Lévi-Strauss : la machine à penser

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

J’ai réagi à chaud à la mort de Lévi-Strauss dans Claude Lévi-Strauss (1908 – 2009), voici le petit texte que je viens d’écrire spécialement à l’intention de mes amis de La Revue du MAUSS.

La première image qui me revient de Claude Lévi-Strauss date de la fin des années soixante et c’est celle de son dos : les longues minutes qu’il pouvait passer lors de son cours au Collège de France, le dos tourné à la salle, tout occupé au dessin d’un diagramme représentant les relations d’inversion entre divers passages de mythes amérindiens. Cette absence totale d’intérêt pour ceux qui venaient l’écouter débutait au moment où il entrait dans l’amphithéâtre, sans le moindre regard pour eux, et il ignorait tout aussi bien son auditoire au moment de quitter la salle.

On pourrait évoquer la timidité, ou l’arrogance, mais il ne s’agissait pas de cela : c’était plutôt que les choses qui l’intéressaient étaient peu nombreuses et faisaient pour lui l’objet d’une quête d’ordre essentiellement privé. Le désir de communiquer n’était pas le sien, et s’il communiqua, ce fut principalement – et comme il se plaisait à le rappeler – à la demande d’autres : directeurs de collection, UNESCO, éditeurs, autorités académiques, etc.

Ceux parmi ses élèves qui furent ses proches, évoquent – non sans une certaine amertume – le fait que ses contributions aux conversations qu’ils tentèrent d’avoir avec lui furent principalement monosyllabiques. Je ne lui parlai personnellement en tête-à-tête qu’en très peu d’occasions mais durant ces rares fois, mon expérience fut très différente. Je me souviens en particulier d’une conversation longue et animée que nous avons eue – vingt ans après l’époque où je participai à son séminaire – consacrée au rapport existant (ou n’existant pas) entre les objets mathématiques et le monde. Les interlocuteurs qu’il put trouver sur les rares sujets qui le passionnaient n’existaient en réalité qu’en très petit nombre.

Chose à laquelle il m’est difficile de m’identifier personnellement, la quête solitaire lui paraissait non seulement le mode par défaut de la réflexion intellectuelle, mais bien plus encore, sa forme ordinaire. En témoigne en particulier, son insistance à affirmer – non sans une certaine satisfaction d’ailleurs – qu’il n’était pas à la tête d’une école. Sentiment que ne partageaient ni ceux qui se considéraient légitimement ses disciples, ni les imitateurs innombrables, et au talent très inégal, de sa fameuse anthropologie structurale. L’illusion qu’il entretenait de l’absence d’une école de pensée lévi-straussienne, reflétait tout simplement le peu d’intérêt qu’avaient à ses yeux les travaux des chercheurs que son œuvre inspirait, confirmation supplémentaire du caractère purement privé de sa « pulsion épistémophile ».

J’ai lu ces jours derniers, les hommages de certains de ses autres élèves et nous sommes nombreux aujourd’hui à nous souvenir d’un talent très spécial dont notre maître faisait montre à l’occasion de son séminaire. Toujours attentif aux propos de son invité, il lui arrivait de le laisser se dépatouiller dans un exposé laborieux des travaux auxquels celui-ci avait consacré dix années de sa vie au moins, pour lui dire quand il avait fini : « Ne pourrait-on pas également présenter les choses de la manière suivante ? … » Et de porter alors l’estocade, en faisant apparaître – pareil au magicien – l’harmonie et la beauté enfin rétablies dans leurs droits, au sein du système boiteux que le malheureux avait seulement été capable de construire.

L’humiliation de l’invité n’était pas recherchée par lui, et il aurait sans doute été très surpris si on la lui avait mentionnée, ni non plus l’arrogance. Non : il s’agissait pour Lévi-Strauss de comprendre, et ce qu’il nous communiquait sous forme d’explication (puisqu’après tout, nous étions là), c’était ce déchiffrage qu’il avait opéré à titre privé et dont le mécanisme devait être de la même nature exactement que quand il lisait un ouvrage mal ficelé dans l’espace clos de son propre bureau.

Le monde était en effet pour Lévi-Strauss un vaste ensemble de choses à comprendre. Il s’appliqua sans aucun doute à cette tâche dès son premier jour et il est mort, j’en suis sûr, en continuant à penser. Nous qui avons eu l’honneur de le côtoyer en avons immensément bénéficié. Qu’en a-t-il lui tiré ? Rien ou presque. Qu’importe ! la machine à penser à la fois grandiose et monstrueuse qu’il était – à la fois Dieu et animal – avait cette capacité de fonctionner en circuit fermé, sans apport extérieur. « À la fois Dieu et animal », comme Octave réfléchissant à sa double nature dans la pièce inachevée L’apothéose d’Auguste que Lévi-Strauss évoque dans Tristes Tropiques. Avec Octave se métamorphosant en Auguste, c’était certainement le paradoxe de sa propre personne qu’il mettait en scène. Sans aucune prétention d’ailleurs : la vanité n’avait aucune place dans son univers. Il était bien au-dessus de tout cela !

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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23 réflexions sur « Lévi-Strauss : la machine à penser »

  1. Monsieur Jorion.
    Pour un peu, vous rejoindriez certains de mes écrits sur les boites qui doivent être ouvertes pour en comprendre leur fonctionnement.

    Hors, que vaut d’être intelligent si l’on n’est pas méchant?

    Et, j’ai pu expérimenter bien pire face à de nombreuses incompréhensions alors que je ne faisais que parler de la facilité de gagner de l’argent.

    Mais ceci n’était pas l’objectif de celui dont nous devons reconnaître la valeur (non monétaire) de l’ensemble des œuvres de sa vie si bien remplie.
    J’espère, en tout cas, m’être aussi mal expliqué que lui non pas par le dédain de l’autre, mais par une particularité qui vous fait souvent rejeter.
    Desproges, je pense aussi à toi, et d’autant plus que tu as choisi l’humour pour que l’intelligence plaise au plus grand nombre.

  2.  » On ne permet pas au citoyen de l’Océania de savoir quoi que ce soit de la doctrine des deux autres philosophies. Mais on lui enseigne à les exécrer et à les considérer comme des outrages barbares à la morale et au sens commun. En vérité, les trois philosophies se distinguent à peine l’une de l’autre et les systèmes sociaux qu’elles supportent ne se distinguent pas du tout.

    Il y a partout la même structure pyramidale, le même culte d’un chef semi-divin, le même système économique existant par et pour une guerre continuelle. Il s’ensuit que les trois super-États, non seulement ne peuvent se conquérir l’un l’autre, mais ne tireraient aucun avantage de leur conquête. Au contraire, tant qu’ils restent en conflit, ils se soutiennent l’un l’autre comme trois gerbes de blé.  »

    ==========

    Orwell décrit notre monde, ou ses tendances lourdes. A ce propos, CLS nous a rendu compréhensible les peuplades amazoniennnes, mais pas le peuple voisin du notre, ni l’iran par exemple …

    L

  3. « Chose à laquelle il m’est difficile de m’identifier personnellement, la quête solitaire lui paraissait non seulement le mode par défaut de la réflexion intellectuelle, mais bien plus encore, sa forme ordinaire. »
    J’aime beaucoup ce blog mais je souscris au combien à cette idée. Nous ne connaissons des choses que ce que nous y mettons nous-même, et ce que nous y mettons fait l’objet d’une quête privée. Alors quand en plus la passion s’en mêle… Nul nécéssité, en dehors de la philosophie politique (qui est une discipline très spéciale à cet égard), de « communiquer sur elle » parce qu’au fond que les autres sachent/ ou ne sachent pas ce que vous avez/ n’avez pas trouvé, ne présente aucun intérêt supplémentaire. Avec de la chance ce sera inspirant, mais la plupart du temps c’est autant de temps de perdu pour faire ce qu’on considère – sans doute à tort- comme essentiellement « important » et donc seulement « digne d’intérêt »… La monomanie conduit souvent à vivre dans un monde dépeuplé de chair.

    « Toujours attentif aux propos de son invité, il lui arrivait de le laisser se dépatouiller dans un exposé laborieux des travaux auxquels celui-ci avait consacré dix années de sa vie au moins, pour lui dire quand il avait fini : « Ne pourrait-on pas également présenter les choses de la manière suivante ? … » Et de porter alors l’estocade, en faisant apparaître – pareil au magicien – l’harmonie et la beauté enfin rétablies dans leurs droits, au sein du système boiteux que le malheureux avait seulement été capable de construire. »
    J’ai connu un professeur comme ça qui faisait venir d’autres intervenants de très loin pour leur faire la même. Je suis sur qu’il avait, lui, parfaitement conscience de ce qu’il faisait, à tel point d’ailleurs qu’à la fin d’une séance la personne invitée pour présenter ses travaux a simplement fait claquer cette remarque: il fallait me dire ça lors de notre entretien téléphonique… vous auriez pu m’épargner le voyage! »

    « A quoi sert-il d’être « intelligent » si on n’est pas méchant??? » Euh… c’est une blague j’espère?

    1. « Euh… c’est une blague j’espère? »
      Testez. Vous verrez. Votre intelligence sera toujours supérieure si vous gagnez beaucoup d’argent. (et de moins en moins votre courage ou mérite ou simple capacité)
      Et d’autant plus dans la dérive de valeurs du monde actuel.

      Mais, contrairement à ce qu’écrit Juan ci-dessous, il s’agit d’incompréhension réciproque comparable à des personnes ayant eu des éducations radicalement différentes ou ayant vécu dans des milieux différents.
      (les deux ont des causes différentes, mais des effets similaires)

      Vous ne niez pas l’agressivité du monde des affaires, non?

  4. Il semble bien que LS a suivi son bonhomme de chemin, ses comparaisons de l’astrologie symbolique des cycles et de la psychanalyse montrent une identité de pensée. Alors oui, il a pu paraitre un professeur cosinus autiste, alors qu’il était bien plus ouvert que ses prestations ne peuvent le faire croire. Etre ouvert, c’est un peu au delà de la communication telle qu’on veut nous la faire avaler, qui n’est in fine qu’un enfermement de la répétition.

  5. Après avoir été l’ « élève » d’une « machine », je commence à comprendre pourquoi vous vous êtes intéressé à l’intelligence artificielle….
    Une des grandes différences entre la machine et l’homme, c’est que, pour la machine (comme dans l’univers) tout est 1 ou 0 (+l’infini /-l’infini, matière/antimatière, light/darkness…), alors que pour l’homme rien n’est blanc ou noir : tout est gris ou comme disait Einstein, « relatif » (même le temps !). Heisenberg, par contre, a trouvé que pour l’homme, tout était « probable »…

  6. Jeune ingénieur , il m’est arrivé d’avoir à cotoyer un autre homme qui avait , lui aussi , cette faculté de résumer et d’éclairer simplement en deux phrases les deux ou trois heures de réunion de travail qu’il avait suivi sans broncher .

    Il s’appelait Antoine Pinay et lui aussi est mort centenaire ( presque 103 ans ) . Il faut croire que la simplicité et la faculté d’aller à l’essentiel conservent .

    Il m’est arrivé d’en appeler de cet art à Claude Roche . Il devrait aussi réjouir Betov .

  7. En somme Claude Lévi-Strauss n’était pas un homme du dia-logue, au sens où du sens nouveau peut jaillir d’une « confrontation » dialectique avec autrui. (Michel Serres dit à peu près la même chose : il ne croit pas du tout aux vertus créatrices de la confrontation des idées. Selon lui une pensée originale ne peut se développer qu’à l’écart, c’est même la condition de toute découverte scientifique importante, selon lui.)

    Comme si ses expériences d’homme jeune, au Brésil, et tous les livres qu’il avait lus, et dont il avait l’entière disposition, constituaient le fonds unique et suffisant pour alimenter quelques idées intuitions fondamentales autour desquels pouvaient s’articuler toute pensée chez lui nouvelle. Il vivait ainsi dans son monde, qu’il avait construit de toutes pièces !
    (Et quand je dis « de toutes pièces » cela a aussi une réalité tangible : parce que sa mémoire n’était pas bonne il constituait des fiches pour toutes les informations recueillies dans les livres ou ailleurs. )

    Mais quel monde ! Un monde où les principes qui gouvernent l’intelligibilité des choses, s’appliquent à toute l’humanité, passée et présente. C’est son immense apport. Bien entendu le grand absent d’une telle pensée c’est la pensée de l’émergence du vraiment nouveau.
    Sans doute un certaines nombre des déductions qu’il a pu faire sont fausses. De même que son structuralisme, par définition, n’accorde pas de place à ce qui précisément n’occupe pas une place prédéfinie dans la société, toujours est-il que nous devons à son goût pour les ensembles harmonieux — qu’on pourrait presque qualifier de platonicien ou pythagoricien — peut-être influencée d’ailleurs par une vision picturale du monde — il vécut des peintures — ou son goût pour la musique, l’unité fondamentale de l’humanité par delà sa diversité. Soit dit en passant il est assez curieux que de nombreux critiques aient pu associer Lévi-Strauss à la « mort de l’homme » alors que toute sa démarche consistait à montrer l’unité primordiale de l’humanité.

    On pourrait penser que Lévi-Strauss était conservateur dans l’âme, et dans une certaine mesure il l’était, au point d’endosser l’habit vert des immortels. Pourtant sa pensée, aussi partiale qu’elle puisse être dans son parti pris de recherche exclusive des invariants, s’offre maintenant à nous comme le fond indispensable où s’inscrit toute réflexion sur l’évolution des sociétés humaines. L’unité de l’homme n’avait pas attendu Lévi-Strauss pour être admise comme idée, mais encore fallait-il lui donner une consistance, y compris esthétique. Ce qu’il fit. Depuis Lévi-Strauss l’unité de l’homme est acquise comme principe, ce n’est plus un sujet de discussion philosophique et encore moins scientifique, ou alors sur un terrain purement polémique ou idéologique.
    Engagé politiquement dans sa jeunesse, au SFIO, à gauche donc, il s’est ensuite dégagé de cette emprise du politique, son oeuvre se présentant désormais à ses yeux comme le moyen le plus pertinent d’agir sur le monde, ou plutôt sur la représentation que les humains se faisaient du monde.

  8. Lévi-Strauss: La machine à ignorer le passé:

    * Geber. Alias JABIR Ibn Hayyân, IXème siècle du Califat abbasside.

    [Note: Geber lui-même était déjà un faussaire égalant Freud dans l’art de la récupération. Au moins, la formulation de sa théorie des balances avait-elle l’avantage de la nouveauté, à l’époque, longtemps avant les mobiles de Calder]

  9. Pour alimenter le match Yvan – Diabolo , cette maxime d’Oscar Wilde qui peut les mettre d’accord dans la mesure où elle substitue la  » discorde » à la « méchanceté »:

     » Etre bon , c’est être en harmonie avec soi même . La discorde , c’est devoir être en harmonie avec d’autres . »

    Je ne suis pas sûr que LS se serait reconnu par contre dans cet autre adage de ce merveilleux introverti égocentrique exhibitionniste ( complexe donc !) :

    « J’aime m’entendre parler. C’est un de mes plus grands plaisirs . Je me tiens à moi même de longues conversations ( comme LS ?) et je suis si intelligent que , parfois, je ne comprends pas un traître mot de ce que je dis. »

  10. « » Etre bon , c’est être en harmonie avec soi même . La discorde , c’est devoir être en harmonie avec d’autres . » »

    J’aurais dit le contraire. Mais chacun son égocentrisme, me direz-vous 🙂

  11. Personne n’agira à votre place et le but de ce blog n’est pas ( je l’espère de vous dire que faire ) de vous dire que faire . J’imagine d’ailleurs que vous n’attendez pas ça d’un quelconque blog ou gourou .

    Peut être , seulement et ce serait déjà énorme , de « bonnes » raisons d’agir où vous voudrez , comme vous voudrez , avec qui vous voudrez .

    QQOQC : pour le quand , c’est aussi à vous de voir .

  12. @Monsieur Jorion: Il y a de cela plus de 30 ans, un journaliste du Nouvel Obs’ débute son article en disant que LS aurait dit que: « tous les mythes qui parlent d’inceste parlent aussi d’éclipse ». Je voudrais savoir si LS a vraiment dit quelque chose comme ça, ou si c’est une affabulation, à usage didactique par exemple.

    Nouvelles personnelles: je suis l’heureux possesseur de Comment la vérité et la réalité furent inventées, et samedi prochain je devrais avoir dans les mains L’argent, mode d’emploi. Malheureusement, pas le temps de les lire, ce sera pour plus tard, disons d’ici quelques mois, car je suis plongé dans mes propres écrits. En tout cas, je suis sûr d’une chose : si je les avais découverts sans connaître votre blog, je les aurai achetés les yeux fermés. C’est sûr et certain pour le premier car son titre correspond à mes préoccupations de toujours.

    1. Pour ma part j’ai lu les 100 première pages de Comment la vérité et la réalité furent inventées. Et je ne suis pas déçu.
      Ce que je peux dire déjà à ceux qui ne seraient pas encore décidés à faire le pas d’un achat, c’est que l’expression y est limpide et précise, référencée. L’auteur développe sa thèse mais avec le souci constant de la situer dans le cadre de l’histoire des diverses disciplines auxquelles il est fait appel établir son raisonnement.
      Bref, Paul Jorion pose une problématique qui lui est propre mais celle-ci est exposée de telle façon qu’aussi bien les profanes que les spécialites des diverses disciplines qui s’y rapportent y trouveront matière à réflexion et à discussion.

    2. @ Crapaud Rouge

      On peut procéder par ordre. Tournons-nous d’abord vers les hellénisants : y a-t-il une ou plusieurs éclipses dans Œdipe Roi de Sophocle ? Je n’en ai pas le souvenir, mais je peux me tromper. (Évidemment quand Lévi-Strauss dit « mythe », il faut en général entendre « mythe amérindien ».)

    3. Je partage vos louanges sur  »comment la vérité… » moi aussi je n’ai lu que 100 pages, c’est très très très intéréssant, je le conseille à tous, de même pour  »l’argent… » que j’ai fini et qui est un peu plus accessible à mon avis.

  13. @Crapaud Rouge.

    Voilà ce qu’écrit Francisco Yaz da Silva dans : Claude Lévi-strauss en énigme.

    «Ceci dit, on comprend que, sur le registre acoustique, I’acquisition du feu de cuisine – médiateur entre le ciel et la terre, tout comme le mariage régule le rapport entre les sexes – exige I’attitude (de silence) qui est I’inverse de celle qui s’applique aux disjonctions entre le ciel et la terre, ou entre des époux virtuels (Lévi-Strauss 1964, 299-300). Et puisque une situation initiale d’inceste est analogue à 1’éclipse et inverse de la situation pré-culinaire où prévalait la conjonction excessive entre la terre et le ciel, on peut comprendre la présence de I’inceste dans M1, qui inverse le thème de I’origine du feu (puisqu’il prétend expliquer celle de I’eau), ainsi que la présentation d ‘une situation initiale pré-culinaire, inverse de l’éclipse, dans un mythe qui aborde ouvertement le problème de I’origine du feu (301).»*
    *Claude Lévi-Strauss. 1964. Mythologies. Le Cru et le cuit. Paris : Plon.

    Vous pouvez lire le texte ici :
    https://repositorio.iscte.pt/bitstream/10071/610/1/Gradhiva_FVS.pdf

  14. Merci beaucoup pour vos réponses qui me permettent de conclure que la phrase du Nouvel Obs était vraiment bidon. L’article signalé par Martine Mounier montre que certains mythes établissent effectivement un lien entre éclipse et inceste, mais dépourvu de toute dimension quantitative. Cet article est difficile à lire, sans doute parce qu’il s’efforce d’expliquer des analyses complexes. Mon interprétation, – ultra sommaire -, c’est que les héros mythiques se devant d’être exceptionnels puisqu’ils sont à l’origine de faits de grande importance, (tel l’apparition du feu culinaire), leurs personnages doivent être marqués de traits exceptionnels. C’est pourquoi le fondateur de Rome est gémellicide, Jésus fils d’une vierge, etc… Ailleurs, ce serait donc l’inceste et les éclipses qui servent à frapper les esprits, à marquer la mémoire. Bof, pas de quoi fouetter un chat.

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