    Je prends conscience qu’il me faut au moins faire l’effort de m’initier
    aux dynamiques mentales qui sont propres au ClownBlanc
    et à celles, très différentes,
    qui sont réputées caractériser son protagoniste

    Le clown blanc. En apparence, il est digne et autoritaire ; il porte le masque lunaire du Pierrot. Son costume est chatoyant. Il a un maquillage blanc, et un sourcil (plus rarement des) tracé sur son front appelé signature. Il révéle le caractère du clown. Le rouge est utilisé pour les lèvres, les narines et les oreilles. Une mouche, référence certaine aux marquises, est posée sur le menton ou la joue. Le clown est beau, élégant. Aérien, pétillant, malicieux, parfois autoritaire, il fait valoir l’auguste, le met en valeur.

    L’Auguste est le clown au nez rouge. Il déstabilise le clown blanc, même s’il est plein de bonne volonté. Le clown doit réaliser une performance au travers d’un numéro dans lequel les accidents s’enchaînent. Son univers se heurte souvent à celui du clown blanc qui le domine. Sa dynamique ? … Il est totalement impertinent et se lance dans toutes les bouffonneries. Son look : des vêtements burlesques de couleurs éclatantes

    Wikipedia Clown

    C’est une façon d’être moins analytique, plus poétique et in fine plus clair.
    Chaque action réclame du temps (et j’ai beaucoup de travaux qui attendent)

    A ce stade, pour être juste, je ne mérite pas ce rôle de biclown.
    J’en suis conscient …
    Sur un blog, il est difficile de ne pas répondre « à chaud ».
    Le temps est-il suffisant
    pour travailler la forme,
    les styles verbaux respectifs des 2 personnages,
    des toutes petites répliques très brèves.

    Sans aller jusque là, je fis un premier essai grossier
    dans le billet 1673

    http://www.pauljorion.com/blog/?p=1673#comment-15457

    Tiens, en cet instant, cela me fait penser
    que j’avais alors écrit 7 ou 8 scènes biclown
    (à enjeu économico-financier)
    elles doivent être enfouies, pas loin,
    au milieu d’une pile de mes écrits et dessins du trimestre.

    Pierre-Yves D décrit plus haut à Vince

    la chrysalide qui permet à la chenille d’abandonner sa vieille enveloppe

    L’idée « clown » revient à Shiva s’adressant à Fab
    le 9 janvier dernier à 19:34 [ billet 1448 du 8 janvier ]
    9 jan2009 à 19:34

    Innocent et naif, c’était ma première visite.
    Barbe-toute-Bleue prit la parole …

    Plus de deux mois 1/2 se sont déjà écoulés !

    Pour mon épistémologie, le concept de degré de culpabilité à des degrés divers est incontournale
    que le seuil soit à 0,01% … 2% ou 10,32 % … ou ce que vous voulez.
    Pour ma part, je ne passerai pas plus d’une minute à chercher une position optimum de curseur
    ni à évoquer des noms qui devraient sur une liste. Cela m’est indifférent.
    Seul le petit référent (repère) jouant dans la construction systémique est utile à mes travaux;
    (point virgule); je me plaçais au niveau de la réflexion théorique (nécessaire en amont)
    pour ébaucher des esquisses de Nouvelles Représentations qui puissent intéresser Nikademus.

    En effet, pour cela, on n’échappe pas à la nécessité d’identifier et
    de hiérarchiser des collectifs-réseaux (Instituts d’émission, Trames de clearing transnational, Bankinsurers à différents rangs dans une hiérarchie féodale digne du Moyen-Age, etc. vagues corps d’inspection)
    depuis les plus dommageables au grand nombre
    jusqu’à ceux (autres collectifs-réseaux)
    qui font à peu près correctement ce qui est écrit sur leur mandat,
    dans leurs statuts …
    … validés ou non par un peuple ayant (ou non) son libre arbitre.$

    Ne pas confondre Régulation (crédible, de confiance) et Inspection (crédible, de confiance)
    Pour ce qui est du premier terme et de l’existant
    vous pouvez notamment lire « L’Ordre (désordre?) économique mondial – Essai sur les Autorités de Régulation » d’Elie Cohen (2001) chez Fayard.

    La parenthèse (désordre?) est signée Auguste
    celui au nez rouge, l’impertinent … pas l’ami de Mécène.

  7. « En revanche le capitalisme a besoin d’une demande suffisante pour absorber l’accroissement de la production, les innovations, etc. »

    Si les gens décident tous d’acheter un rasoir japonais 500 roros (du genre qui fait 2 ou 3 générations), plutôt que ces m… jetables à 2/3/4/5! lames qui en plus rasent mal, vous êtes foutu. Si les gens changent leur modèle de consommation le roi est nu. Et le changement a déjà commencé. Bien sûr viendra un temps ou ils voudront consommer de nouveau, « avoir plus » plutôt que de se contenter du nécessaire et de ce qui a de la valeur mais qui ne coute rien… mais d’ici là la hausse du coût de l’énergie et la répercussion de la raréfaction des matières premières sur la courbe des prix auront sans doute déjà commencé leur office.

    Nous n’avons pas encore compris que le travail de tous n’est plus à proprement parler nécessaire dans les sociétés occidentales. Que signifie le chômage (on peut soutenir, certes, que l’option « plein emploi » est délibérément écartée/mise sous le boisseau pour des raisons x ou y, mais il reste que ceci prouve que même à 35h l’économie a déjà toute la main d’oeuvre dont elle a besoin)… nan? Le seul espace qui semble requérir une main d’oeuvre exponentielle, c’est celui de « l’aide sociale » sous toutes ses formes, et la santé (on pourrait y engloutir la totalité du budget d’une nation si on voulait… pour « gratter » quelques mois ou quelques années…). La donnée stratégique pour les nations industrialisées de l’Ouest ce n’est plus le travail, mais la garantie de l’accès aux ressources (qui font tourner la machine)… et donc… la guerre à terme si on continue sur ce modèle. Sinon y a toujours de la place pour les « petites mains » dans les pays dits pauvres ou « émergents » (plus si émergents que ça d’ailleurs parce-que je ne sais pas si vous avez remarqué mais ils n’en finissent pas « d’émerger »…)

    A bien des égards, l’incapacité à penser/concevoir cette donnée fondamentale, ce basculement anthropologique majeur et le nouvel « ethos » qui l’accompagne est lié à la « réussite » du système. Une seule question importante c’est: « comment allons nous distribuer ce que personne ne veut se coltiner s’il sait qu’il peut en être dispensé, à savoir le temps de travail? ». Ce basculement met à mal la tripartition « travailleur/entrepreneur/capitaliste » puisqu’elle y ajoute une catégorie inédite, celle des « oisifs qui ne sont pas des parasites ».

  8. @Antoine
    ! Urgent ! Urgent !

    Ou puis-je trouver un rasoir japonais 500 roros (du genre qui fait 2 ou 3 générations),
    ou bien un manche pour les anciennes m… jetables à 2 lames ?
    Il n’y a plus que
    (a) les seules lames pour les anciennes m… jetables à 2 lames Sans Les Manches !        
    ou bien
    (b) les recentes m… jetables à /3/4/5! lames qui ne rasent qu’une fois
    (voire deux fois si je fais tres attention et me salope la 2e fois ou m’affiche + ou – mal rasé )

  9. @ Nikademus

    Pourquoi garder cet horizon du jugement ? Pourquoi ne pas penser que dominés comme dominants, tous participent de la domination? N’est-ce pas justement parce que le capitalisme, censé remplacer la domination personnelle par une régulation impersonnelle, l’a en réalité remplacé par une domination structurelle, médiatisé par l’argent, que Marx la justement dénoncé ? N’est-ce pas par ignorance, ou plutôt par déni de notre ignorance, que nous avons tous pu participer d’un système qui nous semblait nécessaire alors qu’il ne l’était pas ? Mais alors pourquoi bénir le jugement des coupables tout en admettant son caractère limité ?

    Vous en appelez à la Révolution française, mais vous ne dites rien de la révolution industrielle. Pourtant quels sont les Louis XVI et les Robespierre du capitalisme ? Ne sommes-nous pas les acteurs d’un système qui nous dépasse tous, et dont certains, de par leur position, souvent héritée, profitent, tandis que d’autres, beaucoup plus nombreux, pâtissent ? En quoi l’inversion des valeurs, faire payer le dominant pour rembourser le dominé, sera-t-il un progrès ? Un nouveau dominant remplacera l’ancien, et après ?

    Je partage votre idéal de l’égalité, mais n’oubliez pas Tocqueville, le revers et le danger de l’égalité sont l’envie et le ressentiment. Les mêmes qui admiraient les traders les poursuivent aujourd’hui de leurs foudres. Peut-être parce qu’il est plus facile d’attribuer des responsabilités que d’avouer notre ignorance devant une domination dont nous sommes à titres divers les auteurs et qui pourtant nous dépasse ?

  10. Si tout le monde est responsable c’est que personne n’est responsable… Mais si personne n’est responsable c’est que tous sont responsables… et alors je tire « à l’aveugle » sur la foule…
    Ne cherchez pas plus loin l’origine de cette pratique qui tend à se répandre dans un certain genre de société uniquement… c’est une question de « climat », une espèce d’impunité générale faite de lâcheté, d’hypocrisie, de cynisme, de narcissisme infantile, d’anonymat, et de désespoir (qui allume la mèche)…
    … un peu comme le phénomène des tueurs en série constitue, semble-t-il, ne s’épanouit nulle part aussi généreusement qu’à l’ombre de la culture WASP.

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