Comment on devient l’« anthropologue de la crise »

Au printemps dernier, la revue d’anthropologie Terrain me demandait de participer à un numéro spécial consacré aux catastrophes, au titre d’« anthropologue de la crise ». Je rédigeai le texte qui suit, consacré à mon terrain dans le monde de la finance. « Terrain » décida de ne pas le publier. Je l’ai ressorti car il fera l’objet d’un exposé que je ferai demain à l’Université de Rennes, dans le cadre du séminaire de Jean-Michel Le Bot ; j’ai pensé qu’il pourrait également vous intéresser.

N. B. : a été publié depuis dans le débat N° 161, septembre-octobre 2010.

Comment France Culture peut faire de vous un trader

Mon premier emploi aux États-Unis fut un contrat de trois mois en tant que programmeur chez United PanAm Mortgage à Orange, la capitale administrative d’Orange County en Californie méridionale. On était en avril 1998. PanAm était ce qu’on appelle maintenant un établissement financier « subprime » : accordant des prêts hypothécaires à des ménages peu fortunés.

Le terme « subprime » n’était pas utilisé : on disait alors « consommateurs C et D ». C’est précisément à cette époque : aux alentours de 1998, que l’on prit l’habitude d’appeler « prime » les candidats à l’emprunt dont la cote FICO était supérieure à 620 et « subprime » ceux pour qui elle était inférieure à ce chiffre. FICO, est l’acronyme de Fair & Isaacs Company, une firme proposant une méthode qui permet aux « credit bureaus » centralisant les données relatives aux emprunts des particuliers d’attribuer à ceux-ci une note censée refléter le « risque de crédit », le risque de non–remboursement, qu’ils présentent pour un prêteur éventuel. On évoquait jusque-là en parlant des consommateurs, les catégories A, B, C et D, les mêmes que l’on applique au risque de crédit que présentent les entreprises et les États. A et B sont fiables, étant jugés « investment quality », d’une qualité propice à l’investissement, C et D étant eux qualifiés de « spéculatif ». On aurait dû se souvenir de la qualité douteuse des produits « subprime » mais un puissant effort de marketing fit en sorte qu’il n’en soit pas ainsi.

J’étais entré en finance en 1990, la conséquence d’une série de « Nuits magnétiques » que j’avais produites pour France Culture. En 1988, Laure Adler, responsable de l’émission, m’avait appelé et m’avait dit en substance : « J’ai beaucoup aimé ce que vous avez écrit sur les pêcheurs bretons (Jorion 1983, Delbos et Jorion 1984) pourriez-vous me faire une série d’émissions sur ce sujet ? ». Je lui avais répondu qu’il y avait plusieurs années que je ne m’occupais plus de pêche. « Qu’est-ce que vous faites maintenant ? », m’avait-elle alors demandé. Je lui avais expliqué que j’étais devenu chercheur en intelligence artificielle et elle avait répondu du tac-au-tac : « C’est très intéressant aussi : faites-moi donc quatre Nuits Magnétiques là-dessus ».

Les émissions ont été programmées en novembre 1988 puis furent rediffusées durant l’été 1989. C’est à cette époque là que Jean-François Casanova les entendit. Il écrivit à France Culture, expliquant que ces « Nuits magnétiques » l’avaient fasciné et demandant à en rencontrer le producteur. Je lui répondis, sur quoi il m’invita à déjeuner. Nous avons discuté de la théorie du chaos. C’était l’époque où un changement s’opérait dans le secteur bancaire : le personnel des banques était constitué jusque-là essentiellement de comptables et d’économistes. Avec l’informatisation et la nécessité de modéliser le fonctionnement des instruments financiers sophistiqués que constituaient les produits dérivés pour mieux les comprendre, la finance commençait à faire appel à d’autres compétences : ingénieurs, mathématiciens appliqués ou physiciens. J’étais un spécialiste de l’anthropologie mathématique, j’avais été ingénieur dans le cadre du projet CONNEX au laboratoire d’intelligence artificielle des British Telecom, nos conversations s’inscrivaient dans le cadre de ce nouveau climat.

À l’époque où j’étais étudiant au Département d’anthropologie sociale à l’Université de Cambridge en 1975 et 1976, nous avions un séminaire hebdomadaire intitulé le « Writing up Seminar ». Les étudiants thésards se réunissaient un soir par semaine chez l’un d’entre eux, informaient leurs condisciples de leur progrès dans la rédaction de leur thèse, et proposaient à la discussion leurs interrogations et les difficultés contre lesquelles ils butaient. L’expérience de terrain de certains d’entre nous était de qualité très douteuse et les questions que nous tentions de résoudre collectivement nous plongeaient souvent dans la perplexité. Tel, dont je me souviens, ayant mené son terrain en Union Soviétique, avait été filé en permanence et n’avait recueilli après un séjour de plusieurs années que le récit d’une série d’anecdotes : rien qu’il soit possible de considérer comme le matériau sur lequel fonder une thèse. Telle autre, se retrouvant en Indonésie au sein d’un paysage politique tendu s’était retrouvée un atout dans la rivalité entre grandes familles et adoptée comme chouchou par l’une d’entre elles. Se voyant proposer la vie de château, elle n’avait opposé aucune résistance et en avait joui pleinement. Elle se retrouvait, après plusieurs années de terrain, en possession d’une vision unilatérale et filtrée par ses hôtes – rien qui ressemble à la vision d’ensemble d’une société –, un matériau biaisé qu’elle s’efforçait sans grand succès de monter en une thèse.

Nous étions très consciencieux et avides des récits de nos aînés que nous invitions à relater ce qu’avait été leur propre expérience de terrain et je me souviens en particulier d’une soirée à mon domicile durant laquelle Audrey Richards nous raconta son séjour au début des années trente chez les Bemba de Zambie, et en particulier la visite que lui avait rendue son directeur de thèse : Bronislaw Malinowski.

À cette époque un débat faisait rage en anthropologie sur la question : qu’est-ce qu’un terrain légitime ? Mon propre terrain, en Bretagne, traditionnellement « terre de folklore » plutôt que « terre d’ethnologie », faisait sourciller. Une collection d’ouvrages très populaires à l’époque était publiée par l’éditeur américain Holt, Rinehart & Winston : des ethnologues y racontaient, souvent sur un mode humoristique, leurs aventures de terrain. D’autres ouvrages se penchaient également sur l’expérience de terrain et s’efforçaient de l’analyser sur un plan épistémologique cette fois. L’un des ouvrages appartenant à cette dernière famille : Anthropological Research : The Structure of Inquiry, à la couverture toilée rose bonbon, était connu sous le nom de « Pelto & Pelto », du nom de ses auteurs : Pertti et Gretel Pelto. Si j’ai bon souvenir, c’est dans cet ouvrage que se trouvait la remarque que la méthode princeps de l’anthropologie : l’observation participante ne pourrait jamais trouver à s’appliquer dans certains contextes. Les auteurs examinaient une variété de terrains très spéciaux – entrepris d’ailleurs le plus souvent par des journalistes plutôt que par des ethnologues – où l’un s’était fait passer pour un noir, un autre pour un prisonnier, et se posait la question des terrains dits impossibles. Comment faire, par exemple, de l’« observation participante » dans le milieu des chirurgiens, leur métier étant fondé sur une expertise très pointue et leur milieu étant fermé du fait-même de l’exigence de cette compétence rare ? L’exemple qui m’avait le plus frappé dans l’ouvrage était celui des banquiers : comment un anthropologue pourrait-il se faire accepter dans le milieu de la finance et se faire considérer comme l’un de leurs par les dirigeants d’une banque ?

Quand, après plusieurs conversations – comprenant en particulier un exposé de mes travaux à mon domicile sur mon ordinateur – Jean-François Casanova me proposa de travailler avec lui à la Banque de l’Union Européenne (groupe CIC), en capacité de trader, la remarque présente dans le « Pelto & Pelto » me restait encore en mémoire.

Même si mon expérience à venir en finance pouvait un jour se concrétiser en expérience de terrain, elle apparaissait aussi potentiellement comme un authentique changement de carrière. Bien qu’ayant été incapable de trouver un emploi en tant qu’anthropologue durant la période de six ans qui séparait la perte de mon poste d’enseignant à Cambridge (1979 – 1984) – sur laquelle je reviens plus bas – et l’offre de devenir trader, je me sentais une très grande loyauté envers mon maître Claude Lévi-Strauss et je tins à l’informer de l’offre qui m’était faite.

Lévi-Strauss fut très aimable lors de notre rencontre. Il me dit que je ne devais pas m’inquiéter : que si le choix d’une carrière devait se poser à lui au moment où nous parlions (janvier 1990), il se passionnerait davantage pour les interrogations que soulevaient les fractales plutôt que pour les questions que se posaient alors les anthropologues. Il confirmait par ces mots mon sentiment profond, sentiment forgé durant l’année au cours de laquelle j’avais participé à son séminaire (1969-1970) : que malgré ses dénégations répétées, Lévi-Strauss était le « mathématicien manqué » le plus doué de sa génération.

Un anthropologue parmi les banquiers

Au fil des dix-huit années où je fus ingénieur financier, mes collègues m’ont occasionnellement interrogé, me demandant si je les observais en ethnologue et si j’allais un jour parler d’eux comme d’une tribu au sein de laquelle j’avais vécu. Ma réponse était toujours la même et honnête dans sa formulation : qu’en dépit des occasions qui m’étaient régulièrement offertes, je ne l’avais jamais fait jusque-là.

Quand Vers la crise du capitalisme américain ? (Jorion 2007) parut, et la chose se confirma l’année suivante lorsque parurent ensuite L’implosion: La finance contre l’économie. Ce que révèle et annonce la crise des subprimes (Jorion 2008a) et La crise. Des subprimes au séisme financier planétaire (Jorion 2008b), la manière dont j’analysais ces événements dramatiques différait à ce point de celle des économistes – les rapporteurs habituels sur les questions de cet ordre – que l’on voulut déceler dans mes textes un regard particulier, que l’on appela celui « de l’anthropologue ». Les choses se brouillent un peu depuis et l’on lit de plus en plus souvent lorsqu’on me présente : « l’économiste Paul Jorion », sans doute du fait que l’« exotisme » de la qualification d’anthropologue a fini par s’user au fil des mois et que, puisqu’il s’agit d’économie, la personne qui en parle – avec compétence, apparemment – doit être reconnue comme un économiste. La publication simultanée de deux de mes ouvrages en novembre 2009, l’un consacré à l’argent : L’argent mode d’emploi (Jorion 2009a) et l’autre : Comment la vérité et la réalité furent inventées (Jorion 2009b), se présentant comme une contribution à l’anthropologie des savoirs, semble opérer encore un glissement dans les perceptions.

Le monde de la finance ne constitue pas une tribu, ne serait-ce que parce que ceux qui travaillent dans sa sphère se redistribuent immédiatement en deux sous-populations : les décideurs et les non-décideurs. Même les non-décideurs prennent bien évidemment des décisions, individuellement ou en tant que membres de comités, mais celles-ci sont de nature purement technique, visant à résoudre des problèmes d’ordre pratique, sans conséquences pour ce qui touche à l’interaction de la compagnie avec le monde extérieur. Les décideurs décident et lorsque les implications de leurs décisions empiètent sur le monde des non-décideurs ceux-ci ne manquent pas de les déplorer, les évoquant péjorativement comme des interférences « politiciennes ».

Personnellement, et quel que soit le titre relativement élevé dont on m’ait gratifié (« First Vice-President » au sommet de ma carrière), j’ai toujours appartenu au sein de la finance au monde des non-décideurs. La compétence dont on fait preuve alimente en permanence une dynamique de promotion et, recruté initialement par une compagnie en capacité de programmeur, je me suis retrouvé après quelques mois rebaptisé « business analyst » en raison de ma bonne culture en finance proprement dite. Les promotions peuvent cependant atteindre un plafond, un « glass ceiling » comme on dit en anglais : un plafond de verre, séparant précisément la classe des non-décideurs de celle des décideurs. Ce plafond est constitué d’un jugement porté – explicitement ou implicitement – sur la capacité du candidat à fonctionner au sein du monde plus secret des décideurs.

Les décideurs aiment caractériser le critère d’appartenance à leur club en termes de compétence, mon expérience de dix-huit ans m’a cependant convaincu que ce critère était en réalité d’un autre ordre : la tolérance personnelle à la fraude.

Problèmes techniques et enjeux politiques

Une fois parvenu immédiatement au-dessous du seuil correspondant au « plafond de verre », le candidat est testé : il est invité à des réunions où sont évoquées des questions impliquant des décisions d’ordre politique. Je me souviens ainsi d’une réunion à laquelle j’avais participé et où la question posée était de savoir s’il fallait ou non rétrocéder des commissions à une compagnie qui nous transférait une portion de son chiffre d’affaires, j’imagine pour qu’elle puisse rester en-dessous d’un certain seuil fiscal, ou pour qu’elle puisse maintenir un certain statut, lui permettant de continuer à bénéficier d’un régulateur coulant par exemple. La rétrocession de commissions prendrait la forme classique de la commande d’études que nul n’aurait l’intention d’effectuer ou de la sous-facturation de services. Il ne s’agissait donc pas d’escroquerie de haut vol mais de malhonnêtetés à la petite semaine. Je m’abstins de toutes remarques mais mon silence dut être interprété en soi comme une marque de désapprobation car on ne me réinvita jamais à des réunions de ce type. Mieux, quand un peu plus tard je tombai accidentellement et sans m’en apercevoir initialement sur une supercherie de grande envergure, on me licencia aussitôt. Une alternative aurait consisté à me prendre à part et à m’expliquer de quoi il s’agissait, en me faisant comprendre que mon silence allait de soi, tactique qui était utilisée avec d’autres mais que l’on rejeta dans mon cas. Le fait que mon comportement général suggérait a priori une probité sans compromis transparut à une autre occasion, dans le cadre d’une compagnie où je découvris accidentellement que les cadres supérieurs recevaient des pots-de-vin de nos clients en échange d’un traitement plus favorable que celui prévu par les barèmes, pénalisant bien entendu la compagnie qui nous employait et plus particulièrement son propriétaire. Comme dans le cas précédent, c’était une certaine dextérité dans l’extraction et l’analyse de données appartenant à la comptabilité de mon employeur qui m’avait fait découvrir ces faits. Je fus convoqué dans les dix minutes qui suivirent ma découverte et on me dit sans ambages : « Vous comprendrez aisément que le nouveau contexte nous oblige à réclamer votre démission ».

J’aurais pu choisir de faire du bruit, mais j’entendais poursuivre mon expérience au sein du monde de la finance, et toute dénonciation de ce type m’aurait transformé en persona non grata dans l’industrie. Je m’en abstins donc prudemment. Privé d’accès à des fonds de recherche depuis 1989, je consacrai chaque fois les allocations de licenciement généreuses que l’on me consentait pour acheter mon silence à rédiger un livre relatif à ce que je découvrais, mais traité sur un plan plus général. Ce fut dans le premier cas rapporté ci-dessus : Investing in a Post-Enron World (Jorion 2003), et dans le second cas : Vers la crise du capitalisme américain ? (Jorion 2007).

Le profil que j’adoptais était celui du « savant distrait », du technicien absorbé par la résolution de problèmes purement techniques et prétendument incapable de noter les enjeux politiques du cadre au sein duquel il évolue. Cela suffisait en général à ce qu’on me laisse tranquille puisque je réalisais par ailleurs les tâches que l’on me confiait (le plus souvent d’ailleurs celles sur lesquelles mes prédécesseurs s’étaient cassé les dents, ce qui me rendait indispensable malgré mon caractère atypique et assez inquiétant). Il m’arriva pourtant un jour que l’on me rappelle en termes explicites la nature des enjeux politiques et leur préséance sur la résolution technique des problèmes. L’anecdote mérite d’être rapportée car elle est éclairante en soi quant au monde financier et au rapport de force existant entre lui et ses autorités de tutelle : le régulateur étatique qui supervise, en principe du moins, son activité.

Je faisais partie à l’époque d’une équipe de consultants introduisant dans une banque européenne (la plus importante du pays en question) le protocole de gestion du risque « VaR », Value at Risk. Les autorités de tutelle avaient imposé que les banques produisent dorénavant journellement ce chiffre de Value at Risk exprimant, pour dire les choses en deux mots, sa perte maximale probable au cours d’une période donnée, vu son exposition au risque sur les marchés. Mon rôle consistait à tester le logiciel que nous installions. J’avais pour cela créé un portefeuille fictif de l’ensemble des instruments de dette que possédait la banque, dont je calculais le prix « à la main », c’est-à-dire en ayant créé un modèle de cet instrument sur un tableur, puis je comparais les valeurs obtenues à celles que le logiciel générait pour les mêmes configurations. Or ça ne collait pas : on trouvait dans les prix des produits (en amont du calcul de la « VaR ») des erreurs de l’ordre – si je me souviens bien – de 1%, ce qui sur des portefeuilles de la taille des portefeuilles bancaires était tout à fait inacceptable.

Je demandai à examiner le code (C++), ce qu’on m’accorda, bien qu’en me maudissant silencieusement. Le code était correct et il ne s’agissait donc pas d’un bug, d’une erreur de programmation. La méthodologie VaR était codée à l’intérieur d’un module inséré lui au sein d’un logiciel beaucoup plus vaste. Je me mis à examiner les chiffres en entrée dans le module VaR en provenance du logiciel général. La source des erreurs était là. Or ce logiciel était d’usage courant depuis plusieurs années, installé dans des centaines de banques de par le monde, le vendeur bénéficiant d’une part considérable du marché. Nos services étaient coûteux pour la banque hôte et l’équipe à laquelle j’appartenais était restée bloquée depuis plusieurs jours, attendant le résultat de mes investigations. La nouvelle que j’annonçais : que le problème était en amont et beaucoup plus général que nul n’avait envisagé puisqu’il affectait la valorisation de produits financiers très répandus, jeta la consternation.

Quelques jours plus tard, la banque organisait un cocktail dans un excellent restaurant de la ville. J’étais là, mon verre à la main, quand un vieux monsieur m’aborda : « Vous savez qui je suis ? » Non, je ne le savais pas. Il me dit son nom qui m’était familier : c’était celui du numéro deux ou trois de cette grande banque dont tout le monde connaît le nom. « Et moi je sais qui vous êtes : vous êtes l’emmerdeur qui bloquez tout. Il y a une chose que vous n’avez pas l’air de comprendre mon petit Monsieur : le régulateur, ce n’est pas lui qui me dira ce que je dois faire. Non, ce n’est pas comme ça que les choses se passent : c’est moi qui lui dirai quels sont les chiffres, il ne mouftera pas et les choses en resteront là. Un point c’est tout ! » Et il tourna les talons, me plantant là, moi et mon verre.

On s’interroge aujourd’hui pourquoi dans la période qui s’acheva en 2007 les régulateurs de la finance étaient assoupis aux commandes. Mon expérience m’avait offert la réponse : le rapport de force existant véritablement entre banques et régulateurs.

L’ « esprit d’équipe »

L’interprétation de mon attitude comme étant celle du savant distrait n’était cependant pas entièrement fausse puisque dans le premier cas de licenciement rapporté, il me fallut plusieurs semaines pour que l’illumination ait lieu et que je devine la nature des informations compromettantes que j’avais involontairement débusquées. Une petite enquête confirma mes soupçons. J’ai relaté cet incident dans l’un de mes livres : La crise. Des subprimes au séisme financier planétaire, je reproduis ici ma relation telle qu’elle apparaît dans le livre (Jorion 2008b : 243-246).

J’ai un jour été brutalement licencié. Mon patron immédiat m’a appelé. Il était accompagné d’une représentante de la DRH. Je les ai suivis dans un petit bureau où ils m’ont informé que la compagnie avait décidé de se séparer de moi. Je ne les ai pas crus, je leur ai rappelé que je travaillais depuis plusieurs mois sur un projet pour le P-DG et que ce projet devait être complété le lendemain-même. Ils m’ont dit : « Si, tu es licencié ». J’ai répondu : « Je ne vous crois pas ! », j’ai dit : « Pour quelle raison ? » Ils sont restés silencieux puis sont allés chercher un collègue dont ils savaient qu’il avait ma confiance et lui ont expliqué la situation, lequel a dit : « Je vais appeler Richard ! », Richard Wohl étant le numéro 2 d’IndyMac. Il est revenu, il a prié les deux autres de sortir et il m’a confirmé la nouvelle : « Paul, c’est vrai ! ». J’ai répondu : « Bon ! » et je suis parti.

Je ne comprenais pas : le projet sur lequel je travaillais était un enfant chéri de Mike Perry qui aurait voulu savoir en permanence combien de candidats à l’achat d’un logement remplissaient un formulaire de demande de prêt, combien voyaient leur demande agréée par IndyMac, combien fournissaient les documents justificatifs requis, combien voyaient leur requête acceptée et les fonds transférés au vendeur du logement ; il voulait comprendre la déperdition entre chaque phase du processus et voir aussi le temps que prenait chaque étape. Je lui avais fait cela : de manière dynamique, l’ensemble des données étant remises à jour tous les soirs et immédiatement analysées. Mike Perry voulait que l’information soit accessible sur l’Intranet de la compagnie. Nous étions prêts : le lancement aurait dû avoir lieu le lendemain du jour où je fus licencié.

Rentré à la maison, j’étais abasourdi. Il me fallut plusieurs jours avant qu’une illumination soudaine ne me fasse comprendre ce qui avait dû se passer. Je me souvins d’une conversation téléphonique intervenue la veille de mon licenciement : mon patron immédiat m’avait appelé et m’avait demandé si l’analyse de données qui serait affichée sur l’Intranet d’IndyMac pourrait être vue des membres de son Conseil de Direction. Je m’étais informé et l’avais rappelé pour lui confirmer qu’il existait une hiérarchie d’accès à l’écran qui excluait certains membres du personnel mais que les membres de Conseil de Direction auraient bien évidemment le loisir de tout voir.

À mesure que la date du lancement se rapprochait, je m’intéressais de moins en moins à l’information générée pour concentrer mon attention sur la fiabilité du processus d’analyse et d’affichage de l’information. Je me rendis compte soudain qu’il devait y avoir parmi les chiffres qui seraient ainsi publiés, une information que les membres de Conseil de Direction verraient et que certains jugeaient préférable qu’ils ne voient pas. Je me mis alors à éplucher les chiffres pour tenter de trouver où le bât blessait.

Je découvris assez rapidement où en examinant les rames de print-outs produites au cours des derniers jours. IndyMac était très fier de fonctionner comme une fédération, à savoir que les demandes de prêt que la firme accordait proviennent de sources multiples : rassemblés par de petites compagnies ou par des firmes dont le crédit immobilier était une activité annexe, ou également par des courtiers indépendants. Mike Perry aimait répéter : « Aucune de nos sources ne représente plus de 5 % de notre financement du crédit au logement ! » Or ce n’était pas le cas : l’un des correspondants représentait en fait près du quart de la production. Il était là, ressortant de manière bien visible, tandis que les autres étaient effectivement très petits par rapport à lui, très loin derrière lui en termes de chiffre d’affaires.

Le nom de ce gros correspondant ne me disait rien : un nom sans visibilité aucune. J’ai recherché la compagnie sur l’Internet et l’une des deux mentions que j’ai trouvées était dans l’un de ces documents qui ne se trouvent là que par accident : une liste de transactions entre firmes. Une adresse était mentionnée, dans un autre quartier de Los Angeles. Je m’y suis rendu. Je n’ai d’abord rien trouvé. J’ai pris l’ascenseur et me suis mis à parcourir les couloirs. Et j’ai découvert une porte où se trouvaient deux plaques de cuivre : l’une portait le nom de ma compagnie mystère et l’autre était celui d’un établissement financier très connu, qui se trouvait alors au centre de l’actualité pour une énorme affaire de pots-de-vin.

Dernière remarque à ce sujet : de quel terme désigne-t-on parmi les décideurs, cet esprit de tolérance à la fraude que je viens d’évoquer ? « Esprit d’équipe ». « L’individu en question ne fait pas preuve d’esprit d’équipe », est le langage codé utilisé dans ce monde des établissements financiers pour désigner celui qui fait preuve de probité et désapprouve les tentatives de fraude.

Une exploration systématique du monde financier

Les allocations de licenciement me permirent donc d’autofinancer ma recherche et d’écrire des livres durant ces dix-huit années. Dans un cas, mon expertise grandissante m’encouragea à approfondir ma connaissance d’un domaine que je connaissais déjà (passage d’IndyMac à Wells Fargo, en 2002, par exemple), dans tous les autres, les pertes d’emploi qu’occasionnait mon « manque d’esprit d’équipe » me permirent d’explorer systématiquement l’univers de la finance.

Je m’étais ainsi initié au trading sur les marchés à terme et à la conception et à la mise au point de systèmes automatisés de trading à Paris et à Houston au Texas de 1990 à 1994. Une crise du marché obligataire m’obligea de travailler à Londres de 1995 à 1996 dans le domaine de la titrisation ; je découvris ainsi le monde des agences de notation et les longues tractations qu’implique l’émission d’un titre. En 1996 et 1997, comme évoqué plus haut, je participais au test et à l’installation de systèmes automatisés de gestion du risque à Amsterdam. Aux États-Unis, mon premier emploi avait donc été au sein du secteur immobilier résidentiel « subprime ». Je devais travailler ensuite dans les différents sous-secteurs du secteur « prime » : « Alt-A » et « Jumbo » à Los Angeles de 1999 à 2002, « HELOC » (Home Equity Line of Credit) à San Francisco de 2002 à 2004, et « Pay-Option ARM », à nouveau à Los Angeles, cette fois de 2005 à 2007. Cette connaissance approfondie du marché de la titrisation des crédits immobiliers devait se révéler providentielle au moment où la crise des subprimes se déclencha en février 2007.

Je posais donc ma candidature à des postes dans des domaines financiers jouant un rôle-clé dans la concentration des richesses mais sur lesquels il n’existe que très peu de documentation écrite en raison du flou que leurs participants préfèrent maintenir sur la nature exacte de leurs activités. J’ai ainsi travaillé en 2004 dans le secteur « subprime » du prêt automobile où le prêteur tire parti du fait que l’emprunteur a un besoin impératif d’un véhicule mais a un lourd passif quant à sa capacité à rembourser les crédits qu’il réclame. Les sommes exigées n’ont alors qu’un rapport lointain avec la valeur objective du véhicule et résultent plutôt d’une optimisation : étant donnée la situation financière de l’emprunteur, quelle est la somme maximale que l’on peut exiger de lui au fil des mois sans l’acculer à faire défaut ? Lorsque la manœuvre échoue, le véhicule est saisi et vendu par l’intermédiaire d’une salle des ventes dont la firme est également le propriétaire. Un collègue – extrêmement sympathique au demeurant – m’avait pris en amitié et nous déjeunions tous les jours ensemble. Il m’informait du progrès d’un de ses projets chouchou : compléter nos activités par un réseau de boutiques « Payday », en français : « jour de paie ». S’adressant principalement aux immigrés, mais aussi à la portion la plus démunie de la population blanche américaine, les assistés et les militaires en particulier, les boutiques « Payday » vous prêtent des petites sommes en échange d’un débit automatique sur votre compte qui aura lieu le jour où votre paie vous sera versée. La commission perçue est faible en termes absolus, étant à la même échelle que le prêt consenti, mais elle est gigantesque en termes relatifs, représentant un taux annualisé allant de 400 % à 2.000 % dans certains cas. On comptait en 2007 que dans 75 % des cas l’emprunteur était obligé de renouveler son emprunt.

Après que j’ai quitté la firme, j’ouvris un fichier que mon compagnon de déjeuner m’avait transmis dans les toutes premières semaines de mon emploi et que, faute de temps, je n’avais pas eu l’occasion de consulter précédemment. Ma première surprise fut de constater qu’il s’agissait d’une décision de justice. Ma seconde surprise fut de découvrir dans les attendus, les noms familiers d’employés de la firme. Le jugement portait sur un trafic d’armes et faisait état de menaces dont diverses personnes avaient fait l’objet. Je découvrais ainsi que celui qui m’avait traité en ami en avait été véritablement un, ayant immédiatement cherché à m’avertir d’un risque que je courais et dont je n’avais pas soupçonné l’existence.

À l’autre pôle du mécanisme de concentration des richesses : du côté cette fois des exploiteurs et non des exploités, j’ai travaillé de 1998 à 1999 dans une firme spécialisée dans les systèmes de retraite « non-conventionnels » pour dirigeants d’entreprise. Les plans qui sont appliqués tirent parti de différentes failles dans le système fiscal américain, par exemple la non-taxation du capital des polices d’assurance. Dans une formule très populaire aux États-Unis, et récemment mise en vedette par Michael Moore dans son film : « Capitalism. A Love Story », la COLI, pour Corporate-Owned Life Insurance, assurance-vie dont la compagnie est propriétaire, une firme assure sur la vie ses employés à leur insu et sans que leur famille n’en soit informée ; quand les bénéfices tombent à l’occasion du décès, ils sont utilisés comme compléments dans les pensions des dirigeants de l’entreprise. La COLI est plus connue sous son sobriquet de « janitor insurance » : l’assurance-vie du concierge. En réponse à l’indignation du public devant de telles pratiques, une loi fut votée aux États-Unis en 2006 qui oblige désormais les compagnies à informer et à obtenir le consentement des employés pour lesquels elles contractent une assurance-vie dont leurs proches ne bénéficieront pas.

Bien sûr, dans des cas comme ces deux derniers, et malgré ma neutralité affichée, ma formation d’anthropologue et mon zèle peut-être un peu trop voyant à tenter de comprendre le fonctionnement exact de la firme générèrent la suspicion et mon emploi fut de courte durée.

La crise se profile à l’horizon

Mise à part la rédaction entre deux postes de deux livres assez techniques mais consacrés soit à des questions financières très générales (la crise du capitalisme) soit à un domaine du monde financier très éloigné du mien (la faillite de la compagnie Enron), je ne publiais durant cette période que des articles consacrés à des sujets d’une toute autre nature : ceux essentiellement dont la substance serait reprise dans mon ouvrage d’anthropologie des savoirs Comment la vérité et la réalité furent inventées (Jorion 2009b). Je tins ainsi chez moi à Pasadena en 2001, en tant que Directeur d’équipe associé du Collège International de Philosophie, une séance « hors les murs » consacrée au « Miracle grec », à laquelle assistèrent uniquement – et de manière un peu surréelle – mes collègues ingénieurs financiers chez IndyMac.

En 2003, je travaillais chez Wells Fargo à San Francisco, la banque bien connue des amateurs de westerns dont les diligences assuraient le transport de l’or de Californie vers la côte Est des États-Unis. Le grand sujet de conversation entre mon ami Oreste Monokandilos et moi à l’heure du déjeuner, était la bulle de l’immobilier qui commençait d’enfler. « Si nous avions l’argent – et si tel était notre style », soupirait-il, « nous devrions shorter l’immobilier résidentiel américain ! », c’est-à-dire faire des investissements qui bénéficieraient d’un effondrement de ce secteur. Oreste avait raison quant aux deux conditions qui faisaient défaut : le manque de fonds et l’absence de désir, mais ma formation d’anthropologue (et de sociologue) m’ouvrait un autre horizon : celui de témoin, le rôle de celui qui se trouvant au lieu même où se dessine un cataclysme, se préparerait à en faire la chronique.

Je constituai ainsi des dossiers, accumulant une énorme documentation sur la crise en gestation, rassemblant l’information qui me permettrait de rédiger entre novembre 2004 et octobre 2005, Vers la crise du capitalisme américain ? (Jorion 2007). Faute de trouver un éditeur, l’ouvrage dut attendre janvier 2007 avant d’être publié.

La chronique de la crise

Je travaillerais deux ans chez Countrywide, le plus important établissement de crédit immobilier aux États-Unis et également au monde : de novembre 2005 à octobre 2007. Comme je l’expliquais dans l’ouvrage dont je venais d’achever la rédaction, le sort du crédit à la consommation et du capitalisme américain tout entier était cependant déjà scellé.

J’occupai différents postes chez Countrywide : initialement dans l’équipe rédigeant les logiciels maison utilisés dans la salle de marché, ensuite comme chargé de la validation de l’ensemble des modèles financiers. J’appartenais en particulier au comité examinant chaque mois les chiffres qui apparaîtraient au bilan du département « banque » de la firme. Le fait le plus remarquable sans doute est qu’à l’automne 2007, alors que l’inéluctabilité de la banqueroute de Countrywide ne faisait plus aucun doute depuis plus de six mois déjà (Countrywide serait rachetée en catastrophe par Bank of America en janvier 2008), le dispositif de gestion du risque en place n’avait pas décelé la moindre dégradation de sa situation financière : un système d’alarme en cas d’incendie existait bien mais qui n’avait été équipé d’aucun détecteur ni de feu ni de fumée.

Deux illustrations rapides, parmi de nombreux autres candidates possibles, expliqueront aisément pourquoi. Voici la première : la manière dont le modèle mathématique prédisant l’évolution du prix de l’immobilier avait été conçu lui interdisait de prendre une valeur négative. Personne ne s’était avisé de tester la capacité du modèle à prévoir une baisse du prix du logement, l’opinion selon laquelle le prix de l’immobilier grimpe toujours ayant quasiment acquis le statut de « loi naturelle ». Deuxième illustration : le modèle mathématique représentant les titres créés en rassemblant plusieurs milliers de crédits individuels « subprime » en une obligation unique (Asset-Backed Security), négligeait le mécanisme interne à ces instruments de dette qui permet de puiser dans un fonds de réserve en cas de défauts massifs de la part des emprunteurs. Le raison invoquée était que le cas ne se présenterait jamais. Quand, fin 2006, les ménages américains ne purent plus rembourser leurs crédits et qu’il devint nécessaire de ponctionner ces réserves, le modèle incorporé à un tableur dut être surchargé à la main à la fin de chaque mois pour tenir compte de l’évolution dramatique de la situation. Dénonçant ces deux systèmes déficients, je serais personnellement à l’origine d’une crise au sein de la firme. Mes suggestions furent ignorées mais, auraient-elles même été prises en considération, que le résultat aurait été identique : comme je l’ai dit, il était clair dès novembre 2005, à l’époque où je commençai à travailler à Countrywide, que l’entreprise était condamnée à terme.

Bart Maser, l’un de mes collègues au département de gestion du risque de Countrywide, partageait mon intérêt intellectuel pour la crise et son déroulement et nous nous faisions bénéficier mutuellement de l’information que nous mettions à jour. Plus le temps passait durant l’année 2007, plus nos supérieurs se désintéressaient du fonctionnement de la firme pour s’occuper exclusivement de ce que j’appellerais de manière imagée : « la construction du radeau ». Mes combats d’arrière-garde relatifs à la qualité des modèles ayant cessé de retenir l’attention, le temps que je pus consacrer journellement à la collecte d’informations relatives au déroulement de la crise ne cessa d’augmenter. Le matériau qui me permettrait de rédiger mon livre suivant : L’implosion. La finance contre l’économie. Ce que révèle et annonce la crise des subprimes (Jorion 2008a), fut essentiellement rassemblé durant les trois derniers mois de mon emploi chez Countrywide. À l’époque où je fis l’objet d’un licenciement économique, en octobre 2007, mon activité quotidienne ne consistait pratiquement plus que dans le rassemblement de l’information relative à la chute de la compagnie qui m’employait. Mon travail de terrain au sein du monde de la finance prit fin le jour-même.

Un destin dans son contexte

Les pages précédentes narrent les aventures d’une personne soumise à un destin, autrement dit comme une série d’anecdotes s’enchaînant selon une logique essentiellement accidentelle, scandée par quelques rares prises de décision, telle celle de devenir un jour, l’« anthropologue de la finance ». Ce que je vais faire pour conclure est d’un tout autre ordre : je vais adopter le point de vue du sociologue et de l’historien, voire de l’économiste, et plutôt que de mettre l’accent sur le destin, je vais concentrer mon regard sur le rôle joué par la conjoncture économique et politique dans le déroulement des événements.

En 1977, je défends à l’Université Libre de Bruxelles ma thèse d’anthropologie économique consacrée aux pêcheurs de l’Île de Houat dans le Morbihan où j’ai passé quinze mois, de février 1973 à mai 1974. Je suis aussitôt nommé jeune professeur à l’ULB. Mais il y a un hic : la Comité de la hache. Pour des raisons budgétaires liées à la crise qui sévit alors, les professeurs nouvellement nommés possèdent le titre et toutes les prérogatives associées au poste mais ne sont payés que comme vacataires, au prorata des heures enseignées. Je ne m’en tire financièrement que grâce au fait que je suis concurremment inscrit comme étudiant thésard à l’Université de Cambridge (mon directeur de thèse est Sir Edmund Leach) et que je bénéficie d’une bourse de la Fondation Wiener Anspach, la même fondation qui m’a déjà permis de rédiger ma thèse sur Houat au département d’anthropologie sociale de Cambridge (le détenteur de la chaire est alors Jack Goody). En 1978, un poste de jeune professeur s’ouvre à Cambridge, je pose ma candidature et je suis nommé.

J’enseignerai à l’Université de Cambridge de 1979 à 1984. Le système est celui de la « tenure » : au bout de cinq ans, votre cas est revu et vous êtes alors soit recalé (ce qui n’est qu’exceptionnellement le cas) soit nommé à titre définitif. Nous sommes trois à être nommés simultanément en 1979, nous serons cependant recalés tous les trois en 1984, pour la raison que je vais expliquer.

Margaret Thatcher est devenue premier ministre en 1979. Les conservateurs anglais accumulent les accusations envers les sciences humaines, censées saper l’édifice social, et ont leur éradication à leur programme. Entre 1979 et 1984, le budget de notre département se voit réduit d’un tiers. En 1983, mes deux collègues et moi recevons des autorités académiques, un courrier où il nous est expliqué qu’en raison de ces coupes budgétaires, l’université devra faire un choix entre envisager notre nomination à titre définitif et abolir la chaire (c’est-à-dire le poste de directeur du département) et il nous est demandé d’avoir la délicatesse de retirer notre candidature. Nous nous consultons et décidons conjointement d’ignorer cet appel. Aucun de nous trois ne sera nommé, la chaire sera maintenue et mon dossier me sera aimablement retourné (le paquet contenant mes écrits me revient intact : nul n’a pris la peine de l’ouvrir).

Nous sommes tous les trois relativement connus : l’une se verra offrir un poste d’enseignant au sein d’un des collèges de Cambridge, l’autre, un poste de professeur dans son pays d’origine, je suis quant à moi contacté par Marshal Sahlins de l’Université de Chicago – que j’ai eu l’occasion de rencontrer – et qui me demande si je suis intéressé par un poste de professeur dans cette institution. Je réponds que oui. Nous sommes en 1983, Ronald Reagan est président depuis deux ans, il applique aux États–Unis le même programme d’éradication des sciences humaines que Margaret Thatcher en Grande-Bretagne : Sahlins m’apprend bientôt que, faute de budget, le poste n’a pas pu être créé.

Suivent pour moi, deux années de missions en Afrique de l’Ouest en tant que socio-économiste des Nations-Unies (FAO). À mon retour, je m’installe en France. Jacques-Alain Miller m’a très gentiment offert un poste d’un an au département de psychanalyse de Paris VIII (désormais à Saint-Denis). Je pose ma candidature au CNRS. Ici, je cite les chiffres de mémoire mais je ne dois pas être très loin du compte. La première année, il y a douze postes en anthropologie, je suis classé treizième, la deuxième année, il y a sept postes, je suis classé huitième et la troisième (on ne peut présenter sa candidature que trois fois), alors qu’il n’y a plus que trois postes créés, je suis classé quatrième.

Bien sûr, on retrouve ici un destin personnel et mon classement au cours de ces trois années au concours du CNRS ne doit rien ni à l’économie, ni à la politique : je suis à cette époque l’auteur le plus publié de L’homme, la principale revue française d’anthropologie (et il n’est pas impossible que ce soit toujours le cas), tout en étant un outsider, et certains me le font clairement comprendre. Quoi qu’il en soit, ce qu’il convient de souligner ici, c’est le nombre de postes qui va déclinant au cours de ces trois années.

Le destin, dont j’ai décrit ci-dessus le déroulement, embraie alors : je passe de l’anthropologie à l’intelligence artificielle, puis de celle-ci à la finance.

L’époque où ma carrière d’anthropologue aurait dû se confirmer fut donc une période durant laquelle les sciences humaines furent l’objet d’attaques incessantes et le moyen de les mettre au pas, voire de provoquer leur extinction, fut le nerf de la guerre : l’argent. Il existait alors une science humaine, officielle celle-là : la « science » économique, qui avait elle le bon goût de ne parler ni de sociétés ni de classes sociales mais uniquement de l’« homo œconomicus », un être sans enracinement social, « rationnel » au sens de bassement calculateur, sans attaches et sans engagement vis-à-vis de sa communauté, en fait, le portrait exact du sociopathe qu’Aristote avait dénoncé autrefois : « … certains sont conduits à penser que gagner une fortune est l’objectif du chef de famille, et que ce qui donne sens à leur vie est d’augmenter leur fortune de manière illimitée, ou en tout cas de ne pas la perdre. La source de cette manière de voir est qu’ils se préoccupent uniquement de vivre et non pas de vivre bien, et comme ils constatent que leurs désirs sont illimités, ils veulent aussi que les moyens dont ils disposent pour les satisfaire soient eux aussi illimités » (Aristote, Le Politique, IX).

L’« homo œconomicus » qui confondait la liberté avec le libre exercice de sa cupidité, a subi depuis le sort qu’il mérite : la faillite personnelle. La réflexion est désormais du ressort de chacun de nous et des ruines des sciences humaines annihilées par une idéologie brutale, fondée sur le slogan et une prétention sans fondement à la scientificité, renaîtra l’« économie politique », la véritable science économique qui précéda l’émergence d’une religion concoctée par les milieux financiers et qui en usurpa le titre.

BIBLIOGRAPHIE

Delbos, G. et P. Jorion, 1984. La transmission des savoirs, Paris, MSH
Jorion, P., 1983. Les pêcheurs d’Houat, Paris, Hermann
Jorion, P., 2003. Investing in a Post-Enron World, New York, McGraw-Hill
Jorion, P., 2007. Vers la crise du capitalisme américain ?, Paris, La Découverte
Jorion, P., 2008a. L’implosion. La finance contre l’économie. Ce que révèle et annonce la crise des subprimes, Paris, Fayard
Jorion, P., 2008b. La crise. Des subprimes au séisme financier planétaire, Paris, Fayard
Jorion, P., 2009a. L’argent mode d’emploi, Paris, Fayard
Jorion, P., 2009b. Comment la vérité et la réalité furent inventées, Paris, Gallimard
Pelto, P. et G. Pelto, 1970.
Anthropological Research : The Structure of Inquiry, New York, Harper & Row

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135 réflexions sur « Comment on devient l’« anthropologue de la crise » »

  1. Quel destin, et quelle chance, finalement, qu’aucun des anciens employeurs de Paul n’ait voulu le garder !
    Une description, de l’intérieur, de ce monde de vampires de la finance nous serait passée sous le nez.
    C’est en effet effrayant que l’existence d’un tel critère entre non-décideurs et décideurs.
    Et en politique, celà ne doit pas être bien différent.
    L’anthropologie financière est donc une nouvelle venue dans le champs des sciences humaines.
    Vivement le séminaire.

    1. « L’anthropologie financière est donc une nouvelle venue dans le champs des sciences humaines.
      Vivement le séminaire. »

      Personnellement j’aurais plutôt choisi le terme d’entomologie du monde de la finance c’est plus respectueux je trouve.

  2. J’ai apprécié.
    Quant à votre parcour professionnels, j’ai une suggestion. Si par malheur le succès de ce blog et de vos livres n’étaient pas suffisant, vous pourriez considérer de travailler comme enquêteur pour l’Autorité des Marchés Financiers ou encore dans les Services de Renseignements. Vous y feriez un tabac… et gratification financière non négligeable tout en rendant un service fort utile à la société.
    D’ailleurs ce n’est pas le travail à faire qui manque dans ce domaine (fraude financière) comme vous l’avez fort bien remarqué ainsi que d’autres, puisque c’est presque devenu la norme plutôt que l’exception.
    A première vue, l’éthique semble avoir disparu dans notre société. Mais je ne suis pas sûr que ce soit correct, car si on regarde le passé, ce n’était guère mieux, on a tendance à ne pas vouloir se rappeler ce qui s’est passé dans les derniers100 ans.
    Je dois néanmoins applaudir n’importe qui qui met l’éthique en valeur dans sa vie. C’est à long terme payant, psychologiquement et parfois même monétairement.

    1. Jamais ils ne permettront à Paul d’entrer dans une structure comme l’Autorité des marchés financiers, pas plus que comme Régulateur des Marchés puisqu’il n’a pas « l’esprit d’équipe »et qu’il ne tolère pas la fraude . Sa probité en fait un homme dangereux pour « la famiglia » . Souvenez-vous de l’expérience qu’il a vécue, quand il a découvert cette anomalie et que ce personnage à la tête d’une grande banque est venu le menacer, lui signifiant qu’il avait le Régulateur à sa botte . Tous ces organismes de contrôle et de régulation, payés pour contrôler et pour stopper l’accaparement des richesses par une minorité, sont à la solde des requins qu’ils sont censés contrôler .

  3. M’enfin, il manque surement un petit passage dans votre CV. C’est le comment du passage de l’écrivain ethnologue a l’informaticien de systéme d’intelligence artificiel.

    A se niveau de l’informatique, cela requière tout de même une connaissance approfondi du shell et du noyau UNIX. Même si vous utilisiez ADA ou smaltoolck ?

    Pareil en 1989, la notion de trader etait trés peut courente, est vous utilisiez, si ma mémoire est bonne un progiciel de chez TIBET, Et les traders été a la bourse a paris au panier. Il faudrait être plus précis a mon avis.

    1. J’ai toujours écrit mes propres logiciels. En IA, je codais au départ en Prolog. C’est comme ça que j’ai découvert ce dont je parle dans la première partie de « Comment la vérité et la réalité furent inventées » (2009), que je pouvais obtenir de la « mentalité primitive » dans des propositions en levant l’obligation d’antisymétrie entre le sujet et le prédicat de la phrase. Quand j’ai travaillé chez British Telecom (1987-89), ils n’utilisaient pas Prolog et m’ont demandé d’utiliser Basic. J’ai rédigé ANELLA en GW-Basic (où il y avait des pointeurs !). En finance, j’ai fait des programmes en Visual Basic, C++ et plus récemment, C#. J’ai beaucoup utilisé Mathematica à une époque.

    2. Il y a probablement un bog…
      En tous les cas j’aurai appris une chose avec le basic loisir,c’est qu’un langage de programmation ne souffre pas la moindre erreur ,tolérance zéro.

    3. enjoy !

      la loi de murphy :

      En W@r3z :

      $i qµ3LQµe ch0s3 P3ut m@L t0µRn3R, alors ç@ t0µrn3r@ m@L.

      En Basic :

      10 rem Basic Murphy’s Law….
      20 i=0
      30 print « Murphy a t’il frappé aujourd’hui ? »
      40 print « oui=1 ; non = 2 »
      50 input i
      55 if i=1 or i=2 then goto 60 else goto 20
      60 if i=1 then goto 100
      70 print « alors cela ne va pas tarder »
      80 goto 20
      100 print « d’après la loi de Murphy, il devrait refrapper bientôt… »
      110 goto 20
      120 end

      En Visual Basic :

      private sub command1_click()
      dim x as integer
      x = msgbox (« Est-ce que Murphy a frapper aujourdhui ? « ,vbexclamation+vbyesno, »Attention »)
      if x = 6 then
      msgbox  » Il ne tardera pas à refrapper….  »
      else
      msgbox « Patience il ne tardera pas ..  »
      end if
      end sub

      En C :

      int murphy(char *quelquechose)
      {
      char *x;
      for(x=quelquechose;*x;x++)
      if(!*x) return 0;
      return 1;
      /* comment: if one of the element contains FALSE, the function must return FALSE */
      }

      En C++ :

      class CMurphy{
      public :
      Murphy();
      ~Murphy();
      private :
      int *p;
      }
      // Constructeur
      CMurphy::Murphy()
      {
      p = new int[infinity];
      }
      // Destructeur mais vous n’arriverez jamais jusque là…
      CMurphy::~Murphy()
      {
      delete(p);
      }
      int main(void){
      CMurphy loi;
      return 0;
      }

      En Objective C :

      /* Murphy.h */

      @interface Murphy
      {
      NSString *murphy;
      }

      – (void)MurphyLaw;

      @end

      /* Murphy.m */

      @implementation Murphy

      – (id)initWithError
      {
      self = [[super alloc] init];

      murphy = @ »C’est pas encore parti en couille. »;

      [self MurphyLaw];
      }

      – (void)MurphyLaw
      {
      murphy = @ »Cette fois c’est la bonne ! »;

      [super terminate];
      }

      @end

      En SQL :

      No data found.

      En T-SQL :

      If Exists(SELECT @@ERROR) AND (SELECT @@ERROR) not in (0) SELECT @@ERROR

      En Java :

      package laws;
      public class MurphyLaw
      extends Object
      {
      public MurphyLaw()
      {
      throw new Error();
      }
      }

      En Caml

      let murphy = function evenement
      let rec boucle = function
      | [ ] -> true
      | tete::queue -> if tete = catastrophe then true else
      boucle (queue)
      in boucle evenement;;
      (* evenement est une liste d’evenement. la boucle examine tous les éléments de la liste. Mais si jamais aucune catastrophe n’a été détectée alors de toute façon, quelqu’un en trouvera bien une… *)

      En Turbo-Pascal :

      var L :string
      begin
      writeln (‘Loi de murphy,Attention au(x) bug(s)’);
      writeln(‘Entrez la nature de votre problème’)
      readln(‘L’)
      If L=Insoluble or Repetitif or Empirant then
      begin
      label a
      writeln(‘votre problème est soumis à la plus grande loi de l’Univers:’)
      writeln(‘La loi de murph…ERROR ERROR ERROR ERROR ERROR ERROR ERROR ERROR ERROR ERROR ERROR ERROR ERROR ERROR ‘)
      goto a
      End;
      Else
      begin
      writeln(‘votre problème se résoudra de lui même si vous…ERROR ERROR ERROR ERROR ERROR ERROR ERROR ERROR ERROR ERROR ERROR ERROR ERROR ERROR ‘)
      goto a
      end;
      end.
      NB: Remarquez la structure en boucle du programme plantant à coup sûr tout ordinateur…

      En Pascal-Assembleur :

      :Menu(« Avez vous un problème? », »non »,1, »oui »,2)
      :Lbl 1
      :Stop
      :Lbl 2
      :Disp « Quel est votre problème ? »
      :Input A
      :Pause
      :ClrHome
      :Disp « Calcul de la réponse »
      :For (I,20,200)
      :end
      :Disp « ATTENTION »
      :Disp « Loi de Murphy »
      :Disp «  »
      :Disp « ERROR »
      :Stop

      En Windows :
      Ce logiciel a effectué une opération non conforme.
      ou :

      En Linux :
      Kernel panic: VFS: unable to mount rootfs on 03:03

    4. en tout cas si mes calculs sont bon, il y a autant d’argent dette qu’il n’y a d’épargne. Le seule problème c’est que les deux circulent. Mais se genre de logique ne fonctionne pas en prologue, puisque cela ressemble a une égalité.

      Je comprends beaucoup mieux maintenant. Donc sans rencune ….

    5. Mon dieu, vous vous faîtes plaisir, il doit manquer python aussi…avec lequel j’ai commencé la programmation il y a quelque temps de cela…

    6. @albatros,

      tu devrais, faire 3 mois d’assembleur et enchainé au moins une années de C approfondi. Cela t’apportera surement beaucoup plus de connaissance que python.

      si tu veux un bon bouquin, de mon ancien prof, jean marie rifflet. Tu le li tu fait les exercice et ensuite. Le monde de l’info t’appartient. Tu peux aussi lire son bouquin sur les reseaux, le top du top.

      M’enfin il faudra faire les brocantes, se genre de livre et banin depuis prés de 15 ans. Dommage, c’est vraiment se qu’il y a de plus complet, surtout pour les primitives système.

      M’enfin lorsque l’on voie des antropologues catapulter « buisnnes manager » il ne faut plus rien craindre de l’intelligence, elle est basic.

  4. « Les décideurs aiment caractériser le critère d’appartenance à leur club en termes de compétence, mon expérience de dix-huit ans m’a cependant convaincu que ce critère était en réalité d’un autre ordre : la tolérance personnelle à la fraude ».

    C’est en effet bien un club. Il est particulier car il n’est pas visuellement très délimité. La densité des règles non dites y est certainement plus importante que dans le reste de l’organisation. La tolérance à la fraude n’est, hélas, pas l’apanage du club des décideurs. La « fraude », c’est le non respect de l’éthique, son échelle va du petit délit au crime. Le cheminot qui conduit le train vers Treblinka sait ce qui va advenir aux personnes entassées dans les wagons. Il tolère personnellement. Le régime qui décide l’invasion de l’Irak, sans raison légitime, sait que cette décision va provoquer la mort injustifiée de centaines de milliers d’innocents (vieux, femmes et enfants en priorité). Les hommes de ce régime le savent, mais ils tolèrent personnellement. L’intellectuel français (assidu lecteur de El Mondo) qui plaide pour bombarder un pays des Balkans au nom de « bombardements humanitaires » sait que cette idée va entraîner des milliers de morts et de grandes destructions. Il tolère d’autant plus personnellement qu’il éprouvera l’agréable sentiment de bien être que procure la bonne conscience (il tue et est content de lui). Et caetera.

    Ce n’est pas tant la tolérance personnelle à la fraude qui caractérise ce club. Mais plutôt la conformité à des règles jamais écrites et jamais dites de sorte que d’un côté l’on respecte formellement le discours de la probité et de l’humanisme ambiant tandis que l’autre on agit en violation de ce discours. La question intéressante serait de déterminer si cette forme de maladie mentale est propre aux « Occidentaux ».

    Sur la question du mal dans la société, on pourra toujours relire « Les frères Karamazov » même si cela a un peu vieilli.

    1.  » La question intéressante serait de déterminer si cette forme de maladie mentale est propre aux « Occidentaux ».  »

      Pas vraiment…Disons que les non-Occidentaux , pour agir à peu près à l’identique, vont s’embarrasser de moins de discours, ne se sentiront pas obligé de clamer « with God on our side ! »…La notion du « péché », sans doute…

    2. Moi je trouve que c’est un intéressant renversement de perspective: au lieu de considérer la capacité de corruption de pouvoir, Paul indique plutôt qu’il faut pour y accéder déjà présenter une prédisposition à la corruption, voire aux comportements sociopathes.
      En gros, les qualités nécessaire à l’acquisition du pouvoir sont totalement différentes de celles nécessaires à son exercice. C’est une constante dans toutes les sociétés qui vont ainsi quasi-inéluctablement vers leur effondrement. Après la catastrophe on incrimine telle ou telle idéologie, telle ou telle tendance politique, mais au final, n’est-ce pas un comportement humain qui est à la base de tout? Ne devrions nous pas travailler là dessus en préalable ?
      Comment éviter que les sociopathes soient les mieux adaptés aux postes de pouvoir?

  5. Pas facile de rentrer au CNRS pour un chercheur en sciences humaines.
    Depuis les années 80, ça ne s’est pas arangé, je peux vous le dire.
    Les « heureux » élus ne peuvent être que les poulains soutenus par de puisssants labos (majorité de sièges dans le jury).
    Il n’y a donc pas place pour les outsiders, les originaux, les novateurs. C’est une institution quand même un peu sclérosée (mais n’allez pas croire que je suis partisan de sa disparition). Combien de chercheurs talentueux se retrouvent à devoir changer de voie ?
    Peut-être n’avez-vous pas à regretter, M. Jorion, de pas avoir été intégré dans cette institution. Peut-être vous y seriez vous endormi, nous privant de vos analyses éclairantes sur le monde financier.
    Comme dans le cas de Jared Diamond, il est souvent bénéfique qu’un domaine de recherche soit revisité par quelqu’un dont ce n’est pas la discipline d’origine. Un autre regard, d’autres perspectives, moins de pressions des pairs…

    1. « Il n’y a donc pas place pour les outsiders, les originaux, les novateurs. »

      Il reste peut-être le Collège de France

  6. Votre CV quel roman, il pourrait s’intituler « Comment je suis devenu par accidents la taupe de la finance ». On en sort étourdi, décoiffé et la citation finale nous redonne, un peu seulement, le goût de vivre.
    Nombreux sont ceux qui pensent que ce système se mord la queue, qu’il lui faut une révision type chemise et piston, mais que cette révision ne s’opérera que par la force des choses, c’est à dire quand la tête aura avalé la queue.
    J’aurai deux questions à vous poser:
    Quel ont été les moteurs de vos recherches: la curiosité intellectuelle, l’intuition, l’éthique,….?
    Et aujourd’hui, quels sont vos orientations de recherches, car je n’imagine pas que vous restiez inactif en dehors de la tenue de votre blog ou interventions médiatiques?

  7. où l’un s’était fait passé pour un noir

    Votre prochain livre, c’est sur l’anthropologie de l’orthographe ?

    Le blog serait un bon terrain, mais un cas où la méthode de l’observation participante me paraît discutable.

  8. « Dédicace au vrai Jorion »

    Jorion du Vrai ou vrai Jorion
    Vous nous faites la démonstration
    De ce que font les équations
    De notre civilisation !

    Quand l’intolérance de la fraude
    Eloigne de la forêt d’émeraude
    On comprend que les chiquenaudes
    Ne mériteront jamais d’ode !

    Ne pas faire preuve d’esprit d’équipe
    Mais au contraire avoir des tripes
    Fait que là-haut tout le monde flippe
    Qu’un jour on ne les prenne en grippe !

    On, c’est nous, la population
    Qui peut faire des révolutions
    Mais qui préfère l’évolution
    A toutes les formes d’extinction !

    Bravo car vous avez osé
    Sortir de cette zone arrosée
    De pots-de-vin over-dosés
    Qui finissent par ankyloser !

    Qu’on se le dise car c’est écrit
    Laissons-les là pousser leurs cris
    Ils feront l’objet de moqueries
    Tous ces puissants si bien décrits !

    Continuons notre expérience
    Du terrain et de la conscience
    Pour faire de la croisée des sciences
    Un grand principe de la reliance !

    Signature : luami CREER
    « Un médiateur d’ l’innovation
    Qui allie raison et passion
    Pour mieux vivre le temps restant
    Et en partager les instants ! »

    inspiré par la famille CREER qui a 114 ans
    (Christine Régis Emma Etienne Robin)
    « médiateur de l’innovation » de Toulouse à La Ciotat

    http://luami.viabloga.com

  9. Vous êtes un vrai phénomène M. Jorion et pourtant un homme tout simplement vrai, authentique ayant eu un parcours varié et oh combien riche.
    Je me sens là en terrain quelque peu familier.
    Autodidacte de cette autre info plus modeste de gestion j’en ai parcouru les différentes strates.
    « Le diable est dans les détails » est une vérité que tout programmeur comprend aisément pour l’avoir éprouvé, ce métier suppose une précision d’horloger.
    Il a suffi d’un bug minime pour planter une belle Ariane et pourtant à ce niveau les techniques garantissent du 0 erreur.
    En conception ditto, sauf qu’une erreur dans cette phase met en péril le projet.
    Quand vous prononcez le mot équipe j’imagine un groupe cohérent et performant où chacun à sa place afin de parvenir à l’objectif partagé. Que ne peut on accomplir comme exploits en équipe. Je ne peux qu’approuver vos positions avec force, cela fait partie de la déontologie incontournable de la profession.
    Qui connaît le mieux les internes d’une appli si ce n’est d’abord celui qui l’a écrit. Il suffit de peu de choses pour que les résultats diffèrent ou pire soient erronés.
    Quand on est amené à explorer les données on y trouve une mine, surtout si on manie bien SQL ou des techniques pointues de DW, comme le datamining.
    Aussi l’affaire Kerviel m’avait interpellé, tout pro sait bien qu’une requête élémentaire du niveau de l’auditeur le plus basique pouvait dévoiler le pot aux roses.
    Eclairez nous encore longtemps, c’est indispensable, à nous d’essaimer et d’agir, pas toujours simple.

  10. ce concept de « team player », celui qui a l’esprit d’équipe, qualité requise dans tout recrutement qui se respecte, est à mon avis valable dans tous les secteurs, marchands et non-marchands. c’est l’empêcheur de tourner en rond. en aviation par exemple, la déclinaison du concept consiste, pour un commandant de bord, à être plus ou moins regardant sur l’état de l’avion, le vilain « perso » étant celui qui à décidé de partir avec un avion en parfait état, ce faisant prenant en compte la sécurité de ses passagers.

    1. Et oui, cette logique se répand partout.

      Plus gênant encore, j’ai le souvenir d’un technicien de maintenance de centrale nucléaire (en France) qui se plaignait de ce type de « soucis » rencontrés dans l’écoute de ses recommandations.

  11. « Personne ne s’était avisé de tester la capacité du modèle à prévoir une baisse du prix du logement, l’opinion selon laquelle le prix de l’immobilier grimpe toujours ayant quasiment acquis le statut de « loi naturelle « .

    Vous avez manifestement magnifiquement cultivé les capacités dont vous disposiez de repérer les fausses évidences.

    C’est pour cela que nous sommes si nombreux à vous lire.

    Le conformisme et la soumission à l’autorité doivent bien être débusqués, démontés, avec acharnement. Vous vous y attelez avec méthode et communiquez vos trouvailles d’une manière in-habituellement limpide.

    Bravo et merci.

  12. Monsieur Jorion laissez moi vous dire toute mon admiration pour votre parcours professionnel. Il est peut-être trop atypique pour qu’on l’appelle une carrière, mais son intérêt et sa valeur humaine dépassent de cent coudées tous les « Cursus Honororum » de nos hauts fonctionnaires. En un mot BRAVO.

    Mais le texte que vous venez de publier est un véritable bâton de dynamite. Il est public puisqu’il figure sur votre blog, mais ne sera pas beaucoup lu pour autant, et sans doute pas par ceux qu’il intéresserait le plus : nos décideurs économiques et financiers qui n’aiment pas qu’on s’écarte du consensus de place et de la langue de bois qui l’accompagne.

    M’autorisez-vous à lui assurer une large diffusion auprès des amis qui figurent dans mon carnet d’adresses et dont certains sont banquiers ? Encouragez-vous vos autres lecteurs à assurer une telle diffusion autour d’eux ?

    Il y a là de quoi rabattre le caquet des banquiers US, mais aussi des européens actifs à Wall Street et qui ne peuvent pas avoir tout ignoré des mœurs que vous décrivez.

    Je crains simplement en assurant la diffusion de votre texte de vous attirer des ennuis : ne ravivera-t-il pas de vieilles haines à votre égard ?

  13. « …La Vérité vous rendra libre… »
    Ce site,avec les Personnalités de MM Jorion et Leclerc,est un des rares ,trés rares(le seul ? )qui va à cotre-courant de tous les exégétes et autres beaux parleurs du pseudo « parler vrai » et autres « anti langue de bois »
    Ceux là,qu’ils le sachent,sont vite dévoilés,y compris par des « Gens »,de Main Street,de La Rue….
    Les contes,affabulations et autres mensonges,même plous ou moins habilement camouflés par la « com’ « -leurre ne passent plus ,même sur des chaînes tv dites populaires.
    Ici,sans faire rougir les auteurs,c’est simplement et perspicacement du prophétisme,fondé sur du concret,véhiculé par beaucoup,beaucoup d’Intégrité.
    A quand l’infléchissement du gang des menteurs et banksters aux manettes ?

  14. Bonjour à tous

    Pour ce qui est de « l’origine du mal » , il y a un excellent livre portant ce même titre d’un historien nommé Alain Minois.

    Toutes les espèces de créatures vivantes ont des stratégies de survie, de défense et d’adaptation à leur milieux. Cela inclus la ruse et le camouflage au sens large. Nous sommes probablement la seule espèce sur cette planète à avoir un projet d’Etre au futur. Projet pouvant se formuler par une éthique donnant lieu à une morale selon notre culture. C’est ayant conscience de notre héritage biologique , du chemin parcouru depuis notre ancêtre,algue bleue – phylogenèse récapitulée lors de l’embryogenèse- que nous pouvons, justement, prendre pleinement la mesure de la » tension d’être » existant entre l’hominidé et l’humain. Dès lors il est possible de trouver une voie pour se perfectionner.
    Toute condamnation d’un comportement basée sur l’ignorance de l’héritage biologique et sur l’exigence de se conformer à une quelconque morale, aussi élevée soit elle, devient de fait une violence faite à l’autre et induit une contre réaction elle aussi violente.
    Nous avons besoin d’ un enseignement et non d’une « contrainte à être comme il faut » selon un tel ou un tel. Les crises puissantes nous sont une occasion de nous mettre en questionnement et ainsi de nous rectifier et d’aller notre chemin d’hommes.
    Merci à Paul pour avoir déployé ce « bout de carte » sur lequel nous pouvons nous inscrire et à vous tous pour y tracer ces esquisses de justice. Cordialement.

  15. « Les décideurs aiment caractériser le critère d’appartenance à leur club en termes de compétence, mon expérience de dix-huit ans m’a cependant convaincu que ce critère était en réalité d’un autre ordre : la tolérance personnelle à la fraude. »
    La tolérance personnelle à la fraude…
    Mr Jorion, je souhaiterais que vous complétiez l’écriture de votre livre « l’argent mode d’emploi » par une contribution sur ce blog qui aurait pour thème  » la cupidité », car cette dernière expilque probablement in fine cette « tolérance personnelle à la fraude ».
    Désolé de vous solliciter mais vos éclairages sont précieux…
    et qu’en pensent les lecteurs de ce même blog?

    1. je crois que la cupidité n’est qu’un des éléments qui explique le comportement des décideurs. je crois que ce groupe se pense au dessus des lois, ou bien encore que celle ci ne sont faite que pour des gens normaux. Ceux qui respectent ces lois finissent par être moins performant qu’eux. je suis sur que si l’on propose aux fraudeurs de supprimer toutes les lois qu’ils enfreignent, il ne serais pas d’accord. la capacité a frauder est en quelque sorte leur avantage comparatif, un moyen de déterminer les élites, voir même être lié a la notion de courage.

  16. J’en tirerais une toute autre réflexion. Il est malheureux à une époque de surproduction dont le gaspillage mène à la destruction de la planète que nos soit disant sociétés développées en soient restées à ne considérer que le marchand pur et bête. Imaginez le nombre d’emplois que nous aurions pu créer et ses apports si nous faisions une plus grande place à l’analyse à la recherche à l’instruction en général aux rencontres et aux débats et combien ce serait tellement plus enrichissant. Au lieu d’une économie basée sur du matériel, inventer une autre économie où la condition humaine serait au centre.

  17. « Les décideurs aiment caractériser le critère d’appartenance à leur club en termes de compétence, mon expérience de dix-huit ans m’a cependant convaincu que ce critère était en réalité d’un autre ordre : la tolérance personnelle à la fraude. »

    Ce n’est pas tous les jours que le Net , ou la Radio, ou la Presse, nous apportent des phrases de ce calibre, où tout est dit d’un coup de sabre.

    Il faudra que je pense à remercier à nouveau l’ ami qui m’a révélé l’existence de votre blog…

    1. Qui faut-il inclure dans ce groupe des décideurs ? Tous les décideurs ou seulement ceux de la finance ? Tous les hommes politiques ? Il y a des gens tolérants à la fraude dans tous les groupes humains. Les décideurs qu’a côtoyés Paul ont -il une spécificité que d’autres décideurs n’auraient pas ? Leur pouvoir de nuisance ? Une proportion de 100% d’individus « tolérants à la fraude » ?

  18. Monsieur Jorion votre parcours est impressionnant tout autant que l’éclectisme de vos savoirs et talents.
    J’adhère totalement à vos analyses sur le monde des décideurs. Mais…
    Sans cynisme et avec une lucidité née de l’expérience je suis surpris que la majorité des réactions à cet article laisse entendre qu’elle y découvre subitement le comportement de nos « élites » qu’elles soient économiques ou politiques !
    Que ce soit dans l’histoire ancienne (la Rome antique, Venise, la monarchie française etc.) ou plus récente (crise de 29, Enron, IIIème République etc.) les exemples, que l’on peut multiplier (constantes plus qu’exemple) de fraudes, d’abus de pouvoir, de manipulations de toutes sortes et de désinformations sont permanents. Ils visent toujours à l’enrichissement et au maintien ou à l’accroissement du pouvoir.
    Rien ne me surprend donc dans votre papier sinon la surprise de certains.
    Les « valeurs » religieuses, éthiques et morales supposées dresser des barrières sont plus à l’usage des masses que des décideurs.
    Les règles politiques des démocraties sont le plus souvent illusoires ou contournées de même que les règles économiques faites elles aussi pour être contournées ou « dérégulées ».
    Les règles internationales sont ignorées quand nécessaires (Irak).

    Je suis donc un très grand pessimiste lucide qui ne voit pas vraiment de solutions à ces abus.
    Je redis cependant mon admiration et ma profonde adhésion à vos propos.

    1. Pourquoi ne pas durcir les lois contre la corruption…en France, la corruption est le délit le plus grave et on risque jusqu’à dix ans de prison…en pratique personne ne se prend dix ans de prison pour de tels faits : être condamné à une peine avec sursis pour abus de biens sociaux ça vaut le coup dans l’absolu…c’est peut-être grave ce que je vais dire mais il faudra « faire des exemples »…en quelque sorte inculquer à ces décideurs une forme de terreur…sinon rien ne changera…

  19. Bonjour,

    assez de félicitations, mais encore une bonne raison d’être heureux de participer modestement à votre financement

    Continuez (what else ?) et conservez votre liberté de intellectuelle (sujet sur lequel je n’ai aucun doute)

    Bien à vous

  20. IL MEURT LENTEMENT

    Pablo NERUDA, Prix Nobel de littérature 1971

    Il meurt lentement

    Celui qui ne voyage pas,

    Celui qui ne lit pas,

    Celui qui n’écoute pas de musique,

    Celui qui ne sait pas trouver

    Grâce à ses yeux.

    Il meurt lentement

    Celui qui détruit son amour propre,

    Celui qui ne se laisse jamais aider.

    Il meurt lentement

    Celui qui devient esclave de l’habitude

    Et faisant tous les jours les mêmes chemins,

    Celui qui ne change jamais de repère,

    Ne se risque jamais à changer la couleur

    De ses vêtements

    Ou qui ne parle jamais à un inconnu.

    Il meurt lentement

    Celui qui évite la passion

    Et son tourbillon d’émotions,

    Celles qui redonnent la lumière dans les yeux

    Et réparent les cœurs blessés.

    Il meurt lentement

    Celui qui ne change pas de cap

    Lorsqu’il est malheureux

    Au travail ou en amour

    Celui qui ne prend pas de risques

    Pour réaliser ses rêves,

    Celui, qui pas une fois dans sa vie,

    N’a fui les conseils sensés.

    Vis maintenant !!

    Risque toi aujourd’hui !!

    Agis tout de suite !!

    Ne te laisse pas mourir lentement !!

    Ne te prive pas d’être heureux !!

    1. Un monde sans argent est-il possible ?

      Plus simple : un monde sans argent est-il envisageable ?

      Encore plus simple : un monde où l’on n’accorderait plus à l’argent l’importance qu’on lui accorde aujourd’hui est-il possible ?

      Toujours plus simple : nous sommes responsables de notre esclavage par l’intérêt que nous accordons à l’argent.
      Esclavage-travail : notre désir croissant de consommation nous oblige à toujours plus travailler. Nous acceptons ainsi pour cela des emplois qui n’ont aucun intérêt ni pour nous ni pour la société, des emplois qui peuvent nuire à nos semblables (même s’ils n’ont pas la même couleur de peau et ne vivent pas dans notre voisinage immédiat), qui peuvent nuire à la notre Terre.
      Esclavage-idéologie : cet esclavage par le travail auquel nous nous sommes contraints, nous l’imposons à nos enfants et au reste de la planète qui, je l’espère, formulent d’autres rêves pour leur vie.
      Esclavage-intellectuel : cette dépendance à l’argent et donc à un travail censé (et bien souvent insensé) maintenir l’équilibre de notre société (tant pis si c’est aux dépens d’autres) nous soulage de la réflexion sur notre existence, elle nous occupe, bref elle nous éloigne de toute spiritualité. Nous avons trop longtemps dans notre société associé spiritualité et religion ou même spiritisme pour que finalement nous nous en écartions, la religion ne pouvant faire la preuve de son apport qu’intérieurement alors que les dégâts qu’elle a causés sont visibles de tous. Or la spiritualité n’est pas nécessairement religieuse, et elle permettrait de résoudre bon nombre des problèmes que connaît aujourd’hui l’humanité (je ne refais pas la liste, ça fatigue et ça fout le bourdon)…à commencer par ceux analysés ici.

      Doux rêveur, utopiste…allez-y lâchez-vous ! Mais n’oubliez pas qu’au loto 100% des gagnants ont tenté leur chance.

      Une simple et dernière question : pourquoi ne pas se pencher sur la question ? Pourquoi ne pas SEULEMENT tenter d’envisager un monde différent ? Que connaissons-nous des afghans, des birmans, des chinois…si ce n’est qu’ils représentent pour nous un danger, économique ou physique ? Cela vous semble-t-il normal que nous, êtres dotés d’une telle intelligence et parfaitement entrés dans l’histoire aux dires de certains, continuions à nous enfermer dans un tel égoïsme ?

      Quand le sage montre l’homme, l’homme se regarde…et il meurt lentement…

    2. Bonjour Fab,

      ça fait plaisir de voir que vous n’abandonnez pas. Nous sommes au moins 2.

      N’ayons pas peur de créer (puisqu’ils n’existent pas ou si peu) la Liberté, L’égalité et la Fraternité sur cette planète.

      Avec l’argent, je ne sais pas faire. Sans l’argent, ça me paraît jouable.

    3. IL COURT A SA PERTE

      Celui qui triomphe encore,

      Celui qui ne voit plus l’autre,

      Celui qui ne voit plus le ciel,

      Celui qui conduit rapidement,

      Celui qui ne sait plus contempler,

      Il court à sa perte l’homme moderne,

      Celui qui n’a guère connu la vie du monde,

      Il court à sa perte celui qui ne voit plus l’autre,

      Celui qui ne sait plus entendre le chant de l’oiseau,

      Celui qui ne pense qu’à penser comme les premiers,

      Celui qui n’écoute et ne voit même plus le ciel,

      Celui qui ne trouve même plus le temps,

      Il court à sa perte l’homme moderne,

      Parole du prophète au désert,

    4. Vincent WALLON,

      Si ça vous paraît jouable : on va jouer !

      Ça va venir, et nous ne sommes pas que 2 (http://www.pauljorion.com/blog/?p=7268#comment-52512), il y en a beaucoup d’autres qui n’ont pas accès à internet, d’autres sur d’autres sites ou blogs, et même d’autres ici qui n’ont pas encore ôté la carapace dont la société nous a tous recouverts. Et puis il y a tous ceux ici qui pensent probablement à la même chose mais veulent agir avec les « armes » habituelles.

      A bientôt j’espère pour tenter de proposer une approche qui soit davantage fédératrice 🙂 !

  21. Pour compléter l’intéressant récit de M. Jorion et bien fixer les idées sur le monde actuel, j’ajouterai ma propre expérience : A un niveau moins prestigieux que M. Jorion et pour des affaires bien minimes, dans un contexte moins exotique (ici), je rencontre quotidiennement les comportements décrits dans la haute finance américaine. Un intervenant les a nommés : comportement mafieux. Ce qui est effrayant, c’est que la corruption de la société s’est tellement répandue que, même au niveau opérationnel d’une quelconque administration, il est nécessaire de ne pas voir certaines choses, ne pas suivre certaines procédures pour simplement survivre économiquement.

  22. Cher Monsieur Jorion,

    Cela fait un moment que je vous lis et que je parcours votre blog.
    J’ai, à plusieurs reprises, été tenté de participer, mais …. (tellement plus « facile » d’observer)
    La lecture de votre billet du 26 janvier me pousse à vous écrire pour la première fois, non pas pour voir mon commentaire publié (si vous pouviez vous en passer, justement) mais pour vous exprimer une certaine gratitude (je peux, après cette lecture, laisser -un instant- de côté l’idée de ce que, comme je ne vous connais pas et surtout comme vous ne me connaissez pas, il n’y a pas grand quel intérêt à vous exprimer quoi que ce soit … je sais, c’est un peu con-con) :
    merci pour vos écrits et pour votre manière de voir les choses.
    Je me sens un peu moins seul. Je vous considère, à la lecture de vos écrits et à l’écoute de vos propos, comme un être humain dont l’existence me fait me sentir un peu plus proche de l’humanité.
    J’exerce, à titre professionnel, la fonction de juriste de banque depuis plus de 8 ans (dans un grand groupe à mon début de carrière, dans une banque dite « de gestion de fortune » désormais) en sachant depuis le début que je ne grimperais pas haut dans ce secteur -dénué de l’esprit d’équipe nécessaire- mais me satisfaisant pleinement de cet emploi salarié qui me permet -toutes proportions gardées- de vivre bien (plus sereinement que la plupart de mes soi-disant « semblables » à proximité).
    Toujours étonné des raisonnements plus ou moins complexe ou alambiqués utilisés pour aboutir à des conclusions qui relèvent pour moi de l’évidence ou de la simple logique, je ne pense pas être d’une grande utilité pour l’avancement des idées développées et défendues sur votre blog, que je continuerais à lire et à parcourir avec beaucoup de plaisir.
    Merci pour votre voix
    Merci d’écrire et de partager, de partager surtout …
    Amicalement et respectueusement,

  23. Le texte est long, dense et éclairant.

    Le plafond de verre, me fait penser à la fameuse caricature de l’échelle sociale où l’on voit de pauvres diables en cravate portant attaché-case, se battrent sur 2 fronts, dessous, contre ceux qui veulent grimper, et dessus, contre ceux qui l’empêchent de grimper.

    Ce que cette plongée dans le monde financier révèle est que vous n’accédez aux postes importants que si vous prouvez que vous êtes une crapule immorale capable du pire. Cela semble être la règle dans le monde financier. Et tout laisse à croire qu’il en est de même en politique. Conclusion qui ne devrait pas surprendre beaucoup de lecteur de ce blog, le monde est mené par des malandrins extrêmement agressifs qui imposent au reste du monde leur style, la violence et leur valeur, la cupidité.

  24. Histoire formidable, lue avec passion. Histoire étonnante aussi : on se demande comment son héros espère encore changer le système, fût-ce un tout petit peu, alors qu’il le connaît de si près, et qu’il n’a été témoin que d’une microscopique fraction des malversations qui ont lieu partout et tout le temps. En ce qui me concerne, ma religion est faite: l’avenir sera toujours pire. Sauf pour quelques uns, of course!

  25. Je me suis régalée à lire votre parcours . Il faudrait davantage d’hommes comme vous, lucides et intègres, à la tête de tous les pays .

  26. A l’ethnologue,

    Notre système économique est basé sur le toujours moins cher, le toujours plus de profit.
    Quelque chose m’interpèle dans tout cela c’est la paresse humaine.
    J’ai l’impression que plus on possède de moyens moins on a d’exigences.
    Nous devrions tous prétendre à être plus cultivé que nos ancêtres et ce n’est pas le cas, loin de là.
    Nous avons même perdu nos connaissances de bases qui nous ont permis de survivre sous d’autres siècles.
    On entends les gens dire : je veux dépenser moins pour un achat, on n’entends jamais dire je veux dépenser plus.
    et ceci n’est pas une question de moyens, c’est autre chose.
    Ma grand mère disait que nous n’étions pas assez riche pour acheter de l’ordinaire.

    Alors ma question à l’ethnologue est celle ci : pourquoi selon vous alors que les progrès techniques sont indiscutables, l’homme est il aujourd’hui si peu exigent envers lui même et ses semblables en dehors de l’argent ?
    Pourquoi acceptes t on un tel nivellement par le bas ?
    Pourquoi est ce la culture du moins et encore du moins ?
    Pourquoi la seule chose que les gens désirent en plus c’est uniquement l’argent ?

  27. Où un employé de Microsoft raconte (en anglais américain argotique sans sous-titres) comment il se fait virer en direct dans une réunion par Steve Ballmer. C’est court, (drôle), bien qu’infiniment sordide, et cela illustre assez bien la dynamique des grosses firmes américaines à mon avis. Pour avoir travaillé deux mois chez Microsoft je précise que cela me paraît totalement crédible.

    http://www.koreus.com/video/employe-microsoft-vire-bing.html

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