Les stocks au bilan, par Bruno Foligné

Billet invité.

Je suis libraire d’ancien et d’occasion, je pense, disons que c’est une intuition car je n’ai pas une connaissance assez profonde de l’analyse du bilan d’une entreprise, que la constitution pour l’économie doit s’attaquer à la façon dont les bilans sont construits et notamment en ce qui concerne les stocks pour le commerce.

Il me semble que la façon dont nous tenons compte des stocks pousse l’économie à une course perpétuelle à la production. Le stock est pénalisant pour l’économie d’une entreprise car il prend de la place et immobilise de la trésorerie. Mais je pense que la rotation folle des stocks est une problématique dont les conséquences sont beaucoup plus larges pour l’économie en général. Surproduction, durée de vie faible des produits, vue à courte durée. Cavalerie de la consommation qui crée un nombre de bulles inimaginables et un gâchis d’énergie incommensurable (intelligence, argent, investissement).

En temps que libraire d’ancien je suis confronté à cette problématique tous les jours car dans notre métier, si nous le faisons de façon sérieuse pour la conservation du livre, nous stockons énormément pour que les clients puissent un jour trouver le livre qu’ils cherchent.

Si nous faisons notre métier en écoutant les lois du bilan comptable, nous devrions jeter des livres tous les ans pour diminuer notre stock. C’est une chose qui nous impossible de faire. Et c’est économiquement fou de se dire qu’on doit jeter les invendus de la production culturelle.

Doit-on recommencer à zéro tout le temps ?

Ma question est : ne peut-on pas changer la façon dont on considère un stock (au moins dans une certaine partie de l’économie, ou peut-être toute) pour faire changer certaines habitudes qui – il me semble – ne peuvent être que négatives pour l’économie globale par ce qu’elles impliquent comme comportement ?

Partager :

34 réflexions sur « Les stocks au bilan, par Bruno Foligné »

  1. @ Julien Alexandre

    Il manque quelques paramètres:
    – les différents acteurs (producteurs/ transformateurs/ distributeurs)
    – les différents pays du secteur qui se font la guerre (allemands qui cassent les prix, hollandais, australiens…)
    – la guerre entre petits/grands producteurs, petits/grands transfos (industriels contre PME…), les pratiques des grandes surfaces (mise en concurrence des producteurs, achat de lait en Allemagne ou Europe de l’Est, marges arrières, hausse des prix quand le cours augmente- maintien du même prix à la baisse…)
    – la mondialisation du marché et donc de la concurrence
    – la baisse de la consommation à l’international
    – la hausse de la volatilité des cours (le prix n’est plus predictible 3 semaines à l avance), alors qu’il l’était à 6 mois y a une dizaine d’années.
    – ajoutez qu’il s’agit de matière vivante (stocks limités)
    – ajoutez que pour le transformateur (svt une coopérative, qui doit arbitrer entre avantager les salariés ou les actionnaires-producteurs), l’amplitude de la variation des cours « déborde » la marge bénéficiaire possible (de l’ordre du centime par litre)
    – le mécontentement de certains pays de l’union de voir les fonds euro dilapidés pour défendre des intérêts protectionnistes.

    Bref on comprend vite qu’il s’agit peut-être du secteur le plus concurrentiel de toute l industrie (et je parle pas seulement d’agro-alimentaire). Augmenter les prix tuerait les transformateurs. C’est quand même beaucoup moins simple que ce que vous décrivez : c’était déjà le bordel quand les ministres de l’agriculture euro se réunissaient et passaient 48h à négocier le prix du lait pour l’année suivante, alors maintenant c’est encore pire!

    « Je vais pas reprendre l’argument populiste du “et le milliard de personnes qui meurent de faim dans le monde, ça lui fait quoi de voir qu’on détruit des denrées alimentaires pour faire remonter un cours”.
    Savez vous pourquoi on ne donne plus l’excédent (sous dorme de poudre de lait) comme c’est arrivé à une certaine période (certes dans des proportions quand même soigneusement calculées)? Parce que les pays africains la revendaient sur le marché européen à prix cassé (Pour acheter quoi? Des armes?). Sans compter qu en plus ca n’aide pas les petits producteurs des pays en question.

    Bref c’est compliqué. Et sans aborder la question -taboue- du protectionnisme (et de la guerre économique) on ne peut pas traiter ce genre de problème. Ceci dit, quand les cours remonteront ils ne manifesteront pas pour dire qu’ils sont trop élevés…

  2. « La chute spectaculaire du prix pour une espèce particulière ne se rencontre en fait que lorsque les apports sont constitués massivement d’une qualité moindre pour le même produit […] ».

    Pour rester sur le ton de l’humour sans toutefois pousser jusqu’à évoquer l’écart-type : l’armateur a toutes les chances de voir la quantité de poisson de qualité moindre divisée par deux si le patron-pêcheur se sépare de la moitié de la cargaison.

    Il serait intéressant de pouvoir observer des données similaires sur la pêche à Madagascar dans les années 70-80.

  3. @antoine
    Vous dites « Savez vous pourquoi on ne donne plus l’excédent (sous dorme de poudre de lait) comme c’est arrivé à une certaine période (certes dans des proportions quand même soigneusement calculées)? »
    Il y a aussi un problème sanitaire. Il faut réhydrater avec de l’eau dont la qualité est souvent douteuse.

  4. Merci à tous pour ces réponses. Je reviens juste du salon du livre ancien au grand palais à Paris. J’ai rapidement survolé les 34 réponses. Je les lis à tête reposé dans la semaine et je vous répond.

Les commentaires sont fermés.