Les stocks au bilan, par Bruno Foligné

Billet invité.

Je suis libraire d’ancien et d’occasion, je pense, disons que c’est une intuition car je n’ai pas une connaissance assez profonde de l’analyse du bilan d’une entreprise, que la constitution pour l’économie doit s’attaquer à la façon dont les bilans sont construits et notamment en ce qui concerne les stocks pour le commerce.

Il me semble que la façon dont nous tenons compte des stocks pousse l’économie à une course perpétuelle à la production. Le stock est pénalisant pour l’économie d’une entreprise car il prend de la place et immobilise de la trésorerie. Mais je pense que la rotation folle des stocks est une problématique dont les conséquences sont beaucoup plus larges pour l’économie en général. Surproduction, durée de vie faible des produits, vue à courte durée. Cavalerie de la consommation qui crée un nombre de bulles inimaginables et un gâchis d’énergie incommensurable (intelligence, argent, investissement).

En temps que libraire d’ancien je suis confronté à cette problématique tous les jours car dans notre métier, si nous le faisons de façon sérieuse pour la conservation du livre, nous stockons énormément pour que les clients puissent un jour trouver le livre qu’ils cherchent.

Si nous faisons notre métier en écoutant les lois du bilan comptable, nous devrions jeter des livres tous les ans pour diminuer notre stock. C’est une chose qui nous impossible de faire. Et c’est économiquement fou de se dire qu’on doit jeter les invendus de la production culturelle.

Doit-on recommencer à zéro tout le temps ?

Ma question est : ne peut-on pas changer la façon dont on considère un stock (au moins dans une certaine partie de l’économie, ou peut-être toute) pour faire changer certaines habitudes qui – il me semble – ne peuvent être que négatives pour l’économie globale par ce qu’elles impliquent comme comportement ?

Partager :

34 réflexions sur « Les stocks au bilan, par Bruno Foligné »

  1. c’est un peu le problème de l’art en général, quelle valeur marchande pour les créateurs en avance sur leur temps, et reconnus seulement à titre posthume ?
    La rotation rapide ne tolère que des best-sellers, ne considère que la quantité et non pas la qualité. Comment coter cette qualité pour évaluer un stock ? C’est au public, lecteur, « consommateur » de faire bouger les choses, mais la plupart des gens s’en moque, ils veulent bâfrer du facilement digeste.
    les livres de Paul Jorion, ce n’est pas de la rotation rapide, on ne le trouvera pas en hyper, c’est dommage.
    pas plus tard qu’hier, même au sein d’une grande enseigne qui se veut culturelle, pas de Jorion sur les rayons, ni même de Heidegger d’ailleurs (Paul Jorion devrait faire préfacer ses books par Attali)
    bon jour !

  2. en voilà une idée qui est rafraîchissante! je constate que les livres ont, sur ce blog, un grand pouvoir d’inspiration, c’est réjouissant…
    cette idée me semble aller dans le même sens que l’établissement d’autres indicateurs que le PIB, nouveaux indicateurs qui cherchent à valoriser quantité d’activités qui ne sont pas pris en compte dans l’économie

    d’où vient cette idée au fond un peu absurde du zéro stock, de la faible durée de vie des produits…? ce ne serait pas une exigence des investisseurs? ne serait-ce pas une exigence rendue possible par l’extrême concentration des richesses?

    c’est peut-être bien le résultat d’un rapport de force, les investisseurs pouvant, grâce à leur poids démesuré, exiger ces types de comportements et d’organisations.

  3. Merci et content de voir que cette question est abordée. Je ne suis spécialiste de rien, mais cette question de stocks et son corolaire le « flux tendu » m’interroge…
    J’ai cru comprendre lors d’une formation (lointaine) sur la création d’entreprise, que les stocks étaient taxés pour éviter de fausser les ventes en créant une fausse pénurie qui feraient monter artificiellement les prix… L’étalon de la réflexion est comme toujours, « le commerce ».
    Je pense que ce point, qui m’est assez obscur, je l’avoue, sera éclairé par les spécialistes présents sur ce site.

  4. Le stock est une variable d’ajustement de votre commerce : tout dépend de la valeur que vous lui donnez, de la manière dont vous le financez, des provisions que vous passez.
    Il existe donc déjà plusieurs façon de considérer un stock. Bon inventaire.

  5. C’est tout le problème de l’investissement que vous posez là. Le stock n’a par définition de valeur que parce qu’on pense qu’il aura une valeur pour quelqu’un…plus tard. C’est du travail qui n’a pas encore trouvé de destinataire. Mais en trouvera -t-il jamais? C’est tout le risque que prend un « investisseur ».

    A mon sens, le problème, c’est les taux d’intérêts élevés, qui se transforment dans les business plans par des taux d’actualisations élevés. Je travaillais avant chez Gdf/Suez, et le seuil de rentabilité des projets était de 7.8% (11% pour l’actionnaire et 4.8% pour la banque) hors inflation. Et avec des taux comme ça, ce qui se passe dans dix, vingt ans ou plus, ça ne compte plus beaucoup dans le business plan. Par exemple, le coût de démantèlement d’une centrale nucléaire dans 60 ans (= un coût réel pour les générations futures), ça ne plombe en rien le business plan. Par contre un retard de 1 an sur le chantier, ça a un impact majeur. Cherchez l’erreur…

    Avec des tels taux d’actualisation, peu de projets à long terme ont économiquement du sens. Et la culture et les (bons) livres, c’est visiblement du long terme.

    Certains (comme Bernard Lietaer) pensent qu’une monnaie fondante résoudrait une grande partie du problème. Je n’ai pas d’avis tranché sur la question. Peut-être que Paul Jorion ou les lecteurs du blog ont-ils un avis sur la question?

  6. Dans notre système, la richesse n’est pas le stock, mais le flux.

    La finance c’est du flux, le PIB du flux….

    Et tout s’arrête, pour cause d’un rappel cuisant :

    Tout les flux partent d’un stock (de ressources). Oups !

    Cette question est au centre de ce que nous avons à résoudre.

  7. Le problème du stock est que selon les normes comptables internationales, s’il est bien identifé comme un actif au bilan, il apparaît comme une charge dans le compte de résultat soit : la somme d’un coût de possession(stockage unitaire x qtté moyenne) + un coût de gestion (coût de lancement unitaire x nombre de livraisons d’articles).
    Bref, l’inventaire est obligatoire car il determine le besoin en fond de roulement, soit la trésorerie nécessaire à l’entreprise pour tourner, par rapport au cash qu’elle n’a pas encore récupéré sur son investissement initial et de la vente à terme aux clients (par ex qui payent à 90 jours). La boucle financière est bouclée.

    Il est évident que pour certains types de stocks (mat premières, marchandises, etc) le stock courant correspond bien à une charge, lorsque le coût du stockage lui-même est identifé (espace loué, maintenance, salaire des collaborateurs attachés à l’entretien, EDF etc, sans compter la valeur des biens eux-mêmes qui s’amortissent (automobiles…high-tech)

    Pour l’exemple des livres anciens, c’est le stock (le choix) qui est une richesse, et s’il n’y a pas de coût identifiable sur le compte de résultat, je ne vois pas où est le problème. Sauf que la valeur de ce tock, si elle ne s’amortit pas de façon classique, reste qd même difficile à déterminer, dans la mesure où elle est virtuelle, et correspond à la valeur qu’un collectionneur ou amateur éclairé est prêt à payer pour en prendre possession…

    Au suivant

  8. Quelle est la vitesse moyenne de rotation des stocks chez LECLERC?
    On s’en fout (presque), vu que le cash est hypervalorisé du simple fait que les ménagères payent aux caisses alors que les fournisseurs sont règlés à 90/j fin de mois à des tarifs négociés au bazooka.
    Evidemment rien à voir avec la librairie d’anciens.

    Les hyperdistributeurs sont des banquiers avec les biens de consommation pour attrape-mouches!
    La preuve ils se mettent, comme les banques à vendre de forfaits de téléphone, du voyage, de l’assurance, du crédit et de l’ADSL!
    On ne sait plus bien qui fait quoi.
    C’était mieux avant quand on y comprenait qq chose et que des interlocuteurs responsables vous répondaient!

  9. Dans ma carrière, j’ai été en charge de l’audit interne d’une entreprise mondialement connue spécialisée dans la distribution de matériel technique. Je faisais partie du comité de direction. J’avais mis au point une analyse par calcul matriciel des 3 composantes majeures de l’activité de distribution: le coût financier, le coût de stockage, le coût de distribution. Le modèle a été passé au feu des réalités. Il est stupéfiant pour révéler les paramètres d’une entreprise de distribution dans une environnement concurrentiel.
    Pour une activité de libraire de livres d’occasion un tel modèle permet de répondre de façon identique à une activité de distribution de matériel technique concernant des « spare parts ».
    Plus l’article est ancien dans le stock, plus son prix de vente doit être revu à la hausse pour maintenir la marge .
    Plus un article « rote » et plus on peut diminuer son prix de vente par ce qui n’est pas autre chose qu’un escompte par rapport à une durée « normale » de stockage.
    En matière de bilan, l’ajustement se fait par des provisions. Pour être fiscalement déductibles, ces provisions individuelles doivent être mathématiquement irréfutables…..
    Les clients, les politiques et les économistes ont jusqu’à présent considéré avec mépris la problématique de la grande distribution spécialisée. C’est donc une activité accusée de tous les maux et de toutes les turpitudes quand elle réussit à faire des profits élevés. La raison en est simplement l’ignorance des mécanismes qui génèrent ces profits……ou bien ces pertes !
    Il en est des cadres des grandes surfaces comme des grutiers sujets au vertige. C’est au rayon que l’on constate l’habileté de gestionnaire du responsable. Comme pour les grutiers, j’ai remarqué l’influence surprenante d’un « nombre d’or » qui semblerait être une constante dans la génération du profit et que d’autres ont appelé la règle des 20/80 !

  10. @ Serge Demoulin,

    Bien vu.

    Reste le conflit entre la circulation des idées ou création de l’esprit et la rémunération (éventuelle, nécessaire ou inopportune) de l’acte de création. Comment indemniser l’auteur de ses efforts, le diffuseur, etc,…

    Les idées relèvent aujourd’hui de nombreux statuts :

    – celles qui sont totalement libres de droits,
    – celles dont les auteurs entendent se faire payer des droits, quitte à en limiter la circulation.

    – celles aussi qui sont assises le cul entre deux chaises : « j’aimerais en vivre mais je les veux libres ».

    Cela ne vous rappelle t’il pas furieusement certains débats ?

  11. J’irai plus vers une solution mixte qui tienne compte a la fois des imperatifs economiques et du choix du client (meme si celui-ci du point de vue economique peut paraitre extravagant).

    Pourquoi garder un stock qui coute cher et ne pas proposer un catalogue electronique avec un service personnalise en ligne ou a votre boutique ?

    Je vois bien une boutique sous forme de cybercafe ou le candidat lecteur pourrait s’asseoir face a une ecran et faire sa selection en demandant les conseils du libraire si necessaire. Une fois la selection faite la commande pourrait etre passee.

    Mais la question de base dans ce contexte est :
    Combien de jours faut il pour acheminer un livre de « l’usine » a votre boutique ?

    Si 2 sont necessaires le lecteur attendra et recupera le precieux document avec envie et bonheur.
    Ce business model est viable et correspond a un type de clientele pour qui le temps ne represente pas de l’argent ; ces personnes savent que plus l’attente est longue plus le plaisir est grand (cela n ;a rien de sexuel !)
    Toutefois afin de ne pas se cantonner a une seule niche on peut egalement offrir du telechargement au sein meme de la boutique, on peut egalement offrir de la lecture sur place ainsi que des rencontres entre lecteurs.

    L’alternative que je propose avec l’investissement a realiser sera vite amorti par l’absence de stock. Je pense que la librairie traditionnelle a vecue mais je suis persuade que le tout electronique est une erreur.

    Merci

  12. L’important ce sont les idées.

    Le support est l’accessoire.
    Pour les inconditionnels du papier, pourquoi ne pas proposer un service d’impression-reliage à la demande ?

    Seule la circulation des idées est importante.

    Jadis, les support matériels ont contribué à une large diffusion -non défformée- des idées.

    Aujourd’hui, les moyens de jadis contribuent à freiner la distribution des idées au profit de quelques intermédiaires (par nécessairement les libraires, mais surtout les éditeurs, qui sont un frein puissant et plus vraiment justifiables).

    Les idées sont désormais livrables dans un format inspiré de leur format d’origine (dans le cerveau de leur concepteur) l’immatériel. Profitons-en d’ici à ce que l’on retrouve les mécanismes de la transmission de pensée.

  13. @Alexis
    Les flux tendus ne sont AMHA qu’une des évolutions d’une société dont l’unique objectif est la rentabilité. Une société où l’efficacité, la spécialisation prime sur la résiliance, la diversité… C’est un très gros problème car le système devient fragile. S’il advenait le moindre pépin dans la chaîne, comme la faillite d’un sous-traitant essentiel, cela provoquerait d’énormes pénuries. Paul Jorion a fait l’expérience d’être privé du luxe de l’internet. Comme il parle de luxe, j’espère qu’il en a profité de cette chance, du luxe de faire autre chose ou même rien du tout. Mais certains on fait l’expérience d’être privé d’eau (gel, sécheresse), de courant (tempêtes), ou d’abri (saisie immo)…

    PS Les libraires et bouquinistes doivent être horrifiés à nous voir discuter de dématérialisation, de casser les relations entre le libraire qui conseille son client…

    PS2 Alexis, on ne se serait pas déjà téléconférencé? 😉

  14. Les libraires d’anciens et d’occasions, dignes descendants de Sisyphe, protecteurs de LPDC (la prononciation de ce titre est passible de la roue depuis l’avènement de Qui vous savez) sont l’essence de l’humanité !!!

    Pour ceux qui en douteraient encore, je détiens un grimoire affirmant que dans l’une de ses innombrables vies, le tenancier de ce blog fut un libraire d’anciens et d’occasions.

    La preuve est enfermée dans des glaçons qui par nos temps de réchauffement climatique ne tarderont pas à laisser éclater à la face du monde les messages qu’il nous délivre depuis longtemps.

    Alcofribas Nasier.

  15. @ tous:
    si le « stockage » de monnaie avait un coût comparable au stockage d’autres biens nous n’en serions pas là! or, la monnaie stocké des uns représente autant de marchandises, culturelles ou autres, stockés ailleurs!
    Avec la monnaie anticrise vivante, le paradigme changerait!
    jf

  16. A l’image du cout du stockage et de sa soi disant non valeur qui évidemment est un non sens du point du vue matériel, aujourd’hui quasiment tout ce que nous consommons est jetable, pour la nourriture cela ne pose pas de problème mais pour presque tout le reste et donc l’immense majorité des biens ils ont à la fois une durée de vie très limitée et ils représentent après une ou deux vies (recyclage) en définitive un déchet polluant. Le recyclage n’est d’ailleurs le plus souvent qu’une temporisation et un prétexte et non pas réellement quelque chose de durable comme on tend à nous le faire croire. Recycler une bouteille en plastique en pull-over finit toujours en déchet plastique après et il vaut mieux acheté directement du coton ou du lin non traité au départ pour être vraiment écolo plutôt que de se donner bonne conscience en valorisant même au milieu de sa vie un déchet qui implicitement dédouanera un peu le début de la vie du bien sous entendant que l’on peut le recycler. Pour en venir à la conclusion suivante que ce qui à le plus de valeur aujourd’hui est le jetable et le plus vite possible et donc le plus polluant. Je rappelle que dans nos société occidentales nous produisons dans notre vie environ 300M cube de déchets soit de quoi remplir l’ensemble de nos logements pour une génération ! Nos grands parents ou arrière grand parent faisait fabriquer une armoire dont on héritait et une maison que l’on ne passait pas son temps à redécoré tout les 6 mois, changer les cloisons les murs les fenêtre en plastique tout les 10 ans et pas dans laquelle on y déversait des litres de produits chimiques pour soit disant nettoyer et sentir bon. Le stockage des livres en comparaison est bien une accumulation de richesse car une richesse réelle est le savoir et sa transmission. Quelques uns se l’accapare aujourd’hui en la dévalorisant et en valorisant à coup d’incurie et de média la consommation et en ayant bien appris au plus grand nombre une contre vérité que la possibilité de consommer=richesse alors que la réalité est presque à l’opposé et que pour que cela profite au plus petit nombre on détruit les ressources en les transformant ou les ayant déjà transformées (pour la majorité hélàs) en déchet ultime. On en vient au travail. Faut t-il occuper en abrutissant tout le monde pour avoir la paix ? Est ce que notre travail ne pollue pas plus finalement que de ne rien faire et qui finalement ne laisserait plus d’avenir à nos enfants ? Evidemment on pourrait faire référence à l’opposé à Job sur son tas de fumier mais pour l’instant on en est suffisamment loin pour quand même aller dans cette direction sans avoir dépassé le point visé souhaitable qui est entre les deux mais certainement plus près de Job.

  17. Je ne comprends pas la pertinence de ce poste

    « Mais je pense que la rotation folle des stocks est une problématique dont les conséquences sont beaucoup plus larges pour l’économie en général. Surproduction, durée de vie faible des produits, vue à courte durée. Cavalerie de la consommation qui crée un nombre de bulles inimaginables et un gâchis d’énergie incommensurable (intelligence, argent, investissement). »

    En quoi la gestion des stocks generent la surproduction ou la duree de vie des produits ? Je ne vois pas le lien. Pour le consommateur de yahourt, la gestion des stocks du producteur de yahourt est un facteur invisible qui ne jouera pas sur sa consomation.

    Si le producteur garde des stocks plutot que de fonctionner en flux tendu, en quoi cela changera l’eventuelle surproduction ? Son but restera de vendre le plus de yahourts possible, ce qui peut etre vu comme un probleme, mais qui ne dependa pas de sa facon de gerer son stocks.

    Aussi, c’est justement ce flux tendu qui permet de ne pas avoir a jeter de stock, surtout dans le cadre de denrees perissables.

    Enfin l’exemple donne d’une librairie de livres anciens n’est pas pertinente car tres specifique : chaque livre est different et a sa valeur propre. Peut on meme parler d’un « stock » de livre dans ce cas ? Rien a voir avec les stocks de lait ou de pots pour une usine de yaourts.

  18. Bonjour,

    Par ici nous parlons davantage du stockfish (estocafish) ! Et il est assez rare qu’il en reste…C’est salé et il est donc aussi assez rare que le stock de vin y survive…Mais qu’est-ce que nous sommes contents de savoir que quelqu’un s’est occupé desdits stocks..!
    Votre question me surprend : ne peut-on pas changer la façon dont on considère un stock […] ?
    Ne pouvez-vous pas changer la façon dont -vous- considérez un stock ?

    « Ma mère m’a dit Antoine fais-toi couper les cheveux, je lui ai dit ma mère dans vingt ans si tu veux… ». Qui est ce « on » qui veux faire changer la vision qu’il pense que nous avons tous de la société ? Qui a travaillé dans et pour le système, s’est laissé enrôlé par ce système, et se rend aujourd’hui compte de son « erreur », de l’excès de précipitation qui l’a poussé à s’engouffrer dans le système ?

    Tout ce qui est proposé actuellement, en ces temps de crise, a semble-t-il pour but de redresser un système qui a dévié. Mais les solutions proposées font partie du système et sont encore une fois directives, scolaires ! Beaucoup de gens sur Terre se détachent du système, doucement, et on voudrait leur dire, encore une fois, que « la solution » viendra de ceux qui savent, de ceux qui réfléchissent ! C’est désespérant ! Qui, à la naissance, vous oblige à jouer à ce jeu de l’argent où l’éthique n’a pas sa place ? Mon fils accumule des cartes pour enfants, chacune ayant une valeur et des pouvoirs…C’est un enfant. J’espère lui faire comprendre, par l’exemple, qu’il n’est pas indispensable qu’il poursuive ce jeu plus tard avec les cartes des grandes personnes, que l’on nomme monnaie ! Mais libre à lui d’y jouer, c’est sa liberté ! La seule chose que je me permettrai de lui apprendre, c’est l’éthique, le respect de l’autre. Imaginez la phrase : La seule chose que je me permettrai de lui IMPOSER, c’est l’éthique, le respect de l’autre…
    J’ai bien l’impression que « on » cherche à imposer ce que « on » n’a pas senti quand il était plus jeune, à savoir que le fait d’apparaître à la vie n’oblige pas à suivre toutes les règles et les idées en vigueur (Voir le blog de celui qui n’aime pas la pub et que je nommerais 102 par souci de discrétion).

    Si je m’éloigne du sujet c’est que je désespère de ce que je vois, de ce que nous sommes en train de faire de cette crise. Nous sommes dans une société qui n’arrive pas à se libérer de son éducation rigide : les solutions de même que les outils pour les mettre en oeuvre sont pour elle, et donc pour nous, nécessairement « cachés » parmi ceux que nous savons être à notre disposition ! « Et depuis des éternités, l’a pas tellement changé la France…Passent les jours et les semaines, y a qu’le décor qui évolue, la mentalité est la même… » ! L’homme (re)prend doucement conscience du miracle de la vie, aidé en cela par l’internet (Ô temps ! Ô moeurs !). Mais il y a encore et encore tout un tas de « on » prêts à lui occuper le cerveau avec des futilités ! Des futilités qui perturbent le cerveau de ce « on », et qu’il se sent obligé de partarger avec son prochain, de sorte qu’il leur redonne de l’importance, à ces futilités !

    Le monde est fou.
    Le petit scarabée s’en est allé. Qu’il est triste de voir que son chemin est si peu suivi (http://www.dailymotion.com/video/x8lrl5_generique-kung-fu_music)…en Occident…

    Où est passé le « miracle » de la vie ? N’est-il pas plus précis, à ce stade, de parler de mirage de la vie ? Le paradigme (j’utilise ce mot mais ne l’aime pas, chacun lui donnant son propre sens) qu’est la société de consommation, l’économie comme activité plutôt que comme outil, semble aujourd’hui difficilement dépassable : ceux qui y excellent ainsi que ceux qui l’analysent, le critiquent et tentent de l’amender, occupent à un tel point le devant de la scène que toute autre vision de l' »utilisation » du miracle de la vie paraît inaccessible ou pour le moins utopique !

    Notre vision de la vie est en train de changer…dans le bon sens à mes yeux. Mais certains s’entêtent à nous remettre les lunettes de l’orthodoxie bien-pensante ! Ô temps ! Ô moeurs !

    Autre exemple : il est régulièrement question sur ce blog, ainsi que dans la quasi-totalité des journaux, d’un certain N.S. (Notre Seigneur ? Notre Souverain ? Notre Saigneur ?). Etonnant non ? comme aurait dit l’autre. Mais quelle est cette secte étrange qui demande à ce que les gens mettent régulièrement des petits papiers dans des boîtes pour exprimer leur accord ou désaccord avec l’exposé peopolisant qu’en fait la presse ? Et quelle est cette autre secte étrange qui se délecte de la description et de l’analyse des faits et gestes de NS ? Comment un enfant débarquant dans un tel monde pourrait-il encore prendre conscience du miracle de la vie, alors que sa société lui montre les choses importantes auxquelles il ne pourra échapper : NS, un verni de politique et la réussite économique par exemple !

    Non, décidément j’ai vraiment du mal à comprendre cet art : partir d’un miracle, d’un avènement que nous ne comprenons pas, modéliser et complexifier à outrance pour ensuite tenter de simplifier au maximum…en oubliant doucement mais surement complètement le miracle. A quand la création du MAUA, le mouvement anti-utilitariste dans les arts ?

    Enfin…C’est comme ça.
    Vive Ang San Suu Kyi dans les journaux.

  19. Le déstockage vers une production de l’offre
    -à flux tendus
    ( distribution à la demande -désir/besoin- de l’humanité …. , ou à la demande -désir/profit- de la « distribution » => étude de marché, sondage… ???)
    -en temps réel
    (distribution « up to date » -c-a-d dans le vent, aux circonstanciels du moment, des modalités de l’instant- soit au renouveau perpétuel ou perpétuel renouveau de la distribution à la demande -désir/besoin- de l’humanité … ou à la demande -désir/profit- de la « distribution » => taux de rentabilté élevé, marge …. ???)
    fait question de la donne
    (celle d’un nouvel ordre mondiale, sous le règne de la concurrence, pervertie à la roue de la fortune => irresponsable, amnésique, indifférent, insensible ….
    ou celle d’un autre monde possible, réfléchi, pensé, décidé, déclaré, légiféré à l’entendement de notre humanité …. ??? )

  20. La logique économique n’est pas morale!
    Détruire les stocks de livres est un déchirement pour le libraire, un simple ajustement comptable pour le responsable économique..
    Une anecdote racontée par Bernard Ramanantsoa (directeur d’HEC) il y a une quinzaine d’années…
    Invité sur un chalutier moderne pour tenter d’y voir un peu plus clair sur la crise (déjà!) de la pêche, il constate avec un peu d’étonnement que le système est déjà très performant, le patron du bateau tenant au courant heure par heure son armateur de l’état des prises, reçoit en retour l’évolution des cours tels qu’ils seront à l’arrivée au port. Devant la mine déconfite du travailleur de la mer à l’annonce de la baisse de valeur de sa cargaison après un fabuleux coup de filet, il lui dit tout net:
    – Vous avez la solution entre vos mains
    -Ah bon? comment??
    -Balancez la moitié de la cargaison à la mer!
    – Vous êtes fou, j’peux pas faire ça!
    -C’est pourtant la seule solution pour faire remonter les cours….

  21. La facilité de transport qu’ont apporté les récents progrès techniques a une large responsabilité dans ce phénomène. L’abondance et le faible coût des hydrocarbures ont occasionné une dérive des comportements en faveur de la vitesse à prix limité.
    Diminuez la facilité de déplacement ou augmentez significativement les coûts de déplacement et vous verrez les gens rationaliser leurs déplacements et recourir de nouveau au stockage. Les entreprises seront alors impactées à double titre (faire des gains de coûts de transport et être obligés d’avoir des stocks pour faire face à la demande).

    Mais la demande de la clientèle à avoir un large choix est également problématique. Par exemple dans les hypermarchés, on trouve facilement une cinquantaine de shampoings différents. Il est difficile de stocker une palette de chaque shampoing (et encore une palette c’est peu). Est-il nécessaire d’offrir un si large choix ? Diminuez la variété de l’offre et le stockage redevient envisageable et même compatible redevient avec une logique de vitesse des flux.

  22. Pas brillant le raisonnement de Mr. Bernard Ramanantsoa ! une petite enquête lui aurait appris que l’offre et la demande ne déterminent pas le prix du poisson :

    Un extrait de mon manuscrit « Le prix »

    Les variations de prix
    Il faut s’efforcer de comprendre maintenant comment a pu s’imposer la représentation erronée de la formation des prix en termes de confrontation nue de l’offre et de la demande. Pour cela il faut envisager les faits qui ont conduit à cette interprétation et examiner dans quelle mesure ils s’écartent de ce que la « loi » prédit. Il faudra enfin bâtir en son lieu et place, une interprétation adéquate.

    A ce point de vue, le phénomène de la « mévente » est particulièrement éclairant. Je rappelle brièvement que selon les principes marginalistes de la « loi » de l’offre et de la demande, le prix s’établit au(x) point(s) de rencontre des courbes continues représentant les quantités offertes (nécessairement variables à l’intérieur d’une fourchette assez large dans le domaine d’activité de la pêche), et les quantités demandées (également considérées comme variables, encore que dans une moins large mesure – demande moins élastique – sans quoi le prix pourrait sans dommage être maintenu constant, par exemple, par convention). Le modèle est fort bien décrit par Meuriot (1987 : 45-52).

    Or, la variation prévue par la modélisation ne s’observe pas dans les conditions de vente habituelles, et l’on pourrait aussi bien faire l’hypothèse d’un prix convenu entre les parties et soumis à de faibles fluctuations en plus ou en moins 13. A qualité constante en effet, le prix obtenu varie peu, et ceci, quels que soient les apports. Les variations enregistrées par moi-même sur une année dans l’île de Houat (mai 1973 – avril 1974) sont extrêmement faibles, comme le révèle le tableau suivant :

    Espèce Période Ratio max/min ±% moyenne

    Homard mai 73 – avril 74 | 1,52 – 20
    Tourteau mai 73 – avril 74 | 1,61 – 23
    Araignée mai 73 – avril 74 | 1,62 – 24
    Langouste mai 73 – avril 74 | 1,5- 20
    Saint-Jacques oct 73 – avril 74 | 1,14 – 7
    Bouquet sept 73 – févr 74 | 1,41 – 17

    éventail selon les producteurs |2,55 – 30

    Ont été indiqués dans ce tableau, le rapport entre les prix maxima et minima obtenus au cours de la saison, ainsi que la traduction de ce rapport en termes de fluctuations en plus ou en moins autour du prix moyen. Pour la crevette bouquet, un « éventail » a été mentionné en raison de la variation considérable de prix, correspondant au changement de qualité rencontré au cours de la saison : le ratio le plus élevé s’applique aux pêcheurs qui vendirent en fin de saison la crevette « parcheminée » (juste après la mue) peu appréciée des consommateurs.

    On pourrait imaginer que je privilégie ici des données d’un type tout à fait particulier choisies parce qu’elles vont dans le sens de mon hypothèse, en fait des données semblables se retrouvent partout à la pêche, y compris à la pêche industrielle où Meuriot, Gilly et Cochet ont constaté un phénomène très semblable :

    Espèce Variation des quantités Variation des prix

    Eglefin 3,5 – 6 | 1,5 – 2
    Merlan 2 – 4 | 1, 5 – 2
    Lieu noir 3,5 – 5 | 1,5 – 2,5
    Cabillaud 1,5 – 3 | 1,25 – 2

    (Meuriot, Gilly & Cochet 1986 : 7)

    On observe que les variations de prix ne reflètent ici aussi que très faiblement les variations dans les quantités offertes : les mêmes auteurs signalent que pour le cabillaud, l’augmentation des quantités débarquées de 10 % conduit à une baisse des prix de 3 % et l’augmentation des importations de 10 % à une baisse de 1 à 1,5 % seulement (ibid. 1 & 21).

    La chute spectaculaire du prix pour une espèce particulière ne se rencontre en fait que lorsque les apports sont constitués massivement d’une qualité moindre pour le même produit, soit en raison de la technique de pêche – par exemple, « bar de chalut » qui a été comprimé et à perdu une grande partie de ses écailles, contre « bar de ligne » – soit, le plus souvent en raison de la taille peu attractive des prises : par exemple, une taille intermédiaire pour un poisson qui se vend essentiellement soit « portion », soit « tranche », « grosse » sardine par opposition à la taille « usine » ; crevette rose « paille » par opposition à la taille « bouquet », « cavaille » (juvénile de maquereau) par opposition à « maquereau », etc. Pour ces produits de taille peu attrayante, la demande est faible de façon générale, et le bas prix obtenu l’est en réalité de manière constante pour ce niveau de qualité 14.

    Quoi qu’il en soit, il serait erroné de confondre une baisse globale du montant des ventes due à l’apparition sur le marché de qualités moins appréciées d’un produit donné, avec un effondrement des prix occasionné par l’arrivée soudaine et massive d’un produit de qualité égale. Or cette confusion est commune chez les auteurs (soulignons que dans le premier cas le prix, à qualité égale, reste constant, alors que dans le deuxième cas, il varierait).

    Ce mécanisme allouant des prix différents (à l’intérieur de fourchettes étroites) à des produits de qualités différentes, ne constitue cependant pas à proprement parler le phénomène de mévente, qui ne réside pas – comme le supposerait la version marginaliste de la « loi » de l’offre et de la demande – dans un effondrement des prix en cas d’apports importants 15, mais dans la raréfaction dramatique de la demande en raison de facteurs ponctuels ou locaux, la faible quantité achetée l’étant encore généralement à un prix raisonnable. Le « pas de prix » dont parlent les pêcheurs dans leurs conversations, correspond donc en fait à un « pas de vente », une absence deliquidité dans le vocabulaire de la finance, plutôt qu’à un effondrement des prix.

    Dans le cas de la pêche à Lorient, les facteurs intervenant pour raréfier la demande en provenance des mareyeurs et vendeurs ambulants sont de différents ordres : calendrier des fêtes, budget des ménages, météorologie, etc. Par exemple, les jours chômés tombant en fin de semaine (jeudi ou vendredi) sont à ce point de vue désastreux puisqu’ils diminuent la vente en raison de la fermeture des poissonneries, alors qu’un lundi férié peut au contraire faire croître la demande en ajoutant au calendrier une ou deux occasions supplémentaires pour un repas de fête. La demande baisse également en fin de mois, en raison de la dépression conjoncturelle du budget des ménages. La météorologie intervient aussi pour faire baisser considérablement la demande les jours de neige et de verglas, alors que par temps de canicule on observe un effet particulier de déplacement de la demande qui passe du poisson à bouillir ou à frire au poisson à griller, etc.

  23. C’est effectivement avec ce genre de raisonnements absurdes comme les propos rapportés de Bernard Ramanantsoa sur la sacro-sainte (et surtout illusoire) « loi de l’offre et de la demande » que l’on observe depuis 30 ans des gaspillages faramineux de producteurs de lait, de viande, de céréales, de légumes, de fruits, etc. qui détruisent leur production pour « faire remonter les cours ».

    A l’heure où je vous écris, l’avenue de la Toison d’Or à Bruxelles (les champs élysées bruxellois) est bloquée par 600 tracteurs de producteurs de lait belges qui se rassemblent avec leurs homologues français, luxembourgeois, allemands et danois pour protester contre les quotas sur le lait.

  24. Juste une précision pour ceux qui ne sont pas familiers avec le problème : la baisse des prix du lait (20 centimes le litre dans certains pays) est imputée par certains à l’abandon progressif des quotas européens de productions de lait. Pour eux, seule une régulation souple des quotas permettrait d’obtenir un prix du lait rémunérateur via le marché, sans aides extérieures.

    La solution préconisée? Diminuer l’offre, afin que la demande augmente et que les prix repartent à la hausse. Donc détruire sa production pour stimuler la demande. Je vais pas reprendre l’argument populiste du « et le milliard de personnes qui meurent de faim dans le monde, ça lui fait quoi de voir qu’on détruit des denrées alimentaires pour faire remonter un cours ». On dirait que c’est trop facile. On aurait pas forcément raison…

  25. « La logique économique n’est pas morale! »

    La logique économique je sais pas, mais les économistes ont leur morale. La concurrence c’est bien, le monopole c’est pas bien. L’offre et la demande c’est bien, les ententes sur les prix c’est pas bien. Etc. Et il suffit de voir la tête de curé offusqué d’un prof d’économie à qui on dit que dans la réalité ça ne se passe pas comme dans ses manuels. 🙂

  26. @ jean-baptiste

    Une constitution pour l’économie ne pourra pas éviter le débat croissance / décroissance. Non pas qu’il suffise de choisir l’une option contre l’autre. Y aurait-il moyen de poser une partie de ce débat en terme de décroissance de flux et croissance de stocks ? Un des reproches adressés à la croissance est « d’être artificielle » car basée sur l’obsolescence calculée des produits, laquelle est nécessaire à la rotation rapide du capital. L’aspect illusoire de ce type de croissance est bien connu et n’échappe à personne. Dans ce cas de figure, tout ce qui s’oppose à la « vitesse de rotation » est néfaste. À l’inverse, il n’est guère contestable qu’accroître le stock de biens et de connaissances durables soit un bien pour l’humanité.

    Une première piste (purement heuristique et simplement calquée sur le modèle proposé par Paul pour la spéculation), serait de distinguer entre l’obsolescence inévitable et l’obsolescence évitable. La frontière est ici, non pas fixée par le bon usage de la logique comme pour les paris sur les prix, mais variable en raison du « progrès technique ». Elle ne peut donc être fixée a priori. Encourager la tendance à la durabilité est assurément possible. Par exemple, à l’intérieur d’un segment du marché, il est sans doute envisageable de provisionner un fonds destiné à encourager la durabilité et de déterminer après coup quels ont été les produits de longue durée pour redistribuer les provisions de fonds initiale récoltées aux entreprises les plus efficientes. Pour un éditeur, les profits réalisés sur un ouvrage encore demandé cinq ans après sa première parution seraient entièrement détaxés ; cela encouragerait les éditeurs à publier les « auteurs de fond ».

    La question de l’horizon temporel reste délicate. Ainsi, les primes à l’isolation participent déjà du processus puisqu’elles réduisent le gaspillage d’énergie résultat d’une politique du pétrole à tout va menée pendant quarante ans ! Le problème vient de la durée de l’investissement en isolation, si nous dépensons pour « mal isoler » aujourd’hui (ce sera très vraisemblablement le cas), et bien, il faudra recommencer dans vingt ans, mais alors nous n’aurons sans doute plus les moyens.

    Comment toutefois se prémunir contre les effets pervers éventuels de la durabilité ? Dans un monde arrivé à saturation, il ne s’agit plus tant de croitre que de conserver ses positions acquises.

    L’industrie automobile est aujourd’hui orientée vers le recyclage, chaque pièce est munie d’un code qui en permettra le tri. Aussi l’orientation à moyen terme ne sera plus de vendre une « automobile », mais du kilométrage parcouru. Dans cette perspective l’industrie automobile aurait donc un double stock, un stock permanent de matière en circulation et un stock de clients. Sur ces deux stocks, elle peut alors produire du service, le tout au nom de l’écologie ! Remarquons d’emblée que dans ce type de configuration le client tend à être captif, à l’exemple des programmes de comptabilité pour lesquels une partie importante du code est recyclée chaque année au fil des versions 3.O6… 3.07. Dans ce genre de configuration, il ne s’agit pas tant de capturer une clientèle en vendant moins cher, que de s’assurer de tenir la sienne en laisse en inventant de « monumentales consignes » difficilement transmissibles.

  27. De 00.9 à X 13.6, illustration du degré zéro de l’écriture.

    J’aime bien les gens vrais, les questions basiques, qui sont la plupart du temps de vraies questions, nées de vraies angoisses vécues plutôt que les dérives intellectuelles des Princes de la recherche fondamentale. Surtout pour des domaines aussi « fondamentalement » scientifiques que l’économie ou la finance.

    Ce libraire, qui sent autant la terre que le sapin – son stock – c’est la vie vraie.

    C’est aussi à mon sens, même si par certains côtés je le déplore, le passé.
    C’est qu’a bien des égards, aujourd’hui, la matière fait cale, ou reste en rade si vous préférez.

    Le libraire est un diffuseur, pas un grand distributeur (peut-on d’ailleurs trouver terme plus inexact, pour ce métier…,la même
    affligeante dérive de la langue française se retrouve à l’analyse des termes embrasser et baiser)!

    Enfin, il s’agissait de parler de l’immatériel.
    L’immatériel, fondement de la pensée du concept, apogée de l’idée, gloire de tous les brimés.

    L’immatériel, c’est rien! Et pourtant ce rien c’est aujourd’hui moins que demain tant de belles choses.

    Allons reprenons-nous et abandonnons quelque menue monnaie au passage : http://www.lameta-univ-montp1.fr/Fr/Productions/Documents/DR2007-10.pdf.

  28. Voir aussi Philippe JOURDON : « l’étude des cycles de kondratieff nous permet-elle d’en savoir plus sur la nature sociale de la monnaie ».

  29. @ Julien Alexandre

    Il manque quelques paramètres:
    – les différents acteurs (producteurs/ transformateurs/ distributeurs)
    – les différents pays du secteur qui se font la guerre (allemands qui cassent les prix, hollandais, australiens…)
    – la guerre entre petits/grands producteurs, petits/grands transfos (industriels contre PME…), les pratiques des grandes surfaces (mise en concurrence des producteurs, achat de lait en Allemagne ou Europe de l’Est, marges arrières, hausse des prix quand le cours augmente- maintien du même prix à la baisse…)
    – la mondialisation du marché et donc de la concurrence
    – la baisse de la consommation à l’international
    – la hausse de la volatilité des cours (le prix n’est plus predictible 3 semaines à l avance), alors qu’il l’était à 6 mois y a une dizaine d’années.
    – ajoutez qu’il s’agit de matière vivante (stocks limités)
    – ajoutez que pour le transformateur (svt une coopérative, qui doit arbitrer entre avantager les salariés ou les actionnaires-producteurs), l’amplitude de la variation des cours « déborde » la marge bénéficiaire possible (de l’ordre du centime par litre)
    – le mécontentement de certains pays de l’union de voir les fonds euro dilapidés pour défendre des intérêts protectionnistes.

    Bref on comprend vite qu’il s’agit peut-être du secteur le plus concurrentiel de toute l industrie (et je parle pas seulement d’agro-alimentaire). Augmenter les prix tuerait les transformateurs. C’est quand même beaucoup moins simple que ce que vous décrivez : c’était déjà le bordel quand les ministres de l’agriculture euro se réunissaient et passaient 48h à négocier le prix du lait pour l’année suivante, alors maintenant c’est encore pire!

    « Je vais pas reprendre l’argument populiste du “et le milliard de personnes qui meurent de faim dans le monde, ça lui fait quoi de voir qu’on détruit des denrées alimentaires pour faire remonter un cours”.
    Savez vous pourquoi on ne donne plus l’excédent (sous dorme de poudre de lait) comme c’est arrivé à une certaine période (certes dans des proportions quand même soigneusement calculées)? Parce que les pays africains la revendaient sur le marché européen à prix cassé (Pour acheter quoi? Des armes?). Sans compter qu en plus ca n’aide pas les petits producteurs des pays en question.

    Bref c’est compliqué. Et sans aborder la question -taboue- du protectionnisme (et de la guerre économique) on ne peut pas traiter ce genre de problème. Ceci dit, quand les cours remonteront ils ne manifesteront pas pour dire qu’ils sont trop élevés…

  30. « La chute spectaculaire du prix pour une espèce particulière ne se rencontre en fait que lorsque les apports sont constitués massivement d’une qualité moindre pour le même produit […] ».

    Pour rester sur le ton de l’humour sans toutefois pousser jusqu’à évoquer l’écart-type : l’armateur a toutes les chances de voir la quantité de poisson de qualité moindre divisée par deux si le patron-pêcheur se sépare de la moitié de la cargaison.

    Il serait intéressant de pouvoir observer des données similaires sur la pêche à Madagascar dans les années 70-80.

  31. @antoine
    Vous dites « Savez vous pourquoi on ne donne plus l’excédent (sous dorme de poudre de lait) comme c’est arrivé à une certaine période (certes dans des proportions quand même soigneusement calculées)? »
    Il y a aussi un problème sanitaire. Il faut réhydrater avec de l’eau dont la qualité est souvent douteuse.

  32. Merci à tous pour ces réponses. Je reviens juste du salon du livre ancien au grand palais à Paris. J’ai rapidement survolé les 34 réponses. Je les lis à tête reposé dans la semaine et je vous répond.

Les commentaires sont fermés.