Aristote explique la monnaie, par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité.

Valeur métaphysique de la physique

Une monnaie est une unité de compte de la valeur échangée sur un marché. L’utilité de cette affirmation est d’établir une relation de raison entre le marché, l’échange, la valeur, le comptage, l’unité et la monnaie. L’utilité signifie que cette affirmation est un outil pour réaliser une fin exprimée dans un ou plusieurs de ses termes. En l’occurrence, un outil propre à l’intelligence pour informer et transformer la réalité hors d’elle-même. Si cette affirmation est vraie, elle peut servir en tant qu’outil d’intelligence à définir la monnaie vraie. La monnaie comme moyen de compter la valeur révélée par l’échange ; comme contrepartie métaphysique d’objets physiques transmis par le marché ; comme réserve de valeur dans le temps et dans l’espace. La monnaie est vraie si sa finalité ainsi énoncée n’est pas douteuse dans sa réalité concrète et si cette finalité est bien conforme à la volonté de tous ses utilisateurs. Les trois fonctions fondamentales de l’objet monétaire ont été énoncées par Aristote. Il a également fourni l’appareillage conceptuel de définition de tout objet intelligible physique ou métaphysique.

Les objets de valeur s’échangent par des biens et des services physiques ; soit par un objet matériel contenant toute la forme qui lui donne sa valeur, soit par un travail qui informe avec du temps de la matière physique. La valeur s’échange visiblement par son infrastructure matérielle physique : l’objet physique perceptible aux sens du corps humain. Elle est valeur par la superstructure formelle ; le concept que la personne humaine corporelle accorde à la matière dans l’objet. La forme n’est pas intrinsèque à la matière. Elle lui est donnée par un sujet d’intelligence personnelle libre en lui-même. Soit la forme est issue du passé : l’objet matériel contient toute l’information qu’a désiré lui attribuer la personne. Soit elle est en développement au présent : une personne travaille ; elle s’investit dans un objet ; elle transforme la matière physique au présent. La valeur physiquement matérialisée est distincte métaphysiquement de son objet : elle ne peut pas exister sans l’investissement d’un sujet libre qui accorde une forme à l’objet particulier de son choix. Un objet de valeur n’existe pas sans sa matérialité physique investie par la forme que des personnes lui donnent.

Liberté causée de la valeur


La valeur est une matière formée par la liberté. La matière vient du monde physique ; la forme vient du monde métaphysique. Le mot « monde » désigne bien une même réalité mais intelligible par deux canaux. L’unicité du monde est synthétisée par la personne, une relation individuelle de liberté entre le monde physique et le monde métaphysique. Elle est un sujet qui agit sur des objets d’existence physique : l’action personnelle du sujet individuel informe l’objet. L’action est personnelle parce qu’elle est libre ; elle est individuelle parce qu’elle est issue d’un sujet déterminé différent de tout autre ; elle a un objet que la personne choisit dans le monde physique à partir de son monde métaphysique. En tant qu’être de relation, la personne est métaphysique dans la physique. La distinction entre physique et métaphysique n’est pas une réalité concrètement objective mais le fruit de la subjectivité de la personne individuelle ; précisément l’expression de son intelligence, de sa capacité à introduire sa métaphysique dans la physique. Une source d’eau dans le désert n’a pas de valeur : c’est une réalité physique sans richesse. La présence à proximité d’un sujet personnel qui sache s’y désaltérer est cause de la valeur de la source. La source d’eau informée devient métaphysiquement richesse.

La causalité appartient à la métaphysique ; elle n’existe pas sans l’intelligence personnelle, sans l’individu qui choisit la mise en relation causale d’objets qu’il distingue par la matérialité. La causalité est une forme. Elle attribue de la valeur à la matière par le temps. La personne identifie des relations causales entre les objets de son intelligence pour prévoir en elle-même la valeur des résultats qu’elle attend. La valeur d’un objet résulte de la réalisation sur la matière d’une fin choisie dans l’intelligence personnelle. Le choix a par hypothèse une matière ; la matérialisation du choix est la thèse. La matière réalise l’existence du choix. Mais le sujet personnel du choix reste libre d’y reconnaître son choix. Il peut n’y voir qu’une détermination extérieure à lui-même issue de la matière-même ou d’une intelligence qui ne soit pas la sienne. Le choix existe par un travail personnel, une dépense d’énergie physique et d’énergie mentale par un sujet d’intelligence librement investi dans la matérialité physique. Sans la liberté d’informer la matière, le travail n’est pas humain. Il se réduit à une détermination matérielle impliquant un corps humain impersonnel.

Les quatre causes de la liberté


Aristote distingue quatre, et seulement quatre, relations causales de la valeur : la matière, l’effet, la forme et la fin. La personne, qu’Aristote ne définit pas comme nous l’entendons aujourd’hui, est l’effet métaphysique et physique de la discussion des quatre natures de causalité. La fin est l’expression de la réalité choisie, de la réalité décidée par l’intelligence. Entre tout ce qui peut être vu comme la fin de quelque chose, l’intelligence définit son choix. Ainsi Dieu (s’il est une personne) ou le mythe (si c’est une matière sans liberté) est la fin de l’existence. La matière est la causalité physique, quantitative, limitée et séparable dans le monde physique et métaphysique. La forme est la causalité d’intelligibilité, métaphysique, universelle et particulière dans le monde physique et métaphysique. L’effet est la projection de la causalité physique dans le monde métaphysique ou la projection de la causalité métaphysique dans le monde physique. L’effet relie par l’intelligence la physique et la métaphysique. L’effet intègre la matière dans une fin personnelle choisie par l’intelligence. Le puits dans le désert est l’effet d’une décision de vouloir se désaltérer à une source. Avant la décision, la matière est informe non identifiée et non praticable. Dans la décision l’intelligence la transforme par le travail de recherche, de creusement, de construction et d’entretien.

Toutes les causalités s’intègrent dans une même réalité personnelle, physique et intelligible. La fin, la forme et la matière sont bien dans l’intelligence humaine distinctes entre elles et distinctes de leur effet commun dans l’objet d’existence. En conséquence, chaque cause d’un même effet peut s’échanger séparément dans son intégralité métaphysique sans affecter l’effet physique dans la matière formée. Physique et métaphysique sont séparables dans l’intelligence tout en étant unies dans la réalité. La réalité est matérielle et formelle, conjointement subjective et objective. Pour qu’un objet ait de la valeur intelligible à un sujet, il faut qu’il se trouve à l’intersection des quatre causalités. Sans la fin, l’objet n’est pas choisi. Sans la forme, l’objet n’est pas intelligible. Sans la matière, l’objet n’existe pas. Sans l’effet, l’objet n’est pas perceptible en dehors de son sujet. La valeur sans effet est littéralement incommensurable. Elle déborde de l’intelligence qui ne sait plus où elle est. Elle existe dans la personne mais lui reste insaisissable, non manipulable et finalement insatisfaisante. Si la liberté est métaphysique, indéterminée hors d’elle-même, elle ne peut se satisfaire sans l’intelligence de son résultat en son sujet-même. La liberté est valeur par le sujet qui la décide.

Le sujet fini et infini de l’intelligence


L’effet limite la personne pour que l’objet lui soit accessible. L’effet est essentiel à la personne elle-même, nécessaire à son être. Pour décider et agir, donc vivre, la personne est obligée de se concevoir comme objet de son intelligence. Elle a besoin de sortir d’elle-même pour être son propre effet accessible à son intelligence. Si l’individu humain est isolé, sans relation à quoi que ce soit hors de lui-même, son intelligence le réduit à un pur effet sans fin, sans forme et sans matière intelligible. Il perd sa valeur. La valeur humaine n’est pas un décret de l’intelligence. Elle provient de la relation à l’autre, l’autre qui est également sujet des mêmes objets ; l’autre par qui le sujet se reçoit comme objet intelligible sans perdre sa fin, sa forme et sa matière. La personne durable est l’effet de la pluralité de ses sujets dans une multiplicité d’individus sans qui elle se détruit par sa propre intelligence. L’individu humain ne peut pas se suffire à lui-même dans sa matière-même mais plus encore dans sa personne s’il s’admet comme sujet d’intelligence. Sa dépendance à l’autre est l’effet intelligible de sa personne ; un effet que la personne est libre de refuser en rejetant l’altérité. L’orgueil est une tragédie humaine, l’effondrement de l’intelligence sur elle-même.

La personne est l’effet de la société, un réseau d’intelligence entre sujets d’intelligence. L’intégrité de la personne requiert des sociétés de trois individus au moins. La trinité personnelle est nécessaire à l’intelligibilité de toutes les natures de cause par lesquelles l’homme est libre, réel, unique et vivant. La liberté humaine requiert que la personne puisse choisir entre au moins deux preuves personnelles distinctes de sa propre existence. Une société matériellement réduite à deux personnes les condamne à l’asservissement réciproque. La réalité humaine requiert une double source alternative de matérialité des formes. Si le « je » délaisse sa matérialité et que le « tu » refuse d’y pourvoir, il faut un « il ou elle » de remplacement. Sans le tiers, la matérialité devient incompatible avec la finalité libre. Le tiers personnel soustrait la personne à l’aliénation. L’unicité du sujet humain implique la différence personnelle. Pour découvrir son unicité personnelle, l’homme doit voir la différence personnelle à l’extérieur de lui-même. Il doit vivre avec au moins deux autres personnes.

Vivre dans la causalité


En capacité de choisir ses fins, de subvenir à sa matérialité perpétuellement incomplète dans la faculté du choix et de sentir son unité personnelle, l’homme vit. Si la finalité, la matérialité ou l’efficience de son unité lui font défaut, l’homme vit sans être personnellement en acte : il est asservi, physiquement diminué ou schizophrène. La valeur des objets d’intelligence requiert l’association d’une pluralité de sujets sans quoi l’effet, la matière, la forme ou la fin disparaissent. A l’intérieur d’une société, la matière circule visiblement sans apparemment mobiliser la matière des personnes. Mais les objets matériels s’échangent visiblement parce que les formes s’échangent invisiblement. L’échange invisible mais réel des formes signifie que les fins et les effets sont partagés par la société qui forme le marché. Le marché transporte la matière et la forme entre les personnes. Il comporte des effets et des fins communs à la société. Sans les quatre causes, le marché ne comporte pas de valeur. Si la matière ne s’échange sans l’ensemble de ses attributs formels, la société n’a pas de fin dans la valeur des personnes. Elles n’ont pas de fin ni en elles-mêmes ni dans les autres ; donc pas de liberté ou pas de matérialité ou pas d’intelligibilité.

Les quatre ordres de causalité distingués par Aristote sont axiomatiques. Ils résultent d’un choix d’intelligence nullement déterminé par la physique. La physique contient sa causalité propre que lui prête l’intelligence : c’est le déterminisme. Les effets s’enchainent par eux-mêmes en transformant la matière dans un temps séquencé. L’intelligence accède à cette causalité par la sensibilité du corps. Elle observe puis théorise. La causalité physique est objectivement reconnaissable par la reproductibilité des résultats de la théorie. Avant l’écoulement du temps, la théorie juste anticipe le résultat qu’elle déduit d’observations sensibles. La théorie est vérifiée en physique par l’abolition du temps dans l’intelligence. Le résultat peut être connu avant que le temps fasse son effet. La causalité physique est bien un point d’appui de la causalité financière. Mais l’anticipation de la valeur dont sont extraits par le marché les prix en monnaie mobilise les trois autres ordres de causalité. Pour que la monnaie soit efficace, qu’elle produise des effets conformes à la fin que l’homme lui donne, il va falloir théoriser la métaphysique de la monnaie. La vérification de la théorie ne pourra pas être produite par la réalisation physique d’une prévision mais par l’acquiescement des sujets de la mesure de la valeur. C’est pourquoi la métaphysique de la monnaie n’est pas vérifiable sans le marché.

(A suivre…)

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29 réflexions sur « Aristote explique la monnaie, par Pierre Sarton du Jonchay »

  1. Très bien, jamais deux sans trois! Nous sommes en plein mélodrame bourgeois!
    Mais dans les systèmes dualistes, sectaires ou totalitaires le secret l’allégeance l’irréalisme la terreur font que mille ou 1 million soumis ne sont qu’un(Hitler ou Staline par exemple). Cela se termine toujours par le meurtre ou le sacrifice du bouc émmisaire.
    La finance mondialisée capitaliste par son obscurité, sa gouvernance par les affects ou son goût pour les spéculations cérébrales et virtuelles, ne se comporte-elle pas comme les sociétés primitives ou totalitaires.
    Qu’en pensez-vous?

    1. le temps serait donc encore à être celui de la tragédie … ?
      Empr. au lat. tragœdia « la tragédie »; plur. « effets oratoires, mouvements pathétiques; déclamations; grands mots », et celui-ci au gr. τραγῳδία / tragoidía « chant du bouc », c’est-à-dire « chant religieux dont on accompagnait le sacrifice d’un bouc aux fêtes de Bacchus; chant ou drame héroïque, tragédie; récit dramatique et pompeux; événement tragique; action de jouer la tragédie », dér. de τραγῳδία / tragoidía « qui chante ou danse pendant l’immolation du bouc aux fêtes de Bacchus »; p. ext. « qui chante ou danse dans un chœur de tragédie, acteur tragique, poète tragique », comp. de τράγος / trágos « bouc » et ᾄδω / áidô-, issu de « chanter »
      grec ancien τραγῳδία / tragoidía de τράγος / trágos, « le bouc », et de ᾄδω / áidô, « chanter »
      dans Trésor de la langue française

    2. @cécile
      Hélas oui je crains que les tragédies magiques du même style que le nazisme et du stalinisme du sciècle dernier ne puisent être évitées si la lumière n’est pas faite sur les désordres qui se propagent en économie à l’abri de menteries manifestes par rapport à la « valeur réelle ».

    3. Une certaine finance d’aujourd’hui est un totalitarisme mou. Elle respecte les corps mais détruit l’esprit critique. Si nous pensons, alors nous ne devons suivre qu’une seule manière de penser. Bien sûr tout est libre et sans obligation. Il s’agit d’un rapport de force de l’esprit. L’esprit fort domine l’esprit faible. La faiblesse est entretenue par l’intelligence du fort engagé dans une logique de domination, une logique de négation de la possibilité de servir l’intelligence du faible. Nous sommes tous libres mais le petit découvrira tout seul les outils de la liberté que le grand ne donnera pas. La monnaie, pur fruit de l’intelligence, imprime dans l’intelligence du faible un rapport qui l’asservit au fort. Je vais essayé de montrer dans les billets suivants que la quadri-causalité d’Aristote peut produire une monnaie qui informe et démasque la désinformation totalitaire.

  2. Ouah!
    Rien compris tant physiquement que métaphysiquement…
    Il n’y a pratiquement aucun mot qui se référe à une réalité concrète dans votre langage (je n’emploie pas le terme de sabir car ce me semble du bon français dans la forme).
    Je vous renvoie aux écrits d’Alfred Korzybski tant pour la décantation des « niveaux d’abstraction » que vous manipulez (dans les deux sens du terme) à rendre fou*, que pour la contradiction des postulats logiques énoncées par Aristote.

    *livre majeur: « Science and Sanity, an Introduction to Non-Aristotelician Systems and General Semantics »

  3. oula j’ai pas tout compris 🙂

    est ce une manière de dire qu’il faut le retour de l’étalon or ? et une amélioration de celui ci

  4. Je ne peux m’empêcher de trouver tres drôle le  » A suivre » de votre article, au sens figuré evidemment.
    Merci d’avoir placé ces quelques points d’eau dans votre texte comme autant d’exemples pertinents, dans l’aridité d’une abstraction et d’un langage que je suis bien loin de maîtriser.
    Mais j’étais loin d’être complètement désaltéré, alors que « quand Zébu z’ai plus soif » (si je peux me permettre cette comparaison absolument déplacée j’en conviens).

  5. Comme pour vos analyses antérieures, j’ai trouvé votre article prodigieusement intéressant, car allant au coeur des phénomènes, mais, en même temps presque incompréhensible pour moi. Si je me permets de vous le dire, c’est que j’ai l’impression de ne pas être le seul dans mon cas.

    Pourriez-vous essayer, chaque fois que vous avez défini une proposition de manière abstraite, de nous en donner une illustration concrète ? Ainsi, le seul moment où j’ai vraiment repris pied dans vos démonstrations, c’est quand vous avez donné l’exemple de la source dans le désert qui n’a de valeur que s’il se trouve quelqu’un qui a soif à côté d’elle. En d’autres termes, pourriez-vous nous écrire un dictionnaire qui ne donne pas seulement des définitions, mais aussi des exemples ?

    Si cela vous est possible, je vous en remercie à l’avance infiniment car nous attendons avec impatience de comprendre les choses essentielles que vous nous expliquez.

    1. Il est des gens qui se font abstraits pour paraitre profonds… et qui persévèrent (Errare humanum est, perseverare diabolicum).

  6. Après tout, cela pourrait servir d’épreuve de sélection lors d’un recrutement :
    Veuillez résumer le texte en 10 lignes en dégageant clairement les objectifs de l’auteur. Vous pouvez déjà vous baser sur le titre, mais il ne sera, évidemment, pas pris en compte dans votre évaluation.

  7. J’ai trouvé une explication.
    Il s’agit d’un exemple de ce qu’on peut faire en matière de complexification dans l’écriture de la loi, ce qui est une des manières préférées par nos nouveaux maîtres pour prendre le pouvoir. Vous savez : les adorateurs (et les manipulateurs) de la Loi.
    On peut appliquer cette tactique dans tous les contrats et pour les lois que l’on fait signer en vitesse par les parlementaires à la veille des vacances ! Ce qui compte, c’est qu’il y ait eu auparavant un lobbying efficace (distribution de chèques en tous genres).
    Je me suis laissé dire aussi que le rapport complet du GIEC (2500 pages) était un peu aussi dans le style. C’est la raison pour laquelle et là, je me contredis, il a fallu rédiger un résumé pour les politiciens et la presse. Ce ne serait rien si certains n’avaient pas prétendu que, justement, le résumé ne correspondait pas à la réalité du rapport original.
    Partager l’information, c’est partager le pouvoir !

  8. est-ce le banquier qui fait le bon aristotélicien ou l’aristotélicien qui fait le bon banquier ?

    schrompf..

    -Est-ce que la suite de votre papier ce sera de déterminer la valeur selon la fin et dans ce cas là est-ce qu’on ai pas grave mal barré rapport au marché qui ne voit que son propre intérêt (la somme des intérêts individuels, malgré la vulgate néo-lib,’ étant en réalité le contraire du bien commun).

    -est-ce que vous réfléchissez à une éthique de la valeur de la monnaie ?

  9. « Mais les objets matériels s’échangent visiblement parce que les formes s’échangent invisiblement. L’échange invisible mais réel des formes signifie que les fins et les effets sont partagés par la société qui forme le marché. Le marché transporte la matière et la forme entre les personnes. Il comporte des effets et des fins communs à la société. »

    Très, très discutable. Que peut-il y avoir de « commun » entre les différents acteurs du marché ? Beaucoup de choses, en particulier une monnaie, des lois, des administrations, des tonnes de préjugés, etc. Mais, en même temps, chaque acteur à ses propres fins et effets qui n’ont strictement rien à voir avec ceux des autres, individualisme oblige.

    Je ne comprends pas du tout la suite :
    « Sans les quatre causes, le marché ne comporte pas de valeur. Si la matière ne s’échange sans l’ensemble de ses attributs formels, la société n’a pas de fin dans la valeur des personnes. Elles n’ont pas de fin ni en elles-mêmes ni dans les autres ; donc pas de liberté ou pas de matérialité ou pas d’intelligibilité. »

    Ce que l’on appelle le marché a changé de tournure à mesure que se répandaient les innovations dans tous les domaines : production, consommation, diffusion, concurrence internationale, finances, etc. On ne sait pas très bien ce que c’est, le marché, de sorte qu’on est toujours surpris de voir surgir ce mot dans un discours analytique qui s’efforce manifestement de tout reprendre « à la base ». La seule certitude le concernant est qu’il opère uniquement sur des prix, lesquels intègrent tout ce qui contribue à leur formation. Et ce qui contribue à leur formation, c’est tout le reste : la monnaie, les rapports de force, l’accès aux ressources, les salaires, la productivité, l’innovation, etc. C’est pourquoi je vois le marché comme la partie émergée de l’iceberg, et la dernière chose à expliquer : la « cerise sur le gâteau » quand on aura compris, d’abord, comment le gâteau se fabrique.

    1. Je suis assez d’accord pour noter que sans les 4 causes, ce qui est le cas aujourd’hui, le marché n’a pas de valeur.

      Notre société ne se moque-t-elle pas un peu de la valeur des citoyens ???
      (parfois reléguées comme de simple variable d’ajustement, … )
      Certaines personnes, parmi les mieux placées, ne se moquent-elles point parfois aussi de s’interroger d’une quelconque finalité qui vaille pour elle-même comme autant envers autrui ??
      (par exemple, « OGM, l’étude qui accuse », http://fr.video.yahoo.com/watch/253218/1915251?v=253218 , …. )
      Nos élites politiques nous laissent-elles vraiment le sentiment de promouvoir en toute liberté ou celui d’être manipulées, récupérées, achetées, vendues, pieds et poings liés, à la solde d’un système économique qui les oblige que ce soit de leur bon gré, ou au contraire contre leur gré ???
      ( « La démocratie aujourd’hui », http://www.pauljorion.com/blog/?p=13204 , ..)

  10. Je ne suis franchement pas sûre que le marché suffise à vérifier la « métaphysique » de la monnaie, car s’il ne la vérifie point aujourd’hui, comment se peut-on supposer qu’il puisse-t-il la vérifier ???

    NB : faute de frappe, avant-dernière phrase « à la fin que l’homme lui est donne »

  11. Perso, j’ai vu l’aspect purement idéologique de l’argent: l’argent est une idéologie. Merci pour cette perception. Ainsi, en voulant faire « évoluer » le concept, l’idée, à mon sens il est nécessaire de faire « évoluer » la base de l’idéologie où je propose, toujours mon « humaniarcat » où l’humain est valorisé quel qu’il soit. A ce stade, si j’ai bien « saisi, je propose la « fin » qui amènerait à la « forme »: un support juridico-légale permettant la suppression des discriminations, qui amènerait à l’effet: une égalité (au moins conceptuelle) avec comme « matière »: l’informatisation complète (neutralité (au moins conceptuelle) des mouvements) de l’outil transactionnel avec les financiers pour hauts techniciens de contrôle de la bonne marche de l’outil (ou de la machine transactionnelle) et garants de la « fin ».

    Mais ,bon, j’ai peut-être pas compris! 😀

  12. Platon n’a pas lu Goffman ..et c’est fort dommage .
    La seule chose qui interesse l’individu , une fois ses besoins naturels assouvis , c’est la VALORisation de sa « FACE » . Et celà par l’echange , le interactions elationnels du groupe .
    Le Terme « VALEUR » ne devrait s’employer (ne s’employait pendant des millénaires) que pour mesurer l’individu . Il faut toujours revenir a l’archaisme ….Teddy Goldsmith disait avec raison qu’on etait toujours de Chasseurs cueilleurs » .
    Le « CONTRAT SOCIAL » , le vrais , pas celui de JJ, celui du passage a l’animal social , celui qui « changea liberté -agressivité contre protection (l’etat providence de l’aute pitre) du groupe , n’a que tres peu spécialisé et les échanges d’objets devaient etre rares . Les objets échangés etaient le plus souvent , supports d’affect , plutot que necessité utilitaire. ILs supportaient la valeur du donneur et aussi l’affect du receveur .
    C’es , ce me semble insi qu’il faut voir l’amorce de l’echange , du « commerce » . Le passage au groupe hypertrophié necessita de déconnecter le donneur du receveur , de simplifier la complexité du système . L’argent est le résultat d’une linearisation d’un système complexe : C’est l’echange sans l’affect .
    La necessité de cette transition est du au besoin de « Gain de productivité ».
    Il ne peut y avoir gain de productivité sans perte d’humanité (je sais que je me répète , mais j’aime bien cette phrase)

    1. @kercoz : « L’argent (…) : C’est l’echange sans l’affect . » : je ne crois pas car, sans affect, personne ne saurait « soupeser », (en pensée), les termes d’un échange.

  13. Physique, métaphysique et monnaie.

    Je ne suis pas sûr qu’il faille faire de la métaphysique, ce qu’Aristote aurait défini comme philosophie première, – et ce que C. Tresmontant aurait réservé à la méthodologie permettant de s’interroger rationnellement sur le sens de l’Univers – pour « interpeller » la monnaie. Ce que je crois, en tout cas, c’est qu’aucune monnaie ne peut se passer de subjectivité, et donc d’une analyse des sentiments humains et de ses interrelations avec ses contemporains. Monnaie et/ou argent, symbole ou phantasme de puissance, à côté ou avant d’être un instrument utile, voire nécessaire, dans une économie marchande. Si ce n’était pas le cas, s’il n’y avait pas du « subjectif », comment certains dirigeants, certains traders, certains sportifs, qui gagnent des millions d’euros par an, pourraient-ils encore essayer de gagner davantage, plus que leur « collègue » de réseau ou leur ancien condisciple.

    Cordialement, B.L.

  14. Compte tenu de certains commentaires, peut-être suis-je dans l’illusion! A part votre premier paragraphe qui reste, dans mon cas, pas vraiment accessible, le reste de votre texte devient assez clair. Je commence à voir un peu… Si la matière et la forme revèlent de conception assez proche de notre façon de penser actuellement, la fin propose déjà un effort, mais réalisable. Par contre l’effet est si loin de nos reflexes actuels que cela demande beaucoup de temps. Ce n’est que mon expérience de lecteur…

    Une motivation supplémentaire à cet notion d’effet est la notion l’emphatie. Etant actuellement assez convaincu que cet aspect (dans une démarche d’objectivation) est assez importante dans les enjeux actuels de connaissances (théorique) de l’homme (ou de la pensée de la pensée dans votre cas) et est une sorte de réflexe et s’oppose, de façon très schématique, au narcissisme (j’exclus la personalité narcissique ici), j’imagine des liens assez important entre ce type de causalité et l’emphatie.

    Vous parlez d’axiomatisation, mais pourrait-on envisager un cadre plus générale? Cela me dépasse… Je suis toujours convaincu que notre langage « courant » est suffisant et qu’il est posssible, notamment par cette fameuse emphatie, de produire un travail beaucoup plus accessible. Les chemins détourné peuvent peut-être produire des effets similaires (au sens courant).

  15. Il me semble distinguer un gros usage de « matière » et « forme ».
    Que l’auteur raccord avec un bonheur mitigé aux questions de monnaie…
    Or ça : J’ai beaucoup lu le mot hylémorphisme (hylé ? ~ xylo = bois ?= matière)
    sous la plume de Gilbert Simondon, philosophe qui a parlé beaucoup des objets techniques.

    Y a t il quelqu’un dans la salle pour faire le lien ?

    Sinon, je confirme que malgré la crise, les grecs modernes sont attachés à des grillades
    de belle forme et de belle matière (kotosouvla, kokoretsi…). Pour détendre un peu l’atmosphère.
    Car il est vrai hélas qu’on lit aussi un grand nombre de « Polointai » et « Epikaizontai » (à vendre et à louer, avec libre choix des rho et des pi) sur les routes et dans les rues…

  16. Pour ma part, je pense qu’il doit être possible de simplifier la langue employée sans rien perdre du fonds ni de la précision. La concision et la clarté ne diminuent pas la valeur d’un texte, au contraire.
    Ce n’est que mon avis. Je ne connais ni vos motivations ni vos possibilités.

  17. La monnaie est la matérialisation du droit de propriété. Celui- ci est la base du système économique dit « capitaliste ». c’est un droit immatériel par nature puisqu’il n’est qu’une disposition juridique. comme tel, il est peu pratique dans le domaine matériel de l’économie, d’où s’est avéré la nécessité de le matérialiser : la monnaie actuelle en est la dernière manifestation.
    Puisque la monnaie est d’ordre juridique, le mieux c’est d’aller voir ce qu’en dit le Code civil ; celui-ci en traite essentiellement dans ses articles 544 à 548. L’article 544 en donne la définition qui ne nous apprend pas grand-chose relativement à notre objet qui est de savoir à qui sert cette monnaie. Le 546 est beaucoup plus parlant : « La propriété d’une chose donne droit sur tout ce qu’elle produit…. ». Quelle sont les choses qui produisent ? Ce sont les ressources naturelles de la Terre.
    Or, il est une réalité dont nous, les hommes, très occupés à l’étude de la nature, ne semblons pas encore nous être aperçus, c’est que les hommes vivent sur la Terre. une autre réalité, plus métaphysique, c’est que les hommes sont des êtres limités dont la caractéristique est de ne pouvoir se suffire à eux-mêmes : il en découle immédiatement que tous,tant que nous sommes, avons besoin de la Terre, de la nature et même un besoin impérieux car elle est la condition même de notre vie et de notre développement. Donc, les ressources naturelles sont pour tous les hommes d’une importance vitale.
    Mais nous savons depuis Marx que ces ressources naturelles n’appartiennent qu’à une petite minorité. Laquelle minorité dispose ainsi d’un pouvoir dictatorial sur le reste de l’humanité: elle détient, en effet, la clé du garde-manger de l’humanité.
    Or, cette minorité de possédants a besoin des non-possédants pour exploiter ses vastes propriétés. En effet, les ressources naturelles ne sont que des matières brutes qui, comme telles, ne sont d’aucune utilité pour les hommes. mais l’expérience de l’humanité et plus récemment le développement des sciences naturelles, nous ont montré que ces matières peuvent être transformées en produits consommables. Comment ? Par le travail.
    Les hommes ne se contentent pas de vivre sur la Terre : ils y vivent en société ; il ne se contentent même pas de vivre en société, mais ils travaillent aussi en société.
    Du fait qu’ils travaillent en société, le résultat de leur travail – les produits consommables – est un produit social.
    Ce produit social doit être individualisé, c’est-à-dire mis à la disposition des hommes. C’est le rôle du système économique quel qu’il soit.
    Dans le système basé sur la propriété, il est « réparti » en fonction de la dite propriété : il en résulte que le résultat du travail de toute la société appartient de droit à la minorité des propriétaires des ressources naturelles.
    Les articles suivants disant entre autres que « la chose n’appartient au propriétaire qu’à charge de celui-ci de rémunérer les frais des travaux et semences » ne changent rien à la situation sinon qu’ils jettent une grande obscurité sur la nature de cette rémunération qui se fera alors sur base de l’offre et de la demande.
    Il y a là une grande injustice institutionnelle.

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