L’entretien de Simon Johnson : « Le coup d’état feutré »

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Ceux qui ont déjà lu l’entretien que Simon Johnson a accordé à « The Atlantic », dont François Leclerc vous a révélé la substance dans le billet précédent, ont déjà deviné l’une des raisons pour lesquelles j’ai à cœur qu’il vous soit accessible en français : la similitude entre ses propos et le portrait de nos sociétés en crise que je vous offre ici depuis plus de deux ans.

Cette similitude pourrait à mes yeux suffire en soi : je n’ai jamais fait qu’effleurer les marges du système universitaire, alors que Johnson est Professeur au MIT, et si j’ai connu bien des guerres de la finance, je n’y ai jamais été qu’un fantassin (anthropologue infiltré !), alors que Johnson fut économiste en chef du Fonds Monétaire International, et l’autorité qui est la sienne en tant qu’expert en la matière, constitue pour les opinions que j’exprime un renfort non-négligeable : si les vues d’un iconoclaste sont reprises parallèlement par un ponte, elles se mettent soudain à prendre un petit air d’évidence.

Mais il ne s’agit encore là, comme je l’ai dit, que de la première des raisons pour lesquelles je tiens à vous faire connaître cet entretien, la seconde, c’est qu’il apporte aussi un tout autre éclairage que celui que je vous offre ici et celui-ci lui vient précisément de l’expérience acquise par Johnson en tant qu’économiste-en-chef du FMI.

Je résumerai son message spécifique de la façon suivante : des crises du type de celle qui emporte en ce moment le monde et qui, non seulement nous vient des États–Unis, mais est entretenue par eux, le FMI aurait proposé de les résoudre dans d’autres pays où elles auraient pu éclater en exigeant des autorités en place qu’elles cassent provisoirement les oligarques proches du pouvoir, à la suite de quoi le FMI aurait accordé à ces pays un prêt qui leur permettrait de se refaire une santé. Cette approche, dit Johnson, ne pourra pas être utilisée aux États–Unis et ceci pour deux raisons. La première, c’est qu’il faudrait un prêt beaucoup plus gros que ceux que le FMI a la capacité d’accorder. La seconde, c’est que l’Amérique ne pourra pas couper les ailes de quelques-uns de ses oligarques, parce que – et c’est là l’une des originalités de ce pays que je caractérise généralement en parlant de lui comme d’une « nation prise en otage par sa Chambre de Commerce » – parce que dit Johnson, aux États–Unis, l’oligarchie est au pouvoir.

Lisez son texte en entier en anglais si cette langue vous est familière, sinon, soyez patient, nous vous offrirons bientôt une traduction française complète de l’entretien. Je vais apporter mon modeste écot en vous offrant en attendant la traduction d’un passage, celui qui explique ce que sont les scénarii pessimiste et optimiste de sortie de la crise. Un petit avertissement ici à propos du scénario « optimiste » et plus particulièrement si vous êtes celui qui signe ici « déprimé » : allez plutôt faire un tour au cinéma. Attention on commence : d’abord le scénario pessimiste.

Notre avenir pourrait être celui où le chamboulement permanent alimente le pillage qu’opère le système financier, et où nous discuterons à l’infini du pourquoi et du comment les oligarques ont pu se métamorphoser en simples fripouilles et comment est-ce dieu possible que l’économie n’arrive pas à redémarrer.

Maintenant, scénario optimiste. Je vous ai prévenu : attachez vos ceintures !

Le second scénario débute d’une manière plus glauque, et pourrait malheureusement se terminer de la même manière. Mais il offre au moins un espoir minime que nous parviendrons à sortir de notre torpeur. Le voici : l’économie globale continue de se détériorer, le système bancaire de l’Europe de l’Est s’effondre et – du fait que ce sont essentiellement des banques d’Europe occidentale qui en sont les propriétaires – la crainte justifiée d’une insolvabilité généralisée des gouvernements européens s’empare de tout le continent. Les créanciers souffrent de plus en plus et la confiance sombre encore davantage. Les économies asiatiques exportatrices de biens manufacturés sont ravagées, tandis que les producteurs de matières premières en Amérique Latine et en Afrique ne s’en sortent guère mieux. L’aggravation dramatique de la situation mondiale donne le coup de grâce à une économie américaine déjà chancelante. […] Face à ce genre de pressions et confrontés à la perspective d’un effondrement à la fois national et global, un peu de jugeote infuse enfin l’esprit de nos dirigeants.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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73 réflexions sur « L’entretien de Simon Johnson : « Le coup d’état feutré » »

  1. Bonjour,
    Peut-on encore accorder à ces dirigeants le titre de nôtres ?
    Bonne journée à tous et encore merci pour cette belle ouvrage…
    …je ne sais pas si ça se dit, mais c’est…de la belle ouvrage !

  2. Le premier scenario est visiblement souhaité par certains dirigeants politiques et économiques… du moins en France, et ce, pour leur plus grand profit, mais sûrement pas pour le notre !
    La seconde proposition est la plus probable, mais elle risque d’évoluer vers une troisième, mâtinée du comportement peu recommandable des oligarques… en fait vers la dictature !
    Sur ce point, l’Europe a de l’expérience ! à l’exception peut-être de la Grande Bretagne ? Quoi que le sort du prolétariat britannique (celui qui nous venge de Waterloo et de Jeanne d’Arc comme l’a dit, je crois, Ernest Renan), peut laisser penser à l’exercice d’une forme de dictature bien masquée de ce côté là de la Manche…

    Quant à la jugeote qui infuserait dans l’esprit de nos dirigeants… cette supposition me laisse rêveur. Où est la jugeote d’un DSK prévoyant la reprise pour 2010 ? Comment encore imaginer de la jugeote chez qui que ce soit, quand l’aspect énergétique et environnemental de la crise n’est au mieux, que mis en parallèle de la crise financière, alors que ces trois crises ne sont qu’une facette du même bouleversement en cours ?

  3. Depuis que je rédige cette chronique de l’actualité, j’essaye de contourner plusieurs écueils. L’emploi des mots en « isme » en premier lieu, parce qu’ils sont démonétisés ( !) pour avoir été trop utilisés, à l’exception de « capitalisme financier », car il me semble en quelque sorte neutre et descriptif à la fois. Je tourne aussi autour du pot quand je parle « d’eux », ne pouvant pas dire les « capitalistes financiers ». L’article de Simon Johnson lève mes inhibitions, parce qu’il appelle un chat un chat, et engage la description de ce qu’est le pouvoir, en suivant à la trace les hommes et en faisant référence à leur idéologie, à la manière dont ils ont conquis le pouvoir et l’assument.

    Autant que sa description des scénarios possibles concernant la suite des événements, peu réjouissants mais dans lesquelles je m’installais moi-même plus ou moins implicitement, au fur et à mesure que je constatais que le système était en boucle aux Etats-Unis, qu’il faisait appel pour sortir de la crise aux ressorts qui sont à son origine, l’identification sous cette dénomination de « l’oligarchie financière » m’a donné une clé de compréhension et de description essentielle. Ainsi que son illustration Russe de ces vingt dernières années, en terme de nature du pouvoir. En dépit de contextes et, surtout, d’une histoire évidemment très dissemblables.

    Je serai tenté pour ma part d’utiliser le terme « d’oligarchie capitaliste financière », qui ne semble plus exact, pour différencier au sein des systèmes oligarques, dans leur diversité historique, celle que nous connaissons aujourd’hui, et je ne considérerais pas cette dernière sous un angle exclusivement américain, car elle est mondiale. Mais « oligarchie capitaliste financière mondiale » est dur à placer dans la conversation et l’acronyme OCFM est encore plus rébarbatif que ce qu’il désigne.

    Bien que n’étant pas un grand lecteur de science fiction, je ne peux m’empêcher parfois d’être frappé par la confluence de certains traits annonciateurs des sociétés contemporaines avec les descriptions du monde à venir que j’ai pu lire, chez les maîtres du genre. Pas uniquement en raison de la nature du pouvoir qui s’y exerce souvent sans partage, mais avec les méthodes de domination idéologiques et répressives employées par celui-ci. Je suis alors obligé de refreiner ce sentiment, mais je ne peux m’empêcher d’y revenir. Et d’en parler aujourd’hui.

    Après tout, il y a des références littéraires qui continuent de s’imposer quand on évoque l’avenir. Celle d’Aldous Huxley, auteur du « Meilleur des mondes » et celle de quelqu’un qui l’a bien connu, George Orwell, auteur de « 1984 » et de « La ferme des animaux ». Ce dernier, militant du POUM durant la guerre civile Espagnole et marqué à ce titre par l’affrontement avec le communisme stalinien qui s’est déroulé en son sein, aura laissé comme héritage son « Big brother », expression achevée d’un contrôle social totalitaire qui fait toujours référence. Ils se connaissaient tous les deux, appartenaient à la même époque, témoins de la montée irrésistible simultanée du « fascisme » et du « stalinisme » (qu’il serait à mon sens bien imprudent d’assimiler, comme d’ailleurs la suite de l’histoire l’a montré).

    Ces descriptions politico-littéraires sont aujourd’hui inévitablement datées, marquées par leur époque, rien ne remplaçant le face à face avec la réalité, que nous pouvons désormais contempler. Nous en sommes là et, en ce qui me concerne, je me demande parfois ce que j’y fais ! Dans quel scénario je me suis fourvoyé. Ceux que Simon Johnson décrit, avec l’autorité que lui confère son expérience, peuvent être considérés comme un peu manichéens, systématiques dans le déroulement implacable de ce qu’ils annoncent et n’est encore qu’entrevu. Mais on ne peut qu’éprouver une irrésistible envie de fermer la porte, dans un geste de refus un peu enfantin et dérisoire, avant de se demander comment pourrait dérailler ce processus ? A la faveur de quel rejet ?

  4. Bonjour,
    Je n’ai pas encore lu l’article dans son intégralité, mais le scénario « optimiste » me semble assez proche de celui du LEAP 2010, à savoir la « dislocation géopolitique mondiale ».
    Bien à vous.

  5. @ François Leclerc

    appeller un chat un chat?

    ce lien – déjà posté peut-être? – est du même tonneau

    http://www.pbs.org/moyers/journal/04032009/watch.html (Prof. Bill Black, Univ Missouri, impliqué – du bon côté – dans les crises des S&L… )

    on pourrait en poster beaucoup d’autres (Posen, Krugman, Mayo, Soros, etc.)

    non Paul Jorion, vous n’êtes plus seul, et de moins en moins.
    on peut observer depuis peu une effervescence de bon aloi qui est située cette fois nettement à l’intérieur du système – pas en son coeur encore…
    faites-vous les mêmes observations?

  6. Je note qu’au fil des semaines les postes de Paul Jorion et de François Leclerc on une approche de description de la crise et de la gouvernance mondiale se rapprochant de plus en plus de thèses que l’on appelait encore il y a quelques années théorie de la conspirations. (Orwell, Huxley, gouvernement mondial, domination d’une élite, d’un oligarchie financière, groupes de pression)
    Des groupes comme le CFR, la Trilaterale, Bilderberg, Round Table, Le Siècle, Skull n Bones, Bohemian Grove, … ne sont pas des inventions et devraient être intégrés aux discours pour comprendre par exemple les décisions (ou non décisions) du G20.

    Les conspirations ont toujours existé. Par le passé elle n’étaient révélées que des années voire des décennies plus tard.
    Mais aujourd’hui, il y a internet et l’info circule beaucoup plus rapidement et librement (sans passer par le contrôle de la presse officielle appartenant à cette même oligarchie).

  7. PIB des Etats-Unis en 2008 : 14 264,6 milliards de dollars.

    Dette publique des Etats-Unis au 6 avril 2009 : 11 149 346 771 082 dollars (soit 11 149 milliards, 346 millions, 771 082 dollars), soit 78 % du PIB.

    Pour lire le montant de la dette totale (publique + privée) des Etats-Unis, il faut lire la page 15 :

    http://www.federalreserve.gov/releases/z1/Current/z1.pdf

    Domestic nonfinancial sectors : 33 517,9 milliards de dollars.

    Domestic financial sectors : 17 216,5 milliards de dollars.

    Foreign : 1 858,3 milliards de dollars.

    Dette totale (publique + privée) des Etats-Unis : 52 592,7 milliards de dollars, soit 368 % du PIB.

  8. @ blackole

    je pense qu’il n’est même pas pas nécessaire de faire appel à la conspiration

    nous assistons à une énorme lutte de pouvoir – de conservation du pouvoir, en fait.
    ceux qui sont en place et aux commandes du système financier ne sont tout simplement pas disposés à renoncer à leur position!

  9. Après Orwell vous pouvez lire les commentaires de Jean-Claude Michéa (Editions Climats) et lire ou relire Guy Debord.
    Le tout est de comprendre sur quelles bases a pu se développer depuis trente ans un capitalisme financier qui se comporte comme des bandes armées et dont les armes sont le produit de l’acceptation religieuse de l’existence de la main invisible du marché qui commande nos vies, au moment historique où l’économie toute entière devient spéculative et de pouvoir agir pour inverser la vapeur.
    Il suffit de voir comment tout individu qui possède un bien immobilier a été transformé en spéculateur sans même en prendre conscience (je laisse de côté ceux qui ont approuvé toute la tranformation du monde par la spéculation globalisée et la transformation de la Chine en « Usine du Monde ».)

  10. Bonjour (Mauvaisjour va devenir plus approprié…),

    La configuration du système mondiale et les répercussions économiques et sociales de cette crise financière sont particulièrement inquiétantes concernant quelques points précis qui n’ont pas d’historicité véritable :

    – Entretien et fonctionnement des centrales nucléaires dans le monde (vieillessement des parcs, perte de savoir, interdépendance technologique)

    – Agriculture nourricière intensive / populations.

    – Biens d’équipements

    Ces trois éléments à eux seul sont un danger immédiat, potentiellement dévastateur (=mortel !), en cas d’effondrement marqué du système économique et des échanges inter continentaux.

    Le jeu ne demandera plus INSERT COINS pour continuer avant la fin de la partie comme sur les consoles vidéo des salles de jeux, il a déjà affiché GAME OVER.

    Ce n’est pas « 1984 » ou « Le Meilleur des Mondes » qui se profile, en filigrane ça serait plus certainement « MAD MAX » !

    Et moi donc qu’est-ce que je fous là ? Bon sang de soir, un gros trois quarts de siècle d’espèrance de vie à passer sur ce caillou, pour assiter à ça ! Quelle bêtise, mais comme le soulignait Umberto Eco nous sommes tous des « idiots », mais le savoir trop tôt rend la vie désagréable.

    Le désespoir c’est ne plus espérer, tant que l’on espère on n’est pas prêt, je suis bientôt près ! Pourquoi faire, voilà la grande inconnue…

  11. @Philippe Deltombe

    Tout à fait d’accord.
    C’est une question de vocabulaire.

    Les média officiels aiment bien les termes en « isme » ou « iste »:
    conspirationnisme-conspirationiste
    révisionisme-révisioniste
    négationisme-négationiste
    antisionisme-antisioniste (voire antisémistisme)

    Pour discréditer tous ceux qui n’adoptent pas l’idée dominante imposée par l’oligarchie capitaliste financière mondiale (OCFM)

  12. Dé-tricotage du tissus social
    Corruption à tous les étages de la société
    Infiltration au plus haut niveau des états
    Emission frauduleuse de monnaie à des fins de gains privées
    Architecture financière illusionniste et destructrice au service de la vampirisation de la vraie richesse du monde
    « Conspiration » menée de longue date! faut t-il enfin l’écrire?

    Quand dénoncera t-on, avec les mots qui conviennent, ce démoniaque coup d’état de la finance anthropophage mondiale?

    Quelques éléments supplémentaires ici: http://www.mecanopolis.org/?p=4876&type=1

  13. Dans le genre référence science-fictionnesque, il en est une qui m’a souvent frappé, au cours de ces années, par son coté assez ressemblant avec notre société telle qu’elle évolue, c’est le film « Rollerball ».

    Le vrai. Celui de 1975. Pas la daube sortie récemment, évidemment.

    Le film décrit une société faussement libre et prospère. Mais complètement dominée, en réalité, par de froides et mystérieuses « Corporations ». Lesquelles décident de tout, y compris des lieux de vie et de la composition de votre couple, par exemple, au nom, semble-t-il de leur capacité « scientifique » à prendre de telles décisions.

    Dans cette société, les individus en sont réduits à vivre une existence faussement joyeuse, mais complètement superficielle. Car complètement privés de tout droit à décider librement de leurs aspirations individuelles et collectives.

    Seul exutoire permis, mais balisé par les « Corporations », le Rollerball. Un jeu violent délibérément basé sur une compétition féroce, voire cruelle, entre « équipes sportives », ne faisant que cela. La finalité manifeste du « Rollerball » étant de laisser exprimer aux citoyens soumis leur propre violence & frustrations dans une activité parfaitement contrôlée. Ceci afin d’empêcher qu’elles ne puissent se retourner contre le pouvoir absolu des « Corporations ».

    Mais arrive une équipe de Rollerball, dont le capitaine est Jonathan E. Qui se met a gagner systématiquement toutes les compétitions. Et dont le leader, Jonathan E. devient très populaire.

    Chose insupportable pour les « Corporations ». Pour lesquelles le Rollerball ne doit pas permettre l’émergence d’individus potentiellement à même de se mettre à contester leur propre pouvoir. D’autant plus que Jonathan E. commence à poser des questions et à exiger des réponses.

    L’ordre est donc donné à Jonathan E. d’abandonner la compétition. Et, puisqu’il refuse, les « Corporations » vont brutalement changer les règles du Rollerball afin qu’elles ne lui soient fatales…

    Le coté assez prémonitoire de ce film, je trouve, est dans ce que l’on devine des processus qui ont mené à la formation de ces « Corporations ». Ainsi que de leur pouvoir absolu.

    On devine des concentrations/fusions successives d’entreprises transnationales de plus en plus gigantesques. Pour finir par des entreprises uniques dans chaque secteur d’activité. Débarrassées de toute concurrence et imposant leurs lois à tous. On devine, ensuite, le constat, par ces nouveau « maitres du monde », de l’étendue de leur pouvoirs. Infiniment supérieurs à ceux du politique et des nations.

    Donc, par conséquent, la décision, par ces « super dirigeants », d’exercer effectivement ce pouvoir qui est entre leurs mains. En éliminant, ou en fusionnant, avec le politique, dans une oligarchie unique, faussement bienveillante. Supprimant, au passage, les libertés civiles, individuelles et politiques. Jugées « inefficientes » par rapport à leur propre pouvoir, que l’on estimera supérieur, plus efficace, car « scientifique » et « rationnel ». Éliminant, enfin, les nations, confettis jugés inutiles, dans l’exercice d’un pouvoir qui s’étend au monde entier.

    Je ne sais pour vous, mais, moi, je discerne d’étranges, et inquiétantes, évolutions semblables dans la manière dont notre « oligarchie capitaliste financière mondiale » façonne le monde actuellement.

    Le monde de « Rollerball » sera peut-être, demain, le nôtre.

    A cette différence près que je doute fort de ce que notre future « oligarchie mondialisée » n’ait l’intention de créer, pour ses « citoyens mondiaux », un quotidien aussi relativement prospère, est assurant la sécurité matérielle, faute d’autre liberté, que celui que décrit le film. Quoique, quand on regarde l’évolution actuelle du « capitalisme autocratique bienveillant » Chinois, ça commence à y ressembler pas mal.

    Leur version, à eux, a de fortes chances d’être beaucoup plus brutale, inégalitaire. Sans la moindre intention d’assurer, en échange, une vie calme, sans soucis matériels. Le retour à une forme plus ou moins « soft » de l’esclavage et du servage, en ferait probablement partie. Quand à la répression de toute forme de contestation du Système, elle prendrait surement beaucoup moins de gants que ce que l’on pouvait imaginer en 1975.

    Qui sera le Jonathan E. de nos « Corporations » naissantes?

  14. @François Leclerc : les artistes décrivent leur réalité avec intuition et dans les années 30 on a eu « 1984 », « Le meilleur des mondes », etc. De nos jours, l’imaginaire est hanté par des « Matrix ». A chacun de juger s’il s’agit là d’une intuition de la réalité.

  15. @Champignac: « A cette différence près que je doute fort de ce que notre future “oligarchie mondialisée” n’ait l’intention de créer, pour ses “citoyens mondiaux”, un quotidien aussi relativement prospère, est assurant la sécurité matérielle, faute d’autre liberté, que celui que décrit le film. »

    Les cochons sont paisibles et obéissants s’ils ne sont pas affamés. Si un bug vient casser la source du plaisir, ça risque de chauffer pour la Corporation.

  16. @ Paul Jorion

    Et pourquoi pas, si vous en avez le temps et l’envie, une description, en votre qualité d’anthropologue, des mécanismes et stratégies de conservation du pouvoir, qu’il s’agisse du pouvoir détenu par les banquiers de Wall Street et d’ailleurs ou encore du pouvoir détenu par le président du club de foot du quartier qui aurait commis quelques menues erreurs de gestion mais garderait un peu d’influence sur son comité local… ?

    ou quelques bonnes références?

    merci

  17. Un petit bémol, quand même, sur la première partie de l’article.

    Vu son implication personnelle, on peut comprendre que l’auteur se montre très affirmatif quand au coté approprié, légitime, adapté aux réalités locales, ou tout simplement juste, des politiques « d’ajustement structurel » que le FMI appliquait systématiquement aux pays « aidés ». Mais tout le monde, loin de là, ne partage pas ce point de vue.

    Quand on connait le coté systématiquement orienté mondialisation, ouverture des frontières, création de mono-industries d’exportation à bas prix, en jouant « l’avantage comparatif », pour ne même pas parler de l’exigence prioritaire de sabrer dans les programmes sociaux, en ne préconisant jamais, par exemple, des fiscalités plus justes, ou la lutte contre l’évasion fiscale, affirmer que le « FMI trouvait toujours les bonnes solutions économiques » me parait hautement contestable.

    Le FMI peut bien prétendre, aujourd’hui, qu’il combattait les « oligarchies locales » (chose dont je doute quelque peu), il n’en reste pas moins que les politiques imposées avaient toutes la particularité de favoriser tout particulièrement ceux de « l’oligarchie mondiale ». Et, tout particulièrement, sa composante… localisée aux Etats-Unis. On comprend que l’auteur ne s’étende guère là-dessus.

    Ajoutons, que, dans bien des cas, ce n’était pas uniquement dans l’action imprudente des gouvernements locaux que la crise trouvait son origine. Mais que, bien souvent, l’oligarchie mondiale y avait une bonne part de responsabilité. Par exemple en surinvestissant longuement dans l’économie des pays concernés. Uniquement uniquement attirée par l’attrait irrésistible d’une combinaison de bas salaires, d’autorités, de législations bienveillantes, ou de corruption endémique. Bref, de gros profits vite réalisés. Pour, ensuite, se retirer brutalement au moindre danger.

    Ensuite, la prétention à dire que l’on n’hésitait pas à combattre sans pitié les « oligarchies locales » me semble quelque peu trompeuse. Certes, elles n’échappaient pas totalement au couperet du FMI. Mais celui-ci, par ses « recettes », s’abattait quand même majoritairement, et d’abord, sur les populations, les plus pauvres en particulier. Alors que, bien souvent, elles n’étaient que très partiellement responsables du désastre. N’ayant pas eu voix au chapitre.

    Un aspect des choses qui a rarement semblé inquiéter les « ajusteurs » du FMI. Un aspect, surtout, qu’aucune des recettes de retour à l’équilibre préconisées ne s’avisait de corriger.

    Enfin, le résultat final des politiques du FMI aura souvent abouti, au final, au renforcement des « oligarchies locales ». Notamment, en leur permettant de très juteux gains sur un commerce boosté de l’import-export, sur des monopoles d’exportations de matières premières préconisées par le FMI, sur la dépression salariale & sociale encouragée, sur la totale libre circulation des capitaux exigée comme une des conditions.

    Bref, la politique du FMI, dans les pays autres que les Etats-Unis, n’aura jamais été de combattre les oligarchies locales. C’en était juste une conséquence. Pas systématique. Le seul souci, en la matière, du FMI, semble avoir été de « restructurer » ces oligarchies, de façon à ce qu’elle puissent fonctionner plus efficacement (selon le point de vue FMI). Et, enfin, s’intégrer « harmonieusement » dans… l’oligarchie mondiale. Dont il ne faut pas oublier que le FMI lui-même est une des composantes.

    Je sais que j’enfonce là, un peu des portes ouvertes. Mais ceci juste pour rappeler que les affirmations de l’auteur ne sont pas une bible à prendre sans pincettes. La récente prise de conscience de l’auteur ne devrait pas, pour autant, lui permettre de présenter ses activités passées sous un jour, disons, très flatteur et fort peu auto-critique (même si ce n’est pas l’objet principal de l’article).

  18. Ce coup d’état est-il si feutré ? N’est- ce pas oublier un peu vite les millions de chômeurs américains pour ne parler que d’eux ?

    Ce matin, à la une du Guardian, une vidéo donne à voir la violence d’état dans toute sa splendeur… victime des manifs anti-G20 à Londres, Ian Tomlinson y apparaît déambulant les mains dans les poches, avant d’être violemment jetté à terre par un policier anti-émeute. Il est mort quelques minutes plus tard d’un arrêt cardiaque. Il s’agit à présent de vérifier si son attaque est une conséquence de son molestage, ce que doit s’employer à faire une commission d’enquête indépendante.

    http://www.guardian.co.uk/

    Le contrat social suppose l’abandon de la violence individuelle au profit de l’Etat, légitimant dans le même temps l’exercice de celle-ci par le seul Etat.

    Je crois que c’est dans le Léviathan de Hobbes.

    Que se passe-t-il lorsque cette violence s’exerce de façon arbitraire ou qu’elle n’a pour but que de défendre un ordre établi, c’est-à-dire ici les privilèges d’une minorité (l’oligarchie financière) au détriment de la majorité de la population ?

    Peut-on laisser s’exercer une telle violence sociale (sous la forme de répression policière, mais aussi de chômage, de conditions de travail dégradantes etc.) sans réagir ?

    Quel est le sens du monopole d’Etat dans l’exercice de la violence dans ce contexte précis ?

    Voici les quelques questions que je me pose en suivant l’actualité de cette crise, dont la capacité à me donner la nausée semble sans limite…

    Ma patience par contre

  19. Longtemps je me suis demandé si les participants à ce blog, réfléchissant brillamment à un nouveau modèle, faisaient preuve d’une même forme de déni que celui évoqué à propos de « nos » dirigeants, ou bien ne trouvaient pas la bonne manière d’en parler (de peur d’être assimilés aux -beeeep-).
    D’ou les efforts de contournement, par la nuance, le sous-entendu…en partie compensés par le décalage cher à un bicommentateur grimé, dont je crains bien qu’il ait été découragé par les reproches d’anticonformisme que certains ont formulé…
    Mais il semble bien que tout le monde arrive en fait au même constat.
    Ce qui n’est pas réjouissant.
    Alors puisse cette « validation » libérer la parole, la réflexion intégrer les moyens d’action..

  20. @ ghostdog
    il me semble aussi que ce coup a fait un peu de bruit, au moins indirectement… mais le bruit était-il une diversion pour qu’on regarde ailleurs?

  21. @Champignac,

    Je partage vos doutes quant à la réalité du crédo économique du FMI tel qu’il est présenté ici.

    On peut penser aussi aux services publics dont le FMI a à chaque fois forcé la privatisation. Pourquoi ? Idéologie pure. Ce qui ne me semble pas très cohérent avec cette soi-disant politique vertueuse visant à détruire l’oligarchie. N’est-ce pas au contraire alimenter celle-ci mais au niveau mondial cette fois en nouveaux actifs tout frais et par n’importe lesquels. Puisque portant sur des productions de première nécessité (eau, énergie, etc). Clients captifs, prix de marché et indifférencié, etc etc.
    On peut aussi ajouter au passif l’agriculture vivrière sacagée, etc etc
    On connait tout cela très bien maintenant. Blablabla.

    Bref comme vous le disiez l’oligarchie locale peut-être partiellement cassée, mais au profit de l’oligarchie mondiale et au mépris complet des populations.

    L’intérêt de cet article ne réside donc pas dans l’éclairage de la politique du FMI et du consensus de Washington, mais plutôt dans la mise en évidence:
    1/ que cette politique ne peut être appliquée à la puissance dominante du fait qu’elle est la puissance dominante.
    2/ qu’il existe une oligarchie économique et l’ascendant que celle-ci exerce sur le pouvoir politique.

    Mais l’auteur n’a peut-être jamais lu Marx.

    Ou quelque chose m’échappe ?

  22. @ Cecile
    Difficile en effet de passer d’un présent conforme au passé (histoire relativement linéaire en occident depuis 50 ans) à un futur « alternatif » pour cause de rupture sociétale.
    Envisager un « Futurible » à la Ira Lewin dans « un bonheur insoutenanble » ou à la Huxley / Orwell…est impensable pour certains.
    Ce qui risque de nous guetter par delà la domination des oligarques des sociétés fabiennes c’est le chaos.
    Auquel succède éventuellement une dictature réclamée par l’usure des peuples.
    La population mondiale aura alors diminué (comme préconisé par les groupes conspirationnistes dont Rockefeller David a créé le modèle).
    J’en sais rien, mais je tente de n’y croire qu’à moitié!

  23. En fait ci, cet article est extrêmement intéressant puisqu’il vient confirmer de façon éclatante tout ce qu’on pensait jusqu’ici plus ou moins confusément et par quelqu’un de l’intérieur même du système.

  24. Très bien…

    Mais je le trouve un peu gonflé quand même le Johnson.
    Surtout de tout mettre sur le dos des oligarchies alors que le FMI a imposé sa fameuse politique d’ajustement structurel aux pays qu’il mentionne lui-même. Je trouve cela un peu gros quand on sait ce que la sainte trinité « privatisation, déreglementaion, réduction des coûts » a fait comme ravage.

    Bref passons. Je ne doute pas une seconde qu’il y ait des personnes qui vont se défendre bec et ongle dans les mois à venir.

  25. Merci à tous.

    Lorsqu’un ponte se lâche donc.
    Dommage qu’ils ne puissent pas le faire lorsqu’ils sont en place.
    (Yes we can ?!?)

    Enfin j’imagine que ça lui fait autant de bien à lui de le faire qu’à nous de le lire.

    Who’s next ?

  26. @ Blackole

    « Des groupes comme le CFR, la Trilaterale, Bilderberg, Round Table, Le Siècle, Skull n Bones, Bohemian Grove, … ne sont pas des inventions et devraient être intégrés aux discours pour comprendre par exemple les décisions (ou non décisions) du G20. »

    1000 fois d’accord !!!

    Personnellement, je déplore les effets de cette propagande qui consiste à étiqueter « théoriciens du complot » ceux qui s’aventurent à évoquer ces structures dont l’existence est pourtant parfaitement avérée, tout autant que l’identité de certains de leurs membres est connue. En parler nécessite bien sûr de prendre des pincettes et de ne pas céder à une paranoïa maladive. Mais tout de même, à la décharge des personnes tellement désabusées qu’elles pourraient en perdre leur lucidité, il faut bien admettre que le fait de considérer la nature et le rôle de ces structures, l’influence extrême de leurs membres, l’identité de leurs fondateurs et les courants idéologiques qui les traversent, donne sacrément froid dans le dos.

    Quoiqu’il en soit, la capacité de nuisance de ceux, manipulés (ne sait-on jamais ?) ou ayant perdu définitivement leur boussole, qui se prêtent aux fantasmes de tout poil est bien moindre à mon avis que celle des moutons de la garde prétorienne qui, souvent avec une certaine suffisance et sans distinction, vont par réflexe discréditer avec l’expression magique consacrée (théorie du complot ») tous ceux qui évoquent ces structures. Cette propagande correspond il me semble à une stratégie de discréditation préventive aujourd’hui complètement huilée qui inhibe le simple bon sens. Des complots, il y en a toujours eu et il y en aura toujours: des petits, des moyens, des grands. Des qui échouent et des qui aboutissent davantage. A noter que cette propagande s’acoquine largement avec celle de l’antisémitisme…

    @ Champignac

    je dirais même que c’est un gros bémol ! Cet article semble faire la part belle au FMI or il n’y a vraiment pas de quoi ! L’auteur aurait été autrement plus crédible s’il avait précisé que le FMI faisait complètement partie des rouages de cette machine infernale au lieu de vouloir faire croire qu’il a juste été impuissant ! Une machine infernale qu’on évoque trop souvent en termes économiques mais dont il ne sera superfétatoire de rappeler les conséquences sociales et humaines ravageuse. C’est même, dans le cas des pays du Tiers monde, l’une des principales courroies de transmission, avec la banque mondiale, de cette logique néolibérale criminelle.

  27. bonjour,

    voilaà déjà plusieurs années que Naomi Klein a compris tout cela. « La stratégie du choc » l’explique très bien. Elle y explique également le rôle du FMI dans tous les pays en crise ces dernières années. Son action a été désastreuse.

  28. oui en effet, tout ça n’a absolument rien de nouveau. Cela fait très longtemps que c’ets mis au jour, bien avant la parution du livre de Naomi Klein d’ailleurs.

  29. Tous ces groupes que vous citez sont connus, justement.
    Ainsi que leur pouvoir d’influence mais si celui-ci peut-être sous-estimé.
    Où est le complot ?
    Ou alors tous les lobbies peuvent être assimilés à des conspirationnistes ?
    il y a là un problème de définition, ce me semble.

  30. La convergence des analyses de la crise et des rideaux de fumée par des gens aussi différents que:

    Les conspirationnistes à la Griffith
    Les Bill Bonner et autres de la chronique Agora
    Les gens de LEAP 2020
    Les Krugman et autres Stiglitz
    Les Black
    Les Johnson
    and so on

    m’étonne comme elle étonne Philippe Deltombe .

    Il n’y a pas identité de vues, on connaît ou on discerne certaines arrières pensées, mais tous semblent ne pas accorder une chance aux pharaoniques dépenses et aux plans (qu’ils considèrent tous comme biseautés) de relance et régulation.

    Au fil ses semaines les précurseurs paraissent de moins en moins isolés.
    Est-ce que des avis convergents sont émis (off the record) au sein des centres de pouvoir (à la périphérie, anciens décideurs, analystes, professeurs, on l’a vu).
    L’un ou l’autre d’entre vous le sait-il ?

  31. « Les conspirationnistes à la Griffith »
    belle illustration de ce que je viens d’écrire.

    A ma connaissance, Griffith ne fait rien d’autres que de relever et de pointer la montagne d’incohérences qui parsèment toute la version officielle du 9-11. Il faudrait être particulièrement aveugle et borné pour ne pas mettre en doute – c’est un euphémisme – cette version officielle.
    L’ampleur du mouvement pour la vérité sur le 11 septembre, les dizaines de documentaires qui existent, certains très bons, d’autres moins (je pense particlièrement au mouvement issu des familles de victimes qui a débouché sur « 911 press for truth »; un excellent doc), le 1er documentaire européen – « zéro » réalisé avec Giuletto Chesa, eurodéputé, et diffusé au parlement européen, le nombre toujours plus grand de pays qui s’interrogent ouvertement…a de quoi faire réfléchir…
    Il y a de quoi s’interroger aussi sur le fait que contrairement à d’autres pays européens, ces documentaires sont complètement censurés par nos grandes chaînes nationales.
    mais bon ici n’est pas le lieu de débat sur le sujet, le mieux est d’éviter ces jugements à l’emporte pièce

  32. @ Ken Avo

    suffit-il que tous ces groupes soient connus pour être transparents ?
    faut-il rappeler par exemple que l’existence de Bilderberg (groupe créé en 54 par le nazi prince Bernahrd) a été volontairement niée par les plus grands médias jusque dans les années 80 ? que les plus influents qui soient se réunissent au secret vous inspire-t-il confiance ???
    quand on voit que certains grands pontes participent à ce genre de réunions alors que leur mandat au sein de telle ou telle administration leur interdit formellement, et que rien ne se passe, est-ce normal ?
    etc.
    Ces groupes me paraissent dangereux, tout comme la nature d’un certain lobbying du reste

  33. http://baselinescenario.com/2009/04/07/

    Le blog ci-dessus, où écrit Simson Johnso,n comporte d’autres liens, autant de pistes intéressantes à suivre, qui montrent qu’un courant de réflexion important existe aux USA, dont je ne sais pas évaluer l’ampleur et le poids. C’est cela qui est intéressant dans son texte, hormis ses deux scénarios et surtout, selon moi, sa description de l’oligarchie financière. Ce n’est pas une nouveauté, certes, mais il préconise tout de même de la casser, en s’appuyant sur sa connaissance des crises, sa spécialité universitaire (puisqu’il n’est resté que 15 mois au FMI).

  34. @ Champignac

    Tout-à-fait d’accord avec vous. Le FMI était universellement connu jusqu’à aujourd’hui pour avoir été l’organe mondial chargé de la guerre contre les pauvres. Pour ceux qui ont suivi la progression des désastres que le FMI a créés partout où il est passé, rien dans le plaidoyer pro domo de Mr Simon Johnson ne peut tromper sur cette question (sur la tuberculose et le FMI).

    Son successeur, Mr Olivier Blanchard, a d’ailleurs prévenu, lors de son entrée en fonction, qu’il était tout-à-fait apte à reprendre le flambeau de ses prédécesseurs en allant à ce qui est toujours l’essentiel du problème pour les monomaniaques de sa secte : les pauvres et leurs insupportables prétentions (« Il faut en finir, dit-il, avec une protection de l’emploi qui prive les jeunes de travail et met prématurément les plus anciens à la casse. » Le Monde, 2/09/2008).

    Cela étant, il me semble que l’importance de la contribution de Mr Johnson est ailleurs. Il y a peu, on disait, et on entendait encore: ce sont les pauvres qui sont responsables de tous les problèmes: immigrés (« donc » voleurs d’emplois, et de poules), smicards et autres « assistés » (« donc » fraudeurs vivant sur le dos des durs travailleurs), fonctionnaires (« donc » privilégiés), banlieusards (« donc » bizarres!), et bien évidemment tous les « travailleurs » (« donc » archaïques en tant qu’ils prétendaient avoir encore quelques droits: à la santé, à la retraite, etc.).

    Mais voilà qu’à la faveur d’une crise, tout le monde se réveille pauvre et, cette propagande, il faut bien l’appeler ainsi maintenant qu’elle s’écroule dans le même temps et que l’on aperçoit ce qu’elle cachait, qui nous a endormi pendant des années, a fait son temps.

    Ici, avec Mr Johnson, et aussi biaisé soit-il, on relève, et au plus « haut » niveau, que la tendance s’est inversée. Il va être bien difficile de revenir en arrière: de plus en plus nombreux vont être ceux qui ne vont plus croire 1) qu’il ne sont pas pauvres (comme les professeurs qui réalisent en ce moment qu’ils sont en fait des pauvres comme les autres: méprisés par le Monde et matraqués par la police) 2) que tout est de la faute, ou ne concerne que, des plus pauvres que soi.

    Ici est le véritable basculement, car, il est vrai, des crises financières il y en a eu d’autres, et rien n’avait changé. Mais voilà que les peuples recommencent à se poser la question de savoir comment fonctionne le monde et de découvrir que rien n’était tel qu’on l’avait prétendu. Je ne crois pas qu’il y ait d’exemple historique où ce processus se soit arrêté en cours de route pour revenir en arrière.

    Ici, on devra prendre garde non pas seulement bien sûr à ce que ce processus puisse mal tourner (que ne l’entend-on pas répéter!). Mais aussi à ce préjugé inverse, qui était en fait central, et pas sans raison, dans « l’ancienne » propagande et qui prétendait que les peuples ne sont capables de rien (sauf de brutalité sanguinaire) et que les experts devraient seuls juger et décider. Or ces derniers ont fait faillite et ils n’étaient que les marionnettes d’intérêts plus puissants.

    « Mais si l’on veut savoir d’où naît le préjugé défavorable au peuple, généralement répandu, c’est que tout le monde a la liberté d’en dire ouvertement le plus grand mal, même au moment où il domine ; au lieu que ce n’est qu’avec la plus grande circonspection et en tremblant qu’on parle mal des princes. » Machiavel, Discours sur la première décade de Tite-Live, Livre Premier, § LVIII.

    Mané, Phécel, Tharès: leurs jours sont comptés.

  35. PS: Une étude sur la corrélation entre la résurgence de la tuberculose et l’action du FMI: href=’http://www.nytimes.com/2008/07/22/health/research/22tb.html?_r=1&ref=health’>article en anglais du NY Times

  36. Cela dit, effectivement, l’intérêt principal de l’article n’est pas le FMI.

    Celui-là, de toute façon, nous aurons très probablement rapidement l’occasion d’en reparler. Ne serait-ce que quand vont se concrétiser les premières aides, et la façon dont elles seront faites. Avec l’énorme paquet de fric que le G20 vient de lui octroyer le G20, je gage qu’ils ne vont pas tarder à vouloir prouver à tout le monde à quel point ils sont utiles & indispensables…

    Back to the subject, pour ce qui me concerne.

  37. Bon, nous avons donc, maintenant, notre « Oligarchie ». Certes.

    Mais, au fait, de quoi, ou, plutôt, de qui, se compose cette Oligarchie? Vaste question.

    Et, par exemple, quelle serait la place qu’y occuperaient les actionnaires (aussi bien les « petits », que les « très gros »)?

    Depuis des mois, je m’interroge sur la couverture tout à fait modeste dont ils bénéficient. On parle de tout. Des hedges funds, private equity, banques, banquiers, institutions internationales, et j’en passe. Mais presque, personne, dans cette crise, ne parle des actionnaires. Du rôle qu’ils jouent dans le système.

    Quand on en parle, c’est pour évoquer les « malheureux qui ont perdu 30/40/50% de leurs investissements ». Tout juste s’il ne faut pas les plaindre. Un peu comme « les pauvres parents de la personne qui vient de mourir » (ait-elle été la plus franche des crapules, que ses enfants ont suivi).

    Pourtant, sans actionnaire(s), pas de capitalisme. Ils sont à celui-ci ce que « la Nation » est au Généralissime qui part en guerre pour défendre « le peuple ». C’est en leur nom que presque tout a été fait. Ce sont leurs millions, dizaines de millions, de petites (et grandes) voix qui ont formé le chœur du « toujours plus pour nous, et toujours moins pour les autres ». Ils sont le moteur du système.

    Donc, les actionnaires, base dissimulée de la pyramide Oligarchique?

  38. Simon Jonson n’est probablement pas un révolutionnaire préconisant l’abolition du capitalisme. Ou alors, il est bien masqué. Mais sa description sans autre prétention, puisqu’il s’agit de celà, de l’oligarchie financière américaine mérite tout de même mieux que cette volée de bois vert. Ce genre de propos a d’autant plus de poids qu’il ne vient pas de milieux d’où on l’attend.

  39. J’adore les histoires de complot, c’est un peu mon péché mignon.

    Saviez-vous que JF Kennedy a signé le 4 juin 1963 – soit 4 mois avant son assassinat par Oswald le tireur fou – l’acte exécutif numéro 111 110 (ça fait un peu toutouyoutou, non ?!) qui désigne l’Etat comme le seul producteur de billets de banque ? Actuellement cette fonction est sous la responsabilité de la Fed, qui est un organisme privé. Très croustillant.

    Je me plais à penser qu’en France aussi nous avons nos petits comploteurs, hin hin hin !

    « De 1995 à 2002, elle [Christine Lagarde] est membre du think tank Center for Strategic and International Studies (CSIS), au sein duquel elle coprésidait avec Zbigniew Brzezinski la commission Action USA-UE-Pologne et suivait plus particulièrement le groupe de travail Industries de défense USA-Pologne (1995-2002) et les questions liées à la libéralisation des échanges polonais[7]. En 2003, elle est également devenue membre de la Commission pour l’élargissement de la communauté euro-atlantique. » (wikipedia)

    (je sais, c’est pas terrible)

  40. La tuberculose adore et la guerre, et la famine, les logements insalubres, les carences alimentaires, …
    et le problème, -ou le jackpot- ce n’est pas tant que la paupérisation, les pauvres …… c’est qu’elle remonte dans les beaux immeubles ….
    cependant que le BCG ne marche pas (d’ailleurs il n’a jamais prétendu aucune immunisation) , et les antibiotiques efficaces (à force d’en gaver les animaux d’élevage ) perdent en efficacité ….

    Sur la tuberculose, on apprend beaucoup en relisant les vieux livres, avant les antibiotiques,
    déjà Hugo, Zola , et puis les rapports des médecins qui ont déterminés la loi sur l’interdiction de la location des logements insalubres, (objectif occulté : chasser les pauvres hors de la ville, trouer la ville pour permettre aux chars d’écraser les émeutes … ) et les rapports des médecins militaires ( ils savent que celui qui maigrit dans les trois premiers mois de service militaire n’a plus aucune chance de survivre, c’est un tuberculeux, sa tuberculose n’est plus une primo-infection, la maladie sous sa forme grave est déjà déclarée, du fait préventif de la contagion, il est renvoyé, … )
    la tuberculose adore les temps de guerres, de famine

  41. @ Vince

    Oui, même que ce décret n’a à ma connaissance jamais été abrogé (en tout pas dans les années qui ont suivi 63). Il a simplement cessé d’être appliqué.
    Dans la série, il y aussi Lincoln et son dollar gouvernemental, le greenback…
    Mais rien de neuf là dedans, ça fait plus de 2 siècles que l’oligarchie financière dispute à la collectivité le droit de battre monnaie (les épisodes préalables à la création de la fed en 1913, parfaitement avérés, documentés et même commentés par certains des protagonistes directs, en 1913 en sont un exemple)

  42. @ Champignac

    Il est piquant de penser que les actionnaires les plus nombreux ignorent « en être ».
    Ce sont les retraités à fonds de pension dont (comme ces inénarrables scottish widows) les gestionnaires mettent au chômage les salariés d’entreprises rachetées…au loin.
    Ces braves gens sont en quelque sorte inocemment les bourreaux de leurs frères de condition…

    Petits capitalistes qui s’ignorent…les plus nombreux…mais pas les plus riches.

  43. @ Michael EON et Ken Avo

    d’accord, il y a un problème de définition avec les complots et les conspirations
    et encore plus d’accord avec vous pour refuser d’en voir partout et les surestimer, à défaut de preuve

    en attendant les preuves, nous avons sous la main des constats qui n’exigent aucune définition, juste l’une ou l’autre précaution oratoire
    exemple : « sauf exception, celui qui a goûté au pouvoir aura du mal à y renoncer s’il ressent son retrait comme une contrainte »
    les banquiers de wall street sont des terriens comme les autres!

    plus généralement, je suis persuadé que c’est en s’efforçant d’éviter les jugements hâtifs que l’on peut produire les analyses les plus convaincantes, ou en tous cas, les plus enrichissantes
    dedefensa en donne un bon exemple aujourd’hui

    http://www.dedefensa.org/article-welcome_home_bho_pas_si_sur__08_04_2009.html

    Philippe Grasset entrevoit à peu près toutes les options sur les motivations et les choix d’Obama dans sa relation avec wall street
    et il conclut qu’il est trop tôt pour… conclure

  44. Les vrais responsables de la cata sont ceux qui mettent en danger les actifs de leurs clients avec comme seul risque personnel de toucher des commissions colossales sur les transferts quoiqu’il arrive.
    L’argent des commissions va sur des comptes offshore et pas « en bourse » …trop risqué (hors coup initié ou fomenté à la Soros bien sûr)
    La bourse c’est pour les blaireaux.
    Like me ?

  45. Et bien, finalement, il se pourrait que les anticipations du LEAP (oublions leur forme…) ne soient pas si farfelues.
    L’inaction nous consume doucement et le tunnel nous semblera bientôt très sombre.

  46. Un peu de peur ne leurs fera pas de mal.

    Quand nos amis mafieux mexicains, russes, asiatiques, colombiens… qui à mon avis ne connaissent pas bien les mécanismes monétaires se rendront compte qu’ils sont détenteurs de milliards en monnaie de singe, je ne suis pas convaincu que nos banquiers américains dont les noms font le tour du net fasse beaucoup les marioles.

    Les différents mafieux qui comprendront qu’ils ont été berné par la plus grosse mafia au monde voudront sans doute lui demander quelques comptes, enfin on peut toujour rêver…

  47. En complément au lien fourni par P.DELTOMBE:

    « Dans notre analyse générale des possibilités de l’éclatement d’une crise interne à Washington, nous ne tablons sur la vertu de personne mais sur les erreurs, les lâchetés, l’aveuglement de la corruption, la suffisance de la puissance, la colère et la révolte dans certaines conditions extrêmes. Le climat actuel autorise à prendre ces réactions imprévisibles pour des facteurs pouvant jouer, à un moment ou l’autre, de manière imprévisible justement, un rôle politique essentiel……Surtout, elle rend encore plus aiguë l’énigme que continue à constituer Barack Obama: effectivement un pantin ou bien un homme capable de se révolter à un moment ou l’autre? »

    http://www.dedefensa.org/article-bho_et_wall_street_07_04_2009.html

  48. A propos du LEAP, j’aimerais bien savoir un minimum en quoi consiste même grossièrement leur fameuse « méthode » souvent mise en avant mais jamais décrite. A ma connaissance.

    A propos du $, le chantage à l’achat des bons du trésor par la Chine n’a-t-il pas également ses limites ? A savoir qu’il ne peut fonctionner que dans la mesure où la FED s’abstient effectivement de faire tourner la planche à billets. Or elle l’a déjà fait ! Et la réaction chinoise ne s’est pas fait attendre, je pense au rapport pour le G20 de la « Banque Centrale du Peuple ». Quant aux ressources de la Chine et sa capacité d’absorption en billets verts, elles ne sont pas non plus illimitées, Chine qui malgré son milliard d’habitants n’est jamais après tout qu’à peine plus grosse en PIB que l’Allemagne, laquelle Allemagne continue de dégager des excédents commerciaux supérieurs à elle, et reste encore assez loin du Japon.
    Il me semble avoir lu aussi ici, que la Chine commençait déjà à se débarrasser de cette monnaie de singe devenue bien encombrante à un rythme tel qu’il ne lui en resterait plus avant un an ? Info ou intox ?

    Mon évaluation est-elle mauvaise ?
    Il est probable que je pêche, mais où ?

    Est-il réellement inenvisageable que le reste du monde finisse par se relever sans des USA désormais écartés du jeu mondial et complêtement marginalisés ? Auquel cas nous aurions finalement un scénario B pour le reste du monde et E pour les USA (crise éternelle) ?

  49. Quant à la réalité de la supériorité scientifique et intellectuelle des USA, je ne cesse de repenser à cette description très sévère que m’a fait un jour de son propre pays une connaissance franco-américaine: un pays de beaufs incultes mais qui auraient fait fortune dans le pétrole et au gré de circonstances disons favorables (grands vainqueurs de 2 guerres mondiales + 1). Si caricatural, vraiment ?

  50. @ Ken.

    Je ne vois aucune « fameuse (ou fumeuse) méthode ». Simplement une très grosse base de données et à partir de ces compilations, les bulletins GEAB, des analyses structurelles, monétaires, économiques, politiques… et des anticipations qui, depuis 2006, font souvent mouche.
    Bien sûr ils se trompent aussi, l’élection d’Obama, l’Iran, les Tx de change $/€… mais au moins ils se mouillent et ils expliquent comment ils construisent leur anticipations.
    Le problème majeur, c’est leur style commercial « fin du monde », mais bon…
    Sinon avec le sommaire accessible sans abonnement et les communiqués publics tu peux te faire ton idée :

    http://www.leap2020.eu/Sommaires-des-precedents-numeros_r40.html?PHPSESSID=fd718725200484cc2cfbe7e215acb0f1

  51. Sur le calcul du PIB de la Chine, si ses exportations étaient valorisées décemment (à savoir + de 1/10 du prix de vente dans nos magasins occidentaux) ainsi que sa consommation intérieure, elle aurait dors et déja le plus gros PIB au monde.

    Le monde entier consomme made in China. Fermez les frontières de la Chine et tous nos PIB s’effondreraientt de 30%.
    A titre d’exemple, 70% des produits manufacturés vendus chez Wal Mart, le plus grand employeur privé américain et l’antre de la consommation par excellence, sont made in China.

  52. @ Ken

    Pour la Chine.

    Certes la Chine, via des fonds souverains, achètent depuis peu des pétrolières et des énergétiques à très faibles prix et font tout doucement glisser une partie de leurs réserves de change vers du solide. J’ai aussi lu cet article sur le terme « à un an », mais je n’y crois pas une seconde. Encore un article à la Bonner. Il faut bien plus d’un an pour réorienter son outil de production, la chimérique a très certainement du plomb dans l’aile, mais la Chine a encore soif de $ et les US du beau papier à vendre.
    Va voir du côté des auctions pour te faire, là aussi , ton idée. Tu verras que la Chine continue très largement à participer au déséquilibre de la balance commercial US.

    La Chine a aussi annoncé sa volonté d’augmenter considérablement ses réserves d’or, de 600 à 4000T, ce qui sous entendrait, qu’à long terme, vaut mieux détenir de l’or que du $, mais qui en doute ?

    Et pour les beaufs incultes et les généralisations abusives, pas besoin d’aller aux US pour en trouver, on en voit de temps en temps ici même. Oui la caricature est grossière.

  53. @Jef,

    Caricatural oui.
    Et pourtant la question mérite peut-être un peu plus d’attention.
    Si l’on considère deux choses:
    – que la Californie et la Nouvelle-Angleterre ne sont constituent pas la plus grosse partie de la population américaine.
    – quelle proportion de l’élite intellectuelle n’est pas états-unienne mais d’immigration de travail récente ? A commencer par notre hôte ! 🙂
    Comment cette élite réagirait-elle à la plongée en eau profonde que scénarise mister Johnson ?

  54. @Jef,

    Pourquoi le peuple américain réagirait-il différemment qu’il ne l’a fait (ou plus exactement pas fait) dans les années 30 ainsi que l’Angleterre et la France ? Le drame européen a bien d’autres explications plus pregnantes qu’un effet quasi-mécanique dû à la crise.

    Quant au scénario de la faillite bancaire en chaîne européenne qu’annonce mister Johnson, un élément semble-t-il crucial de son analyse, je n’y crois pas. Surréaction typquement américaine dûe à une méconnaissance flagrante de la réalité de ce côté-ci de l’atlantique (morcellement des systèmes et des économies, faiblesse relative des sommes en question, système financier moins démesurément obèse… Bon, l’Autriche saute, d’accord. Et alors ?).
    Johnson, et je rejoins ici la remarque d’un autre commentateur, me fait l’effet de quelqu’un tellement effrayé par la réalité américaine qu’il cherche à se rassurer en se persuadant que les autres sont dans le même cas… cas.
    Or je n’en suis pas convaincu. Ce qui ne veut pas dire que la crise n’existe pas ici et suffisamment durable, mais pas au point de ne ne pouvoir en sortir.
    D’autre part et c’est peut-être le point le plus important, je pense que l’UE en tant que système politique supranational et malgré ses nombreuses faiblesses (parfois inhérentes à cette nature !) a bien des points communs avec le FMI. Ce qui pour rejoindre l’analyse de Johnson rend possible ici la réaction à la crise qui lui semble impossible là-bas entre Washington DC et Wall Street !
    Reste le problème (l’éternel problème) de la perfide Albion…

    Je politique-économique fictionne ? 🙂

  55. @ Ken.

    Non, pas de politique fiction, je partage cet avis.

    D’ailleurs, c’est assez cocasse. Tu résumes l’un des thèmes du GEAB 33 :

    « Tensions transatlantiques croissantes à la veille du G20 : exemple d’une tentative de déstabilisation du système bancaire de l’UE et de l’Euro par Wall Street et la City
    On assiste également depuis un mois environ à une tentative délibérée de la part de Washington de fracturer l’UE et d’affaiblir la zone Euro en relayant sans discontinuer de fausses informations sur le « risque venu d’Europe de l’Est » tout en tentant de stigmatiser une zone Euro « frileuse » face aux mesures « volontaristes » américaine ou britannique… (page 2)
    Lire communiqué public »

    Va voir le lien que je t’ai passé plus haut et rentre dans le 33.

    Bonne soirée.

  56. Le texte de Simon Johnson permet de lever la tête au dessus du guidon.
    Jusqu’a présent, on assistait à une accumulation pointilliste de faits disparates, mal reliés.
    Le sujet n’est le FMI ; on sait sa valeur et ses valeurs.(-> Naomi Klein ). L’auteur les confirme. Allons plus loin.
    Voilà un homme qui devrait être villipendé ( traitre) par ses anciens commettants.Ce n’est pas rien.
    Il est courageux et lucide. Dans son rôle de témoin à la bonne place, il n’y a rien de mieux accessible pour le commun;
    Personnellement, je ressens une jubilation à disposer enfin d’une grille de lecture la meilleure disponible. Elle est incomplète, c’est certain, mais charpentée. Je la cherchais.
    Et elle remet en action la notion de prise de conscience politique collective.
    L’agencement des forces politiques actuelles est totalement contraire à un début d’action raisonnable.
    Bref, ceux qui ne sont pas protégés vont salement morfler; et ça va durer longtemps. Pour peu qu’on veuille le voir, l’explication n’est pas technique ( le marché,les actions,la Chine,les déséquilibres, les bilans et un raton laveur) elle est humaine et politique:
    Volonté de puissance, incompétence, aveuglement, égoisme, corruption et impérialisme.
    La question n’est pas épuisée pour autant, les neurones auront encore à travailler, mais il me semble que la reflexion a gagnée un gouvernail.
    Une raison d’être moins déprimé… même si c’est pas décoiffant.
    Encore merci à M.rs JORION et LECLERC. Un Houra pour les traducteurs, des maîtres.

  57. Notre oligarchie à l’échelle européenne ne serait peut-être pas encore suffisamment constituée et ce serait notre force. Quoique le Round Table…
    Mais si l’on admet que le problème de collusion décrit par Johnson n’existe pas ici au niveau de l’UE, on peut admettre qu’il existera un jour de la même façon. Il conviendrait donc de faire le nécessaire pour s’en préserver pendant qu’il en est encore temps. Et c’est là que j’ai un sérieux doute quand même vue la perméabilité de l’UE aux thèses néolibérales (Anglo-Saxon libertarians !).
    Mais l’indépendance de la BCE se révelerait-elle finalement une très bonne chose par exemple ?
    C’est amusant, comme mon point de vue sur l’UE serait en train d’évoluer lui aussi !

    Oui moi aussi je lis les GEAB depuis quelques temps, Jef, bien que sceptique. 😉

    Bonne soirée à vous également;

  58. Bonsoir,
    George Orwell et Aldous Huxley ont chacun à sa manière visé la bonne cible,
    et tiré en plein dans le mille, tous les deux.
    Un autre auteur, visionnaire lui-aussi, a bien choisi sa cible et fait mouche…Franz Kafka.
    Quel type d’administration, quel genre de gouvernance ( terme issu du jargon d’entreprise ), et au sein de quelle
    sorte de société au climat tendu, borné, brutal, incidieux et délétère nous invite-il dans ses lancinantes histoires burlesques ?

  59. Le précédent billet invité de François Leclerc, et ce présent billet de Paul traitent une « chose » qui cadre et qui correspond à une réalité, que, la plupart du temps, il faut lire en creux et par défaut, bien qu’elle recouvre à présent le monde entier. Il en est ainsi comme tout ce qui est essentiel, déterminant, sensible et échappant au contrôle de ceux qui, légalement, devraient exercer sans conteste ce contrôle légal et sans ombre. Ombre qui est partout maintenue avec complaisance pourtant.

    Rappel de cette remarque de François Furet qui condense un gros livre à elle seule: « Une oligarchie occulte dirige la démocratie. Cette oligarchie est contraire à la démocratie mais indispensable à son fonctionnement. »

    Et bien, il faut aller chercher sur les bords du Rio de La Plata des indications qui résonnent et font écho à ces deux billets se rapportant à ce propos de Simon Jhonson (j’ai des correspondants en Argentine mais c’est par recherches que j’ai trouvé cet auteur que je ne connaissait pas avant l’année dernière). Mais ici l’auteur argentin met des noms et des références. L’article est en français.

    http://www.asalbuchi.com.ar/2008/03/le-cerveau-mondial-la-face-cachee-de-la-mondialisation-point-de-vue-dargentine/

  60. encore merci aux traducteurs, merci pour cet article …
    je suis assez d’accord que « confrontés à la perspective d’un effondrement à la fois national et global, un peu de jugeote infuse enfin l’esprit de nos dirigeants », mais j’apprécie que la réfléxion soit portée dehors,
    (cela même, s’ il y a encore beaucoup à dire et à redire …)

  61. Je vois que nous avons eu la même idée de traduire l’essai de Johnson (sur http://bequilles.blogspot.com/ pour ma part). Lecture tonique quand on voit la rapidité avec laquelle des banques comme Goldman Sachs aimeraient tirer le rideau sur les pratiques qui ont provoqué la débâcle actuelle, en s’engraissant même des cadavres de concurrents pourrissant autour d’eux pour améliorer leurs comptes.

    JCP

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