COMMENT FURENT AUTORISES LES PARIS SUR LES FLUCTUATIONS DE PRIX (II) LA VENTE A DECOUVERT

L’ordre des agents de change est créé en France en 1723 (1) dans un but précis : il s’agit avant tout de régler la question des ventes fictives d’« effets publics » visant à en faire baisser le prix. Les effets publics sont alors : « les fonds d’État, inscriptions de rentes, bons du Trésor, actions et obligations de certains canaux, chemins de fer et compagnies garanties par l’Etat, titres émis par les villes, les établissements publics et les sociétés anonymes » (Maréchal 1901 : 8). Ces « ventes fictives » visant à faire baisser les prix, ce sont les ventes à découvert.

La vente à découvert n’est pas alors comme maintenant une stratégie complexe qui force le vendeur à découvert à d’abord emprunter des titres qu’il rendra plus tard, à les vendre aussitôt et à les racheter sur le marché plus tard, en espérant que le prix en aura baissé entretemps, pour empocher la différence entre la vente initiale et le rachat ultérieur. Non : dans la vente à découvert à cette époque, aucune autorité ne demande à voir les titres et le vendeur ne possède en aucune manière ce qu’il vend, ce qui justifie l’expression qu’on lui applique de « vente fictive ». Le vendeur n’achètera lui-même l’effet (pour autant, comme nous le verrons, qu’il l’achète jamais) qu’au moment où il doit le livrer, espérant – ici aussi – que le prix en sera alors moindre qu’au moment où il l’a prématurément vendu. Le vendeur à découvert est un simple parieur à une époque où les paris à la hausse ou à la baisse du prix d’effets publics sont formellement interdits par les articles 421 et 422 du Code pénal.

Article 421 du Code pénal :

« Les paris qui auraient été faits sur la hausse ou la baisse des effets publics seront punis des peines portées par l’art. 419 ».

Le juriste Pothier (1699-1772) avait défini le pari comme : « Contrat aléatoire et intéressé de part et d’autre, par lequel deux joueurs conviennent que celui d’entre eux, qui sera le perdant, donnera une certaine somme à celui d’entre eux qui sera le gagnant » (in Périn 2003).

Jusqu’au 28 mars 1885, quand les articles 421 et 422 seront abrogés, les paris sur les fluctuations de prix sont donc interdits en France.

Les peines mentionnées à l’article 419 sont lourdes : un mois à un an de prison et une amende de 500 à 10.000 francs. Parmi les peines complémentaires, la mise sous surveillance des coupables par la haute police pendant une durée de 2 à 5 ans (Bittard des Portes 1882 : 3).

Quant à l’article 422, il stipule :

« Sera réputé pari de ce genre, toute convention de vendre ou de livrer des effets publics qui ne seront pas prouvés par le vendeur avoir existé à sa disposition au temps de la convention, ou avoir dû s’y trouver au moment de la livraison ».

L’objet de l’article 422 est ce que l’on appelle aujourd’hui la vente à découvert « nue » ; nue pour souligner l’absence des titres ou de la marchandise qui sont vendues. Le souci du législateur, on l’a compris, est que nul ne vende ce dont il n’est pas propriétaire. Le vendeur, lui, ne partage pas ce souci : il achètera en temps utile ce qu’il s’est engagé à vendre. Le problème réside dans le fait que la seule garantie qu’il le fasse réellement, c’est son intention. Or une intention est beaucoup plus difficile à établir qu’un fait tangible comme un titre de propriété.

Pour autant, certains ne voient pas malice dans la vente à découvert, ainsi « Boscary de Villeplaine, adjoint au syndic des agents de change de Paris, que l’Empereur consultait sur la validité des opérations à terme, pour lesquelles Napoléon Ier se sentait fort peu de sympathie : « Sire, lorsque mon porteur d’eau est à ma porte, commettrait-il un stellionat (2) en me vendant deux tonneaux d’eau, au lieu d’un qu’il a ? Certainement non, puisqu’il est toujours certain de trouver à la rivière celui qui lui manque ; eh bien ! sire, il y a une rivière de rentes ! » (Bittard des Portes 1882 : 5).

Mais le souci essentiel, celui qui a attiré les foudres du législateur, ce n’est pas tant bien entendu la fragilité de l’intention mais le fait que la vente à découvert est une tactique utilisée par ceux qui tentent de faire baisser la valeur des « effets publics ». Napoléon en particulier n’avait aucune sympathie pour ceux-ci. On rapporte ceci à son sujet :

« Un jour, c’était vers le milieu de 1801, M. Mollien [Nicolas François Mollien, comte d’Empire qui, cinq ans plus tard deviendrait ministre du Trésor Public et le resterait jusqu’en 1814, pour l’être à nouveau durant les Cent jours] fut invité à se rendre à la Malmaison pour s’entretenir avec lui. Il s’agissait d’une idée suggérée à Napoléon par le désappointement de spéculateurs à la hausse qui avaient accès au près de sa personne. Pour la première fois, M. Mollien paraissait devant l’homme qui déjà intimidait le monde. En profitant des notions excessives qu’avait Napoléon au sujet de l’étendue des attributions de l’autorité, on avait réussi à lui faire accroire que spéculer à la baisse par des marchés à terme faits à la Bourse était un acte d’hostilité flagrante contre le gouvernement. […]

Le premier consul […], passant au sujet qui le préoccupait, « ne doit-on pas, dit-il, considérer comme des malveillants ceux qui, pour avilir les effets publics, s’engagent à en livrer dans un délai convenu des quantités considérables à un cours plus bas que celui du jour ? L’homme qui offre de remettre dans un mois à 38 francs des titres de rentes qui se vendent aujourd’hui au cours de 40 francs ne proclame-t-il pas et ne prépare-t-il pas le discrédit ? ne montre-t-il pas au moins que personnellement il n’a pas confiance dans le gouvernement, et le gouvernement ne doit-il pas regarder comme son ennemi celui qui se déclare tel lui-même ? » […]

M. Mollien, avec la modération qui lui était propre et l’urbanité exquise dont il possédait si bien le secret, tint tête à celui dont la volonté était si promptement obéie par tout ce qui rapprochait. Il lui remontra qu’il n’appartenait pas à l’autorité d’intervenir dans des transactions entièrement libres, qui avaient besoin de rester telles, et le seraient toujours, quoi que l’on tentât pour les dominer ; que vainement on avait interdit les marchés à terme par l’arrêt du conseil de 1786, qu’on ne les avait pas empêchés, et qu’on ne les empêcherait pas. Il exposa comment le vendeur à la baisse devient malgré lui promoteur de la hausse quand arrive le moment de livrer, car alors il faut bien qu’il achète » (Chevalier 1856).

Mollien avait eu l’occasion au cours d’un exil de cinq ans en Angleterre (après avoir été emprisonné durant la Terreur), de se familiariser avec les travaux d’Adam Smith dont il était devenu un fervent admirateur. Chevalier qui rapporte cette conversation, ajoute une remarque charmante sur les incompatibilités qui pouvaient exister entre la pensée d’Adam Smith et la manière pour Napoléon de concevoir l’exercice du pouvoir :

« M. Mollien était, et ne s’en cachait pas, un disciple d’Adam Smith. Napoléon n’était pas de cette école, et affectait encore plus de ne pas en être. […] Adam Smith, lorsqu’il a été conduit à indiquer les limites qu’il convient de tracer à l’action de l’autorité, l’a circonscrite dans un cercle extrêmement étroit ; il laisse par conséquent presque tout à faire à l’initiative des particuliers. L’autorité, telle qu’il la conçoit, serait réduite à un rôle exigu. […] Napoléon, qui était d’un tempérament essentiellement dominateur ; et chez qui d’ailleurs s’offrait avec tant de développement et de puissance la réunion des facultés nécessaires pour gouverner jusque dans le dernier détail, n’aurait pu, en quelque pays qu’il eût été placé, se résigner à n’avoir que des attributions tronquées » (ibid.).

(… à suivre)

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(1) Merci à Cédric Mas de m’avoir guidé dans la littérature sur le sujet.

(2) « Il y a stellionat, lorsqu’on vend ou qu’on hypothèque un immeuble dont on sait n’être pas propriétaire, lorsqu’on présente comme libres des biens hypothéqués, ou que l’on déclare des hypothèques moindres que celles dont ces biens sont chargés » [Code civil].

Références :

Bittard des Portes, René, L’exception de jeu dans les opérations de bourse et la légalité des marchés à terme, Paris : Ernest Thorin, 1882
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5821599n.image.r=de+l’exception+de+jeu.f1.langFR.pagination?msgPgDbl=2

Chevalier, Michel, « Le Comte Mollien », Revue des Deux Mondes, T.4, 1856
http://fr.wikisource.org/wiki/Le_Comte_Mollien

Maréchal, Constantin, Les marchés à terme. Conditions. Validité. Exception de jeu, Paris : A. Chevalier-Maresq, 1901 http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6105262s.image.r=de+l’exception+de+jeu.f26.langFR

Périn, Jean, Jouer le jeu ou jouer avec le jeu, 22/03/2003
http://www.freud-lacan.com/Champs_specialises/Psychanalyse_droit/Jouer_le_jeu_ou_jouer_avec_le_jeu

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26 réflexions sur « COMMENT FURENT AUTORISES LES PARIS SUR LES FLUCTUATIONS DE PRIX (II) LA VENTE A DECOUVERT »

  1. votre étude juridique et historique est précieuse, mais je crains fort que tout cela ne change pas le fond du problème qu’est le statut de la monnaie liquide, vous le savez bien par ailleurs.
    Aussi, je reproduis mon commentaire que j’ai fait pour votre écrit précendent sur les paris (le I):

    ah, si c’était si simple! ça ne l’est pas!
    Dès que je fais commerce, en achetant un gros stock à crédit, je prends un risque -celui de ne pas vendre. Shakespeare illustre cela merveilleusement dans « le marchand de Venise » où le marchand ne pouvait rembourser Shylock tout simplement parce que ses bâteaux avaient coulé et danc sa marchandise perdue en non vendue. On peut donc dire qu’il avait « vendu à découvert » ses marchandises en empruntant à Shylock les sommes nécessaires pour armer ses bâteaux, et, en les perdant dans la tempête, Shylock ne pouvait même pas récupérer « la livre de chair » (car il ne fallait pas faire couler du sang chrétien).
    A mon sens, il est vrai que les techniques financières actuelles permettent des excès astronomiques avec des conséquences systémiques rapides, mais le principe de la « vente à découvert » (sans être en possession d’un bien à venir ou à produire) est essentiel pour le commerce.

    Et votre insistance sur le « il faut interdire les paris sur les fluctuations des prix » me semble véritablement procéder d’une certaine méconnaissance des réalités, malgré votre expérience financière. Un côté « cryptomarxiste » ne m’étonnerait pas, et je suis d’avance certain que cela ne marchera pas! Et sur ce point, je pense sans doute comme les « méchants capitalistes… ».
    Car, comme je le rappelle constamment, le principal obstacle, et de loin, au commerce vient du fait que la monnaie actuelle se trouve, face à la marchandise tout aussi que face au produit financier dans une position dyssymétrique d’une plus grande liquidité. Et c’est cette prime à la liquidité qui génère tous les excès spéculatifs assurément nocifs!
    Tant que l’on ne s’attaque pas à cela, votre revendication sera vaine, et je dirais même très dommageable, car une fausse réponse à un vrai problème, comme précédemment le communisme étatique, serait une catastrophe, voire un crime contre l’humanité.
    « l’erreur de bonne foi est de toutes la plus impardonnable ».
    Cette phrase avait été citée par Jacques-Alain Miller de la bouche de Lacan quand Lacan essayait (avec succès) d’écarter JAM de ses dérives maoïstes en 1970 pour le ramener à la psychanalyse.
    Je dis: votre revendication sans corriger le signe monétaire est une erreur grave condamnée d’avance à l’échec -sauf peut-être en Chine quand la punition est la fussillade du spéculateur coupable (?).
    Et même, dans ce cas, rien n’empêche l’arme de destruction massive en économie qu’est la possibilité de thésauriser: Ce faisant, on change constamment les rapports de prix et la pousse déflationniste est compensée seulement difficilement par des émissions de monnaie nouvelle, à son tour aussitôt engagée dans des thésaurisations nouvelles (la trappe…).
    C’est seulement en frappant au coeur même de l’émission de la monnaie en émettant des SMT que nous règlerons, du même coup, le problème des spéculations et des dettes, pas autrement!

    1. cela est juste, mais tout à fait insuffisant! Je suis pour l’impôt progressif, bien sûr, mais cela n’empêche en rien les blocages liés à la mauvaise circulation de la monnaie!

    2. Johannes,

      Vous ne changerez pas les rapports de force au sein de nos sociétés par une modification technique des propriétés de l’argent. Je sais, la thésaurisation était un obstacle majeur au bon fonctionnement de la machine économique à l’époque de Gesell, cela a cessé d’être le cas. Malgré l’admiration que Keynes portait à Gesell, vous avez dû noter qu’il ne s’est pas contenté de le répéter : la finance était déjà beaucoup plus complexe en 1936 qu’elle ne l’était en 1916, et encore beaucoup plus complexe aujourd’hui qu’en 1936. Si vous avez lu « Le prix » (2010) vous avez pu remarquer que je traite la question de manière globale mais sans ignorer sa complexité (voyez en particulier le chapitre 10 : « Un catalogue raisonné des instruments financiers », où je les analyse dans leur ensemble : instruments de dette et produits dérivés, dans une perspective de partage du risque à partir du cas prototypique du métayage).

      P.S. : Mon petit historique ici sera en 5 parties, soyez gentil de ne pas reproduire encore trois fois le même commentaire.

    3. Paul Jorion écriviez:

      Vous ne changerez pas les rapports de force au sein de nos sociétés par une modification technique des propriétés de l’argent.

      C’est un peut la “problématique” ou la question de la poule et l’œuf peut être?

      La société ne change que si l’individu entreprend quelque chose à son service.

      Phrase inspirée de C.G. Jung

      Un phrase que j’ai mis au début du pamphlet Le LEURRE politico-économique.

      &

      L’individu ne change que si la structure (du pouvoir) politico-économique change.

      Celle là, j ai mis au fin du pamphlet, je pense les deux observations ont leur soi disant vérité!

      Changer techniquement les choses, c’est changer la direction de la conditionnement, mais ça peut que être utile si c’est une amélioration par apport au situation actuel. Mais ça marche que, si on comprend et rend conscience pourquoi c’est nécessaire de changer notre programmation de la structure de la société, même si c’est que techniquement. 😉

      Vous écrivez:

      Vous ne changerez pas les rapports de force au sein de nos sociétés par une modification technique des propriétés de l’argent.

      Personnellement je pense oui, on peut changer les rapports des forces par une modification technique des propriétés de l’argent. Même dans l’abstrait je suis très d’accord avec votre observation. Mais pour que une modification technique devient utile on doit se rendre plus ou moins conscience de la système elle même, autrement une modification technique va produire une autre catastrophe façon parler.

      Tous cela, sera très difficile de mettre au débat publique, parce que ça va mettre en causse notre propre fonctionnement au sein de la société aujourd’hui. Mais si nous voulons retrouver la base commun, nous somme tôt ou tard obliger de le faire.

      Aujourd’hui dans une système ou c’est très profitable de fuir ça propre responsabilité et conscience au sein de l’ensemble. En conséquence c’est très difficile de mettre en avant ce potentiel individuel constructive au service de la société.

      Et pour cette raison on continue de mélanger des effets et les causses qui va continuer de nourir la technocratisation et la destruction de notre société.

    4. Johannes,

      Il y a en fait deux types de vente à découvert ; le pari économique et le pari financier nu. Ces deux cas n’ont jamais été bien distingués ce qui brouille le débat sur la régulation de ces opérations. Le pari économique s’adosse à la réalité engagée par un acheteur ou un vendeur. Le pari financier nu est la promesse d’un prix sans obligation vérifiable d’en produire la contre-réalité à l’échéance.

      Le pari économique contient l’anticipation d’une réalité future associée à un prix négocié au présent. Le pari économique peut être financé par une évaluation de la vente à terme réelle effectuée par un opérateur financier qui n’a pas d’intérêt dans la réalité vendue à terme mais uniquement dans son prix. Dans le cas du pari économique réel, l’anticipation de la réalité s’adosse à l’anticipation du prix. Cet adossement vaut si l’intérêt du financier est que son anticipation colle à la réalité sans que le financier puisse manipuler la réalité, c’est à dire laisser croire ce qui ne peut pas être et que personne ne peut voir. Pour que cet intérêt soit réel il faut que le financier soit obligé par la livraison de la réalité et que cette réalité ne dépende pas de lui. Ainsi le vendeur d’un prix à découvert doit être cautionné par un acheteur de la réalité qui fournira cette réalité si le vendeur du prix n’est pas capable de la livrer.

      La création des agents de change en 1823 a eu pour but de vérifier systématiquement la provision ou la garantie des ventes à découvert des titres de dette publique. L’organisation d’un marché délimité garanti par des agents de change enregistrés a permis de signifier à tout acheteur à terme qu’en se portant contrepartie d’un vendeur à terme hors du marché réglementé, soit il se rendait complice d’une position nue destinée à être rachetée avant l’échéance juste pour produire une fiction d’intention, soit il s’exposait à ne pas recevoir les titres à l’échéance de la transaction découverte, c’est à dire non garantie par les agents de change.

      Le métayage financier proposé par Paul est le moyen concret d’interdire les paris financiers nus. Un vendeur à découvert doit nécessairement être un métayeur du sous-jacent de la vente tandis que le métayé en garantit la réalité. Le métayeur vend un prix à découvert parce qu’il garantit le métayé qui en produit la contre-réalité. Le vendeur à découvert qui ne présente pas le métayé qu’il garantit se révèle explicitement comme manipulateur du marché et doit pouvoir être mis en cause devant un tribunal par n’importe quel intérêt public ou privé témoin ou victime de la manipulation.

      Pour que le contrat de métayage financier (classiquement appelé option) produise le prix économique du risque de la réalité à terme par rapport au prix à terme, il faut que le contrat soit déposé afin d’être visible par n’importe quelle contrepartie potentielle de la vente à découvert. La part du métayeur sur le prix de la réalité à terme (adossée au prix financier vendu à terme) est la prime de risque de la vente à terme qui couvre la réalité de la transaction. Je n’ai pas fini de lire Le prix et parle donc sous le contrôle de Paul. Le métayage financier implique que le métayeur assume les défaillances du métayé à livrer la réalité.

      Le principe actuel du marché déréglementé est de rendre les statuts de négociation non contrôlables et de les dissocier de leurs obligations de réalité. Les rapports de force sont arbitraires et dispensés de toute justification. La réalité est un alibi masqué dans des engagements verbaux non vérifiables par une activité tangible de production. La réglementation ne signifie pas qu’on décide à la place des gens mais que les décisions individuelles engagent une réalité tangible collectivement vérifiable. Ce billet de Paul montre la terrible régression cognitive dans laquelle nous sommes tombés par rapport au XIXème siècle.

    5. L’idée sur laquelle repose la monnaie estampillée est juste. Il est possible qu’on trouve le moyen de l’appliquer sur une échelle restreinte. Mais elle soulève de nombreuses difficultés que Gesell a ignorées. Il n’avait pas compris en particulier que la monnaie n’est pas la seule richesse assortie d’une prime de liquidité, qu’il n’y a qu’une différence de degré entre elle et beaucoup d’autres articles, et qu’elle tire son importance du fait qu’elle a une prime de liquidité plus forte qu’aucun autre article. Si les billets en circulation devaient être privés de leur prime de liquidité, toute une série de succédanés viendraient prendre leur place, monnaie de banque, créances à vue, monnaies étrangères, pierreries, métaux précieux dans leur ensemble,etc. A certaines époques, ce fut sans doute, comme nous l’avons indiqué précédemment, le goût de la propriété foncière, abstraction faite de son rendement, qui contribua à maintenir l’élévation de l’intérêt – dans le système de Gesell ce phénomène serait rendu impossible par la nationalisation des terres.

      J.M.Keynes, ‘Théorie générale’ (1936)

  2. Monsieur Jorion.

    Cela fait plusieurs fois que je cite les clauses “réputées non écrites” du code civil Napoléon, détruites par le gouvernement actuel.
    Le but principal du libéralisme est d’être impuni par toute loi.

    La finance est une zone de non-droit…

    Toute ressemblance avec des parcs HLM dans lesquelles la force de la Loi ne s’applique pas est tout à fait fortuite. Bien évidemment. 😉

    1. pardonnez mon ignorance, mais je ne comprends pas votre allusion au niveau des parcs HLM, pourriez-vous porter quelques alluvions à l’eau de mon moulin ?
      merci d’avance.

    2. Les fameuses banlieues “explosives”. Dans lesquelles la police ne peut pas circuler librement.
      On retrouve exactement les mêmes schémas de pensée.
      Au sein des mafias, aussi, d’ailleurs.

      Je ne sais plus qui avait dit : “les extrêmes se rejoignent”..

    3. @ Yvan : je partage votre avis sur bien des points mais votre comparaison entre la finance et les banlieues, toutes deux zone de non droit est hasardeuse non ? On nous a expliqué que le problème engendré par la finance était un manque de règles. N’ayant pas de règles, comment peut elle se mettre en dehors de ce qui n’existe pas ? La police n’intervient pas en banlieue car il y a des risques mais juridiquement son intervention est justifiée. Les financiers pourraient être attaqués sur quelle base juridique ? Personne ne nous a parlé de malversations jusqu’à maintenant. Les bonus faramineux ne sont pas hors la loi par exemple. La SG n’a t-elle pas intégré la perte Kerviel pour faire baisser ses impôts en toute légalité ? Suis-je hors sujet ?

    4. @didier

      Les financiers pourraient être attaqués sur quelle base juridique ? Personne ne nous a parlé de malversations jusqu’à maintenant.

      Non de Dieu de nom de Dieu, vous faites le coup à chaque fois ! Mais vous sortez d’où à la fin !

      Sans parler du parallèle évident fait par Yvan sur l’incapacité de la justice ou de la police à intervenir (ou à vouloir intervenir) valablement aujourd’hui sur le terrain de jeu et de chasse des caïds de banlieues comme de la finance…
      Vous intervenez ici depuis six mois, vous lisez consciencieusement Jorion, Leclerc & co, plus les bouquins de Jorion, et vous n’avez pas entendu parler ne serait-ce que des ennuis judiciaires de GS ou d’Angelo Mozillo de Countrywide ? Vous ne voulez toujours pas voir que ce n’est pas, seulement, un problème de lois en elles mêmes, mais surtout un problème politique d’incapacité organisée, préméditée, à donner Force à la Loi; Force préventive s’entend, évidemment, et dans les deux cas..

    5. Vous fâchez pas Vigneron, mon QI de 50 ne me permet pas de comprendre tout en 6 mois. 🙂 Même avec les meilleurs auteurs.

      Vois faites astucieusement glisser l’objet du débat . Les ennuis de GS avec la SEC montrent que la finance ne reste pas impunie. Vous allez hurler parce qu’il est vrai que le montant de la transaction tend à prouver qu’il y a une sorte d’impunité. Je suis d’accord.

      Mais moi je ne suis pas sûr qu’il y ait une volonté politique de ne pas intervenir dans les banlieues. Sauf à penser que, tout compte fait, il est mieux de garder parqués certains délinquants, au moins on sait où ils sont. Qu’il y ait une volonté politique de ne pas intervenir pour “réguler” la finance est clair. Voilà aussi pourquoi je trouve la comparaison d’Yvan hasardeuse.

    6. @Didier : yvan a établi une comparaison qui me semble fort pertinente mais nous savons bien qu’elle ne peut pas s’expliquer formellement. C’est pourquoi vos questions sont faussement naïves, et qu’elles peuvent irriter certains viticulteurs…

      Quand vous dites “Mais moi je ne suis pas sûr qu’il y ait une volonté politique de ne pas intervenir dans les banlieues.“, vous vous plantez comme une bagnole dans un platane. C’était sans doute vrai du temps de la gauche et de sa police de proximité, mais c’est archi-faux avec un type comme Sarkozy qui a tout intérêt à ce que les banlieues “brûlent” en permanence, et que le feu se voie de loin.

  3. Intéresssant de voir quà l’époque, ces questions étaient abordées de manière beaucoup plus claires et directes, le principal problème de la notre (époque) étant sans doute que tout est recouvert d’une telle couche de charabia et autres diversions de pseudo experts, que l’on n’arrive même plus à addresser les vrais questions, le dialogue n’ayant plus d’une certaine manière les définitions communes nécessaires à sortir du flou ambiant.
    Et si M Jorion pouvait faire un texte synthétique et concis, avec définitions et règles proposées à ce sujet, en accés direct de la page d’acceuil, cela permettrait sans doute de dissper un peu de brouillard ! (ce site a vraiment besoin d’une partie plus statique sur les propositions clés)

    1. Il y a eu une sorte de dévoiement du langage. Un excès de conceptualisation, d’intellectualisme (voire peut-être de manipulation), qui a aboutit à créer l’illusion que des créations purement financières pouvaient s’autolégitimer, sans qu’elles n’aient plus besoin d’une validation à posteriori. Je crois que l’introduction du temps dans le calcul financier (comme si le temps était une donnée tangible) a joué un rôle démultiplicateur (n’importe quelle actualisation donne l’illusion d’une création spontanée de richesse). La dichotomie : créer de la richesse dans une dimension qui n’existe pas/ effet de cette création dans le seul “temps” qui existe (maintenant, tout de suite), ne peut pas se résoudre aimablement. Il y a des bulles mentales comme il y a des bulles immobilières.

  4. @ Yvan, d’accord avec vous pour le non droit de la finance, mais comment faire. Ma réflexion sur cette société soit disant de liberté, c’est que la seule liberté qu’il nous sera laissée, sera la liberté de ne consommer que les miettes, si la finance continue à piquer dans nos assiettes sans garde fou..

    Monsieur Jorion dit reprenons à la base, la base c’est donc la monnaie, de droit régalien garantie dans sa fonction d’échange, pour faciliter ces échanges, et garantie dans sa valeur faciale, un vaut un point à la ligne.

    De cette garantie, l’état ayant une fonction sociale de répartition, doit pour ne pas se mettre en défaut sur la garantie apportée à sa monnaie, en controler l’usage.

    Pour controler cet usage, il faudrait limiter ces échanges aux transactions réelles dument enregistrées et payant contribution à la bonne marche de la société. Qui supporte les frais d’émission et de comptabilité sinon nous par devers notre état.

    La “iberté” de disposer de son argent et de le dévoyer dans des structures non sociale est de la responsabilité de chacun. Cette responsabilité ne doit pas être garantie par la monnaie de base.

    Il faut donc créer deux systèmes, à l’heure de l’informatique, ce ne doit pas être très compliqué.

    Un circuit monnaie garantie, un circuit monnaie non garantie, au citoyen consommateur libre de choisir son circuit et d’y perdre tout dans le non garanti.

    Les fruits du travail et des services, salaire commerce etc. sont obligatoirement inscrits dans le compte garanti. Données à affiner pour savoir ce qui est garanti dans les placements.

    Revenir a la traditionnelle banque de dépot, dépot garantissant le déposant de retrouver son “dépot avoir” même si la banque déchoie.

    Se pose le problème de savoir comment réintégrer les gain éventuel fait dans le non garanti pour le remettre en garanti. Et s’il n’y avait pas de retour, sauf à consommer des biens?

    1. Je ne vois pas bien l’utilité de deux circuits.
      Ou juste un choix du citoyen entre communauté et individualisme.
      Là-dessus, je fais confiance à l’humain pour vouloir choisir uniquement les avantages des deux systèmes.
      Et..Il est toujours possible de jouer aux courses, au casino ou… en bourse. Même si cela s’apparente à de la drogue.

      Le fait que l’état se serve des placements faits sans demander l’accord des déposants est une autre histoire.

    2. @yvan, actuellement nous n’avons pas le choix, les salaires étant obligatoirement viré sur un compte.
      Et nous n’avons doublement pas le choix, nos encours étant comptabilisé pour en partie que la banque puisse jouer avec notre argent, nous sommes une partie de leur assise financière et nous y sommes contraint.
      Oui bien sur il est possible de jouer, mais si vous perdez c’est pour votre pomme et non pas pour la collectivité.
      Je ne comprend pas votre “l’état se sert des placements sans demander l’accord des déposants” la banque mais pas l’état.

  5. Le déficit public grec 2009 revu en hausse à 15,4%

    lundi 15 novembre 2010, 11:07
    Le déficit public de la Grèce a atteint 15,4% de son Produit intérieur brut en 2009, a annoncé l’office européen des statistiques Eurostat, révisant à la hausse une précédente estimation de 13,6%.

    afp

  6. Les capitalistes pervertissent la jeunesse dès le berceau, avec des chansons dont on mesure plus tard les effets, telles :
    à pari, pari, pari, sur mon petit cheval gris, au galop, au galop
    et ça finit devenus grands, par jouer aux courses et même dans des affaires de cavalerie.
    Je remercie le modérateur d’apprécier s’il s’agit d’une théorie du complot.

  7. C’est …[l’URSS qui fit le plus d’usage de l’emprunt à lots. Après son institution en 1917, ledit régime avait commencé par refuser absolument pour une raison d’ordre idéologique, de recourir à l’emprunt auprès des particuliers . Comment la nouvelle patrie du socialisme aurait-elle pu user d’une technique aussi capitaliste ? Mais la réalité financière fit comprendre aux soviétiques que tout État a besoin de recourir au crédit ne serait-ce que pour lubrifier sa trésorerie. Aussi l’URSS fut-elle inévitablement amenée à lancer des emprunts à partir de 1938. Mais jusqu’en 1957, elle s’en tint à rémunérer leurs souscripteurs par des lots. Elle manifestait ainsi sa méfiance envers l’intérêt, cependant qu’elle tablait sur le goût populaire pour le jeu d’argent. Toutefois, en 1957, les communistes finirent par s’aviser que la distribution des lots en question risquait d’engendrer un groupe de capitalistes et par suite, de reconstituer un début de « classe bourgeoise ». Aussi finirent-ils par proscrire le lot et remettre en selle l’intérêt. […]
    Jean-Claude Ducros L’emprunt de l’État 2008

    Restent les belges…
    http://debtagency.be/fr_products_lottery.htm

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