S’adapter ou disparaître… par Candide

Billet invité.

S’ADAPTER OU DISPARAITRE

Traducteur indépendant (et donc ayant le statut de profession libérale) depuis 1993, c’est au quotidien que je ressens, depuis mon établissement en freelance, que la fixation d’un prix dépend du rapport de force entre l’acheteur et le vendeur.

J’en veux pour preuve le mail ci-dessous, que j’ai reçu hier soir de l’un de mes gros clients et qui constitue le point d’orgue (sans doute provisoire) d’un mauvais feuilleton (hélas sûrement banal de nos jours) qui dure depuis des mois. Il a été envoyé par la responsable du bureau français d’une agence de traduction américaine que j’appellerai “YYY” (qui est basée dans une ville que j’appellerai “US-CITY”). Ce bureau français travaille exclusivement pour la filiale française d’une “blue chip” (c’est le cas de le dire) que j’appellerai “XXX”…

Voici le mail :

Bonsoir à toutes et tous,

Comme certains d’entre vous le savent probablement depuis un moment, XXX a lancé au début du printemps un appel d’offre pour la traduction de ses projets. Cet appel d’offre était effectué au niveau mondial et les sociétés devaient répondre pour plusieurs langues (je n’ai jamais eu beaucoup de détails à vrai dire, tout a été réalisé à US-CITY par le management de YYY). XXX souhaitait en effet confier la traduction de ses projets à un groupe très restreint de sous-traitants (moins de 5 au niveau mondial).

Nous avons été écartés en juin lors de la deuxième sélection (plus de 300 agences ont répondu, je crois) lorsqu’XXX n’a gardé que moins de 20 sociétés.

A ce moment-là, nous pensions que notre activité cesserait rapidement, XXX confiant alors tous ses projets aux nouveaux sous-traitants, baptisés “global vendors” (en opposition aux sous-traitants du modèle actuel, nommés “local vendors” car ne traduisant que dans une langue et traitant avec un seul centre de traduction).

Nous n’avons pas beaucoup communiqué à ce sujet car les choses restaient assez floues et nous continuions à recevoir de nouveaux projets…

En début de semaine, lundi, mon manager à US-CITY a reçu une lettre du service Achats d’XXX France lui indiquant que le centre de francisation allait pouvoir continuer à travailler avec certains “local vendors”, en plus des “global”. Mais pour continuer à travailler pour XXX France à partir de 2010, nous avons l’obligation de nous aligner sur les tarifs pratiqués par les “global” et la lettre comportait donc le nouveau tarif à appliquer.

Nous avons jusqu’à vendredi (06/11) pour accepter ou décliner l’offre d’XXX France. Si nous refusons le tarif indiqué, XXX mettra fin au contrat fin 2009.

Tout ceci pour vous expliquer le contexte dans lequel il faut situer le présent courrier.
Comme vous l’aurez compris, le tarif indiqué par XXX est nettement inférieur à celui que nous pratiquions jusqu’à présent. L’équipe de direction de YYY à US-CITY m’a communiqué aujourd’hui que la seule solution pour continuer notre activité était de demander à notre tour à nos sous-traitants de baisser leur tarif au mot (sans pour autant répercuter l’intégralité de la baisse que nous subissons de la part d’XXX, je tiens à le préciser).

Si nous décidons d’accepter l’offre d’XXX France et de continuer à travailler en 2010, nous ne pourrons plus payer plus de 0,085 euro par mot…

Nous avons parfaitement conscience que c’est un énorme effort que nous demandons. J’imagine aussi que nous ne serons pas les seuls à vous demander de baisser vos tarifs…

Afin de nous aider à répondre à la demande d’XXX, j’aimerais avoir si possible votre réponse demain ou avant vendredi midi pour que je puisse la communiquer à US-CITY et qu’ils puissent répondre à XXX.

En vous remerciant par avance et en espérant que nous continuerons à pouvoir travailler ensemble,

Cordialement/Best regards,

Les données du problème sont on ne peut plus simples : si un nombre suffisant de la quarantaine de traducteurs destinataires de ce courrier accepte ce diktat, l’agence de traduction YYY continuera de travailler avec XXX et lesdits traducteurs, mais le prix au mot reviendra au niveau de ce qu’il était au début des années 90. Dans le cas contraire, les 2 personnes qui composent le bureau français de YYY seront vraisemblablement licenciées et une quarantaine de traducteurs indépendants verront s’envoler une bonne partie de leur CA.

La crise n’est évidemment qu’une bonne raison/excuse pour XXX, mais aussi pour les agences de traduction, car cela fait des années qu’elles cherchent régulièrement à réduire les coûts de traduction pour augmenter leur rentabilité, et chaque fois un nouveau tarif nous est imposé sans la moindre concertation ni le moindre avertissement préalable. Nous sommes mis du jour au lendemain devant le fait accompli, par un sous-fifre : « La direction vous informe que le nouveau prix au mot est de tant. » (sous-entendu, si vous ne l’acceptez pas nous ne travaillerons plus avec vous).

Dans ces conditions il est de plus en plus difficile de conserver sa motivation, et, étant donné le niveau élevé des charges qui pèsent sur les épaules des indépendants (libéraux ou en portage salarial), de continuer d’offrir le même niveau de qualité quand il faut traduire toujours plus pour essayer, je ne dirai pas de maintenir ses revenus, mais simplement de freiner leur érosion.

De toute façon, la qualité, cela fait des années que les clients s’en moquent de plus en plus, obsédés qu’ils sont par le prix de revient d’une étape (la traduction) que beaucoup considèrent comme la cinquième roue du carrosse et qui est souvent organisée au dernier moment (avec les conséquences que l’on imagine sur le résultat final). Quand on aime son métier, cela fait mal de le voir (et de se voir) si peu considéré.

J’arrête là. Pas la peine d’en rajouter pour voir de quel côté penche la balance du “rapport de force”…

À ce propos, je vais tout de suite aller m’acheter une baguette et annoncer à ma charmante boulangère : « Mes revenus ayant beaucoup baissé, je suis obligé de faire des économies. Désormais je ne vous payerai plus ma baguette 0,85 euro mais 0,80 ! » On verra bien en faveur de qui le rapport de force s’établit… 😉

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35 réflexions sur « S’adapter ou disparaître… par Candide »

  1. L’experience du terrain infirme la théorie,mais contrairement aux sciences dures cela ne changera rien puisqu’il ne s’agit pas de science mais d’idéologie.

  2. Bonjour Candide,
    Mon épouse vient de prendre le statut d’auto-entrepreneur comme professeur de langues. C’est un peu différent de votre activité, mais pas tellement. En effet, le prix lui est fixé par les organismes pour qui elle travaille mais pas par elle. Nous aurons peut-être à échanger nos expériences réciproques…

    En ce qui concerne le rapport de force, il existe aussi entre le patron et les salariés pour fixer le prix des salaires comme le prouve une citation récente de l’inénarable patron de Ryan Air : “Les salaires grassement payés c’est fini…” no comment.

  3. Cette vision de la formation des prix est bien résumée par le dicton wallon:

    “C’est todi les ptits qu’on sprotche”

  4. bonjour à tous
    le prix represente une tension adaptative contextuelle de dernier rang entre acheteur et vendeur
    à partir de là,des forces multiples sont en action

    1. Donc la Terre est plate.
      Avec une telle idée en tête, la Terre peut vraiment être plate. Une tension adaptative assez forte peut aplanir la Terre dans votre cadre.

  5. Bonjour Candide.
    Chaque vente est une vente aux enchères, même quand le prix est supposé “stable” (comme la baguette de la boulangère).

    1. Entre un groupe mondial et des individus isolés (auto-entrepreneurs), la vente aux enchères se fait entre un très grand nombre de vendeurs et un acheteur.
      La boulangère et ses clients, c’est un vendeur et un certain nombre d’acheteurs.
      Le rapport des forces joue à fond. Plus l’entrepreneur est “auto”, plus le rapport des forces lui est défavorable. En clair, quoiqu’il touche, ce sera trop.

    2. Exactement, Didier. Il me semble que le parallèle avec la vente aux enchères n’est pas généralisable.

  6. “Dans le cas contraire, les 2 personnes qui composent le bureau français de YYY seront vraisemblablement licenciées et une quarantaine de traducteurs indépendants verront s’envoler une bonne partie de leur CA.”

    Technique de vente (et de manipulation mentale) classique.
    Au départ, ce CA est perdu puisque YYY n’était pas dans la shortliste de XXX. Puis on fait miroiter une possibilité d’arranger les choses…
    Un vendeur d’aspirateur fait la même chose. D’abord il vous dit que l’aspirateur coûte X (prix volontairement exhorbitant qui doit provoquer un choc psychologique), puis il vous fait des ristournes exceptionnelles (en vous culpabilisant sur ses marges rognées) que vous vous empressez d’accepter. Au final, vous avez payé l’aspirateur bien plus cher que ce que vous ne prévoyiez, et en remerciant le vendeur qui plus est.

  7. Comme vous, j’ai exercé la profession de traducteur indépendant en France de janvier 1990 à décembre 2007. Auparavant, j’ai été traducteur salarié d’une agence new-yorkaise de 1978 à décembre 1989, suite à mon abandon — contraint et forcé par une maladie chronique — de la profession d’enseignant dans le système universitaire américain.

    Il n’y a que deux solutions (sans doute imparfaites) à votre dilemme: soit travailler directement pour des entreprises dont vous aurez gagné la confiance, soit multiplier vos sources de travaux, agences comprises. Il faut effectivement savoir s’adapter. Mais, eu égard au mépris de la qualité que manifestent la plupart des lanceurs d’appels d’offre, je n’emprunterais jamais ce chemin. Le Ministère américain de la défense, grand spécialiste de ces appels d’offre, sous-paye honteusement les traducteurs depuis des décennies. Quant aux entreprises qui adoptent ce système sans aucun égard pour la qualité, mieux vaut les ignorer: seul le “prix du marché” les intéresse, et si on fait l’inventaire des incompétents et des agences de margoulins qui répondent à leurs appels d’offre, un professionnel responsable n’a que faire d’aller se perdre dans cette galère!

    Soit dit en passant, le tarif de 0,085 €/mot cité dans la lettre reçue de votre intermédiaire est un tarif “royal” qu’on ne peut obtenir qu’en démarchant directement des entreprises pour lesquelles la qualité de la traduction a une importance vitale. Et il faut pouvoir les identifier, ce qui n’est pas si facile ces temps-ci. Ajoutons à cela le fait que nombre d’entre elles découvrent avec le temps que les grands exportateurs japonais et chinois de produits hi-tech se soucient comme d’une guigne de la traduction de leurs notices: ils ont appris que les utilisateurs étrangers se débrouillent très bien (en France comme dans d’autres pays d’Europe) sur la base d’une traduction anglaise à peine potable. Les grandes boîtes américaines leur ont emboîté le pas il y a longtemps, et ont cessé, par exemple, de faire traduire leurs rapports annuels par de bons traducteurs (comptes financiers exceptés). Ainsi fonctionne le “marché” de la traduction dans le système capitaliste.

    Cela dit, un traducteur indépendant travaillant en France gagne beaucoup mieux sa vie — à condition de travailler beaucoup — qu’un traducteur salarié (en reste-t-il encore? Mon ex-employeur new-yorkais a fermé boutique il y a plusieurs années faute de commandes) aux Etats-Unis.

    Sur le fond, vous avez raison — le rapport de forces ne vous est pas favorable. Mais l’a-t-il jamais été? Si la situation s’aggrave actuellement, elle n’est pas folichonne depuis les débuts de la mondialisation, contrairement à ce que furent peut-être, il y a longtemps, nos espérances, et aujourd’hui, nous sommes en pleine crise et les compressions de coûts n’ont jamais été si importantes. Finalement, vous vous retrouvez dans la même position qu’un salarié ordinaire.

    Il vous reste quand même une certaine liberté d’action (et de choix) en tant qu’indépendant. Je ne recommanderais à personne de devenir traducteur, mais je dois bien admettre que, quand j’étais dialysé trois fois par semaine pendant cinq heures, je n’aurais pui exercer quasiment aucune autre profession, car je n’étais pas “salariable”…

    Bonne chance!

    1. Merci Jaycib. Fort heureusement, les agences sous-traitants directs de XXX ne sont pas mes seuls clients. Elles constituent cependant une source de travail très importante et donc une bonne partie de mon CA.

      Je suis globalement d’accord avec votre analyse, à l’exception de votre emploi de l’adjectif “royal” pour le nouveau tarif qui nous imposé. Il représente non seulement une baisse de 10,5 % par rapport à mon tarif actuel avec YYY (soit 1 cent tout rond), mais il est aussi très loin en dessous du tarif que je pratique avec mes clients directs, qui ne sont pourtant pas tous de grandes multinationales. J’ai peut-être de la chance de pouvoir pratiquer ce tarif (cela dit j’ai tout de même plus de 20 ans de métier), mais de toute façon, malheureusement, ces clients directs ne sont pas nombreux et ne représentent pas la majeure partie de mon CA.

  8. Il va falloir que je vous donne des cours d’achat, à l’occasion, Mr Jorion.

    Ils sont bien plus efficaces que les cours de vente.

    Bien à vous.

    1. Houps, pardon. Pas à vous, Mr Jorion, mais à … Candide…
      Candide. Rien que le mot m’amuse.
      Qu’il commence à bouffer un ou deux commerciaux au petit-déjeuner du matin et nous pourrons affiner la stratégie de destruction.

    2. Je ne suis pas très chaud pour abandonner la baguette pour le commercial, car c’est un peu coriace, le commercial, surtout au p’tit déj. 😉

  9. Le banquier Espagnoux
          [billet du 2 nov Charybde & Scilla ]
    nous disait, il y a 2 jours, le 3 nov à 22:33

    Auguste (…) laisse les banques faire leur boulot, ce sont des entreprises et elles doivent gagner de l’argent ; faites la distinction entre (…) et (…) ..un TBB à zero et puis quoi encore,
    elle est gratuite la baguette de pain du boulanger ?
    et puis au fait, savez vous qu’un boulanger moyen fait 80% de marge brute ?
    ça dérange personne ?
    trève de plaisanterie (…)

    Vraix ou Faux, le 80%
    Je vous le dirai dès que M. Espagnoux m’aura transmis, via l’email du blog,
    l’étude sectorielle du secteur boulangerie, code EAN 522G
    – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – — – – –
    Le pain est la dernière valeur sûre.
    D’ailleurs, le pain acheté hier je l’ai fini à midi. Il faut que j’y retourne juste après avoir envoyé ce post
    deux “Tradition” : 2.40 € (ou alors c’est la baguette à goût de carton qui est toute sèche à peine sortie du magasin)
    Investisseurs, abandonnez vos obligations, l’or, etc. Achetez des boulangeries
    à 2, 3   4, 5, 10 fois leur prix de l’an dernier.
    Bientôt ce sera la toute dernière valeur refuge
    … avec l’eau.
    Même les fonctionnaires ne sont plus à l’abri;
    Leur pouvoir d’achat sera divisé par 2 comme ceux qui ont encore un emploi
    – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – –

    les banquiers n’ont pas assez avec le cumul des salaires de toutes les personnes qui viennent d’être mises au chômage. Espagnoux dit que nous nous trompons tous … dans le même billet, un peu plus loin
    le 3 nov à 23:20
    – – – –
    à Candide

    Dans votre histoire les intermédiaires compliquent la solution
    Laissons les en l’état. Résumons :
    – XXX France veut plus d’argent, une marge bénéficiaire supérieure
    – Les boulangers de France volent la clientèle, par exemple avec leurs baguettes Tradition à 1,20 €
    S’il est exact que les banquiers de XXX France sont pire que des sangsues (cf. billet suivant)
    à l’encontre de cette filiale américaine,
    comme les parlementaires s’en foutent complètement,
    il n’y a plus que
    20 Milllions de Consommateurs en position de
    réclamer au Syndicat des Boulangers
    pour dédommager XXX France.
    Avec tous mes encouragements,
    Cordialement
    Auguste

    1. Les intermédiaires compliquent effectivement et le problème et la solution. Une solution serait de se regrouper pour constituer nous mêmes un intermédiaire de type GIE, mais la profession est n’est quasiment pas organisée. Merci pour vos encouragements ! 😉

  10. Je crois qu’il arrive un temps où les mots n’ont plus de prise sur le réel, ne nous aident plus à débloquer une situation qui enserre et étouffe la société entière.
    Répercuter comme un jeu de dominos, le coup dur ou le coût moindre sur celui qui est en dessous n’est pas la solution. J’ai bien compris que vous évoquez ce suivisme sans nous inviter à le suivre. Je persiste donc à penser et à oser dire qu’il arrive un temps où de la casse seule peut naitre la solution au problème. L’instinct qui distribue la gifle sans réflexion devrait en faire réfléchir plus d’un. Je loue ce paradoxe gracieusement. Que ceux qui liront ce commentaire sachent en tirer la substantifique moelle. Si l’on considére que la situation est révolutionnaire, soyons révolutionnaire!
    Que signifie ce terme?
    Le débat est ouvert. Peut-être pas sur le blog mais en conscience.

    1. J’abonde Mr Hervey, je crois qu’il faudra en passer par la.
      Aucune révolution ni même évolution ne se fera qu’avec des mots.

      Je persiste donc à penser et à oser dire qu’il arrive un temps où de la casse seule peut naitre la solution au problème.

      Mais l’entreprise de démolition a bel et bien commencée ! Seul problème elle est unilatérale et vient du haut.
      Ils ne comprennent que leurs propres dialectiques, la violence. Je m’arrête la.

    2. Je partage ce sentiment. Le gouvernement s’étonne de la violence physique, la condamne et la réprime, comme s’il s’agissait d’une violence incompréhensible et gratuite. Mais ce qu’ils ne comprennent pas, en réalité, (comme beaucoup de gens) c’est que la violence est multiforme et que la pression, le mépris, etc. que les gens subissent ne sont rien d’autre que des formes de violence tout aussi brutales mais qui ne disent pas leur nom.

  11. Bonjour Candide,

    Je suis également traducteur Freelance et je souscris et je confirme et je compatis. Il m’est déjà arrivé de céder à ce genre de chantage, mais dans certaines limites.

    Le point clé dans ton exposé, c’est le fait que tous les gros XXX (à une ou deux exceptions près) se fichent éperdument de la qualité. La traduction est un mal nécessaire (pourquoi ces cons de français/allemands/italiens/japonais/etc. ne parlent-ils pas anglais comme tout le monde ?!).

    A partir de là, comme dit l’autre, tout devient possible.

    Je connais une grosse agence de trad anglaise qui paie très mal (et au lance-pierres, et avec qui je refuse de bosser) mais qui arrive a ferrer des grosses boîtes internationales, dont une qui a une réputation prestigieuse et haut de gamme. Mais aux tarifs proposés (et avec des délais ridiculement courts imposés), il n’y a pas de miracle. Le résultat est risible, et pourtant…

    1. Eh oui, on en est là, et la traduction n’est certainement pas le seul secteur concerné. Merci pour ces confraternels encouragements ! 😉

  12. Oublier le produit, focaliser sur le prix pour finalement n’acheter qu’ un prix , c’est forcément, au bout du compte , perdre en qualité .

    Sauf que la qualité fidélise .

    La tyrannie des gestionnaires mène le commerce à sa perte , de même que “le mieux ” , à la longue , peut devenir l’ennemi du bien .Et dire qu’il y a toujours pire dans le jeu de la concurrence exacerbée …

    A qui vendra t’on quoi que ce soit quand les robots produiront l’ensemble de ce que les humains consomment , traduction y compris ?

    1. “la qualité fidélise”. La qualité “fidélisait” serait sans doute plus juste, car cette affirmation n’est malheureusement plus aussi vraie, plus aussi générale, aujourd’hui. Tout dépend du client. Et je pense également que “la tyrannie des gestionnaires mène le commerce à sa perte” et “qu’il y a toujours pire dans le jeu de la concurrence exacerbée”. Le tout est d’avoir les moyens de pouvoir dire “stop” à cette spirale destructrice.

    2. Mon sentiment est que le rapport de XXX à Candide est un rapport d’argent. En dehors de cela, il n’y a rien. Parler de qualité est introduire autre chose que l’argent. C’est sortir de sa rationalité. C’est perdre en efficacité du point de vue XXX.
      Ce rapport d’argent est devenu si prégnant que le reste est étouffé. Cet étouffement est si fort que je m’attends au pire.

    3. C’est vrai dans bien des domaines et pas seulement le mien. Mais en ce qui concerne le pire, qui est effectivement à craindre, je pense qu’il ne se produira pas brutalement mais prendra la forme d’une lente dégradation…

    4. C’est étonnant qu’en temps de crise , dans notre culture, la variable d’ajustement soit forcément l’emploi .

      L’état paie des chômeurs en prenant de l’argent aux entreprises , de là 2 grands choix classiques :

      -prendre moins aux entreprises en espérant qu’elles vont du coup embaucher ( exemple de la fin programmée des taxes professionnelles , exemple de la baisse de tva pour les restaurateurs )
      – baisser la durée et le montant des indemnités chômages ( exemple des radiations exponentielles de l’anpe, exemple du lobbisme du medef concernant justement le montant et la durée des idemnités chômage )

      Bizarre qu’aucunes communautés d’entrepreneurs ne s’essaient à proposer de doubler leurs employés à recettes fiscales égales .Certains le peuvent , peut être plus qu’on le croit .
      L’état perdraient des recettes mais gagnerait des dépenses , et surtout le plein emploi .

      Il se trouve malheureusement que le plein emploi peut faire peur , puisqu’il pousserait le populo à changer de patron comme de chemise, voir à oser demander des augmentations…

  13. Un copain de ma deuxième fille, un garçon charmant, jeune, beau, brillant …. mais tellement idéaliste
    (il en est mort l’automne dernier, il n’avait même pas 30 ans … )
    traduisait pour les pharmaciens
    (les pharmacies, c’est comme les boulangeries, sinon encore mieux -n’est-ce pas Auguste? – )
    De son travail, il ne se plaignait pas, pour lui ça gagnait bien (certes les jeunes ne sont pas très exigeants)
    donc (de ce point de vue, salaire/fatigue-travail, ….. )
    il était (s’il m’a cru comprendre) content …
    Mais donc il est mort, je n’irais pas dire pour lui que traduire pour le “lobby” de la pharmacies, c’est bien payé mais pourtant c’est bien ce que j’ai compris de ce qu’il m’a dit …
    (je rajoute : il faut suivre la traduction du vocabulaire médical, -déjà se familiariser avec le vocabulaire de la médecine, c’est outre le sentiment, mais encore un effort de mémoire, bien autant sinon plus qu’à l’initiation à une langue étrangère, donc maîtriser ce vocabulaire spécifique déjà dans sa langue en plus dans une autre, c’est pasd si courant …)
    Donc voilà, …..

  14. s’adapter, cela peut aussi signifier changer d’activité, et de pradigme.Et tant pis pour la traduction, ou le reste.

  15. Bonjour candide vous parlez compression à une échelle internationale et moi, je vais vous faire le parallèle avec le marché local.

    J’ai une entreprise du bâtiment au “bout de la terre”, et voici se qui se passe en ce moment.
    Depuis dix ans nous étions sur une pente ascendante dans le bâtiment, on le sait tous à toutes hausse correspond une baisse mais les événements de l’année dernière on accéléré le processus.
    Dans ma corporation nous avons pas mal de concurence mais nous restions tous dans une fourchette de prix “honorable” permettant ainsi de valoriser nos salariés mieux qu’ailleurs (j’en ai de trentes ans que je paye plus de 1500 euros net, pas mirobolant mais ……..).
    Depuis la contraction de notre marché du neuf, je me démène pour trouver du boulot pour l’ensemble de mon personnel, mais le marché à baissé d’au moins 35% dans mon département.
    Il est vrai que l’on se base sur des années fastes, mais les jeunes artisans se sont installés en adéquations avec le volume global de travail ( sans compter les autoentrepreneurs..).
    Equation très simple:

    salarié égal – volume de travail moindre = purge en cours

    Pas assez de boulot pour tous le monde et le rapport de force avec mes donneurs d’ordre ( les constructeurs) s’est accru, d’abord on nous à demandé une baisse de 5% de nos tarifs (vers avri)l pour pouvoir vendre des bâtiments moins cher, puis nous avons vu la concurrence des entreprises des départements limitrophes avec des prix bradés de 20% supplémentaire….
    Nous voici dans l’étau qui presse d’un coté par des fabricants de matériaux en quasi monopole et de l’autre des vendeurs de maisons qui pour être attractif tirent les prix toujours plus bas, qui sont les cons que l’on presse le plus?
    Ils faut que 30% de l’effectif du bâtiment disparaisse….. voilà c’est tout.
    Comme vous Candide c’est survivre ou liquider.

  16. @Candide: histoire intéressante parce qu’elle fait apparaître deux aspects : d’une part le rapport de force, bien sûr, entre XXX et les “petites mains”, (je ne vais quand même pas dire les “petits cerveaux” !… :)), mais aussi le fait que ce rapport de force s’inscrit dans une tendance générale à la baisse des rémunérations. (Y compris pour les prestations intellectuelles, c’est un comble !) Mais, trente ans plus tôt, aucun manager n’aurait balancé un mail pareil : il aurait vu fuir prestement ses prestataires vers d’autres cieux. Alors, elle est où la vérité ? Toujours plus complexe qu’on ne l’imagine.

  17. pour moi, les regles sont simples : l’economie et la democratie sont antinomique :

    en democratie, plus on est nombreux, plus on a de pouvoir

    en economie, moins on est nombreux, plus on a de pouvoir

    bon courage pour la suite…

  18. Confraternels encouragements ici aussi. J’ajouterais juste qu’on peut “s’adapter”, “disparaître”, ou… dire non et changer de client. C’est plus facile à dire qu’à faire, mais c’est ma philosophie ! J’ai perdu ainsi il y a quelques mois un gros client, le premier qui m’avait fait confiance il y a 5 ou 6 ans de cela. Et ma foi, passé le petit pincement au coeur, je ne m’en porte pas plus mal… Bon courage, en tout cas.

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