Les glaneurs

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Vous aurez noté le fossé qui va se creusant entre les commentaires lénifiants de la presse selon qui, si tout ne va pas bien, tout va en tout cas beaucoup mieux, et les commentaires de plus en plus apocalyptiques des blogueurs – dont je suis.

C’est que pour nous, blogueurs, notre crédibilité est en jeu. La pièce du « tout va bien » est essentiellement écrite en ce moment aux États–Unis mais il n’y a pas critique plus sévère pour un auteur que des spectateurs riant à contretemps. Mr. Geithner, Secrétaire au Trésor américain, l’a appris à ses dépens quand les étudiants de l’université de Pékin se sont esclaffés à sa remarque que l’achat par la Chine de Bons du Trésor américains avaient été un excellent placement.

La crédibilité est cruciale aussi pour les hommes politiques. S’ils entendent durer bien entendu. C’est à cela qu’a dû penser Mr. Sarkozy quand il a affirmé il y a quelques jours devant le Bureau International du Travail à Genève qu’il est « chimérique et irresponsable de croire que les peuples subiront sans rien dire les conséquences de la crise ». Il avait ajouté : « On ne règlera rien si on ne règle pas d’abord la question du capitalisme financier qui impose à l’économie et à la société son propre système et ses propres normes ». C’est vrai. « Il faut tout revoir : la surveillance prudentielle des banques, la réglementation des hedge funds, les règles comptables, les modes de rémunération », avait-il encore déclaré. C’est vrai aussi. « La crise nous rend de nouveau libre d’imaginer. C’est le moment d’aller le plus loin possible », avait-il conclu. Comment mieux dire ?

Les Etats-Unis, qui dirigent aujourd’hui la claque du « tout va mieux », s’enferrent dans l’erreur. Dans leur « A New Financial Foundation », l’article du Washington Post où ils présentent le plan de supervision des institutions financières de l’administration Obama, Mrs. Summers et Geithner préconisent diverses mesures : une surveillance renforcée, comprise comme davantage d’informations autorisant davantage de laisser-faire, une meilleure protection des consommateurs contre les organismes de crédit, sans rien prévoir pour qu’ils aient moins à s’endetter, l’accent mis désormais sur le risque systémique plutôt que sur celui que présentent les entreprises individuelles, alors que les chaires prestigieuses d’économie de leurs universités continueront de prêcher l’individualisme méthodologique qui nie l’existence d’effets économiques globaux distincts de la somme des comportements individuels.

Face aux États–Unis, la Chine pratique depuis vingt ans l’art martial du Tai-Chi, dont le principe fondamental est d’utiliser pour le défaire, la force de son adversaire : détourner d’une chiquenaude son élan pour l’envoyer s’écraser sur un mur. La tactique lui a bien réussi lorsqu’elle était encore seule, elle s’avérera plus rentable encore étendue ces jours-ci à l’échelle du BRIC (Brésil-Russie-Inde-Chine), dont elle est le leader incontesté.

Et l’Europe dans tout ça ? On entend bien quelques rares voix : celle de Mme Merkel et celle donc de Mr. Sarkozy : « Je veux dire à tous les chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union européenne que l’Europe doit être exemplaire parce c’est ainsi qu’elle sera la plus fidèle à ses valeurs et qu’elle aura une chance de les faire partager », a affirmé celui-ci lors de cette même réunion à Genève. « La France veillera à ce qu’aucun débat ne soit enterré, à ce qu’aucune question ne soit éludée ». Dont acte.

Il reste en effet un monde à sauver mais pas simplement celui de l’entrepreneur-héros contre le spéculateur-canaille, comme l’entend le président français : un monde fait des peuples tout entiers, avec l’accent mis, pourquoi pas – une fois n’est pas coutume, sur ceux qui doivent se contenter de ramasser les restes : sur les glaneurs.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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75 réflexions sur « Les glaneurs »

  1. @ clémence Dardenne

    Je n’en ai pas la certitude mais je pense que si l’on faisait un sondage on verrait que la plus grande part des lecteurs de ce blog
    vont voter. Ce sont, majoritairement, les couches populaires qui ne sont pas allé voter aux européennes ! Mais comment le leur reprocher quand les grands médias proclament d’avance et en boucle que le taux d’abstention sera élevé. Et d’interroger les politiques de ce qu’ils pensent de tel concurrent, de ses chances aux prochaines présidentielles, de sa stratégie électorale, plutôt que de les interroger de façon rigoureuse sur les enjeux européens proprement dits, et le poids de décisions précises prises à Bruxelles ou Strasbourg sur la vie économique et sociale nationales ?

    Le pouvoir médiatique — je devrais dire financier — n’incite pas à la mobilisation et à la réflexion. Toute idée forte est noyée dans un magma de propos insipides ou anecdotiques qui donnent toutes les apparences d’une absence d’enjeu et ôtent toute cohérence aux propos des politiques, lesquels sont comme de pièces d’un puzzle qu’il s’agit de reconstituer.
    Il faut avoir une bonne culture politique pour déceler ces enjeux par delà les petites phrases. Les politiques sont prisonniers des enjeux électoraux alors pour faire avancer leur cause, même quand ils y croient, ils se positionnent pour être les mieux placés sur la ligne d’arrivée.
    Evidemment les sources d’information sont nombreuses. L’accès à Internet est quasi universel mais la société du spectacle fait diversion, et il faut avoir beaucoup de curiosité ou de révolte positive en soi pour aller chercher l’information et penser que chaque vote compte.

  2. @clemence Daerdenne

    Quelques faits :
    – La majorité des citoyens a voté NON au traité constitutionnel européen. Qu’à cela ne tienne, les députés ont voté OUI quelques mois plus tard.
    – Si l’on vote pour un parti minoritaire, le mode de scrutin fait que nous ne sommes pas représentés.
    – Obama, sur lequel tant d’espoirs se sont portés change-t-il la donne ? d’après Paul, il s’agirait de Bush III …
    – les hauts dirigeants des partis majoritaires (UMP et PS) sont prêts à se renier sasn hésiter pour un poste. Ils ne défendent ni des idées ni les gens. Quelques exemples : Pascal Lamy, un socialiste à la tête de l’OMC organisme quelque peu libéral, Dominique Strauss Khan proposé par Sarkozy pour diriger le FMI , Bernard kouchner, ministre de Sarkozy, Besson au ministère de l’immigration et de l’identité nationale… bref ils sont tous interchangeables.

    De mon point de vue, nous vivons dans une démocratie dévoyée, les dés sont pipés, par la manipulation de l’opinion publique (la fabrique du consentement). Ecoutez à ce sujet les émissions de Daniel Mermet sur Bernays ou Chomsky.
    Je vote à chaque élection, y compris la dernière, pour apporter mon soutien à des idées et des personnes, mais je sais pertinemment que mon vote ne sera pas pris en compte.
    Ouvrez les yeux, plutôt que d’accabler des citoyens qui ne font que constater leur impuissance lorsqu’ils jouent le jeu du vote, de la « démocratie », etc …

    Vous êtes une personne sincère, et de manière générale j’apprécie vos interventions sur ce blog, mais le système me parait bel et bien verrouillé.

  3. @Un Agro
    « Finalement la crise financière et économique n’est telle pas qu’un phénomène accessoire au vu des challenges auxquels notre civilisation fait face? »

    Il me semble que cette crise, aux conséquences gravissimes, est avant tout le révélateur d’une prise de conscience. Les acteurs les plus éclairés et les plus influents sur la marche du monde, ceux qui ont le plus exploité les propriétés extraordinaires qu’offre un capital, prennent peur. Ils ont pris conscience que les richesses de l’humanité, celles qui ont permis peu à peu à l’homme de se libérer de sa condition animale, sont en train de s’épuiser très rapidement du fait d’un accroissement très rapide de la population mondiale. Les matières premières non renouvelables, métaux, énergies fossiles, fertilité naturelle des sols, deviendront de plus en plus coûteuses parce que de plus en plus rares tant qu’on n’aura pas trouvé les moyens de les remplacer par d’autres sources accessibles à aussi bon marché. Le futur qui se profile à un horizon proche est donc nettement moins prometteur que le futur qui se présentait il y a 60 ans. Seul le Club de Rome s’en était préoccupé dans les années 70, sans que cela soit pris en considération.
    Le mieux que l’on puisse espérer est que ce renchérissement, auquel on ne pourra pas échapper, se passe sans déflagration mondiale ou nationale. Il est à mon avis illusoire de croire à une amélioration du niveau de vie moyen sur la planète. Au mieux, peut-on espérer un rééquilibrage mondial, dans lequel les pays les plus développés ont le plus à perdre. C’est d’autant plus vrai que notre pays et l’Europe sont très pauvres en ressources naturelles non renouvelables.
    Quelles aient été récoltées par travail de la terre ou par travail de glanage, les graines mises au sec dans les greniers des fourmis sont appelées à leur servir dans le futur. Les cigales qui rechignent à se baisser pour en ramasser tant que c’est possible, ne risquent-t-elles pas de le regretter. A moins qu’elles préfèrent s’en emparer d’une autre manière, certainement pas plus morale. Et pour rester avec La Fontaine, il ne me semble sage de ré-enseigner dans les écoles « Le laboureur et ses enfants ». Cela ne sera pas utile qu’à ceux qui envisagent un retour à la terre.
    http://www.revolution-lente.com/jean-marc-jancovici.php

  4. @ Un agro

    A propos des enclosures, mouvement qui démarra en Angleterre, et qui fut le préambule de la Révolution industrielle.
    Certes il libérait les paysans d’un certain esprit communautaire qui pouvait être envahissant et qui freinait l’innovation.
    Mais à quel « prix » ?
    Il brisa les liens de solidarité et mit sur le carreau des milliers de paysans pauvres qui n’avaient que les terres comunales pour vivre. Il sonnait aussi le glas de l’idée de biens collectifs constitués par la loi ou la coutume, celle qui fait tant défaut dans la réalité de l’économie dite libérale, qui considéra que la propriété individuelle était le sésame ouvre-toi d’un avenir radieux, celui de la richesse des nations supposée reposer sur le socle des intérêts individuels.

    Je ne suis pas certain que ces paysans y aient gagné au change en allant dans les usines fermées, ces véritables camps de travail, clos, et à la discipline de fer que la classe montante des entrepreneurs avaient ouverts pour les exploiter !
    Karl Polanyi, explique dans La grande transformation que ces paysans étaient si peu habitués au temps chronométré qu’il fallut aux entrepreneurs attendre la seconde génération, conditionnée au temps morcelé de l’industrie, pour obtenir des rendements intéressants. Les paysans enfermés, goûtaient peu à la discipline ! Il ne s’agit pas d’être nostalgique d’un ordre ancien, révolu, mais il faut reconnaître que le temps social des paysans n’était pas encore celui de l’utilitarisme, lequel est devenu l’idéologie de l’occident jusqu’à ce que, aujourd’hui, à la faveur d’une crise exceptionnelle, il soit battu en brèche, non plus seulement par la critique, mais par des faits.

    La première vague de paysans qui durent se résigner, ou furent forcés, à entrer dans ces camps de travail, n’avaient pas l’ardeur au travail requise par le productivisme naissant. Le calendrier chrétien comportait un nombre très important de jours chômés, et les paysans ne travaillaient pas plus qu’il ne leur était nécessaire pour vivre.

    Ce terrible épisode de l’histoire paysanne n’est pas simplement un fait historique, car il a toujours son actualité, partout dans le monde où des paysans sont chassés de leurs terres, le plus souvent au profit de riches exploitants agricoles, qui se soucient comme d’une guigne du monde rural, et sont prêts à toutes les innovations hasardeuses, pour leur seul profit, aidés le plus souvent par des pouvoirs locaux corrompus, ou la compromission de régimes qui ne pensent qu’à leurs juteuses exportations.

  5. @ Un peu de logique

    Désolé pour cette réponse lapidaire au petit matin.

    Ce que je cherchais à exprimer par la phrase que vous citez, ce ne sont pas les processus de détermination de la « valeur pécuniaire » d’un quelconque travail, en quoi je rejoindrais certainement à peu de choses près ce que vous en dites, mais l’amalgame qui est fait entre « valeur morale » et « travail ». Du type : « tu gagneras ton pain à la sueur de ton front » (religion) ou « le travail est un trésor » (moralisme) ou plus à la mode « la valeur travail » (démagogie politicienne).

    Il me semble que dans ce cas on ne fait que prétendre à des arguments moraux destinés à maintenir le « brave petit citoyen » dans les clous. Sachant que dans le salariat l’exploitation est la norme et que compte tenu du partage de la richesse il serait à mon sens de bon ton d’arrêter de prendre les gens pour des c… en leur fourguant le tout sous un enrobage moraliste bien suave.

    La distinction étant donc ici sur le terme de « valeur » qui ne recoupe pas les mêmes réalités.

    Une distinction similaire est sans doute nécessaire à effectuer pour éviter la tension avec le discours sur le « travail ». Peut-être entre « salariat » et « travail » ou entre « activité » et « travail » ce qui permettrait sûrement de fouler les mêmes chemins que jducac. Pour autant que l’acceptation passive de la situation – « c’est la vie, c’est comme ça » – ne préside pas à la réflexion.

    Non plus que les schèmes de pensée de joli-papa où, rentrant avec le certificat d’études dans une entreprise on pouvait décemment espérer une ascension. Ce qui, à mon avis, n’est nullement le fait d’un mérite personnel quelconque mais seulement d’une période de forte croissance (30 glorieuses, reconstruction…) où les places disponibles étaient nombreuses, point.

    Servant d’ailleurs parfaitement en cela l’illusion de la « méritocratie républicaine » où 1% de fils d’ouvriers pouvaient espérer quelque chose ! (En 2007 ils étaient encore 1 ou 2 % environ à entreprendre des études supérieures quand ils représentent 30% de la population…) Illusion que l’on retrouve aujourd’hui dans les mythes divers balancés par l’Education Nationale : égalité des chances par exemple.

    « L’égalité des chances c’est quand l’Etat promet que pour le lièvre et la tortue la ligne de départ est la même » !

    (Voir à ce propos le spectacle de Franck Lepage, « l’éducation populaire, monsieur, ils n’en ont pas voulu » petit bijou de dérision sur les mythes modernes véhiculés par l’éducation, entre autres, à l’adresse suivante : http://tvbruits.org/spip.php?article981 )

    @ Clémence Daerdenne

    J’admire votre fougue et votre engagement mais…

    …Pour finir de me mettre à dos tout le monde je dirai simplement que pas plus que la paresse (péché capital est-il besoin de le souligner ?!!) ne préside au chômage, la dé-responsabilisation ne préside à l’abstention. A cet égard merci à Lemar de rappeler que quelle que soit la complexité des textes et discussions présentés en 2005 (TCE) une majorité de Français (et même les catégories populaires) s’est exprimée et que l’on voit bien le peu de cas qui est fait de cette expression ! Alors de caution démocratique à tout ce bazar : point !

    Personne n’aurait donc remarqué que la politique est l’art de rebondir sur n’importe quelle situation pour la retourner à son avantage ? Voir en cela les exégèses savantes sur les scores à ces mêmes européennes : blablabla bla bla.

    @ Pierre-Yves D.

    Quelles idées fortes ? Quelle solide culture politique ? Quels enjeux au-delà des petites phrases ? Dans Europe écologie vous voulez dire ? Ou chez les socialistes ? Inutile d’évoquer l’UMP on sait pour qui ils roulent ! 🙁

  6. @pierre yves
    Oui, ce sont les couches populaires qui traditionnellement vont peu voter, mais aussi et SURTOUT massivement les jeunes (tous niveaux et couches sociales).
    Pourquoi le parti majoritaire qui tient toute la comm et la presse ne lutte t-il pas plus contre l’abstention ?
    Parce que : 1) 70% des electeurs votant à droite ont plus de 55 ans ; 2) les plus de 55 ans sont majoritairement inscrits sur les listes et votent ; 3) appeler à voter, battrait le rappel des jeunes qui , eux, votent plus à gauche.

    CQFD, La droite conservarice n’a aucune envie de se tirer une balle dans le pied, je les comprends.

    A chaque election depuis 2002, je suis présidente d’un bureau de vote parisien et je verifie ces tendances sur le terrain.

    Jusqu’à peu, je comprenais, tout en m’en inquietant, que les plus modestes et les plus jeunes remettent leur destin dans les mains des plus aisés et plus agées.

    Depuis, les Europeennes , en pleine crise qui va laminer les plus fragiles, ça me revolte que ceux qui ont peu ou rien fassent le choix de laisser les mieux servis, les plus nantis décider pour eux.
    C’est un blanc-seing, un tapis-rouge, un boulevard pour la casse sociale dont ils seront les premiers frappés.

    Je connais tous les arguments que vous evoquez et je les partage. Mais mon coup de gueule dénonce une tendance de fond qui banalise , encourage et excuse la deresponsabilisation de nombreux citoyens et qui les confortent dans un ideal de consummerisme beat et dans une passivité plaintive.

    @lemar
    L’argument du « NON » à la constitution dénié qui justifierait un choix d’abstention à CES elections Europeennes , en pleine crise majeure, historique, devastatrice est un argument faible et anachronique.

    L’argument des « élus tous pourris » est encore plus faible.

    Ce type d’argument, pour moi, fait partie du processus de deresponsabilisation banalisée des citoyens qui gagne du terrain de maniére inquietante et enterine l’idée fausse que la Démocratie est eternelle , acquise, évidente comme l’air que l’on respire.

    Alors, que les periodes de grande crise sur fond d’ideologie du moins d’état, moins de fonctionniaires, de loi de la jungle, on peut ajouter de pénurie , est une mise en danger de la démocratie et des plus fragiles.

    Alors,oui ça me revolte que pres de 70% des europeens ne soit pas aller voter et qu’ils valident par leur choix une gouvernance europeenne encore plus conservatrice au service des plus conservateurs.

    @pierre-yves : a dit
    « Je n’en ai pas la certitude mais je pense que si l’on faisait un sondage on verrait que la plus grande part des lecteurs de ce blog »

    Pierre Yves , ça me reconforte :=)

    @lemar
    bon, j’arrete, comme vous le voyez je suis colére et je ne suis pas sure que ce soit le moment, le lieu et l’endroit pour l’exprimer :=)

  7. alors voici la nouvelle trinité économique : « les investisseurs, les entrepreneurs et les glaneurs ».

  8. @ 2casa

    Si vous savez lire, vous pouvez savoir pour qui n’est pas allé mon bulletin de vote.
    C’est très facile à deviner 😉

    La politique ce n’est pas, — c’est ce que rappelle à juste titre Clémence Daerdenne — un marché, même si beaucoup de politiques agissent comme s’il fallait cibler des consommateurs politiques pour des produits électoraux.
    Pour cette raison même nous ne pouvons nous attendre à ce que les différents partis proposent des programmes idéaux, ceux qui correspondraient exactement à nos attentes. Sauf à faire la Révolution et couper des têtes, la politique est donc l’art du compromis.

    Mais ce n’est pas parce que les programmes politiques nous déçoivent, que les apparences médiatiques des politiques sont ce qu’elles sont, qu’il n’y a plus d’enjeu économiques, sociaux, écologiques. Je vous concède que l’Union a une inertie considérable, que les avancées se font au compte goutte. Mais il n’en demeure pas moins que des décisions sont prises au parlement européen et qu’il n’es pas indifférent que telle ou telle majorité soit confortée ou non.

    Quant aux idées fortes ce sont hélas souvent toujours les mêmes, je vous le concède. Mais il n’empêche que tout discours politique, derrière son coté anodin, voire son populisme, il y à une cohérence. Sarkozy, pour le nommer, applique son programme de démolition du modèle social français issus du programme du Conseil national de la Résistance. Il est cohérent avec lui-même.

    Les ténors socialistes — pas tous — derrière les discours sur la modernisation, de l’entreprise créatrice de richesses, ne font pas autre chose que de dire que le modèle actuel reste le bon, il suffirait de l’aménager, de redistribuer un peu par voie fiscale et d’injecter une certaine dose d’écologie. Ou alors il y a des idées nouvelles, de grands mots sont alors lâchés comme l’économie solidaire, la participation.. mais cela reste des voeux pieux car leur horizon de pensée est toujours bouché par l’économie capitaliste productiviste et consumériste.

    Les Verts ont une critique plus radicale, mais, hélas, au parlement européen il leur arrive de voter des directives libérales — comme la libéralisation de la poste ou du chemin de fer — en échange des voix du parti libéral pour obtenir quelques avancées dans le domaine de l’écologie. Bref, pas enthousiasmant non plus.

    Le parlement est à droite, et les sociales-démocraties ont du plomb dans l’aile, faute de véritable projet alternatif. Mais est-ce une raison pour laisser le champ libre aux forces réactionnaires ? Les élections ne sont qu’un terrain parmi d’autres pour faire de la politique. Mais si nous le désertons, toute la place sera occupée par l’adversaire.

  9. @ Pierre-Yves D.

    Merci de votre réponse et je n’attends absolument pas de révélations sur qui vote quoi 🙂 !

    Pourtant : Quand s’arrête le compromis et commence la compromission ? Le « votez rutile » on voit depuis 30 ans à quoi ça conduit. A rien.

    Hélas…

  10. @clemence Daerdenne: « Oui, ce sont les couches populaires qui traditionnellement vont peu voter, mais aussi et SURTOUT massivement les jeunes (tous niveaux et couches sociales). »

    Est-il si sûr que les abstentionnistes changeraient la donne? En Belgique, le vote est obligatoire (même s’il y a 15% d’absents ou de votes blancs) et cela ne change rien, on y vote comme ailleurs pour les partis dominants.
    Les abstentionnistes ne sont pas des opposants, sinon ils iraient voter ou s’engageraient politiquement d’une manière ou d’une autre. Ce sont souvent des gens peu instruits qui acceptent l’état des choses sans se poser de questions tels les paysans de l’ancien régime et qui sont surtout occupés à survivre dans leur petit monde. Il en faut beaucoup pour qu’ils se révoltent. Par contre, lorsque ceux-là se révoltent, ce n’est pas en mettant un papier dans une urne, ça pète pour de bon.

  11. La crise financière sévit et bien qu’elle ne semble plus être dans sa phase paroxysmique, les médias continuent d’inviter les politiques, économistes et autres experts de tous bords afin que ces sachants puissent nous expliquer, analyser les événements. L’objectif est louable car il convient effectivement d’éclairer les béotiens que nous sommes. Nous devons comprendre ce qui se passe vraiment dans cette nébuleuse financière ou des produits complexes, développés par des escrocs internationaux grassement rémunérés par des deniers publics et distribués via des paradis fiscaux vont finalement contribuer à augmenter le prix de la baguette et à licencier les derniers embauchés d’une PME du Loiret.

    Si vous faite l’expérience de lire ou d’écouter les propos du moment vous ferez le constat que les experts, dont les analyses sont souvent divergentes, se retrouvent cependant sur un point précis : nous sommes toujours au cœur d’un tsunami financier dont l’ampleur sans précédent renvoie la crise de 1929 au rang de simple hoquet de l’économique. On constate par ailleurs que l’expert le plus catastrophiste est également le plus invité aux différents débats télévisés du moment. Nous vivons très certainement une crise extrêmement importante mais pourquoi cette orgie de superlatifs cauchemardesques ? Car il est important d’être un expert pessimiste.

    La première raison est médiatique. L’optimisme se vend mal à 20 heures, ou dans les blogs, au milieu de quelques émeutes en Iran ou de l’infanticide d’une mère. Le réalisme est quant à lui terriblement ennuyeux. Il faut inviter celui qui fait peur. Çà rassure !

    La seconde raison est purement liée à la crédibilité de l’expert. Bien évidemment, l’expert est avant tout un analyste du passé. Pour le futur, il peut avoir quelques pistes mais globalement, il est comme vous : Il n’en sait rien. Le réalisme ennuie on l’a déjà dit. Il ennuie parce qu’il est souvent tiède, impersonnel et technique. Il demande des explications mesurées, impartiales et fouillées auxquelles personne ne comprend quoique ce soit. L’expert n’a finalement que le choix théorique entre optimisme et pessimisme. Or l’optimisme est totalement à exclure. D’abord il devient vite béat voir neuneu ce qui est totalement à proscrire lorsqu’on est expert. Ensuite, il n’a aucune chance sur la durée. Si les prévisions optimistes se réalisent, au mieux, l’expert a été chanceux dans son analyse bénéficiant de facteurs improbables qui lui ont finalement donné raison. Mais si les prévisions optimistes sont infirmées, alors le verdict est imparable. L’expert est incompétent et adieu les émissions ou les papiers. Le pessimisme n’a pas tous ces travers. Si la situation s’améliore alors personne ne lui tient rigueur de ses excès. A l’opposé si ses prédictions s’avèrent exactes il devient THE expert. Celui qui savait, celui qu’on doit croire. Celui qu’on reverra ou qu’on lira souvent.

    Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais la crise financière ne contribuerait-elle pas à accélérer le réchauffement climatique ?

  12. @moi dit
    je sais que le vote est obligatoire en Belgique mais je ne connais pas l’electorat belge.

    En France, depuis 2002, à chaque fois qu’il y’a une forte participation, notamment dans les elections locales (régionales, cantonales, municipales) et aussi lors du referundum pour la constitution, c’est les partis de gauche-verts-centre gauche qui l’ont emporté.

    La grande majorité des élus en France est de gauche ou alliance gauche-verts-centre gauche.
    Bon, par contre ça marche moins bien pour les presidentielles et les legislatives où il y’a eu aussi une bonne participation.

    Par contre, quand la participation est faible, c’est sur que ce sont les conservateurs qui gagnent car 70% d’entre eux ont plus de 55 ans, et cette generation vote massivement.

  13. @clemence Daerdenne : Concernant le référendum sur la constitution ce n’est pas un victoire de gauche ou de droite. Vous savez très bien que nombre de gens de droite (et même très à droite) ont voté pour le non.
    Pour le reste, vous dites que la participation est bonne pour les présidentielles et législatives donc c’est bien que le problème du PS n’est pas la participation.

  14. @Paul Jorion.

    Comme la récolte demande patience et temps, ne pensez-vous pas qu’il existe de nouveaux économes ? Des économes anti-capitalistes… Des épargnants minimalistes. D’où ma question : comment distinguez l’argent thésaurisé (des grands voleurs pervers), de l’argent économisé (des pas encore tout à fait pauvres) qui refusent un futur-à-crédit ?
    Il me faudrait un billet sur les semailles : sur cette économie dont le nom est aussi économie… 😉

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