L’actualité de la crise: un plan de sortie de route, par François Leclerc

Billet invité

UN PLAN DE SORTIE DE ROUTE

Est-il nécessaire d’attendre de connaître dans le détail les modalités du nouveau plan Européen pour estimer qu’il ne tient pas la route  ? Non, car ce qui en est déjà connu suffit pour le démontrer.

En premier lieu parce que l’enveloppe financière de 500 milliards d’euros prévue (hors FMI, qui pourrait apporter jusqu’à 220 milliards supplémentaires) fait impression mais équivaut approximativement à ce qui serait nécessaire de mettre sur la table, si l’Espagne-Portugal et l’Irlande entraient à leur tour dans la tourmente. C’est donc un fusil à deux coups qui a été chargé, là où il une arme automatique serait nécessaire.

En second, parce qu’une mesure importante qui auraient donné un squelette à ce plan qui en manque singulièrement, qui était évoquée depuis hier, a finalement été écartée lors de la réunion des ministres des finances des 27 : l’émission d’obligations par la Commission, garantis par les Etats.

En troisième et surtout, parce que le plan ne va permettre que de gagner du temps, qui risque d’être payé très cher. Car le schéma d’aide à la Grèce est reproduit quasi à l’identique, sur ses deux jambes et en plus grand: mêmes modalités de financement du nouveau plan et mêmes mesure drastiques annoncées, assorties d’un identique calendrier d’application irréaliste. Les marchés vont donc avoir toutes les raisons de réagir en se cabrant, comme ils l’ont déjà fait vis à vis de la Grèce. De considérer que d’autres défauts seront inévitables, au fur et à mesure de l’application du plan, en raison du fait qu’il va précipiter les pays qui en bénéficieront dans la dépression économique.

Le plan a été taillé a minima, semble-t-il sous la pression des Allemands, l’insistance avec laquelle Nicolas Sarkozy et Angela Merkel ont fait valoir leur total accord n’ayant pas d’autre raison que de masquer… leurs désaccords. Paradoxalement, en raison de ses modalités, il a plus de chances d’amplifier la crise européenne que de la stopper.

Mais l’affaire ne s’arrête pas là. Si Barack Obama a téléphoné à deux reprises en trois jours à Angela Merkel, manifestant ses inquiétudes et pressant son interlocutrice d’agir, ce n’est pas sans un sérieux motif. Pour quelle raison les soubresauts d’un petit pays européen comme la Grèce, et même de quelques autres en supplément, seraient susceptibles de mettre en danger, comme un gouverneur de la Fed l’a exprimé, le redémarrage économique des Etats-Unis qui fait l’objet de voeux fervents ?

Il faut une fois de plus regarder du côté des banques et de leurs relations systémiques pour le saisir. L’exposition du système bancaire américain à celui de l’Europe – qui vient de montrer sa fragilité – est en réalité une inconnue, en raison une nouvelle fois de l’opacité du marché des produits dérivés, et en particulier des CDS. En conséquence, après avoir exporté en Europe leur crise financière, les Américains craignent maintenant que les Européens leur rendent la pareille, tel l’arroseur arrosé.

La BCE détient une des clés de la situation, afin de calmer le jeu dans l’immédiat. Car ce que les marchés attendent – ils ne se privent pas de le faire savoir – c’est qu’elle engage un programme d’achats d’obligations d’Etat sur le marché secondaire, c’est à dire aux banques pour appeler les choses par leur nom. Celles-ci veulent se désengager sur la pointe des pieds d’un marché obligataire qui n’est plus le refuge qu’il était. Le marché (les mégabanques, pour continuer d’appeler les choses par leur nom) veut laisser les Etats et la BCE régler entre eux la crise de la dette publique et s’en laver les mains. Ils savent en effet que le risque est grand pour eux d’être mis à contribution demain, à l’occasion de restructurations d’ampleur de la dette, qu’ils pressentent inévitables.

Curieusement, Olli Rehn, commissaire européen aux affaires économiques, s’est fait dans la nuit le porte-parole de la BCE pour annoncer que des achats de dette souveraine allaient être entrepris.

Que ce soit d’un côté à l’autre de l’Atlantique ou bien entre les Etats et les mégabanques, le même jeu continue, qui consiste à tenter de se prémunir de la contagion des miasmes de l’autre.

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137 réflexions sur « L’actualité de la crise: un plan de sortie de route, par François Leclerc »

  1. Enfoncée la vieille mafia, « tu payes on te protège » / « si tu payes pas on met le feu »
    Petit bras…

    Là c’est:
    « si tu payes pas on met le feu »
    En fait on veut tout ton bénèf
    « si tu payes pas on met le feu »
    On veut plus débrouilles-toi, vends des trucs, tes bijoux de famille,
    « si tu payes pas on met le feu »
    Comment ça t’as plus rien, on t’en prête nous, signe là, et n’oublie pas…
    « si tu payes pas on met le feu »
    Au fait, ça marche pas fort ton affaire, on augmente les taux
    « si tu payes pas on met le feu »
    Mais non tu vas y arriver, tiens pourquoi vous vous mettez pas à plusieurs avec les autres dans la rue, parce qu’on peut mettre le feu à toute la rue aussi…

    …mais elle vaut rien ta boutique, elle a brulé… on la prend pour te débarrasser mais reste tout ça à payer, ne crois pas y échapper, ce serait trop facile…
    Heureusement qu’on avait pris une assurance incendie sur ton affaire parce qu’avec des commerçant dans ton genre…

  2. En ce soixante-dixième anniversaire du début de la tragique bataille de France, je ne sais plus quoi penser de leur plans à répétition : ils pensent résoudre la crise en allongeant les chèques, en allant davantage dans la démesure. Quand on sort de la route, on va quelque part, mais ici, les gouvernements font mieux : ils vont nulle part.
    Toujours du bluff : le lendemain de l’annonce du plan, reprise vigoureuse des bourses (et plus les bourses remontent fortement, plus elles vont baisser par la suite) les lendemains déchantent. Par chance, il y a le week-end de l’ascension donc ils peuvent tenir jusqu’à la fin de la semaine prochaine ?

  3. Le Financial Times Deutschland informe que les problèmes de liquidité inter-bancaire demeurent: le spread Libor-OIS , la différence entre le Libor trois mois et l’OIS ( Overnight indedex swap ) passe de 18,11 à 18,63 points de base

    1. Merci de l’info. Pendant qu’à la surface les vagues s’apaisent, en profondeur se meuvent toujours les mêmes difficultés : comment faire pour que les banques continuent à se prêter entre elles ?

  4. L’agence de notation Moody’s estime toujours que l’abaissement de la note de la Grèce devrait « très certainement être significatif » tout en reconnaissant que le plan de secours de l’Union européenne était un « pas en avant », selon une étude publiée lundi.

    « Le changement de notation sera très certainement significatif », a estimé l’agence, qui entrevoit un abaissement « probable dans la catégorie Baa » contre A3 actuellement.

    « Mais un ajustement en catégorie spéculative est également possible », a ajouté Moody’s, qui a abaissé la note de la Grèce de A2 à A3 le 22 avril.

    La décision dépendra « des développements au sein de l’économie grecque une fois dissipé le brouillard né de la panique financière, des mesures de soutien et des mouvements de protestation ».

    L’agence prévoit de rendre sa décision dans les quatre semaines sur la Grèce, mais aussi sur le Portugal, dont la note est également à l’examen.

    Pour le Portugal, Moody’s juge qu’un abaissement de Aa2 à Aa3 est « probable », tout en prévenant qu’un passage à A1 « ne peut pas être exclu ».

    L’agence rappelle, par ailleurs, qu’elle ne prévoit pas de changement à court terme des notes de l’Espagne, de l’Italie et de l’Irlande, les autres pays de la zone euro récemment stigmatisés par les marchés.

  5. C’est insupportable de voir ces banquiers et ces agences de notation disposer de nos vies . Vidons les banques de notre argent et de notre salaire le jour même où il est versé . On sera en position de force pour exiger la nationalisation des banques .

    1. En effet. En plus, il suffit d’un petit pourcentage pour faire une pression énorme.

      Le ratio de solvabilité de Cooke (qui n’est plus respecté depuis longtemps à cause de la dérégulation, de la titrisation, et des effets de leviers) est limité a 1/9. Donc en fait, je dirais que a la louche si 1% retirent leurs billes, la sonnette d’alarme commence déjà a retentir. Au dela, du genre si on atteint les 5%, je pense qu’ils ne peuvent plus rien faire pour sauver les meubles.

      C’est la que se situe le vraie enjeu. Allons nous nous réveiller et faire savoir notre volonté par le vrai « vote » démocratique (selon leurs règles du jeu, la démocratie c’est le marché aujourd’hui), la sanction du « marché efficient », (= nous ne consommons plus leur produits financiers) ou bien allons nous gober leur propagande sans rien faire.

      C’est le plus « amusant » en fait dans cette histoire. C’est que les peuples ont la solution, très simplement, entre les mains, s’ils ne veulent plus subir le marché. Ils n’ont qu’a lui demander d’aller jouer ailleurs.

      Bien sur, ce ne sera pas sans conséquences pour ceux qui restent jouer jusqu’au bout.

      Il faut savoir que le mouvement de « retrait » est déjà en marche. Aux USA notamment il existe un mouvement, mais je ne me souviens plus du nom.

      Et en plus … c’est magique. « Nous », les petits, nous pouvons retirer nos sous et en faire quelque chose de réel, du genre le placer dans des biens réels. Les riches en ont tellement qu’ils ne le peuvent plus …

      Cela provoquera une catastrophe, mais au moins, le pillage et la destruction de la planète prendra fin, et nous pourrons reconstruire quelque chose d’autre.
      http://www.superno.com/blog/2010/05/je-suis-fou-jai-aime-un-film-nul/

      que du bonheur.

    2. Bonjour,

      Mais oui, la « nationalisation des banques » : comme l’ex-Crédit Lyonnais = que du bonheur en perspective, et des archives qui brûlent, comme ça, on garantit de l’emploi à vie et à plein temps aux pompiers… et on donne au surplus la possibilité à des sociétés immobilières la possibilité de rénover ou reconstruire les immeubles dégradés par les flammes. Voilà une Société qui se remet en marche. Si en plus on considère que cet immeuble rénové pourra être plus pratique pour abriter de nouveaux génies de la finances : alors là, c’est complet : l’emploi redémarre.

      Je crains que la simple nationalisation des banques ne change strictement rien au problème ; cherchez plutôt du côté du financement direct des États par les banques centrales… enfin dans cette direction.

  6. c est une honte pour mon pays.la verite est beaucoup plus dur que vous voyer a la tele etc etc.bientot nous n aurons meme pas de qoi vivre.payer les etudes de nos enfants notre loyer en touchant par mois 580 euro.comment dite nous comment?nous avons chaque jour que le regiment des colonels revinnent a la surface.que faire partir de notre pays? nous disons au dnt prenait les de notre pays et faite ce que vous voulez.non non notre pays est a nous qu illes s en aillent nous ne sommes pas leurs cobayent.

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