COMMENT FURENT AUTORISES LES PARIS SUR LES FLUCTUATIONS DE PRIX (IV) LA « COULISSE » ET LE MARCHE A TERME

Voilà le contexte historique et pratique dans lequel la problématique des marchés à terme se situe au XIXe siècle : paris illicites à la hausse ou à la baisse, donnant lieu à ventes à découvert et à règlements par paiement des différences. Ces marchés sont en place cependant, mais en-dehors du secteur financier réglementé : dans ce qu’on appelle la Coulisse. Relève, comme nous le verrons de la Coulisse, le « marché gris » (Gallais-Hamonno 1996 : 2), une expression qui n’est pas sans en rappeler une autre, celle-ci contemporaine : le « shadow banking », la « banque de l’ombre » dont parlent aujourd’hui les Américains, où règnent en maître les hedge funds, les fonds d’investissement spéculatifs ainsi que les SPV, les Special Purpose Vehicles : véhicules en vue d’un objectif spécial, mis en place pour permettre la titrisation sous forme d’une obligation unique de quelques milliers de crédits individuels. Comme dans le cas de la « banque de l’ombre » aujourd’hui, la Coulisse n’est pas l’apanage de personnages interlopes : les banques ayant pignon sur rue s’adonnent elles aussi à ses activités mais bien entendu… en coulisse.

Gallais-Hammono écrit à propos de la Coulisse :

« Le point le plus ahurissant de tout le XIXe siècle est l’épanouissement d’une Bourse complètement illégale, parfaitement parallèle à la Bourse officielle, qui est la coulisse. Deux raisons de fond expliquent l’apparition de ce deuxième marché : d’abord, le coût du retour de Napoléon. Les Cent Jours du point de vue financier ont été une catastrophe. En moins de cinq ans, la dette publique est multipliée par deux. Deuxième raison de fond : l’industrialisation qui démarre sous la monarchie de Juillet aux alentours de 1840, et qui prend la forme de sociétés privées qui émettent des titres évidemment privés, et les agents officiels « ratent le coche ». Au lieu d’essayer de négocier ces deux types de titres, ils se spécialisent dans la dette publique, ce qui laisse évidemment un vide. La coulisse se développe à cause de ce vide. Elle tire son nom de l’architecture du bâtiment de la Bourse. Une coulisse de bois servait à maintenir les visiteurs à l’écart du « parquet » où s’effectuaient les transactions « officielles » des agents de change. Derrière cette barrière de bois des individus vont, eux aussi, négocier.

Bien entendu, un marché illégal ne peut subsister qu’à condition d’être plus efficace et plus innovateur que le marché officiel. C’est la coulisse qui va être, durant le XIXe siècle, l’élément moteur de l’innovation financière, puisqu’elle va inventer le « marché gris », cette espèce de marché qui fait qu’un certain nombre de gens peuvent coter à l’avance une grosse émission à venir, soit d’une entreprise privée, soit de l’État. La coulisse invente le marché gris et cote à l’avance les fonds d’État.

C’est elle qui se met à coter les actions industrielles étrangères, car jusqu’en 1872 cette cotation reste interdite aux agents de change. Elle effectue des arbitrages sur les fonds d’État avec les agents de change, et – beaucoup plus original – elle invente les options, ce qu’on appelle les primes à l’époque.

Elle bénéficie de coûts de transaction plus faibles, car elle ne paie pas l’impôt de bourse. Elle invente le marché continu, puisque ces opérations se passent hors séance, de 11 heures du matin à 10 heures du soir, sous forme de négociations sur les grands boulevards. Ce spectacle a même laissé des traces dans la littérature. On pouvait souvent voir trois, quatre, cinq personnes avec des carnets, sur les grands boulevards, galerie Vivienne, qui effectuaient des transactions.

La preuve que cette illégalité était innovante et extrêmement efficace est qu’elle se développe de manière tout à fait extraordinaire, puisqu’en 1858, c’est-à-dire en trente ans à peu près, deux cents banques font quotidiennement des opérations de Coulisse. Daumier nous a fait croire pendant longtemps que le coulissier de base était un escroc pur et dur, mais c’est faux. La majorité d’entre eux étaient des représentants tout à fait honorables de banques ayant pignon sur rue. On estime qu’au milieu du Second Empire, la coulisse représentait trois cinquièmes des transactions. Mais il est juste de préciser qu’une partie de ce succès était due à l’existence de coûts de transaction plus faibles, car ces opérations « non reconnues » ne supportaient pas l’impôt de la Bourse !

Les relations de la coulisse avec le marché officiel sont des relations parfaitement schizophréniques. Quand tout va bien, les individus se pressent pour acheter et pour vendre, et les soixante agents de change ne peuvent y suffire ; ils délèguent alors leurs petites transactions aux coulissiers. Mais quand cela va mal, les transactions diminuent, et à ce moment-là, les agents de change découvrent les concurrents, et forts des textes réglementaires qui leur donnent un pouvoir de monopole, se tournent vers l’administration et les font poursuivre. À la Préfecture de Police, pendant tout le XIXe siècle, il y a un Commissaire dont la responsabilité est d’avoir l’œil sur la coulisse. Malheureusement, les rapports annuels sont incomplets.

Cependant, l’on dispose d’un rapport fait par ce commissaire responsable à la suite d’une plainte des agents de change, rapport qui dit en substance : « Monsieur le Ministre, avant d’étudier ce que font les coulissiers, je suggère que nous étudions comment se comportent les agents de change… ».

Un procès célèbre a réuni comme accusés tous les plus grands présidents directeurs-généraux des grandes banques de la Place. Du plus gros jusqu’au plus petit. A la suite de ces procès, la coulisse disparaissait pendant huit à dix jours, puis renaissait de ses cendres, car la liquidation se passait mal. Cela a duré pendant quatre-vingt-cinq ans, jusqu’à ce qu’un arrêt de la Cour de Cassation déclare que la coulisse était un marché manifestement organisé ; ce qui était le cas, car il y avait un annuaire, une compagnie des coulissiers, parallèle exacte de la Compagnie des agents de Change. Et, en 1885, ce marché a donc été reconnu comme licite. En 1952, il sera fusionné avec les agents de change » (Gallais-Hammono 1996 : 1-3).

Salzédo rapportait de son côté, à propos de

« … l’arrêt du 17 janvier 1860, dans le fameux procès des coulissiers. Les défenseurs de ces derniers soutenaient qu’ils n’avaient pas usurpé les fonctions d’agents de change, puisqu’ils ne se livraient qu’à des opérations à terme, interdites à ces intermédiaires officiels » (Salzédo 1880 : 12).

C’est dans ce cadre d’opérations en fait interdites, que se situait donc le marché à terme informel. Les notions qui y président sont, comme nous l’avons vu, celle du pari, de la vente à découvert et du paiement de différences.

Comment les choses se dénouèrent-elles ? Je reprends ici simplement à Maréchal son exposé historique :

« Le krach de 1882 avait engendré les procès par centaines. Tous les spéculateurs malheureux se raccrochaient à cette dernière branche de salut « l’exception de jeu » que les tribunaux accueillaient ou rejetaient à leur gré, leur décision échappant d’une façon absolue au contrôle de la Cour suprême.

Il fallait une loi pour mettre fin à cet état de choses, et la loi du 28 mars 1885 fut votée. Cette loi abroge les articles 421 et 422 du Code pénal.

Au point de vue civil l’article 1er déclare légaux tous marchés à terme sur effets publics et autres, tous marchés à livrer sur denrées et marchandises : nul ne peut, pour se soustraire aux obligations qui en résultent, se prévaloir de l’article 1965 du Code civil lors même qu’ils se résoudraient par le paiement de simples différences.

Mais la jurisprudence s’est presque aussitôt divisée.

D’après le premier système, la loi de 1885, tout en déclarant légaux les marchés à terme, avait maintenu l’exception de jeu s’il était démontré que, dès l’origine, l’intention des parties avait été uniquement de jouer et de parier sur des différences de cours, et cette intention pouvait être établie par tous les moyens de preuve. […]

D’après un second système, le législateur de 1885 a interdit la preuve contraire à la présomption « juris et de jure » créée par la loi. […] L’exception de jeu n’est jamais recevable, sans qu’il y ait lieu de distinguer les marchés sérieux des simples paris à la hausse ou à la baisse.

D’après un troisième système, l’exception de jeu tirée de l’article 1965 n’est plus opposable en principe à ces marchés, sauf cependant dans le cas où il résulte « ab initio » des conventions écrites des parties qu’il ne s’agit pas d’un véritable marché à terme, mais bien d’un jeu et d’un pari. […]

C’est le deuxième système qui a été adopté par la Cour, et l’arrêt est conçu dans les termes les plus formels :

« Vu l’article 1er de la loi du 28 mars 1885 ; attendu qu’en déclarant, en des termes essentiellement impératifs, que nul ne pourrait se soustraire aux obligations résultant de « tous » marchés à terme sur effets publics et autres, de « tous » marchés à livrer sur denrées et marchandises, alors même qu’ils se résoudraient par le paiement d’une simple différence, la loi du 18 mars 1885, lorsque les opérations sur effets et marchandises ont pris la forme de marchés à terme, a entendu interdire aux parties d’opposer l’exception de jeu et aux juges de rechercher l’intention des parties ; qu’en décidant le contraire, lorsque les opérations sur lesquelles il avait à statuer avaient pris la forme de marchés à terme, l’arrêt attaqué a violé l’article de loi susvisé ;– Casse… » » (Maréchal 1901 : 22-24).

Le fruit est tombé parce qu’il était mûr. Dans son opuscule publié cinq ans auparavant, Salzédo écrivait : « Les anciens arrêts étaient tombés en désuétude. Les marchés à terme, qui s’étalaient officiellement sur la cote de la Bourse, entraient chaque jour davantage dans nos mœurs financières. C’était bien le moment de les proscrire par un texte formel, si on les considérait comme illicites. Le législateur n’a rien dit… » (Salzédo 1880 : 19), et il ajoutait plus loin : « La loi doit marcher avec le temps, se façonner aux mœurs nouvelles » (ibid. 32). Et l’on comprend mieux ce qu’il entend par ces « mœurs nouvelles » quand il appelle de ses vœux une « disposition législative […] impérieusement réclamée par le monde des affaires » (ibid. 20).

En fait, la France était parmi l’un des derniers pays européens à avoir pris des mesures en ce sens. Dans son ouvrage intitulé : La Bourse à la portée de tous, H. Cozic rapportait que :

« Dès l’année 1860, une loi votée en Suisse assimilait la vente à terme des effets publics aux autres opérations commerciales. La Hollande n’a jamais eu rien à réformer, car elle a toujours pratiqué la liberté commerciale, en matière de Bourse, comme pour les autres marchandises. En 1867 la Belgique a supprimé les articles du Code pénal relatifs aux opérations de Bourse et a restreint l’application de l’exception de jeu à des cas tout à fait exceptionnels. L’Autriche, de son côté, s’est rangée avant nous du côté de la liberté des affaires et par une loi de 1875 elle a déclaré que les opérations de Bourse étaient des actes commerciaux auxquels on ne pouvait opposer l’exception de jeu. En Allemagne, le cours suprême de Leipzig applique aux achats et ventes des valeurs à terme les principes relatifs à la vente des marchandises. L’Italie, enfin, que nous avons fait naître à la vie des affaires, a fait elle-même avant nous, une loi qui reconnaît les marchés à terme, même lorsqu’ils n’ont pour but que le payement des différences, pourvu que ces marchés soient constatés sur timbre. N’est-il pas triste de voir la France, le premier marché financier du continent se traîner à la remorque des pays qu’elle alimente de ses capitaux ? » (Cozic 1885 : 269).

Les choses ne devaient pas en rester là bien sûr : un avenir radieux s’ouvrait, dont les limitations n’apparaîtraient pas pleinement avant 2007, avenir radieux dont Maréchal dessinait les contours avec enthousiasme en 1901 :

« Au point de vue de la morale absolue, cette solution peut être critiquable : c’est la Bourse des valeurs et la Bourse des marchandises transformées en vastes maisons de jeu légales ; c’est faire judiciairement, pour le jeu à la hausse et à la baisse, ce que l’on a fait administrativement pour le pari mutuel sur les hippodromes ; mais cette décision a l’immense avantage de trancher définitivement cette question irritante et de couper court à ces divergences d’opinions qui séparaient les Cours d’appel et, parfois même, les chambres d’une même Cour, notamment comme à Paris où la 3e chambre admettait l’exception de jeu alors que la 5e la rejetait impitoyablement, ravalant ainsi la justice elle-même à une sorte de jeu de hasard, le gain ou la perte du même procès dépendant uniquement d’une chance de sortie du rôle » (Maréchal 1901 : 25-26).

Et son enthousiasme devant la régularisation qui avait eu lieu seize ans plus tôt l’encourageait à imaginer encore d’autres innovations rémunératrices :

« Mais, une fois engagé dans cette voie, le législateur ne devrait-il pas aller plus loin ?

Le jeu est reconnu sur les hippodromes et à la Bourse ! Pourquoi maintenir la suppression des loteries et des jeux de hasard ? On a supprimé le délit du pari à la hausse et à la baisse sur les effets publics ; on a sanctionné légalement la dette pouvant résulter de ce pari ; – pourquoi l’article 1965 pour une dette loyalement contractée sur le tapis vert de l’écarté ou du baccarat ?

Pourquoi ne pas rétablir la liberté des jeux et amener en France les millions que drainent chaque année les roulettes de la Belgique et de Monaco ?

La morale n’en souffrirait pas davantage et l’intérêt public en profiterait » (ibid. 25-26).

Bien sûr, ces « mœurs nouvelles », devaient – nous le savons maintenant – tuer la bête. Mais entre cette époque et la nôtre, on s’en est vraiment donné à cœur joie !

(… à suivre : suite et fin)

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Cozic, H., La Bourse mise à la portée de tous, Paris : Librairie Illustrée, 1885 http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5726147v.r=bourse.langFR

Gallais-Hamonno, Georges, « Les paradoxes de la Bourse parisienne au XIXe siècle : Liberté et refus du risque », Institut Euro92, 1996 http://www.euro92.com/acrob/hamonno%20bourse.pdf

Maréchal, Constantin, Les marchés à terme. Conditions. Validité. Exception de jeu, Paris : A. Chevalier-Maresq, 1901
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6105262s.r=Les+Marches+a+Terme+Constantin+Marechal.langFR

Salzédo, Numa, L’exception de jeu en matière d’opérations de bourse, Paris : Imprimerie de Poissy S. Lejay et Cie, 1880 http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k58184054.r=Salz%C3%A9do.langFR

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21 réflexions sur « COMMENT FURENT AUTORISES LES PARIS SUR LES FLUCTUATIONS DE PRIX (IV) LA « COULISSE » ET LE MARCHE A TERME »

  1. Les ventes de voitures dans l’UE en baisse de 16,6 % en octobre

    mardi 16 novembre 2010, 08:27
    Les ventes de voitures neuves ont de nouveau plongé en octobre dans l’Union européenne, de 16,6 % sur un an, plombées par la disparition des primes à la casse, selon des données publiées mardi par l’Association des constructeurs automobiles européens (ACEA). Au total 1.027.036 voitures ont été immatriculées en octobre dans l’Union européenne (sauf Malte et Chypre, dont les statistiques ne sont pas disponibles). Les ventes de voitures avaient déjà accusé une chute spectaculaire cet été, de 18 % en juillet, mais la baisse avait un peu ralenti les mois suivants (-12,9 % en août et -9,6 % en juillet). Les immatriculations avaient été dopées l’an dernier par les primes à la casse introduites dans une série de pays afin d’aider le secteur plombé par la crise économique, et qui sont progressivement arrivées à expiration. Sur l’ensemble des dix premiers mois de l’année, les ventes de voitures dans l’UE enregistrent un repli de 5,5 % sur un an à 11,9 millions d’unités.

    lesoir.be

  2. Et pour illustrer les coulisses de la bourse du XIXème siècle, il faut relire le roman naturaliste de Zola, l’Argent, avec ses descriptions hautes en couleurs de spéculateurs, d’agents de change et autres remisiers. Le portrait de Busch me fait penser à l’avidité des banquiers américains noyés dans le forecluse gate ! Tout était déjà dit :

    Mais, outre l’usure et tout un commerce caché sur les bijoux et les pierres précieuses, il s’occupait particulièrement de l’achat des créances. C’était là ce qui emplissait son cabinet à en faire craquer les murs, ce qui le lançait dans Paris, aux quatre coins, flairant, guettant, avec des intelligences dans tous les mondes. Dès qu’il apprenait une faillite, il accourait, rôdait autour du syndic, finissait par acheter tout ce dont on ne pouvait rien tirer de bon immédiatement. Il surveillait les études de notaire, attendait les ouvertures de successions difficiles, assistait aux adjudications des créances désespérées. Lui-même publiait des annonces, attirait les créanciers impatients qui aimaient mieux toucher quelques sous tout de suite que de courir le risque de poursuivre leurs débiteurs. Et, de ces sources multiples, du papier arrivait, de véritables hottes, le tas sans cesse accru d’un chiffonnier de la dette : billets impayés, traités inexécutés, reconnaissances restées vaines, engagements non tenus. Puis, là-dedans, commençait le triage, le coup de fourchette dans cet arlequin gâté, ce qui demandait un flair spécial, très délicat. Dans cette mer de créanciers disparus ou insolvables, il fallait faire un choix, pour ne pas trop éparpiller son effort. En principe, il professait que toute créance, même la plus compromise, peut redevenir bonne, et il avait une série de dossiers admirablement classés, auxquels correspondait un répertoire des noms, qu’il relisait de temps à autre, pour s’entretenir la mémoire. Mais, parmi les insolvables, il suivait naturellement de plus près ceux qu’il sentait avoir des chances de fortune prochaine : son enquête dénudait les gens, pénétrait les secrets de famille, prenait note des parentés riches, des moyens d’existence, des nouveaux emplois surtout, qui permettaient de lancer des oppositions. Pendant des années souvent, il laissait ainsi mûrir un homme, pour l’étrangler au premier succès. Quant aux débiteurs disparus, ils le passionnaient plus encore, le jetaient dans une fièvre de recherches continuelles, l’œil sur les enseignes et sur les noms que les journaux imprimaient, quêtant les adresses comme un chien quête le gibier. Et, dès qu’il les tenait, les disparus et les insolvables, il devenait féroce, les mangeait de frais, les vidait jusqu’au sang, tirant cent francs de ce qu’il avait payé dix sous, en expliquant brutalement ses risques de joueur, forcé de gagner avec ceux qu’il empoignait ce qu’il prétendait perdre sur ceux qui lui filaient entre les doigts, ainsi qu’une fumée.

    1. La phrase importante, par rapport au sujet exposé par Paul est évidemment que le spéculateur Busch « explique brutalement ses risques de joueur  » à ses clients devenus insolvables …

    2. Rachat de créances

      Cela me rappelle un excellent souvenir: celui de cet expert-comptable très bien placé au niveau ordinal, un certain M. V. (un bon cépage) dont le cabinet était régulièrement nommé par le TC de Paris pour dresser les comptes de PME en difficultés. Quand certaines créances étaient « en béton », il les dépréciait « à mort ». Pour les autres….cela dépendait.
      Puis sa femme intervenait pour racheter lesdites créances fortement dépréciées pour pas cher. Activité BNC à temps plein avec un cabinet structuré, pas comme un prêtre pour ses messes, un pasteur pour ses sermons ou une prostituée pour ses passes !
      Et figurez vous que ce professionnel bien en vue s’est même permis le luxe de discourir ensuite sur la probité, l’éthique, la morale des affaires ! SI ! Si !
      Je vous le dis: les derniers convertis sont les plus persuasifs. On pourra donc faire confiance à tous les banksters et à ceux de la finance USA pour bientôt une bonne leçon de morale dans la vie des affaires !

  3. Merci Paul c’est éclairant….et très décevant.

    Si je comprends bien la démocratie « représentative »est bâtie de façon à ce que les mauvaises habitudes ou les pratiques non éthiques finissent à plus ou moins long terme par faire l’objet de lois les autorisant.
    Le « législateur » représente le Peuple et lui façonne les textes encadrant plutôt mal que bien ses dérives morales.
    De temps en temps apparaissent des « incorruptibles » qui tentent un rappel à la sagesse.
    Il leur arrive malheur.

    1. @Tartar :
      Dans une société libérale, ce qui n’est pas explicitement interdit peut être considéré comme légitime par certains lobbys. Comme le pré-requis de la législation capitaliste est toujours le rapport de force et pas forcément le droit, les pratiques peu recommandables qui se jouent en coulisse finissent par être légitimées par l’Etat capitaliste et ses hommes de lois car il ne peut y avoir accumulation du capital (même « primitive ») sans Etat. Le système « démocratique » est alors la modalité de l’Etat capitaliste qui permet de faire passer la pilule auprès des électeurs de la classe moyenne devenus consommateurs, et pilier du système.

    2. Le système « démocratique » est alors la modalité de l’Etat capitaliste

      mais, nous voyons bien actuellement que ce capitalisme est « adaptable » aux démocraties( en grande perte de vitesse : mais rien n’est jamais construit définitivement; tout est à remettre à plat régulièrement du fait de la nature humaine ), aux theocraties, aux régimes dictatoriaux en tout genre …
      je ne suis toujours pas convaincue que la « démocratie » est le système « nécessaire » à l’épanouissement débordant du capitalisme …je crois qu’il faut, au contraire que la démocratie soit en bien mauvais état, ne respectant ni le droit ni la loi, pour autoriser ce système sans freins.

  4. Non seulement il faudra rétablir l’exception de jeu pour les contrats à termes se résolvant par le paiement d’une simple différence mais il faudra aussi faire en sorte que cela ne soit pas réservé qu’aux contrats possédant un sous-jacent.

    Et comme il ne faut pas s’arrêter en si bon chemin, puisque de toute façon le shadow-banking refait surface afin d’éviter toute tentative de régulation, il faudra aussi imposer l’interdiction de tout pari financier sur la fluctuation des prix.

    Sauf que cette seule interdiction ne suffira pas à elle seule pour supprimer l’intérêt du jeu financier : il faudra aussi rétablir les articles du code pénal sanctionnant, lourdement, comme sous Napoléon, ces pratiques.

    Sauf qu’il faudra aussi étendre son action, pas uniquement sur les effets publics : sur tous les effets, privés comme publics, et à la hausse ou à la baisse.

    En fait, il faudrait revenir à la législation révolutionnaire : lois du 13 fructidor an III et du 28 vendémiaire an IV sur l’agiotage.

    Mais il faudra aller plus loin encore, car ce que fait une loi, une autre peut le défaire ou une jurisprudence ‘forcer’ le législateur à déconstruire ce qu’il avait construit : inscrire dans le ‘marbre’ constitutionnel ces dispositions.

    En modifiant notamment l’article 17 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789, qui a force constitutionnelle :

    « Article 17 – La propriété étant un droit inviolable et sacré, nul ne peut en être privé, si ce n’est lorsque la nécessité publique, légalement constatée, l’exige évidemment, et sous la condition d’une juste et préalable indemnité. »

    En lieu et place :

    « Article 17 – La propriété privée étant un droit, nul ne peut en être privé, si ce n’est lorsque la nécessité publique, légalement constatée, l’exige évidemment, avec une juste et préalable indemnité, sous condition que cette propriété ait été acquise légalement et qu’elle ne résulte pas d’un pari. »

    Ou alors de modifier l’article 16 de la Déclaration de 1793 :

    « Le droit de propriété est celui qui appartient à tout citoyen de jouir et de disposer à son gré de ses biens, de ses revenus, du fruit de son travail et de son industrie. »

    En lieu et place :

    « Le droit de propriété est celui qui appartient à tout citoyen de jouir et de disposer à son gré de biens, de revenus, du fruit d’un travail tant que ceux-ci sont légalement acquis, sous condition qu’ils ne résultent pas d’un pari. »

    Soit, effacer deux siècles et demi de libéralisme.
    Oui mais non, je peux pas, j’ai piscine.

    1. Joli essai, mais c’est assez blindé du coté propriété : L’art 17 de 1789 et le 17 de l’universelle de 48 verrouillent. Et je suis pas sûr qu’un serrurier suffise…

  5. Et comme cette interdiction, y compris gravée dans le marbre (constitutionnel) n’y suffira pas pour que ces damnés dévots du culte de Mammon ne s’y adonnent et que le remplacer Big Brother n’est pas non plus une solution, il faudra bien aussi les forcer à utiliser le même verbe (divin), à savoir modifier le prix, qui leur sert de langue.

    Ensuite, la psychanalyse, la prison et le rejet social devrait en avoir raison …
    Si l’Homme est bon.

    Amen.

    1. la psychanalyse, la prison et le rejet social

      – psychanalyse : il n’y faut point songer : ce ne saurait être obligatoire !
      – prison : oui, il faudrait que les » délits de col blanc », au lieu d’être passés sous silence, soient jugés sérieusement et embastillés, pour » de vrai », dans la foulée …au contraire des « voleurs de pommes »qui, eux, avaient faim…( et, comme ils sont nombreux, ne sont pas utiles à la société, il faudra leur faire faire ce qu’on destine aux chômeurs longue durée : des travaux d’intérêt général : par exemple : construire une prison …)
      – s’ils vont réellement en prison, qu’ils perdent leurs avoirs et leur carnet d’adresses, ils se rendront compte qu’ils n’intéressent plus personne …
      – dans les attendus du procès : interdiction de rôder, en sortant, sur le lieu de leurs crimes,
      et donc de toucher à la chose financière …
      – aller vivre avec les gens que le divin marché a spolié, entrainant une bascule à la rue.

  6. Comparons le défi de Bernanke avec le jeu Monopoly
    Le président de la Fed aux États-Unis tente par tous les moyens de faire monter les prix. Pour y arriver, il imprime de la monnaie, qui sert normalement à acheter de la dette américaine. Il en résulte une injection d’argent dans l’économie. Cette tactique pose certains problèmes d’interprétation chez les investisseurs. Certains confondent  »dépenses du gouvernement (qui est une dépense réelle) » et  »impression d’argent ».

    Pour mieux comprendre la stratégie de Bernanke, on peut établir un parallèle avec le jeu Monopoly. Admettons que le banquier du jeu décide du montant à allouer chaque fois qu’un joueur passe  »GO ». La version traditionnelle prévoit 200$, et le terrain le plus cher s’avère la Promenade, à 400$.

    Or, laissons le droit aux joueurs de négocier le prix des terrains. Quant au banquier, il souhaite faire augmenter le prix de ces terrains afin de créer de l’inflation, mais personne n’achète. Tous les joueurs conservent leurs liquidités. Le banquier se dit alors que peut-être que les joueurs attendent d’avoir davantage d’argent avant d’acheter. Il élève donc le montant payé à  »GO » à 500$. Verser plus d’argent est un jeu d’enfant pour le banquier : c’est lui-même qui fabrique ses propres billets!

    Cependant, aucune réaction : les joueurs ne veulent pas risquer leur argent en achetant des terrains, puisqu’ils sont incertains de leurs valeurs futures. Le banquier va donc plus loin en octroyant 5000$ pour tous les passages à  »GO ». Et les joueurs encaissent de gros montants. L’argent s’accumule. Ils ont des grosses piles de monnaie devant eux.

    Que risque-t-il de se passer si les joueurs décident tout à coup d’acheter? Ils auront tellement d’argent que les enchères seront énormes. Peut-être que La Promenade sera acquise au coût de 100 000$, alors que le prix initial était fixé à 400$. Si tout le monde détient 1 million de dollars, une surenchère de tous les terrains s’avère inévitable, puisque le prix de ceux-ci doit augmenter afin d’équilibrer l’offre et la demande.

    Lorsque Bernanke décide d’acheter de la dette américaine en imprimant des billets, le pays se retrouve avec davantage de liquidités. Tant et aussi longtemps que les investisseurs détenant ces masses colossales de liquidités ne bougent point, l’effet demeure bénin. Cependant, la confiance envers les marchés reviendra tôt ou tard. Un problème tout aussi grave pourrait alors survenir : une inflation difficile à contrôler.
    C’est pourquoi le président de la fed doit demeurer prudent, en tentant de contenir la déflation en utilisant le moins de liquidités possibles. Il ne sait pas quand la tendance se renversera.

    Le jeu de Monopoly possède un avantage par rapport à la Fed : le salaire gagné au passage à  »GO » est fixé par le banquier (dans notre version flexible du jeu). Or, dans la réalité, les salariés demanderont toujours plus d’argent si l’inflation grimpe, ce qui pourrait créer ce que l’on appelle une  »spirale inflationniste », ou encore, une  »inflation galopante ». C’est donc tout un défi pour M. Bernanke!

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