Comment déconstruire un krach

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Ont été entendus hier devant le sous-comité du Congrès américain pour les services financiers, Mary Schapiro, la présidente de la SEC (Securities & Exchange Commission), le régulateur des marchés boursiers américains, Gary Gensler, le président de la CFTC (Commodity Futures Trading Commission), le régulateur des marchés américains à terme, et Robert Cook, directeur des opérations boursières à la même SEC.

On leur a demandé d’expliquer ce qui s’était passé lors du « flash crash », le krach éclair de jeudi dernier à la Bourse de New York. L’explication qu’ils en ont donné est la même que celle que je vous ai offerte vendredi dans ma vidéo Le temps qu’il fait. Quand je vous ai dit ce qui s’était passé selon moi, je n’avais pas accès à l’enregistrement des centaines de millions d’opérations qui avaient eu lieu ce jour-là – comme la possibilité en est donnée à ces officiels, j’offrais une explication à partir de ma simple connaissance du fonctionnement des mécanismes boursiers. Si je pensais pouvoir le faire, c’est que je n’avais décelé aucune anomalie dans le mouvement de baisse ayant provoqué un krach de près d’une dizaine de pourcents. La seule chose qui me semblait requérir éventuellement une explication, c’était – comme je l’ai signalé alors – le rebond ensuite de près de sept points. Sur ce rebond, je n’ai vu poser aucune question et rien ne me laisse penser que la SEC ou la CFTC planchent à son sujet en ce moment. J’ai envisagé que ce soient les ordres associés à des prix anormalement bas qui ont alors relancé la machine, et c’est apparemment à partir de cette hypothèse (même s’ils ne la formulent pas explicitement) que tous raisonnent. Un rebond de 7 % après une chute de 10 % reste quand même assez étonnant par sa vigueur et je n’exclus pas personnellement l’hypothèse du coup de pouce à la remontée.

Donc, il ne s’est rien passé de spécial, en tout cas à la baisse : les ventes se sont accélérées en raison des événements en Grèce et du refus de Jean-Claude Trichet de recourir à l’assouplissement quantitatif (Gensler a utilisé l’image des turbulences sur un vol d’avion), les prix ont baissé, le mouvement s’accélérant du fait de la liquidité de plus en plus raréfiée quand on s’éloignait à la baisse du prix d’ouverture (les « trous d’air », l’expression n’est pas neuve pour décrire ces cas-là), jusqu’à ce que soient décelées à nouveau de bonnes occasions à saisir (sans, ou avec coup de pouce).

Le plus étonnant je dirais, c’est la mécompréhension du mécanisme boursier que révèlent les questions que pose son fonctionnement normal au profane et dont les questions des parlementaires américains sont représentatives. « La chute de 10 % résulte-t-elle d’un acte terroriste ? », les déposants ont dû répondre sans rire : « Non ». Résulte-t-elle de la confusion par un opérateur de chiffres en millions avec des chiffres en milliards ? Non : aucun doigt gourd au bataillon. Était-elle due au High Frequency Trading ? Bien sûr que non : ces programmes scalpent – comme on dit dans le jargon – des centimes, et quand les prix bougent de manière significative comme c’était le cas jeudi, ils sont sans objet et se sont d’ailleurs volontairement mis hors-course.

Et voilà donc un mécanisme que l’on a raffiné pendant cent cinquante ans d’essais et erreurs pour être sûr que les cotations bougent le plus possible, pour que la jouissance des parieurs soit maximale, et à propos duquel on s’étonne qu’il puisse arriver un jour que tous les joueurs parient sur le même cheval ou – dans ce cas-ci – que vu la catastrophe qui se dessine sur l’euro, tous s’accordent à penser que la meilleure stratégie dans les dix minutes qui viennent soit de vendre. Que ces parieurs soient des êtres humains ou des machines que l’on a programmées pour qu’elles jouent comme des hommes est bien entendu indifférent.

J’ai eu un jour l’occasion de montrer dans une simulation, qu’un marché boursier n’évolue dans une zone de stabilité que dans un seul cas de figure : quand la moitié des intervenants pense que le prix est à la hausse et qu’il faut acheter, et l’autre moitié, qu’il est à la baisse et qu’il convient de vendre. Imagine-t-on vraiment qu’une telle condition soit facile à réunir en mai 2010 ?

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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50 réflexions sur « Comment déconstruire un krach »

  1. Bonjour à tous,

    Donc si je comprends bien les bourses sont commandés par des algorithmes et des logiciels informatiques , donc au fond les meilleurs seront les ordinateurs les plus rapide… il y a t-il une course technologique dans ce domaine ?

    Le principe de base des marchés n’est-il pas que les acheteurs et les vendeurs se rencontrent et négocient jusqu’à ce qu’un prix auquel la transaction peut se faire soit trouvé ? Si les machines font ce travail à la milliseconde, il n’y a pas vraiment négociation…. dans le sens relationel…. mais juste des tendances basées sur le moutonnage…
    Peut-être que que la solution serait de normalisé les transactions …. selon le prix et la quantité de la transaction, elle devra suivre une condition de temps.

    1. Une course technologique ?

      Vous n’imaginez pas à quel point. Les bourses construisent des centres de données avec des locaux à proximité pour que les hedge funds qui pratiquent le HFT puissent d’installer. Et les informaticiens vont même jusqu’à réduire la longueur du câble de la souris pour gagner une microseconde…

    2. Effectivement les hedge funds cherchent des locaux au plus près de l’Olympe des algos dans le coeur de la City..histoire d’optimiser les temps de réponse à la vitesse des électrons dans le cuivre.
      Les souris foncent sur le fromage de la tapette à la picoseconde de nos jours.

  2. @Paul Jorion

    Quelle drôle d’idée que celle de votre dernier paragraphe: La stabilité d’un marché résiderait dans le fait que chacun des intervenants trouve un vis-à-vis et un seul!? En d’autres termes, le marché stable serait assimilable à une application bijective (au sens exact des mathématiques)… J’ironise, bien entendu.

    A titre personnel j’estime qu’il soit là question d’une évidence pure et simple, mais sans doute une légion de braves économistes bardés de diplômes ronflants auraient une foule d’arguments à opposer à ce qui relève pourtant du simple bon sens.

    Une autre question, quasiment confondue à celle-ci, mérite tout de même une réflexion un peu plus approfondie: L’optimum d’efficacité du marché est-il le résultat de la stabilité ou non?

    La nécessaire réflexion à ce niveau n’est malheureusement pas aussi simple à décider, car elle ne se résume pas en la résolution d’équations mathématiques, mais dans le questionnement d’un dilemme moral: L’efficacité financière consiste-t-elle à maximiser le profit – privé – des intervenants ou s’agit-il de favoriser le développement économique d’une communauté – d’un « collectif »?

    Bien entendu, il faut ici admettre en préalable que les deux approches soient dé-corrélées, c’est à dire que la recherche profit maximal ne soit pas vu comme nécessairement favorable au développement économique, ou dans une vision plus radicale, que la recherche du profit maximal soit rigoureusement défavorable au développement pré-cité.

    Il semble que ce soit précisément sur ce point que les avis divergent: On imagine encore pouvoir prétendre que la maximisation de profits privés soit LA condition nécessaire au développement économique de la collectivité, oubliant ce principe pourtant déjà ancien que « le tout est supérieur à la somme des parties ». En espérant que l’assimilation du-dit principe ne soit pas trop tardive pour éviter le grand boom final… Y-a encore du boulot à faire à ce niveau là, non?

    1. Ceci est encore un schéma ploutocratique.
      Le mode d’endettement des états est favorable à la finance privée.
      Le modèle est voulu ainsi depuis au moins la création de la FED, me semble-t-il.
      Pas moyen d’en sortir.

      Pour revenir à la pente de la courbe du krach elle est évidemment due au manque de liquidités.
      Merci à Paul d’avoir précisé le « domaine de vol » des algos de HFT (scalp des centimes) pour parler comme un pilote (ou comme un cambrioleur).

  3. c’est la pari de Pascal, les charbonniers se sont mis à croire, alors ils sont repartis au charbon après le coup de grisou ; et les vendeurs à découvert ont bouclé leurs positions …

  4. Bravo pour votre sagacité et la pertinence de votre hypothèse première! Comme souvent nul besoin d’aller chercher midi à quatorze heures… De la volatilité à l’inflamation ou l’évaporation totale il n’y à qu’un pas.
    Et au sujet de ce petit pas, que pensez vous de l’info sortie pas le WSJ et relayée par le FT ainsi que Contreinfo. D’après eux le déclic à la baisse « krachoïde » serait une petite expérience de la théorie du cygne noir initiée pas le hedge fund conseillé par Nassim Taleb…
    Il aurait posé un pari à 7500000$ sur 500000 options sur le marché de chicago, suffisant pour devenir le vilain petit canard ou cygne noir annonciateur de tempête « incontrôlable » pour tous les moutons blancs suiveurs.
    L’éventualité me plaît assez…, et en tout cas si l’info était avérée, Nassim Tajeb aurait non seulement prouvé grandeur nature sa théorie du cygne noir, mais également que l’on pouvait les fabriquer, ainsi que les escamoter… À se demander si tous ces régulateurs, gardiens du temple des marchés n’en seraient pas réduits à n’être plus que des braconniers officieux, grassement rétribués pour l’abattage en règle, avant ou après passage inopiné dans le ciel radieux de nos marchés boursiers, de gallinacés un peu trop grands et basanés pour être honnêtes… Mais je m’emporte, je m’emporte…

    1. … tant qu’on en est pas à prendre les enfants du bon Dieu pour des canards sauvages…ni des vessies pour des lanternes.
      Mais comme disait mon grand père, « tant va la cruche à l’eau, qu’à la fin… »

    2. Lisez ce qu’en pense Janet Tavakoli : http://www.huffingtonpost.com/janet-tavakoli/nassim-taleb-kills-20-bil_b_571633.html

      The Wall Street Journal’s « Crash » Story

      Today’s Wall Street Journal asks if a trade done by Universa, the hedge fund Taleb advises, sparked last Thursday’s stock market upset. It didn’t. But unrelated to Universa, there are indications of problems with models and of possible market manipulation.

      This might make for good book sales for today’s release of the second edition of The Black Swan, but the Wall Street Journal article misleads the public about an important event. See more details at « ‘Banging’ the U.S. Stock Market, » Huffington Post, May 10, 2010.

    3. Merci pour le lien, même si c’est bien sur beaucoup moins « sexy » ou « amazing »! Néanmoins si ça peut aider à vendre un peu de papier… d’édition celui là, qui trimballe des idées, bonnes ou mauvaises; et non pas des dettes ou valeurs franchement douteuses…
      D’autant qu’avec tout ça le Nassim, non seulement il va mieux vendre de la bonne vieille réédition de son cygne noir, mais encore pourra t’il nous sortir un nouvel opus sur le faux cygne noir! Celui qu’on voit bizarrement partout et qui occulterait, utilement, le vol majestueux des faucons de haute volée, eperviers de basse volée et vautours de curée finale. 🙂

  5. Personnellement, en début de semaine, j’ai fait la lecture suivante des événements de jeudi dernier :

    Le hedge fund basé à Chicago, Universa Investments, a placé un pari important sur une poursuite de la baisse du marché avec 50k options. Le trade est arrivé au moment où le marché battait de l’aile avec la propagation des craintes sur les dettes souveraines européennes (le S&P perdait alors environ 3% et le marché retenait son souffle). En face du trade, la contrepartie, Barclays, a tenté de se couvrir en vendant, ce qui aurait déclenché toute une série de ventes de couvertures. Les automates ont pris le relai puis les ordres de trading à haute fréquence se sont retirés des carnets en raison de la hausse de la volatilité, accélérant le plongeon. La raréfaction des ordres disponibles dans les carnets a provoqué un effondrement des cours et les valeurs sur lesquelles les coupe-circuits ont fonctionné ont plongé sur les bourse alternatives, les automates transférant leurs ordres hors des places dites « officielles ».

    L’ironie de l’histoire : le hedge Universa est conseillé par Nassim Taleb, l’auteur des livres sur les black swans…

    Ce cheminement m’a été inspiré par le Wall Street Journal qui relatait le pari du hedge fund Universa Inv.

    Je crois assez peu à l’hypothèse du coup de pouce. En effet, pour un observateur un peu attentif et malin, il était aisé de comprendre que les machines prenaient le contrôle du système. Par exemple, le titre Procter & Gamble n’a jamais coté sous les 50$ sur le NYSE alors qu’il a cassé les 40$ ailleurs, notamment sur la plateforme alternative BATS (à vérifier, peut-être sur une autre plate-forme). Dès lors, il est logique que des professionnels surinformés sentent la bonne affaire et se lancent dans des achats opportunistes. Et puis surtout, il suffit que les carnets soient fermés quelques minutes, le temps de recharger la demande pour que les fixing de réouverture se fassent à des cours bien plus élevés, et ce, même avec une liquidité très faible. La remontée n’a pas nécessairement besoin de coup de pouce dans ces conditions. Il y a d’ailleurs des trous de cotations important sur les graphes en tick des valeurs qui ont plongé, attestant ainsi de la relative faiblesse des volumes malgré l’incroyable décalage des cours.

    NB : j’ai un bug récurrent au boulot sur le site. IE 7.0 ne parvient pas à terminer le chargement de la page en raison d’un ou 2 objets qui refusent de se charger complètement.

    1. mouais bof…

      Nassim Taleb a une réputation détestable, notamment en raison de son arrogance mais l’argument de la réédition du livre, bof bof.

      Je n’ai pas été complet dans mon message précédent. Il faut aussi préciser que la violence des mouvements sur les devises, notamment sur le yen peut être à l’origine de la chute en cascade. Il suffit que des positions de carry trade soient débouclées, provoquant des ventes forcées, pour que le marché s’emballe. De toute façon, on ne saura jamais précisément ce qui s’est passé, le système est trop complexe…

      Concernant la MAJ de l’article de Janet Tavakoli, je ne suis pas d’accord. Si Universa a placé un pari, que ce soit via une vente de calls ou un achat de put; dans les 2 cas, la contrepartie doit se couvrir en vendant du sous-jacent, des futures en l’occurrence. Des paniers de ventes de futures provoquent fréquemment des baisses de marché.

    2. Oui, le bouquin, c’est capilotracté! Ceci dit, Janet n’établie pas de lien de causalité, mais la simple mention est de nature à insinuer le doute.

      Sur la couverture par la vente de futures de la contrepartie d’Universa, je serais tenté de dire que le montant des paris pris par Fortuna a pu accompagner la chute à un moment critique, mais pas la causer. En tout cas, elle ne permet pas d’expliquer seule une chute de 10%. Les interventions sur le carry trade en complément sont intéressantes de ce point de vue.

    3. ah mais de toute façon, il est clair que l’opération de ce hedge n’a pas provoqué à lui seul l’effondrement complet. Mais il a pu lancer la dynamique en déclenchant des réactions en chaîne dans les systèmes et les algos.

    4. J’ai évoqué brièvement avec Janet Tavakoli l’hypothèse Taleb au moment où l’histoire est sortie dans le Wall Street Journal. Cela nous paraissait à tous deux « Too good to be true » : l’auteur du cygne noir (une approche extrêmement partielle des erreurs présentes dans les modèles financiers) provoquant un événement « cygne noire », ce serait vraiment trop beau ! Ce qui ne prouve évidemment pas que ce ne se soit pas passé de cette manière, mais le fait est qu’un événement de cette nature n’est absolument pas nécessaire pour que le krach se soit déroulé de la manière observée.

      Je n’ai encore visionné que deux heures des 3h29 de l’audition au Congrès, durant ces deux heures, l’hypothèse Taleb n’a pas été évoquée. Je regarderai la fin ce soir, si Taleb est mentionné, je vous le signalerai.

    5. Merci Paul.
      Je suppose que le hedge fund en question n’a pas qu’un seul conseiller. Et puis, ils sont capables de se débrouiller tout seul. Ce serait surprenant que Taleb ait fourni ses si précieux conseils sur ce trade spécifique. En tout cas, la presse, si je ne m’abuse, s’est contentée d’évoquer le lien entre le personnage et le fonds mais n’a pas fait mention de son implication sur ce trade en particulier.

    6. N’empêche, l’hypothèse sur les devises ne me semble pas farfelue : ce jour-là, il yen a fait un yoyo ahurissant !

    7. J’ai terminé de visionner les 3h30 de l’audition. Il n’a jamais été question de Nassim Taleb. Encore une fois, cela ne veut pas dire que son achat éventuel d’options ne soit pas impliqué mais, d’une manière générale, l’idée qu’une transaction particulière aurait joué un rôle spécial dans le krach éclair, a été rejetée sans ambiguïté par les six déposants, unanimes en tout cas sur ce point-là.

  6. Incroyable comme même ici la plupart continuent à se focaliser sur la baisse soudaine, qui n’a rien de plus mystérieux qu’un krach et ne veulent pas réfléchir à la hausse qui, elle, a peut-être bien été artificiellement aidée.
    Comment faut-il le dire pour que cela soit entendu? Il y a eu un krach à WS suite aux problèmes de liquidités des banques européennes. Pour ne pas effrayer le chaland et qu’on ne fasse pas le rapprochement avec le plan européen qui a suivi, on sort ensuite des histoires abracadabrantesques. Il ne faut pas que le public pense que les banques viennent d’être renflouées à nouveau et que le système pourrait être irrémédiablement foutu, c’est tout.

    1. Pardon Moi si nous avons pu vous donner l’impression de nous concentrer, par le petit bout de la lorgnette, sur l’aspect baissier, secondaire effectivement. Je crois que je consensus est assez général ici pour considérer, avec Paul, que l’anomalie se situe sur le rebond.
      Pour le cas Nassim Tajeb, on est face à l’éternel problème mortifère de la rumeur: impossible de l’infirmer sans l’évoquer et donc la relayer. Mais le déni silencieux, même sur des points anecdotiques comme celui que j’ai abordé ici, me semble plus pernicieux encore.

  7. Hhmm..
    Malgré 2 mensonges, l’hypocrisie américaine a perdu face à la vérité.

    Le plus intéressant est la réflexion de mise en place d’interdition de chute…
    Pourquoi..?? et bien tout bêtement parce que le niveau de la bourse est une donnée trop importante pour les Américains. Et cela était déjà apparu lors de la découverte du scandale d’achats tournants entre les plus grosses banques pour faire monter leurs cours.
    In money, we trust.

    1. Et non yvan, elle n’a pas perdu. Au contraire, ça a marché. Seules quelques milliers de personnes fréquentant des blogs économiques, les salles de marché ou les conseils d’administration savent ce qu’il s’est passé. La grande masse n’a pas idée qu’on a à nouveau frôlé un effondrement brusque et complet du système.
      Je viens de lire les journaux espagnols où les fonctionnaires viennent d’apprendre qu’on diminue leurs salaires de 5%. Vous vous dites sans doute « archi-prévisible! ». Eh ben eux, ils tombent des nues. La Grèce, la chute de l’euro, le chômage à 20%, les dettes partout, le plan d’aide européen, le krach à WS, enfin tout le cirque qu’il y a depuis 2 ans, et eux ils découvrent qu’ils vont payer le jour où ça paraît dans la Pravda officielle… Et je suis sûr qu’en France aussi ils vont être étonnés dans quelques semaines.
      Ils vont être tondus et ils le méritent un peu, faut avouer.

  8. Lu sur la 12:15 du Monde du 11 mai

    Le mini-krach lié à l’algo-trading » ?
    Le gendarme boursier américain, la SEC, a réuni en urgence les responsables des principaux marchés boursiers américains lundi, quatre jours après le krach éclair qui a vu Wall Street chuter de plus de 9 %, pour tenter de comprendre ce plongeon historique et éviter qu’il se reproduise. Au terme de cette rencontre, la SEC a indiqué que les différentes parties s’étaient « entendues sur un cadre structurel, qui sera affiné (…), afin de renforcer les systèmes de coupe-circuit et de pouvoir gérer les échanges erronés ».
    Selon des gérants de portefeuilles boursiers, un algorithme, ou programme informatique, aurait réagi à une brusque poussée du yen face à l’euro puis au dollar, entraînant une cascade d’ordres de vente en quelques centièmes de seconde. Le problème est qu’aucun garde-fou n’était alors en place.

    http://www.sec.gov/news/press/2010/2010-74.htm

    « Pas da garde-fou en place » J’ai de la peine à le croire, j’avais déjà rappelé qu’aux premiers temps de l’info de gestion on savait poser des contrôles de vraisemblance et on n’était pas issus des grandes écoles pour autant, l’ABC du métier tout simplement ou même du bon sens.

    Le Canard de ce jour consacre un article plus que pertinent à ce problème et au HFT « sommet de la dinguerie ».
    « Ces machines qui spéculent à la vitesse de la lumière »
    « Les machines remplacent peu à peu les traders et la vitesse de calcul supplante le flair »
    Infos issus de cabinets d’experts (sous réserve) :
    « . le HFT atteint 73% du volume total des actions échangées en 2009 sur les marchés américains et constitue la moitié des échanges de produits dérivés.
    . cette pratique a généré en 2008, 21 Ma $ de bénéfice pour le seul secteur financier américain. Les ordres de GS représenteraient à eux seuls 20% des volumes passant par la HFT. »
    Qui pond ces softs ? « des matheux de haut vol, doctorat en maths, physique, astrophysique, statistique »
    Pour avoir touché du doigt des soft de -propositions d’approvisionnement- dotés d’algos élaborés, c’est cependant toujours l’homme qui validait toute commande effective.

    Le Canard conclut par une question « Il existe des algorithmes pour programmer la vertu ? »
    Voila un beau sujet pour un prochain concours de programmation.
    Tout cela me semble dément, surtout compte tenu des enjeux !!

  9. La hauteur des bourses est artificiellement entretenu .Dans les milieux bien informés ,on appelle ça le suspensoir ou « jock-straping » .

  10. Alors là, avec votre histoire de 50/50 (non bijective, contrairement à ce qui est suggéré plus haut), on ne peut pas ne pas évoquer Serge Galam
    qui étudie les phénomènes d’opinion et le 50/50 récurrent des élections « bouclées par les médias » (c’est moi qui rajoute)
    et en oubliant l’opinion qu’on peut avoir vis à vis de ses prises de position quant à la pertinence de sacraliser le GIEC ou de pétitionner la ministre de la recherche contre l’homo allegro.

    http://pre.aps.org/abstract/PRE/v73/i6/e066118
    http://pre.aps.org/abstract/PRE/v71/i4/e046123

    Christian Borghesi and Serge Galam
    Phys. Rev. E 73, 066118 (2006)
    Chaotic, staggered, and polarized dynamics in opinion forming: The contrarian effect

    We reconsider the no-tie-breaking two-state Galam contrarian model of opinion dynamics for update groups of size 3. While the initial model assumes a constant density of contrarians a for both opinions, the density now depends for each opinion on its global support. Proportionate contrarians are thus found to indeed preserve the main results of the former case. However, restricting the contrarian behavior to only the current collective majority makes the dynamics more complex with additional features. For a density a<ac=1∕9 of one-sided contrarians, a chaotic basin is found in the 50-50 region separated from two majority-minority point attractors, one on each side. For 1∕90.301 the chaotic basin disappears and the majority starts to alternate between the two opinions with a staggered flow toward two point attractors. We then study the effect of both decoupling the local update time sequence from the contrarian behavior activation and a smoothing of the majority rule. A status quo–driven bias for contrarian activation is also considered. Introduction of unsettled agents driven in the debate on a contrarian basis is shown only to shrink the chaotic basin. The model may shed light on recent apparent contradictory elections with on the one hand very close results as in the United States in 2000 and in Germany in 2002 and 2005, and on the other hand, a huge majority as in France in 2002.

    ET
    S. Galam
    Phys. Rev. E 71, 046123 (2005)
    Heterogeneous beliefs, segregation, and extremism in the making of public opinions

    The connection between contradictory public opinions, heterogeneous beliefs, and the emergence of majority- or minority-induced extremism is studied, extending our former two-state dynamic opinion model. Agents are attached to a social-cultural class. At each step they are distributed randomly in different groups within their respective classes to evolve locally by majority rule. In case of a tie the group adopts one or another opinion with respective probabilities k and (1−k). The value of k accounts for the average of individual biases driven by the existence of heterogeneous beliefs within the corresponding class. It may vary from class to class. The process leads to extremism with a full polarization of each class along one opinion. For homogeneous classes the extremism can be along the initial minority making it minority induced. In contrast, heterogeneous classes exhibit more balanced dynamics, which results in a majority-induced extremism. Segregation among subclasses may produce a coexistence of opinions at the class level, thus averting global extremism. Insight into the existence of contradictory public opinions in similar social-cultural neighborhoods is given.

    En résumé, il est intéressant de voir qu’on a transformé les opinons en un « mercato » du même style que celui dont a besoin la bourse pour fonctionner, 50/50, et pas d’aspirations définies. Sur ce fond peut néanmoins intervenir le chaos, qu’on le voit à la Naomi Klein (Stratégie du Choc ) ou à la Nassim Taleb (Cygne noir) etc….

    On a délié les éléments de « jugement véritable » (les cricuits longs) que suppose le pacte républicain, en noyant le tout dans le temps court (les médias). La volatilité boursière et celle d’opinion n’en sont plus alors qu’une et seule même.

    Pourtant, pour une bonne ratatouille, ou une escalivade, il faut le circuit long !

    1. « Alors là, avec votre histoire de 50/50 (non bijective, contrairement à ce qui est suggéré plus haut) »

      J’aurais bien aimé un développement de votre point de vue par rapport au mien, ayant généralement beaucoup de mal avec les affirmations péremptoires.

    2. [Dissonance dit:]
      Quelle drôle d’idée que celle de votre dernier paragraphe: La stabilité d’un marché résiderait dans le fait que chacun des intervenants trouve un vis-à-vis et un seul!?

      Dissonance, je ne vois pas comment vous passez d’un 50/50 que je vois comme statistique à la bijection.
      Votre enchère peut rencontrer 0, 1 ou 2 vendeur (injection, bijection, surjection « locale »). Le vendeur qui ne prendra pas votre enchère, il va trouver d’autres acheteurs, etc.
      Un physicien se demanderait sur quel ensemble dans le temps et « l’espace » du marché on fait la moyenne et on peut dire « c’est 50/50  » avec telle ou telle précision, sans doute une « fonction de corrélation » des agents individuels, mais la bijection stricto sensu ne serait que le cas limite ou l’on n’a pas besoin de faire la moyenne.
      Si on quitte 50/50 « longtemps », et que tout le monde est « durablement » dans une opinion « 60/40 », le marché va inéluctablement glisser vers les « 60 ». Si il est trop instantané et sans frein, ca diverge.
      Si l’on veut définir une opinion comme quelque chose d’un peu plus durable que les valeurs instantanées du marché, ida est l’opinion ne change pas tout de suite quand le cours change, mais seulement avec du retard, alors cette opinion ne doit pas s’écarter beaucoup de 50/50. En chimie radicalaire, on utilise souvent le fait que certains intermédiaires réactionnels pourtant indispensables sont en quantité très faible, on les biffe dans les équations, on justifie cela en disant qu’ils disparaissent rapidement après leur production et ne s’accumulent pas.
      Suivant l’échelle de temps, c’est donc variable : aux temps courts, opinion stable, cours évoluant dans une marge faible, aux temps longs, l’opinion est devenue {50/50 sur le nouveau cours}, on dira au choix qu’elle a évolué ou qu’elle est restée elle-même suivant le terme qu’on privilégie dans les accolades.
      Intuitivement :
      On a un peu la même chose ici, un « clinamen » lucrécien dirait M. Serres, le glissement du cours ne se fait qu’à la marge, en ne quittant l’opinion 50/50 qu’infinitésimalement dans un monde qui aurait autant d’agents et d’actions qu’on voudrait. L’amplification géante des fluctuations au dela des volatilités communément rencontrées intervient quand ce « clinamen », ce léger écart résiduel devient du même ordre que le cours. « qed » sur les cours tombés à zéro jeudi dernier.

    3. D’accord, à ceci près que localement, si la variation du ratio acheteurs/vendeurs n’est pas nulle, on ne peut plus parler non plus de stabilité du marché. Les deux notions sont intimement liées.

      Je reconnais que votre approche soit certainement plus réaliste que la mienne, ceci dit elle relativise autant la nature bijective de la relation acheteurs/vendeurs dont je parlais que la notion de stabilité évoquée par Paul.

      A ce propos, si j’ai bien compris le principe, le propos du HFT serait précisément de se soustraire à cette contrainte d’un marché trop stable sur le long terme, mais dont les variations à très court terme seraient suffisantes pour générer du profit.

  11. Bruxelles propose que les Etats lui soumettent leurs lois de finance avant de les faire voter par leurs parlements.

    On croit rêver !!!! .. Sont-ils sérieux ??? comment se convaincre que les gouvernements locaux vont accepter qu’une tripotée de fonctionnaires à Bruxelles leur imposent leurs budgets de fonctionnement.

    D’ailleurs, la Suède à déjà dit qu’elle s’y opposerait .. La grande messe à l’unissons de dimanche dernier commence déjà se fissurer.

    1. Le contrôle du budget et de son utilisation par le parlement est la racine ultime de la démocratie (cf. la construction du parlementarisme anglais). Remettre ce contrôle en cause, c’est mettre un terme à ce qui reste de souveraineté aux Etats membres. Pas sûr que la population de certains de ces Etats membres accepte ce genre d’ineptie les bras croisés. L’Europe voudrait creuser elle-même sa tombe qu’elle ne s’y prendrait pas autrement…

    2. ouais, bof…sauf qu’avec la monnaie unique, l’indépendance de la BCE, le traité de Maastricht (et ses critères de convergences), la sacro-sainte concurrence libre et non-faussée, cela fait déjà belle lurette ( 1992 ?) que les états n’ont plus aucune main-mise sur leurs politiques économiques…

      Moi ce qui ne cesse réellement de m’étonner c’est le déni de réalité dans lequel nous baignons depuis plus de 2 ans.

      L’échec cuisant du néolibéralisme n’a absolument pas remis en cause le « modèle conceptuel » à l’oeuvre depuis 30 ans…Pis, les « potions amers » du FMI vont bientôt être appliquées aux peuples européens alors que leurs inefficacités ne font aucun doute. (austérité = récession).

      dépassé les bornes, il n’y a plus de limites…à la propagande.

      Certains pays, dont la France, avaient réussi à échapper au régime de privatisation opéré partout ailleurs sous l’égide de la banque mondiale, du FMI ou de l’OCDE. Cela dit, c’était en préservant à coup de déficits son système de protection sociale (tactique empruntée à Reagan et qui a le mérite de démontrer par A+ B que..la protection sociale ça coûte chère, surtout si y’a plus que les classes moyennes qui la finance…et non les entreprises, les revenus du capital, les + hauts revenus etc.). In fine, le démentèlement des acquis sociaux se fait avec l’assentiment des braves gens : « faut être réaliste ma bonne dame ! ».

      La crise financière est en passe d’aboutir là où tant de politiciens se sont cassés les dents…

      Les financiers ont gagné la guerre des classes, c’est le genre d’ironie qui me met très, très, très en colère.

    3. Merci la menuise pour ce lien, j’ai écouté avec attention et j’avoue que cette idée d’ensorcellement est vraiment très intéressante.

      un aspect cependant m’interroge : L’ensorcellement est posé en opposition à l’aliénation qui elle n’est possible que par l’ignorance (la connaissance libère et conduit à la résistance), je n’ai cependant pas saisi le mode de « reconnaissance » des sorciers et leur « mode opératoire »…

      Par contre la solution pour le désenvoûtement est plus claire, cette dame propose de reconstruire un imaginaire positif, de raconter les petites victoires…

      De se détacher de ce « sentiment d’impuissance » entraînée par la connaissance de la situation mais par la croyance que nous nous imposons d’une impossibilité à changer les choses.

      Le sort ne fut-il pas finalement jeté par Margaret et son fameux T.I.N.A (There’s no alternative).

      Merci en tout cas pour cette petite piqûre de rappel…

      Que pensez-vous de Paul en medecine-man, son travail et ce blog ne représentent-ils pas une forme originale de désenvoûtement ?

      (auquel il faut associer François, bien sûr)

      Bonne journée à vous et à tous !

    4. @ ghost dog

      Je n’ai pas encore lu  » La sorcellerie capitaliste, Pratiques de désenvoûtement »,
      et n’émet donc qu’une hypothèse:

      Je ne vois pas comme vous, d’opposition mais plutôt l’ aliénation
      comme consubstantielle (merci l’Europe, qui m’a appris un mot) à l’ envoûtement
      qui lui relève de l’effet hypnotique sur les esprits.
      Je crois deviner plusieurs étages à la fusée.

      Quand bien même vous découvrireriez et identifieriez les chaînes qui vous retiennent
      et acquereriez ce faisant une force pour les rompre,
      il vous resterait à vous désenvoûter de vos tyrans.
      Car sans cela vous êtes tétanisé et incapable de vous enfuir, bien que potentiellement libre.

      Alors.
      Il faut mordre la main qui vous a nourri et assujetti, vous ne lui devez rien ou si peu.
      Elle vous doit tout.
      Or vous, l’avenir compte sur vous, vous n’avez plus de temps à perdre… avec les cons.
      Bonne colère à Tous.

  12. @ Moi et aux surnageants :

    Je le pense aussi ,quelques semaines.
    A moins qu’un grain de sable (dans le détail,mais on ne le connaît toujours pas,même sortant de l’X) vienne subrepticement et soudainement , de façon sans appel, mettre un point final à ce trop long épisode tragique…Je le souhaiterais,pour le mieux être de la majorité de nos contemporains.

  13. C’est quand même assez révélateur de cette utopie qu’est l’Europe telle que l’on veut nous la faire avaler depuis dimanche, comme soit-disante solidaire et prête à sacrifier ses Etats pour un pouvoir central à Bruxelles.

    Voilà que dès cette première proposition de Barrosso, les boucliers ( Suèdois et Allemand pour les premiers … ) sont déjà levés. J’attends la suite, çà va être trop drôle. Les spéculateurs sur l’effondrement de l’Euro vont recommencer à se frotter les mains …

  14. Obama a fait pression sur Zapatero et maintenant ce sont les espagnols qui sont mis à la diette.
    Voilà le roi est nu, nous sommes directement sous les ordres de Washington, et Obama est lui même aux ordres de Wall Street. Démocratie avez vous dit ? Non dictature des marchés !!! Ca va très mal se terminer…

    1. Je pense comme vous. La fameuse « décision historique » européenne de créer une garantie en cas de défaut d’un état apparaît curieusement après que des dirigeants européens aient reçu des coups de fils d’Obama…

  15. une question, peut-être idiote du reste : l’économie est-elle le « lieu » déterminant de l’organisation sociale, c’est à dire là où se détermine tout le reste ? Ou bien est-elle simplement le « lieu » où se révèlent, deviennent visibles des processus sociaux plus profonds? ( un peu de la même manière que l’écriture, qui ne serait pas un stockage de la pensée mais le moment même où se fait la pensée ?)
    bref y-a-t-il un primat de l’économique sur le reste ? ou bien n’est-elle que l’expression, le révélateur de processus sociaux et politiques dans lesquels nous nous situons mais que nous ne percevons pas bien ?

    1. C’est une très bonne question ! Et la réponse, contradictoire, est : « les deux à la fois ». C’est pourquoi il est nécessaire de dépasser et de supprimer l’économie et ses conditions de possibilité.

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