Demi-mesure !, par Jean-Pierre Pagé

Billet invité.

La Grèce serait sauvée. Et avec elle l’Europe ! Il ne faudrait pas se réjouir trop tôt de dispositions qui ne sont que des palliatifs et non de véritables remèdes. Nous étions habitués à voir l’Europe sortie d’affaires, au cours des périodes difficiles qu’elle a eues à traverser, par des figures historiques qui ont su prendre la mesure des problèmes et intervenir au bon moment pour leur trouver une solution, sans hésiter à bousculer les opinions de leurs peuples et les accords en vigueur.

Les difficultés que soulève le sauvetage de la Grèce montrent que cela ne va pas de soi aujourd’hui. Face à la crise, on aurait pu penser que les gouvernants de l’Europe sauraient imaginer les solutions permettant de la surmonter. Or, ils se sont révélés jusqu’ici incapables de bousculer les traités et de prendre les dispositions appropriées en temps voulu, préférant se contenter de demi-mesures. Sauront-ils trouver dans l’avenir parmi eux des leaders d’exception sachant imposer les pas en avant nécessaires ? En particulier, force est de constater que les Willy Brandt, Helmut Schmidt, Helmut Kohl (sans remonter jusqu’à Konrad Adenauer) n’ont pas encore trouvé de successeur à leur mesure. Angela Merkel semble avoir bien du mal à relever le défi et à faire preuve de la stature internationale qu’il exige.

L’impression première laissée par les atermoiements des décideurs européens demeure donc celle d’un gâchis ! Alors que la crise aurait pu et du obliger les pays d’Europe à resserrer leurs liens et franchir une étape décisive dans le sens de la construction d’une véritable entité politique et solidaire pour y faire face, ce sont les égoïsmes nationaux, la pusillanimité des intérêts locaux, qui semblent toujours triompher. Pour quoi faire ? Croît-on que les Etats de l’Union Européenne, même les plus puissants, pourront, seuls ou même en constituant un noyau dur à leur botte, faire face à la concurrence, au désir de suprématie, des grands ensembles, en Asie, en Amérique Latine…, qui restructurent le monde ? Si ces Etats ne savent pas s’entendre pour faire accomplir à la construction européenne les transformations nécessaires, c’est une chance historique qui aura été gâchée et le retour en arrière qui se profile. Car, il ne faut pas se le dissimuler, la création de la monnaie unique et la constitution de la zone euro, même si les fondements de cette dernière n’étaient que très partiellement assurés, auront été un premier ciment, essentiel, pour l’Europe. Leur démantèlement progressif sonnerait la fin de l’espoir de la construction d’un espace politique à la dimension du monde capable de rivaliser avec les autres grands espaces et défendre ses valeurs. Que pourraient faire les nations européennes seules dans la mutation du monde qui va s’opérer ? Leur sort risquerait d’être celui des anciens empires déchus. Et l’Allemagne, même assortie de pays d’Europe centrale – une Cour des Habsbourg reconstituée ! –, ne pourrait espérer, au mieux, que devenir une « grande Suisse de rentiers » ….

Le « sauvetage » qui a été, enfin, décidé, aussi laborieusement, ne peut qu’inspirer des sentiments mélangés. D’abord, il s’agit d’un sauvetage non généreux, de « boutiquiers » ! Certes, la Grèce a « péché » en truquant et dissimulant ses comptes. Mais qui ne l’a pas fait en cette triste époque ! En acceptant la Grèce dans la famille de la zone euro, on prenait implicitement l’engagement de rester solidaire avec elle, dans les bons comme dans les mauvais jours. Et, comme l’a reconnu Guy Verhofstadt sur France Inter (1), il est scandaleux de faire assortir d’un taux d’intérêt de 5% les prêts consentis à la Grèce par des Etats de la zone qui peuvent se refinancer à des taux bien moindres. Cette exigence formulée à l’encontre de la Grèce, qui ressemble, il faut bien le dire, à une « punition », risque de compromettre, en alourdissant énormément le fardeau de la dette, la réussite même du plan de sauvetage qui a été décidé.

Mais les propos du même Guy Verhofstadt, pourtant apprécié pour sa clarté d’expression et son intelligence de la chose européenne, montrent que les leçons de la crise n’ont toujours pas été tirées correctement, et ceci sur deux points principaux.

En premier lieu, tout en reconnaissant qu’il faut doter l’Europe (ou, du moins la zone euro) d’une véritable gouvernance économique qui lui fait défaut, il persiste à vouloir confier la responsabilité de cette gouvernance économique à la Commission, sous le contrôle, bien entendu, du Parlement. Ce faisant, il perpétue l’erreur qui consiste à attendre le salut d’un gouvernement d’experts, des fonctionnaires eurocrates en l’occurrence, qui ont pourtant démontré leurs limites dans le passé, alors qu’il s’agit d’une question éminemment politique. Si une telle gouvernance économique digne de ce nom est, enfin, créée, elle ne peut être que l’émanation des Etats de l’Union, dans le cadre de l’Eurogroupe transformé pour ce faire. Et cette gouvernance ne peut être limitée, comme on peut le craindre, à la sempiternelle, mais quelque peu illusoire, recherche de la convergence des politiques économiques. Elle doit s’appuyer sur de nouveaux instruments à créer.

En second lieu, Guy Verhofstadt, en bon libéral qu’il est, reconnaît – et approuve – que, sous l’influence du FMI et, probablement, de la Commission, on va imposer à la Grèce une politique standard de « libéralisation » de son économie (qui s’apparente beaucoup aux « thérapies de choc » préconisées par le Consensus de Washington que l’on n’hésite pourtant pas à condamner aujourd’hui), incluant la privatisation des services publics censée alléger la dette publique. Ce faisant, il ne semble pas suffisamment retenir les leçons de la crise financière actuelle et l’on ne peut qu’émettre de sérieux doutes quant à la pertinence d’une telle politique. C’est que, comme l’écrivait Antoine Réverchon dans Le Monde Economie du 27 avril (2), nombre de décideurs politiques et économiques semblent incapables d’« échapper à certains dogmes de la théorie économique établie, alors même que la crise a démontré leur faillite ». De surcroît, comme plusieurs économistes le montrent, de telles politiques de rigueur, surtout si elles devaient être généralisées en Europe comme on peut le craindre, sont de nature à aller à l’encontre de la reprise de l’activité économique escomptée. On peut se demander s’il n’y a pas mieux à faire.

Tout porte à penser que la mixture concoctée ne sera pas à la mesure du problème posé et qu’il faudra aller beaucoup plus loin dans l’innovation en mettant en place un mécanisme de financement solidaire préservant les Etats de la zone euro du risque de la faillite et les déconnectant de l’impératif du financement par les marchés. Comment procéder ? Pourquoi ne pas émettre des euro-obligations, comme le préconise d’ailleurs Guy Verhofstadt ? Faut-il constituer un véritable fonds communautaire faisant appel au concours des Etats-membres de la zone euro ? Faut-il aménager le statut de la Banque centrale Européenne pour qu’elle puisse avancer les sommes nécessaires au renflouement des Etats menacés de faillite à des taux non usuraires ? Même si cela oblige à bousculer les traités. L’heure n’est plus à la constitution de groupes de travail pour « étudier » le problème, ni à la programmation de réunions à tête reposée. Il faut agir dans l’urgence, comme en d’autres circonstances, par exemple en temps de guerre. A-t-on le temps de réfléchir quand un ennemi envahit son pays et de dire « formons un groupe de travail » ? Après que Lehman Brothers a été lâchée par les autorités américaines, combien de temps a-t-il fallu pour déverser des tombereaux de liquidités dans l’économie-monde, au mépris de toutes les règles de gestion en usage et de tous les « pactes de stabilité », en vue de le sortir du désastre, creusant ainsi précisément les déficits publics que l’on stigmatise maintenant en Europe ? Croit-on sérieusement que l’on pourra prendre le temps, les années, de « programmes de rigueur », avant de sortir de l’ornière la Grèce ? Et pourra-t-on étendre la procédure mise en place à d’autres pays si cela s’avère nécessaire ? Face à la menace de destruction de la construction européenne qui suivrait vraisemblablement celle de la zone euro, ce sont des transformations beaucoup plus radicales qu’il faut entreprendre. Et pas demain. Aujourd’hui !

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(1) Lors de l’émission « L’invité de Nicolas Demorand » du 3 avril.

(2) Rendant compte de la conférence inaugurale d’une réunion d’économistes à l’initiative de Georges Soros à Cambridge du 8 au 11 avril dans le cadre de l’Institute for New Economic Thinking (INET).

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75 réflexions sur « Demi-mesure !, par Jean-Pierre Pagé »

  1. Il faudrait, il faudrait, il faudrait. De bonnes idées émergent devant l’absurdité de la situation, mais, je dis bien un grand mais, combien de vous croient encore réellement que la zone euro est apte à réagir efficacement? Les euro politiques nous ont prouvé à maintes reprises qu’ils n’en avaient pas la capacité et cela pour une raison simple, les intérêts des uns ne sont pas ceux des autres. Or en ayant pour fondation l’économie, il n’y a que les intérêts qui priment, et l’intérêt sera commun quand nous serons tous à l’agonie. En gros l’euro zone existera réellement lorsque la situation économique sera dramatique dans l’ensemble des pays de la zone euro, lorsqu’elle poussera son dernier soupir. Tant que nous serons confrontés à des problèmes et solutions différentes, les voix européenne continueront à diverger. Dire que c’est de la faute de la Grèce est un faux problème. Cela revient à dire qu’un tel est mort à cause du cancer sans se soucier du fait qu’il faisait joujou dans son garage avec des produits radio actifs. Un symptôme n’est jamais la source de la maladie, et ici la maladie nous l’avons tous contractés, c’est une économie fondée sur la croissance perpétuelle. Nous en avons fait une foi, et le système de crédit montre que nous marchons dans un escalier qui se construit à chacune de nos foulées. La dernière marche n’a pas été construite à temps et l’homme ouvre les yeux et s’exclame alors que sa jambe s’enfonce dans le vide. Maintenant nous en sommes à savoir combien de marches ont été construites et qu’elle sera la hauteur de la chute.

    Ce système n’a jamais été viable pour l’ensemble du monde car il repose sur l’exploitation des inégalités. Dire qu’il était applicable à l’ensemble des pays est une utopie, il en est de même que s’amuser à appliquer l’économie allemande (que certains se plaisent à envier et à transposer au modèle français) à l’ensemble de l’euro zone et de se rendre compte que si on exporte tous, il n’y a plus personne pour acheter.

    Alors oui on peut s’amuser à simuler des décisions et de voir le manque de réactivité à l’échelle européenne, et jeter la pierre à la Grèce, à GS et JP, à la bulle espagnole ou que sais-je encore. Si la marche n’est pas là c’est la faute des clous qui ne sont pas là, du bois, des poutres. Ah, on a peut être une solution c’est la marche qui n’est pas là donc c’est la faute à la marche. Nous avions une foi aveugle en un système parce qu’il fonctionnait et aurait pu fonctionner encore plus longtemps. Si le système est à revoir c’est pour le protéger des abus des utilisateurs.

    De toute façon quoi qu’il en soit, nous commencions à avoir un aperçu de l’évolution ultime de ce système : des lobbies géants ne laissant plus de place au structures moyennes, l’absence de concurrence à terme (ou sinon faussées avec des ententes), et un pouvoir exercé uniquement par et pour les dirigeants de gros lobbying. Un système social de pyramide aplatie avec très peu de niveaux.

    Ce n’est pas l’Europe qu’il faut réinventer, c’est un nouveau mode de fonctionnement et qui soit en simulation applicable à l’ensemble du monde pour attester de sa viabilité.

    1. Voir réponse précédente. Oui il faut inventer un nouveau mode de fonctionnement du monde plus juste et mettant un terme aux abus actuels, mais nous devons commencer par le faire en Europe et nous protéger dans ce cadre contre les menaces qui en résultent.

    2. Si l’on devait conserver un système semblable à l’existant, je ne vois aucun autre système que le protectionnisme, taxes douanières et autres mesures équivalentes. Cela inciterait une ré-industrialisation, une relance du marché intérieur tout en réduisant les émissions de CO² par une consommation plus locale et plus responsable. Pourquoi pas même une taxe sur la distance d’acheminement d’un produit. Non seulement cela permettrait une réaffirmation des valeurs locales et un renouveau identitaire étant actuellement en perdition.
      Je pense que par rapport à cela l’opinion des dirigeants diffère de celle du citoyen lambda, car quand on gouverne une masse, tous les membres sont interchangeables, si l’on gouverne une masse de groupes d’individus, on est obligé de se soucier des valeurs identitaires de chaque groupe et d’établir des compromis (on voit bien les soucis que cela pose aux politiques par rapport aux pêcheurs ou aux agriculteurs par exemple). J’utilise sans doute un grossier raccourci, mais dans l’état actuel des choses et leur évolution je pense qu’il est légitime de se demander si l’Europe ou tout autre regroupement de pouvoir massif est véritablement souhaitable pour l’individu et son épanouissement identitaire. Malheureusement j’en suis venu à être persuadé que la politique des dernières années à sciemment cassé ces groupes d’individualités pour mieux régner et assouvir une soif de pouvoir et d’intérêts personnels plutôt que de rechercher l’intérêt des majorités. L’individu ne peut continuer à consommer frénétiquement des objets codifiés pour palier à son manque d’identité, il a besoin d’un groupe et d’une place pour être et évoluer. L’individu mondial est une formule contenant la thèse et l’antithèse, car il ne peut par définition appartenir à une masse informe.

  2. A supposer que la création d’une Europe intégrée soit une solution politiquement acceptable au problème posé (j’ai des doutes à ce sujet; je me sens personnellement moins proche des Slovaques que de certains Africains, des Américains et des Canadiens), il aurait suffi de commencer par le commencement, à savoir le désir commun d’un état confédéral, puis fédéral, réunissant les pays prêts à céder une part grandissante de leur souveraineté. Une gouvernance européenne n’aurait eu de sens que dans cette perspective. A la place, on a mis la charrue avant les boeufs — le ‘marché unique’ primait tout. Il faudra à mon sens repartir de zéro, sans doute avec les Six états d’origine. Une sorte de bancor à six aurait été bien plus efficace que l’euro, pour les raisons que l’on sait. Reste à savoir si une Europe fédérale peut être construite sur les décombres de l’Europe actuelle… Une chose est sûre: ce n’est pas sur la base de l’homo oeconomicus que l’on peut déboucher sur un homo politicus. Telle est l’erreur majeure qui entache le projet européen depuis ses débuts.

    1. Absolument Jaycib

      Comment à partir de la situation dégradée actuelle pratiquer un « renaissance » européenne.
      Et revenir à l’ordre logique de la constitution d’une Europe viable??.

      – isoler économiquement l’eurozone
      – tenter d’intéresser la Russie car c’est d’elle que dépendra l’autarcie énergétique et territoriale
      – instituer une monnaie commune…or elle est actuellement « unique »
      – repartir sur un modèle confédératif tant que les lois fiscales et civiles de chaque ex-nation ne sont pas harmonisées …le temps qu’il faudra…
      – rendre concrète une défense commune qui n’ait rien à voir avec l’Otan
      – ensuite seulement revenir à la monnaie unique
      – fonder l’Europe avec une langue commune
      – vivre 5000 ans dans la joie

  3. F. BAYROU : CONTRAIREMENT A GRECE, ITALIE, ESPAGNE, PORTUGAL … LA FRANCE N’A PLUS DE RESERVE FISCALE

    Au bout de la chaîne des dominos, il y a la France », a expliqué sur France Inter le leader centriste.

    Il a cité deux raisons : « La première, c’est que nous avons une dette en explosion et qui va atteindre des niveaux du type de ceux de la Grèce. On est à 85% de dette par rapport à la production totale du pays dans une année, ce sera 94% l’an prochain et 100% l’année d’après. C’est comme un grand vaisseau qu’on ne peut pas freiner », a-t-il poursuivi.

    « La deuxième raison, c’est que dans leurs malheurs, la Grèce, l’Espagne et le Portugal ont une fiscalité légère (32% de prélèvements obligatoires en Grèce, 45% en France) et une économie souterraine très importante. Ces pays ont des réserves fiscales. Nous, nous sommes au sommet des prélèvements obligatoires et il n’y a pas ou peu d’économie souterraine. Et donc, je crois que la situation de la France n’est pas tenable dans la durée ».

    « Ce que nous allons vivre dans les semaines qui viennent, a prédit François Bayrou, c’est la révélation de la gravité de la situation de notre pays, plus accentuée, plus lourde de conséquences que tout ce que nous avons connu depuis la guerre ».

    « On ne sait jamais quand l’orage se forme à quel endroit tombera la foudre. En tout cas, ce qui se prépare au-dessus d’un certain nombre de pays européens et je le crois, en fin de course, au-dessus de la France, va nous obliger à changer radicalement notre manière de penser l’Etat, à reconstruire le pays et la politique dans notre pays », a-t-il conclu.

    http://www.lesechos.fr/depeches/politique/afp_00249809-crise-grecque–la-france–au-bout-de-la-chaine-des-dominos—selon-bayrou.htm

  4. Bonjour,

    Avec le recul, difficile de comprendre l’intérêt d’une Europe de 27 pays avec des disparités de salaires allant de 1 à 10.

    Salaire d’une institutrice ou d’un chauffeur de bus au Luxembourg : 5000 euros

    En Roumanie : moins de 500 euros
    http://www.aptservices.ch/documents/cost_f.pdf

    On voit donc tout de suite l’intérêt pour une chef d’entreprise de fermer son usine en France et de la délocaliser en Roumanie. Certains l’on fait en proposant un reclassement du personnel en Roumanie à un salaire de 400 euros…

    Cela ne contribue pas à l’enrichissement des roumains où les salaires sont maintenus bas , mais à l’appauvrissement des pays riches de l’UE.

    A mon avis trop de pays pauvres ont été intégrés dans l’UE sans adapter la structure et les lois des pays membres pour que l’Europe puisse en retirer des bénéfices et sans appauvrir les pays riches de l’UE et mettre en péril son économie.

    Le passage à la monnaie unique malgré les promesses que les prix ne changeraient pas a eu pour conséquence une hausse très importante des prix ( le café dans les bars en Espagne, pour prendre un exemple est passé de 100 pesetas à 1 euros en quelques semaines ) soit une augmentation de 66%. Sans que les salaires soient augmentés.

    Et maintenant on demande à la population de faire encore plus de sacrifices et d’accepter des réductions de salaire de 15 à 20 % comme en Grèce.

    On comprend qu’ils descendent dans la rue ! Et ce n’est certainement pas la solution pour relancer l’économie.

    Difficile de comprendre comment on peut imaginer une Europe des 27 sans un gouvernement central puissant qui régule et harmonise. On voit là bien la faiblesse de l’Europe.

    1. Tout le monde est d’accord pour dire que l’UE a des faiblesses et s’est construite avec une certaine naïveté – Hubert Védrine en parle très bien. Est-ce une raison suffisante pour la pointer du doigt ? « Stigmatiser » – le mot est à la mode – les banques, les pseudo-économistes et autres responsables de la sphère économique & financière avant d’accuser l’Europe ne serait-il pas plus utile ?

  5. Je vois bien que, dans tous les commentaires, revient la question : « pourquoi s’échiner à essayer de sauver cette « Europe » si décevante par beaucoup d’aspects, contaminée par l’ultralibéralisme que l’on condamne et livrée aux intérêts de quelques groupes et lobbies qui la dominent ? Si l’on veut refonder la société, pourquoi en passer par là ? »
    Je réponds qu’il faut sauver cette Europe si imparfaite et voici pourquoi.
    Tout d’abord parce que c’est une conquête très importante. Ceux qui sont jeunes n’ont pas connu la guerre et les divisions de l’Europe qui ont conduit à tant d’atrocités. Même pour moi qui était très jeune au cours de la Seconde Guerre Mondiale, la naissance de l’Europe (à l’époque la Communauté européenne) a été une merveilleuse et extraordinaire bonne nouvelle et surprise. En core plus merveilleuse et extraordinaire à été la résistance dont a fait preuve cette Europe face à toutes les secousses, les tentatives de ruptures, qui l’ont ébranlées. Pour nous qui avons vécu cela, le démantèlement de cette Europe, le retour aux nationalismes étriqués de nos nations, est inconcevable et serait dramatique. Or l’existence d’une monnaie unique – même s’il faut reconnaître qu’elle a été incomplètement conçue – est un ciment essentiel pour garantir la durabilité de cette Europe. Donc :
    – la première chose à faire est de sauver cette monnaie unique, en bricolant s’il le faut. Il ne faut pas surestimer le caractère contraignant des Traités. On sait très bien qu’il y a des accomodements, des interprétations, qui permettent de contourner, bousculer, si on le veut vraiment et sans attendre, les traités, ne serait-ce qu’en ce qui concerne les possibilités pour la Banque centrale d’avancer de l’argent ou, comme l’a dit Guy Verhostadt, pour émettre des euro-obligations. Il est possible, avec de la volonté et de l’imagination, de mettre en place des mécanismes de coordination et de solidarité, ne serait-ce que dans l’Eurogroupe, avant d’envisager de changer les traités ;
    – ce faisant, il faut travailler activement à changer le monde : réguler, limiter l’activité des marchés financiers en faisant en sorte d’empêcher qu’ils puissent nuire aux Etats et intervenir comme ils le font dans le financement des dettes souveraines, en réduisant drastiquement les possibilités de spéculation, en ramenant la « finance » à sa fonction initiale et normale qu’est le financement de l’économie réelle ; mettre fin à la dictature des agences de notation, par exemple en leur interdisant de « noter » la dette des Etats ; repenser complètement l’échange entre les nations et les groupes de nations.
    Cela nous serons bien plus forts et efficaces pour le faire si nous restons unis que si nous sommes isolés.

  6. Sur les délocalisations, je pense que le meilleur remède c’est de faire chuter la monnaie européenne. Donc ce qui se passe avec la grèce est génial tout compte fait :p

  7. @HW

    >Je propose une Europe où chaque région apprendrait la langue ou les langues de ou des régions voisines. > Cela risque de déclencher un boom des études linguistiques mais enfin, ca aiderait

    Une solution nettement plus rationnelle existe, l’esperanto. Seriez-vous prêt à consacrer 200 heures à son étude ? Voir http://fr.lernu.net/ . Vous y gagneriez l’usage d’une langue et la grammaire et les bases des langues européennes, pour les apprendre plus facilement ensuite.

  8. Que voilà un article que j’aurais aimé pouvoir écrire.!
    Quel enthousiasme pour sauver ce que je pense être notre avenir ,celui de nos enfants. Vous rappelez à juste titre que la création européenne est une création née d’une volonté potilique.
    Que notre monnaie unique est un ciment le premier , que la politique budgétaire doit en être un autre, que la politiuqe industrielle, économique un autre. Il faut donc que la politique reprenne ses droits et dessine un avenir, un but à atteindre, en perpétuelle construction aussi comme tout cheminement.

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