Une civilisation cognitive, par zébu

Billet invité

A mesure que l’on avance dans la crise financière en cours, il devient de plus en plus évident que celle-ci masque de plus en plus mal un autre type de crise : une crise du sens que les hommes donnent à la représentation qu’ils se font de ce monde. Pierre-Yves D. et Jean-Pierre Pagé, sans compter évidemment l’hôte de ce blog et François Leclerc ont déjà interrogé cette crise paradigmatique.

L’épuisement des hommes, des concepts et des environnements y apparaît en filigrane de manière rédhibitoire. Simultanément, l’urgence et la nécessité d’un nouvel ‘astrolabe’ pour effectuer des observations universelles mais aussi d’un ‘sextant’ pour faire le point hors de vue d’une terre en plein brouillard y sont sans cesse rappelées. Car la navigation humaine se pratiquant à l’ouïe, aux sons des chutes répétées que pratique de manière assidue et croissante le capitalisme financier, le risque que celle-ci ne s’échoue sur des bancs de crises, pour au mieux s’y amarrer, semble de jour en jour croissant.

La Révolution étant la chose la mieux partagée tant qu’elle n’a pas commencé, on convoque de toutes parts des processus qui permettraient enfin de sortir du bourbier que l’on constate, tant les similitudes se prêtent parfois à des analogies historiques : ‘1788’ est un item qui commence à ressortir de plus en plus fréquemment dans les moteurs de recherche sur internet (31 500 000 occurrences sur Google, contre 35 800 000 pour ‘1789’).

Mais d’autres révolutions ont aussi été évoquées comme référentiel d’analyse. La ‘révolution industrielle’ marqua elle aussi une profonde césure entre un ‘monde d’avant’ et un ‘monde d’après’, bien que ces deux mondes coexistèrent encore longtemps. Cette révolution là provoqua de vives contestations, parfois jusqu’à l’insurrection armée, comme avec le mouvement luddiste en Angleterre, en 1811-1812 et jusqu’à la fin des années 1830, dans le secteur du tissage artisanal, qui subit de plein fouet les premières politiques de libéralisme économique. Des fabriques ‘industrielles’ furent ainsi détruites mais le mouvement fut rapidement réprimé par le gouvernement anglais, autant inquiet de ce type de mouvement que de la lutte contre Napoléon.

En France, des émeutes contre l’introduction des nouveaux métiers à tisser furent aussi réprimées dans le sang à Vienne en 1819. La révolte des Canuts à Lyon en 1831 quant à elle concerna les salaires et non les outils de production mais la loi Le Chapelier (1791) fut invoquée par les fabricants pour dénier le droit à l’Etat de s’immiscer dans le monde du travail, rappelant ainsi aux ouvriers 40 ans après que la Révolution française était bien une révolution libérale, notamment économique, dont les ‘héritiers’ comptaient bien faire valoir leurs nouveaux ‘droits’, y compris par les armes.

Dans tous ces cas, la liberté économique et son pendant idéologique, le libéralisme économique, surgirent dans ‘l’Ancien monde’, s’appuyant sur les processus que la révolution industrielle avait mis en œuvre pour asseoir sa domination pour plus d’un siècle. Le paradigme de la mécanisation ‘engendra’ par la suite et bien plus tard une modélisation ‘scientifique’ avec le fordisme et le taylorisme. La création d’une société de consommation de masse puis d’un capitalisme financier ‘globalisé’ finalisèrent le processus engagé plus de deux siècles auparavant, en poussant l’exploitation jusqu’au point maximal où elle pouvait l’être mais devant faire face aujourd’hui aux conséquences de cette même exploitation à outrance : finitude environnementale (notamment des énergies nécessaires à la mécanisation), exploitation maximale des consommateurs (sans tenir compte de la nécessité de préserver un pouvoir d’achat suffisant à la consommation), autonomisation de la finance sur la production (la finance ayant été pourtant vitale à la croissance de la mécanisation). C’est donc la fin de la mécanisation comme paradigme, sans toutefois qu’advienne pour ‘prendre le relais’ un nouveau paradigme.

Or, les chances de réussite quant à faire advenir un nouveau paradigme par un ‘luddisme financier’ (destruction de l’outil de ‘production’ que sont les banques) semblent réduites, d’une part parce la ‘globalisation’ financière rendrait vain ce type d’action et aussi parce qu’aujourd’hui comme hier les pouvoirs politiques seraient très soucieux (autant que pouvait l’être le gouvernement anglais des luddistes en 1812) de préserver cet outil essentiel de production qu’est devenu l’argent à la civilisation ‘industrielle’, même déclinante. Il y a donc fort à parier qu’il faille, comme en 1789, accoucher la réalité avec les forceps, ce qui se fait souvent dans le sang, la douleur et avec des marques à vie pour l’enfant.

D’autres ont néanmoins anticipé cette fin paradigmatique, d’une toute autre manière cependant que ne le saurait le proposer une révolution et/ou un luddisme de fin d’époque envers le capitalisme. Dès avant la fin de son mandat, Jacques Delors, alors Président de la Commission Européenne, proposa un Livre Blanc intitulé « Croissance, compétitivité, emploi. Les défis et les pistes pour entrer dans le 21e siècle » en 1993, qui marquera un tournant fondateur vers ce que l’on appellera ensuite ‘l’économie de la connaissance’.

« Globalement, l’Union doit tendre vers une économie, « saine, ouverte, décentralisée, compétitive et fondée sur la solidarité » qui devrait produire quinze millions de nouveaux emplois « d’ici la fin du siècle ». En termes macroéconomiques, cela implique de réduire les déficits publics, de parvenir à la stabilité monétaire et de s’ouvrir plus largement à l’international, l’arrivée de l’UEM et la clôture du cycle de l’Uruguay round du GATT sont tous les deux sur la table à ce moment. » On y retrouve d’ailleurs, déjà, la réduction des déficits comme objectifs.

L’arrivée de la ‘société de l’information’ (qui ne s’appelait pas encore ‘économie cognitive’) devait être accélérée et pour ce faire, le marché du travail devait être débarrassé de ses rigidités, afin d’ailleurs de faciliter, grâce à cette nouvelle flexibilité, la formation tout au long de la vie et la remise à niveau permanente, base de cette société de l’information en devenir.

Le tournant semble d’importance : « Le livre blanc a joué un rôle majeur dans l’évolution de la pensée des élites européennes en matière d’emploi. Suivant l’expression de Caroline de la Porte, « la Commission a formulé avec succès le problème politique (chômage, croissance faible) et proposé une ‘solution politique’ (pour accroître l’emploi et développer des politiques actives sur le marché du travail) ». Cette « formulation » comme ces propositions politiques ont fini par être largement partagées. ». Tellement partagées d’ailleurs que le Conseil Européen d’Essen en 1994 intègrera la politique de l’emploi à l’ordre du jour et le Conseil Européen de juin 1997 proposera d’intégrer cette politique dans le Traité d’Amsterdam, proposition acceptée en novembre 1997.

Et l’ensemble de ces propositions concernant cette société de la connaissance sera alors intégré dans la fameuse Stratégie de Lisbonne portée en 2000 par le Conseil Européen et par Johannes Laitenberger, « (…) artisan de la « stratégie de Lisbonne ». Ce même Johannes Laitenberger, intime de Manuel Barroso et devenu entre-temps son Directeur de Cabinet, porte aussi la stratégie ‘UE 2020’, succédané de celle de Lisbonne, aux dires mêmes des partisans des stratégies proposées …

Tout ceci démontre combien le changement de paradigme avait été non seulement clairement diagnostiqué par les instances européennes, et ce dès 1993, mais aussi qu’un nouveau paradigme avait été recensé et structuré : le cognitif. Car le capitalisme a grand besoin de la société de l’information pour atteindre enfin son rêve de symétrie informationnelle, justifiant ainsi la pertinence des ‘marchés’ et surtout pour se relancer en ces temps difficiles de crise croissante. Car l’économie cognitive telle que pensée par les libéraux devrait permettre au système de sortir la tête de l’eau et rien moins que de lui sauver la peau (avis tout à fait anachronique, au vu de la situation actuelle) : en bons scientistes, s’appuyer toujours sur des progrès technologiques (comme pour la révolution industrielle), faire face aux contraintes écologiques dues à l’exploitation par trop massive des ressources naturelles, relancer la théorie concurrentielle par le biais des ‘savoirs compétitifs’ et parler de capital humain quand parler de capital tout court n’est plus la panacée.

Malheureusement, le paradigme ainsi énoncé ne tiendra pas ses promesses et il faudra déchanter rapidement devant les échecs (imputés selon ses thuriféraires par l’absence de structuration européenne suffisante) de la Stratégie de Lisbonne dès 2004, qui sera ensuite réorientée en 2005 vers une stratégie de développement de la croissance et de l’emploi bien plus ‘classique’. Echec qui s’explique d’ailleurs très bien, l’inverse des causes évoquées officiellement, tant ce ‘capitalisme cognitif’ apparaît pour ce qu’il est : un oxymore, une injonction paradoxale.

En effet, le droit à la propriété subit de plein fouet la tension entre la nécessité à ce que les informations puissent librement circuler tout en respectant un des ‘droits’ les plus essentiels du capitalisme, la propriété intellectuelle, notamment avec les brevets. Le travail est aussi concerné puisque le salariat comme base sociale de production semble difficilement adapté à ce genre de ‘renversement’, sauf à remettre là aussi en question le productivisme, fondement théorique jusque là nécessaire au capitalisme. Enfin, un tel ‘capitalisme cognitif’ aura du mal à gérer la mutation de son génome concurrentiel pour faire place à la coopération induite par une société d’échanges d’informations et de savoirs. La préservation d’un patrimoine commun, qu’il soit local ou universel, fera lui aussi pièce aux multiples ‘patrimoines’ privés basés sur l’accumulation de ‘valeurs’ qui n’auront plus rien à voir avec les valeurs d’un système cognitif. En se risquant à une analogie, le ‘capitalisme cognitif’ serait comme un ordinateur qui accepterait pour sa survie de dépendre d’un virus (libre) qui mettrait gravement en danger son système (d’exploitation) : un non-sens. L’affaire semble donc entendue : le capitalisme ‘cognitif’ n’est pas prêt de voir le jour, du moins en tant que nouveau paradigme.

Pour autant, le bébé doit-il être jeté avec l’eau du bain, sous prétexte que l’eau paraît bien trouble ?

Jean Zin, dans la critique qu’il fait de l’ouvrage de Yann Moulier-Boutang, énonce bien plusieurs pistes que le ‘cognitif’ permettrait d’envisager, à l’envers du capitalisme : revenu garanti, qui permettrait de faire face à l’extension d’une potentielle précarisation qu’induirait la généralisation du travail autonome des individus, relocalisation de l’économie, monnaies locales, coopératives municipales, investissement public, … L’alternative lui semble non seulement souhaitable mais aussi possible. D’autres, comme Thierry Gaudin, parlent de société cognitive, voir de civilisation cognitive et même « d’économie cognitive » mais dans un sens bien différent de celui présenté dans la Stratégie de Lisbonne.

« L’économie cognitive est avant tout une économie de la REconnaissance. La notion essentielle dans la révolution cognitive n’est pas la connaissance, mais la reconnaissance (qui précède la connaissance, cf. Piaget La construction du réel chez l’enfant). C’est vrai pour les humains, mais aussi pour les machines, les collectivités… La reconnaissance est d’abord une reconnaissance de soi. Ce sont ces processus qui sont à la base du fonctionnement de l’internet. Il faut donc s’intéresser à la reconnaissance et à ses processus. »

Où l’on reparle de ‘communs’, vieille notion médiévale, où l’on réinterroge la propriété intellectuelle et la définition des normes et où l’on parle de reconnaissance plus que de connaissance. De même, le savoir n’est pas supérieur au savoir-faire, qui tire sa légitimité d’une praxis, approche pratique de transformation de la réalité, qui génère ainsi une connaissance spécifique que la connaissance théorique ne peut intégrer (théorie du mystère de la chambre chinoise, évoquée par Paul Jorion). Evidemment, on est loin d’un « capitalisme cognitif » dont on pressent aussi que l’approfondissement de la société de consommation de masse finira par se transformer alors en société massivement consommée, l’humain devant mobiliser tous ses affects pour devenir compétitif. L’Homme deviendra ainsi réellement un ‘homme-nivore’ complet : il se cannibalisera lui-même.

A l’inverse, une ‘civilisation cognitive’ permettra de libérer l’Homme de sa propre consommation, en se reconnaissant lui-même et en reconnaissant l’Autre, tout en s’affranchissant du fameux ‘tripalium’ productiviste tel que définit jusqu’à maintenant, dans un esprit coopératif et respectueux de son environnement, à commencer par le sien. Une vraie révolution.

Ce ‘nouveau paradigme’ (ou qui semble l’être) souffre de ‘modélisation’, au sens où seules quelques pistes éparses en lien avec cette ‘civilisation cognitive’ sont évoquées, rendant difficiles à réaliser ce à quoi justement il devrait justement servir : être un ‘prisme’ explicatif de la réalité du monde. Car des pistes ne forment pas une carte, encore moins les outils pour la ‘lire’.

Néanmoins, si l’on revient à l’analyse de la crise du capitalisme post-1929, on constate que les solutions imaginées (collectivement) et mises en œuvres à partir de 1936 en France avec le Front Populaire et en 1945 (sur la base du programme du CNR) et que l’on appela ‘Etat social’ ou ‘trente glorieuses’ peut nous donner un élément de prospective.

En effet, l’ensemble du système imaginé pour faire face à cette crise ‘mondiale’ du capitalisme (mais pas encore du capitalisme ‘mondialisé’) était basé sur la mise en place de politiques sociales financées par des cotisations sociales et patronales dont l’assiette de calcul était … le travail.

L’assise toute entière du système social, du moins en France, reposa (et continue de reposer) sur le salariat. S’il est vrai que les solutions envisagées pour ces moments là furent opérantes et firent progresser les sociétés les ayant mises en œuvre, il demeure que ces mêmes solutions risqueront fort de ne pas l’être aujourd’hui (pour un ensemble, trop large, de raisons diverses et variées).

Pour autant, rien n’interdit de penser qu’en lieu et place d’instaurer des cotisations sur le travail salarié, que celles-ci le soient sur la connaissance et le savoir-faire. Quelle différence me diriez-vous ? Elles seraient de plusieurs ordres.

D’abord, le fait d’asseoir la taxation sociale sur la connaissance permettrait de prendre en compte les années de formation, y compris scolaire, dans la vie d’un homme car ces connaissances permettront ensuite de générer un savoir-faire pour produire (des connaissances, des biens, des services). Alors même que l’individu arrive aujourd’hui avec ses connaissances pour travailler dans une entreprise, ces mêmes connaissances ne sont ni financées par la dite entreprise ni même reconnues par le système de sécurité sociale, notamment pour la retraite. Ceci est d’autant plus paradoxal que les études s’allongent dans la durée, réduisant ainsi la durée de cotisation ou reportant de fait l’âge de la retraite. Si l’on souhaite ainsi développer une civilisation cognitive en haute intensité de connaissance, il est donc nécessaire d’inclure tout ou partie de la formation initiale suivie par un individu. On objectera que les dites entreprises financent déjà la formation initiale, via les impôts sur les sociétés, ce en quoi on peut très rapidement constater que, pour celles qui les payent, le taux a été progressivement et régulièrement réduit, comme l’est d’ailleurs la part de leurs contributions au budget de l’Etat (qui finance majoritairement l’éducation).

De plus, les périodes de ‘chômage’ deviendraient alors plus ‘propices’ à reprendre une formation étant donné que ces mêmes périodes seraient incluses dans le calcul de droits à la retraite. Des variations de taux de cotisations pourraient ainsi être mises en œuvre, favorisant la haute intensité de connaissance avec des taux faibles et une taxation forte sur les faibles niveaux de formation initiale, à l’inverse de ce qui s’effectue actuellement, où les exonérations de cotisations patronales et sociales sont principalement dues sur les bas salaires ou les postes non qualifiés, ce qui ne permet pas vraiment d’inciter les individus à prolonger leur formation initiale, sauf à réaliser la course aux diplômes les plus élevés … pas forcément les plus adaptés au regard des besoins du terrain, ni les entreprises à s’extraire de l’effet d’aubaine (les exonérations de cotisations en France représentent plusieurs dizaines de milliards d’euros chaque année).

Concernant le savoir-faire, en se basant sur la spécificité propre de son acquisition à laquelle ne saurait prétendre le savoir, il pourrait ainsi être envisagé de valoriser par des coefficients supérieurs les années ‘validées’ comme étant de savoir-faire, notamment pour la retraite. Ce type d’approche permettrait à la fois de ‘compenser’ un éventuel déficit de savoir d’un individu en formation initiale en survalorisant son expérience acquise, elle-même plus longue que celle d’un autre individu ayant suivi une formation initiale plus longue mais avec une potentielle expérience professionnelle plus courte. L’avantage dans ce type de proposition est que loin d’être égaux ou égalisés, les individus de parcours différents seraient EGALEMENT RECONNUS : on rejoindrait ainsi une politique de civilisation.

Des systèmes de taxation aussi de la production pourraient être basés sur un même principe de distinction et de reconnaissance des savoirs utilisés et produits. Dans le cas par exemple d’une entreprise, il serait demandé d’identifier dans le process de fabrication (ou de création) ce qui relèverait des savoirs ‘communs’ de l’innovation propre au process ; identifié comme ‘savoir-faire’. L’idée sous-jacente serait de taxer l’utilisation des savoirs communs à un taux important et sur une assiette variable (dépendante du niveau de savoirs ‘communs’ sollicités) tandis que la part relevant de l’innovation serait elle taxée faiblement, afin de favoriser l’innovation. La possibilité pour une entreprise de faire basculer son savoir-faire dans le domaine public des savoirs lui ouvrirait par ailleurs des déductions de taxation sur ses futures productions, réduisant ainsi le coût de production, favorisant l’innovation tout en développant le domaine ‘public’ des savoirs, dont tout le monde pourrait ensuite bénéficier. On peut aussi imaginer que le service public serait exonéré de taxes sur les savoirs, puisqu’il est sensé transmettre justement les savoirs et les ‘communs’. De même, le secteur ‘tiers’, non lucratif, pourrait se voir reconnaître un déduction variable de sa part de taxation sur les savoirs en fonction des actions bénévoles qu’elles mèneraient, tout en étant exonérées de la part de taxation sur l’innovation.

On pourrait aussi imaginer que la taxation des savoirs et des savoirs-faire permettront dans les pays à haut niveau cognitif de financer un revenu garanti et dans les autres pays, le financement de diverses priorités : sécurité alimentaire, eau potable, systèmes de santé et évidemment système d’éducation et de communication.

Enfin, on pourrait tout aussi bien imaginer que le secteur bancaire, qui ne produit aucun savoir et dont les savoir-faire sont réduits, soit taxé sur la part des savoirs, part qui serait la plus haute possible. L’Unesco deviendrait alors le Centre mondial de reconnaissance cognitif quant aux savoirs ‘communs’, permettant ainsi d’œuvrer pour l’identification des savoirs ancestraux de tous les peuples, notamment dits ‘primitifs’, afin de les préserver et les faire reconnaître. Les individus pourraient alors connaître ce qui relève du savoir ‘commun’, connaître leur savoir et faire valoir leur savoir-faire, dans des situations variées, allant de la formation initiale, l’enseignement, la production et le salariat, sans compter le bénévolat, le revenu garanti venant ainsi permettre de reconnaître, là aussi, des temps différents.

Voilà donc pour une vision intuitive de ce que pourrait être une ‘civilisation cognitive’, qui pourrait être un nouveau paradigme. Mais si vous me demandez par contre comment adviendra cette civilisation cognitive, je répondrais tout simplement que je ne peux pas y répondre puisque par définition, une telle réponse ne peut être … que ‘collective’ : le terme ‘civilisation’ proviendrait du latin ‘civis’, « ensemble des personnes qui dorment sous le même toit ».

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191 réflexions sur « Une civilisation cognitive, par zébu »

  1. Betov , le 24 juillet 2010, à 11:58, dit : « Même ceux qui seraient susceptibles d’agir pour le bien commun dans une utopie réalisée du tout gratuit, le feraient pour un motif personnel : l’estime de soi. Et comme cette estime de soi dépend entièrement de la reconnaissance sociale, c’est-à-dire de la dominance… »
    Peut-être suis-je une utopie à moi toute seule, mais je ne me reconnais pas dans la validation par la reconnaissance sociale de « l’estime de soi ». Et je doute être la seule à le concevoir ainsi.

    1. Effectivement. L’estime de soi ne dépend pas du tout de la société mais… de soi ! Il faut cependant un caractère fort pour qu’elle ne dépende que de soi, l’entourage joue aussi son rôle. Les chômeurs, les victimes de harcèlement, les femmes violées ou battue, les névrosé(e)s, etc. peuvent n’avoir aucune estime d’eux-mêmes . A l’inverse, les gens qui ont du succès, dans les affaires ou dans un art particulier, les grands responsables, etc. peuvent avoir d’eux-mêmes une « estime surestimée ». Il suffit de voir Sarkozy…

  2. Il y a sans doute un approfondissement réflexif à faire pour mieux structurer chacune des parties, c’est bien normal – Sans non plus obligatoirement tout vouloir ramasser en une seule fois ; on ne peut pas parler de tout en un seul article, c’est inutile et ça nuit à la cohérence d’ensemble.

    N’empêche ! ….au delà des défauts il y a une énorme qualité ( à mon niveau ) c’est que vous parvenez à mieux me rendre tangibles les propositions développées par monsieur B.Friot.

    Le fait d’adosser vos vues sur la  » Reconnaissance  » et la  » Société Cognitive  » –
    ( dépassement du dit  » capitalisme cognitif  » impraticable dans les faits depuis la chute de Wall Street en 2007, à moins de se débarrasser des trois – quart de l’humanité pour relancer la machine et ainsi créer  » un point de restauration système  » … ) – permet du coup de réembrasser les propositions de B.Friot et de les trouver plus concrètes, plus pratiques et faisables. Cela semble plus réel et moins  » utopique « .

    On imagine mieux ce que pourrait être cette  » Démocratie Cognitive  » où chaque personne serait reconnue en tant que sujet libre de sa puissance d’action et non plus comme simple variable d’ajustement prise sous l’étau de la subordination capitalistique.

    C’est tout un nouveau champ de libertés individuelles et collectives qui s’ouvrent au delà de la mortification et des miasmes mortifères du capitalisme financier qui ne finance plus rien et s’apprête à verser les civilisations dans de nouvelles ruptures et de nouvelles barbaries . Par crispation identitaire ou instinct grégaire de survie en ce qui concerne la classe des capitalistes transnationaux. En son temps pourtant l’économiste Nicholas Georgescu-Roegen avait bien montré en quoi ce système n’était pas viable à très court terme puisque encore basé sur un modèle mécaniste niant entre autre chose les théories de l’évolution darwiniennes.

     » Jugeant l’économie libérale de la théorie néoclassique beaucoup trop mécanique, Georgescu-Roegen a mis en lumière la contradiction entre la deuxième loi de la thermodynamique, la loi de l’entropie – c’est-à-dire la dégradation inéluctable, suite à leur usage, des ressources naturelles utiles à l’humanité – et une croissance économique matérielle sans limites. Il appelait pour sa part à une décroissance pour tenir compte de la loi physique de l’entropie .  »

    « Le processus économique n’est qu’une extension de l’évolution biologique et, par conséquent, les problèmes les plus importants de l’économie doivent être envisagés sous cet angle » (The Entropy law and the Economic Process )

    « la thermodynamique et la biologie sont les flambeaux indispensables pour éclairer le processus économique (…) la thermodynamique parce qu’elle nous démontre que les ressources naturelles s’épuisent irrévocablement, la biologie parce qu’elle nous révèle la vraie nature du processus économique » (The Entropy law and the Economic Process)

    Je ne m’étendrais pas par contre sur les aspects plus techniques ouvrant sur les aspects régulateurs de l’économie nouvelle à venir. Je laisse ce soin à d’autres. Simple citoyen lambda, je vous fait part cependant de ma réserve au niveau de l’expression  » taxer la connaissance « , cela doit être mieux développé, déplié, argumenté. La formulation apparait choquante par bien des aspects.

    Il y a eu un tel décervelage dans ce pays que tout le monde accepte d’être taxé à tout coin de rue ( Ponctions bancaires à n’en plus finir, ponction actionnariale supérieure chaque année sur les télécommunications, l’énergie , les services ; taxes sur les parcmètres dont les dividendes vont à des firmes privées, péages d’autoroutes privées bien que les autoroutes ont été financées hier par les contribuables, etc… ) mais tout le monde hurle dès que se pointe l’idée d’une mutualisation redistributive. C’est absurde.

    Mutualiser, voilà un terme porteur d’avenir, plutôt que celui archaïque de  » capitaliser  » qui est toujours quelque part un accès réservé sous condition de paiement – et la plupart du temps une privation effective en corolaire – de quelque chose issu pourtant des fruits d’une élaboration partagée et cumulative de savoirs non propriétaires au fil des siècles – ( le théorème de Pythagore est t-il un patrimoine commun de l’humanité ou la propriété des ayants droits de la famille Pythagore ? –

    Mutualiser les Savoirs et reconnaitre les agents dépositaires, créateurs distributeurs, initiateurs de savoirs ( savoir théorique et savoir-faire, savoir – être etc.. ) et les multiplier par la formation redistributive au profit du plus grand nombre et non pas d’un petit nombre d’individus sans cesse atteints d’obésité problématique, à la fois à leur survie comme à celle de toute l’humanité.  » No way  » comme on dit au Canada.

    Il s’agit de se repérer dans les savoirs humains en toute connaissance de cause et reconnaissance humaine . En quoi aujourd’hui un trader est -il utile à l’ humanité ? Quel sont les savoirs à valoriser, à distribuer, multiplier ? Comment laisser libres les acteurs créatifs de savoirs et libre le jeu de leurs évolutions ? Comment en finir avec l’autonomisation off shore de la sphère économique et la réinsérer dans un continuum démocratique ? Que devons – nous abattre comme nouvelles croyances chimériques et mauvaises superstitions ? Des changements de paradigmes effectivement en perspective.

    1. Merci pour les critiques constructives, ça change …
      Pour le fait d’avoir tout ramassé ensemble, c’était effectivement le risque. Mais il me semblait que c’était aussi un risque quant à la cohérence des liens que de présenter en deux articles les deux ‘parties’. Car ce que beaucoup appellent ‘la seconde partie’, il me semble que cela ressemble assez à une prospective pratique de mise en oeuvre d’un paradigme analysé en première partie.
      Mais oui, au vu des commentaires, sans doute un mauvais choix (sans compter que le texte était fort long).
      Concernant votre remarque sur M. Friot, cela me fait plaisir car effectivement j’avais à la fois été très intéressé par son concept et en même temps très interrogatif sur la notion de qualification à vie, sous forme de postulat. Sans compter Georgescu-Roegen, l’entropie et les lois de la thermodynamique, sur lesquels j’avais fais deux billets.
      Par contre, ma terminologie exacte (je crois, après vérification quand même) n’est pas ‘taxer la connaissance’ mais celle-ci :
      « Pour autant, rien n’interdit de penser qu’en lieu et place d’instaurer des cotisations sur le travail salarié, que celles-ci le soient sur la connaissance et le savoir-faire. Quelle différence me diriez-vous ? Elles seraient de plusieurs ordres. »
      Instaurer.
      « D’abord, le fait d’asseoir la taxation sociale sur la connaissance (…) ».
      Asseoir.
      Je ne souhaite pas du mal aux mouches. Je précise juste que l’expression que vous utilisez est très lapidaire, comme ‘taxer l’eau’ ou ‘taxer l’air’. Ce qui est taxé étant un élément ‘positivement connoté’ et le verbe d’action étant ‘connoté négativement’, il n’en ressort forcément rien de bon.
      Par contre, si vous précisez que vous compter instaurer ou asseoir une taxe pour l’utilisation de l’air ou de l’eau, c’est autre chose.
      On ‘taxe’ bien le travail (comme on achève bien les chevaux). En quoi instaurer ou asseoir une taxe sur l’utilisation (lucrative) des savoirs et savoirs-faire serait si délirant ?
      Est-ce à dire que taxer le travail est ‘normal’ (si non, pourquoi ne pas l’évoquer ?) ?
      Dans l’affirmative, qu’est-ce qui fait, alors que le travail au sens productif (élément important du système capitaliste) peut être synonyme d’exploitation, que ceci est ‘normal’ dans un cas et ‘anormal’ dans l’autre ?
      Il y aurait matière à faire sans doute un second billet mais je suis étonné par la réaction sur ce type de proposition : la connaissance n’est pas ‘meilleure’ éthiquement que le travail. Je ne vois donc pas en quoi elle devrait être hors de la vie humaine sous prétexte qu’elle habite la ‘noosphère’. De même, une taxe n’est qu’un outil, pas une finalité en soit. Comme l’argent.
      Je vais vous surprendre mais la culture n’est pas un gage sûr contre la barbarie. La culture allemande, ô combien solide dans l’humanisme et l’universalité n’a pas permis d’endiguer la vague fasciste, ni en Italie. A l’inverse, ce sont des cultures productivistes, américaines et russes, qui ont sauvé l’Europe de ce fascisme.
      Surtout, comme je le disais plus loin, être indigné par l’idée qu’une taxe puisse être assise sur l’utilisation lucrative des savoirs, c’est laisser accroire que l’utilisation des savoirs est libre et non rémunérée. Ce n’est pas forcément le cas dans les logiciels ‘libres’, qui ne sont pas forcément ‘gratuit’. Ici même, sur ce blog, la donation permet, en tant qu’outil, la vie de ce blog, pourtant libre d’accès (si vous avez internet). Et les entreprises qui utilisent les savoirs ‘communs’ en en tirant un profit ne font que déprécier l’ensemble du système ‘libre’ : c’est une sorte de laisser-faire que je combat car il avance sous le faux nez de la ‘liberté’. Le droit à la propriété intellectuel peut être défendu, pour la part de savoir-faire. Reste que la part de savoir ‘commun’ appartient à tous. D’où l’idée d’une double taxation, à taux variable, avec possibilité de faire ‘tomber’ l’innovation reconnue ‘privée’ dans le domaine public pour réduire la taxation, en fonction des utilisations projetées (lucratif, public, tiers secteur), etc.

      Merci néanmoins d’être intervenu sur le fond. La taxe devra donc être revue.
      Cordialement.

    2. L’oeuvre de Georgescu-Roegen sur l’accroissement de l’entropie liée aux activités économiques et l’accéleration de cet accroissement de l’entropie liée à une vision « mécaniste » des processus économiques est vraiment intéressante. Il est regretable que cet auteur ne soit pas plus connu car son apport à la théorie économique a été et reste fondamental.

      Se battre contre l’acceleration de l’accroissement de l’entropie crée par une croissance rapide de la consommation de produits et d’énergie destinée à la fabrication de ces produits sur notre planette est une priorité en vue de la survie de notre espèce à une échéance relativement courte au regard des durées historiques…

      Il reste à trouver comment faire passer ces idées dans une pratique sociétale à tous les niveaux. D’un point de vue de l’efficacité de politiques destinées à atteindre ce genre d’objectifs, il serait probablement plus utile de trouver des mesures entrainant une motivation positive pour des activités permettant de limiter l’accroissement de l’entropie plutôt que d’envisager des mesures négatives telles que les taxations des « délinquances » en matière d’activités accroissant fortement l’entropie.

      Reconnaissons toutefois que le système de valeurs utilisé pour le moment encourage de fait des activités fortement génératrices d’élévation de l’entropie: l’exemple classique étant celui d’une production éloignée du point de consomation va être comptée en comptabilité nationale pour sa valeur mais qu’on ajoutera la valeur du transport entre le lieu de production et le lieu de consommation…
      Notons aussi que la création de valeur en dehors du système du marché n’est pas comptabilisée, par exemple la contribution du travail bénévole dans les associations…

      Il me semble qu’une des étapes importantes d’une réforme devrait commencer par une redéfinition de la valeur des produits, des activités et des idées…

      Paul

  3. @ Vigneron dit :

     » Je connaissais des techniciens et ouvriers d’Airbus et de l’industrie aéronautique sur Bordeaux et Toulouse qui m’expliquaient très bien comment la perte de savoir-faire et la non-reconnaissance des savoir-faire encore présents dans leur branche était en train d’insinuer chez eux l’idée de leur mort annoncée. Et en 2005-2006, déjà, certains m’annonçaient l’échec inévitable du projet A380. Ya que Forgeard qui voyait rien venir…  »

    A moins que tout cela soit voulu. Que cela soit voulu cette déperdition graduelle des savoirs-faire. A moins que cette lente dégringolade soit orchestrée pour jouer sur deux tableaux : les délocalisations ( recherche de main d’œuvre à bas coût ) et afin de parier sur la baisse de la valeur boursière. Miser à la baisse… Nous savons qu’il y a eu délit d’initié et que M. Forgeard a été épinglé pour cela, pour avoir capitalisé des montagnes d’actions sur cette baisse. Le suspect est bien évidemment ressorti libre par  » manque de preuves  » – Personne n’est ici venu témoigner cagoulé derrière un paravent pour accuser ce monsieur. Pas vu pas pris. A moins que nous n’en voulions rien savoir effectivement.
    Un  » capitalisme décognitif  » pour le coup. Nous n’en voulons rien savoir.

    1. bonsoir,

      c’est tout le probléme du pouvoir donné aux directeurs financier aux dépend des directeurs de production. Quand un financier se balade dans une usine il croit facilement (surtout si il est un peu jeune) que c’est les machines qui font le principal dans la production, alors les hommes … ils sont tous interchangeables.

    2. Dans le livre l’éloge du carburateur, Essai sur le sens et la valeur du travail » Matthew Crawford développe abondamant cette idée de la déqualifcation de facto des ouvriers par des processus de production inventés par des ingénieurs souvent trop éloignés des réalités de l’atelier.

      Une des très grandes erreurs du 20ème siècle aura été de dévaloriser les savoir faires manuels au profit d’une pensée élitiste fondée sur les seules compétences intellectuelles techniques alors que tout savoir faire manuel repose en réalité sur une analyse intellectuelle des problèmes techniques à résoudre.

      Vice versa, le savoir faire intellectuel technique ne trouve la preuve de sa validité que dans l’exécution manuelle de ses conceptions. La distinction entre savoir faire manuel et savoir faire intellectuel est très probablement bien plus artificielle qu’elle ne semble l’être à certaines élites.

  4.  » Aux élections de 2002, j’ai voulu me présenter pour ouvrir un espace de parole sur l’urgence écologique et humaine parce qu’on ne peut pas appliquer un système illimité à une planète limitée. A ce moment-là, j’ai prêché la décroissance de Nicholas Georgescu-Roegen, le seul qui mérite le prix Nobel. Aujourd’hui, ce qu’on appelle « économie » c’est le pillage, l’épuisement du capital vital. On est gonflé d’appeler ça « économie » !  »

     » Il teste et vante depuis cinquante ans la « sobriété heureuse ». Pierre Rabhi est un Gandhi à la française, version agricole  » / Eco 89

    http://www.rue89.com/planete89/2010/07/24/rabhi-cest-la-civilisation-la-plus-fragile-de-lhistoire-159675

  5. Le terme de cognitif me remet immanquablement ( je crois l »avoir déjà cité , pardon pour la redite ) ce dessin tiré de mes vieux  » cours  » de management , où l’on voit un DRH , s’adressant à une large assemblée de salariés , leur déclarer :

     » Cette méthode s’appuie sur deux concepts : l’affectif et le cognitif . »

    Au fond de la salle , on aperçoit un gars , genre service d’ordre des dockers CGT ( il n’y en aura bientôt plus , encore un savoir-faire qui se perd ) , une massue tenue dans le dos , qui réplique aussi sec :

     » je choisis le cognitif , sans hésiter ! » .

  6. au secours un zébu (qui écrit des articles forts intéressants) veut tous nous formater et nous faire rentrer dans des clusters unesco-isés !!!

    —>Globalement, l’Union doit tendre vers une économie, « saine, ouverte, décentralisée, compétitive et fondée sur la solidaritéS’il est vrai que les solutions envisagées pour ces moments là furent opérantes et firent progresser les sociétés les ayant mises en œuvre, il demeure que ces mêmes solutions risqueront fort de ne pas l’être aujourd’hui (pour un ensemble, trop large, de raisons diverses et variées)<—

    le contexte était à la RECONSTRUCTION du pays… aucun parallèle n'est possible.

    par contre je me demandais comment récompenser sinon rémunérer l'effort personnel d'un individu dans la rapidité d'acquisition d'un savoir-faire ou d'un savoir? et la virtuosité d'un joueur de foot par exemple? le talent d'un musicien? et la beauté de carla bruni?

    ça me semble bien compliqué et très très très administratif tout cela, en attendant la conquête spatiale… un changement de paradigme est avant tout technologique, comme à chaque fois dans l'histoire des humains et non pas dans comment taxer et redistribuer les richesses (même si c'est souhaitable). plusieurs inventions additionnées conditionnent un changement de perceptions de la réalité qui entrainent un changement de conceptions et donc d'application pratique. pour le reste, c'est bien pensé, ethiquo-compatible, mais dans ces domaines mis à part la diffusion lente du bouddhisme, du christianisme et de l'islam, les progrès spirituels de l'humanité quand aux conceptions matérialistes s'avèrent être pour ainsi dire et généralement des vœux pieux.

    franchement je parie plus sur un type du fin fond de son labo qui trouverait le moyen d'utiliser l'énergie solaire avec des panneaux ayant un rendement mille fois (nombre au hasard) supérieur aux nôtres… je donne cet exemple mais c'est pour illustrer le principe. trois ou quatre inventions de ce genre et nous sommes bons pour un changement de paradigme.

    d'ailleurs internet…

    1. Methode, vous citez dans un même paragraphe accolé les déclarations concernant la Stratégie de Lisbonne et mes propos … Rien à voir.
      Concernant la mise en place de la sécu et sa causalité, vous croyez vraiment que c’est uniquement la reconstruction qui a permis les 30 glorieuses ?
      Il n’y a pas forcément à ‘récompenser’ ou à ‘rémunérer’ les savoirs-faire que vous évoqué (sans compter que vous parlez de beauté, qui n’a rien à voir avec les savoirs).
      Le coup du virtuose, les libéraux nous la font à chaque fois : mais regardez ce virtuose, il n’a pas son pareil. Justement. Pourquoi dès lors que l’on parle de réformer, révolutionner un système, on nous sort toujours le ‘virtuose’, figure forcément emblématique … de son individualité ?
      Etrange, non, trouvez pas ?
      « un changement de paradigme est avant tout technologique, comme à chaque fois dans l’histoire des humains et non pas dans comment taxer et redistribuer les richesses (même si c’est souhaitable) » : vous seriez étonné du nombre de cas contraire à ce que vous affirmez. A commencer par 1789 et 1917, entre autres exemples.
      Votre vision scientiste vous fera encore passer à côté des choses, les bonnes …
      « un type du fin fond de son labo qui trouverait le moyen » : ce type, là, selon vous, comment il va trouvé le moyen ? Dans quel labo ? Avec quels savoirs ?
      Ah oui !!
      Le progrès irrépressible, faisant advenir par lui-même … le progrès.

      Et après, on dit des ‘primitifs’ qu’ils ont une ‘pensée magique’ …

    2. je vois qu’une partie de mon texte a été perdu par une mauvaise utilisation des balises quand je cite zébu au tout début, il y a deux citations:

      —Globalement, l’Union doit tendre vers une économie, « saine, ouverte, décentralisée, compétitive et fondée sur la solidarité—

      je disais qu’en fait et comme ce devait être prévisible la dernière proposition (d’économie fondée sur la solidarité) n’ a pas été reprise au final et que j.delors était surtout un apparatchick idéaliste et bien utile.

      ensuite:

      —solidaritéS’il est vrai que les solutions envisagées pour ces moments là furent opérantes et firent progresser les sociétés les ayant mises en œuvre, il demeure que ces mêmes solutions risqueront fort de ne pas l’être aujourd’hui (pour un ensemble, trop large, de raisons diverses et variées)—

      (…)

      veuillez me pardonner.

      cordialement

    3. zébu,

      je crois en effet qu’un pays détruit avec une grosse hémoragie démographique a donné un substrat des plus favorables qui évitait beaucoup de questions, c’est simple.

      concernant la virtuosité, ce n’est tout de même pas rien. pour la beauté par contre je vous trouve assez injuste, être belle, le rester et en faire un métier, rester tendance, peut demander un certain savoir-faire.

      pour la technologie je reste sur ma position, la technologie a conditionné jusqu’à présent majoritairement au changement. observez le changement de paradigme apporté aux aztèques à fond de cale par Cortes dans le nouveaux monde. sa réussite tient essentiellement dans l’utilisation des chevaux et des armes à feu et quelques bactériess. alors c’est vrai j’ai peut-être la naïveté de croire que les grands évènements et même le génie connaissent… la simplicité et le fortuit; que les financements ne font pas tout. d’ailleurs vous devriez parler de 1917 car celle de 1789 n’auraitapparemment fait que confirmer le pouvoir de la bourgeoisie soit de l’argent, même si elle a déjà eu le mérite (malgré elle) de nous débarasser du divin roy.

      la magie de la pensée des ‘primitifs’ pourquoi ne pas lui laisser sa part, lorsque l’on vérifie au quotidien les contre-vérité dans lesquelles la pensée qui se voudrait rationnelle nous enferme?

      cordialement

    4. Pour l’hémorragie démographique, il me semble que vous confondez avec 14-18 plutôt qu’avec 39-45 : le nombre de morts lors de la première guerre mondiale a été 2 fois supérieur à la suivante, avec une population quasiment égale.
      S’il existe bien un effet de reconstruction, c’est bien après 1918, bien que les bombardements alliés et le plan Marshall aient ‘facilité’ la (re)mise en place d’un système productiviste, déjà bien installé avant 39.
      Pour Cortès, non, on croit souvent que c’est la supériorité technique qui lui a permis de vaincre les aztèques mais on ne prend pas en compte divers paramètres, notamment stratégiques (alliances avec des peuples soumis par les aztèques) mais aussi religieux, comme la légende de Quetzalcoatl, le Serpent à Plumes, revenu d’au-delà des mers, que Cortès utilisa intelligemment. Sans compter la présence de chevaux, qui firent grande impression, car le cheval n’était pas connu encore en Amérique. Enfin, vous oublié La Malinche, interprète-traductrice de Cortès, qui permit de faire comprendre à Cortès les défauts et faiblesses e ses ennemis (notamment la légende du serpent à plumes) : c’est exactement du cognitif, ce truc là …
      Si ces paramètres n’avaient pas fonctionné, Cortès n’aurait pas pu réaliser ce qu’il a réalisé, selon ses propres dires par ailleurs.

    5. très bien, zébu, c’est intéressant quoi qu’il en soit j’ai apprécié votre texte.

      le mythe de quetzalcoalt c’est évidemment très cognitif, de mêm que certaines tactiques guerrière et alliance de raison (encore qu’une alliance…)

      concernant La Malinche quelle histoire: parait-il que sur certaines représentations mexicaines elle est représentée seule à donner des ordres et diriger les espagnols. ce ne serait pas la première courtisane a avoir pris le dessus. personnage ambigü s’il en est.

      pour Cortès les faits que vous citez touchent beaucoup au fortuit et selon ma croyance ‘le hasard est le nom que Dieu prend quand il veut passer incognito’. vous connaissez Cortès, je ne sais pas si vous en conviendrez mais celui si a bénéficié d’une ‘chance’ à peine incroyable tout au long de son expédition majeure…

      ‘la main que tu ne peux briser baise là et demande à Dieu qu’il la brise’ proverbe arabe

      bon lundi à vous.

    6. La Malinche, c’est à la fois la pute, la prostituée mais aussi la mère, notamment de la nation métisse, espagnole et indienne. C’est la femme du conquérant (qui n’a d’ailleurs qu’une seule statut je crois au Mexique, tandis que La Malinche est elle beaucoup plus représentée au Mexique), c’est aussi en quelque sorte une victime, sorte de vierge ‘inversée’, violée, vendue et en même temps ‘consentante’ : une ‘figure’ féminine for utilisée par les hommes, dans ce pays macho, du moins dans la culture mexicaine non amérindienne …
      ‘La chingada’, c’est aussi une insulte, qui provient du verbe ‘chingar’ (‘chinga su madre’, ‘aller se faire voir chez les grecs’, pour rester poli) ou un juron (‘chingada’) au Mexique (en tout cas, à Mexico D.F.).
      Mais ça, on ne peut le savoir que par le savoir-faire … 🙂

  7. votre article est très intéressant, cette idée est surprenante et suscite beaucoup d’interrogations. J’espère l’avoir bien compris. Une chose cependant me gêne: je crois que le savoir , potentiellement , est peut-être le seul « produit » sans limite, que l’on peut partager sans en être dépossédé pour autant. J’aurais plutôt tendance à le vouloir totalement libre de droit et sans cadre marchand. Et c’est peut-être une perversion du capitalisme que de chercher à le monnayer.
    De plus, votre idée ne me semble pas tenir compte des contraintes de l’environnement auxquelles nous sommes maintenant dangereusement confrontés. A savoir les limites physiques de notre développement. C’est pourquoi je persiste à trouver que l’idée de Jacques Wéber est bonne: supprimer les cotisations sur le travail et taxer l’utilisation des matières premières et sources d’énergie non renouvelables. Il y aurait mécaniquement une incitation à en consommer le minimum et favoriser la recherche de moyens de production moins consommateurs d’énergie fossile par exemple.

    1. A mon sens, une grande partie des savoirs peut être libre de droit : les savoirs ‘communs’. N’importe qui peut y accéder, à condition de ne pas en tirer profit.
      Ne pas vouloir le rémunérer, c’est ainsi laisser libre d’utilisation ces savoirs communs les entreprises qui produiront des services, des biens, des concepts, sans qu’elles aient payé le ‘prix’ de ces savoirs ‘communs’. C’est laisser le capitalisme libre de piller les savoirs ‘communs’, sous prétexte de laisser le libre accès à ces savoirs : le poulailler communautaire est libre d’accès à celui qui veut et la porte restera ouverte aux renards.
      « Et c’est peut-être une perversion du capitalisme que de chercher à le monnayer. » : c’est une plus grave perversion que de chercher à ne pas faire payer le capitalisme de l’utilisation qu’il fait de ces savoirs.
      Enfin, sur l’idée de Weber, pourquoi pas, cela n’empêche pas. Mais à mon sens, le cognitif, du fait qu’il repense le mode même de ‘production’ (coopération plutôt que concurrence) et évite le productivisme et le travail comme finalité permet d’atteindre aussi le respect des limites environnementales.
      Cordialement.

  8. Bonjour,
    je viens de me taper la contribution de Zébu et ses 104 commentaires.
    Franchement, je ne suis pas convaincu par cette tentative de « taxer », en fait « monétiser » les capacités individuelles ( « savoir », savoir faire »).
    J’avais déjà été rendu attentif à celà dans un billet de Mr Friot qui par ailleurs à beaucoup d’intérêt par sa connaissance du système social actuel.
    Outre les questions de savoir comment on le ferait, tant qui, que sur quelles bases, comme celà à déjà été évoqué, entrainant des réponses non convaincantes de Zebu, je partage l’idée de la nature en perpétuel devenir de ces savoirs et savoir-faire et la nature non quantifiable de ce qualitatif.
    Il me semble qu’il faut avoir trop longtemps fréquenté des école ou des institutions distribuant des notes pour croire celà faisable et ne pas voir l’extrême liberté (loi de la jungle comprise) qui règne et doit règner dans le domaine des expressions cognitives (savoir faire inclus), bref, de la créativité de chacun. L’un stimulant l’autre, parfois sans pitié.
    Par contre, pour que celà soit pleinement possible, et porte véritablement des fruits dans une économie qui s’étouffe elle même en monétisant l’esprit, ne conviendrait’il pas qu’une certaine fraternité permette à chacun de satisfaire ses besoins de base et ce sans autre condition que d’être de la société, fut il incapable de cognition, voire de savoir faire, voir même du désir même d’apporter une contribution ?
    Ne tournons pas autour du pôt : reconnaître l’autre c’est le faire quel qu’il soit en acceptant qu’une part de la richesse globale lui revienne.
    Il y aura toujours des affaires à faire pour ceux qui aiment les affaires. Elles seront probablement moins sordides qu’aujourd’hui si péquin de base assuré d’avoir gite et couvert, je peux commencer à avoir un avis sur le « taf » proposé. En prime l’exercice de la démocratie quittera la farce convenue actuelle qui n’est que clientèlisme.
    Et puisque taxe il doit y avoir pour financer le tout, n’est ce pas au moment où je consomme les prestations de l’ensemble, qu’il me reviens de payer ma participation à l’ensemble, puisque ce que je fais et gagne m’entre plus en ligne de compte en dehors de ceux avec lesquel j’ai choisi d’exercer mes capacités?

    1. Ouch …
      Pas convaincu, certes. Mais il faudrait que vous fassiez du ménage dans les concepts : le libertarisme que vous prônez est un des nombreux bras du vishnou-capitalisme, sans doute le pire car le plus extrême.
      Quant à votre utopie de fraternité, il faudrait déjà commencer par la définir et ensuite celle de sa mise en oeuvre (et je ne parle même pas de ‘taxation’).

  9. Je ne relis pas tout (pour l’instant)

    mais je plussoie l’idée de l’injonction paradoxale.

    je ne sais pas si c’est une scorie du capitalisme cognitif mais la séquence :

    (a) élections 2007 « Star’ac » NS vs SR ; (b) sommet du climat de Copenhague, (arrêtez de faire du C02 sans solution concrète de remplacement, d’où manque de confiance…on peut voir bien d’autres aspects, cf. décroissance de Pierre-Yves D.) (c) grippe A H1N1 pandémqiue et son célèbre vaccin,

    ces trois choses (a,b,c) m’ont laissé un fort goût d’injonction paradoxale (ou contradictoire)…

  10. Beau débat que vous avez lancé là, Zébu.

    Je crois que votre objectif de décrédibiliser cette « économie cognitive » est atteint. J’ai été particulièrement séduit par le texte lumineux de Thierry Pouch. Sa référence à Gorz est très éclairante et je retiens personnellement comme conclusion ce passage :

     » Ils (les séduis par l’économie cognitive) en restent au capitalisme. Et c’est bien parce qu’ils y restent que la double question de l’exploitation et de l’extraction de la plus-value conserve une actualité. Les salariés n’ont accès au savoir et à la connaissance que dans les strictes limites de leur condition de salariés. Leurs compétences ne sont mobilisées que dans la perspective d’une appropriation de leurs réalisations intellectuelles. Dans le capitalisme postindustriel, la frontière de classe séparant droits de propriété et force de travail, même intellectualisée, ne saurait être abolie. »

    Je crains aussi que vos tentatives de mesure du savoir d’un individu dans l’intérêt des travailleurs ne soit une impasse. Impossible et inutile.

    D’ailleurs, en y regardant de près, ce capitalisme cognitif, il est commence à se mettre en place et certains parviennent à pas mal valoriser leurs connaissances. Des travailleurs intellectuels, payés en moyenne 300.000 $/an et pas 50.000$/an comme leurs congénères des autres secteurs, qui font gagner des centaines de millions à leurs patron, cela existe et s’appelle des traders. Jérôme Kerviel, symbole de l’économie cognitive, c’est assez croquignolet, non?

  11. « Ne tournons pas autour du pôt : reconnaître l’autre c’est le faire quel qu’il soit en acceptant qu’une part de la richesse globale lui revienne. »

    L’altruisme a-t-il encore sa place dans la répartition de la richesse globale?

    Ou reste-t-il dans le domaine de la richesse globale de l’utopie?

  12. Comment voulez vous affecter des valeurs aux aptitudes sans péréniser ou succiter l’organisation d’une nouvelle caste qui en décide, et les régentera ce faisant?
    Côté création de biens, les formes d’organisations n’ont pas fini de créer l’abondance. Il y a bien sûr à déméler ce qui vient seulement du pillage de ressources non renouvelables qui lui aura une fin.
    Il nous faudra bien prendre acte qu’aucun mérite ne justifie la satisfaction des besoins de base de chacun, puisque personne ne peux non plus prétendre être seul artisan de ses capacités.
    C’est bien là le retournement que chaque citoyen doit opérer en reconnaissant à son voisin un droit au fruit de son effort propre.
    Qui donc travaille encore pour lui même aujourd’hui ? De facto, plus personne. Dans les têtes encore beaucoup. il y a confusion entre travail et salaire.
    En fait nous devons tous la satisfaction de nos besoins aux autres.
    Le nombre de ceux qui vivent de transferts croit et croitra forcément. Qu’il sagisse des enfants ou des vieillards, en passant par les chomeurs ou les rentiers.
    Arrêter de penser en terme de mérite ou de capacité concernant son accès, et surtout celui des autres, à la satisfaction des besoins d’une vie au moins digne n’est t’il pas déjà un grand pas ?
    Franchi par un nombre suffisant de citoyen, de nouvelles règle de répartition s’imposeront.
    Et il le faut, car comment compenser alors l’épuisement des ressources fossiles si l’on ne libère pas l’initiative et les aptitudes ?
    Je n’ai peut être pas bien compris votre propos (vous admettez parfois une formulation peu accessible à certains) mais voilà ce qui me choque en votre vision des choses. Merci de m’éclairer si possible.

    1. Vous vous focalisez sur le ‘qui’ me semble-t-il et c’est une mauvaise orientation car toute personne détenant un pouvoir est susceptible … de la conserver.
      Mieux vaut à mon sens parler du ‘comment’ que du ‘qui’, ce que faisait Montesquieu par exemple, avec la séparation des pouvoirs.
      Mais si le ‘qui’ et le comment’ vous ‘choque’, on peut imaginer (ce que j’indiquais dans un post) qu’un système démocratique de gestion des définitions des savoirs et savoirs-faire soit mis en place et fonctionnant sur la base du tirage au sort.
      En effet, chaque individu a les savoirs et savoirs-faire minimaux requis pour ‘comprendre’ et ‘décider’ (sauf cas particuliers) et les capacités à apprendre, soit le pouvoir de savoir-faire. En conséquence, le tirage au sort, chaque année ou à chaque durée, de tous les citoyens permettra de RECONNAITRE à tous la capacité à décider ce qui est ou non un savoir et un savoir-faire, de manière évolutive et démocratique. Ce mandat serait d’ailleurs aussi reconnu comme savoir-faire à ceux qui l’aurait exercé … 😉
      Cela vous rassurerait-il ?
      Cordialement.

    2. J’ai eu l’occasion de participer à ce genre de découpage des aptitudes dans le cadre de l’évaluation et autoévaluation de personnes en « réinsertion ». Franchement, je ne vois vraiment pas comment votre approche ne tournera pas, au moins pire des cas, en usine à gaz. Souhaitons que ça finisse en franche rigolade et que d’autres aurons des solutions plus accessibles.
      Ou alors vous aurez fait des progrès dans la présentation et ça fera moins peur.
      Excusez moi, mais nous naviguons dans des univers probablement trop différents et je ne vois toujours pas l’intérêt de votre démarche même si j’ai apprécié la partie analyse de la situation et votre tentative.
      Et pour l’instant, je reste dans l’idée qu’il faut libérer savoir et aptitude plutôt que de les codifier encore plus.
      Merci pour l’échange.

    3. Pas forcément très différents.
      Vous parlez d’aptitudes … au travail ?
      ‘Libérer’ les savoirs et les aptitudes, pourquoi pas, mais qu’est-ce que cela signifie ? Je veux dire, concrètement … ? Ne pas définir de reconnaissance de ces savoirs et aptitudes, qui viendraient obérer la liberté de celles-ci à exister ?
      Si c’est ainsi, quel sens (et non ‘valeur’) pourrez-vous donner à ces savoirs et aptitudes si vous ne les exposez pas au regard de l’autre ? Et dans le cas de cette ‘mise à nue’ et d’un éventuel conflit sur le fait que vous possédiez véritablement ou non un savoir ou que ce savoir soit ‘vrai’, comment définir cette vérité ?
      On en revient à l’invention de la vérité. La ‘libération’ des savoirs et aptitudes ne résout rien, au contraire : elle les place dans le ‘néant social’, afin d’éviter à devoir être ‘jaugés’.

      A force d’avoir peur du contrôle social, on finit par avoir peur du social tout court.
      Aucune solution ne peut émerger sans que le corps social l’est fait sienne, soit définir des règles, des normes, des lois, qui sont ‘légitimes’ (vraies) tant que le dit corps social participe à leurs définitions Et applications. C’est l’inverse qui est liberticide. Ce n’est pas la liberté ou même l’anarchie : c’est le chaos social.

      Cordialement et merci à vous aussi d’avoir échangé.

  13. Salut,

    J’ai récemment lu « Ascent of Humanity » de Charles Eisenstein (ouvrage qui va bien au-delà de ce qui est décrit ici). J’y ai trouvé au passage une référence au « démurage » (voir la définition en anglais http://en.wikipedia.org/wiki/Demurrage_%28currency%29). Ça rejoint quelque peu l’idée que la monnaie devrait perdre de sa valeur tout comme les autres ressources naturelles, entraînant comme conséquence la fin des rentiers … Pas vraiment le sujet de fond ici mais juste une note anecdotale …

    1. Oui, entropie, décroissance, relocalisation, monnaie fondante, …
      Ceci dit, quand on ‘démure’, encore faut-il ne pas démurer un mur porteur. 😉

  14. Je suis restée très perplexe devant cet article. Il me semble que les principales tensions (voire plus, beaucoup plus) tiennent à la volonté de garder le savoir.

    Ceci dit, la dévalorisation des métiers « cognitifs » (enseignants, ingénieurs…) tendrait à prouver que la voie de la « société cognitive » est en route ▰ nos sociétés dévalorisent ce dont elles ont le plus besoin.

    L’enjeux démocratique d’une telle société est…gigantesque ▰ à la naissance du net de « masse », les gens ont très vite été très habiles à mettre en valeur leurs talents, certains sont vite devenus des stras et ont supplanté les stars « officielles ».Cette habilité a eu pour réaction, me semble-t-il, les lois restrictives d’utilisation du net, ceux installés voulant le rester.

    1. Il me semble que vous avez raison. Le système actuel, tel qu’organisé, pratique une résistance accrue face à l’émergence de systèmes de diffusions de savoirs, notamment internet. Concernant les savoirs-faire, il n’y a qu’à observer la lenteur de mise en place et de fonctionnement des VAE (Validation des Acquis de l’Expérience) et ses limites, très réelles, pour conforter l’idée que ceux dont la profession est de transmettre un savoir (Formateur en formation continue, formateurs de formateurs, professeurs, etc.) se sentent remis en cause dans leurs activités et métiers. Il ne faut pas généraliser non plus. Un nombre croissant de ‘sachant’ (possédant des savoirs, dont l’activité professionnelle est de les transmettre et reconnus socialement comme tels) utilisent internet notamment pour établir leurs ‘cours’, ou se fonder dessus.
      Il me semble que l’on va se recentrer socialement pour ces métiers vers le savoir et le savoir-faire pédagogique, plutôt que sur la possession des savoirs en tant que tel. Ce serait une vrai révolution pédagogique : revenir au concept d’apprendre à apprendre, l’accès à d’autres systèmes de savoirs permettant d’acquérir les savoirs (en outre, la fonction de contrôle quant à l’acquisition réelle des savoirs). Ce serait une véritable mutation anthropologique.
      Les tensions que vous décrivez peuvent aussi se retrouver dans le monde industriel, où les savoirs possédés par les ‘ingénieurs’ sont remis en cause par les ‘ouvriers’, car ces savoirs permettent de mettre en oeuvre par le biais notamment de la mécanisation du travail la division sociale du travail, entre les ‘sachant’ et les ‘non sachant’, notion hiérarchique en prime of course. C’est donc l’ensemble du système qui ‘craque’.

      Pour établir une comparaison, je prendrais la Chine et le mandarinat.
      La civilisation chinoise fut à la pointe de l’innovation au niveau mondial, en mettant au point différentes inventions technologiques : boussole, imprimerie, papier, poudre à canon, notamment.
      Jusqu’au 10ème siècle ap. JC, la Chine conserve ce (premier) rang dans l’innovation.
      Or, c’est sous la dynastie Tang (600-900 ap. JC) que se fige le système de mandarinat, avec sa mise en oeuvre systématique et globale sur l’ensemble du territoire de l’empire.
      Le mandarin devient l’archétype du ‘sachant’, sur la base d’examen, de plus en plus codifiés par ailleurs : un système ‘méritocratique’ par excellence (cf. article sur l’ascenseur social sur ce blog : http://www.pauljorion.com/blog/?p=14294).
      Pour autant, de fait, on constate que les postes étaient essentiellement pourvus aux ‘bonnes’ familles, riches ou puissantes socialement.
      A mon sens, le mandarinat contribua à fossiliser l’empire, de par son extension et son apparence méritocratique : les savoirs (et même savoirs-faire concernant tout ce qui concernait l’écriture) furent ‘privatisés’. L’objet principal du mandarinat n’est plus de faire en sorte que les fonctionnaires aient un niveau suffisant et élevé de connaissance mais bien d’instaurer un système de recrutement concurrentiel pour l’accès au pouvoir, le savoir étant le pouvoir, afin de limiter et contrôler les effets des luttes de pouvoir pour la maison impériale.
      Dès lors où la circulation des savoirs et des savoirs-faire ne se réalise plus, l’innovation ne se fait plus. D’ailleurs, les empereurs et les mandarins après le 10ème siècle méprisèrent les technologies, à l’inverse de ce que connu la Chine au préalable, qui faisait sa renommée et sa puissance. C’est pour moi au 10ème siècle que la Chine se fige, avec l’instauration définitive et globale du mandarinat.
      La révolte des Taiping, qui ‘anticipe’ le mouvement communiste chinois, est en partie dû au fait que son initiateur ne put, au sein du système du mandarinat, accéder au pouvoir. L’influence chrétienne y était aussi présente, combattant une vision confucianiste du monde (sur laquelle le mandarinat s’appuyait).
      En 1905, juste avant la chute de la dynastie Qing, le mandarinat fut supprimé car exigé par les nationalistes. Sun Yat-sen voulut établir en 1911 un système plus souple, les Yuans (5 systèmes, 3 inspirés du libéralisme politique occidental et 2 du confucianisme), dont le Yuan des examens, ‘modernisant’ le mandarinat. Ce système ne pourra pas être réellement installé, de par l’instabilité politique en Chine puis l’invasion japonaise et la victoire des communistes. De fait, il sera transféré à Taïwan, où il perdure encore. Mais les maoïstes ont ‘décapité’ (dans les deux sens du terme) le mandarinat, y voyant l’ossature du pouvoir impérial, à raison, mais ce qui provoqua la perte des savoirs dans le même temps. Il fallut attendre la mort de Mao et Deng Xiaoping pour les deux ‘extrêmes’ disparaissent : le mandarinat et la suppression du contrôle (reconnaissance) des savoirs.
      En France, on parle de ‘mandarinat’ pour désigner la ‘rétention’ de savoirs par une ‘caste’.
      C’est une partie du problème selon moi : la non circulation des savoirs et savoirs-faire implique la fossilisation sociale. Mais l’absence de reconnaissance de ces savoirs (et même leur criminalisation) implique aussi … la disparition des savoirs (cf. maoïsme).
      Il y a une place entre les deux me semble-t-il.
      Cordialement.

    2. Ouch … Achement long, désolé.
      En plus court, on peut retrouver aussi, mutatis mutandis, des processus ‘identiques’ avec la fermeture de l’Ijtihad en Islam aux non savants vers le 10ème siècle et l’apparition d’une ‘caste’ de ‘sachant’.
      Les efforts d’Ibn Rushd (Averroès) de démontrer que la falasafia (philosophie) était même ‘obligatoire’ (ou nécessaire) pour atteindre la vérité, au même titre que la foi, furent rapidement proscrits dès le début du 13ème siècle et ses livres brulés. Pourtant, Ibn Rushd prit le soin de préciser dans son ‘Livre du discours décisif’ que l’accès à la falasafia n’était pas non plus à la portée de tous mais qu’elle n’était pas non plus réservée qu’à une caste de savants .
      Le ‘déclin’ de la civilisation musulmane peut être daté aussi de cette époque, où la circulation des savoirs devient restreinte à une ‘caste’ de ‘sachant’ (les fqih).

    1. On y retrouve d’ailleurs cité Yann Moullier Boutang, thèse démonté par Jean Zin dans le billet.

      Je cite un passage, un seul :
      « Il serait illusoire de (faire) croire que tous les humains ont la même disposition innée à intégrer un système fondé sur l’exploitation intensive des capacités cognitives. »
      DISPOSITION. INNEE. EXPLOITATION. INTENSIVE.
      Les ‘untermenschen’ ne sont pas loin …

      D’où la nécessité de montrer le vrai visage du ‘capitalisme cognitif’, son paradoxe, ses mensonges et ses dangers. Comme je le disais, il est urgent au contraire de fonder une civilisation cognitive, pour éviter que le génome, l’inconscient, … ne soit ‘exploités intensivement’, sur la base de ‘dispositions innées’.
      Selon moi, c’est le fascisme scientifique à l’état pur.

      Il est temps, grand temps, d’interdire au capitalisme de passer la barrière cognitive.

  15. Bonsoir.
    /// Billet invité

    A mesure que l’on avance dans la crise financière en cours, il devient de plus en plus évident que celle-ci masque de plus en plus mal un autre type de crise : une crise du sens que les hommes donnent à la représentation qu’ils se font de ce monde.///////

    C’est pour moi , un manque de lucidité évident , et au vu des réactions , un autisme collectif des plus inquiétant.
    La seule chose que masque la crise économique (plutot que financière) c’est la crise énergétique dont elle est issue . La pénurie d’abondance est en cours et une déplétion pourrait s’évaluer , proportionnelle a l’épuisement des energies bon marché.
    La solution mise en place par le système est déja en cours : éliminer une par de la demande en éliminant une partie des accédants a cette énergie.
    Il semblerait que pour fonctionner, notre « système » ait besoin d’un consumérisme minimum , ce qui signifie une énergie a prix accessible . Pour résoudre ce paradoxe , la solution est d’éliminer , des « wagons » de perdants , par pression financiere , prix fort de l’energie , des MP ou de l’alimentaire, guerre locale ou civile ..etc … le but etant de faire baisser le prix du petrole suffisant pour le modèle consumérisme .
    Il est évident que pour ceux qui ne sont pas dans le « wagon » (ou dans le suivant), on peut faire de la litterature ….histoire de désaffecter l’obscènité , (qd on roule avec des carburants au « blé » par ex)

    1. @ kercoz,

      Le système que vous décrivez n’est pas celui que j’observe, kercoz.
      Vous dites qu’il semblerait que, pour fonctionner, notre système ait besoin d’un consumérisme minimum, avec un coût de l’énergie accessible.
      J’ai cru observer au contraire que notre système avait besoin pour fonctionner d’un coût de l’énergie accessible pour un consumérisme maximum.

      La fatalité de notre système n’est pas de fonctionner pour fonctionner. Son destin est de croître indéfiniment, sous peine de mort.

      C’est l’augmentation du coût de l’énergie face à cette nécessité de consumérisme maximum qui peut devenir paradoxal, non? Pour passer cet écueil, les plus grandes recherches des dernières décennies dans tous les domaines ont été pour faire « toujours plus » avec moins d’énergie, afin que la consommation continue sa courbe exponentielle. Hélas pour le système, l’énergie se raréfie plus vite que la découverte des palliatifs à cette raréfaction.

      Votre ultime observation.
      J’observe que notre système est basé sur la consommation; comment pouvez-vous imaginer qu’il cherche à éliminer les consommateurs? Vous parlez peut-être de ces consommateurs insolvables, de ces millions de très pauvres dont le nombre grossit chaque jour, et qui sont par le fait supprimés du système? Le système le regrette, croyez-le bien; c’est autant de manque à gagner.

      (PS: je trouve que vous prêtez beaucoup d’intelligence à notre système.)

    2. C’est clair à plus de cent dollars le baril, le système s’écroule et pour garder la tête audessus de l’eau, le système ne peut qu’éliminer ce qui est de trop.
      Je pense qu’à long terme une telle situation n’est pas tenable, il n’y a pas d’action sans contre réaction et les 100 000 de créatifs culturels dont vous faites partie sont là pour le prouver.
      Que penser de ceci
      http://connecteur.blogspirit.com/archive/2010/07/08/surgissement-d-un-monde-nouveau.html
      Le consumérisme se transformera en prosumérisme (vous en êtes un d’ailleurs)

    3. Je vais tenter de vous réconcilier entre crise du sens et crise de l’énergie :

      L’un de vous regarde l’enthalpie (l’énergie, si vous préférez, mais ça dépend du contexte thermodynamique) et l’autre l’entropie (le degré de désordre, le peu de rassemblement d’éléments qui fasse sens).

      Dans « la lettre du lundi », le dénommé Francois Roddier décrivait courant juillet la question de l’entropie & énergie croissante dans le devenir de toute espèce. Son ouvrage s’appelle « Le pain, le levain, et les gènes », Editions Parole, ca doit valoir une 15aine d’euros, si qqn l’a lu ici ça m’intéresse d’avoir un commentaire….

    4. @Jean luc.
      Nous sommes entrée ds une ere ou la déplétion energetique est de l’ordre de 3% annuelle.
      ///
      J’observe que notre système est basé sur la consommation; comment pouvez-vous imaginer qu’il cherche à éliminer les consommateurs? ////
      Si vous faites une courbe descendante de 3% de consommateurs accédant a cette énergie , l’offre est equilibrée par rapport a la demande (c’est bien sur simplifié , les « perdants » doivent etre nourris et SURVEILLES).
      En théorie le cout du littre de petrole reste constant . Comme la ressource s’épuise , on obtient un plateau ondulé du prix , mais le système est un système ou le prix de l’énergie est LA constante (meme une constante ondulée). Les accédants etant la variable d’ajustement .
      N’est ce pas ce qui se passe en ce moment ?Le prix de l’énergie a baissé apres la « crise » , tout va bien , les 4×4 se vendent aussi bien que les décapotables , nos enfants ont renfloué les banques , évitons le wagon suivant .

      /////(PS: je trouve que vous prêtez beaucoup d’intelligence à notre système.)////
      Le système a une dynamique forte , donc une inertie ……Ces caracteristiques sont apparentées a une « intelligence » emergeante puisque une inertie s’opposera a toute variation de sens , de direction et de vitesse….. Notre problème est que cette « émergeance » a des interets qui semblent diverger de l’interet de l’individu , du groupe , et meme de l’espece (dont les interets sont eux memes antagonistes). En premiere étude , on peut dire que si les interets du « système »sont a court terme (puisqu’il parasite la société humaine pour ses propres interets), ce serait du fait que les individus placés aux postes décisionnels ont des interets a court terme . La correlation de cette absence de lucidité a moyen ou long terme (que chacun jugera suicidaire pour la civilisation)d’avec les interets immediats d’un individu ou d’un groupe me semble évident.

    5. @ Kercoz,

      Je vous avais lu à l’envers.
      Merci d’avoir pris le temps de me répondre. Je comprends mieux de quelle « intelligence » du système il s’agit. L’inertie d’un système est aussi une intelligence.

      Je mets vos précisions en rapport avec quelque chose que j’ai découvert l’an dernier en écoutant des cours de Jean-Marc Jancovici à l’Ecole des Mines de Paris. Il a développé l’équation de Kaya .
      L’intelligence de l’équation est que, quoi qu’il arrive, les deux côtés doivent être égaux. Si le premier terme (émission de gaz carbonique) doit être divisé par deux, il faudra nécessairement que la somme des paramètres de l’autre côté de l’égalité le soit aussi.

      Jancovici propose que l’on réfléchisse à modifier les termes de l’équation dans le sens de -comme vous l’écrivez- « l’intérêt de l’individu, du groupe et même de l’espèce ». Dans son cours, monsieur Jancovici préviens que les mathématiques sont intelligentes et têtues, et que si nous ne décidons pas de nous même quel terme modifier, l’équation saura choisir quoi « réduire » entre:
      – Contenu en CO2 de l’énergie;
      – Intensité énergétique de l’économie;
      – Production par personne;
      et…
      – Population.

      Je crois avoir compris Kercoz; il y a le système que je disais observer (consumérisme maximum grâce à une énergie vendue à bon marché) et le système qui travaille en profondeur (l’énergie se raréfiant, mais la constante « prix bas » devant rester la même, le consumérisme cherche la variable à ajuster).
      Le « court-termisme » des intérêts de ceux qui auraient les moyens politiques et économiques de modifier les termes de l’équation vont à l’encontre des intérêts à long termes de la société humaine. Et c’est l’inertie intelligente de l’équation qui travaille…
      C’est bien ça?

    6. @Jean luc .
      C’est a peu pres ça , ..du moins comme je le vois. Ayant dépassé le PO , du moins pour les sources bon marché, la pression du prix a fait lacher un fusible . Ce fut l’économie (il est probable que les interetsq sur l’immobilier ont été attirés par les performance de ceux de l’énergie ), mais c’eut pu etre un autre fusible (guerre , famine , ….) suffisante pour faire baisser la demande .
      Les réactions induites sur le système par une montée des prix de l’energie sont innombrables et interactives. 80% du prix du NPK est du gaz ! Les agriculteurs ont découvert qu’on les roulait depuis des années en leur faisant croire a un labourage et des traitements multiples .
      Je crois que qqs part , Jancovici dit que l’on va passer de 120 esclaves virtuels (KW) tres vite à 50 ?…30 ou 20 …….en souhaitant qu’ils restent virtuels !
      En faisant croire a une origine conjoncturelle de la « crise » on laisse esperer des solutions……et l’on montre des leurres comme coupables . On va bientot nous refaire le coup de la necessité d’une dictature pour attendre des lendemains meilleurs ( scientisme …).Du caviar pour les démagos . La sécurité prime toujours sur la liberté .
      On nous fera croire que les solutions SERONT technologiques , alors qu’elle SONT DEJA societales . En réduisant progressivement le nombre des bénéficiaires, les quantités d’énergies « faciles » sont mathématiquement illimitées .

    7. @ Kercoz,

      Décidément les mathématiques sont bien têtues et sans états d’âme!

      Cependant, si je suis votre raisonnement, il me semble (les mathématiques sont très loin d’être de mon domaine d’intelligence) que les quantités d’énergies fossiles (et donc faciles) dont nous disposons encore aujourd’hui ne seront « mathématiquement illimités » que si le nombre de bénéficiaires décroît de manière également illimité, puisque ces énergies sont sur Terre en volume fini. Tant qu’il restera un bénéficiaire, les énergies seront de l’ordre du fini, du limité. Ce serait une intelligence bien peu intelligente que de chercher une solution de ce côté.

      On peut imaginer plusieurs événements pour modifier les termes du problème face auquel nous sommes. Vous parlez de crises économiques dirigées, de guerre, de famine. Jancovici ajoute les pandémies (il se demande aussi quelque part, sans aucun cynisme, s’il est raisonnable de chercher à allonger la durée de vie), mais rappelle en même temps qu’il existe des solutions respectueuses de l’humanité, et qu’elles sont aussi à notre portée. Certains travaillent, sur ce blog et ailleurs, à faire le compte de ces solutions. Tout est envisageable, et hélas! tout est possible (peut-être même, si je vous suis, que certaines solutions sont déjà en chemin) mais bien malin celui qui peut déjà lire ce qui n’est encore écrit nulle part.

      (PS: j’ai trouvé la signification de NPK ,mais je nage totalement pour savoir ce qu’est ce PO qui a été dépassé au début de votre commentaire!)

    8. @Jean luc.
      ////Tant qu’il restera un bénéficiaire, les énergies seront de l’ordre du fini, du limité. Ce serait une intelligence bien peu intelligente que de chercher une solution de ce côté.////

      Qd je parle d’infini c’est une metaphore mathématique : si le nb de bénéficiaire diminue vers 0, la quantité de ressource disponible tend vers l’infini .
      En gros, si vous réservez l’énergie facile disponible à 10% de la population (actuellement ça doit etre sur 50%), il resterait de l’énergie abondante et bon marché pour un millénaire, ce qui peut se concevoir comme « infini ».
      PO est l’acronyme de Peak Oil , qui est le moment ou la production atteint son optimum (pour de multiples raisons econo-technologique)
      Les crises (économiques ou sociétales ) dont je parle , ne sont pas , selon moi « dirigées » . Elle sont induites par la complexité du système ,…des sortes de soupapes qui vont rechercher une solution a la déviance de la dynamique en cours .Quand un fusible pète , ce n’est pas de sa faute , c’est pourtant ce dont on l’accuse actuellement . Que le système de gestion économique soit inefficace et surtout instable , c’est évident . Il paraissait crédible tant que des freins freinaient sa dynamique . Des l’on a suprimé ces freins (temps d’échanges proche de zero , communications instantanées),les exponentielles ont fait leur travail et fait diverger les solutions .
      Bonjour Louise , content aussi .

    9. @ Kercoz,

      Merci de ces ultimes éclaircissements.
      (Décidément, je vous avais à nouveau compris de travers lorsque je vous faisais penser que les crises économiques pouvaient être « dirigées ». Ceux qui aiment lire derrière les mots vont pouvoir penser que c’est un vieux fond de science-fictionnisme juvénile -heureusement totalement guéri aujourd’hui- qui ventriloquait chez moi en vous lisant. Pardon.)
      J’ai compris à présent que selon le principe d’une inertie dynamique « quelque chose » doit en permanence lâcher puisque le Peak Oil est atteint. La déviance que cette dernière donnée (non susceptible d’ajustement) entraîne sur l’équation met une pression immense sur le système. En 2008, une des soupapes les plus faibles a lâché …et c’est peu dire que la soupape des « subprimes » était fragile.
      Tant que les conducteurs (qui nous représentent démocratiquement) refuserons d’entrer dans la salle des machines pour en reprendre le contrôle, nous ne pourront qu’être les spectateurs de l’emballement du système, attendant avec anxiété quel sera le prochain fusible que le système lui-même « choisira » de faire sauter. Et l’anxiété grandi lorsqu’on sait que ce sont toujours les zones de résistance les plus fragiles qui cèdent en premier.
      En disant cela, je ne dois plus être très loin de votre raisonnement à présent, et il se tient.

      Et je comprends que vous ayez voulu interpeller zébu sur son idée que « la crise financière en cours (…) masque de plus en plus mal (…) une crise du sens que les hommes donnent à (leur) représentation du monde. »
      Vous avez peur que la mise en avant de cette « crise du sens » découverte derrière la crise économique, finisse par masquer la crise énergétique que la crise économique était sur le point de dévoiler.

      Du sens?
      En effet, la dynamique incontrôlée de cette crise énergétique pourrait bien d’elle-même trouver son sens. Et la représentation que les hommes se font du monde n’y pourra alors plus rien!

    10. @kercoz

      « 80% du prix du NPK est du gaz »

      C’est surement vrai pour les engrais azotés chimiques, dont on doit l’invention du processus de fabrication à Fritz Habel (grand chimiste et patriote allemand également inventeur des gaz de combat), mais pas pour les engrais azotés organiques ni pour les phosphatés et potassique d’origine minérale.

    11. Le système, pour se maintenir, élimine des wagons de perdants…
      Nous voila bien proche d’une hypothèse malthusienne, tout y est : les rendements décroissants des champs (de pétrole) amènent à l’auto-régulation des populations, par différents moyens tels que la famine, la guerre ou la pandémie.
      Les observations de Malthus s’étaient vérifiées régulièrement dans le contexte d’économie agricole, avec comme principe de base la finitude des terres cultivables, leur rendement décroissant à mesure qu’on employait des terres moins fertiles.
      Le caractère cyclique de cette « sinistre économie » n’a pu être dépassée que par la conjonction de l’industrialisation, de la rente énergétique, charbon puis pétrole, de la spécialisation internationale assortie de colonialisme et accessoirement d’esclavage. Victoire sur Malthus, certes, mais pas très glorieuse, comme le dit Daniel Cohen dans « Prospérité du vice ».
      La connotation anti-progressiste et anti-humanitaire dont souffrent les idées de Malthus dans l’esprit de bien-pensants conformistes ne doit pas faire systématiquement obstacle à un examen objectif des réalités, c’est-à-dire d’appeler un chat un chat.
      Pourquoi refuser l’idée que la mondialisation, vue comme une néo-colonialisation se concluant logiquement par l’égalisation finale des parties concernées, concomitamment à la fin de l’abondance énergétique qui constitue la rente sur laquelle sont bâties nos civilisations occidentales, ne conduirait pas à réhabiliter la loi de Mathus. Sinistre, oui, mais réaliste, car les conditions qui ont permis d’y échapper tendent à disparaître.
      Pourra t-il y avoir un nouvel échappatoire, quand, comment ?
      Faute de quoi le monde est condamné à déplétion, selon le mot à la mode, bien plus gravement que du temps de Malthus où la ressource agraire pouvait arriver à son exploitation maximum sans pour autant disparaître, autorisant des cycles autour du point d’équilibre.
      Là, ce serait plutôt « game over ».

  16. Il faut s’accrocher ne pas baisser les bras,

    Ne pas trop désespérer car même si la crise s’aggrave pour la plupart des grands de ce monde, je pense qu’en pensant d’une autre manière on peut se sentir considérablement mieux, encore plus si nous recherchons à penser sans eux, je sais c’est pas évident mais il faut toujours essayer jusqu’à de faire passer autre chose, c’est notre devoir, le devoir aussi de tout-à-chacun dans une société,
    cela revient donc à rechercher à faire sortir le plus possible l’esprit de la matière ( la crise du monde moderne ) dans notre quotidien quand bien même les évènements nous toucheraient de plus en plus matériellement moi le premier ou en partageant le même quotidien que d’autres.

    Ils ont beau vouloir continuellement confisqué la parole aux petits, ils ne pourront pas toujours empêcher l’esprit ou le vent de souffler où il veut, nous ne grandissons en société qu’en intégrant ce que la société nous offre, capitalisme, socialisme, marché, bureaucratie, etc, nourritures et encore et encore pour le corps et l’estomac mais que dalle pour l’esprit, la mauvaise ivraie du monde.

    Ce monde au bord de la faillite peut encore nous offrir pendant quelques temps toutes ces choses matérielles, mais c’est aussi à nous de vouloir sincèrement passer à autre chose, on ne peut continuellement vouloir aller de l’avant et regarder encore en arrière comme au temps de Noé et de Lot, accuser les gens du capitalisme à longueur de temps comme de vie, et quand bien même la société partirait de plus en plus à la dérive d’une plus grande catastrophe financière ou climatique, nul ne doit se sentir plus obligé de les suivre plus longtemps dans ces fausses valeurs de vie.

    On ne doit plus en rester au stade des plaintes et des regrets, mais rechercher bien plus au contraire à se foutre de la gueule des grands de ce monde, ne plus se faire d’illusions Attali y compris, ce monde matérialiste sollicitera bien évidemment jusqu’au bout ce qui est en l’homme le plus disponible et le plus influençable dans sa grande majorité, c’est-à-dire le coté le plus animal, influençable et immature de l’homme en société.

    L’humanisme actuel et moderne n’y changera pas mieux les choses sur le fond, c’est pourquoi je me réjouis de pouvoir encore trouver, comme sur ce blog des gens qui recherchent encore à proclamer d’autres valeurs de vie plus personnelles ou pas, et contre tous ces grands groupes financiers aussi recherchant continuellement à abrutir la personne humaine, afin de pouvoir sans cesse mieux amener les êtres à l’injonction de plus de consommer Corps et Ames, pas étonnant d’ailleurs que le monde sombre davantage dans la violence, la barbarie, la faillite, la surconsommation de drogues et de médicaments en plus, de toute évidence nos élites mondiales ne comprennent toujours rien à rien, peut-être alors que nous devrions davantage l’écrire en chinois ou en mandarin pour eux.

    En espérant aussi que la plupart de nos propos sur la crise n’en poussent pas trop au désespoir,
    veuillez encore m’excuser pour la syntaxe et mon français, mais je n’ai pas été très loin dans les études ça me dégoutait déjà trop à l’époque de suivre pareillement les premiers.

    1. @ Jérémie,

      Depuis que je viens chez Jorion, c’est toujours aussi utile pour moi de vous lire de temps en temps. C’est un peu difficile à exprimer sans pathos. J’essaye.
      Il y a ce que je sais, ce que j’ai lu, ce que m’ont appris mes parents, ce que m’a appris ma vie, ce que me disent mes amis, ce que me disent les plantes et les animaux, ce que je lis chaque jour dans les livres et les journaux, ce que j’écoute à la radio, ce que je vois, ce que je sens, et puis de temps en temps chez Paul Jorion un texte de vous qui met du liant à tout ça. C’est-à-dire que vous avez une façon de lier les choses en leur gardant à chacune toute leur densité, qui fait que j’arrive ensuite, l’instant d’après vous avoir lu, à faire de même pour les choses qui volent dans ma tête. J’ai tellement envie parfois de faire des paquets séparés, parce que je suis fatigué d’essayer de connecter toutes les choses, alors que je sens qu’elles sont connectées. Vous m’aidez bien.

    2. @ Jean-Luc

      Merci de rechercher plutôt à me comprendre JL malgré mes tares congénitales, je me sens néanmoins trop souvent amené à poster sur la crise ce n’est pas bon je trouve, on sort déjà suffisamment de films d’horreur à l’année.

      J’ai parfois l’impression que ce n’est pas uniquement des puissances visibles qui oppressent autant les êtres, mais parfois des choses qui sont en l’air pourquoi par exemple à certains endroits on se sent plus ou moins à l’aise que d’autres pour mieux relativiser ou pas les derniers événements de la crise.

      C’est sur il y a forcément des environnements qui n’aident guère mieux les êtres à dépasser tout ça et si le monde ne vivait pas déjà dans un grand univers carcéral et médiatique sans même s’en apercevoir à son insu, les grands de ce monde en portent grandement la responsabilité je trouve.

  17. Alors, au regard de l’Histoire, les savants se sont déplacés, ont fui les zones « bloquées » par les pouvoirs et ont permis à d’autres de se développer. Cette leçon de l’histoire pourrait peut-être motiver ceux qui « pratiquent une résistance accrue face à l’émergence de systèmes de diffusions de savoirs, notamment internet ». Il reste à trouver le « contrat social » pour permettre une diffusion .

  18. Biological Theory 5(1):53-66, Winter 2010
    doi:10.1162/BIOT_a_00022
    Are Plants Rational?
    Elias L. Khalil

    Organisms change their shape and behavior during ontogenesis in response to incentives–what biologists call “phenotypic plasticity” or what is called here more specifically “behavioral plasticity.” Such plasticity is usually in the direction of enhancing welfare or fitness. In light of basic concepts in economics, such behavioral plasticity is nothing but rationality. Such rationality is not limited to organisms with neural systems. It also characterizes brainless organisms such as plants, fungi, and unicellular organisms. The gist of the article is the distinction between rationality and intelligence. Whereas rationality is ubiquitous in all organisms, intelligence varies in degrees depending on division of labor that may involve the evolution of a neural system. This article aims to defend the universality of rationality–the Organismus oeconomicus hypothesis. It argues that neither the notion of bounded rationality of behavioral economics nor Herbert Simon’s “procedural rationality” can ultimately undermine the Organismus oeconomicus hypothesis.

    Keywords: bounded optimization, bounded rationality, Organismus automaton, Organismus oeconomicus, procedural rationality, rationality optimization, selection optimization, unbounded optimization

    1. Quand je lis  »  » Organismus oeconomicus hypothesis  » , je ne vais pas plus loin , mais ça me fait rigoler pour le restant de la journée ..

      Sur intelligence et rationnalité , et bien que vous n’ayez pas Blaise Pascal dans vos lectures anglo-saxonne , j’en reste  » mordicus » à l’esprit de finesse et l’esprit de géomètrie qui m’apparaissent bien mieux rendre compte de la richesse et de la complexité du cerveau humain ( et de quelques autres  » créatures » vivantes ) .

      Si l’intelligence c’est croiser les deux esprits , c’est le langage qui donne le verdict , et c’est pour cette raison ( entre autres , une autre étant que je suis paresseux ) que je ne suis pas près de sacrifier et dénaturer cette langue française , fille de l’esprit grec , de l’esprit latin et des belles sensibilités féminines des grandes maîtresses de salon des XVII et XVIII èmes siècles .

      Quant aux plantes , il leur arrive d’avoir du génie : voir les « Rameaux » de ….

    2. Les organismes changent leur forme et leur comportement durant l’ontogenèse en réponse aux incitations- ce que les biologistes appellent « plasticité phénotypique » ou ce qui est appelé ici plus spécifiquement « plasticité comportementale ». Une telle plasticité existe habituellement afin d’améliorer le bien-être et les aptitudes (la bonne forme). A la lumière des concepts de base en sciences-économiques, une telle plasticité comportementale n’est rien d’autre que la rationalité. Une telle rationalité n’est pas limitée aux organismes dotés de systèmes neuronaux. Elle caractérise aussi les organismes sans cerveaux comme les plantes, champignons, unicellulaires. Le fin mot de cet article est la distinction entre rationalité et intelligence. Alors que la rationalité est omniprésente en tout organisme, l’intelligence varie suivant des degrés dépendant de la division du travail qui peut impliquer l’évolution du système neuronal. Cet article vise à défendre l’universalité de la rationalité- l’hypothèse de l’Organismus oeconomicus. Il prétend que ni la notion de rationalité limitée de l’économie comportementale, ni la « rationalité procédurale de Herbert Simon ne peuvent finalement miner l’hypothèse de l’Organismus oeconomicus.
      Elias L. Khalil

      Alors là on est pas loin de l’Intelligent Design! Et de quoi faire le bonheur des tenants de l’hypothèse de l’Organismus oeconomicus, et autres utilitaristes ou défenseurs du naturalisme, qui apprécieront.

      C’est oublier que les plantes par exemple, souvent deux à trois fois mieux dotées en gènes que l’Homme (blé 60 000 à 100 000, Homme 28 000 à 30 000), ont une grande proportion de ces gènes « dédiés » à une adaptation aux conditions changeantes de milieu, ne pouvant pas choisir d’autres lieux de vie que celui où le hasard a semé leur graine.

      Et reste toujours le problème de l’intelligence neuronale et humaine, qui pourrait bien troubler ce bel ordonnancement rationnel illimité, pseudo reptilien ou semi-végétatif… Pour notre plus grand plaisir, quoiqu’il en coute à ces théoriciens et à « l’ordre du monde »…

    3. C’est du behaviorisme ‘biologique’ appliqué à l’économie, ce truc là, non ?
      ‘Division du travail’, ‘rationnelle’, des champignons et des organismes unicellulaires …

      Alors quand mes cellules de peau se reproduisent en se divisant, elles travaillent rationnellement ?
      Intéressant.
      Je vais me demander une augmentation de cellules pour mes cellules : diviser plus pour travailler plus …

  19. Je maitrise mal l’anglais , mais il me semble que Prigogine a parlé de celà en évoquant la Th. du Chaos .
    Dans les systèmes naturels, il n’y a jamais de gestion centralisée ni de gigantisme ou hypertrophie des population . Le choix de l’outil et du modèle est toujours parcellisé, fractal, scissiparité …..la Th du chaos démontre l’impossibilité de gérer un système hypertrophié de façon complexe .L’obligation de changer d’outil (linéaire) est la raison des desastres économiques actuels .L’auto-organisation est le seul modèle stable (attracteurs).
    Le seul problème de notre « modernité » c’est que la centralisation est necessaire au « gain de productivité ».
    Le terme « rationality » me semble mal choisi puisque ces systèmes complexes se modélisent suivant des equa differentelles irrationnelles (Poincaré) , condition essentielles pour obtenir attracteur et stabilité.

    1. L’auto-organisation est le seul modèle stable (attracteurs).

      E. Morin aurait ajouté le terme éco (auto-éco-organisation). La question de stabilité impose en effet une régulation des interactions avec l’environnement.

    2. @ Bravec.
      tout a fait , c’est le coté fractal de certains systèmes complexes.
      Je ne résiste pas de citer a nouveau une idée de E Morin (qui aurait eu grand interet a s’appuyer sur l’aspect mathématique de la Th . du Chaos plutot que de la récupérer en en changeant l’appellation), citation que j’arrange a ma sauce:
      «  » »Dans un système naturel, le »bruit » est constituant du signal ; Dans un système humain (techno ou économique) , le bruit est perturbateur puis destructeur du signal » » »
      C’est me semble t il la meilleur definition des systèmes complexes .

  20. Merci Zébu pour ce billet très stimulant qui imagine un modèle prospectif.
    Je l’avais presque terminé que votre second billet qui fait suite à celui-ci a été publié.

    Tout d’abord, concernant le titre de votre billet, qui souligne le caractère cognitif de la civilisation de demain, il me semble qu’il renvoie surtout à la perte du cognitif dans la notre. Pour toute civilisation les conditions matérielles de l’avenir commun passent par la transmission des savoirs et de leur valorisation ; c »est lorsque une civilisation ne transmet plus bien les savoirs ni ne les valorise comme il faudrait, précisément en permettant leur appropriation collective, qu’elle est proche de sa fin.
    Bref, toute civilisation est cognitive par essence. D’ailleurs vous le reconnaissez vous-même d’une certaine façon en faisant entrer les savoir faire dans son domaine. L’étendue des connaissances et le nombre des savoir-faire a pu varier au cours des temps, mais il n’en demeure pas moins qu’ils ont toujours joué un rôle crucial. Mais peut-être désignez-vous comme civilisation cognitive une civilisation qui se donnerait sciemment pour projet de conditionner le développement de tous ses aspects, et pour tous, à l’impératif de la remise en question des connaissances acquises, ce qui alors fait entrer le cognitif dans le domaine du politique.

    Le problème de notre époque est que les savoirs existent, à profusion, mais qu’ils ne sont pas valorisés, que tous ont une valeur égale sous le prisme de l’utilitarisme capitaliste. D’où la place centrale qu’occupe la question des savoirs communs dans votre billet.

    Votre réponse concernant l’articulation du savoir commun au savoir innovant consiste principalement en la proposition d’un système d’ économie mixte constituée d’une part d’une économie lucrative et d’autre part d’une économie solidaire ou non lucrative, la balance, la communication, entre les deux se faisant par l’entremise d’un système d’incitations fiscales.

    Votre idée consistant à faire passer dans le domaine public libre de droits les savoirs-faire communs est me semble-t-il la proposition la plus intéressante de votre exposé. Mais il y a une conséquence que vous n’envisagez pas, aussi j’aimerais avoir votre avis sur la question. Je m’explique. Au lieu que comme c’est le cas actuellement les produits issus des savoir communs se présentent comme des succédanés d’anciens produits innovants — je pense à l’industrie des médicaments génériques, les savoir communs pourraient avoir leur dynamique d’innovation propre, une innovation qui n’aurait plus pour effet de couper le producteur de l’usager final, pour les besoins du marché compétitif, mais à l’inverse de les rapprocher en les invitant à s’associer, par l’entremise d’une économie de la contribution. Avec le paradoxe que l’économie fondée sur l’exploitation des savoirs communs, du fait du poids social acquis par la diffusion massive de ces produits, serait plus florissante que l’économie « lucrative » que vous destiniez exclusivement à l’innovation. Economie de la contribution cela signifierait que chacun aurait des revenus identiques sans pour autant entraver les investissements nécessaires à l’innovation ou aux projets importants. Le principe de base serait très simple. Chacun aurait le même revenu mais l’emploi de ce revenu pourrait être affecté de manière différencié selon les individus. Bien entendu cela suppose que chacun puisse disposer d’un revenu permettant plus que la simple survie. Cela suppose évidemment l’abandon du système capitaliste et de ses rentes.

    Concernant le système d’évaluation des savoir-faire et connaissances acquis tout au long de la vie je suis plus dubitatif. Je vais préciser ma pensée en commentant Betof :

    Bétov dit : « Je nie que la connaissance, l’intelligence, le savoir faire, le savoir, ou quoique ce soit d’abstrait, ait quelque place à tenir dans la répartition des richesses et je tiens la culture, l’art et le savoir en haut mépris. »

    Je souscris à la première proposition, je pense aussi que ce serait une dérive que de se mettre à évaluer les êtres humains, de quelque façon que ce soit, en vue de déterminer le niveau des revenus, même si c’est de façon incitative. Ce ne serait plus un marché du travail où s’échangent la force de travail (physique et/ou intellectuelle) qui comptent et décident des mérites de chacun, laissant à nu le rapport de forces, mais le niveau de connaissances et les savoirs-faire acquis dans la durée globale des parcours professionnels et de formation de chacun. De prime abord cela pouvait semblait être un progrès. Mais le remède pourrait s’avérer plus nocif que le poison. Lorsqu’un individu lambda dispose de tel savoir-faire plutôt que d’un autre, la reconnaissance que vous évoquez s’applique aux comportement dudit individu et non pas à son être en vie. Autrement dit sous couvert de reconnaissance des dispositions cognitives, sont validés certains comportements plutôt que d’autres, et même sans doute à l’exclusion d’autres. La question politique resurgit alors imanquablement : selon quel principe et qui décide ce que doivent être les savoir-faire et connaissances qui devront être retenus dans la nomenclature générale devant servir d’étalon pour l’évaluation des parcours individuels ? Une question politique ne risque-t-elle pas de devenir une question simplement technique ?

    Autre problème qui rend l’équation impossible : ne sommes-nous pas d’abord riches de ce que nous ne connaissons pas ? Dans ce cas, il faudrait inclure dans la grande momenclature tous ces nuages d’inconnaissance, de temps libres où les connaissances trouvent leur véritables origines, mûrissent, où le corps et l’esprit vagabondent, parfois en dehors des sentiers battus. Or comment affecter une valeur numérique — pour déterminer par exemple le niveau d’une retraite future –, à ce qui n’est pas représentable ?

    D’où l’intérêt de la notion de revenu d’existence à laquelle vous accordez une certaine importance, mais juste en passant, sans y revenir alors que celui-ci permettrait de se passer du calcul des dispositions cognitives et pratiques de chacun. Le revenu d’existence serait pour moi la vraie reconnaissance de la valeur intrinsèque et inaliénable de chaque être humain. Chacun a une valeur incommensurable, de l’ordre de l’infini. Chacun doit pouvoir jouir de conditions matérielles d’existence sans que l’on établisse un lien avec des qualités acquises . Conditions matérielles voulant dire ce que cela veut dire : les conditions matérielles relatives au fait simplement d’être en vie. Dans le cas contraire cela signifierait que certains existent plus ou moins, ce qui est absurde ou discriminatoire, au choix.

    Par contre je ne saurais souscrire à la seconde partie de l’assertion de Betov.
    Bétov comment l’erreur, me semble-t-il, mais je peux me tromper, celui-ci n’ayant pas explicité son jugement, de voir dans la culture, l’art et la connaissance une source d’inégalités, alors qu’il m’apparaît au contraire qu’ils permettent d’accéder à l’autonomie et de faire reculer l’ignorance qui favorise toujours l’inégalité.

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