BFM Radio, le lundi 21 décembre à 10h46

Pourquoi ne serait-ce pas Noël toute l’année ?

Un des vers du vieux chant de Noël anglais « We wish you a merry Christmas », se demande : « Why can’t we have Xmas the whole year around ? » : « Comment se fait-il que nous ne puissions pas avoir Noël toute l’année ? » Et c’est effectivement une excellente question. Et si on la comprend au sens « Pourquoi l’esprit de Noël ne règne-t-il pas en permanence ? », on peut très bien l’extraire de son cadre purement chrétien pour en faire une question beaucoup plus générale dans laquelle chacun peut se reconnaître, quelle que soit sa religion, voire même s’il n’en a pas du tout.

Ce à quoi l’on pense alors, c’est à la générosité, à la fraternité, à la compassion, qui transparaissent dans le « Aimez-vous les uns les autres » ou dans « Paix sur la terre aux hommes de bonne volonté ».

Alors, pourquoi pas Noël toute l’année ? Deux facteurs contribuent à l’empêcher. Le premier, c’est la difficulté de la mise en application – même avec la meilleure volonté du monde. Voyez les églises qui véhiculent ces messages, elles n’y ont manifestement toujours rien compris ! Le second facteur, ce sont les forces qui dénoncent ces messages comme des niaiseries. Elles véhiculent elles – au contraire – une représentation de l’homme dont la nature profonde est viscéralement incompatible avec la générosité, la fraternité et la compassion. Et elles soulignent la vanité de vouloir mettre ces valeurs au centre de nos vies.

Cette représentation qui s’oppose à l’esprit de Noël, on la connaît, c’est celle que symbolise le fameux Homo oeconomicus. Aucune place pour les autres au sein de son univers, où chacun poursuivant son propre intérêt en minimisant ses coûts, contribue – en principe – au bien-être général. Dans ce cadre du chacun pour soi, l’Homo oeconomicus se considère comme constituant un « capital humain » – c’est tout dire !

Où sont les temps bénis où il allait de soi que le « juste prix » était celui où le marchand exerçait sa retenue dans la recherche du profit ? Nous avons oublié la retenue, comme d’ailleurs tous les autres bons sentiments : le « juste prix » n’a plus aucun rapport avec le sentiment de justice : c’est l’agression de tous contre tous – ce qu’on a coutume d’appeler la « concurrence » – qui contient désormais le profit dans des limites raisonnables ; c’est-à-dire l’effet combiné de la recherche par chacun de son propre avantage, sans aucun souci des autres.

« Comment se fait-il que nous ne puissions avoir Noël toute l’année ? » Parce que la générosité, la fraternité et la compassion, qui n’avaient autrefois comme ennemie que l’ignorance, se sont trouvées aujourd’hui un adversaire beaucoup plus formidable en la personne de la « science » économique. « Science » entre guillemets – précisons-le quand même !

The Kingston Trio

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92 réflexions sur « BFM Radio, le lundi 21 décembre à 10h46 »

  1. pour prolonger le propos de juan, notre pire ennemi est l’attitude : tous pourris; gauche et droite c’est pareil; ça fait 30 ans que je vote et ça ne change rien;
    il y a bien des campagnes pour l’action civique qui appellent à voter; mais en définitive, à qui profite le plus l’abstention ? même l’abstention militante, dans la prochaine échéance ? en tout cas, elle profite le moins à celui qui aurait le plus besoin d’un soutien du collectif;
    bien sûr, que gauche et droit c’est presque pareil, et tout le reste;
    mais pour la prochaine élection, le clivage est clair, un vrai référendum;
    est-on d’accord pour que l’argent de nos impôts, de la collectivité, mon argent, l’argent de mes impôts soit remis aux seuls banquiers, sans contrepartie, sans contrôle de son utilisation, pour qu’ils s’en servent à spéculer sur les marchés, et pour se distribuer des bonus ?
    et pour que le déficit ainsi creusé ne soit comblé que par des hausses d’impôts et un appauvrissement du bien public ?
    à cette question, peut importe de quelle façon nous y répondrons; il ne servira à rien de s’embrouiller et de chercher des explications comme-ci ou comme-ça; des excuses;
    cette question s’imposera dans le vote; les autres considérations ne seront que balivernes;

    1. 1- l’abstention aux élections et la désaffection vis à vis des syndicats ont la même origine :

      Pour les premiers, ils ont abandonné le pouvoir à l’argent fou d’un capitalisme sans tutelle . Pourquoi voter pour quelqu’un qui n’a pas prise sur la puissance ?

      Pour les seconds , Paul a bien mis en évidence comment les mises à niveau salariales ont été confisquées par le même capital “toujours plus ” , et la pression potentielle en retour des salariés “déviée” grâce au crédit facile ( coup double !). Plus de grain à moudre , mobilisation désamorcée : pourquoi voter pour un syndicat qui ne ” peut” plus grand chose ?

      J’explique le bon succés de participation à la dernière élection présidentielle par le même raisonnement : un apparent discours volontariste qui promettait de redonner du grain à moudre , chez les deux candidats par la valeur tyravail ( sans que leur définition de cette valeur soit forcément similaire , ni le travail réparti de la même façon) , mais dans une partie à trois : pouvoir , salariés , entreprises . Manquait le vrai maître : le capiatl , sauf dans la coulisse , en fantôme , au travers de la fiscalité .

      2- on retrouvera donc de l’intérêt pour les élections si à l’occasion de toutes , quelqu’en soit le niveau ,vient le débat qui énoncera clairement les trois forces “sociales” Salariat /entreprise/capital , et qui posera en principe et en propositions que le pouvoir politique , justement légitime par l’élection sur des enjeux clairs et compris par tous ( ou presque ), a pour objet , parce que c’est sa fonction, en s’imposant à ces trois forces par la loi , de définir les droits et devoirs de toutes .

      Alors les débats d’idées et de programmes entre concurrents deviendront arbitrés en conscience , en connaissance de cause .

      Il est simplement à la fois navrant et encourageant que des blogs comme celui ci doivent faire le boulot des staffs des partis , en allant à l’essentiel et non pas à des empoignades que j’ai déjà baptisé ” de chefs de rayon de supermarchés”.

      Il reste encore un peu de boulot pour sortir un manifeste qui soit à la fois une pédagogie , un diagnostic , une proposition , un engagement , sur un format 21/29,7.Quels rouages sociétaux? Quels droits ?Quels devoirs?Quelle fiscalité juste et équitable et quels outils financiers? Quel rapport à la force au service du droit ?Quelle garantie des grands équilibres naturels et de respect du vivant ? Quels domaines interdits au marché ? Quelles alliances internationales ?

      ça s’appelle aller à l’essentiel . Les tempêtes sont propices aux choix essentiels .

      C’est peut être aussi écrire son identité nationale ou supra-nationale . Citoyenne ,certainement .

      3- A priori les régionales n’avaient pas vocation , au travers des compétences légales qui sont les leurs , à placer le débat aussi haut . Si l’on veut bien considérer cependant que la loi leur confère justement la vocation de cornaquer la vie ECONOMIQUE sur leur territoire , il m’apparait ( je ne redirai jamais trop que pour moi politique et économie sont synonymes ) que ce sera le moment idéal pour chacun de manifester à quel genre d’organisation économique il souhaite donner force . D’ailleurs à quoi servirait que les partis nationaux s’y portent candidats s’ils n’avaient pas la volonté d’appliquer là leur vision – jusqu’à ce jour très peu pédagogique du monde comme il va .
      J’attends le jour où les élections des länder ( bien que leur poids et prérogatives soient bien autres et importants que ceux des régions françaises ) seront dans le même vent de l’histoire avec des partis allemands conjoints avec leurs homologies français .

      4- Poutres maîtresses:

      – le citoyen doit reprendre le pouvoir en chosissant les élus clairs sur les enjeux , respectueux de l’écoute sociale , crédibles sur leur volonté de” remise au pas ” du capital. La République assure le pouvoir du cityen .

      – les droits et devoirs de chacun sont un enjeu explicite de l’élection .

      – La cité est partie de la nature qui est un enjeu explicite de l’élection.

      – Les alliances sont un enjeu explicite de l’élection .

      – Les outils du projet proposé sont un enjeu explicite de l’élection ( c’est dans cette case que Paul Jorion et d’autres auraient quelques lignes à écrire ).

      – Le corps humain n’est pas une marchandise . Le vivant n’est pas brevetable .

      5 – Alors les “absents” ne seront plus très nombreux . Car ils seront (re)devenus ” présents” .

      Signé : Juan Nessy , maître charpentier héritier de Joseph ,que l’on oublie toujours à tort dans son rôle de cocu céleste .

    2. Juan nessy

      je reconnais là mon “jumeau” 😉

      Contrairement à Judac je trouve votre réflexion très sérieuse, dans le bon sens du terme. Sa pertinence consiste en ce qu’elle se situe dans une perspective selon laquelle les idées sont des puissances et non pas de simples appâts, comme à la pêche aux voix.
      Les responsables de partis craignent — à tord — d’axer leurs campagnes en situant bien les enjeux préférant
      s’en tenir à des slogans et à une rhétorique faisant appel aux valeurs, valeurs qui souvent ne renvoient qu’à elles-mêmes.

      ILs ont certainement des convictions mais ils répugnent à les faire servir un discours consistant.
      Ils ont une conception de la politique qui puise sa source chez Hobbes plutôt que chez Aristote.
      De la façon dont ils s’y prennent — généralement — pour rassembler les électeurs sous leurs noms on ne voit trop bien qu’ils
      cherchent d’abord à tirer parti d’une physique des passions. (ici je rejoins Antoine Y et Moi) D’où une conception de la politique qui s’apparente à la pratique du marketing.
      Ils ne se voient pas porteurs d’une dynamique, celle qu’est à même de susciter la clarification des enjeux que vous appelez de vos voeux.

      Comme vous je ne pense pas que nous soyons condamnés au spectacle navrant de la pipolitique.
      Il suffirait de peu de choses pour que les choses se mettent en place. Manquent la vision, la lucidité et le courage.

      Coté électeurs il y a aussi tout un travail à accomplir, ce à quoi participe votre proposition.

      Je ne sais si vous avez connu mai 1981 lorsque la gauche gagna les élections après des décennies de gouvernements de droite.
      Pour le coup les enjeux avaient été clairs, la suite ne fut pas à la hauteur des espérances, loin de là, mais à cette occasion la preuve a été faite qu’il est possible de mobiliser les électeurs sur un programme vraiment alternatif.

    3. Auspitz, pouvez-vous me rappeler, je vous prie, quel parti inscrit en dur dans son programme les éléments que vous mentionnez, et, mieux encore, quel parti annonce explicitement qu’il veuille au contraire “donner l’argent aux banquiers sans contrepartie[…]”.

      Pensez-vous que le pire soit de juger que la classe politique soit proprement consternante et inutile, pour ne pas dire dans certains cas néfaste, ou que ce jugement s’avère exact?

      “bien sûr, que gauche et droit c’est presque pareil, et tout le reste;”

      Merci d’en prendre acte. Personnellement, j’aurais même fait l’économie de ce “presque” qui vient idiotement suggérer l’idée qu’il subsisterait des différences suffisamment profondes pour permettre un authentique choix.

      Mais soit, admettons que ces différences existent.

      cf. http://www.pauljorion.com/blog/?p=6068#comment-45824

      En dernier ressort, le “peuple souverain” saura faire ce qu’il fait de mieux: n’importe quoi. Les shadocks n’en ont pas encore fini de pomper…

    4. Dissonance
      celui qui a envie, souhaite, a besoin , de me comprendre n’a pas besoin de plus d’explication;

    5. Je vous ai compris, ce qui ne doit pas m’interdire de vous signifier mon désaccord, si?

      Vous estimez qu’une alternance aux prochaines élections présidentielles et législatives suffira à offrir une réponse au marasme ambiant.

      Je prétends que non, et je vais même jusqu’à dire que dans des circonstances similaires, une autre formation politique au pouvoir n’aurait sans doute pas agit autrement que le gouvernement actuel.

      Je conclus en estimant que les circonstances de l’élection de 2007 étaient déjà très explicites et que si le “peuple souverain” avait été capable de faire preuve de bon sens, les résultats n’auraient pas du être ce qu’ils ont été. Avec l’élection de Sarkosy, le peuple s’est disqualifié autant que la classe politique, et par la même a fait la démonstration, s’il en était besoin, de la faiblesse majeure du régime démocratique.

      Churchill disait que “la démocratie est le pire régime, à l’exception de tous les autres existant”. On peut comprendre cette phrase de plusieurs manières. Soit qu’elle soit le “moins pire” entre ceux déjà expérimentés, soit que le fait politique soit problématique indépendamment du régime considéré… On peut même y comprendre, si l’on se focalise sur le dernier élément de la proposition, que le régime le plus souhaitable n’ait simplement pas encore été imaginé.

  2. @ Juan Nessy 22 décembre 2009 à 21:45
    J’adore ce breuvage. Un zeste d’humour dans un océan de réflexion sérieuse, c’est un délice. Si nous nous retrouvions ensemble au soir d’une élection locale dans ma ville, je pense que nous trinquerions ensembles de très bon cœur pour célébrer notre victoire. Au niveau national, franchement, je pense que nous avons fait le meilleur choix pour 5 ans, compte tenu des candidats. J’estime que dès lors qu’il est démocrate, le citoyen responsable doit laisser agir les hommes qui ont été élus. J’observe que trop souvent l’opposition au gouvernement mène un jeu stérile en s’installant dans l’obstruction systématique qui la décrédibilise. Le temps qu’elle passe à cela, elle ne le consacre pas à la réflexion et à la construction d’un projet non démagogique pour la prochaine échéance présidentielle.
    Notre pays, au plan économique, a fait du sur place depuis 30 ans. Pire, il s’est appauvri en contractant des dettes au lieu de se constituer un capital (comme ma mère) afin de pouvoir faire face aux temps difficiles qui naissent inévitablement sur une planète qui voit venir la mort. Je crains que beaucoup de ceux qui demandent une relance par la consommation, j’en connais, n’aient pas pris conscience de ce que c’est le plus sûr moyen d’aller au crash.
    Or, quand pour réduire les dépenses de traitements et retraites futures, on réduit de 35 000 les fonctionnaires au niveau national (dont j’ai fait partie) on augmente d’autant ceux des collectvités locales (dont 2 de mes enfants font partie). Ca n’est pas ainsi qu’on va être en mesure d’exporter pour pouvoir en échange importer de l’énergie et des métaux.
    A mon avis, si les dirigeants du monde pataugent, c’est qu’ils n’ont pas conscience de la nécessité de radicaliser rapidement la correction de trajectoire. Ou alors, s’ils en ont pris conscience, ils ne savent pas, dans les pays développés, comment faire pour préparer la population à aller vers une réduction drastique du niveau de vie qui nous ferait, dans un premier temps, revenir au niveau des années 50.

    1. trop de fonctionnaires?tous les pays ont trop de fonctionnaires.vous pensez réellement que les américains et chinois en ont moins que nous?c’est une vaste plaisanterie.l’endettement des états provient d’une combinaison de lacheté politique et de compromissions coupables.pour faire court,la corruption qui fait payer au contribuable des chantiers publics trois fois leur prix pour arroser des ingénieurs véreux,l’évasion fiscale non combattue,les lois fiscales désespérément avantegeuses pour la rente,les gaspillages des budgets publics(voir aujourd’hui le prix du nouveau logo de la région paca et ça se passe tous les jours).tout çà plombe les finances publiques sans compterle scandale des intérets prohibitifs dus par l’état sur sa dette du fait d’un abandon coupable de souveraineté de la nation sur sa capacité à émettre de la monnaie.et pendant ce temps là on culpabilise le vulgus pécum et on lui raconte que ce sont les fonctionnaires qui sont responsables de la crise et les étrangers BIEN SUR.si c’était le cas US et GB seraient hyper prospères eux qui ont viré tout leurs fonctionnaires sauf les policiers,les espions et les militaires BIEN ENTENDU.

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