L’AVENIR DU PROGRES

Le 7 février prochain, je participerai aux Entretiens de l’Institut Diderot consacrés à L’avenir du progrès. J’aimerais connaître votre sentiment avant de composer mon exposé et je vous propose comme trame pour la discussion un texte que vous connaissez peut-être déjà parce qu’il constitue l’épilogue de mon livre La crise (Fayard 2008 : 313-328).

Les tâches et les responsabilités qui sont aujourd’hui les nôtres

Expliquer la nature en ses propres termes

On trouve sous la plume de Schelling cette pensée merveilleuse que l’Homme est le moyen que la nature s’est donnée pour prendre conscience d’elle–même. Les manifestations de cette prise de conscience ont adopté des formes diverses selon les lieux et les époques, et au sein d’une culture particulière, telle la nôtre, révèlent un processus en constante évolution. Faut-il alors reconnaître l’ensemble de ces manifestations comme également valides, la nature ayant eu autant de manières de prendre conscience d’elle-même qu’il y eut d’opinions exprimées ?

Aux débuts historiques de notre culture occidentale (la Chine est différente), un trait des représentations que l’Homme se fait de la nature et de lui–même en son sein, est que les explications produites ne parviennent pas à rester confinées dans le cadre qu’offre la nature elle–même, elles ne peuvent s’empêcher de s’en échapper constamment et invoquent un au–delà de son contexte : une mythologie d’agents inobservables et proprement « sur–naturels » La plupart des systèmes de croyance traditionnels sont de ce type, qui doivent couronner leurs chaînes explicatives par un « primus movens », un dieu introduit à un niveau arbitraire de la chaîne et censé rendre compte en dernière instance d’une famille de phénomènes liés entre eux pour des raisons essentiellement affectives.

C’est là qu’il convient de situer le critère de qualité minimum que doit présenter une conscience de la nature par elle–même : qu’elle trouve à se déployer entièrement au sein de son propre cadre, sans aucun débordement. La distinction est simple et permet d’écarter une multitude de tentatives ne présentant sur le plan conceptuel qu’un intérêt « documentaire » – même si elles jouèrent un rôle primordial dramatique dans l’histoire de la race humaine.

La pensée chinoise traditionnelle (essentiellement athée) a accompli cette tâche et, au sein de notre tradition, Aristote est le premier qui réussit cette gageure en proposant un système complet, composé d’une part d’observations empiriques de la nature, et d’autre part de « raisonnements » fondés sur celles–ci. Avec la philosophie d’abord, puis avec la « philosophie naturelle » qu’offre la science ensuite, des représentations de la nature sont produites qui ne requièrent rien d’autre comme termes d’un raisonnement, que sa décomposition en ses éléments et la description de l’interaction de ceux–ci à différents niveaux d’agrégation.

Le raisonnement, c’est évidemment pour Aristote, la faculté d’engendrer le syllogisme, c’est-à-dire, la possibilité d’associer deux concepts par le truchement d’un troisième – le moyen terme – auquel chacun d’eux est lié. La Raison s’assimile à la puissance du syllogisme d’étendre par ce moyen la « sphère d’influence conceptuelle » de chaque terme de proche en proche, de syllogisme en syllogisme, de manière potentiellement infinie. Ce pouvoir, c’est celui d’exporter une certitude acquise au–delà de son cercle immédiat. C’est dans la prise de conscience de la puissance du syllogisme par Socrate, Platon et Aristote mais aussi par leurs adversaires sophistes, Protagoras et Gorgias, que réside le miracle grec : la capacité d’expliquer la nature en ses propres termes.

Le moyen que la nature s’est offerte pour se surpasser

Notre espèce est, il faut bien le dire, mauvaise et agressive. Mal protégée dans son corps, elle n’a dû qu’à sa prédisposition à la rage de survivre aux affronts de la nature dont elle est une part mais qui aussi, l’entoure, et comme pour toute autre espèce, l’assiège. Les débuts de notre prise de conscience de la place qui est la nôtre au sein de ce monde, furent caractérisés par notre déni de cette hostilité de la nature envers nous. Les agents surnaturels que nous avons invoqués au fil des âges, dans nos religions et dans nos superstitions communes, nous permirent de construire l’image d’une nature beaucoup plus aimable à notre égard qu’elle ne l’est en réalité. En faisant intervenir dans nos explications des dieux créateurs du monde et des anges secourables, nous avons transformé les éléments qui provoquaient à juste titre notre frayeur en innocents trompe–l’oeils masquant un réel bienveillant existant au–delà des apparences. Ainsi, l’activité invisible de divers esprits signifie que la mortalité n’est qu’une illusion derrière laquelle se cache l’immortalité véritable, l’injustice mondaine cache la réalité de la justice divine, et ainsi de suite.

Ceci dit, il y eut à toutes les époques et en tous lieux, des esprits forts qui ne mirent pas tous leurs oeufs dans le même panier épistémologique et ne se contentèrent pas de consolations méta–physiques obtenues dans un univers parallèle et cherchèrent à éliminer notre inquiétude en s’attaquant de manière directe aux causes de nos frayeurs, à savoir en améliorant le monde tel qu’il nous a été offert. Et si ce monde est aujourd’hui vivable, tolérable, c’est bien parce que nous l’avons rendu tel par nos propres moyens et par eux seuls. Qu’un résultat partiel ait pu être obtenu est d’autant plus surprenant que notre hostilité à l’égard de nos congénères a toujours été extrême et que, comme l’avait déjà bien perçu l’anthropologue Johann Friedrich Blumenbach (1752–1840), nous avons été forcés, à l’instar de ce que nous avons imposé à de nombreuses espèces animales et à de nombreux végétaux, de nous domestiquer nous–mêmes à l’échelle de l’espèce tout entière.

Quelques milliers d’années plus tard, l’Homme assume aujourd’hui la place de ces agents surnaturels qu’il avait d’abord fantasmés : il s’est petit à petit, et avec une vitesse sans cesse croissante, glissé à la place où il avait d’abord situé ces esprits sans qui il s’était imaginé être incapable de vivre. Est–ce à dire qu’il est devenu par là démiurge lui–même ? Non, parce que la nature de ce dieu créateur était d’être un esprit, c’est–à–dire une fiction. Mais l’Homme est advenu lui–même à la place où il avait situé ces agents surnaturels. Or les actes secourables que ceux–ci produisaient sur le mode du miracle, il les produit aujourd’hui lui–même en guidant la nature vers la solution de ses propres problèmes. Ce faisant, il force par son industrie la nature à se dépasser. L’Homme n’est pas tellement, comme le voulait Schelling, le moyen que la nature s’est donnée pour prendre conscience d’elle–même que celui qu’elle s’est donnée pour se surpasser.

Le dessein intelligent

L’Homme permet à la nature de se surpasser de multiples manières. Il ne s’agit pas pour lui d’infléchir les lois naturelles mais de subvertir les conditions dans lesquelles elles opèrent lorsqu’elles sont laissées à elles–mêmes, en l’absence de sa propre interférence.

L’Homme a d’abord transcendé sa propre essence en échappant à l’emprise de l’attraction terrestre. Non pas comme l’oiseau qui découvre par le vol un autre continent et qui, malgré le caractère exceptionnel de cet exploit, reste fidèle à sa propre essence, mais en échappant à l’inéluctabilité de son environnement qui veut que tout corps est attiré vers le bas sur la planète où il est né. L’Homme a découvert par le calcul qu’une vitesse supérieure à 11,2 kilomètres par seconde permet de neutraliser la gravitation universelle telle qu’elle s’exerce sur la Terre ; il a ensuite construit la machine qui lui permet de réaliser cet exploit. L’Homme est désormais prêt à coloniser d’autres planètes, voire d’autres systèmes stellaires.

Un thème qui fut à la mode il y a quelques années fut celui de notre capacité nouvellement acquise à détruire un astéroïde mortel se dirigeant vers nous. Lorsque ces armes auront trouvé ainsi leur authentique destination, l’ironie apparaîtra en pleine lumière du fait que nous les avions conçues d’abord pour nos guerres intestines. C’est notre méchanceté à l’égard de nous–mêmes qui en avait constitué le motif initial. Quoi qu’il en soi, nous avons cessé désormais d’être une simple moisissure à la surface d’une planète pour être l’agent qui fait échapper celle-ci à son propre destin naturel.

De même, l’Homme a découvert par l’expérimentation que les êtres vivants sont déterminés dans leur anatomie et leur physiologie par un code inscrit au coeur de la cellule ; il a ensuite mis au point les techniques qui lui permettent de manipuler le génome et de redéfinir ce qui caractérise une espèce, assignant ainsi aux individus comme au phylum tout entier, une nouvelle destinée. Ces techniques lui ouvrent la voie vers son immortalité potentielle. L’animal, en raison de sa prudence, pourrait vivre indéfiniment, et c’est pourquoi sa mort – au contraire de celle de l’arbre – est inscrite dans son génome. L’Homme mourra toujours, bien entendu, mais comme l’arbre dont la mort n’est pas programmée : à l’instar d’une planète, sa vie est celle d’un compromis entre les influences qu’il subit et il finit par mourir accidentellement lorsque l’action d’autres corps sur lui supprime les conditions de sa perpétuation. L’Homme sera comme l’arbre qui meurt pour avoir été frappé par la foudre ou en s’effondrant sous son propre poids. Comme l’avait déjà compris Hegel, l’intelligence de la nature est de trois ordres :

  1. mécanique : le mouvement de corps indifférents les uns aux autres et qui se fracassent l’un contre l’autre s’il arrive à leur trajectoire de se croiser,
  2. chimique : les corps sont attirés ou repoussés les uns par les autres et leur combinaison débouche sur des composés aux propriétés originales,
  3. biologique : des corps organisés qui ne sont pas indifférents les uns aux autres anticipent leurs comportements mutuels. L’animal connaît lui aussi l’attirance et la répulsion, mais celle-ci n’est plus fondée comme pour la molécule sur une réactivité immédiate mais sur une anticipation de ce qui se passerait si l’attirance conduisait au contact qui pourrait s’avérer maléfique, ou au contraire si la répulsion interdisait un contact qui pourrait s’avérer bénéfique. Comme l’anticipation modifie le comportement et que cette modification est d’abord perçue puis anticipée par les autres créatures en interaction, les rapports entre animaux ne cessent de se complexifier avec le temps. Ainsi, l’escalade entre espèces qui se livrent la guerre et perfectionnent les moyens d’attaque et de défense, au fil des générations. (Hegel [1817/1830] 1987 : § 192 – § 298)

A cela, l’Homme a ajouté un quatrième niveau : le dessein intelligent, absent de la nature, et qui tire parti de l’analogie. Ce qui caractérise l’intelligence humaine, c’est sa capacité à l’analogie, son talent à reconnaître des formes semblables dans des phénomènes distincts, et ceci en dépit de la nécessité d’opérer souvent cette reconnaissance à un niveau d’abstraction très élevé. La nature, avant qu’elle ne prenne la forme de l’Homme, s’est révélée incapable de tirer parti de l’analogie : elle a dû se contenter de progresser en creusant des chenaux divergeant en différents branchements mais qui demeurent irrévocablement indépendants, privés de la capacité de se féconder mutuellement. Elle est obligée dans chaque cas de réinventer entièrement la solution du problème, de la forme la plus simple jusqu’à son expression la plus complexe, quitte à retomber alors, par la convergence, sur une solution unique et déjà découverte par ailleurs. Ainsi, l’oeil du poulpe, un mollusque céphalopode, est proche de celui des mammifères les plus évolués mais sans qu’il y ait eu emprunt d’une lignée vers l’autre : les phylogenèses qui conduisent à l’un et à l’autre ne se sont jamais rejointes. Chacune de ces évolutions résulte de ses propres contraintes, le résultat seulement d’une sélection naturelle due aux interactions des individus appartenant à l’espèce avec leur environnement et non à une dynamique interne – si ce n’est celle de l’ordre du ratage que constitue la mutation.

L’Homme, au contraire, fertilise des inventions parallèles en croisant leurs destins : il recycle les bonnes idées dans un produit qui en opère la synthèse ; ainsi, dans l’invention du saxophone à partir de la clarinette : divers inventeurs s’engagèrent dans des voies divergentes mais n’hésitèrent jamais à emprunter pour leurs perfectionnements ultérieurs des bouts de solution découverts par des rivaux ; dans la forme finale que prit l’instrument, diverses approches furent combinées, réconciliées. Si l’Homme permet à la nature de se surpasser, c’est qu’il est seul capable de ce dessein intelligent. L’Homme est aujourd’hui démiurgique, créature créatrice mais au sein–même de la nature, non dans son extériorité comme le serait au contraire un agent sur–naturel. Les apparences nous suggèrent qu’il est seul à disposer de cette capacité : d’autres créatures en disposent peut-être ailleurs ou au sein de ces univers parallèles dont nous parlent les physiciens, mais de cela nous n’en savons rien. Aussi, quand je dis l’Homme, je pense également à toutes les espèces qui auraient pu atteindre ce niveau de surpassement de la nature telle qu’elle leur était offerte.

Le dépassement de la nature par l’Homme n’a pas encore eu lieu dans la sphère économique

L’Homme est la conscience de la nature. Par la technologie et par le dessein intelligent qui le caractérisent et où il fait se rejoindre et se féconder réciproquement des lignées d’inventions indépendantes, l’Homme surpasse les lois de la nature telles qu’elles lui ont été offertes au moment où il apparaît dans l’histoire du monde. C’est par sa propre industrie qu’il a aidé la nature à se surpasser en forçant ses lois à se subvertir au sein d’un environnement localisé où il les a convoquées. La médecine a surpassé la nature livrée à elle–même quand elle pénètre au sein de la cellule et subvertit l’essence des espèces et du coup, leur destin. La rationalité engendre dans la technologie le dessein intelligent – absent de la nature dans sa créativité spontanée telle qu’en elle–même.

De ce point de vue, et parmi les institutions humaines, l’économie est une exception anachronique parce que son mécanisme, celui du système aujourd’hui quasi–hégémonique du capitalisme, existe sous la forme primitive, brute, de la nature non surpassée par l’Homme, à savoir, celle de la sélection par la concurrence absolue des espèces comme des individus et leur tri par l’élimination des plus faibles. Le prix qui établit l’étalon des rapports marchands se constitue à la frontière que détermine le rapport de forces, non pas, comme on l’imagine le plus souvent aujourd’hui, entre des quantités abstraites, mais entre les groupes concrets des acheteurs et des vendeurs, tous également situés au sein d’une hiérarchie cautionnée par un système politique. Ceci, Aristote le savait déjà. En finance, le statut d’acheteur ou de vendeur peut s’inverser rapidement pour un agent particulier sans que ceci ne remette en question la détermination sociale du prix par un rapport de forces.

Au sein de l’économie donc, l’empreinte de l’Homme n’est pas encore visible et la nature y agit sous sa forme brute et brutale : au sein de cette sphère, l’Homme n’a pas surpassé jusqu’ici la nature telle qu’il y est soumis simplement en tant qu’être naturel.

L’Homme a sans doute progressé sur le plan politique, comme en témoigne la croissance dans la taille des groupes au sein desquels il a vécu au fil des âges. Les sociétés de chasseurs–cueilleurs étaient constituées de bandes, les « hordes » des anciens auteurs, comptant une cinquantaine d’individus. Aujourd’hui les États réunissent plusieurs centaines de millions de nationaux mais dans un climat qui encourage et continue d’entretenir l’agressivité de l’homme envers l’homme, contre quoi les sociétés ont dû lutter pour arriver à constituer des ensembles de la taille qu’on leur connaît aujourd’hui.

Contrairement à ce qui s’observe pour l’organisation politique, ou avec les techniques qui permettent à l’Homme aussi bien d’échapper à sa planète, qu’à toucher du doigt l’immortalité de son corps, l’économie reste encore entièrement à domestiquer. C’est pourquoi, vouloir situer le marché au centre de la société, et prôner qu’elle s’organise à son exemple, revient en réalité à proposer que les sociétés humaines fonctionnent sur le modèle de la nature à l’exception de l’Homme, en faisant fi de ce qu’il a introduit au sein de la nature comme les moyens pour elle de se surpasser. Autrement dit, c’est retourner d’intention délibérée à l’« état de nature » où, comme l’a observé Hobbes, l’Homme est un loup pour l’Homme. C’est en réponse à Hobbes que Rousseau imagine une époque, qu’il appelle « l’âge des cabanes », âge d’un Homme naturel miraculeusement abstrait des rigueurs des lois naturelles, époque qui précède la guerre de tous contre tous parce que la source de l’agressivité y est encore absente, parce que le marché n’y est pas encore au centre des institutions, parce qu’en ces temps édéniques, nul n’a encore prononcé les paroles qui suffiront à faire d’un agneau, un loup : « Ceci est à moi ! »

Le modèle capitaliste de l’économie – contenu par des rambardes que l’État construit autour de lui – n’est donc autre que celui, darwinien, de la sélection par la concurrence, celui qui règne dans la nature livrée à elle–même. À l’instar des espèces, qui sont toutes par nature opportunistes et colonisatrices dans les limites que leur impose leur environnement, les entreprises n’ont d’autre rationalité que leur tendance à enfler indéfiniment. Des équilibres provisoires et partiels s’établissent cependant, dont le seul ressort est l’agression, comme au sein de la nature en général, tel celui du système prédateur–proie. Les tentatives d’imposer à l’économie un autre ordre que l’ordre naturel se sont limitées jusqu’ici à vouloir y transposer le modèle étatique ; ces tentatives ont été au mieux peu convaincantes et au pire désastreuses. Un nouveau modèle, non inscrit dans la nature avant l’Homme, devra cependant être découvert car, même si l’on était disposé à tolérer la manière dont il régit les individus, générant d’une part la richesse excessive et de l’autre, plus tragiquement, la misère et la mort, le sort qu’il impose à la planète tout entière est en tout cas lui intolérable, l’absence de freins qui caractérise sa dynamique ayant aujourd’hui mis en péril l’existence–même de celle-ci en tant que source de vie.

Conclusion

L’Homme est non seulement le moyen que la nature s’est donnée pour prendre conscience d’elle–même mais aussi celui qu’elle a découvert pour se surpasser grâce au dessein intelligent qui, à notre connaissance, caractérise notre espèce seule au sein de l’univers. La sphère de l’économie demeure elle encore réglée par la nature laissée à elle–même, à savoir par une sélection fondée sur le rapport de forces où le plus puissant écrase le plus faible, principe agressif dont l’emprise déteint alors sur l’ensemble des rapports humains.

De manière tendancielle, les inquiétudes touchent à leur fin, les frayeurs qui avaient conduit l’Homme à croire aux dieux ont perdu petit à petit de leur urgence et finiront par s’effacer. Bien que les injonctions de ces dieux fussent, sinon totalement absentes, tout au moins, sibyllines, nous demeurions convaincus qu’une mission nous avait été confiée par eux. Notre foi dans l’existence de celle–ci s’évanouit avec le crépuscule des dieux. Il nous est néanmoins loisible de constater quel a été le destin objectif de notre espèce jusqu’ici et de tirer de ces observations une ligne de conduite pour la suite, autrement dit, de définir quelles sont, au temps où nous vivons, les tâches qui nous attendent et les responsabilités qui sont les nôtres. Il s’avère que notre responsabilité essentielle est précisément d’assumer sans états d’âme ces tâches où le sort a voulu nous appeler [1].

Constatant quelle fut notre destinée, nous ne pouvons nous empêcher de comparer le pouvoir qui est devenu le nôtre à celui que nous avions attribué autrefois aux êtres surnaturels que nous avions imaginés. Ces dieux créateurs situés à l’origine, nous apparaissent maintenant n’avoir été rien d’autre qu’une image de nous–mêmes projetée dans l’avenir, un avenir qui ne nous apparaît plus désormais aussi lointain. Il reste cependant à éliminer de nos sociétés le règne de la nature non–domestiquée en son sein telle qu’il s’exerce encore dans la sphère économique et celles autour d’elle qu’elle parvient à contaminer. Du moyen d’y parvenir, nous ne savons presque rien. Lorsque l’Homme aura réussi dans cette tâche, il sera devenu le moyen que la nature s’est donnée de créer le Dieu qui lui fit jusqu’ici tant défaut.

Références :

G. W. F. Hegel, Précis de l’encyclopédie des sciences philosophiques, trad. J. Gibelin (1817/1830). Paris : Vrin 1987

[1] « Gémir, pleurer prier est également lâche. Fais énergiquement ta longue et lourde tâche Dans la voie où le sort a voulu t’appeler, Puis, après, comme moi, souffre et meurs sans parler. » (Alfred de Vigny, La mort du loup).

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403 réflexions sur « L’AVENIR DU PROGRES »

  1. Avant que de revenir à l’âge des cavernes, rappelons de l’allégorie éponyme.

    Les grecs, comme les romains, associaient davantage les divintés aux caprices (de la nature) qu’à la sagesse. L’Histoire conforte cette idée qu’il ne seraient qu’une projection de nous même. Si l’on pense que dieu veille sur le monde, on ne comprend rien. Si l’on pense que le diable gouverne, alors tout s’éclaire.

    Pourquoi vouloir imaginer un Dieu, qui soit paix, ordre, sagesse et volupté, différent de celui qui semble en place actuellement. Souhaitez-vous la révolution jusque dans les Champs Elysées de nos chers grecs?

    Plûtot que de chercher à éradiquer l’état de nature de nos sociétés, et risquer ainsi de désorganiser davantage encore la nature, ne faut-il pas accepter l’ordre du monde tel qu’il semble être.

    Votre remarquable texte correspond à celui d’un incorrigible optimiste, qui souhaiterait dominer la nature et son ordre, pour imposer un nouvel ordre naturel. Ce penchant pour la dictature éclairée est assez dans l’air du temps. Je combattrais à vos côtés pour imposer cette juste vision de la paix, sitôt que j’en aurais terminé avec l’Afghanistan.

    1. C’est trop tard : nous avons déjà surpassé la nature. Et même s’il était possible de faire marche arrière, nous n’accepterons jamais de retourner au stade avant que ce n’ait été le cas. Ceci dit, votre objection fait certainement partie des objections valides.

    2. Plûtot que de chercher à éradiquer l’état de nature de nos sociétés, et risquer ainsi de désorganiser davantage encore la nature, ne faut-il pas accepter l’ordre du monde tel qu’il semble être.

      Je pense au contraire que c’est l’état de nature de l’économie qui représente un danger pour la nature et que par exemple les tentatives d’introduction dans l’économie de la problématique écologique sont quelque part une solution pour limiter par l’extérieur, donc de façon inefficace, les débordements délétères de la sphère économique.

      Il est nécessaire de domestiquer l’économie, non pas parce qu’un système à l’état de nature est mauvais en soi, mais parce que la sphère économique a atteint une puissance telle que la seule limite à la quelle est soumise est la finitude des ressources et lorsque qu’elle l’aura atteinte – d’ici 50 ans – l’effondrement deviendra inéluctable.

      Ce qu’il faut bien voir c’est que dans la nature un état d’équilibre fluctuant est la plupart du temps atteint sans avoir pour effet l’épuisement des ressources car celles-ci sont renouvelables. Au contraire l’économie – et donc l’humanité – fonctionne avec des moyens non naturels selon « un état de nature » mais sans jamais atteindre l’état d’équilibre et en le refusant d’ailleurs, c’est donc globalement un faux état de nature.

    3. c’est marrant cette façon de percevoir les choses :

      « nous avons déjà surpassé la nature… »,dit Paul , »c’est donc globalement un faux état de nature » , dit epapel…

      en fait , l’homme et ses productions font intégralement partie de la nature (même le plutonium… , dont les lois de la physiques permettant de le produire sont inscrites parmi les « règles » de la nature…et ne sont pâs une invention humaine..) , tout autant que notre « psychologie » qui nous amène à produire des comportements , ignobles , pétris d’égoïsme pour certains ,ainsi que des inventions extraordinaire (créations artistiques , découvertes scientifiques)………

      tout ceci est totalement « naturel »..

      c’est donc sur les caractéristiques « négatives » des lois naturelles , qui conduisent à de pareilles tragédies qu’il s’agit de se pencher , sauf à nous embourber des contingences moralisatrices contre-productives qui nous conduisent parfois a des jugements désespérés..

      alors , loin de moi aussi l’idée de « revenir » en arrière…je ne sais même pas s’il existe « un arrière »….

      accepter la nature n’est pas mon idées aussi , la connaitre , oui , pour mieux en utiliser les possibilités qu’offres (développement de meilleures relations sociales, de meilleures « gestion » des ressources,..la liste est longue..) et aussi comprendre le quid de notre situation actuelle…

      j’arrête , j’ai une sacré migraine..

    4. Paul Jorion dit « C’est trop tard : nous avons déjà surpassé la nature. Et même s’il était possible de faire marche arrière, nous n’accepterons jamais de retourner au stade avant que ce n’ait été le cas. »

      Pour paraphraser Jean Rostand, je dirais « Il faut – disent-ils – choisir entre le progès et la régression. J’attendrai que la réalité m’offre quelque chose de choisissable. »

      Je refuse de me laisser enfermer dans cette opposition primaire qui voudrait que ceux qui remettent en question les dieux Progrès, Croissance, Innovation, Modernité et autres Développement Durable, seraient forcément rétrogrades, adeptes du retour en arrière. Et si on commencait par se débarrasser de ce qui est nuisible voire criminel ?

    5. Comme le disent quelques commentaires ci-dessous la faillite du « progrès » qui a été le moteur philosophique des gauches (les progressistes) des 2 derniers siècles laisse nos contemporains devant un gouffre sans fond visible : l’existence n’a plus de sens.
      L’économie, ce retour à « la nature sauvage », et sa prédominance absolue sur la pluspart des sphères qui y échappaient jusqu’alors (santé, culture, savoirs, protections, politique,…) ne comble en rien la soif d’absolu, l’espèrance en « au-delà » meilleur, que distillaient les religions « révélées » depuis des millénaires.
      Qu’est ce qui peut bien animer un trader qui vient d’apprendre que son bonus de fin d’année de 800 000 euros ne sera perçu qu’à 60% ?
      Alors si « l’espérance humaniste du progrès » et  » l’espoir religieux du paradis » nexistent plus qu’est ce qui peut motiver nos contemporains à continuer à lutter pour un avenir sans avenir ?
      Quels sont « les lendemains qui chantent » que nous promettent nos « politiques-pro » occidentaux ?

    6. Pas d’accord avec Paul. Nous n’avons pas dépassé la nature. Nous sommes une de ses péripéties… peut-être une « patrouille perdue » comme disait Romain Gary.
      Nous ne l’avons pas dépassée et ne faisons que nous mettre en danger nous-mêmes. Telle est la plaque tectonique sur laquelle s’appuye le quasi la totalité des pensées de ce blog.

      Race humaine : j’aime cette représentation d’une « émergence » très primaire, qui tâtonne avec ses moyens limités… Nous n’avons pas même une logique qui soit indépendante de son propre langage… ne savons pas nous maitriser, etc… .

    7. L’espèce humaine a désormais la capacité de vivre en relative harmonie avec la nature,
      comme de la détruire.
      Mais pour pouvoir choisir, elle doit s’arracher de la dictature de l’accumulation du capital.
      C’est le sens de l’ecosocialisme, dont voici une expression récente,
      la déclaration de Belem (2009) :
      http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article13522

      Petit extrait

      Le besoin de croissance du capitalisme existe à chaque niveau, de l’entreprise individuelle au système dans son ensemble. La faim insatiable des entreprises est facilitée par l’expansion impérialiste à la recherche d’un accès toujours plus grand aux ressources naturelles, à la main d’œuvre à prix réduit et aux marchés. Le capitalisme a toujours été écologiquement destructeur, mais de nos jours, ses assauts contre la terre se sont multipliés. Un changement quantitatif qui mène à une transformation qualitative, conduit le monde à un point de non-retour, au bord du désastre.

    8. « L’Homme a d’abord transcendé sa propre essence en échappant à l’emprise de l’attraction terrestre. Non pas comme l’oiseau qui découvre par le vol un autre continent et qui, malgré le caractère exceptionnel de cet exploit, reste fidèle à sa propre essence, mais en échappant à l’inéluctabilité de son environnement qui veut que tout corps est attiré vers le bas sur la planète où il est né. L’Homme a découvert par le calcul qu’une vitesse supérieure à 11,2 kilomètres par seconde permet de neutraliser la gravitation universelle telle qu’elle s’exerce sur la Terre ; il a ensuite construit la machine qui lui permet de réaliser cet exploit. L’Homme est désormais prêt à coloniser d’autres planètes, voire d’autres systèmes stellaires. »

      Jean Giono, Les terrasses de l’île d’Elbe, Gallimard, 1976

      L’orgueil

      « Une grande marque de l’orgueil et de la vanité de l’homme est l’admiration sans mélange qu’il a pour tout ce qu’il invente. Alors qu’il est très fier de son sens critique (jusqu’à s’en servir à contresens), dès qu’il s’agit d’une invention sortie de ce qu’il appelle sa science, il ne discute plus, il admire. Tout ce qu’il invente, il le regarde comme excellent. Or on peut facilement imaginer que ce n’est pas forcément vrai. Le moins qu’on puisse dire est que les inventions se font au hasard, il serait bien extraordinaire que ce hasard conduise toujours à de bonnes inventions. D’ailleurs, bonnes à quoi ou par rapport à quoi? On dit que toutes ces inventions nous font progresser. La notion de progrès est une vue de l’esprit, elle n’existe pas dans la nature. Au surplus, que signifie progresser, si c’est progresser uniquement pour progresser, et s’il n’y a pas quelque part dans ce progrès un palier, un sommet, un arrêt (qui serait par exemple le bonheur), au-delà duquel il serait inutile — ou impossible — de progresser.

      Jamais le mot humanité n’a été aussi vide de sens qu’au moment même où nous proclamons notre intention d’unifier la planète. Nous sommes divisés en mille partis antagonistes, et le goût du racisme passe du blanc au noir avec une rapidité sans égale. C’est à qui sera la race ou le parti élu; personne ne songe à fraterniser, mais à maîtriser, surtout celui qui se considérait esclave hier. A quoi servirait la liberté si ce n’est à dominer qui dominait? Être égal ne suffit pas. D’où un jeu de saute-mouton et de « tu me domines, je te domine » dans lequel ce qu’on appelle bêtement l’ « humanité » se brise en mille gouttelettes d’acide. Cette parenthèse ouverte et fermée pour convenir qu’il est difficile de rejeter la « mauvaise invention » : elle serait immédiatement ramassée dans le fossé pour servir « à qui de droit ». Je pense par exemple à ce qu’on appelle communément la « bombe atomique ». Il est de fait que celui qui aurait repoussé son invention comme mauvaise aurait été le dindon de la farce. Mais je ne me mêle pas de la marche du monde, j’essaie simplement de voir s’il est impossible de nous débarrasser de notre orgueil.

      L’homme est minuscule. Il l’oublie. Le roseau pensant, c’est encore trop; minuscule est le mot qui convient. Sa science est à sa mesure. Rien de plus naturel que les distances cosmiques, par exemple; pour en avoir, non pas une idée, mais une simple représentation graphique, on est obligé d’aligner des centaines de zéros après l’unité. C’est que la notion de mesure, ou plus exactement d’échelle humaine ne convient pas. Nous avons, me direz-vous, des sciences qui nous délivrent de cette échelle. Dans quelle proportion? C’est ce qu’on ne sait pas. On a envoyé un ballon de football dans la lune. On crie au miracle. On fait tourner des malheureux autour de la terre : on imagine aussitôt que nous allons sauter dans l’univers. Regardons de plus près.

      Si on en croit la nouvelle quand elle s’étale à la première page des journaux, entre une femme coupée en morceaux et une révolte de paysans, nous avons « bondi dans les étoiles », et à partir de ce bond on commence tout de suite à bondir d’étoile en étoile. Vu par les astronomes, c’est une autre paire de manches.

      « C’est minuscule, me disait l’un d’eux, reprenant mon mot de tout à l’heure. Je ne veux pas parler de la prouesse technique qui, étant donné ce que nous sommes en réalité, est remarquable. Je veux parler du résultat. Voilà l’échelle cosmique » : et il dessina deux fragments de courbes concentriques à très grand rayon, presque confondues tellement elles étaient près l’une de l’autre. Celle du dessous, me dit-il, était la surface de la terre, celle du dessus l’orbite du soi-disant « satellite artificiel ». Il avait à peine décollé.

      Vous me direz qu’il n’y a pas si longtemps les avions faisaient péniblement des sauts de quinze mètres de longueur à trois mètres de hauteur. Nous allons parler des avions, mais je veux finir de rapporter les paroles de l’astronome, pour répondre par avance à ceux qui se gavent de nourriture empoisonnée à base d’astronaute, d’astronavigation, de vitesse de la lumière, de Vénusiens, de Martiens, de soucoupes volantes et de voyages extra-galactiques.

      « Toutes choses égales, me dit l’homme de science, les performances actuelles, qui dispersent en fumée des milliards d’hôpitaux et de bibliothèques, sont semblables à celles que réussissent au trapèze volant les gymnasiarques très entraînés. Leurs numéros ne signifient pas que l’humanité va se mettre un jour prochain à voltiger à travers les cintres, ni surtout qu’elle en fera ses choux gras. »

      Venons à l’avion, puisqu’on ne va pas manquer de me rétorquer que là aussi nous avons commencé par faire du rase-mottes. Et où en sommes-nous?

      Je me souviens de l’époque de ma jeunesse. « L’homme vole », les journaux étaient tous barrés de ces gros titres. Est-ce qu’on vole aujourd’hui? Non. On traverse l’air, de plus en plus vite, de plus en plus à la façon d’un projectile, mais on ne vole pas. Si vous voulez savoir ce que c’est que voler, regardez la mouche. Non pas l’oiseau, mais la mouche; non pas l’aigle, mais la mouche ou la piéride du chou (mais je préfère la mouche).

      J’en regardais trois ou quatre tout à l’heure. C’est un jour de grand mistral; le vent est si brutal qu’il fait plier les cyprès. Mes trois ou quatre mouches ne s’en souciaient pas. Elles étaient en suspension dans l’air, immobiles malgré le vent contre lequel même elles remontaient quand elles en avaient envie. Pour mettre le cataclysme dans lequel ces mouches évoluaient à leur aise (je dis mieux : avec indifférence) à la proportion des forces emportant nos avions supersoniques, il faut imaginer des millions de cyclones conjugués, dans lesquels nous savons bien que notre avion sera broyé comme fétu de paille.

      Mais il y a mieux, la mouche vole en avant, en arrière, s’arrête en plein vol, repart, se pose sur une pointe d’épingle ou la tête en bas au plafond, tourne autour des objets, s’y pose, en décolle; elle ne peut pas ne pas voler. Après l’avoir observée, pouvons-nous dire que nous volons? Non, nous projetons à travers l’air des projectiles, soutenus ensuite dans leur trajectoire par des ailerons rigides, un mélange d’obus et de cerfs-volants. Ces projectiles doivent être, sous peine de mort, dirigés vers des points fixes soigneusement préparés, élaborés avec minutie, surveillés par des milliers d’intelligences en alerte tant que la trajectoire n’a pas abouti sur l’aire d’atterrissage. Cela ne peut même pas se comparer à l’oiseau; quant à la mouche, nous pouvons toujours nous aligner; je la regarde : elle est en train de danser allègrement dans l’intérieur d’un verre à boire.

      J’ai dit que le progrès n’existe pas dans la nature, par contre le bonheur existe. Nous avons inventé le premier qui nous oblige neuf fois sur dix à perdre le second pour des raisons d’orgueil. Il nous est facile de voir des animaux heureux : des chats, des chiens, des oiseaux, des moutons, des truites dans des eaux claires. Vous me direz qu’on tue les moutons, qu’on pêche les truites, qu’on tire les oiseaux, sans compter les loups, les brochets, les rapaces, mais là, c’est que nous sommes tous dans la main de Dieu, et nous ne manquons pas nous-mêmes de ministres de la guerre. Ce qu’il y a de certain, c’est que la plupart des animaux (et à la réflexion on peut même dire tous les animaux) sont très souvent heureux, d’un bonheur dont nous avons perdu le goût et la saveur. Croyez-vous que l’astronaute, ficelé dans sa combinaison, coiffé de son scaphandre, soit sur le chemin de ce bonheur-là? Et s’il ne va pas vers le bonheur, vers quoi va-t-il? A quoi servira de relever de plus en plus sa trajectoire au-dessus du niveau de la terre, d’atteindre la lune, Vénus, Mars, telle nébuleuse d’Andromède ou les fins fonds du monde, si c’est pour y aller à l’état de larve emberlificotée dans son cocon? A voir encore ici la complexité des calculs, le trapèze volant des manœuvres, la sujétion à un ordre de choses sans rapport avec l’ordre naturel des choses, il semble bien que si nous allons jamais quelque part dans ce sens, ce ne sera qu’en perdant notre qualité d’homme, notre état : ce pourquoi nous avons été créés et mis au monde. On oublie que, comme pour le chien, le chat, le mouton, l’hirondelle ou la truite, notre état, c’est le bonheur. Nous avons même, semble-t-il, l’avantage de pouvoir accéder à un bonheur d’esprit destiné (à mon avis) à embellir notre bonheur animal. Tout le monde s’accorde à dire, avec orgueil précisément, que le XXe siècle est le siècle du progrès. Est-il pour cela le siècle du bonheur? Non. Alors? »

  2. Il va être très difficile de domestiquer ou plutôt de re-domestiquer l’économie car le capitalisme et le libéralisme sont l’exact contraire d’un processus de domestication.

    Dans les temps anciens, l’économie était subordonnée au religieux (dévalorisation de l’argent, interdiction de l’intérêt, jours chômés), au politique (souveraineté monétaire, barrières douanières, régulations) et au social (corporations, syndicalisme, solidarités). La destruction de toutes ces régulations a eu pour conséquence que presque tout est désormais subordonné à l’économie et que celle-ci a pris de plus en plus d’autonomie et de puissance.

    Loin de moi l’idée que le monde ancien était meilleur et peut constituer une cible désirable, mais ce qui est dramatique c’est que les moyens de contrôle qui existaient n’ont été remplacés par rien et qu’on doit maintenant subir presque à l’état pur la sauvagerie du marché.

    C’est pourquoi je pense que l’affirmation « La sphère de l’économie demeure elle encore réglée par la nature laissée à elle–même« , est inexacte et qu’il serait plus approprié de dire : « La sphère de l’économie a été volontairement et consciemment rendue à l’état de nature« .

    Ce retour a été concomitant et favorisé par le mouvement général d’accroissement des libertés dans les sociétés démocratiques et le libéralisme économique a illégitimement profité de cette vague porteuse pour imposer en dehors de tout contrôle démocratique un système au final contraire aux libertés. En effet les libertés individuelles et le libéralisme économique diffèrent fondamentalement en ceci :
    – les premières tendent à s’exercer nominalement en excluant les rapport de forces et où les conflits résiduels doivent se traiter dans un cadre juridique commun à tous
    – le second tend à s’exercer nominalement dans le rapport de force et les conflits indésirables non solubles tendent à se négocier dans un cadre contractuel particulier à chaque cas

    Force est constater qu’il existe encore des obstacles que l’économie libérale cherche à faire tomber (introduction de la flexibilité, privatisation du social et du politique), le processus de retour à l’état de nature de l’économie n’est donc pas terminé du moins dans le monde occidental. L’Occident ne pourra que très difficilement sortir de cette ornière conceptuelle tant il en est imprégné et le salut viendra peut-être et paradoxalement de sociétés moins libres et donc plus critiques vis à vis de concepts qui leur sont finalement consubstanciellement étrangers.

    1. La croissance infinie n’a jamais été qu’un mythe pour les gogos. Comme la « nouvelle économie »,bulle gonflée comme une baudruche pour plumer des milliers de pigeons. Les vrais tenants de l’économies savent depuis longtemps que les ressources ne sont pas inépuisables. Pour eux  » la fin de l’histoire  » n’est que la pérénisation de leur domination par le partage de plus en plus inégalitaire des richesses. La rareté fera jouer la loi de l’offre et de la demande pour leur plus grand profit.
      Par la marchandisation totale de la nature, l’économie à réussi à changer le rapport de l’homme à celle-çi en rendant l’existence humaine complètement artificielle. Même la reproduction des être vivants ne peut échapper aux lois du marché. Une plante ne peut pousser que si elle à dûment étée brevetée et stérilisée. Les ressources maritimes que l’on disait encore inépuisables , il y a à peine 50 ans sont remplacées par l’industrie piscicole bien plus rentable car controlée de A à Z par de puissants interêts .
      Dans un monde fini ou le progrès ne doit surtout pas amener à la liberté de tous; il est impératif pour le pouvoir économique de figer la nature de l’homme dans un rapport de maître à esclave comme au temps ou l’on n’exploitait que très peu la nature et ou l’on vivait encore en « accord » avec elle. Le système récupère tout même ce qui le conteste. L’écologie pour faire accepter aux plus pauvres l’idée qu’ils doivent accepter leur sort et aux moins pauvres l’idée d’une décroissance violente.
      Investir dans l’idée de progrès pour tous et dans le respect de la nature ne rapporte rien à court terme.
      Je ne pense pas que la sphère de l’économie ait quoi que ce soit de commun avec l’état de nature, elle exige simplement la soumission totale à ses lois. Et dans un sytème globalisé ou le contrôle des productions et du commerce est hyper concentré, le marché représenté par les plus pauvres dans l’assouvissement de leurs besoins les plus élémentaires est un enjeu colossal. Nos désirs consuméristes d’occidentaux comptent peu dans la balance, on ne donnera pas la possibilité à chaque humain de se payer une bagnole. Très pauvre ou moyennement, celà à peu d’importance; c’est la totale dépendance qui compte.
       » Les petits ruisseaux font les grandes rivières de diamants »

  3. article brillant bravo

    Je suis entierement d accord avec vous, l economie est encore la seule representation humaine ou la nature fait force de loi.Ce qui est totalement paradoxal par rapport à la nature même de l être humain qui tente justement de maitriser cette nature.

    il n y a qu un point sur lequel je ne suis pas d accord,  » crépuscules des dieux « .

    Je pense que l homme ne cessera jamais de croire en dieu.
    Dieu représente l omniscience par rapport à nous autres êtres humains emplis de limites que nous tentons sans cesse de dépasser ainsi que vous l avez montré dans votre article.

    Les limites aujourd’hui hui terrestres deviendront demain extra terrestres au sens propre ( c est à dire extérieur à la Terre ) , la seule référence commune à ces deux entités sera la croyance en une force supérieure.

    1. Dieu est l’Illusion qui contient toutes les illusions, y compris la main invisible.

       » Pour parler clairement est sans parabole,
      Nous sommes les pièces du jeu que joue le Ciel ;
      On s’amuse avec nous sur l’échiquier de l’être,
      Et puis nous retournons, un par un, dans la boîte du Néant. »
      Omar Khayyam. Les quatrains.

  4. c est pour ca qu on peut affirmer sans se tromper parce que nous sommes limites en matieres premieres, par la demographie, limites par notre habitat terrestre que l avenir c est l economie planifiée

    1. Comme vient de l’écrire François (CMT N°4), la race humaine va devoir aussi résoudre le problème du couple « Ressources- Démographie ».
      Ma migraine m’empêche de développer ce soir.

      Juste un extrait de l’article de Manicore sur le théorème de KAYA :

       » L’équation de Kaya
      dernière version : décembre 2007
      site de l’auteur : http://www.manicore.com – contacter l’auteur : jean-marc@manicore.com

      Emissions de gaz à effet de serre, économie, intensité énergétique, population… Il y aurait un lien entre ces diverses grandeurs, que chacun – physiciens, économistes ou politiques, ingénieurs, démographes – aime à utiliser dans son coin ? Une équation, géniale parce que si simple (et, comme on va le voir, si terrible !), et que la rumeur attribue à un professeur japonais dénommé Kaya (ce qui est sûr, c’est que le Professeur Kaya en question est un chercheur connu pour les questions de politique énergétique), permet de relier entre elles ces notions, même si pour la majorité de mes concitoyens « on ne voit pas le rapport avec la choucroute ».
      Cet auteur a modifié une équation simple, en plusieurs étapes..

      A la fin de l’article, on reste pantois ..

      Comme l’indique la conclusion du livre de Paul JORION, la race humaine a intérêt à  » mieux domestiquer l’ECONOMIE » etc..
      A+

  5. La modernité, au sens strict, commence avec l’abandon du divin et de la conception cyclique du temps. Le temps devenu irréversible conduit l’humanité vers une finalité que dieu seul est en mesure d’en fixer l’échéance.

    Mais avec la mort du divin se perd la notion de Fin des Temps, d’ascension et de rédemption finales. Le temps se déroule alors implacablement vide, devenant synonyme de mort puisque dénué de toute finalité. L’absurde du temps vide remplit l’homme d’une frayeur insoutenable. Ce dernier emprunte alors dans une attitude parfaitement mimétique la démarche du sacré qu’il vient d’abolir et s’invente une cosmogonie au beau milieu de laquelle il trône en maître absolu.

    L’homme blanc n’est plus à l’image de dieu, il est dieu. En soumettant le reste des créatures à sa volonté, il dote l’histoire d’une finalité qu’il nomme « le progrès ». Il se précipite alors tête baissée dans une frénésie productiviste rimant avec une boulimie consumériste inassouvissable. En réalité, cette idéologie du progrès n’est en fait qu’une pseudo-sécularisation de la pensée chrétienne.

    La contradiction de la gauche est d’avoir cru au ’mythe du progrès’ qui est le fondement même de l’idéologie capitaliste. C’est ce mythe qui situe les sociétés humaines sur une linéarité prétendument historique et qui procède à une hiérarchisation épistémique et ethnique favorisant toutes les formes d’exploitation et de spoliation.

    1. Je pense que l’idée, la réalité possible, de la fin des temps est revenue au grand galop avec la Bombe, dès qu’elle a été utilisée et que ce moment là marque la tranformation du temps irréversible en temps insoutenable.
      Pour le reste je suis en sympathie avec ce que vous dites et comme disait Marx :  » l’homme n’est rien, il est la carcasse du Temps. » (citation de mémoire.).

  6. L’écologie me semble être une chance pour le progrès pour plusieurs raisons. Une raison économiques parce que l’écologie apporte des outils pour l’étude des systèmes et que ces outils peuvent être utilisés pour faire évoluer notre manière de compter qui est trop locale. La plupart de nos gains de productivité reconnus commes tels par notre compta localiste se font en contractant des dettes de toutes sortes: écologiques, sanitaires, sociales…Bref, on déshabille Pierre (global) pour habiller Paul (local).
    Une raison idéologique, la possibilité de nous conforter à « entrer dans la sphère du nous », que nous sommes en interaction.
    Une raison poétique, une écoute un peu plus attentive de ce qui n’est pas humain.
    Pour résumer, des raisons raisonnables associées à des raisons oniriques

    1. La notion la plus importante en écologie est celle d’un équilibre non figé (potentiel en fait), en perpétuelle évolution avec des espèces dont les populations croissent et décroissent en fonction du milieu, avoir un regard écologique en économie c’est perpétuellement tendre à un équilibre sans jamais l’atteindre, mais maintenir son potentiel.

  7. Population
    Il y a trente à quarante mille ans la population a franchi le seuil d’un million d’habitants.
    Un milliard d’hommes vers 1800
    6 914 368 989 fin 2010
    L’augmentation de la population a été favorisée par les rois qui ainsi garnissaient leur armées
    Par les chefs religieux qui voyaient grandir leur influence.

    La pollution
    La pollution argumente en fonction de cet accroissement de consommateurs

    1. La pollution, y compris celle des esprits,nous le savons maintenant, est la principale production du capitalisme industriel-marchand.
      La revendication de plus de croissance, pour continuer à faire vivre la dette, est malgré le délirant oxymore « développement durable », est donc une revendication pour plus de pollution.

    2. La pollution, y compris celle des esprits,nous le savons maintenant, est la principale production du capitalisme industriel-marchand.

      Deux siècles de « capitalisme industriel-marchand » en France :
      Espérance de vie en France début XIXè : un peu plus de trente ans;
      Aujourd’hui : 81 ans.

      C’est p’têt pas juste la pollution « la principale production du capitalisme industriel-marchand« ..
      « Maurice, tu pousses le bouchon un peu trop loin là … »

      Remarquez ce serait bien si c’était le cas, ya longtemps qu’on s’en serait débarrassé. Mais bon…

    3. à vigneron,

      Libre à vous de présenter n’importe quel chiffre à propos de l’espérance de vie, de nos jours ou il y a deux siècles.
      Je vous signale par ailleurs que la France n’est pas le Monde.
      Et de quelle vie parlons nous ?
      Vous semblez beaucoup penser à la survie assistée par les techniques médicales.
      Il est vrai que la pollution ne tue pas vite : on peut vivre quelques années voire plus avec un cancer, mais on peut mourir très vite aussi, et avant 30 ans.
      Le point que je vous accorde volontiers est que le vin, il y a deux siècles, ne contenait pas encore les pesticides et autres poisons qui n’avaient pas encore été inventés.

    4. Mon cher Eddie,

      Vivre jusqu’à 90 ans pour en finir 15 comme un légume dans un « mouroir » privatisé, est-ce vraiment un progrès ?
      Les personnes que nous avons aimées sont mortes à 20 ans…

    5. @ Vigneron
      Vous supprimez le pétrole, vous retombez à 40 et je suis optimiste.
      Mais bon, je ne suis pas malthusien comme PO

      @ Marlowe

      Vigneron veut dire qu’il ne faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain.
      Il y a une rémanence industrielle gigantesque qu’il faudra utiliser.
      La seule manière de l’utiliser sera d’utiliser le pouvoir du savoir au lieu de celui de l’argent.

    6. @marlowe

      Tout le monde peut dire une bêtise, mais tout le monde peut éviter d’ajouter la faute à l’erreur. Vous me prouvez que c’est assez difficile en fait. Pour rester dans un domaine qui m’est familier :

      Le point que je vous accorde volontiers est que le vin, il y a deux siècles, ne contenait pas encore les pesticides et autres poisons qui n’avaient pas encore été inventés.

      Là mon chou, détrompez vous. Difficile aujourd’hui d’imaginer les infâmes saloperies vineuses que le bon peuple pouvait s’ingurgiter à ses risques et périls à l’époque dont nous parlons. Poisons d’origine aussi bien « naturelle », biologique, plus ou moins corrompus, que d’origine frelatée, chimique. Le soufre, les terribles sulfites sur l’étiquette, a tué incommensurablement moins de monde (s’il en a jamais tué ! ) que l’acide acétique des piquettes de nos aïeux. Désolé, c’est comme ça. Idem pour toute l’alimentation. Ne parlons même pas de l’eau…
      Arrêtons le délire, please.

      @buddy

      Les personnes que nous avons aimées sont mortes à 20 ans…

      Pas toutes. Dont j’en aime encore certaines. Et nous mêmes ne sommes pas morts à 20 ans. Devrions-nous ne plus nous aimer pour autant ?

      Rappel : Espérance de vie en bonne santé, soit le nombre d’années que l’on peut espérer vivre en bonne santé ou sans incapacité au sein de l’espérance de vie. (calculée par l’UE, indicateur HLY Eurostat) :
      France : hommes = 62,4 ans, femmes = 64.2 ans

    7. Si j’en crois tes chiffres, je suis déja entré dans la phase à hauts risques…

      Mais tu as totalement raison sur la capacité d’aimer au delà de 20 ans, voire d’ailleurs, mieux..
      Note que si la créativité pure et capacité de révolte diminuent avec l’âge, les haines restent tenaces (malheureusement comme les idées préconcues, les croyances stupides, les préjugés, les délires obsessionnels, la connerie quoi !)

    8. Une remarque en passant. Pourquoi si peu, sinon pas du tout, de réactions de médecins ou autres professionnels du corps médical sur le blog sur le thème de l’espérance de vie, et même simplement de la santé ? Que signifie ce silence ?

      Une hypothèse : le tropisme libéral de la médecine. La médecine n’a pas été capable de prendre son autonomie par rapport à une sphère économique toujours à l’état de nature.

    9. Difficile aujourd’hui d’imaginer les infâmes saloperies vineuses que le bon peuple pouvait s’ingurgiter à ses risques et périls à l’époque dont nous parlons. Poisons d’origine aussi bien « naturelle », biologique, plus ou moins corrompus, que d’origine frelatée, chimique. Le soufre, les terribles sulfites sur l’étiquette, a tué incommensurablement moins de monde (s’il en a jamais tué ! ) que l’acide acétique des piquettes de nos aïeux.
      (Vigneron)

      Sauf que l’on occulte ici le fait qu’aujourd’hui quelques vignerons réussissent à produire du vin naturel « sans sulfites ajoutés«  d’excellente qualité que j’ai grand plaisir à déguster exceptionnellement et que mon foie d’ancien alcoolique parvient parfaitement à digérer.
      Oups !
      😉

  8. Depuis plus de deux ans, j’ai plaisir à vous lire et ainsi à humer votre nature et vous en remercie.

    Aussi, cette lecture fraîche de ce matin, en partage :

    « … . Car nous en sommes très exactement là, devant une infinité de portes qui donnent sur une éternité grotesque. Mort ou vif, on monte ou on descend le même escalier. L’important est qu’il y ait un escalier. L’ivresse des solutions erronées s’accompagne d’un parfum de dompteur. Faute de faune, la rhétorique étend ses plaines d’intimidation. Certains crient à la vérité jouant la carte forcée de l’objectivité, d’autres vont en tous sens avec les lourdes carcasses de la sentimentalité sur les épaules, tandis que la grande roue du cynisme continue de remettre les choses en place. …..  »
    et plus loin, l’auteur de citer Hegel :

    …  » L’homme est cette nuit, ce néant vide qui contient tout dans la simplicité de cette nuit, une richesse de représentations, images infiniment multiples dont aucune précisément ne lui vient à l’esprit ou qui ne sont pas en tant que présentes. C’est la nuit, l’intérieur de la nature qui existe ici – pur soi – dans les représentations fantasmagoriques ; c’est la nuit tout autour ; ici surgit alors subitement une tête ensanglantée, là, une autre silhouette blanche, et elles disparaissent de même. C’est cette nuit qu’on découvre lorsqu’on regarde un homme dans les yeux – on plonge son regard dans une nuit qui devient effroyable, c’est la nuit du monde qui s’avance ici à la rencontre de chacun  » ( La Philosophie de l’esprit de la « Realphilosophie, 1805, PUF, 2002, p. 13.)
    et en cette compagnie évoquer …  » l’acte d’intuitionner, consistant à substituer l’image à l’objet, autrement dit à nier ce dernier en tant que tel, afin que l’esprit se l’approprie.
    Sans cette négation, l’image ne pourrait être  » conservée dans le trésor de l’esprit, dans la nuit de l’esprit « ….

    et, pour en terminer avec ces zagousky, citer encore l’auteur :

    …  » C’est pourquoi il ne suffit pas de déplorer comment Hegel, faute de se dégager véritablement de la perspective théologique, lui substitue celle du Progrès. Il importe plutôt de discerner ce que redoute tant son génie logique pour se laisser ainsi infléchir. « ….

    Ne suis qu’à la page 80 du livre d’Annie LE BRUN, Si rien avait une forme, ce serait cela, Gallimard, 2010, et m’éloigne ainsi de la « sidération » vers les trous noirs….

    Sans doute trop bref, pour l’entretien de février, mais comme Annie LE BRUN nous y incite, par la biais de Victor Hugo :

     » Allez au-delà, extravaguez »

    Merci encore pour votre partage et que 2011 vous soit extravagante!!!

  9. Bonjour,
    voici comment j’entends le terme de progrès et ce qui le sous-tend.
    dépasser l’état de nature est-il possible dans la mesure où c’est dans l’état de nature que se trouve le germe du progrès. C’est ce que j’ai compris du livre de Paul Diel qui s’appelle la peur et l’angoisse où (rapidement) il est expliqué que le premier stress ressenti par la première cellule vivante jusqu’à la sensation de faim (ou n’importe quel autre stress biologique puis – ce site étant fait par des hommes et pour des hommes – psychique) procède de la même essence.
    C’est à l’aide de ce « gas-oil » là que toutes les espèces ont alimenté leur perdurer dans l’être.
    Je constate (en fait je me pose la question de savoir si…) que l’homme à l’aide de la même « essence » a une tendance à bouter le feu un peu partout.
    La conscience EST le progrès, la conscience du danger est le progrès quant aux moyens que l’on se donne il est normal qu’ils ne soient pas les mêmes qu’à l’age des cavernes mais le jour où, pour avoir ignoré les signes annonciateurs de destruction (de quelque ordre et de quelque ampleur qu’elle soit : par exemple on ne met plus d’amiante dans les habitations) alors les outils des âges reculés peuvent être reconsidérés et si l’on repasse deux fois par la case pierre taillée (par nécessité et/ou par choix), j’espère que cela ne veut pas dire que l’on va devoir repasser FORCEMENT par une catastrophe écologique (nucléaire, fin de la biodiversité, assassinats de masse, …).
    Je ne suis pas du tout objecteur de croissance ou autre mais je crois que les connaissances mises au jour par les savoirs traditionnels (mythologies nord américaines étudiées par Levi Strauss par exemple) étaient pertinentes car elles résultaient d’efforts aussi sincères qu’un esprit scientifique de prendre en compte les FAITS avant le prestige l’idéologie et autres errements de la conscience.
    Après Diel, il y a aussi cela d’Albert Einstein, ils se connaissaient d’ailleurs :
    « La possession de merveilleux moyens de production n’a pas apporté la liberté, mais le souci et la famine ».
    Je ne suis pas sûr d’abonder entièrement à cette citation mais quand même, des fois…

  10. c’est marrant votre idée de Nietzsche lorsque vous dîtes que c’est un farceur, car vous êtes « nietzschéen », contre vents et marée. Et vous laissez la farce aux dindes !

  11. Imaginons une courbe où le progrès est quantifié.
    Cette courbe devrait logiquement ressembler à un truc du genre f(x) = x+1
    Nous tendons donc à être de plus en plus « parfait ». Aujourd’hui en 2010, on voit apparaître de nouveaux domaines de recherches, les nanotechnologie, les neurosciences, des nouveautés dans les moyens de communication, la sociologie etc…
    Bref tous ça pour dire, que l’humanité se dirige inéluctablement vers la perfection aux travers des « modes » qu’elle traverse.

    Les lois régissant la sphère économique attendent leur tour…… peut-être à x = 2011

    1. Il faut définir la notion de progrès de votre équation et c’est là que cella devient compliqué, car la technique ne nous sauve pas de nous (tu as du lire Fahrenheit 451, les murs écrans …) à partir de là on intègre le progrès humain avec la technique et cela devient une équation avec quelques milliards de variables (mais quelques constantes) qui ne ce validera jamais pour l’ensemble des variables.

    2. La notion de progrès est certes difficile à définir mais nous pouvons dire sans trop nous tromper que pour que cet « axe progrès » existe, il faut que les gens le veuillent c’est-à-dire que, quand tous les individus s’appliqueront à progresser, alors, l’humanité sera en progrès.
      Les murs écrans dans Fahrenheit 451 traduisent bien cet axe de progrès. Le bonheur par l’abrutissement de la population au travers des murs écrans. Les gens n’ont plus envie de réfléchir, ils n’ont plus le temps, ni la volonté. Mais heureusement, il y a des « sauveurs » qui montrent le vrai axe du progrès. (Montag dans Fahrenheit 451)
      Aujourd’hui les gens regardent ces « murs écrans » symbolisé par les fluctuations boursières du Nasdaq, du cac40… mais tous le monde ne s’applique pas à progresser, il y a des tricheurs, des vilains, des gens qui fabriquent ce « faux progrès » , qui n’ont pas pour but la pays ! (parce que je pense que le progrès doit avoir pour but la paix).
      Maintenant, espérons qu’il y aura des sauveurs.

    3. Ce qui va être compliqué pour le ressenti du progrès, c’est justement l’avenir, un progrès pour moi serait la gestion de nos ressources finis, afin d’en faire profiter à la génération suivante, le pétrole qui n’est pas brulé aujourd’hui c’est le plastique de demain, on imagine pas la complexité qu’on aura à gainer des fils électrique sans plastique et sans cela pas de réseau, pareil pour l’écoulement et la distribution d’eau, le plastique est devenu la clef de notre confort de base, or limiter ces déplacements est un régression, c’est pour cela que la notion de progrès aura beaucoup de variable qui ne valide pas l’équation global.

    4. Au niveau de la paix, il y a un exemple que j’utilise facilement c’est le conflit passé en Irlande du Nord (c’est pratique des blancs civilisés ayant deux variantes de la même religion, comme ça on empêche le cerveau du locuteur de classé les opposants dans des cases différentes), au plus fort des attentats 80% de chômage chez les catholiques et 20% chez les protestants, tant que l’économie n’a pas pour objectif d’augmenter le niveau de vie mondial, en minimisant les écarts entre les populations (et on retrouve cela dans tous les pays), la paix n’est qu’utopie.
      Et pour moi ce n’est pas pour rien que la Belgique ou l’Italie voient des divisions géographique, au moment ou le libéralisme (et justifie même par la compétitivité alors qu’il n’est question que de misère exploiter) accentue l’écart des richesses, les zones historiquement plus riches s’individualisent de leurs états pour conserver leurs richesses.

  12. Bonjour Monsieur Jorion.

    Les mots que vous utilisez me pose grande interrogation. Que signifie pour vous nature?

    De même une phrase m’a frappé: « Notre espèce est, il faut bien le dire, mauvaise et agressive » Ne croyez vous pas que vous poussez un peu loin le bouchon. Si tel était le cas comment diable pourriez vous dire que l’espèce est mauvaise. Il vous faut bien connaitre le bien pour dire que vous êtes mal. Un peu bizarre n’est ce pas?
    Je crois plutôt que l’être humain n’est pas idéalement bien ou mal mais un composé des deux.

    Comment imaginer une nature qui se transcende ou qui se dépasse? Pas très logique? Cela me rappelle Goedel… Auusi faut-il admettre qu’une partie de l’être humain est hors nature sinon comment pourrait-il définir ce mot.

    Par ailleurs je ne crois pas que le bouddha, confusius soient athée. Ce n’est pas parce qu’ils n’en parlent pas qu’ils n’y croient pas? Mystère des réincarnations ou du Tao. Je ne crois pas que la tradition ne soit que des mots mais plutôt un apprentissage de rites, d’une méthode afin de suivre une bonne voie (x)

    Pour terminer je ne crois pas que la nature soit bien ou mal. Elle est matière porteuse de lumière. Sans elle comment pourrions nous (re) prendre conscience de la lumière???

    1. Sur le bouddhisme comme religion athée, voyez ce qu’en dit Kojève (L’athéisme, 1998).

      L’homme surpasse la nature (telle qu’elle existe avant l’homme) : je donne – vous avez dû le voir – l’exemple de l’invention analogique, que la nature (telle qu’elle existe avant l’homme) ne connaît pas.

    2. @francois2

      le boudhisme et plus largement les religions asiatiques sont des religions athées.
      Nous devrions davantage employer le terme agnostique.

      le boudha ne reconnait pas l existence d une force exterieure, il dit je ne sais pas, c est tres different.

      Plus generalement la modernité du boudhisme est de dire plutot que de se concentrer sur des forces exterieures à nous, tentons de se concenter sur nous memes.
      C est la principale difference entre les religions monotheistes traditionnelles pour qui dieu est un tout ( exterieur à nous meme et nous meme ) et le boudhisme qui ne s interesse pas a la metaphysique.

    3. je ne crois pas que la nature soit bien ou mal. Elle est matière porteuse de lumière.

      Pour votre première croyance, je pense que vous enfoncez une porte ouverte, mais soit ! Pour la deuxième, que vous présentez bizarrement sous forme d’assertion (en omettant de préciser qu’il ne s’agit encore que d’une de vos croyances), d’une identitification essentielle et raccourcie, permettez moi de sursauter et de sursoir charitablement à l’expression de mon jugement d’icelle, mais mon intime conviction n’en est pas moins manifeste…

    4. oui il existe des athées qui ne voient dans le mot dieu que le mot. Dès lors que l’on suit une morale ou une règle de vie, il faut bien avouer que cette morale alors conmmande nos actions. Si ensuite celle morale est conforme à celle d’un livre alors il est possède de dire que le livre dicte nos actions.

      Mais est ce la matière livre? est ce la nature du livre, est ce les mots écrits noirs sur blanc.?

      Un principe est un dieu? ou faut-il aller derrière le principe. Il est des athée très croyant dans les principes… Un fils doit-il expérimenter les principes de son père…

      Mais qu’est ce donc que la nature? Qu’appellez vous « nature »… La matière, les choses sensuelles?

    5. @ vigneron

      la principe de la vision est l’absorption de la lumière par la matière. Mais peut être avez vous une autre théorie que je serai très heureux d’apprendre.

    6. @françois2

      la principe de la vision est l’absorption de la lumière par la matière

      Pour ça on est d’accord évidemment, mais ce n’est pas du tout ce que je vous reproche d’avoir dit ni ce que vous avez dit. Mais bien d’avoir résumé, identifié, la nature à la « matière porteuse de lumière ». Et de l’avoir fait sans présenter cette affirmation sous la forme de votre opinion.
      Et je vous reproche maintenant de persister dans la confusion avec votre répartie qui porte plus d’obscurité que de lumière.
      J’arrête là, le débat est clos.

    7. @ François 1 et 2

      Comment peut-on croire en une force extérieure à la Nature elle-même, que l’on nomme dieu ou dieux, si ce n’est par un conditionnement depuis la petite enfance à cette hypothèse ?
      Les enfants qui n’ont pas été élevés dans cette idée d’une force extérieure à celles de la Nature n’en ressentent pas la nécessité tout au long de leur vie.

    8. @mianne

      Comme le boudha je dis  » je ne sais pas ».
      Si on s interroge deux secondes sur le sens de notre vie dans l univers, peut legitimement croire en une force supreme.

      Dire que tout ca n est que foutaise est de la meme imbecilite que de proclamer le regne de dieu partout.
      La plupart des tres grands de l humanité ( philosophes, physiciens, économsites ) étaient soit croyant soit agnostique.Je pense que le scientisme a fait énormément de mal en europe aux croyances communes et parmi elles les croyances metaphysiques, placant l individu et sa connaisance au dessu de tout.

      Mais nous croyons tous en quelque chose me semble t il, sans cette croyance nos vies seraient misereuses non?

  13. Excellent article dans le NY Times intitulé « How Superstars’ Pay Stifles Everyone Else » : en reprenant certains points du livre de Eduardo Porter intitulé “The Price of Everything: Solving the Mystery of Why We Pay What We Do », l’auteur essaie de montrer que l’inégale répartition des revenus représente un danger pour le capitalisme.
    A quand un article de la même veine dans Le Figaro?

  14. C’est vrai, qu’en économie, la confusion et le refus de penser domine.
    Tant que l’on se contente d’une monnaie dérivée de la « nature » de l’or, à la fois moyen d’échange et objet d’accumulation, la « science » économique ne sera pas.
    On pourrait construire une économie qui fonctionne dès que l’on acceptera une monnaie qui fonctionne.
    Ce sera la fin de la perversité capitaliste, à distinguer radicalement des mécanismes du marché et des échanges.

  15. Première réaction, au débotté…
    Vous écrivez « Du moyen d’y parvenir, nous ne savons presque rien »…
    Si ce n’est que nous reconnaissons un manque total de self controle chez l’humain, une fois qu’il est confronté au pouvoir (ou à l’argent, ce qui revient au même)… et comme disait Bobby Fischer « la stratégie vient toujours d’une position supérieure »… donc dès que notre lascar humain est en cette position il devient très difficile à déloger. Pensons un seconde à Gbagbo ! Idem pour toutes les élites.. on le voit aujourd’hui avec les Heges Funds

    Sauf votre respect je pense que votre papier, intéressant, reste trop humano centré… Il y a moyen de prendre plus de recul pour trouver des inspirations, peut-être en s’affranchissant mieux des grands penseurs sur les épaules desquels vous êtes juché. Certes l’homme a su utiliser l’analogie pour progresser de manière plus complexe que les autres animaux.. mais était-ce vraiment pour un « mieux » ? Première question.

    Et puis je renverse… : si on renvient à la notion d’analogie nous avons aujourd’hui l’exemple de l’ADN, et par là même des tas de mécanismes démontrés dont nous pouvons nous inspirer. Savez-vous, par exemple, comment l’ADN du requin – forme parfaite dans son biotope – a travaillé pour maintenir pareil morphotype inchangé sur des dizaines et des dizaines de millions d’années. La réponse donnée à ce jour est vraiment intéressante…

    Voilà, comme ça, en vrac ne lâchez pas le morceau

  16. « We the people….. » please remember, everything’s in it. Read it again.Promote democracy and tolerance and be strong enough to fight for it.

  17. « L’Homme est un loup pour l’Homme. »…

    Oui, car chez l’homme, entre son instinct et sa raison, c’est très souvent l’instinct qui prend le dessus. Très souvent ces sont les instincts les plus bas qui dictent la survie.
    Partout sur le terre l’homme est resté un loup pour l’homme, même en Chine où il a su faire une « belle » synthèse entre ce qu’il y a de pire dans le capitalisme et dans le communisme.
    Pour que la raison l’emporte (prendre les bonnes bifurcations comme vous disiez il y a quelques temps dans un autre article, et remonter à la source de ces bifurcations lorsque l’on a emprunté une impasse) il faut informer et éduquer, ce que vous faites très bien.

    1. Je pense que l’homme n’est pas réformable, même si je me regarde moi-même, tout ce que j’ai accumulé de rancœurs, de dépit et de déceptions au cours des années. Et puis la vie est une épreuve pour tout le monde, comment ne pas devenir forcément « mauvais » à un moment ou un autre ???

      Je suis mauvais, force est de le constater.. Et il n’y a pas de rédemption, elle n’arrive jamais.

      C’est pourquoi, je ne vois pas d’autre solution que de confier le sort politique de l’espèce aux femmes. Peut être qu’elles ont une conscience, et qu’elles en tiennent compte.

      Le « matériel humain » est mauvais, c’est pourquoi je suis plutôt découragé. Même Dostoievski est un sombre tzariste arrièré. Que faire.

      Si le matériel est mauvais il convient d’en changer.

  18. L’idée de progrès est apparue dans l’histoire comme une idée économique dissimulée derrière le paravent humaniste et éclairée par les lumières.
    L’idée de progrès n’ a pas envisagé l’avenir mais constaté l’aboutissement du passé marchand à un moment donné, la transformation du temps cyclique en un temps irréverssible qui transforme la société.
    Avec le développement irrésistible de la société industrielle-marchande, la survie de l’humanité qui, sous le règne du temps cyclique, attendait la fin des temps et la vie éternelle dans les cieux, le temps devient celui de la survie augmentée et la vie se présente sous l’air d’un temps pseudo-cyclique où s’alternent les moments de production et de consommation.
    La dégradation de cette économie en folie spéculative dans laquelle ce n’est plus seulement l’exploitation de l’homme qui créé la richesse de la classe possédante et de ses alliés, mais le simple fait de « faire travailler l’argent » qui créé la richesse illusoire, marque l’apparition du temps spectaculaire-mafieux dans lequel « rien n’est vrai, tout est permis. »
    Le règne de la « survie augmentée » arrive à sa fin : l’idée de progrès perd toute vraisemblance.
    La survie comme représentation de la « vraie vie » était le seul avenir possible et même cet avenir perd toutes ses illusions : la croissance ne peut pas être infinie dans un monde fini, le retour en arrière semble impossible, l’apocalypse redevient possible, les comportements et les idéologies survivalistes se développent.
    Le progrès a perdu tout avenir sans le nécessaire renversement de perspective qui ouvre la voie royale à l’homme enfin devenu le « dieu vivant. »
    Rien n’est prévisible mais tout est possible.

    1. Un brin de déprime, Marlowe? Y’a de quoi en cette période de Noël qui n’a guère que des cadeaux empoisonnés à nous offrir. De mon point de vue, le progrès va continuer en s’associant à l’écologie si on réussit à désarmer la finance parce qu’il est porteur de rêves. De rêves de mieux être dont certains se réalisent, de rêves d’émancipation dont certains se réalisent (c’est la première fois de l’histoire que les femmes ne vont peut-être plus subir la domination masculine), de rêves de connaissance dont le 19ème et le 20ème ont apporté plus de concrètisations que pendant tout le reste de l’humanité et qui ont permis l’explosion démographique qui va peut-être nous entraîner tous à un effondrement, de rêves d’expériences de voyages dont le vol est le meilleur exemple. Nous avons les connaissances et un début de technologies pour réguler notre activité avec les exigences de notre écosystème. Le capitalisme financier est sur la route de ce rêve et il perdra sa place dominante parce qu’il ne représente plus de rêve mais seulement l’intérêt de quelques uns adeptes du « après moi le déluge », qui s’accrochent. Il est probable que le progrès passe par des phases difficiles, mais quoi d’autre que le progrès?

      Y’a déjà de très bons vins bio ou presque et pas nécessairement plus coûteux à produire, mais certaines régions sont mieux loties que d’autres pour y parvenir, en particulier du point de vue de l’humidité et du soleil. Elles possèdent un avantage comparatif certain qui ne fera que s’accroître au fur et à mesure que les externalités réelles(écologiques et sanitaires entre autres) seront intégrées au coût. Essayez le Gard par exemple, des conditions presque idéales.

  19. Des chercheurs créent une souris qui gazouille comme un oiseau!Des chercheurs japonais ont récemment donné naissance à une souris un peu particulière : elle gazouille comme un oiseau. Une «évolution» génétique qui pourrait éclairer les origines du langage humain.

    Ce sont des chercheurs de l’Université d’Osaka, dans l’ouest du pays, qui ont donné le jour à la souris mutante. «Nous avons croisé des souris génétiquement modifiées sur plusieurs générations afin de voir ce qui allait se passer», a expliqué à l’AFP Arikuni Uchimura, chef de l’équipe.

    Résultat: une véritable surprise pour le scientifique qui s’attendait surtout à des modifications de «l’aspect physique» des souris: «Nous avons examiné les bébés souris l’un après l’autre (..) Et un jour, nous en avons découvert un qui chantait comme un oiseau».

    1. Le jour où ils nous en sortiront une de souris pouvant vivre aussi longtemps, perroqueter aussi bien qu’un gris du Gabon (jusqu’à 800 mots, soit plus que [censuré], et susceptible de gagner les présidentielles de 2012, on en reparle. Pour le moment, bof.

      PS : Charlie était le perroquet de Winston Churchill ; son illustre propriétaire lui avait appris des insultes anti-nazis telles que, par exemple, Fuck the Nazis ! Il a fêté ses 105 ans en 2005.

    2. (jusqu’à 800 mots, soit plus que[censuré]

      C’est ignoble on m’a censiré parce que j’avais écrit (soit plus que le modérateur) !
      Révulsant ! 😉

  20. Je me demande, si l’agressivité peut-être réellement domestiquée et réduite, au sein d’un système fini où l’espace et l’énergie seraient limitées ?

    En l’occurrence, l’agressivité est largement tournée vers la Nature, ce qui l’a rend d’autant moins visible, pour nous, mais jusqu’à un certain point… Ces conquêtes permettent à l’homme de largement canaliser son agressivité envers lui-même.

    L’économie est la jungle des Hommes, et à moins de faire des choix démographiques, des choix sur nos besoins réels d’espace et d’énergie. L’agressivité au sein de l’économie sera déterminée essentiellement par les ressources disponibles, la manière dont elles sont reparties entres les agents, ainsi que la stabilité ou l’instabilité de cet équilibre dans la durée.

    Les progrès de la science pourront agir, avec certitude, sur l’énergie et l’espace disponible pour l’humanité. Mais le temps nous manquera peut-être…

    Les autres sont politiques et plus aléatoires (plus naturelle…), la répartition des ressources finies, la stabilité de cet équilibre, la maitrise de la démographie, car on ne pourra pas inflater à l’infini…

    1. L’homme, contrairement à ce que beaucoup croient, n’est pas en dehors de la nature, ni contre elle. Il en est une composante unique mais cette composante a raison perdue.
      L’ économie toute artificielle se découvre inhumaine et se révèle le plus sûr ennemi de la Nature.
      « Le progrès de la Science » est un mauvais rêve.
      Pensez vous reconstituer en laboratoire tout ce qui a déjà été perdu ? et aussi conquérir de nouvelles planêtes (et y détruire leurs habitants comme cela s’est fait en Amérique) ?

  21. « Quand ne claironnera plus personne,
    Au nom du bien, du mal, du roi ou de Dieu,
    Qu’on pourra faire
    Un tour de terre
    Sans pleurer, sans vomir, sans se fermer les yeux.

    Je veux quitter ce monde en regrettant un peu.
    Je veux quitter ce monde, heureux. »

    Maxime Le Forestier, Je veux quitter ce monde, heureux


    Je veux quitter ce monde heureux par Le Forestier & Sanson
    envoyé par beige51. – Clip, interview et concert.

    Et j’ajouterais « Au nom du Progrès, de la Croissance, de la Raison ou de l’Être Suprême »

  22. Je suis un peu en interrogation sur les deux premières et deux dernières lignes de votre conclusion , dont je trouve les résonnances un peu trop anthropomorphiques

    Je reçois par contre comme une issue attendue et nécessaire le  » dépassement de la nature par l’homme dans la sphère économique » , sans bien savoir s’il s’agit bien d’une sphère , ce mot étrange que l’on retrouve en philosophie pour désigner ce qu’on ne sait pas bien définir et  » cerner » . J’associe cette sphère à un outil devenu trop obsolète , mais encore porteur de sens indus par commodité et manque de clarté d’esprit . Ce dépassement passe peut être par des tentatives comme celle en parturition chez PSDJ et ses associés .

    C’est en réponse dans le billet correspondant que j’indiquais d’ailleurs combien capitalisme et/ou économie démocratisée me laissaient en interrogation de ce mystère de l’identité humaine qui nous pousse à sans cesse rechercher à échapper à la contingence . Notre désir a-t-il un sens ?

    Avenir du progrès …. Avenir , c’est ce qui n’a pas encore  » eu lieu » …..Progrès , c’est l’outil , le moyen et l’économie démocratisée est sans doute le seul qui nous laisse un peu d’espérance opérationnelle .

    Reste le désir qui pousse au mouvement cher à Minck , au changement cher aux Républicains.

    Ma référence pour mesurer le  » progrés  » est plutôt la relation homme/femme , aussi extraordinaire que la relation homme /nature .

    C’est pourquoi je n’imagine pas d’avenir , de progrès , de sens et de transcendance sans ce couple .

    Je me souviens aussi de la réflexion d’un ingénieur marocain que j’avais rencontré en Algérie . Nous parlions de progrès . Il m’a fait alors le cadeau de me dire  » nous autres faisons chaque jour des progrès qui nous permettent de vivre moins misérablement , mais cela ne vaudra rien tant que nos femmesdevront se voiler ou se cacher chaque fois que nous invitons un étranger chez nous . »

    Au delà du symbôle particulier du voile , propre à sa tradition , il m’a pour longtemps ancré dans l’âme que la transcendance de l’espèce humaine sinon de la nature passe par cette « civilisation  » du rapport homme /femme , marque charnelle de la difficulté du rapport homme /autrui …homme/nature .

  23. Bonjour,

    notre hostilité à l’égard de nos congénères a toujours été extrême et […] nous avons été forcés, à l’instar de ce que nous avons imposé à de nombreuses espèces animales et à de nombreux végétaux, de nous domestiquer nous–mêmes à l’échelle de l’espèce tout entière.

    Oui, la vie en société s’apprend, s’invente, se perfectionne. Elle ne nous a pas été donnée, bien au contraire. Vous rejoignez ici bien malgré vous votre arch-ennemi Hayek 😉

    « we must realize that man has been civilized very much against his wishes. »
    F. A. Hayek, interview avec A. Leijonhufvud à l’UCLA (1978)

    Mais comment l’homme a-t-il été civilisé, ou comment s’est-il civilisé ? Il y a sur le sujet deux écoles. La première est celle des lumières écossaises, du sens moral, reposant sur un modèle de l’homme partiellement ignorant et perfectible :

    « nations stumble upon establishments, which are indeed the result of human action but not the result of human design »
    Adam Ferguson, An Essay on the History of Civil Society (1767)

    L’autre est celle du rationalisme des lumières françaises, reposant sur le modèle d’un homme rationnel, bénévolent, et infiniment perfectible :

    « Les peuples qui, ayant été autrefois demi-sauvages, et ne s’étant civilisés que peu à peu, n’ont fait leurs lois qu’à mesure que l’incommodité des crimes et des querelles les y a contraints, ne sauraient être si bien policés que ceux qui, dès le commencement qu’ils se sont assemblés, ont observé les constitutions de quelque prudent législateur.
    […] Si Sparte a été autrefois très florissante, ce n’a pas été à cause de la bonté de chacune de
    ses lois en particulier, vu que plusieurs étaient fort étranges, et même contraires aux bonnes moeurs, mais à cause que, n’ayant été inventées que par un seul, elles tendaient toutes à même fin. »
    René Descartes, Discours de la méthode (1637)

    L’opposition que vous faites entre dessein intelligent et évolution par la sélection naturelle est classique, mais votre défense du dessein intelligent est insuffisante.

    Croire que nos institutions sont « conçues » par des autorités éclairées revient à surestimer leur bienveillance, mais aussi leur omniscience, et enfin leur capacité à perfectionner les individus. Parallèlement, cela conduit à sous-estimer notre capacité à tous à faire des erreurs, expérimenter des solutions, rejeter celles qui ne nous conviennent pas, et à apprendre au cours de ce processus.

    Nous avons déjà beaucoup appris, dans tous les domaines : en technique, en politique ET en économie. Cette affirmation est intenable et trop biaisée :

    Contrairement à ce qui s’observe pour l’organisation politique, ou avec les techniques […], l’économie reste encore entièrement à domestiquer.

    Mais ce que nous avons appris, dans tous les domaines, a souvent été appris par la première méthode, celle de Ferguson, et pas seulement par la méthode de Descartes. Il faut intégrer une dose de modestie, et être conscient de notre ignorance, pour voir que le dessein intelligent n’est pas toujours très… intelligent ! Bien souvent, on peut même s’en passer.

    En biologie, il n’y a pas besoin d’un Créateur pour que la vie existe ; Darwin nous a débarrassés de cette croyance (enfin presque). De même, la société n’a pas besoin d’un Organisateur ; c’est à l’économie politique que nous devons de l’avoir compris.

    En biologie, nous pouvons jouer au créateur et perfectionner ou inventer certaines espèces, comme nous le faisons pour les animaux domestiques. Mais si nous devions compter uniquement là-dessus, si nous sollicitions l’intelligence réunie de tous nos meilleurs biologistes pour créer la vie sur Terre, on n’irait pas bien loin. De plus, on frémit en pensant aux conséquences que pourrait avoir la moindre erreur de leur part.

    En économie politique, nous pouvons jouer au créateur et perfectionner ou inventer les institutions, les règles, comme nous le faisons sans cesse dans la société civile, la vie politique, ou les entreprises. Mais si nous devions compter seulement sur l’intelligence réunie de nos meilleurs représentants, on n’irait pas bien loin. Ils ne font pas le poids face à des millions d’individus qui cherchent et qui expérimentent. Et quand un individu fait une erreur sous sa responsabilité, les conséquences ne sont pas bien graves. En revanche lorsque l’Organisateur se trompe, les conséquences peuvent être terribles.

    C’est en tous cas un thème de discussion tout à fait approprié pour l’Institut Diderot !

    Bonnes fêtes,
    GSF

    1. Ces quelques fleurs, Gusifang, avec de belles images de vos amis, et le calendrier qui va bien pour vous souvenir des dates anniversaires de vos glorieux prédécesseurs dans votre lutte héroïque pour la Liberté.

      Et pour célébrer votre servitude enthousiaste aux pieds de la somme bienveillante des milliards de libertés individuelles éparpillées dans la spontanéité de l’ordre naturel hayekien qui vous déférait, pensez-vous, de la servitude volontaire au tyran étatique, ceci. Je suis sûr que vous le recyclerai conformément aux préceptes qui vous animent en toute liberté.

    2. GU Sifang

      J’ai la curieuse impression que nous n’avons pas lu le même billet. Et votre tentative de rapprochement de la pensée Hayek de celle de Jorion me paraît tout à fait hasardeuse, car l’assertion qui ferait le lien entre les deux est tellement générale qu’elle ne caractérise spécialement ni Jorion ni Hayek.

      Vous dites :

      Croire que nos institutions sont « conçues » par des autorités éclairées revient à surestimer leur bienveillance, mais aussi leur omniscience, et enfin leur capacité à perfectionner les individus. Parallèlement, cela conduit à sous-estimer notre capacité à tous à faire des erreurs, expérimenter des solutions, rejeter celles qui ne nous conviennent pas, et à apprendre au cours de ce processus.

      Où avez vous lu que Paul évoque l’omniscience ainsi que des autorités éclairées ?
      Il ne s’agit pas dans le billet de trouver une méthode infaillible pour domestiquer l’économie comme vous le donnez à penser. Le dessein intelligent ce n’est pas l’application zélée d’une méthode mais l’attestation d’un capacité intellectuelle à divers moments de l’histoire, à faire du divers observable de nouvelles synthèses propres à modifier les conditions d’existence et de co-existence des êtres humains en société.
      Il ne s’agit donc pas non plus de perfectionner des individus, mais de perfectionner les modalités des rapports qu’ont les individus ont dans la société humaine.

      Les millions d’individus qui cherchent et expérimentent ne peuvent le faire éternellement dans un même cadre, celui de l’ordre spontané du marché du monde selon Von Hayek. Il arrive toujours un moment dans l’évolution des sociétés, de l’humanité, où la re-cherche, c’est à dire la reprise de l’observation de l’existant sous un nouveau jour — par l’invention de nouveaux syllogismes, débouche sur la production d’un nouveau cadre conceptuel pour penser la société, et pour ce qui nous préoccupe ici, pour penser le rapport de l’homme à la nature. Le dessin intelligent c’est donc ce saut qualitatif que l’esprit humain réalise dans son histoire pour dépasser les conditions initiales de l’existence matérielle de l’espèce humaine. Les interactions individuelles chères à Hayek ne se produisent que dans le marché. En l’occurrence c’est de toute évidence l’épistémologie hayekienne qui atteste une prétendue infaillibilité de la sphère économique, et non pas les constructivistes. La vision hayekienne des millions d’interactions individuelles produisant la société cache en réalité la défense de l’ordre établi.

      La seule autorité dont se réclame le billet est celle de la pensée capable de se penser dans la nature.

    1. @crapaud

      Pour moi, tout ce qui peut naître, se développer et mourir, appartient au monde vivant

      Je viens justement d’avoir une p’tite discussion à ce sujet avec une cigarette quand que je la roulai, l’allumai, la fumai et l’enterrai dans le cendrier, et elle a fini par m’apostropher avant d’expirer : « Dieu ! Je te hais ! J’aurai ta peau ! »

      Incroyable ! S’croient tout permis ces misérables créatures !
      La prochaine, je la roule muette… ou respectueuse de son créateur.

    2. En biologie, le vivant est ce qui peut ce réguler, ce nourrir ce reproduire, les virus sont à la limite du vivant (voir en dehors), car ils ne le sont qu’à partir du moment qu’ils colonisent un être vivant.
      Entre l’architecture d’un cristal ou d’un flocon de neige et une bactérie, il y a un univers, ça m’amuse toujours qu’en j’entends qu’il suffit d’un peu d’eau sur une planète pour qu’il y est de la vie, mettez des fragments d’ADN et une membrane hydrophile/lipophobe et tout ce qu’il faut pour créer un bactérie secouer le tout si vous obtenez une cellule vivante chapeau, maintenant essayer dans un milieu vide de vie et la probabilité qu’une molécule d’ADN ce créer naturellement et soit protéger d’une membrane (l’ADN est assez fragile) et est en plus le potentiel codant pour vivre et vous avez un miracle, qu’elle ce nourrisse un deuxième qu’elle ce reproduise un troisième.
      Et dire que ce miracle est capable de franchir l’espace, car il y a de la vie sur la lune elle est terrestre on y a apporté des spores de bactéries qui n’attendent (bon elles attendront longtemps) qu’un meilleur milieu pour ce développer.
      On ne peut résumer un caillou à une simple cellule et moins qu’une cellule (un vrius) n’est qu’une évolution stérile dans un milieu sans vie (et pourtant en comparaison d’une matière minéral c’est déjà exceptionnel).
      En fait comme disait mon prof de philo, il est plus difficile de ne pas croire en Dieu, car rien ne justifie notre univers (et par exemple, le déséquilibre de matière/antimatière le permettant), rien ne justifie la vie et rien ne justifie l’homme (aucune autre espèce n’a besoin d’un tel cerveau qui va au-delà d’un potentiel sélectif pour une évolution nécessaire à notre milieu), après cela ne créer pas non plus de lien avec une culture religieuse, mais ça précise le vivant comme une exception au delà de la formation de notre univers et en dessous de la notre.

    3. non ,Crapaud Rouge, les étoiles ne sont pas vivantes, elles n’engendrent pas de descendance transmettant son patrimoine héréditaire qui pourrait à son tour transmettre etc …

    4. Eh si, anne-bis, les étoiles ont une descendance ! Elles achèvent leur vie dans une explosion, leur matière s’en trouve dispersée et rejoint celle des autres étoiles mortes. Mais cette matière, qui forme des nuages interstellaires, se condense à son tour en formant des étoiles « jeunes ». Le cycle est infini, comme celui des générations d’êtres vivants.

    5. Seulement certaines étoiles terminent en explosion. Mais bon tous les hommes n’ont pas de descendance non plus…
      Un point interessant, tous les atomes plus lourd que l’hydrogene et l’helium ont été créés lors de ces explosions. Il n’existe en effet pas d’autres moyens dans l’univers de les synthétiser, par exemple les atomes de carbone qui nous constituent. D’ailleurs les anti-nucleaires devraient y penser, nous sommes tous le produit d’une explosion thermonucleaire.

    6. Le vivant, c »est à dire Tout ce qui Vit.

      Dieu n’a pas fait un bruit sans y mêler le verbe.
      Tout, comme toi, gémit, ou chante comme moi.
      Tout parle.
      Et maintenant, homme, sais-tu pourquoi Tout parle ?
      Écoute bien.
      C’est que vents, onde, flammes, arbres, roseaux, rochers, Tout Vit !
      Tout est plein d’âmes.
      (Victor Hugo – Les contemplations, « ce que dit la bouche d’ombre »)

    7. @Crapaux Rouge, Jck la maitière minéral subit son état issu du milieu, elle ne s’y adapte pas comme le vivant, un cailloux pris dans une avalanche subit la descente, l’oiseau qui est à coté peut s’envoler.
      Une étoile ne répond qu’à la physique, le vivant peut transmettre de l’information soit par la génétique (qui peut porter des réponses à des stress qu’on subit des générations passés, c’est pourquoi par exemple les arabes sont mois dépendants que nous au tabac mais plus à l’alcool ou les indiens moins au pavot), soit par l’apprentissage, à l’opposerune étoile n’apprend rien et ne transmettra rien à ces particules.

    8. ode @ Crapaud (un peu plus haut)
      voulez-vous signifier que nous sommes de la poussière d’étoiles, et les nains du résidu de naine blanche ? Si nous sommes de la poussière, le Grand aspirateur cosmique va nous fossiliser dans son sac troué noir, faire le ménage.

    9. @Génissel Samuel : loin d’être inertes, les étoiles sont le siège de moult phénomènes très complexes qui, du reste, varient avec leur âge. Cela suffit à mes yeux à en faire des « êtres vivants ». On peut en rester à la définition conventionnelle du vivant, mais ce n’est pas drôle.

      @Karluss rouge : méfiez-vous de cette couleur, vous allez devenir soupe au lait comme moi… Ou daltonien, peut-être ? Ou communiste ? Ou finir réincarné dans un feu rouge place de la Concorde ?

  24. Si la nature s’est offert l’homme pour mieux se contempler elle-même c’est qu’elle souffre du syndrôme de Narcisse.
    Si de plus elle a donné à l’homme ce qu’il croit être son apanage :le libre arbitre elle s’est encore fourré le doigt dans l’oeil quand on voit ce qu’il en a fait.
    Pourquoi l’homme terrestre serait-il le seul être chargé de décrire le réel?
    Il a été doté de fort peu de capteurs pour ce faire, il doit bien y avoir des millions de créatures plus douées que lui dans les millions de milliards de galaxies que compte l’univers infini et éternel.
    Quant à l’économie et ses règles dignes du Monopoly laissez nous rire.

  25. quand j’entends le mot « nature » je sors mon revolver !

    CO2 ou pas , Peak OIL ou pas , dollar ou pas

    si l’histoire Humaine se repete jamais mais bégaie souvent , l’histoire Naturelle ne repasse jamais les plats :

    si la conscience et les hominidés sont des obstacles à la Vie , la Vie s’organisera d’une autre façon !

    point barre .

    1. La vie oui, mais pour être riche et donc adaptative) elle a besoin de maintenir sont potentiels évolutifs donc de laisser du temps entre chaque modification du milieu, or nous allons trop vite pour maintenir ce potentiel.
      En fait c’est la richesse issu du fruit de millions d’années d’évolutions qui est en jeu dans la nature, plus que la notion de vivant.

  26. J’ai comme une impression bizarre en lisant ce texte, ceci dit très intéressant, comme si on me présentait une humanité qui regarderait sa propre évolution à travers le temps et son destin commun.
    L’impression qui est la mienne sur notre réalité est plus celle d’une multitude de destins individuels obsédés par leur propre finitude et réagissant de façon très différente face à cette mort annoncée et constatée sur soi avec le temps d’une vie qui s’écoule.
    Les avancées des sciences et technologies par exemple ne finissent pas entre les mains d’une humanité au sens large et riche de la sagesse que porte son parcours des siècles. Au contraire il s’agit toujours d’individus, de groupes, porteurs de leur propre urgence d’agir dans un temps donné.
    Je ne sais pas trop comment exprimer ce décalage que je ressens en lisant ce texte, peut-être en essayant d’imaginer comment les hommes agiraient s’ils vivaient en moyenne 200 ans, libérés au passage d’une urgence d’agir ou de brûler leur existence.

  27. Prêter à la nature une intention, une volonté « de se donner » les moyens de, etc. me parait hardi et fallacieux. La nature « est », point à la ligne. Darwin avait bien compris qu’elle se développe et évolue SANS FINALITE. Elle obéit à quelques lois physiques simples d’origine actuellement inconnue et peut-être inconnaissables qui ont engendré des situations complexes.
    Penser le contraire revient à retomber dans les mythes de la transcendance.

    1. 1) Je cite Schelling ; je ne suppose pas une volonté à la nature.

      2) Aristote a raison de dire que le passé est nécessaire (il n’est pas contingent : sa contingence apparente avant sa réalisation résultait de notre ignorance de ce qu’il serait), et il n’est certainement pas impossible (puisqu’il a eu lieu).

    2. Comme l’homme est indissociable de la nature, il faut comprendre que l’homme n’a aucun but en dehors de la survie et que son caractère insatisfait lui fait désirer ce qu’il n’ a pas, sauf en ce qui concerne les cinglés qui ont beaucoup d’argent et qui en veulent toujours plus.
      Les temps industriels et marchands ont utilisé l’insatisfaction comme trait de caractère dominant chez l’homme en lui proposant des leurres.
      Ces leurres, qui en eux contiennent l’insatisfaction, sont une suite historique aux religions qui promettaient un paradis après la mort, particulièrement le christianisme et le « socialisme » des dictatures.
      C’est à la lumière née de la compréhension de la vie fausse que l’homme peut rêver d’une vraie vie et comprendre la vie sur terre comme un voyage qui ne tire sa justification que de lui même.
      Comme disait le poète : « le vin de la vie est tiré et seule la lie de ces caves s’en fait gloire. »

    3. 2) Aristote a raison de dire que le passé est nécessaire (il n’est pas contingent : sa contingence apparente avant sa réalisation résultait de notre ignorance de ce qu’il serait), et il n’est certainement pas impossible (puisqu’il a eu lieu).
      … Je vois clairement pourquoi Paul estime les scholastiques, et moi aussi !

  28. Tout programme s’assignant comme dessein celui de définir « les tâches et les responsabilités qui sont aujourd’hui les nôtres » se fracassera irrémédiablement s’il persiste à prendre pour axiome que « notre espèce est mauvaise et agressive ». Pas plus notre espèce que d’autres, soit dit en passant.

    L’ idéal que nous devrions tendanciellement viser est celui de l’égalité.

    Il est impossible d’y prétendre en axiomatisant notre espèce comme mauvaise et agressive. Non qu’elle ne le fut point. Mais cette formulation malheureuse, véritable boulet sémantique, ne permettra jamais d’ouvrir la moindre porte nouvelle. Ainsi le progrès serait définitivement aliéné au seul passé.

    Rechercher les moyens de formuler ces caractéristiques, celle de malignité et d’agressivité, à l’aide d’une sémantique laïque, qui seule permettra de mieux capturer la notion de progrès.

    Privilégier les règles d’inférences et les formes sur lesquelles elles s’appuient, à un fond protéiforme qui ne fera que nous engluer dans le présent.

    Bien cordialement.

  29. Bonsoir à tous…Puisque Paul nous donne la chance de soumettre quelques nouvelles pistes sur le thème de l’avenir du progrès…Seul l’Amour est le maître-pouvoir (antidote de la peur) et brisera la prison de la vie personnelle tout engluée de l’esprit de séparativité…Mettre l’avenir du progrès au bénéfice de l’Humanité est le premier pas…L’absence de crainte face à toutes les circonstances de la vie est indispensable pour la pratique, le progrès et l’avenir de la d’une l’humanité fraternelle…Elle repose sur la confiance en l’homme et requiert l’intrépidité…Sous le masque de la personnalité inférieure se cache le divin incarné…Il ne nous a jamais fait défaut…Confiant en la réalité de ses qualités divines latentes, l’homme ne doit désespérer ni de son prochain, ni de lui-même…Dans les rapports humains la confiance dans une bonne volonté réciproque devrait toujours être envisagée…L’intrépidité n’est pas la folle témérité, elle demande un esprit lucide, sans peur, qui est capable de faire le premier pas et de se dévoiler à l’adversaire…Comment une âme lâche aurait-elle le courage de surmonter toutes les difficultés qui surgissent de toutes parts…qui sont inévitables et qui se trouvent sur le chemin qui conduit à la véritable réalisation de l’Amour par la Fraternité Universelle?…Qui reste la seule mission digne d’être accompli su terre…Voilà,rien d’autre de mon côté pour l’heure.

  30. Bonsoir

    je n’ai pas lu tous les commentaires, je l’avoue… mais rien que le titre…. l’avenir….comment l’imaginer et quant à l’avenir du progrès -quel progrès ? -, alors…insondable…..hélas

  31. « Quelques milliers d’années plus tard, l’Homme assume aujourd’hui la place de ces agents surnaturels qu’il avait d’abord fantasmés : il s’est petit à petit, et avec une vitesse sans cesse croissante, glissé à la place où il avait d’abord situé ces esprits sans qui il s’était imaginé être incapable de vivre. Est–ce à dire qu’il est devenu par là démiurge lui–même ? Non, parce que la nature de ce dieu créateur était d’être un esprit, c’est–à–dire une fiction. Mais l’Homme est advenu lui–même à la place où il avait situé ces agents surnaturels. Or les actes secourables que ceux–ci produisaient sur le mode du miracle, il les produit aujourd’hui lui–même en guidant la nature vers la solution de ses propres problèmes. Ce faisant, il force par son industrie la nature à se dépasser. L’Homme n’est pas tellement, comme le voulait Schelling, le moyen que la nature s’est donnée pour prendre conscience d’elle–même que celui qu’elle s’est donnée pour se surpasser. »

    « l’homme maître et possesseur de la nature »…tout un programme. « Lorsque l’Homme aura réussi dans cette tâche, il sera devenu le moyen que la nature s’est donnée de créer le Dieu qui lui fit jusqu’ici tant défaut ».comment un discours anti-divin et anti-métaphysique peut il prétendre sérieusement se fonder sur des philosophies de l’Absolu (Phénoménologie de l’Esprit de Hegel et schelling ( : « Il fut un des représentants de l’idéalisme allemand à l’époque du romantisme.Influencé par Kant et Fichte, il professa une philosophie de la nature dans son livre Système de l’idéalisme transcendantal publié en 1800. Cet idéalisme dit objectif accorde à la nature une réalité équivalente à celle du moi.(…) Il a écrit Weltalter (Les Âges du Monde), l’histoire métaphysique de l’absolu ou de Dieu, mais qui resta inachevée.Finalement Schelling remplaça l’absolu par un Dieu plus personnel dans ses livres Philosophie de la mythologie publié en 1842 et Philosophie de la Révélation publié en 1854. »)) ou des essences métaphysiques : Nature, Homme… pour celle à qui vous mettez une majuscule.

    concernant le « primus movens »… que cela chagrine les physiciens, du moins ceux qui ne comprennent pas la relativité, c’est un peu normal…mais un logicien?
    « Le paradoxe de l’œuf et de la poule est l’un des plus anciens paradoxes :

    « Qu’est-ce qui est apparu en premier : l’œuf ou la poule ? »
    Le paradoxe vient du fait qu’aucune réponse ne parait satisfaisante.
    Il en est fait mention pour la première fois dans le Milindapañha.

    Réponses humoristiques ou latérales[modifier]

    Le paradoxe relevant généralement de la blague, il est légitime de lui répondre par une autre blague
    * l’œuf vient en premier … dans la question.
    * Dieu créa deux poussins.
    * « La poule est le moyen inventé par l’œuf pour faire un autre œuf » (Samuel Butler).
    * le coq ; Dieu créa ensuite la poule à partir d’une de ses côtes
    * …
    on peut également évacuer la question en niant ou ignorant une ou plusieurs hypothèses implicites dans la question :
    * l’œuf de poisson est antérieur à la poule
    qui ignore l’implicite qu’on parle d’un œuf de poule.

    Réponses sérieuses[modifier]

    Le paradoxe peut néanmoins être traité comme une question de cosmogonie très sérieuse
    http://fr.wikipedia.org/wiki/Paradoxe_de_l%27%C5%93uf_et_de_la_poule#Philosophie
    « Il faut distinguer deux sens de « premier » : logique et chronologique. »

    concernant l’avenir du progrès, vu toutes les bonnes choses que vous lui prêtez, et d’autres, oubliant soigneusement comme un antique métaphysicien assourdi de peser les avantages et les inconvénients pour tous, car chacun ne pesons rien devant ce train.
    nulle philosophie n’achoppe sur le pessimisme ou l’optimisme. la religion le peut.

    concernant le pessimisme, l’idéalisme allemand qui plaçait l’Homme Allemand et ses cousins au pinacle de la civilisation, sans doute dans un accès bouffon de lucidité, ainsi que ses descendants… ceux qui prétendent discourir sur l’Absolu ou à partir de celui ci me laissent tjrs songeur.
    pour les philosophes que vous citez, que pensez vous des limites d’une telle prétention, et plus généralement d’un monisme prétendu connu? ainsi que de votre usage d’essences ?

    bien à vous.

    « Du moyen d’y parvenir, nous ne savons presque rien. » une manière de loi internationale?
    le code de la mer est respecté par tout marin (pas les doryphores^^). la piraterie est exceptionnelle et la non assistance (à part les doryphores…) respectée.

  32. Pour contribuer un peut a la réflexion de Paul, via le discours d’un anthropologue :
    « Nous touchons là une caractéristique très dangereuse du dispositif moderne: une fois la relation individuelle et non sociale à Dieu placée au niveau ultime, la relation de dépendance vis-à-vis de l’autorité ici-bas se change aisément en relation de dominance et de pouvoir. Du même coup, la distance entre autorité-souveraineté et pouvoir peut s’abolir, instituant entre les hommes un seul et unique niveau de réalité, c’est-à-dire une logique du tiers exclu, caractéristique de la compétition, du conflit et du pouvoir ».

  33. Le fait est qu’il n’y a plus grand chose de naturel chez l’homme… Son évolution est surtout culturelle et la science lui donne la perspective de ne plus faire dépendre des aléas de la nature. Il a probablement dépassé la nature d’une certaine manière en faisant mieux.

  34. Sur le syllogisme :

    Le logicien, au vieux monsieur: Voici donc un syllogisme exemplaire. Le chat a quatre pattes. Isidore et Fricot ont chacun quatre pattes. Donc Isidore et Fricot sont chats.
    Le vieux monsieur, au logicien: Mon chien aussi a quatre pattes.
    Le logicien, au vieux monsieur: Alors, c’est un chat (…)
    Le logicien, au vieux Monsieur: Autre syllogisme : tous les chats sont mortels. Socrate est mortel. Donc Socrate est un chat.
    Le vieux monsieur: Et il a quatre pattes. C’est vrai, j’ai un chat qui s’appelle Socrate.
    (Ionesco – Rhinocéros)

    (…) dès que la raison métaphysique de l’existence se trouve identifiée avec la raison mathématique ou logique de démonstration, le syllogisme acquiert une valeur, une importance première et jouit d’un entier privilège d’infaillibilité en vertu de la forme seule (vi formœ).
    (Maine de Biran – Exposition de la doctrine philosophique de Leibniz)

    Voici ma vision de « la raison métaphysique de l’existence » :
    Nous sommes tous des fragments focalisés dans un monde manifesté de la conscience de l’Esprit universel divin, notre créateur, la source de notre existence (chacun de nous est une pensée pensant à l’intérieur d’elle-même et par elle-même).
    Nous sommes tous des cellules individuelles d’humanité ayant oubliées nos fonctions essentielles collectives communes d’évolution spirituelle au profit de nos intérêts personnels particuliers d’involution matérialiste.

    Voilà ma vision de l’évolution [L’avenir du progrès] :
    Lorsque, nos pensées & nos actes sont en concordances et suivent le sens du courant fluctuant de « La Vie », alors mystiquement, toutes les forces de l’Univers conspirent activement à la réalisation concrète de notre bonheur !!!
    Ce bonheur arrive donc naturellement lorsque l’on parvient réellement, à percevoir le flux énergétique subtil de « La Vie », à se laisser porter par son courant, puis, à réussir à vivre en symbiose avec !
    Notre vie est alors pur Amour manifesté !
    Finalement, si cet état d’être perdure, notre but primordial, notre objectif essentiel, est, pour ainsi dire, réalisé !

    C’est en effet par l’élévation graduelle des consciences individuelles (et donc par extension, de la conscience collective dans sa totalité – car c’est l’ensemble des esprits humains qui forme la conscience globale de l’humanité) que la nature humaine parviendra réellement à se ré-unifier pour enfin pouvoir vivre en harmonie avec la Nature dans toute sa globalité.

  35. #
    Le grec dit :
    26 décembre 2010 à 18:43

    Platon a écrit à un moment que tout dans la nature est vivant (έμβιον)! Comment on définit le vivant…
    C’est nous individus qui définissons le » vivant », …avec notre hémisphère gauche et notre hémisphère droit, antennes de réception du  » collectif »…les fourmis elles aussi sont vivantes, dans le même monde que nous, et si on pouvait leur demander leur « manière d’appréhender le vivant dans lequel nous l’englobons, leur réponse serait sans doute étonnante pour nous…., c’est seulement notre égo qui nous leurre et qui nous fait croire que nous sommes « séparés » du collectif

    1. Les fourmis évidement mais les arbres…la pierre…? Platon a dit, plus exactement, que l’être en tant qu’être (όν – pas seulement de l’home), en tant que cosmos, est vivant !

  36. @paul

    j aimerais quand meme revenir sur un point .

    Tous les economistes qui ont etabli des causes de la crise endogene ( Marx,Scumpeter, Aglietta ….. ) avaient établi une sequence crise d accumultaion du capital qui debouche sur une crise de surpoduction

    Qu est ce que ca veut dire ?
    Ca veut dire qu à un moment du cycle économique, les gains de productivité sont redistribués de maniere inegalitaire entre le travail et le capital.La redistribution de la valeur ajoutee se faisant essentiellement sur le capital.Le fait d appauvrir relativement le travailleur provoque une crise des debouches ( puisqu ils ne peuvent plus achete ).Ce qui entraine une crise de surproduction pour rétablir les equilibres.

    Ce raisonnement est valable si l on raisonne comme si il s agissait d une seule entité économique.Or, l économie est aujourd’hui mondiale.
    Est on sur que le partage de la valeur ajoutée à l échelle mondiale se fasse au profit du capital ? Je pose très sérieusement cette question. En chine, ils connaissent des variations de salaire de l ordre de 10 15 % par an en suivant en fait le taux d inflation de l économie.

    Est ce possible qu il y ait donc pour la première fois de l histoire de l humanité un découplage géographique entre ceux qui détiennent le capital et le travail.
    Oui, Oui j ai bien dit pour la première fois.En 1929, les desequilibres etaient d abord internes.$
    La j ai comme l impression que les desequilibres sont externes.Ce qui fait que chaque travailleur qui aurait un avantage relatif à travailler en chine s il veut s enrichir ne peut pas du fait de la non mobilité du travail relativement au capital. ( pour des causes géographiques , linguistiques, juridiques, matrimoniales ).

    Est ce que ca veut dire qu on se dirige en europe et aux usa vers une societe qui detiendrait le capital et le reste du monde vers une société de travailleurs ?
    Est ce que ca veut aussi dire que les desequilibres europeens entre detenteur de capitaux et travailleurs sont appeles à perdurer en europe ?

    Est ce qu au final ce n est pas un premice à une gouvernance mondiale ?

  37. le miracle grec : la capacité d’expliquer la nature en ses propres termes.
    Le désastre grec plutot.

    Mais bon le culte des ancetres (comme en chine) a remplacé celui d’une instance trabscendante a qui on devait chacun rendre des comptes. Du coup plus de limite que chacun s’auto-impose.

    Du coup c’est mal vu de dire du mal de tous ces charlatans du progrés et de l’avenir. Le culte du progrés garant d’un avenir radieux. Tout cela extermine et détruit comme jamais dans l’histoire, et ce depuis 200 ans.

    L’avenir du progrés est un contre-sens historique total. Ou comment faire durer la devastation.

  38. La notion de « progrès » est connotée positivement , ce qui reste subjectif . Il y a évolution des sciences et de la technologie . Si l’on doit se référer au signifiant de « progres », il faudrait démontrer une évolution positive de l’optimisation de l’individu en tant qu’entité. Il suffit de faire un tour ds la rue ou d’ouvrir la TV , pour abandonner ce postulat ridicule.
    – Autre aspect négatif sur notre « avenir » : la Néoténie croissante des individus (ds le sens que lui donne K.LORENZ) , c’est a dire le non passage au stade adulte , probablement en raison d’une trop grande emprise/ protection de l’ hyper-groupe sur les individus .
    -Autre concept qui parait évident : l’individu n’ évolue pas (ne progresse pas) , c’est la civilisation qui progresse technologiquement (et pour son seul interet). L’individu reste un accessoir qui sert a faire évoluer la civilisation et il récupère ce niveau en naissant ; mais me semble t il , l’entité individu est identique depuis des millénaire ..et interchangeable .
    -La vraie question est : l’interet du système est il toujours co-incident avec celui de l’individu.

  39. Il me semble que Teilhard de Chardin a exposé un peu la même idée que celle de Schelling.

    La puissance du syllogisme ressemblerait ainsi au déroulé d’une mécanique. Ce qui à la fois lui confère une qualité prédictive très efficace (on ne s’étonne pas alors que ce qui est seulement pensé puisse être aussi efficace dans le monde réel, ie les mathématiques ou la physique : on n’y trouve que ce que l’on y a déjà mis…) mais aussi lui donne des bornes étroites impossibles à transgresser. Dans ce sens ce n’est pas tant la nature qui s’expliquerait dans ses propres termes que le discours que l’on tiendrait sur elle, la nature (le monde phénoménal, le réel) étant pas nature inconnaissable (elle est objet de création, mais n’est pas connaissable globalement et totalement). La connaissance très fragmentée et incomplète que l’on peut en avoir fait de cette connaissance quelque chose de créatif et de perpétuellement en renouvellement, impossible à figer, qui par nature ne peut que déborder « de son propre cadre » (si tant est que cette notion de « cadre » corresponde ici à quelque chose de réel, cad qui corresponde à la nature elle-même et non à ce qu’on en dit).

    Il existe une dialectique homme – nature, qui démontre encore une fois que la distinction sujet-objet est artificielle mais cependant paradoxalement indispensable : sans cette séparation illusoire entre le soi-disant « sujet » et le soi-disant « objet » il n’existerait aucune incitation, aucun espace pour le désir de connaissance, de développement et de progression. Cet espace oblige l’homme à créer les outils lui permettant de modifier la nature selon ses vœux. Une fois cette nature modifiée un nouvel espace sujet-objet en résulte et se substitue au précédent, incitant l’homme à développer encore d’autres outils de connaissance et d’action, etc…Mais ce n’est pas tant l’homme en tant qu’individualité qui anime ce processus qu’une forme d’intelligence collective humaine.

    L’homme n’est pas seulement un observateur de la nature. Il en fait totalement partie. Le dire ainsi n’est pas seulement une figure de style : il en fait si totalement partie que l’étoffe même du réel est la même que celle qui constitue l’homme (de manière amusante, cette invention de la fiction de l’observateur qui analyse et voit de l’ « extérieur » est aussi utilisée par les pratiquants de la méditation vipassana, qui donne au demeurant d’intéressants résultats). Il n’existe aucune frontière nette entre homme et nature autre que celle que l’on pose par convention afin de mieux comprendre et l’un et l’autre, mais il s’agit en dernier ressort du même objet. Homme et nature seraient alors deux faces d’une même chose, toujours inconnaissable. L’homme n’est jamais si près d’effleurer cette chose que lorsqu’il accepte de n’être que le vase du réel, rempli de tout ce qui est. Car alors l’homme apporte la conscience qui éclaire ce qui l’a remplit.

    L’homme ne devient un monstre que lorsqu’il se laisse « remplir » sans exercer sa conscience.

    1. « Dans ces derniers temps nous avons entendu dire de mille manières différentes : « Copiez la nature; ne copiez que la nature. Il n’y a pas de plus grande jouissance ni de plus beau triomphe qu’une copie excellente de la nature. » Et cette doctrine, ennemie de l’art, prétendait être appliquée non seulement à la peinture, mais à tous les arts, même au roman, même à la poésie. A ces doctrinaires si satisfaits de la nature un homme imaginatif aurait certainement eu le droit de répondre : « Je trouve inutile et fastidieux de représenter ce qui est parce que rien de ce qui est ne me satisfait. La nature est laide, et je préfère les monstres de ma fantaisie à la trivialité positive. »

      Baudelaire.

  40. Le grec dit :
    26 décembre 2010 à 20:49

    Les fourmis évidement mais les arbres…la pierre…? Platon a dit, plus exactement, que l’être en tant qu’être (όν – pas seulement de l’home), en tant que cosmos, est vivant !…c’est pareil pour les arbres, la pierre…imaginez qu’une « expédition » humaine puisse partir dans le cosmos, ils rencontrent une « chose » jamais vue auparavant, c’est bien eux (les hommes avec leur cerveau) qui vont déterminer « avec leurs critères communs) si cette chose est vivante ou pas …

  41. Ce billet m’a tout l’air d’être le développement d’un autre, « FAIRE RENTRER L’ESPECE ENTIERE DANS LA SPHERE DU NOUS« , que j’avais vivement critiqué pour sa « vaguitude« . En effet, après avoir expliqué comment l’Homme « dépasse » (ou surpasse) la nature dans tous les domaines, il montre que la sphère financière, où sévit encore la loi du plus fort et de la concurrence, n’est pas le lieu d’un dépassement analogue, qu’elle est donc restée à « l’état de nature ».

    L’objection de « vaguitude » ne tient plus mais j’en ai une autre dans ma manche. C’est que la nature n’est pas seulement soumise à une loi infernale de compétition, mais aussi à des mécanismes de collaboration extrêmement sophistiqués. Compétition et loi du plus fort ne forment que la partie émergée de l’iceberg. Un exemple entre mille, insoupçonné du grand public : la plupart des arbres, (certains ou peut-être tous, je ne sais pas), n’existeraient pas sans des champignons vivant sur leurs racines pour permettre à celles-ci d’absorber les nutriments. C’est un cas de symbiose comme il y a en a des milliers dans la nature, y compris au cœur des cellules (les mitochondries). Or la collaboration existant dans tous les domaines de la vie humaine, on pourrait en conclure que c’est toute la vie humaine qui est donc restée à l’état de nature, pas seulement l’économie et la finance…

    Je ne suis donc toujours pas d’accord avec la thèse, mais d’accord pour reconnaître que c’est un super billet qui donne à réfléchir et inspire des commentaires.

    1. @ Crapaud Rouge

      Or la collaboration existant dans tous les domaines de la vie humaine, on pourrait en conclure que c’est toute la vie humaine qui est donc restée à l’état de nature, pas seulement l’économie et la finance…

      Avec une part de sa culture (l’économie) pensée comme un état de nature (comme si les hedge funds poussaient sur les arbres, la bonne blague… !) c’est effectivement toute la vie humaine qui peut être considérée comme pas encore totalement civilisée. En quoi votre remarque invalide-t-elle l’intérêt d’une déconstruction en règle du genre économique ? Je ne vois pas. D’autant qu’il n’y a strictement aucune contradiction entre l’urgence à faire apparaître le Contrat économique comme une nouvelle étape du Contrat social et le but qui serait la disparition de l’économie en tant que sphère indépendante du politique. Je ne comprends pas vos réserves concernant ces deux billets, Crapaud.

    2. @Martine :ma remarque invalide cette « déconstruction en règle du genre économique » parce qu’elle montre que cette « déconstruction » repose sur un argument ad hoc, celui de la « forme brute et brutale » de la nature. Si l’on choisi, pour caractériser l’état naturel, le fait que les espèces collaborent pour leur survie, alors l’argument de la brutalité ne tient plus.

      Chose curieuse : l’espèce humaine est de loin la moins collaboratrice de toutes, car elle tue plus d’espèces qu’elle n’en aide. C’est malheureusement en ce sens qu’elle a « dépassé » la nature : en allant au-delà du « droit naturel » de prédation dévolu à toutes les autres espèces.

      Intuitivement, l’on sent bien qu’il y a un fond de vérité dans la thèse de Paul : la sphère économico-financière est sauvage, brutale, sans pitié. Mais faut-il, pour le dénoncer, en appeler à un état naturel repoussoir ? J’en doute fort. Il est probable que les humains se réserveraient une vie autrement plus douce s’ils prenaient plus habilement modèle sur la nature. A vrai dire, toute notre civilisation repose sur une répulsion viscérale de la nature, ou de tout état jugé proche.

    3. @Crapaud

      J’en doute fort. Il est probable que les humains se réserveraient une vie autrement plus douce s’ils prenaient plus habilement modèle sur la nature.

      Ah oui vraiment ? « Plus habilement », tu veux dire en s’inspirant des coopérations obligatoires des endosymbiotes genre rhtzobium de légumineuses ? Voire organites improbables type mitochondries et chloroplastes ? Ou s’esbaudir devant des mutualismes bien compris dans la gamme Escherichia Coli de l’intestin humain (au fait, pour un humain adulte, la flore intestinale est composée de 10 puissance 14 bactéries, c’est-à-dire dix fois plus que le nombre de cellules humaines dans le corps, avec un poids total d’un kilogramme et demi ! ). Plutôt qu’en se conformant à des zolis et ravageurs doryphores parasites et des grands requins blancs prédateurs ? Tain le rêve ! Comment n’y a-t-on pas pensé avant ?
      Je peux t’annoncer dés aujourd’hui une conversion rapide de l’humanité à cette nouvelle économie. Ne cherchez plus un nouveau paradigme économique, social et politique, fermez vos bouquins, éteignez vos ordis, le rêve de l’humanité et l’avenir du progrès sont dans la nature, sous nos yeux, entre lame et lamelle !
      Moi j’annonce déjà mon choix; je veux être muté, ou réincarné (pour ça j’suis prêt à devenir bouddhiste) en Wiggleworthia glossinidia brevipalpis, endosymbiote de mouche Tsé Tsé. Pour le plaisir de voler et pour celui d’endormir les cons.

      @Martine

      Ça ne va plus du tout… Keske vous avez fait de votre adresse mail correcte ? Ousk’il est passé notre avatar préféré ? Perdre l’ancien (le vrai !) pour récupérer cet infâme carreau premier prix bleu cielâtre, c’est carrément pas humain… Vous pensez pas à nous, c’est ça ? Ya d’quoi quitter le blog !

    4. @Crapaud

      Il est probable que les humains se réserveraient une vie autrement plus douce s’ils prenaient plus habilement modèle sur la nature.

      « L’état de nature » est une chose toute différente de la nature.
      L’état de nature est une construction servant à justifier un état qui évidemment n’a rien de naturel (ici l’économie libérale). Etre nostalgique de la nature comme d’un paradis perdu ou même simplement la prendre comme modèle est une idée non dépourvue de charme et d’intérêt spirituel, mais – et c’est cela qui me parait essentiel – cet intérêt pour les « choses de la nature » ne peut être confondu avec la certitude d’une vérité de la nature sans risquer de tomber dans une théologie qui dès lors ne nous permet plus de pouvoir réfuter l’idéologie selon laquelle il existe une équivalence entre lois naturelles et lois économiques. Il nous faut donc bien, et ce me semble tout le propos de Jorion, non point prendre la nature comme repoussoir/ou exemple, mais commencer par montrer en quoi « l’état de nature » se distingue de la nature.

    5. @ Vigneron

      Merci ! merci ! Ce carreau géométrique bleu hideux, moche, pitoyable…. Pensez ! Je ne savais du tout comment pourquoi, il était réapparu ! Qu’avais-je bien pu dire ou faire ? Imaginez, j’ai même failli croire à un sort ; toute ma journée ayant été marquée par la poise, je m’étais résignée à ce que tout, absolument tout, aille de travers… Et là, miracle de Noël, votre commentaire béni me mettant sur la voie… C’était donc ça, une petite adresse mail intervertie avec la mienne, la bonne, celle pour les amis… ! Vigneron, restez, je vous prie. Que votre départ de ce blog, s’il devait arrivé un jour, Malheureux, ne me sois pas imputé !

    6. @Martine : « Vigneron, restez, je vous prie. » : ah non, surtout pas ! Après la rafale d’ironies qu’il vient de m’envoyer à bout portant, je l’verrais bien prendre des vacances, moi, le p’tit père vigneron !

      « L’état de nature est une construction servant à justifier.. » : ben oui, c’est bien ce que je lui reproche : cet « état de nature » est construit de façon à justifier ce que l’on veut justifier. Comme une preuve fabriquée pour faire accuser qui on veut.

      @vigneron : n’ayant rien de sérieux ni de truculent à vous répondre, souffrez que je m’abstienne. (Et bravo quand même pour la tirade…) Ah si, quand même une petite chose avant de vous quitter : à lire vos pittoresques arguments, il semble que nous ne pourrions pas imiter la nature sans cesser d’être nous-mêmes, ce que confirme votre citation de Baudelaire le dandy. Tout apprentissage commence pourtant dans l’imitation, et il est des faussaires qui en ont porté l’art à des sommets…

    7. @Martine Mounier: j’avais raté ce petit débat. Dommage, car il éclaircit en partie certaines questions que je me posais plus bas (en m’adressant à Pierre-Yves).
      Dois-je comprendre que le « contrat économique » veut être à « l’état de nature » économique ce que le contrat social fut à « l’état de nature » politique de Hobbes?

    8. @dominic CB

      « J’ai divisé la société en deux catégories : mes amis ou mes cons à moi et les cons des autres que je ne supporte pas », Michel Audiard[

      Sans doute à peu près tout ce qu’il con-viendrait de garder de la propriété privée, ses cons. Par pure charité, bien sûr.

    9. @ Moi

      Dois-je comprendre que le « contrat économique » veut être à « l’état de nature » économique ce que le contrat social fut à « l’état de nature » politique de Hobbes?

      C’est exactement comme cela que je le comprends. C’est parfaitement résumé !

    10. @Martine Mounier : dans ce cas, il y a là à mon avis une vision superficielle de la question du contrat social. Car je pense que le contrat social fut justement possible parce que le politique a été refoulé dans l’économique. En gros, « l’état de nature » de Hobbes était bien réel sauf qu’il n’avait rien de naturel. Il aurait dû l’appeler « l’état de guerre (civile) ». Et toute la question de l’époque fut de rendre impossible l’état de guerre (civile ou pas) ET LA DEMOCRATIE en refoulant la violence (religieuse et politique) dans la sphère privée et économique (on comprend mieux ainsi pourquoi Rousseau gênait, lui le démocrate qui n’a pas voulu cacher le politique). L’Etat neutre a été ainsi mis en place mais cela ne signifie évidemment pas que la violence et les dissensions ont alors disparu (le doux commerce est juste devenu la guerre économique). Lire par exemple Rosanvallon sur le sujet.

      Ceci dit, il ne suffit donc pas de dire « on va domestiquer en mettant des règles », ni de le faire sauf à comprimer les forces en jeu qui éclateront un jour de manière extrême (on l’a vu dans les régimes totalitaires). L’énergie est là, qu’en fait-on? Que va-t-on faire du politique qui est actuellement dans l’économique? On n’a toujours pas répondu à ma question: Paul Jorion pense-t-il dépasser le politique? Comment? Et que cherche-t-on à vouloir dépasser le politique? (voir plus haut ce que j’ai mis en majuscules)

  42. « De ce point de vue, et parmi les institutions humaines, l’économie est une exception anachronique parce que son mécanisme, celui du système aujourd’hui quasi–hégémonique du capitalisme, existe sous la forme primitive, brute, de la nature non surpassée par l’Homme, à savoir, celle de la sélection par la concurrence absolue des espèces comme des individus et leur tri par l’élimination des plus faibles. »

    Ce constat est fondamental pour pouvoir progresser, même si malheureusement d’autres institutions n’ont pas effectué ce bond (à commencer par la politique).

    Pour ce qui est de l’économie, une explication peut à mon sens être recherchée dans sa définition même classique : la rareté des ressources.

    C’est la rareté des ressources, posée comme postulat, qui limite l’organisation de l’économie )à sa forme capitaliste. Cette rareté se retrouve aussi dans les critiques du capitalisme (sous la forme par exemple de la « finitude de notre monde »).

    Ce postulat est-il réellement fondé ? est-il indépassable ?

    Poser ces questions c’est déjà y répondre.

    CM

    1. Mais oui ! Rareté…rareté..? Deux ou trois femmes amoureuses, déjà que ça vous rempli une vie !

      Si nous disions que 50% de l’activité déployée la sphère économique rend incontestablement service au progrès l’humanité, et que l’autre 50% n’est mis en oeuvre que pour perpétuer la domination des uns sur les autres ?

    2. Je continue ma réflexion.

      La définition « classique » de l’économie réside dans les modalités de répartition et de distribution des biens et des ressources. La rareté des uns et des autres est le cadre de pensée de toute la science économique depuis ses balbutiements jusqu’à ses critiques actuelles.

      Comment sinon justifier la concurrence et le capitalisme, l’individualisme, si l’on ne situe pas l’activité économique dans un environnement de rareté ?

      Or, la rareté des biens a disparu depuis le fordisme (souvenons-nous qu’avant la production et la commercialisation de biens en masse n’étaient même pas techniquement concevables).

      Pourtant rien de change, même si ce décalage engendre des déviances dont nous subissons encore les conséquences aujourd’hui.

      Aujourd’hui, la rareté des ressources elle-même est questionnable, et pourtant la science économique demeure dans le cadre de pensée et d’action défini sur des bases dépassées.

      Il est donc temps de trouver autre chose de plus adapté au nouveau cadre et aux nouvelles limites. Quelles sont-elles ces limites ?

      Disons que la rareté est remplacée par l’adversité : les ressources et les biens ne sont pas rares mais de plus en difficiles et dangereux à produire et distribuer.

      Ce simple changement implique une révolution totale : la libre concurrence n’est plus le mode d’organisation optimal, au contraire, les structures économiques organisées collectivement dans un environnement adverse ne reposent pas sur la concurrence et l’individualisme, mais sur la communauté (le passage au « nous » cher à Mr Jorion) et la mobilisation des complémentarités.

      à suivre…

      CM

    3. Si l’on poursuit l’analyse du simple remplacement dans les postulats fondant le paradigme de l’économie de la « rareté » par « l’adversité », on peut trouver (dans le désordre et sans développer – ce serait trop long) quelques conclusions intéressantes :

      – la libre concurrence à l’intérieur du groupe n’est plus le mode optimal d’organisation de la production et des échanges ;
      – l’utilité sociale des fonctions doit être redéfinies, en prenant soin de ne pas confier cette redéfinition à un groupe, qui aura tôt fait de confisquer à son profit l’ensemble du système ;
      – la notion classique de propriété privée devient totalement obsolète, puisqu’elle doit alors être limitée aux biens nécessaires à la préservation de la vie privée de chacun, et non aux biens et ressources nécessaires à la production ;

      En cherchant quels systèmes pourraient être interprétés à l’aune de cette simple modification d’une donnée de base de la réflexion économique, nous aurions deux pistes de recherches :
      – les organisations militaires (qui comportent nombre d’avantages et de spécificités totalement inconnues de l’économie classique), qui sont les organisations humaines les plus adaptées pour gérer l’adversité ;
      – les organisations de colons ou de pionniers (souvent proches de celles des militaires), particulièrement celles des premiers colons en Amérique du Nord : là encore il s’agit d’organisations mises en place pour gérer l’adversité.

      Je manque de sources bibliographiques pour cette deuxième piste (la première en revanche, je connais bien). Y aurait-il des livres ayant étudié de manière sérieuse les sociétés de colons en Nouvelle Angleterre du point de vue politique économique et social ?

      Merci de votre aide.

      CM

    4. Sur la rareté initiale, je doute depuis Marshall Shalin – les sociétés d’abondance à l’âge pierre – il est vrai que je n’ai pas suivi l’évolution des critiques depuis sa parution.

      Pour la rareté actuelle, c’est clair elle fabriquée : par l’obsolescence calculée, et par l’éradication des agricultures vivrières par les monopoles agricoles, l’écosystème est pillé et les zones potables deviennent rares, etc., etc.

      Pour l’adversité nous ne passons pas pour tous d’une civilisation de la peine à une civilisation de la panne (je ne sais plus de qui c’est)

      Cette pénibilité et ces néo raretés sont créées sur le modèle de la domination par le salariat sans nous sans la mégamachine industrielle et financière vous crèveriez de faim.

      Cette mégamachine est gérée selon deux lignes de commandement, l’une reposant sur les affects tristes et les petites joies du salariat et la seconde en contrepartie de la désolation du complexe d’affect salarial sur les joies secrètes de la corruption comme ligne de commandement héritée de l’ancien régime :

      Notre sottise nous fera prendre de terrible retour de bâton lesquelles imposeront des limites à notre sottise; nous ne rencontrons pas les « limites de l’écosystème », mais les limites du traitement imbécile que nous lui faisons subir !

      L’humanité ne se dépassera pas en se construisant une civilisation sur des affects limités, modestes, timorés, mais comme une espèce de cloporte prudente !

      Nous avons à construire une économie de la joie (1) et particulièrement celle de collaborer, car si nous voulons faire quelque chose ensemble « l’économie » commence avec la division du travail ! Quelle ligne de commandement inventer pour les sociétés modernes complexes ?

      (1) Il faudrait reprendre l’analyse de I. Stengers à propos de la mainmise sur les SEL, autant par les syndicats que les pouvoirs publics

      A+

    5. Merci de ces références.

      Je découvre, je vais creuser un peu tout ça. J’ai aussi découvert la Parecon.

      Décidément, quand une idée est dans l’air, cela frémit de partout…

      Je vois tout cela et je continue ensuite (il faut aussi que je termine le dernier Lordon que vous avez manifestement lu 😉 )

      Cordialement,

      CM

    6. à quel niveau parlons-nous de « constitution pour l’économie »  » ou « déclaration des règles économiques fondementales »

      Comme utopie structurante – complémentant la Déclaration universelle des droits de l’homme, par un volet économique, elle devrait être immédiatement compréhensible comme but universellement partagé et comme texte servant de ultime contre l’oppression.

      comme un ensemble organisé de règles destiné à  » tendre vers » l’utopie structurante, (cf les efforts de Sarton, « Zebu », Julien et les vôtres

      (- ne parlons pas de constitution pour l’économie comme d’un ramassis détaillé de « moi je veux ça, le tout soumis à référendum -)

      Parecon relève il me semble d’un troisième type : « le projet politique imposé » : « c’est nous les bons » ! La stratégie du projet est alors éclairante : cf.

      http://www.zcommunications.org/parecon-today-by-michael-albert

      (point 14)

      Parecon se propose envisage de construire « une société sans classe », – bravo ! Mais la stratégie est à mon avis proche de la « dérive totalitaire »

      1 parecon relayé par un parti de masse
      2 parecon porté par un homme providentiel soutenu par un groupe de presse
      3 (à défaut) et en attente parecon porté par de petits isolats pareconiens en réseaux

      En résumé : « la classe » des Pareconiens imposera sa vision du monde aux autres !

      §

      À l’inverse, l’interdiction des paris sur les fluctuations de prix s’intègre au niveau d’un ensemble organisé de règles, comme frappe chirurgicale destinée à inhiber la domination de quelques-uns et même déjà à la réduire. L’accord de la très grande majorité sur un point particulier, à la fois,me semble une garantie contre le totalitarisme sous-jacent à des règles trop précisées au départ. Toutefois l’opération chirurgicale s’intègre nécessairement dans une vision de la santé qui devrait être énoncée.

      A+

  43. Très heureux de voir que vous attaquez les problèmes actuels de l’économie exactement au point où je souhaite qu’ils soient attaqués.
    J’en ai dit qq mots dans le commentaire 41 du « on est vendredi » du 24/12.
    Je signale que R. Thom a développé une théorie de l’analogie dans le prolongement de celle d’Aristote.
    L’oeuvre de J. Petitot mérite amha également attention.

  44. « La sphère de l’économie demeure elle encore réglée par la nature laissée à elle–même, à savoir par une sélection fondée sur le rapport de forces où le plus puissant écrase le plus faible, principe agressif dont l’emprise déteint alors sur l’ensemble des rapports humains. »

    J’ai mal compris ou cette phrase ne revient pas à dire que le capitalisme est naturel?

    En tous cas, Polanyi doit se retourner dans sa tombe. Lui qui avait démontré que la concurrence économique est un fait culturel plutôt récent qui doit tout au libéralisme.

  45. @ Paul

    Vous dites :

    Le raisonnement, c’est évidemment pour Aristote, la faculté d’engendrer le syllogisme, c’est-à-dire, la possibilité d’associer deux concepts par le truchement d’un troisième – le moyen terme – auquel chacun d’eux est lié. La Raison s’assimile à la puissance du syllogisme d’étendre par ce moyen la « sphère d’influence conceptuelle » de chaque terme de proche en proche, de syllogisme en syllogisme, de manière potentiellement infinie. Ce pouvoir, c’est celui d’exporter une certitude acquise au–delà de son cercle immédiat. C’est dans la prise de conscience de la puissance du syllogisme par Socrate, Platon et Aristote mais aussi par leurs adversaires sophistes, Protagoras et Gorgias, que réside le miracle grec : la capacité d’expliquer la nature en ses propres termes.</blockquote

    Si l'on se fie aux deux présentations que je reproduis ci-après du plus récent ouvrage de Jack Goody (anthropologue britannique à Cambridge où vous-même avez enseigné) intitulé Le vol de l’histoire, ce dernier relativise beaucoup, pour ne pas dire nie l’existence d’un miracle grec qui expliquerait le développement d’un certain nombre de formations historiques européennes, au nombre desquelles figure notamment le capitalisme.

    Y a-t-il eu pour vous vol de l’histoire au sens où l’entend Jack Goody ?

    Voici la présentation que fait l’éditeur du Vol de l’histoire :

    Une fois encore, comme hier à propos de la famille en Europe ou de la place de l’écriture dans notre civilisation, Jack Goody vient perturber la ronde des historiens emportés par leurs certitudes. A la question soulevée par l’anthropologue britannique, on devine déjà ce qu’argueront les esprits chagrinés par cette interpellation d’exigence : comparaison n’est pas raison. Or, c’est bien de cela qu’il s’agit. La question ? C’est le « vol de l’histoire « , c’est-à-dire la mainmise de l’Occident sur l’histoire du reste du monde. A partir d’événements qui se sont produits à son échelle provinciale, l’Europe a conceptualisé et fabriqué une présentation du passé toute à sa gloire et qu’elle a ensuite imposée au cours des autres civilisations. Le continent européen revendique l’invention de la démocratie, du féodalisme, du capitalisme de marché, de la liberté, de l’individualisme, voire de l’amour, courtois notamment, qui serait le fruit de sa modernisation urbaine. Plusieurs années passées en Afrique, particulièrement au Ghana, conduisent Jack Goody à mettre aujourd’hui en doute nombre d' » inventions  » auxquelles les Européens prétendent, sous les plumes de Fernand Braudel, Joseph Needham ou Norbert Elias notamment, alors que ces mêmes éléments se retrouvent dans bien d’autres sociétés, du moins à l’état embryonnaire. Economiquement et intellectuellement parlant, seul un écart relativement récent et temporaire sépare l’Occident de l’Orient ou de l’Afrique. Des différences existent. Mais c’est d’une comparaison plus rapprochée que nous avons besoin, et non d’une opposition tranchée entre le monde et l’Occident, au seul profit de ce dernier.

    Une autre recension dans Alternatives internationales (déc. 2010) en dit aussi ceci :

    Au moment où, sur la scène internationale, la place centrale de l’Occident est relativisée par l’émergence de nouvelles puissances, et notamment de la Chine, l’anthropologue et historien Jack Goody propose une révolution copernicienne historique. Les concepts centraux de la narration de l’histoire du monde, autour de concepts forgés par la pensée européenne, doivent en effet, eux aussi, être relus dans une perspective plus large. Le postulat auquel s’attaque Jack Goody est que le capitalisme serait le produit d’une trajectoire spécifique à l’Europe: une Antiquité irriguée par le rayonnement de la pensée grecque, le féodalisme comme condition d’émergence d’agents économiques autonomes, la redécouverte des classiques constitutive de la Renaissance qui annonce les Lumières, le rationalisme, l’individualisme nécessaire au capitalisme, la puissance scientifique, puis la supériorité économique et politique de l’Europe.

    Cette séquence, explique l’auteur, pèche par un ethnocentrisme qui ne verrait le reste du monde qu’en mesurant l’écart qui le sépare de l’Europe. Et surtout par un biais téléologique, qui ferait du capitalisme un aboutissement spécifiquement européen. Or, les formes d’une économie marchande citadine sont présentes dans d’autres civilisations et la notion même de capitalisme n’a rien de spécifique. Ainsi, il faut remettre l’histoire « sur ses pieds » et replacer les trajectoires européennes dans un ensemble de convergences et de variations là où l’historiographie classique ne voit que des essences. Thiéry Brésillon.

  46. Texte trop optimiste de mon point de vue.

    La présentation qui y est faite de l’humain comme une apogée du vivant, l’aboutissement du darwinisme, m’apparaît au moins aussi présomptueuse que celle qui considérait jadis la Terre comme centre de l’univers.

    Je serais plutôt de ceux qui considèrent que l’avenir de humain est le même que celui des dinosaures, que celui-ci est voué à disparaître pour être remplacé par autre chose de plus « performant » – ce qui ne voudra pas nécessairement dire de plus sophistiqué d’ailleurs, pour preuve, des organismes unicellulaires existent toujours tandis qu’ils reprennent les canons les plus primitifs du vivant. En l’occurrence, les sauriens étaient eux-même un modèle d’achèvements en ce qui concerne la prédation, et pourtant leur sophistication ne les a pas sauvé.

    De même, il me semble illusoire de penser que la sophistication humaine puisse le préserver au cours du temps. On observe au contraire des signes que c’est par cette sophistication qu’il se trouve fragilisé, comme toutes les espèces avant lui qui ont dominé le monde en se spécialisant. L’avantage de jadis se transforme peu à peu en inconvénient, la spécialisation de l’humain le rend progressivement incapable d’adaptation.

    A force d’abstractions, il perd peu à peu de vue les réalités concrètes. Ainsi par exemple, il se soucie désormais plus de l’argent lui permettant d’acheter des productions que des productions elles-mêmes. La simple idée d’en revenir à une agriculture vivrière lui paraît absurde.
    – Pourquoi?
    – Parce que ce serait revenir en arrière.
    – Et alors, quelle importance si c’est la seule solution viable?
    – …

    N’ayant jamais eu de réponse à la suite de cette discussion que j’ai pu avoir à de nombreuses reprises, j’en suis réduit à la conclure ainsi par des points de suspension, exprimant tout à fait le vide dogmatique dans lequel est plongé l’humain incapable d’accepter la limite de sa condition. « Plutôt disparaître en tant qu’espèce que de revenir en arrière » semble dire l’humain endoctriné par la notion de progrès dans laquelle il semble irrémédiablement enfermé.

    Condamné à avancer pour un motif dont il n’a même plus conscience, l’humain se déplace sans même connaître sa destination, aussi hors de contrôle qu’une feuille morte laissée au gré des vents.

  47. J’entends beaucoup parler de l’agonie et de la fin du capitalisme. Mais j’aimerais aussi entendre parler de la fin du socialisme. Car le socialisme n’est qu’un sous-produit du capitalisme et il s’est dissout sous nos yeux au cours de ces dernières décennies. En effet le socialisme ne peut exister qu’en tant qu’opposition au capitalisme, dont il a pour vocation de corriger les excès, or ces dernières années les socialistes ne tentent même plus de corriger ces excès, ils les accompagnent, et bien souvent ils prennent les devants, pour s’attirer les faveurs des sacro-saints marchés. Le capitalisme est à l’image de la nature: les forts mangent les faibles. Il n’a jamais prétendu faire le bonheur de toute l’humanité, à l’inverse du socialisme. Or que s’est-il passé ces dernières années, les socialistes se sont rendus compte qu’ils ne pourraient tenir cette promesse, car « il n’y en aurait pas pour tout le monde ». Du coup leur programme s’est liquéfié, réduit à l’état d’une flaque d’eau après l’orage. Il ne font plus que de la figuration électorale, et leurs responsables les plus doués font de brillantes carrières personnelles au service du système capitaliste, qu’ils tentent de sauver, car au risque de me répéter: sans capitalisme, pas de socialisme. La nature est amorale et souvent cruelle, le capitalisme est en plus souvent immoral, et le socialisme a renoncé à incarner l’idéal de progrès social. Les esprits animaux sont à nouveau lâchés et s’ébattent en toute liberté: la liberté du loup dans la bergerie. L’homme n’a pas surpassé la nature, l’homme est la nature, il est le dernier représentant en date des grands prédateurs qui ont régné sur cette planète: du « tyrannosaurus rex », en passant par le « tigre à dents de sabre » et jusqu’à nous. Son règne se terminera aussi comme celui de ses prédécesseurs, mais peut-être que ce sera le premier qui devra son extinction à un excès de rapacité et d’aveuglement collectif, et non à un événement contingent comme une météorite. L’homme et plus particulièrement « l’homo technicus » est à la fois le plus intelligent de la création, mais aussi le plus collectivement borné. Tout cela a peut-être commencé lorsque nos ancêtres simiesques ont pris l’habitude de casser des noix dans la savane. C’est une réflexion que je me suis fait en regardant un reportage à la télévision. Des sapajous d’Amazonie, cassent des noix avec des pierres parfois aussi lourdes qu’eux. Pour cela il doivent se dresser sur leurs pattes arrières, soulever la pierre et la faire tomber sur la noix, ils doivent en général s’y prendre à plusieurs reprises. Avec le temps ils se sont musclés, le dos et les cuisses de sorte qu’ils arrivent à marcher sur leurs pattes arrières en portant des objets. Or la bipédie libère les pattes avant et donc les mains. Et plus l’animal se sert de ses mains, plus il développe ses facultés cérébrales. Tout cela pour dire que l’homme ne surpasse pas la nature, il en est l’émanation, un animal ayant acquis des capacités techniques surpassant celles de tous les autres animaux, mais ses capacités éthiques sont restées au stade embryonnaire. Quelques individus les ont dans l’histoire humaine plus développé que les autres, mais ils ont en général été massacré par leurs congénères, dont ils dérangeaint les habitudes: on pourrait rajouter les mauvaises habitudes. Où tout celà peut-il nous mener, je n’en sais rien. Mais nos compétences techniques nous permettent aujourd’hui de casser non plus des noix, mais des noyaux d’atomes et c’est infiniment plus dangereux. Si nous ne développons pas collectivement et rapidement nos capacités éthiques, restées en jachère, il y a fort à craindre que le « surhomme » avorte avant que d’avoir vu le jour.

    1. L’espèce humaine peut encore prendre en main son destin, en abattant la dictature du capital,
      soit en gérant l’économie démocratiquement comme il me semble le suggère Paul,
      ce que j’appelle le bon sens qui finit par s’imposer, après, en dépit et surtout grâce
      à une cascade d’échecs de tentatives de « socialisme », auquel personne ne croit plus.

      De même que peu de gens prennent vraiment au sérieux les promesses de « changement » ou même de « révolution par les urnes » (!) des politiciens de la gauche réformiste,
      effectivement ralliés en fait au capitalisme, et qui ne sont que les rabatteurs de voix
      et pompiers en toute occasion du capital.
      Ce qu’ils ont démontré au gouvernement « gauche plus rien » ,
      et viennent de démontrer par leur opposition à la grève générale.
      Ils y étaient opposés car elle aurait obligé Sarko à céder sur le vol des retraites,
      et sur tout le train de contre-réformes, ouvrant ainsi peut-être à terme une crise politique
      menaçant la dictature du capital.

      C’était possible, mais la bourgeoisie a aligné tout le ban et l’arrière ban.
      Cela reste possible, mais rien n’est jamais écrit.
      Le meilleur est encore possible comme le pire.
      Mais c’est vrai qu’il va falloir se bouger pas mal dans les mois et années qui viennent.
      Il semble que nous soyons au croisement d’un emballement de désastres inédits,
      économique comme écologique.
      Enfin, si l’espèce doit disparaitre, qu’elle le fasse debout…

    2. @ Charles.A

      Vous dites: « si l’espèce doit disparaître, qu’elle le fasse debout », c’est en effet la moindre des choses pour une espèce de bipèdes, qui a peut-être acquis cette bipédie en cassant des noix de cajou et/ou en se dressant sur ses membres inférieurs dans la savane pour voir d’où venait le danger. Si cette dernière hypothèse est valide, soyons debout plus que jamais, car les périls se profilent de toute part.
      Ceci dit je ne tiens pas un discours, j’en conviens, plutôt dur pour notre espèce, parce que je souhaite sa disparition. Au contraire je souhaiterais, comme beaucoup je le pense sur ce blog, que nous nous ressaisissions collectivement, que nous mutions pour enfin affronter les défis inédits de notre temps.
      Pour enfin, si ce n’est aller vers un avenir radieux, du moins vers un avenir qui redonnera espoir à tous, en particulier aux plus malmenés par ce système voulu par quelques uns et aux jeunes qui en ont bien besoin.
      C’est possible nous avons des moyens techniques comme jamais l’humanité n’en a eu auparavant. Seulement il est de notre responsabilité collective de les utiliser pour le bien commun et non au profit de quelques requins, jamais rassasiés.
      Quant à nous échapper vers d’autres planètes, dans l’état actuel de nos connaissances scientifiques et technologiques cela me semble peu envisageable. C’est pourquoi, il vaut plutôt mieux penser à sauvegarder la notre, notre Terre, cette planète miracle!
      Nous devons muter ici même, moralement, psychologiquement, intellectuellement et dans nos actes, si nous voulons avoir la moindre chance d’explorer un jour le reste de l’univers et peut-être d’y rencontrer d’autres êtres intelligents et espérons le plus Sages que nous le sommes encore aujourd’hui.
      Pour ceux qui m’objecteraient que la Sagesse peut conduire à un monde ennuyeux, je réponds que Sage ne veut pas dire parfait, cela veut simplement dire accéder à un niveau de conscience qui empêche de se conduire de façon irresponsable envers les autres qu’ils soient de notre espèce ou pas, et envers le monde qui nous a fait naître. On devrait je pense pouvoir s’amuser et être heureux, sans massacrer son prochain, les autres animaux et saccager notre environnement.
      Il est de notre responsabilité d’Homme de rendre ce monde meilleur, même et surtout si dans ses fondements il est souvent dur et cruel. Nous ne sommes pas le démiurge, mais au travers nous, par le développement de notre conscience un Dieu éthique cherche à exister et agir en ce monde. Je rejoins là ce que dit Paul Jorion dans sa conclusion: « Lorsque l’Homme aura réussi dans cette tâche, il sera devenu le moyen que la nature s’est donnée de créer le Dieu qui lui fit jusqu’ici tant défaut. »

      @Argeles39

      Je suis aussi très dur avec les socialistes, plus qu’avec le socialisme qui reste un idéal respectable. Car les socialistes m’ont particulièrement déçu lorsqu’ils exerçaient le pouvoir. Peut-être est-ce en effet parce qu’il méritent plutôt le qualificatif de sociaux-démocrates, que de socialiste. Je n’osais pas employer le qualificatif de sociaux-traîtres, mais voilà c’est fait…

  48. Par l’homme, la Nature s’est donné un outil pour se connaître elle-même…

    Nous revoilà balancés 150 ans en arrière, sur les ondes romantiques de l’idéalisme panthéiste allemand…

    Une telle affirmation demanderait un minimum de démonstration.
    Il n’en est rien…

    De surcroît, les concepts utilisés (« nature », »homme » ) ne sont pas définis,
    on attribue à la « nature », entité floue, une intention et un raisonnement humain…

    On n’a affaire ici ni à un postulat (hypothèse qui sera confirmée par le bon sens ou démontrée par l’expérience )
    ni à un axiome (vérité évidente, qui n’a pas besoin d’être démontrée)…
    A rien de quelque peu solide qui puisse permettre un développement.

    On a, simplement, une pensée naïve, qui tente de maquiller dieu en nature, pour pouvoir le ramener, après le jugement sans appel de Kant, sur le devant de la scène…
    Elle peut, en effet, être qualifiée de « merveilleuse », mais dans le sens qu’elle appartient à cette catégorie qui s’appuie sur le principe « c’est vrai, puisque je pense que c’est vrai »…

    Eh bien, faisons plaisir à ce romantique de Schelling et prenons-la comme telle,
    pour voir ce que cela donne….

    S’il est vrai que par l’Homme la nature veut se connaitre, quel constat pourra-t-elle donc faire,
    à propos d’elle-même ?

    a) qu’elle se crée pour se détruire (les espèces s’entredévorent, les hommes s’entretuent, l’homme pollue…)

    b) qu’elle pense tout et son contraire, à propos de tout ( voir la totalité ahurissante d’idées qui existent …)

    c) qu’elle dépense une formidable énergie qui finit dans le néant…

    Bon, et donc, avec ça, elle compte faire quoi, la Nature ? Persister, changer ?…
    Posons-lui la question :
    – Allo, La Nature ? Ici c’est l’Homme…
    Euh…Personne pour décrocher …silence radio dans l’Univers !

    Et nous, on va faire quoi, avec ce constat ?
    D’ailleurs, pouvons-nous faire quelque chose, étant donné que nous ne sommes
    qu’un outil d’expérimentation ?

    Voilà donc un genre d’affirmation pompeuse qui ne mène à rien…
    Mais, qu’importe le résultat ?
    Penser c’est tellement beau, n’est-ce pas ?!

    1. +1 avec votre commentaire . anthropocentrisme évident .
      Ce qui m’inquiete, ce sont les commentaires nombreux et admiratifs .
      Me fait penser de plus en plus que le comble de la démocratie est l’audimat.

    2. @kerkoz

      Les apparences nous suggèrent qu’il est seul à disposer de cette capacité : d’autres créatures en disposent peut-être ailleurs ou au sein de ces univers parallèles dont nous parlent les physiciens, mais de cela nous n’en savons rien. Aussi, quand je dis l’Homme, je pense également à toutes les espèces qui auraient pu atteindre ce niveau de surpassement de la nature telle qu’elle leur était offerte.

      C’est de « l’anthropocentrisme évident » ça ? Lorsqu’on tient compte nommément de l’option des « multivers » spéculés (envisagés) par les physiciens (de la physique quantique à la théorie des cordes…)
      Et vous Kerkoz qui parlez d’or, êtes vous tellement moins « anthropocenté », au quotidien dans vos actes comme dans vos spéculations ou croyances philosophiques ?

    3. @Vigneron.

      ///Aussi, quand je dis l’Homme, je pense également à toutes les espèces qui auraient pu atteindre ce niveau de surpassement de la nature telle qu’elle leur était offerte.///
      Oui , ici on pose comme postulat que ce « dépassement » est vertueux. Que la « dénaturation » qui l’a permis le serait aussi , en toute logique . Mais, sorti des lustres et des chromes des civilisations , qu’en est il vraiment ? : esclavage réel ou virtuel (énergie) en sont une des conditions . Pour un confort « relatif » et egoiste (puisque non valable a l’ensemble de l’espece) , on vend son ame au diable , on tente un modèle inoui ….et en echec constant .

    4. @Kercoz

      Oui , ici on pose comme postulat que ce « dépassement » est vertueux. Que la « dénaturation » qui l’a permis le serait aussi , en toute logique .

      Où est-il écrit que ce dépassement était posé comme vertueux ? Un dépassement de limites postule-t’il nécessairement à la vertu ? Ou serait-il inversement, toujours et nécessairement, du domaine de l’hybrys et donc du vice (l’hybride impur, dénaturé et monstrueux !) ?
      Le reste de votre développement est donc engagé sous un mauvais jour mais vous rajoutez soudain une « dénaturation » venue on ne sait d’où et pré-existante au dépassement lui même, sans doute du domaine ontologique et pré-big-bang du vice humain anthropocentré…
      Sur quoi donc êtes-vous centré Kercoz ?

  49. J’aime bien l’idée de la création de l’intelligence (humaine) pour que la vie puisse s’exporter sur d’autres planètes, ne pouvant pas mécaniquement y sauter. cela rejoint assez l’idée de _Jean-Pierre Petit_ selon laquelle la complexité de la vie sert à élargir son horizon communicationnel, y compris avec d’autres planètes et mondes.

    Quoiqu’à mon avis la vie s’est plantée avec l’homme qui ne perçoit pas l’intention de sa créatrice (non, dieu-créateur n’est pas une femme, même si l’idée serait bien sympa et même assez naturelle), la vie, qui est de se complexifier pour occuper toutes les niches écologiques, mais au contraire détruit ces niches et tout forme potentielle d’intelligence capable de lui succéder, en la mangeant. Il n’y aura pas « d’Homme d’après sapiens ». Et pour être franc, on s’en fout…
    Je ne crois pas (mais ça me regarde) à une création donc une finalité de la vie, un objectif à atteindre, qu’est ce qu’on ferait une fois arrivé?
    Je ne crois pas non plus à une destruction définitive de la planète, l’humanité reviendra à un niveau éco-supportable faute de munition énergétique. Tout comme je ne crois pas, connaissant le bonhomme, que l’humanité pourra refréner sa consommation : tout le pétrole, tout le charbon, tout le gaz va y passer aussi vite qu’il sera possible de l’extraire.

    Et tout comme je ne crois pas qu’une règle économique globale puisse être imposée, elle s’imposera elle-même par nécessité. Tout ce qu’on peut faire est de lui préparer le terrain dans une direction souhaitable en levant les difficultés.

    Le capitalisme à la sauce néo-lib est un héritage du nouveau monde et de la conquête de l’ouest, lorsqu’il fallait se débrouiller seul : pas de loi hormis celle du + fort et que le meilleur gagne. Magnifié par la culture dominante actuelle via le mythe du bon contre les méchants, simpliste et efficace sur la plupart des gens. Le bon est toujours celui qui utilise la force et parfois l’intelligence pour punir le méchant qui met les gens en danger ou utilise sa force contre un + faible. Le bon remplace justice immanente qui se fait attendre, c’est le dieu vengeur contre l’esprit du mal. ça marche à tous les coups. Bref.
    Les européens ont un sens du partage et d’entraide + développé, ou en tout cas qui l’a été en partie du fait de l’héritage historique : la propriété privée est une invention récente, au sens de l’histoire, pour les non-nobles, elle date de la révolution. Auparavant la terre et ce qui était dessus, hors des villes libres, appartenaient aux nobles ou au clergé. De + on était aussi souvent parents ou alliés de près ou de loin.

    Ce qui compte pour faire une société qui marche c’est que tout le monde possède les mêmes valeurs, les mêmes codes de communications et de résolution des conflits. C’est possible dans une société de petite taille car la pression sociale est forte, ce l’est moins dans une société mondialisée et multiculturelle, à moins d’imposer ses valeurs à tous.
    Il faut une religion commune en somme, sans nécessairement qu’il y ait un dieu ou un panthéon. Il faut tout de même un minimum de théologie directrice et une espérance « finale » pour que les gens marchent. On ne peut qu’être d’accord avec l’égalité juridique pour tous et les droits de l’homme des néo-libs, on ne peut pas l’être avec la compétition permanente et le marche ou crève.

    La meilleure voie, pas très révolutionnaire mais tant pis, serait de supprimer progressivement la propriété privée pour en faire une propriété commune, à différents niveaux -quartier, commune, bassin industriel ou hydrographique, région, etc. Le tout appartenant à l’état mais sans qu’il ne possède le droit d’en disposer, réservé aux niveaux inférieurs, qui eux n’ont pas le droit de le vendre.
    Le passage progressif pourrait se faire par la suppression des héritages, tout simplement, ils iraient à la communauté, sur le principe qu’on ne travaille plus pour améliorer le sort de ses propres enfants en privant les autres mais au contraire à améliorer le sort commun pour que ses enfants comme ceux des autres en bénéficient.
    Remplacer le « je » par le « nous ».

    1. La meilleure voie, pas très révolutionnaire mais tant pis, serait de supprimer progressivement la propriété privée pour en faire une propriété commune, à différents niveaux -quartier, commune, bassin industriel ou hydrographique, région, etc. Le tout appartenant à l’état mais sans qu’il ne possède le droit d’en disposer, réservé aux niveaux inférieurs, qui eux n’ont pas le droit de le vendre.
      Le passage progressif pourrait se faire par la suppression des héritages, tout simplement, ils iraient à la communauté, sur le principe qu’on ne travaille plus pour améliorer le sort de ses propres enfants en privant les autres mais au contraire à améliorer le sort commun pour que ses enfants comme ceux des autres en bénéficient.
      Remplacer le « je » par le « nous ».

      Excellente solution . C’est normal de vouloir protéger ses enfants et la totalité des héritages mis en commun le ferait . Pourquoi vouloir que ses propres enfants aient plus que les autres ? C’est malsain et le superflu obtenu sans effort en fait des petits c…s vains et prétentieux .

  50. « les inquietudes touchent a leur fin »…

    Le progrès ou l usage de la métaphore. ..

    « La réalité n aura donc ete qu une solution éphémère.  »

    ….En fait, cette réalité, profane et desacralisee, est devenue lentement une fonction inutile, dont nous tentons désespérément de sauver la fiction (comme, jadis, celle de l existence de Dieu ),mais dont nous ne savons au fond comment nous débarrasser. »
    (Baudrillard :l intelligence du Mal)

    Réalité -nature-virtualite.
    Processus de désinvestissement-phase de deliaison,de desobligation quasi totale.
    « Toutes les métaphores de l humanité finissent par devenir des réalités. . J en viens a me demander si le vrai but de la science n est pas une validation des metaphores « Romain Gary

    La réalité et son désaveu :horizon collectif ?
    Le Monde et son double.
    Un clin d oeil ,en forme d anamorphose -une abreaction .

    L invisibite bientôt une réalité (sciences ):

    http://www.futura-sciences.com/fr/news/t/physique-1/d/en-bref-linvisibilite-serait-elle-devenue-une-realite_26722/

  51. Pardonnerez-vous l’audace de mon intervention qui se situe uniquement sur le plan orthographique après (une première) lecture, ne me sentant pas apte actuellement à participer sur le fond. J’ai supposé, sans prétention, que cela pourrait être utile si cet écrit était à nouczédité sur support.

    Voici (les rectifications sont en Bold) :

    – On trouve sous la plume de Schelling cette pensée merveilleuse que l’Homme est le moyen que la nature s’est donné(e) pour prendre conscience d’elle–même.
    – Le moyen que la nature s’est offert(e) pour se surpasser
    – qui provoquaient à juste titre notre frayeur en innocents trompe-l’œil(s)
    – qui ne mirent pas tous leurs œufs dans le même panier
    – comme le voulait Schelling, le moyen que la nature s’est donné(e) pour prendre conscience d’elle-même que celui qu’elle s’est donné(e) pour se surpasser.
    – Quoi qu’il en soit, nous avons cessé désormais d’être une simple moisissure
    – par un code inscrit au cœur de la cellule
    – Ainsi, l’œil du poulpe,
    – L’Homme est aujourd’hui démiurgique, créature créatrice mais au sein (-) (pas de tiret) même de la nature,
    – celui du système aujourd’hui quasi (-) (pas de tiret) hégémonique du capitalisme,
    – sa dynamique ayant aujourd’hui mis en péril l’existence (-) (pas de tiret) même de celle-ci
    – L’Homme est non seulement le moyen que la nature s’est donné(e)
    – Il reste cependant à éliminer de nos sociétés le règne de la nature non (-) (pas de tiret) domestiquée en son sein
    – Lorsque l’Homme aura réussi dans cette tâche, il sera devenu le moyen que la nature s’est donné(e) de créer le Dieu qui lui fit jusqu’ici tant défaut.

    1. Pour le premier cas, remplacez « moyen » par un mot de genre féminin et utilsez un verbe du troisième groupe pour voir s’il y a accord ou pas.
      Exemple: c’est la chance que la nature s’est offert/ s’est offerte

      Pour les tirets, les deux formes sont admises, avec ou sans tirets.
      En général, quand on les met, c’est qu’on a une orthographe que certains qualifieraient de vieille France, de classique pour les autres. ( old-fashioned ! )

      Quant à « trompe-l’oeil », c’est invariable. On ne dit pas trompes-yeux.

    2. Ici, ce n’est pas la nature qui s’est donnée à l’Homme, comme par ex la femme s’est donnée à l’homme (ou lycée de Versailles), mais la nature qui s’est donné quelque chose, comme par ex la femme (ou l’homme) s’est donné du plaisir . Nuance. Par contre, on écrirait effectivement la jouissance que l’homme (ou la femme !) s’est donnée. Ou les possibilités que la nature s’est données
      Se donner est un verbe pronominal « réfléchi » (action du sujet sur lui-même : je me donne) et « réciproque » (action de plusieurs sujets les uns envers les aux autres : ils se donnentet donc parfois transitif direct et donc assimilé avec les verbes se conjuguant avec l’ auxiliaire « avoir » (accord avec le complément d’objet direct si celui-ci précède).
      Quel est le COD ici ?
      « le moyen que la nature s’est donné » = Elle a elle a donné quoi? le moyen donc accord du participe au masculin singulier (le verbe est traité comme s’il était conjugué avec « avoir », donc la question se pose avec l’auxiliaire « avoir »).

      Conclusion : pas de faute de Paul, ni du traducteur de Schelling.

    3. Se donner est un verbe pronominal qui peut être réfléchi , passif , réfléchi indirect , réciproque , autant dire une des difficultés majeures de la langue française !

      Mais je ne suis pas d’accord avec Vigneron :

      « L’homme prend et rejette; la femme se donne, et on ne reprend pas , ou on reprend mal , ce qu’on a une fois donné. » Montherlant , les jeunes filles .

    4. @juan

      Oui mais moi, Môssieur, je suis pas Montherland. Je fais donc l’effort de faire semblant d’être politiquement correct.

      « La plus belle fille du monde ne peut donner que ce qu’elle a… Mieux vaut souvent qu’elle le garde! »
      Mélange, Paul Valéry

      « On dit communément: «La plus belle femme du monde ne peut donner que ce qu’elle a»; ce qui est très faux: elle donne précisément ce qu’on croit recevoir, puisqu’en ce genre c’est l’imagination qui fait le prix de ce qu’on reçoit. »
      Chamfort

    5. « L’Homme est le moyen que la nature s’est donné pour prendre conscience d’elle–même »

      « Se donner » n’est pas un verbe « essentiellement pronominal« . En conséquence, et selon le sens de l’expression, le participe passé ne s’accorde pas systématiquement avec le sujet, malgré l’emploi de l’auxiliaire « être« .
      Dans quel « sens » est utilisé le verbe « se donner » ?
      La nature s’est « donnée » elle-même ?
      Ou
      La nature s’est donné « quoi » ?
      Dans le second exemple, on accorde le participe passé au complément d’objet direct (placé avant le verbe), comme on le fait en présence de l’auxiliaire avoir.
      La femme s’est donnée à l’homme.
      Les chances que la nature s’est données.
      Le moyen que la nature s’est donné. Les moyens que la nature s’est donnés.

      Merci de votre patience. Bien cordialement 🙂

    6. Pardon pour ma « redite« . Je viens seulement de prendre connaissance des commentaires qui ont suivi l’interrogation de Paul. Vigneron, entre autres, avait déjà fourni la réponse.

    7. @Vigneron :

      Dans le genre misogyne , je préfère le maître La Rochefoucauld , à l’élève Chamfort :

       » Ce qui fait que les amants et les maîtresses ne s’ennuient point d’être ensemble , c’est qu’ils parlent toujours d’eux mêmes « . ( pour le coup assez équilibré dans les distributions d’amour propre d’ailleurs) .

      Quant au progrès et à l’avenir des femmes , un autre misogyne , Oscar Wilde , écrivait :

      « Le seul véritable drame de la vie d’une femme , c’est que son passé est toujours son amant , et son avenir invariablement son mari. »

    8. «
      – Alors je me suis permise…
      – Permis.
      – Permis? Pourtant… l’accord du participe?
      – Vous y croyez encore?! Comme à la serviabilité et à l’obligeance de mes compatriotes? Seriez-vous crédule, mademoiselle?
      »
      Raymond Queneau, Les Fleurs Bleues

      PJ dit : « C’est le verbe être donc l’accord ne suit pas le complément d’objet direct mais le sujet. Non ? »

      Pas quand le verbe être à la forme pronominale est mis pour avoir.

      « le moyen que la nature s’est donné(e) » équivaut à « le moyen que la nature a donné à elle-même »

      Le pronom « s’ » précède le verbe, donc le participe passé ne s’accorde avec le pronom « s’ » que s’il a la fonction de COD. Hors, ici il la fonction de COI (à elle-même), donc pas d’accord.

      « le moyen que la nature s’est donné »

      Voir : Accord du participe passé en français – Cas des autres verbes pronominaux (ou accidentellement pronominaux)

      Et : Bernard Cerquiglini, Merci professeur !
      http://www.tv5.org/TV5Site/lf/merci_professeur.php?id=2616

    9. @Juan

      Suis obligé de dégainer mon Renard :
      « La plus extraordinaire femme qu’on ait jamais rencontrée est celle qu’on vient de quitter.  »

      « Appelons la femme un bel animal sans fourrure dont la peau est très recherchée. »

      « Qu’il te suffise, disait-il à sa femme, qu’en réalité je te sois fidèle; mais permets-moi au moins les apparences d’un mari qui trompe sa femme. »

      « Enfin seul, sans s. »

    10. Erratum…

      Le pronom, est « que » et non « se », mais il n’y a tout de même pas d’accord ici puisque « que » renvoie à « le moyen ».

      Mais par contre « la ruse que la nature s’est donnée »

    11. @ Gébé

       » Le moyen que la nature s’est offert :  » /  » Le moyen que la nature s’est donné  »
      Non, il ne faut pas faire l’accord car c’est une variante de « la nature s’est offert le moyen » ou de  » la nature s’est donné le moyen  »
      . La nature ne s’est offertE et ne s’est donnéE à personne . Le SE (S’) n’est pas un accusatif (COD) mais un datif ( complément d’attribution) . Cela signifie en quelque sorte  » le moyen que la nature a offert ( a donné) à elle-même « ..

       » trompe-l’oeil  » est invariable au pluriel . Comment pourrait-on ajouter un  » s » à  » l’oeil » sans sourciller ? Si vous voulez consulter la liste des noms composés invariables au pluriel, allez voir sur http://www.aidenet.eu/grammaire07T.htm

    12. Merci Mianne Nous sommes d’accord 🙂
      C’était le sens de mon post, le texte initial ayant été copié-collé, et les parties en gras entre parenthèses signalant les erreurs.
      Mais bon… « orthographe, science des ânes » paraît-il. Vogue la galère. 😉

  52. Et si nos cultures n’étaient pas tant pour « domestiquer » (personnellement, j’eusse préféré le terme ‘exploiter ») la nature que pour enfler des sentiments de puissance afin de tenter de garder une confiance en soi qui s’en va dépérissant avec la constante obligation de surenchérir le sentiment de puissance? L »économie ne serait-t-elle l’expression « primitive » de ce « palliatif »?

    Pour ce qui est de la nature ,elle nous apprend que la coopération entre espèce est bien lus efficace pour la survie que le conflit , comme par exemple les lémuriens de Madagascar où ceux qui ont survécu sont ceux qui ont su coopérer et avec les autres espèces animales mais aussi végétales, ces types d’exemples sont légion, mais pour Madagascar, c’est intéressant car on peut voir sur un long temps quels sont les « gagnants » et les « perdants » dans un même environnement.

  53. je suis surpris par la qualité de votre article Paul , felicitations . Mais vous semblez tenir votre raisonnement sur deux assertions : l’homme a depassé la nature , nos dieux etaient de simples constructions mentales .

    et pourtant j’ai vraiment l’impression que l’humanité est encore tellement immature et loin de ce qu’elle pourrait etre ;

    autant je ne crois pas au dieu antropomorphe telle que le concoive les chretiens , les juifs ou les musulmans . Autant il me plait d’imaginer qu il y a des creatures plus etherés que nous , et que la nature ressemble un peu a ce qui se passe dans le film avatar .

  54. Alors Dieu dit à un autre ange: « Va voir ce que fait ton frère ». L’ange descendit sur la terre. Lui aussi fut ravi de la terre, de ses arbres et de ses fruits. Mais quand l’autre ange lui parla de sa vie et de toutes ses difficultés et ses troubles, il revint en volant vers le Cieux, et ainsi fut sauvé de ces tribulations. Quand les anges apparurent à nouveau devant Dieu, Dieu dit: « Alors que même les anges sont tentés par la terre et M’oublient, ne serai-je pas fier de l’homme quand lui, malgré tous ses ennuis, les difficultés et les fardeaux de la vie sur la terre, se souvient quelquefois de Moi, pense à Moi? »

    Cela montre que notre désir de devenir farishta, ange, de devenir divin, est un faux désir. Notre désir de devenir animal est folie. Ce que nous devons souhaiter est de devenir humain. C’est le plus difficile. Tout le reste est plus facile.

    source : http://www.soufi-inayat-khan.org/murshid/t1c3_07.htm

  55. Oui… Ben, … je vous souhaite bon courage pour votre exposé sur l’avenir du progrès, M. Jorion.

    Je trouve que certains commentaires sont un peu durs parce que c’est vraiment pas évident comme thème. Mais, demandant un avis, donc prêtant le flanc à quelques critiques, je suppose que vous vous y attendiez.

    Le progrès, c’est vaste comme programme. On dirait un sujet philo du Bac! D’ailleurs, allez-vous plutôt vous focaliser sur le progrès technique, ou scientifique, ou médical, ou social, ou encore économique? (pour l’économie, j’en suis à peu près sûr)

    Le progrès a-t-il de l’avenir? Le progrès, est-ce l’avenir? L’avenir se fera-t-il par le progrès?
    Et l’économie! Va-t-elle nous faire progresser ou va-t-elle vers une grande régression?

    ?????

    Franchement, je ne peux m’empêcher de penser à votre petite chronique vidéo hebdomadaire « aujourd’hui, on est vendredi », du 24 décembre. Il y avait chez vous (c’est mon ressenti) comme un sentiment de colère froide, devant tant d’inaction, d’aveuglement, d’abandon à vrai dire, en cette année 2010 de la part des décideurs politiques et même des autres.
    « Savent pas, veulent pas, peuvent pas »!

    Alors, je me dis que ce n’est peut-être pas le progrès qui a de l’avenir mais le bordel, la chienlit, le merdier , le chaos…

    « VOUS VERREZ, LA MERDE A DE L’AVENIR. BIENTOT, ON EN FERA DES DISCOURS. » (L-F-Céline)

    Ps: une citation des années 1930, et pourtant, aujourd’hui…

    1. @WEBMASTER
      la petite phrase en-dessous de l’encadré où l’on tape nos commentaires, il manque un S dans « La modération des commentaire(S) »

  56. De quel système gnostique est issue cette réflexion? Comment quelque chose qui n’a pas de conscience (la nature avant l’apparition de l’homme) peut-elle se donner des moyens?

    Votre critère de qualité minimum, refusant d’admettre d’autres possibilités que son propre cadre me semble un apriori que vous devez expliquer, un préjugé qui refuse d’examiner toutes les facettes d’un problème. Ce n’est pas parce que vous ne voyez que des matériaux et des ouvriers sur un chantier de construction qu’on doit exclure qu’un bureau d’architecte puisse travailler en arrière plan (ou ne pas travailler).

    Du fait qu’Aristote utilise la méthode scientifique, je ne comprends pas que vous vous permettiez de l’enfermer dans une philosophie empiriste qui semble exclure toute métaphysique. Je pensais qu’Aristote en était arrivé au moins au moteur premier et attribuait aux astres des attributs d’éternités, ce que l’on ne retrouve aucunement dans la nature tel que la science nous la découvre aujourd’hui. Cette gageure m’apparaît donc un peu osée.

    Vous semblez donner énormément de pouvoir au syllogisme en l’assimilant à la raison et en lui donnant des pouvoirs presque ésotériques de puissance et de prise de conscience comme s’il s’agissait d’une illumination comme on les retrouve dans les systèmes gnostiques. La raison en tant que tel est un concept un peu trompeur comme si elle existait en dehors de la personne qui raisonne, ce qui n’est pas le cas. Le processus du syllogisme est loin d’être exempt d’erreur et requiert une rigueur et une logique importante pour ne pas aboutir à une conclusion erronée. De plus, le syllogisme n’est pas le seul mode de raisonnement qui permet d’appréhender le réel, l’intuition en étant un autre. Donc de dire que le syllogisme est le moyen que la nature s’est offerte pour se surpasser me paraît abusif et semble attribuer à la nature un quelque pouvoir ésotérique en soi, presque divin (théosophique).

    Vous dites que notre espèce est mauvaise et agressive, ce qui semble plutôt une conception manichéenne. Vivre selon sa nature n’est pas une question de bien ou de mal. Il s’agit simplement de vivre selon son propre mode d’être. Depuis que la vie est apparue sur cette terre il y a environ 5 milliards d’années, la vie qui va du plus simple au plus complexe garde les mêmes nécessités de nutrition (en assimilant ce qui nous convient dans le milieu ambiant dans lequel nous vivons) et de reproduction. Vouloir assimiler cette nécessité inhérente à la nature avec un mal me paraît une aberration. Cela se complique encore plus avec l’homme car la conscience a ajoutée le problème de la liberté.

    Ne voir que des esprits forts que d’une seule métaphysique principale, la matérialiste athée, me semble très réducteur. Vous devriez à tous le moins, même si vous ne partagez pas leur avis, reconnaître le haut niveau de réflexion dans la métaphysique panthéiste ou la métaphysique théiste (création) d’un Thomas d’Aquin. Je crois que les grands esprits se respectent même s’ils ne partagent pas les mêmes points de vue et combattent des idées contraires.

    Oui il y a eu évolution vers le mieux-être matériel depuis quelques milliers d’années, mais cela n’est certainement pas dû à une libération soudaine de nos vieux démons (agents surnaturels); la nature humaine a toujours cherché à se dépasser de tout temps et ce n’est certainement pas un phénomène récent, à moins de souffrir d’obscurantisme. Arnold Toynbee a dénombré 31 civilisations. Ce qui explique dans tous les cas la genèse d’une grande civilisation, c’est la riposte, la réaction active, intelligente et créatrice des hommes à une difficulté, à un défi, à un obstacle, à une épreuve qui est placée sur leur route. Une grande civilisation est toujours une victoire remportée sur un obstacle et la réponse à un défi. Là où il n’y a pas d’épreuve, pas de défi, pas d’obstacle, il n’y a pas non plus de civilisation. Une humanité sans difficulté ne se développe pas. Penser que nous avons atteint le nec plus ultra de la pensée humaine seulement récemment est une utopie d’autant plus qu’un paradigme en remplace un autre et avoir la prétention d’avoir finalement atteint l’illumination relève plus de la kabbale que d’un esprit scientifique. Toynbee mentionne que les civilisations meurent par suicide plutôt que par conquête et à lire vos propos sur l’économie (très intéressant d’ailleurs), il semble évident que la civilisation actuelle semble s’approcher dangereusement du suicide, ce qui me porte à être en désaccord avec la dialectique de votre texte.

    Je n’entrerai pas dans votre conception du dessein intelligent car il y aurait tellement à élaborer qu’il y faudrait des heures.

    J’espère ne pas vous avoir trop heurté par mon style direct.

    1. C’est un texte philosophique, non théologique. Il me semble que c’est évident mais j’aurais peut-être dû le préciser.

      Le primus movens chez Aristote est le point faible de son système ; je ne me sens pas obligé d’y souscrire.

      La raison et le syllogisme, c’est le thème central de mon ouvrage Comment la vérité et la réalité furent inventées (Gallimard 2009) ; j’y renvoie le lecteur que le sujet intéresse.

      Pour vous aider à situer mon inspiration, mon texte s’appelait initialement, Ce que Hegel dirait aujourd’hui. J’ai voulu voir ce que cela donnerait. Une fois rédigé, je l’ai repris à mon compte.

    2. « C’est un texte philosophique, non théologique. Il me semble que c’est évident mais j’aurais peut-être dû le préciser. »

      Absolument… enfin, moi, je vous aurais pas cru… : avec Hegel ou schelling, on dirait une blague.

      « Le primus movens chez Aristote est le point faible de son système ; je ne me sens pas obligé d’y souscrire. »
      c’est un choix rationnel? des arguments? ou une simple pétition de principe?
      de fait le « vous » ou le « logos »…
      c’est çà qui vous fait imaginer une philo sans 1er? 🙂
      les repères cartésiens sans origine, vous faites comment? 🙂

      je finirais par croire que la philo est pour vous une inépuisable boîte à bricolage…
      les concepts de math, vous les extrayez de leurs axiomes aussi? un peu de pythagore, un peu de Leibniz, un peu de weierstrasse, et un peu de Quine en logique…
      parlant d’invention de la vérité : vous imaginez ces corpus non cohérents donc.
      des critères de pertinences du butinage?

    3. « de prendre les choses avec philosophie »
      mr jorion : selon la définition que vous donnez à philo ici, je pourrais devenir très désagréable ou simplement me demander comment on peut faire autrement que se poser des questions.
      philosophie n’est pas un baume aux malheurs ou un pis aller théorique et rhéthorique.
      si vous partez du principe que la logique à qq effectivité sur le réel, qt à son analyse ou qt à l’action, la philo est le structurant mental.

      « L’important, c’est que vous preniez ça du bon côté « …çà?
      Hegel, oui c’est bien, mieux même…mais c’est surtout pour vous : vous nous avez demandé nos réactions face à cette dissertation.

      si les questions que « je » vous pose ne seront certainement pas soulevées chez « Diderot », où le consensus métaphysique comme dans toute cette modernité ronronne, attendez vous à les retrouver ailleurs. ne serait ce que celle d’un matérialisme qui emploie des essences pour s’exprimer (à part Hegel, qui n’en est pas vraiment un). ce n’est bien sûr pas pour le plaisir de critiquer que j’essaie de vous le signaler. Absolu=Dieu, chez Hegel ou schelling. (Fichte et je ne sais qui, tous du même « collège » , je crois).

      profitez bien des fêtes pour restaurer l’énergie^^
      bien à vous

    4. @sylla

      Facile… Parce que vous, Sylla, vous ne vous intéressez, n’utilisez ou ne reprenez exclusivement dans vos batifolages ou pérégrinations philosophiques (elliptiques et brillants par ailleurs) que les discours ou théories dont aucun des postulats initiaux ne vous heurtent ou vous paraissent faibles, y compris pour critiquer les autres (discours ou théories pour vous invalides) et ce quelles que fussent la fécondité et la richesse conceptuelle de ces théories exclues ? 😉

      « La pierre angulaire de la méthode scientifique est le postulat de l’objectivité de la Nature. C’est-à-dire le refus systématique de considérer comme pouvant conduire à une connaissance « vraie » toute interprétation des phénomènes donnée en termes de causes finales, c’est-à-dire de « projet ». […] Postulat pur, à jamais indémontrable, car il est évidemment impossible d’imaginer une expérience qui pourrait prouver la non-existence d’un projet, d’un but poursuivi, où que ce soit dans la nature. Mais le postulat d’objectivité est consubstantiel à la science, il a guidé tout son prodigieux développement depuis trois siècles. Il est impossible de s’en défaire, fût-ce provisoirement, ou dans un domaine limité, sans sortir de celui de la science elle-même. »

      « L’objectivité cependant nous oblige à reconnaitre le caractère téléonomique des êtres vivants, à admettre que dans leurs structures et performances, ils réalisent et poursuivent un projet. Il y a donc là, au moins en apparence, une contradiction épistémologique profonde. Le problème central de la biologie, c’est cette contradiction elle-même, qu’il s’agit de résoudre si elle n’est qu’apparente, ou de prouver radicalement insoluble si en vérité il en est bien ainsi.»
      Jacques MONOD Le Hasard et la Nécessité, éd. du Seuil, coll. Points, pp. 37-38.

    5. Sur la téléonomie :

      S’il est dans toute la nature un objet qui semble matérialiser une intention, un projet, une finalité enfin, ou, si l’on préfère d’user d’un terme plus savant et moins compromis, d’une « télénomie », c’est, à coup sûr, le germe, ce « comprimé d’avenir ».
      (Jean Rostand – Réponse au discours de réception à l’Académie française de M. E. Wolff, 19 octobre 1972)

      Tout artefact est un produit de l’activité d’un être vivant qui exprime ainsi, et de façon particulièrement évidente, l’une des propriétés fondamentales qui caractérisent tous les êtres vivants sans exception : celle d’être des objets doués d’un projet qu’à la fois ils représentent dans leurs structures et accomplissent par leurs performances (telles que, par exemple, la création d’artefacts).
      Plutôt que de refuser cette notion (ainsi que certains biologistes ont tenté de le faire), il est au contraire indispensable de la reconnaître comme essentielle à la définition même des êtres vivants. Nous dirons que ceux-ci se distinguent de toutes les autres structures de tous les systèmes présents dans l’univers, par cette propriété que nous appellerons la téléonomie.
      (Jacques Monod – Le hasard et la nécessité)

      Sur les artefacts :

      Mon discours contient beaucoup de notions couplées (dénotation / connotation, lisible / scriptible, écrivain / écrivant). Ces oppositions sont des artefacts : on emprunte à la science des manières conceptuelles, une énergie de classement : on vole un langage, sans cependant vouloir l’appliquer jusqu’au bout : impossible de dire : ceci est de la dénotation, ceci de la connotation, ou : un tel est écrivain, un tel écrivant, etc. : l’opposition est frappée (comme une monnaie), mais on ne cherche pas à l’honorer. À quoi sert-elle donc ? Tout simplement à dire quelque chose : il est nécessaire de poser un paradigme pour produire un sens et pouvoir ensuite le dériver.
      (Roland Barthes)

    6. Je ne vois pas pourquoi vous me taxez de faire de la théologie du fait que je n’admet pas votre critère de qualité minimum; il me semble que la philosophie doit admettre toutes les questions sous peine de manque de rigueur. Je vous demandais simplement de justifier votre apriori pour un cadre restreint. Je me permettrai ici un mauvais jeu de mot, mais il me semble que votre cadre n’est pas accroché à aucun mur; vous pouvez toujours rêver qu’il tiendra tout seul mais la réalité est bien autre.

      Vous nous avez dit également qu’Aristote est le premier qui réussit cette gageure en proposant un système complet. Mais vous prenez bien soin de limiter sa pensée qu’aux observations empiriques et raisonnements qui en découlent (toujours votre fameux cadre). Le premier moteur n’est certainement pas un élément périphérique et sans importance de la pensée d’Aristote et est même au coeur de sa métaphysique. Il me semble que votre première assertion (gageure) sur son système complet souffre de réductionnisme, ce qui n’échapera pas aux lecteurs un peu plus au fait de la philosophie d’Aristote.

      1. Il y a tant d’erreurs dans ce que j’ai écrit que je vous propose de corriger mon texte. Je publierai votre version corrigée, à condition que ce ne soit pas de la théologie bien entendu – sinon on change de genre.

    7. De plus, le syllogisme n’est pas le seul mode de raisonnement qui permet d’appréhender le réel, l’intuition en étant un autre

      Le syllogisme par définition fait intervenir des raisons. En toute rigueur il n’est donc pas possible d’affirmer que l’intuition serait un

      mode de raisonnement.

      Si l’on comprend l’intuition comme l’action de voir une image (« dans une glace » ajoute l’étymologie latine intuitio pour souligner son caractère immédiat), l’intuition se trouve sur un autre plan. Elle est le résultat du processus inconscient par lequel nous créons de nouvelles analogies : le travail de la mémoire lorsque celle-ci crée des associations libres qui permettent de rapprocher de façon inédite des éléments qui entraient ou n’entraient pas (car jusqu’ici inobservés) dans les syllogismes tenus jusqu’alors pour représenter la seule réalité possible et même pensable, cadre d’une action possible. L’intuition propose de nouveaux rapprochements, le syllogisme dispose.

      Ainsi l’intuition, aussi géniale soit-elle, ne peut rendre compte à elle seule d’une transformation du monde. L’intuition a un pouvoir réel puisqu’elle peut être à l’origine d’une nouvelle configuration du réel, mais seule la raison permet de donner une cohérence au monde, une cohérence qui soit valide et sans laquelle nous ne pouvons transformer.

      Voilà comment je comprends l’intuition à la lumière des explications de Paul concernant la mémoire et le syllogisme. Bien entendu le mieux est que vous vous fassiez votre propre opinion en allant lire son livre.

    8. « Cultiver » l’intuition !
      Cette forme de connaissance, directe et immédiate, qui ne recourt pas au raisonnement.
      Riche champ d’investigation en perspective…

      Elle est le résultat du processus inconscient par lequel nous créons de nouvelles analogies.
      (Pierre-Yves D.)

      Elle est aussi la résultante de la vacuité totale de l’esprit !
      L’état d’être de ce qui est vide [de l’ancien français: vuit, voide – friche (terre)] ne se cultive pas, il advient.
      Cela lorsque l’esprit s’est vidé en conscience de toutes formes de verbalisations intérieures.
      Une extraordinaire force émerge alors en nous et procure instantanément, à l’organisme émetteur/récepteur de bio-énergie subtile que nous sommes, la solution à transposer, puis à adopter, pour pouvoir véritablement transformer le réel.

      Mais seule la raison permet de donner une cohérence au monde, une cohérence qui soit valide et sans laquelle nous ne pouvons [nous] transformer [pour pouvoir être en mesure de l’acquérir].

    9. Vigneron :

      en gros, vous me demandez si je crois à ce que je dis?! oui^^ je pense essayer au moins…

      et pour critiquer de même, ou alors, c’est ironique (ironie française : pas de moquerie non fondée ou mal intentionnée) ; sinon, c’est ad hoc (comme ici Heidegger : on peut bien sûr avoir fondamentalement tort, et écrire de bonnes phrases^^ ou pire, comme kurt lewin, se dévoiler : « rien de tel qu’une bonne théorie »). en math peut être : là j’ai pas les pneus neige.
      enseignant de coeur, je tiens justement à ce que les contenus soient cohérents : y retirer une pièce fondamentale, c’est laisser une place à l’imagination la plus « créative ».

      c’est sur cette phrase, n’est ce pas? « vous imaginez ces corpus non cohérents donc. des critères de pertinences du butinage? » Pour ma part, j' »imagine » ces corpus très cohérents, et plus la durée d’existence est grande, plus cette cohérence a été soumise à l’épreuve du feu.

      du bricolage est tjrs possible : certaines parties s’emboîtent même très bien. mais d’autres s’excluent.

      c’est Heidegger je crois qui dit que la philosophie n’est que notes en bas de page de Platon.
      c’est une longue tradition. comme je suis plutôt platonicien, je n’ai pas une vision utilitariste ou fonctionnalistes des arguments ou des philosophies et mes détours peuvent vous paraître emprunts, mais ce n’est qu’une perspective.
      (concernant ces « coqs à l’âne », je vais faire un effort dans la concision, VB me l’avait déjà dit, mais, et de même la « multiplication des phrases », je n’ai guère qu’un deux ou trois thèmes, seules les illustrations sont légions.)
      de plus, mieux vaut connaître ce que l’on considère être nos faiblesses.

      concernant ce retour de charge de la preuve, je ne me présente pas à l’avenir du progrès…
      qd même^^… c’est bien que jacques s’en occupe…

      bien à vous

    10. Répondre pour ne pas répondre. Une petite citation que je trouve pertinente avec le sujet. Il s’agit de Richard Lewontin de l’école Darwinienne:

      « Nous avons un engagement préalable pour le matérialisme. Ce n’est pas que les méthodes ou les institutions scientifiques nous contraignent en aucune façon que ce soit d’accepter une explication d’ordre matériel du monde des phénomènes, mais c’est au contraire notre adhésion préalable à la causalité matérielle qui nous force à créer une méthode d’investigation et une série de concepts qui produisent des explications matérielles, quand bien même celles-ci s’opposeraient à notre intuition ou laisseraient perplexes les non-initiés. Le matérialisme est, de plus, absolu, en ce que nous ne pouvons accepter la moindre présence divine. »

      C’est cela que j’appelle un a priori idéologique qui procède selon des préférences et qui se distancie de la méthode scientifique objective, qui elle, recherche la vérité par dessus tout, et n’exclut aucunes propositions a priori.

    11. Le matérialisme est, de plus, absolu, en ce que nous ne pouvons accepter la moindre présence divine.
      (Richard Lewontin)

      C’est cela que j’appelle un a priori idéologique qui procède selon des préférences et qui se distancie de la méthode scientifique objective, qui elle, recherche la vérité par dessus tout, et n’exclut aucunes propositions a priori.
      (Jacques Laroche)

      C’est aussi un stratagème de l’Ego cherchant à s’approprier individuellement la source de ses intuitions !

      En vérité, mes propos plus haut se rapporte précisément au phénomène de l’inspiration qui est une des formes de l’intuition.
      Étymologiquement, inspiration vient du latin « in spiritum », qui signifie littéralement « avoir l’Esprit (Dieu) en Soi ».
      L’inspiration provient donc d’un « souffle émanant d’un être sur-naturel, qui apporterait aux hommes des conseils, des révélations; [c’est un] état mystique de l’âme sous cette impulsion sur-naturelle ».
      Physiologiquement, ce souffle (flux énergétique divin) se transmet dans l’organisme vivant lors de l’inspir de la respiration et se transmute ensuite en son sein par assimilation via l’échange gazeux « air/poumons/sang ».
      L’énergie ainsi générée et accumulée lors de respirations conscientes va pouvoir alors directement nourrir le cerveau qui a besoin de ce carburant « éthérique » pour se libérer, s’intégrer et finalement créer véritablement.
      L’Ether étant à mon sens le substrat énergétique universel invisible permettant la propagation de la fameuse « Énergie du Vide » – « Zéro Point Energy » (tant décriées par les tenants du matérialisme absolu).

      Du souffle :

      En yoga on parle de souffle de la Vie qui coule au dedans, puis vers l’extérieur, de façon prolongé et subtil lors de l’arrêt inspir/expir…
      Mais c’est aussi une question d’inspiration (au sens d’imagination) car la maîtrise de la respiration mène au calme profond [à la vacuité de l’esprit], c’est alors que le mental devient apte à la concentration… c’est le début de la méditation et l’éveil, ou plus grande maitrise des sens. Pour ce qui est de l’aspiration, elle est essentielle : c’est une aspiration à la Vie.
      (borniol)

    12. « Comment quelque chose qui n’a pas de conscience (la nature avant l’apparition de l’homme) peut-elle se donner des moyens? »

      Comment un processus, par exemple purement biologique (disons un processus de différenciation cellulaire visant à la construction de certains types de tissus) peut-il se développer et s’en donner les moyens, sans « conscience » ? Si par « conscience » on entend celle d’un acteur identifié et individuel (anthropomorphisme?) non apparent et qui tire les ficelles en coulisse certes on peut se poser la question. Mais la plupart des phénomènes se déroulent sans intervention de ce type de « conscience ».

      Le terme de « conscience » est vague et sert de fourre-tout à toutes sortes de notions différentes.

    13. […] s’il y a quelque chose à quoi nous initie l’expérience analytique, c’est que ce qu’il y
      a de plus près du vécu, du vécu comme tel, c’est le cauchemar. Il n’y a rien de plus barrant de la pensée, même de la pensée qui se veut claire et distincte : apprenez à lire Descartes comme un cauchemar, ça vous fera faire un petit progrès. Comment même pouvez vous ne pas apercevoir que ce type qui se dit :je pense donc je suis, c’est un mauvais rêve ? […]

    14. @ Pierre-Yves D.

      « De plus, le syllogisme n’est pas le seul mode de raisonnement qui permet d’appréhender le réel, l’intuition en étant un autre »

      Vous avez raison; j’aurais dû écrire: De plus, le syllogisme n’est pas le seul mode qui permet d’appréhender le réel, l’intuition en étant un autre.

      Je suis d’accord avec vous sur son caractère immédiat. Par contre, je ne vous suis pas en ce qu’elle serait un processus inconscient.

      Il est vrai que depuis Descartes, et à sa suite toute la rationalité occidentale a eu comme projet de placer toute la connaissance sous le joug de la raison, considérant ainsi que tout est rationnel dans l’univers, y compris l’être, donc connaissable par la spéculation logique.

      mais la raison, si elle est parfaitement adaptée à la connaissance de la nature et donc aux sciences, est inapte à saisir toutes les facettes du vécu humain : elle doit céder la place à l’intuition sur la question de l’être.

      Les universaux sont des réalités, non en soi, mais abstraites des individus singuliers ; il faut moins entendre par là le travail de l’intellect qu’une saisie immédiate de l’intuition, qui perçoit des ressemblances entre les individus singuliers. Encore une fois, l’universel est saisi « instantanément » avec le singulier.

      Lorsque je pose mon regard sur un bouquet de fleur, il n’est pas vrai de dire que je doive raisonner par un syllogisme pour concevoir sa beauté. L’intelligence saisi instantanément cette réalité par intuition; une dissertation de trente pages n’améliorera pas ma compréhension de sa beauté.

      Non je ne pense pas que seul le syllogisme dispose. L’intuition est une porte ouverte à l’émerveillement et en ce sens nous dispose également à l’action. Au travail surestimé de l’intellect dans la connaissance, je préfère l’intuition amoureuse dans la perception sensible de l’être, qui non seulement saisit l’ultime réalité des singularités, mais aussi s’ouvre à l’universalité de l’acte d’exister des phénomènes.

      L’intuition et le raisonnement sont complémentaires dans l’acte d’intelligence et je pense qu’il est inapproprié de s’enfermer dans le seul syllogisme. Beaucoup ont la prétention de saisir toute la réalité dans un raisonnement rempli de beaux syllogismes sans se rendre compte qu’il ne propose qu’un cadre bien souvent idéologique qui ne reflète que quelques brides de la réalité, même si ces syllogismes sont bien ficelés entre eux. Je ne dit pas qu’il n’y a pas cohérence dans ces cadres, mais je ne leur accorde pas la prétention qu’ils ont de tout saisir de la réalité et fini par ressembler à un miroir.

  57. @J. LAROCHE:
    Je partage votre point de vue sur le texte présenté , pourtant :
    ///Une grande civilisation est toujours une victoire remportée sur un obstacle et la réponse à un défi. Là où il n’y a pas d’épreuve, pas de défi, pas d’obstacle, il n’y a pas non plus de civilisation. Une humanité sans difficulté ne se développe pas. ///
    Vous adoptez aussi l’ idée de « progres » pour le concept de civilisation . Le fait que toutes les civilisations s’écroulent par épuisement des resources devrait pourtant faire douter de l’aspect vertueux de cet « essais » de la nature.
    La sortie du modèle naturel de gestion des groupes (scissiparité), pour l’hypertrophie pourrait etre un des multiples essais pour combattre l’entropie. L’aspect rutilant des civilisations (technologique pour la notre) est elle une preuve définitive de « progres » pour l’individu ordinaire ?
    Rien n’est moins sur , et faisant partie du système , nous ne pouvons en juger .
    La sortie du système parcellisé , est a mon sens , un echec (en terme de l’optimisation de l’individu). Par définition , puisque pour en sortir , nous sommes obligé d’inventer un outil de gestion pervers car simplifié , linéarisé et centralisateur . Notre système est dénaturé et ne peut qu’etre instable.

  58. Bonjour M. Jorion,

    L’Humain ne se distingue pas de la nature, il en est l’expression avec ses sens, sa conscience, et sa main.
    Il ne surpasse pas non plus les lois de la nature, il les utilise.
    Il ne pourra accéder au statut de divinité que lorsqu’il aura su s’affranchir des lois universelles fondamentales et qu’il en aura créées d’autres.
    L’Humain, cependant, de part sa capacité de synthèse et sa physiologie, se comporte comme une porte entre le potentiel et le matériel. Avec ses sens, sa conscience et sa main : il conçoit.
    La maladie dont souffre l’économie est le reflet de l’illusion de la propriété. L’Humain, expression de la nature, ne peut en posséder une partie.

    Cordialement,

    Benoit Caron.

    1. M. Jorion,

      Qu’entendez-vous par « Invention Analogique » ? Cela a t-il un rapport avec la logique inductive ?
      L’Humain vu en tant que (prise de) conscience universelle sous-tend l’appartenance de l’espèce humaine à la Nature, l’Univers. Mettre l’Humain en relief est un biais anthropocentrique, tout comme distinguer ses actes de ceux de la nature. Vous l’avez fait remarquer en parlant de « moisissure ». Jamais tant qu’il ne « réécrira » les lois fondamentales (si tant est que cela se peut), l’Humain restera un élément naturel, produit et introspection universels.

      Cordialement,

      Benoît Caron.

      1. « Invention analogique »

        C’est expliqué dans le billet : le poulpe et le saxophone.

        « Mettre l’Humain en relief est un biais anthropocentrique »

        C’est une mauvaise habitude de la philosophie, j’en conviens.

        « l’Humain restera un élément naturel »

        Je dis surpasser la nature (telle qu’elle existe avant l’homme).

        J’ai souvent du mal avec les commentateurs de mes billets qui refusent par principe de lire mes livres. Aujourd’hui, j’ai du mal avec ceux qui refusent de lire même les billets ! 😉

    2. @ Paul

      ce qu’essayent d’expliquer nombreux commentateurs ,ce me semble , c’est que quand vous dites « ..Je dis surpasser la nature (telle qu’elle existe avant l’homme)… » , je ne vois pas pour ma part en quoi l’on peut « surpasser » quoi que ce soit , et l’anthropocentrisme est donc là ..
      la nature est là avec ses règles , à nous de décrypter…c’est ici que réside le progrès possible..non ?

      cordialement

  59. @ Paul (@ Sylla: éviter de lire ce qui suit)

    Si j’ai bien compris, il suffirait (presque) de débusquer la métaphysique sousjacente à l’économie (qui n’est par ce fait pas (encore) une science) pour rendre conscients les mécanismes brutaux qui oeuvrent en nous comme agents et pratiquement dans le même mouvement, lequel peut prendre une certaine durée, objectiver les lois d’une science économique socialement acceptable parce que « domestiquée ».

    Encore une fois, désolé pour les génies méconnus qui n’admettent pas qu’essayer de synthétiser une pensée, tentative ô combien réductrice j’en conviens, permette à de moins doués qu’eux d’essayer de progresser du moins dans leur compréhension.

    1. pas pu m’en empêcher…^^

      …en plus je suis d’accord avec vous… !?!

      néanmoins, si vous avez des conseils, que je puisse améliorer mon expression…qu’est ce qui bloque selon vous?

      bien à vous

    2. @sylla

      néanmoins, si vous avez des conseils, que je puisse améliorer mon expression…

      Sylla, sans acrimonie aucune et à mon humble avis, vous gagneriez en lisibilité et en clarté avec moins d’ellipses, de paraphrases multipliées, de provocations sibyllines (^^), de coq à l’âne primesautiers (mais usants) et, surtout, plus de MAJUSCULES (et d’usage du formatage...).

    3. Un peu de maquillage

      OK

      et un nez jaune… ^^ vous préférer 🙂
      je trouve ^^ plus léger…

      Sur l’ellipse, çà fait deux fois, et je ne comprends pas. en plus, ce n’est pas vous qui pourrez m’aider du coup^^… 😉

      merci,
      cordialement.

      encore une fois désolé EOLE…

  60. Mr Jorion, je m’étonne de ne pas voir sur ce fil le commentaire que j’y ai laissé hier soir vers
    23h40. Est-ce dû à une panne du système ? Non pas que je tienne absolument à voir ma prose étalée ici, mais si cela vient d’une censure de votre part, j’aimerais bien en connaître les motifs.
    Cordialement.

    1. Pas de commentaires hier soir entre 23h35 et 23h58, ce qui est en effet exceptionnellement long. Il n’est pas impossible qu’il y ait eu un problème technique dans cet intervalle. Si c’est le cas, désolé !

  61. Si l’on voulait confier la civilisation des paons aux mâles de cette espèce, rien qu’à voir leurs excédants de plumes on y réfléchirait à deux fois. Tout observateur avisé se reporterait bien plutôt sur l’autre partenaire du couple qui déjà dans ses atours parait moins extravagant, et moins fou.

    Les lotophages, voilà le type de civilisation qui dure …

    La psychanalyse, l’histoire montrent le penchant pour la cruauté du mâle de notre espèce, il ne doit donc plus participer à la vie politique, et ce serait un grand écolier en ces matières d’arrêter de se leurrer et d’espérer. Il faut reconnaitre son incapacité à gérer la chose publique….

    Nous devons aller vers une civilisation entièrement féminine, une mysocratie, car c’est la seule chose qui n’a pas été essayée… Arrêtez de croire que vous y arriverez, à changer le monde, vous n’y arriverez pas même avec les meilleurs intentions ! Voyez l’Histoire telle que vous l’avez écrite, 1/2 est un jour de guerre en Occident ! Ce ne sont pas des femmes qui auraient déclenché la guerre de 14-18; je crois qu’elles sont plus capables d’empathie, je crois que toutes ces valeurs morales, ne sont qu’une nostalgie pour l’homme et une réalité pour la femme.

    Il faut être solidement armé contre la tentation la corruption… nous avons foulé au pied toutes les valeurs humaines et devons ABDIQUER la chose publique. ! La véritable humanité apparaitra lorsque le primate quittera la scène publique pour se mettre en stand-by définitif, pour des raisons de sécurité. Un courtisant, non un prince… la gloire est de renoncer ! A mon avis.

    Il y a très peu de femmes tortionnaires par exemple, tandis que les hommes tortionnaires sont légion. Vous imaginez une femme arrachant les ongles etc, non par contre beaucoup de psychopathes mâles torturent couramment.. La tendance criminelle du mâle se voit partout, elle est patente, élémentaire, fondamentale. Allez, regardez en vous même…

    1. Il y a des tendances profondes et sans doute génétiques. Il y a aussi l’extraordinaire plasticité de l’humain. On a vu des femmes kapo dans les camps, guère moins sadiques (mais sans doute moins cérébrales, plus passionnées si l’on peut dire) que les hommes. En cérébralisant l’homme, avec l’explosion du développement du néocortex, l’évolution a crée à la fois le problème et sa solution. Dans son fonctionnement hasardeux et intense le cerveau humain créé sans cesse, dans un arrière-plan bien dissimulé, des associations de toutes natures (c’est sa capacité créatrice exceptionnelle), certaines sont innocentes d’autres sont monstrueuses. C’est une simple mécanique, et c’est sa fonction. L’antidote ce sont les capacités d’abstraction supérieures issues de ce même néocortex, qui vont traiter et canaliser la (toute) partie de ces associations qui affleurent à la conscience. Le mal existe, il est en nous à l’état virtuel donc il est partout, mais il n’est là que comme beaucoup d’autres choses. L’homme choisit de donner, ou non, la vie à ses démons. C’est un choix, une liberté.

    2. Voilà une façon erronée de défendre les droits des femmes…
      ce qui restera pour longtemps à l’ordre du jour.

      Donner le pouvoir aux femmes dans la société capitaliste ?
      Si seulement les hommes, ou l’espèce avaient ce pouvoir…
      C’est le capital, dans nos sociétés, qui détient non pas le visage, mais les ressorts du pouvoir.

      La première guerre mondiale évoquée ici montre bien où est le pouvoir.
      C’est le conflit entre impérialismes, soit entre espaces concurrents d’accumulation du capital,
      qui est à l’origine de la Première boucherie mondiale, comme de la Seconde d’ailleurs, qui est sa continuation.

      A ce propos deux « infos » pour le fun:
      – la personne qui pouvait retenir la Première boucherie en abattant le capital en France et qui a été assassiné pour donner libre cours à la boucherie, ne s’appelait pas Jeanne, mais Jean (Jaurès)
      – les deux qui ont largement écourté cette boucherie avec la Révolution Russe n’étaient pas comères mais compères (Lénine et Trotski).

    3. On doit à la fois reconnaître que les femmes sont capables des mêmes turpitudes que les hommes , et simultanément qu’elles y sont globalement plutôt moins portées .

      Lors de mon départ en retraite , après dix dernières années en charge d’un service à 40 % féminin et 60 % masculin , de petits malins m’avaient demandé de m’exprimer sur l’apport de la mixité dans le travail . Je m’en était tité en disant que :

      En général une femme s’organise pour faire en deux heures ce qu’un homme démontre en deux heures comme étant impossible à organiser . Il n’y a aucune turpitude et aucune bêtise masculines ( à part peut être écrire son nom en faisant pipi sur la neige gelée ) qu’une femme ne sache faire aussi bien qu’un homme .Les groupes uni-maculins se supportent mieux entre eux et plus longtemps que les groupes uni- féminins . Les groupes mixtes ( sauf trop grandes affinités ) sont les plus riches, les plus créatifs et solides sur le long terme .
      Un homme oublie . Une femme jamais . Mais , heureusement , Alzheimer les guette tous les deux .

      Et par orgueil , j’ajoutais que j’avais autant de difficulté à reconnaître une supériorité féminine que masculine .

    4. Salut à tous.
      La peur de l’autre s’amenuise. Elle est induite par des instincts que nous maîtrisons mieux, et son utilisation par les rois, les présidents ou les religieux pour dominer, est entrain de montrer sa limite.
      Les vieux, jeunes, rouges, jaunes, noirs, blancs, café au lait, petits et grands, femmes et hommes nous sommes tous humains, brièvement unis, dans le temps, et un espace inquiétant pour notre ignorance.
      Nos différences, se conjuguent à mon sens pour nous provoquer et nous sublimer.
      Nous essuyons biens des échecs et des revers dans notre recherche du bonheur, comme une espèce qui balbutie, tâtonne et fait ses premiers pas.
      Pourtant intuitivement, nous pressentons que s’unir est salutaire pour affronter d’autres épreuves autrement plus abrasives que celles qui nous paraissent en ce moment proche de la fin du monde.
      Les quelques terres émergées sur lesquelles la vie a pu s’ancrer et évoluer jusqu’à nous, sont les fruits d’un miracle tel, que nous pouvons tout envisager.
      A nous de considérer la vie sous le « bon angle » et penser que si la Nature a mis 15 milliards d’années ( car ce qui nous compose se trouvait déjà au sein de la matière originelle ) à nous parfaire, dotés du désir de faire au mieux, il y a fort à parier que notre potentiel n’est quasiment pas utilisé et que les différences de nos sexes et de nos couleurs, au même titre que notre mélange de races, jouent des rôles cruciaux en faveur de notre épanouissement harmonieux.
      Combien ont eu la chance d’être outillés jeunes d’un enseignement qui permette de se situer dans le temps, l’espace et de savoir s’en servir pour tracer un plan de route pour sa vie ?
      A la question :  » qu’attendez-vous des demains de votre vie ? », combien sont capables d’écrire 10 lignes cohérentes sur le sujet prouvant qu’ils y ont mûrement réfléchi ? Ils sont rares.
      La notion de prévoyance n’est non seulement pas enseignée, mais présentée comme ridicule, déplacée dans un monde si prompt au changement ! Nous en arrivons à ce que la nécessité de faire un plan pour édifier sa vie ne soit plus une évidence, alors qu’elle l’est pour construire la moindre maison !?!
      La plupart des jeunes ignorent l’échelle du temps et il pense souvent que nos origines se perdent dans la nuit des temps alors que nous venons à peine d’arriver au monde. Ne pas savoir où nous nous trouvons nous prive à coup sûr de la possibilité de choisir une direction. Même un plan parfait ne peut m’être d’aucune utilité si je ne connais pas ma position !
      Mais nous pouvons cultiver les forces de chacun au lieu de nos faiblesses. Autrement dit, nous aurons bientôt assez de courage pour nous positionner en élèves de la vie au lieu de nous ériger en professeurs des humains ?
      Ce qui est rassurant c’est que notre marge de progression semble infinie et pour faire des pas de géant en direction de la sagesse, tout est à portée de mains. La noblesse de nos philosophies et de nos religions qui louent le respect du vivant, sont en avance de 20 siècles sur nos actes, mais elles sont là a attendre patiemment d’être appliquées et nous pourrons alors en penser de nouvelles plus judicieuses encore pour éprouver au mieux l’amour de la vie.
      Pour l’instant les dirigeants ont encore peur de la prise de conscience planétaire et des actions qui inévitablement s’en suivront et mettront à jour leurs faiblesses et leurs attitudes inavouables.
      Doit-on les condamner pour leur maladie ou se contenter de leur appliquer des soins appropriés ?
      Évoluer ne pourra se faire sans l’active participation de gouvernants convertis à la paix.
      En effet, aucune civilisation dite humaine ne doit encore prétendre que les armes sont des outils nécessaires à la bonne marche du monde surtout après les 5000 siècles de souffrances et de larmes qu’elles ont induites sans ne jamais rien solutionner qui ne l’aurait été par des négociations justes et raisonnées. Les armes ne s’avèrent profitables qu’aux gens qui savent pertinemment que leurs prétentions sont déplacées, qu’elles bafouent l’intégrité de leurs semblables et qu’elles n’auront donc pas de chance d’obtenir au moyen de la raison à laquelle ils substituent des canons.
      Dés qu’ils auront moins peur, il accèderont à la volupté suprême de s’aimer en aimant l’autre et découvriront la profondeur de leur être.
      Nos différences nous construisent. Elles sont nombreuses et font de chacun de nous un exemplaire unique qui possède une partie de la solution.
      Nos similitudes nous unissent et nous permettent de pulser sur un même rythme et en s’écoutant mieux, nous comprendrons à quel point c’est d’un monde pacifié auquel tous nous rêvons.

      A tous, bon toujours.

    5. Femmes et hommes différents certes. Si différents… je doute.
      Dissociables pour évoluer, je ne pense pas !
      Dans l’histoire passée et à venir chacun a tenu et devra tenir son rôle.
      A l’origine l’homme doit trouver la nourriture et pour cela s’exposer et découvrir le monde.
      La femme à « l’abri » des grottes garde la progéniture et doit faire preuve d’imagination pour interpréter ce monde que son homme affronte physiquement.
      Cette situation était encore la notre il y a 10 mille ans (elle a donc duré environ 500 mille ans ) et elle a forgé différemment les uns et les autres qui a la base avaient des tâches attribuées par la Nature qui impliquaient des destins distincts mais communs.
      L’expérience acquise par les unes et les autres est profitable à l’ensemble et j’aime à penser que nos divergences sont saines et munies des semences de la grandeur.
      La liste de nos désordres est longue et facile à dresser mais ne vaut que lorsqu’elle est associée
      à des propositions concrètes pour les améliorer qui sont elles, moins évidentes et plus complexes à développer.
      Aussi, j’invite chacun à ne pas oublier au moment d’analyser nos comportements et de les juger, que notre espèce est toute jeune.
      Jamais nous n’aurions l’idée de penser d’un enfant de 2 ans qu’il se condamne définitivement par ces actes fussent-ils déplacés !
      Grosso modo nous avons cet âge avec toute l’inexpérience et la curiosité qui l’ accompagnent Alors pourquoi appliquer des jugements rédhibitoires sur notre condition alors que nous ne savons encore rien de ce qui nous a fait ainsi et pourquoi !
      Quant à déclarer que vu notre passé notre avenir s’inscrira dans le cahot, c’est un raccourci qui oublie que les planètes peuvent changer d’orbite à tous moment et notre histoire nous voir nous transcender.
      Des vivants que nous connaissons, jamais métamorphose ne s’est opérée avec la fulgurance dont nous avons fait preuve. Cela devrait nous inspirer autre chose que du découragement.
      Bien que notre barbarie régresse, nos exigences sont si pressentes que nous ne regardons plus que nos lacunes culpabilisantes, que l’oligarchie croit bonne d’entretenir pour nous garder la tête sous l’eau.
      Résultat, elle boit la tasse avec nous sans pouvoir trouver la force d’appliquer des modèles de société identifiées comme étant respectueuses du vivant qu’en général elle se borne à tuer dans l’œuf par peur de voir leurs système supplanté par des pratiques saines où la magouille n’aurait plus sa place.
      Le sentiment de contrôler le cours des choses semble séduisant autant qu’illusoire et paraît rassurer l’Homme égaré alors  » qu’il suffit de LA vivre  » en se respectant soi pour LA vivre bien !

    6. Guerre et commerce [ne sont] jamais l’un comme l’autre que l’expression de la rapacité des hommes elle-même la conséquence de l’ancestrale terreur de la faim et de la mort, ce qui faisait que tuer voler piller et vendre n’étaient en réalité qu’une seule et même chose un simple besoin de celui de rassurer, comme des gamins qui sifflent ou chantent font pour se donner du courage en traversant la nuit, ce qui explique pourquoi le chant en chœur fait partie au même titre que le maniement d’armes ou les exercices de tir du programme d’instruction des troupes parce que rien n’est pire que le silence.

      Claude Simon, La Route des Flandres.

      L’homme comme un animal scindé, affublé d’un seul adversaire et d’un seul partenaire, en une même entité, une même hantise : la Nature. Et donc sa nature.

  62. 1/ A toutes les époques accessibles à l’historien et à l’archéologue, le progrès technologique signifie se libérer des travaux pénibles en augmentant le rendement. Le temps gagné sur le travail nécessaire à la survie du groupe est utile pour fonder une culture.

    2/ Le capitalisme n’est qu’une voie pour accéder au progrès, il n’a rien de naturel puisqu’il s’agit d’un choix de société. Pourtant, les promoteurs zélés du libéralisme politique considèrent le capitalisme comme naturel pour justifier le choix de nos institutions, ce faisant, ils perpétuent la confusion traditionnelle entre nature et culture : C’est ce qui les perdra.

    3/ Il n’existe aucune institution occidentale susceptible de résister au progrès technologique à long terme. Que signifie le mot « compétitivité » associé au mot « travail » face à l’émergence de la robotique et le l’intelligence artificielle ? Que signifie le mot « rigueur » que le politicien voudrait mettre en œuvre de manière rationnelle et scientifique lorsque nos institutions sont là pour justifier le culte du Capital, qui n’a rien de scientifique mais qui se déduit d’un rapport de force admis culturellement ?

    4/ L’humain n’est pas foncièrement mauvais, ce qui est regrettable dans sa nature est qu’il justifie les institutions de l’Etat soit en invoquant des Dieux, soit en invoquant le caractère scientifique donc indépassable de l’accumulation du capital. Cette confusion provient de sa méconnaissance théorique du monde qui l’entoure et de sa propension à s’inventer des modèles pseudo-scientifiques fondés sur des syllogismes pour se rassurer politiquement. Les sociétés humaines si elles acceptent la société de consommation à outrance n’en sont pas moins peureuses lorsqu’elles découvrent que l’institution Etat n’est en rien le fruit d’une science politique mais un moyen traditionnel de perpétuer une logique maitre-esclave qui entrave le chemin de la connaissance (cf Wikileaks)

  63. Cher Paul,

    Sans vouloir vous vexer je trouve que vous avez une vision très religieuse des choses.

    – Quand vous dites, « Notre espèce est, il faut bien le dire, mauvaise et aggressive », vous introduisez un jugement de valeur assez manichéen qui je trouve n’a pas sa place dans ce type de débat. C’est un point de vue partial qui sert d’ailleurs d’excuse à bien des gens pour légitimer bien des choses. Et nier ce jugement ne veut pas dire qu’il faut tomber dans l’excès inverse de l’angélisme ou du bon sauvage. En la matière je suis davantage pour une palette de gris, au moins par respect pour tous ceux qui se sont sacrifiés pour que d’autres puissent vivre. Et puis que dire de notre compassion naturelle (plutôt féminine) dont nous n’avons pas le monopole au sein des espèces ?

    – Quand vous dites, « L’Homme permet à la nature de se surpasser », je trouve que vous cachez mal votre foi en l’espèce humaine (en contradiction avec le nature mauvaise que vous assignez à l’Homme). En vous exprimant de la sorte j’ai l’impression que vous êtes pesque prêt à réduire la nature à une espèce or je considère que c’est une erreur car je pense qu’une espèce n’a pas d’avenir sans le lien d’interdépendance très fort qui la lie à sa matrice écologique. Si de nombreuses espèces ont permis à la nature d’évoluer certaines se sont surtout révélées être des culs-de-sac de l’évolution, et évoluer pour disparaître permet certes à la nature de se surpasser mais en éliminant ce qui n’a pas d’avenir. Dire que l’Homme permet à la nature de se surpasser sous-entend que l’avenir de la nature reposerait maintenant sur les épaules de notre seule espèce, or l’histoire du vivant nous montre que c’est tout l’inverse qui se produit en général, la nature évolue et se surpasse quand elle valorise la diversité entre les espèces et au sein des espèces. Donc plutôt que de surpasser le vivant il semble que notre espèce aille à contre courant du vivant par l’uniformisation et la généralisation qu’elle s’impose à elle-même et qu’elle impose à sa matrice écologique. Notre espèce fait régresser la nature plus qu’elle ne la fait progresser car elle tend elle-même vers un cul-de-sac de l’évolution en éliminant au passage la diversité et donc la résilience naturelle.

    – Quand vous dites ici, « Et si ce monde est aujourd’hui vivable, tolérable, c’est bien parce que nous l’avons rendu tel par nos propres moyens et par eux seuls. », vous cachez mal votre foi en la science et la technique et vous pointez du doigt l’incapacité de l’homme à accepter sa condition humaine naturelle ce qui l’amène à adapter l’environnement au lieu de s’addapter à lui. Par rapport à ceci je dirais que l’homme ‘civilisé’ baigne dans l’illusion que modifier l’environnement ne porte pas à conséquences et qu’il sera toujours capable de l’adapter en fonction de ses désidératas. Il y a là l’illusion que ce qui est acquis l’est pour de bon, ce qui est faux car rien n’est jamais acquis. En fin de compte c’est bien l’inverse qui nous observons, l’homme rend le monde invivable car l’homme épuise littéralement les réserves sur lesquelles il repose, et tout ce qu’il croyait être acquis se révèle l’être de moins en moins. Comme on le sait, quand une espèce prolifère plus vite que l’ensemble des ressources ne le permet, l’espèce se met en situation de dépassement (overshoot) qui engendre un effondrement naturel de la dite espèce et qui la voit se réaligner avec ce qui la supporte. Parfois il arrive que l’effondrement mène à une disparition totale de l’espèce car elle s’est rendue totalement inadaptée à un environnement qu’elle a modifié à l’excès par manque d’intelligence, l’espèce est alors dans un cul-de-sac. A part détruire les conditions d’existence vivable et tolérable future je ne vois pas très bien ce que notre espèce est en train de faire sur cette bonne vieille Terre.

    – Ou encore quand vous dites dans un de vos messages précédents : « Je ne CROIS pas en une vie dans l’au-delà ». Soit on est scientifique et on reconnaît que l’on ne sait pas se prononcer dans ce domaine, soit on est religieux et on présume savoir ce qui peut advenir de la conscience à la mort du corps. Croire en une non-conscience après la mort est une vision matérialiste et dogmatique des choses qui n’est que le contre-pied excessif des visions spirituelles tout aussi dogmatiques et qui présument savoir ce qu’il y a. Je considère que dire qu’il n’y a rien dans l’au-delà est la solution facile et heureuse car elle sous-entend implicitement la fin de toute souffrance. Perso, je considère ne pas savoir et je suis pour une sorte de pari de Pascal pour l’au-delà, non pas en envisageant ce que j’ai a gagné en pariant sur un quelque chose mais en envisageant ce que j’ai à perdre en pariant sur un quelque chose plutôt qu’un rien, un quelque chose qui me verait continuer à expérimenter le couple souffrance-plaisir. Dans le prolongement je CROIS bien sûr en l’impossibilité d’un enfer ou d’un paradis.

    Conclusion : Nous sommes pour la plupart des croyants qui ne s’assumons pas.

    1. A Peak.Oil. 2008.

      Surtout, que nous venons d’éclore ! Personne ne nous demande d’expliquer et de trouver à tous prix et immédiatement les réponses et les solutions aux grands mystères de notre état !
      Pourtant notre intuition nous motive au dépassement et à l’osmose et notre quête démarre à peine.
      Nous fulminons de ne pouvoir nous accomplir plus vite et cette juste colère est à mon sens saine, nous emplie d’espoir et souligne nos bonnes volontés.
      Chaque seconde est un nouveau monde et sur le fumier germent aussi les roses.

    2. Chaque seconde est un nouveau monde

      « La vie est un enfer, chaque seconde un miracle », disait Cioran, expert en fumier… et en roses, un peu.

  64. Pour lutter contre certaines idées reçues (que nous avons tous par ailleurs).

    Collapse of Complex Societies by Dr. Joseph Tainter 2010 (Part 1 of 5)
    (le son est un peu mauvais au début et puis cela devient correct)
    http://www.youtube.com/watch?v=ddmQhIiVM48

    Collapse of Complex Societies by Dr. Joseph Tainter 2010 (Part 2 of 5)
    http://www.youtube.com/watch?v=AkK06A32tTU

    Collapse of Complex Societies by Dr. Joseph Tainter 2010 (Part 3 of 5)
    http://www.youtube.com/watch?v=BgeP_NTCs_Q

    Collapse of Complex Societies by Dr. Joseph Tainter 2010 (Part 4 of 5)
    http://www.youtube.com/watch?v=9vLQekiVsB8

    Collapse of Complex Societies by Dr. Joseph Tainter 2010 (Part 5 of 5)
    http://www.youtube.com/watch?v=NhTKirUZiWQ

    1. à PO 2008
      Idées reçues ? L’usage du terme « complexe » par le gros type est complètement erroné en terme mathématique . Le terme « complexité » en usage mathématique correspond a des modélisations mathématiques(equa diff complexes) . Il oppose un « archaique » a une photo d’einstein pour caricaturer la superbe complexité de la modernité . En fait l’indien suit une modélisation complexe . Le moderne doit simplifier sa modélisation en raison d’abondance d’intrants . D’ailleurs les thèses d’einstein ne sont pas complexes puisque ses equa sont reversibles .
      Pour survivre , le gros type en est réduit a faire de la scène …il ne survivrait pas 3 jours en autarcie . Pour le nourrir , il faut des esclaves , ou de l’énergie . Pour défendre le paradigme de la complexité , il faut se referera a des gens comme ekelande , Gleick ou Prigogine .

  65. @ Paul

    Il n’est pas d’exemple, à ma connaissance, de l’émergeance d’une science unique hors de l’inconscient humain.
    Dans les cas que je connais, le substrat pré-scientifique se dissocie en deux sciences: l’une dure, l’autre molle, comme par exemple la chimie et la psychologie à partir de l’alchimie (cf. C. G. JUNG).
    Il pourrait aider de prendre ce phénomène en considération: du clivage l’économie, quelle science dure et quelle science molle peuvent-elles émerger?

  66. S’agissant de notre rôle dans l’évolution de la biosphère, il est essentiel de bien percevoir l’étendue et la variété des menaces qui pèsent sur elle à très long terme, qui ne se limite pas aux chutes d’astéroïdes. Au premier chef la très lente mais implacable augmentation de l’activité solaire, estimée à 6% par milliard d’années, qui promet de gros problèmes dans quelques centaines de millions d’années « seulement ».

    Voir par exemple http://en.wikipedia.org/wiki/Future_of_the_Earth pour plus de détails.

    Alors que le discours habituel des journalistes scientifiques laisse croire que nous sommes tranquilles jusqu’à la conversion du soleil en géante rouge dans 5 milliards d’années, le couperet tombera dans 10 fois moins longtemps que ça. A moins que …

    A moins qu’une espèce vivante ne parvienne à installer à temps dans l’espace un parasol réglable capable de réduire le flux incident d’énergie solaire à une valeur optimale… Multiplier par 10 la durée de vie restante de la biosphère terrestre, ça me semble justifier suffisamment de ne pas jeter nos acquis scientifiques et techniques au panier de la Décroissance, et mériter de perpétuer une espèce capable de le faire – pourquoi pas la nôtre et sa suite, plutôt que de disparaître et d’obliger l’évolution à reprendre le boulot à partir des primates (s’il en reste) ? Servir enfin la biosphère après ne s’en être que trop servi – étape probablement inéluctable imposée par l’évolution.

    Je vous suggère d’intégrer dans votre réflexion ces éléments, qui me semblent s’y inscrire assez bien.

    Quelques remarques sur d’autres points :

    – il serait prudent d’éviter l’expression « dessein intelligent », utilisée par les intégristes religieux de tous poils comme faux nez du créationnisme.

    – je ne ferais pas un tel distinguo entre une économie sauvage et une science humanisée. Quand une bande de chimpanzés maîtrise le cassage des noix entre deux cailloux et la pêche aux termites avec un bâton étudié pour, elle élargit sa niche écologique et peut augmenter sa population, ni plus ni moins. Je ne vois pas que notre développement scientifique et technique mérite d’être analysé autrement, dans un cadre écologique classique. On voit d’ailleurs les problèmes qui surgissent chaque fois que ce processus d’agrandissement de niche se heurte à des limitations de ressources.

    – ressortir le bon vieux « connais-toi toi-même » de Socrate et Aristote ne serait pas superflu : c’est archi-connu mais reste presque entièrement à faire. Le mariage des neurosciences, de la biologie et de la génétique avec l’anthropologie et autres sciences sociales plus classiques offre un espoir de comprendre enfin suffisamment comment nous fonctionnons pour inventer de nouvelles formes d’organisation collective nous permettant de sortir des blocages actuels.

    1. – il serait prudent d’éviter l’expression « dessein intelligent », utilisée par les intégristes religieux de tous poils comme faux nez du créationnisme.

      Je me suis fait la même réflexion.
      Une provocation qui fait curieusement peu de vagues…

    2. Pour l’intelligent design, Dawkins préfère parler de « créationnisme affublé d’un costume bon marché » .
      Mais bon on avait compris la petite provoc, le retournement, le sarcasme même, justement vis à vis des tenants de cette pseudo-science, puisque Paul évoque bel et bien un dessein intelligent humain, en fait une caractéristique exclusivement humaine :

      L’Homme est la conscience de la nature. Par la technologie et par le dessein intelligent qui le caractérisent et où il fait se rejoindre et se féconder réciproquement des lignées d’inventions indépendantes, l’Homme surpasse les lois de la nature telles qu’elles lui ont été offertes au moment où il apparaît dans l’histoire du monde.

      Fallait oser… c’est fait.

  67. Votre plus beau texte M. Jorion, votre formation 1ère d’anthropologue ressort, vous êtes je dirai plus doué et avez l’écriture plus fluide dans ce genre de réflexion qu’en matière d’économie.

    Je partage votre vision, juste apporté un avis personnel sur l’économie, et si c’était le moyen qu’avait l’homme d’inventer sa propre nature, en transformant les paysages et la matière 1ère en un autre produit qu’il lui-même conçu et réalisé…l’économie, le commerce et le capitalisme étant le moyen qu’il a trouvé et appliqué pour réaliser cette transformation de la nature à une certaine image….

    Reste que l’on pourrait peut-être changer cette image vers laquelle nous semblons naviguer, qu’elle sera-t-elle et de ce nouveau paradigme sans doute viendra la solution… ou la disparition…

    Quant à savoir si nous sommes la conscience de la nature, je dirai alors que nous avons oublié cette finalité…

    Pour l’église et Dieu, nos anciens n’avaient pas atteint notre niveau de connaissances, tant de choses surprenantes, le mot dieu arrêtait la pensée, c’était l’explication, dieu du vent, de la mer… des explications à l’inexplicable …

    Maintenant notre dieu actuel et unique est tout à fait différent ce me semble, plus conçu comme une manière d’expliquer notre vie que de donner un sens aux choses que l’on ignore, bref comme une philosophie de vie, un but à notre présence sur terre que nous nous serions donné à travers l’église.

    Hors cette église n’a pas évoluée, en ce sens sans doute devrons nous la réinventer pour nous donner la force et le courage d’affronter ce qui nous attend inéluctablement demain, une régression d’une telle ampleur, car la science sans conscience ne peut déboucher que sur un cataclysme.

    Aujourd’hui je suis d’accord avec vous et j’ai apprécié votre style… Merci et bonne fin d’année.

  68. Par avance je m »excuse pour les accents et autres caracteres francais non disponibles sur ce clavier.
    En prenant la concurrence comme modele naturel que l homme doit depasser au sein de la sphere economique, deux erreurs sont commises me semble t il.
    1- La selection naturelle n’est pas ‘la nature’, c’est un des principes de sa dynamique et donc la réduire a cela est dommageable.
    2- L’homme ne peut pas dépasser la nature mais l’analyser pour mieux y intégrer l’économie en son sein en tant que science permettant une meilleure gestion du bonheur humain.

    Qqs points pour étayer le fait que la nature au-dela de la sélection naturelle est source d’inspiration pour l’economie :
    1 – darwin et la selection naturelle a effectivement inspiré l’économie mais pas que dans le sens ou le néolibéralisme nous le fait entendre aujourd’hui. Se reduire donc a prendre la nature uniquement sous son aspect darwinien de selection naturelle me semble etre une erreur.
    Pour rappel sur ce sujet, Marx s’est inspiré de la théorie de Darwin pour avancer sur la mort du capitalisme. En effet sans Darwin, Marx n’aurait sans doute pas conceptualisé une évolution du capitalisme et aurait continué sur la pensée des classique pré darwinnien intégrant le capitalisme et l’économie comme une problématique d’équilibre a atteindre (ce que les néo libéraux refont mais avec des ordinateurs pour justifier leur 150 ans de retard sur la science économique). Mais il faut aussi rendre a Cesar ce aui revient a Cesar car c’est bien un economiste qui a permis a Darwin de penser sa theorie. En effet c’est Malthus qui a fourni des éléments clefs a Darwin.

    2- Vouloir depasser la nature est impropre. Le terme de nature doit etre dépassé de son sens entendu par la simple theorie de Darwin. L’homme et sa pensée sont intégrés a la nature et c’est bien en pensant la nature et en l’analysant qu’il peut en prendre des sources d’inspirations pour mieux gérer l’économie qui le concerne directement.
    Pour exemple, je prends Keynes qui s’est inspiré de la théorie d’Einstein en transférant la notion de temps en monnaie et d’espace en marché. C’est donc par la nature et sa compréhension (la nature lie directement le temps et l’espace) que la science économique a pu avancer sur la pensée keynesienne.

    3 – A ce jour c’est via les sciences cognitives et notamment la problématique des systemes complexes (cahos, effet de seuil, niveau d’organisation, neguentropie…) que la pensée économique peut avancer. Or il s’agit bien de la nature dont nous nous inspirons encore et toujours… Il s’agit encore une fois de faire communiquer les sciences pour faire avancer la sphere economique qui malheureusement s’est fermée sur elle meme depuis 40 ans (merci a ce blog qui me fait mentir mais disons de maniere générale au sein des cours d’université d’économie que la communication est nulle). Quel grand penseur economiste etait fermée sur son domaine? D’ailleurs la valeur de ce blog est issue de son ouverture sur d’autres domaines. Peut etre une nouvelle generation d’économiste va arriver pendant ce déclin du néo libéralisme mais ils devront faire face a beaucoup de vieux réflexes…. Pour celui du rapport a la nature, il y a un travail enorme

  69. Voici quelques questions (très naïves) que m’a inspiré votre texte.

    1)L’homme est un loup pour l’homme.
    Sommes-nous si sûrs que l’homme aie pu exister ou même que le loup puisse exister sans une société d’humains ou de loups. Le groupe implique une organisation hiérarchisée avec l’adoption d’une règle minimale, sa survivance. Ce principe implique l’intériorisation d’un principe vital, celui d’une solidarité a minima qui exclut l’attitude de chacun pour soi face au péril.
    La nature n’est que sociale. Nous n’en connaissons pas d’autre
    2)La science (ou bien la technique ?) peut-elle exister sans le syllogisme et la logique d’Aristote?

    3)Plus fondamentalement, le syllogisme exclue-t-il dans sa mise en œuvre le deus (ex ou in machina) ? Dans la prémisse mineure, n’avons-nous pas affaire à un point de vue , à un observateur capable d’une assertion concernant une catégorie. Le « Tous les hommes sont » ne suppose-t-il pas quand il dit l’impossibilité de fournir un élément de la catégorie qui ne réponde pas à cette qualité qu’un œil a pu embrasser de l’extérieur la catégorie ?
    Qu’est-ce qui fonde la véracité de la prémisse majeure., sinon une opinion ?
    Quel en est le garant ? À moins qu’elle ne soit qu’une simple hypothèse.

    4) la convocation d’une extériorité immanente n’a-t-elle pas aidé à la propulsion des sciences spéculatives et interprétatives du monde ? Qu’a-t-il donc fait le Grand Horloger ?

    5)
    Si chacun est construit comme un miroir du monde, dont il fait partie, en chacun persiste une tâche aveugle.
    collectivement, notre tache aveugle ne pourrait-elle pas être le point de vision de cette extériorité immanente?

    1. juste pour dire que la phrase de Descarte: je ne peux concevoir une si belle horloge sans un grand horloger est quand on a quelques notions scientifiques assez fascinante, de part l’horloge qui résume bien par exemple les évolutions de populations prédateurs/proies en oscillations , quand au grand horloger il ne nous dérange guère au quotidien, alors….

    2. @Genissel Samuel :

      Voltaire ne va pas être content , bien que , là où il est ,il n’a plus à se soucier de s’assurer que la montre dispose d’une balancier ou d’une puce électronique , pour avoir une idée de la gueule de l’horloger .

    3. Astarte,

      Mon point de vue recoupe le votre il me semble, si toutefois je vous ai bien compris.

      L’extériorité immanente permet de se dispenser du Grand Horloger si l’on considère que cette extériorité n’est autre que celle qui se déploie dans l’esprit humain en tant que ce esprit
      est capable d’une exploration du Réel en concevant de nouvelles réalités possibles sur un plan distinct de celui de la réalité communément admise. L’hypothèse du Grand Horloger par contre suppose un univers dont toutes les parties seraient définies une fois pour toutes limite singulièrement toute possibilité d’approfondissement du Réel, sans doute l’Un que vous évoquiez dans un autre de vos commentaire au sujet du Progrès.
      Selon cette perspective le syllogisme n’exclut pas l’extériorité immanente, l’extériorité immanente est au contraire nécessaire pour fonder de nouvelles prémisses car tous les éléments du syllogisme ne dérivent pas d’une observation empirique.

  70. L’homme devenant le moyen que  » la nature s’est donnée de créer le Dieu qui lui fit jusqu’ici tant défaut. »?.En voilà un catéchisme pas ordinaire.

    Vouai, vouai , vouai….
    Qui est le plus déïfié dans ce genre de propos , la nature ou l’homme ?
    Quoiqu’il en soit ,que ce soit l’un plus que l’autre ou l’un et pas l’autre , il reste le paradoxe de la perfection issue de l’imperfection .

    Dieu ferait défaut ?
    Tout dépend de l’image que l’on se fait de Dieu .
    Pour certains, l’invisible est déjà visible …. »j’étais pauvre…, j’étais nu… etc… »
    Mais pour comprendre cela, il faudrait supposer la possibilité d’ une perfection qui ne serait pas orgueilleuse.

    1. bonjour béber !

      dans ce texte, la nature semble prendre conscience d’elle même par l’intermédiaire de l’homme (c’est de l’idéalisme allemand du début 19ème).
      « Dieu ferait défaut ? » les siècles passent mais la place semble attendre 🙂 certains s’y essayent tjrs…c’est un peu comme excalibur…
      en même temps, sans clef de voûte, l’arcade s’effondre.

      « une perfection qui ne serait pas orgueilleuse » j’aime bien, mais c’est limite oxymore, non?

      bien à vous

    2. bonjour sylla

      Pour l’être humain , la notion de Dieu évoque les notions de perfection , de puissance , d’éternité, de création , de vérité, et pour certaines religions d’unicité.

      Mais, mais pour qui a vécu un peu, l’homme se révélant une imperfection de la nature… il est fort étrange qu’il ose ,parfois, prétendre avoir une idée de ce que serait LA perfection .

      Pour comprendre l’idée d’une perfection non orgueilleuse, il faut envisager les notions de simplicité et d’accessibilité.

      Peut être n’êtes vous pas chrétien(ne?), peut être ce monde vous échappe ?
      En tout cas , votre politesse vous honore.

      Un texte clée sur le christianisme , que beaucoup ici cherchent à expliquer sans connaitre .
      S’il n’en fallait qu’un , ce serait celui là
      http://www.stignace.net/SiteMT/Paroles/mt25_31_46.htm

      Bien à vous, de même 😉

    3. bonjour béber !

      « Peut être n’êtes vous pas chrétien(ne?) » Bonne question. Pour être franc, je me la pose moi même^^
      le nombre d’églises et de ceux qui se font appelés « père » cependant m’échaudent. de même un tel pouvoir lorsqu’il prétend régner : à mon avis, gloser sur l’Un, au delà de ce qu’en dit par ex Parménide ou Héraklite (et encore…), c’est de l’orgueil en soi, non?

       » peut être ce monde vous échappe ? »
      de fait^^ çà a l’air : si je préfère la dialectique de l’amour à celle de la raison, c’est autant par logique que par pragmatisme et souci des autres.

      « Etymologie : du grec logos, parole et par extension, raison et kratos, pouvoir, autorité

      La logocratie est un régime « idéologique » où règne une « parole » officielle, une vérité officielle constituée de phrases slogans et de discours prophétiques. Le langage ne sert pas qu’à dénommer les choses ou à donner du sens, il devient l’instrument du pouvoir et un moyen de domination. Le terme fait, en général, référence à un régime totalitaire.

      Le mot logocratie peut prendre plusieurs sens suivant le contexte où les auteurs :

      * On appelle aussi logocratie les régimes où le pouvoir émane du Logos, du Verbe, de la Parole divine révélée (Bible, Coran), que seul le représentant de Dieu sur Terre sait interpréter et qui devient la Loi divine (la charia dans l’islam). Exemple, la République islamique d’Iran.

      * Jean Guillaume, baron de Colins (1783-1859), économiste français, partisan d’un socialisme rationnel, prônait l’avènement d’une logocratie fondée sur la souveraineté de la raison (logos est pris dans son sens par extension). Pour Colins, la démocratie est le « règne de la force enrobée de sophisme » où le pouvoir revient aux plus riches et aux plus habiles, donc aux plus forts. Il désigne par logocratie, le pouvoir scientifique futur qui permettra de remettre le pouvoir aux plus moraux et aux plus méritants. » http://www.toupie.org/Dictionnaire/Logocratie.htm

      je crois que c’est cette prétention à accéder à l’être et de pouvoir en dire autre chose que immuable, premier (issu de sa volonté propre), unique, éternel, qui transforme le métaphysicien et ses disciples en tyrans. Steiner que je cite un peu plus bas développe cette approche, mais qq part il fait ce qu’il dénonce. (post 94)

      « Mais, mais pour qui a vécu un peu, l’homme se révélant une imperfection de la nature… il est fort étrange qu’il ose ,parfois, prétendre avoir une idée de ce que serait LA perfection .
      Pour comprendre l’idée d’une perfection non orgueilleuse, il faut envisager les notions de simplicité et d’accessibilité. » Une perfection à la hauteur de l’imperfection humaine? je ne saisis pas vraiment. mais derrière le vocabulaire, je crois comprendre et qq part agréer (à part le pb pratique du juge « suprême »).

      Je vous disais « dans ce texte, la nature semble prendre conscience d’elle même par l’intermédiaire de l’homme (c’est de l’idéalisme allemand du début 19ème). » car il faut se rappeler que l’allemand est une reconstruction de Goethe issue de la traduction par Luther de la bible, et d’une trentaine de dialectes. La philosophie Allemande qui suivit (19ème) est directement issue de cette matrice (de même nos philosophies politiques modernes, par d’autres chemins). La prédestination telle qu’interprétée par les protestants se trouve par ex bien svt en conflit d’avec l’extrait de Matthieu que vous proposez. Mais ces même protestants se révoltaient à juste titre contre les élucubrations des papes, notamment celui (un médicis?) qui vendait des places au paradis pour construire sa chapelle sixtine. Cette question théologique permit aux puissants de s’affronter sur les champs de bataille ; et ces guerres de « religions » traumatisent encore l’esprit contemporains au point de lui faire traiter les religieux comme des fanatiques. Ces guerres de religions firent naître aussi bien la première banque centrale (amsterdam) que les colonisations où l’individu pouvait s' »émanciper ». L’église a croqué le pouvoir dès le concile de Nicée.

      Sachant cela, simplicité et accessibilité semblent bien nécessaire au bon sens, mais pas forcément possibles justement. d’ailleurs l’extrait de Matthieu le rappelle : « Alors les justes lui répondront : « Seigneur, quand est-ce que nous t’avons vu… ? … Quand sommes-nous venus jusqu’à toi ? » » les justes ne seront justes que sous sa loi qd il sera, non sous la leur ou une autre, mais leurs efforts seront reconnus et ne seront pas vains.
      Ce serait pourtant bien pratique, je suis d’accord, un peu de coeur et d’esprit dans ce corps social caverneux, mais pour paraphraser Tolkien, le « retour du roi » n’est pas de notre choix.

      Je suis en train de « réfléchir » sur le point moral de l’aristotélisme, la philia, que mr du Jonchay se devait logiquement de rencontrer sur son chemin : il n’y a a priori malheureusement pas de nécessité chez Aristote (à part l’amour du vrai) à proprement parler d’un tel concept : il est ad hoc et donc interchangeable, tant que la définition de vérité (en accord avec la logique et l’expérience) est respectée : Alexandre le grand trucidant Diogène ou tranchant le noeud Gordien pour le démêler, ou esquintant ses hommes venus simplement se libérer du joug perse à l’unification du monde connu, est un disciple d’Aristote très cohérent (la juste mesure ou le juste milieu s’évaporent face à l’unité et au pouvoir (ou le Bien ou la Vérité) sans un socle solide).

      Si vous avez qq chose de dicible, il sera le bienvenu pour cette recherche. L’indicible aussi, mais cela sera plus personnel : ces nourritures spirituelles ont pour moi autant de substance que les autres.

      bien à vous

    4. Pour le disible , facile , c’est au fond , à gauche .Il semblerait que certains auteurs continuent de faire la toilette aux textes anciens.
      http://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Banquet_(Platon)

      Pour l’indicible ,moins facile, c’est au fond de soi.
      La philia est probablement cette part d’amour qu’il y a en chaque être humain .
      Je vous laisse cogiter sur le scénario suivant qui nourrira votre intellect affamé :

      à supposer que cette part soit une part de Dieu .

      Bien à vous.

  71. Les tâches et les responsabilités qui sont aujourd’hui les nôtres

    Une critique « radicale » (dans le sens d’aller à la racine ) du capitalisme relativement partagé dans le blog/block ne peut conduire qu’à la conviction de la nécessité et de l’urgence de préparer et de concevoir un « ordre nouveau ». Economie et Politique s’entremêlent inextricablement.
    Comme d’habitude, on constate que la frontière entre ceux qui « pensent » qu’on ne peut jamais rien changer et ceux qui ne veulent rien changer est poreuse et semble ne pas être gardée.
    Mon court propos (N° 8, le dernier temps qu’il fait) se proposait de passer de la crise financière à la crise anthropologique, rien que çà, mais surtout, sans éviter : la crise « POLITIQUE ».
    Je me suis vu répondre çà, de la part de Yueh.
    « Le capitalisme reste le système qui se rapproche le plus de la nature humaine. »
    Comme dirait Paul, c’est un modéré, Yueh aurait pu écrire, le capitalisme c’est la nature humaine.
    Cette phrase est terriblement ravageuse, c’est pourquoi j’y ai répondu avec nervosité et je m’en excuse auprès de Yueh.
    Car, je sais bien qu’en affirmant une idée, on cherche surtout à promouvoir une image de nous-même que cette image est formée, par notre propre histoire, notre milieu et ses rapports sociaux, pour ne pas dire les « rapports de production » [puisque Fab nous dit (comme Warren Buffet) que la lutte des classes est un concept dépassé].
    Les concepts sont des outils avec lesquels nous organisons notre connaissance générale du monde, ils ne dérivent pas en premier lieu de notre rapport concret et scientifique aux choses, mais plutôt des relations sociales entre les utilisateurs de ces mêmes concepts.
    Par conséquent, il n’y a pas de « nature humaine » inaltérable, a-historique, à-géographique, a-sociale. La « science » elle même ne reflète pas une réalité indépendante de l’homme, elle n’est vraie que dans la mesure où elle exprime des processus en cours dans une situation historique donnée.
    D’où parle Paul ? D’un champ de coton au Burkina Faso ou à l’Institut Diderot ?
    A qui parle-t-il ? A une union ouvrière de travailleurs licenciés et délocalisés ou à des individualités isolées sur un blog ?
    On peut considérer que l’ « objet » analysé est le même, au même au même instant, ce ne sont pas les même mots, ce n’est plus la même facette de l’objet qui est observée, tout un autre discours, d’autres concepts …
    Pourtant peut-on se mettre d’accord pour dire que les concepts « utiles », sont ceux qui ne servent pas qu’ à commenter le monde mais aussi à le changer.
    Faut-il encore s’étonner, devant une crise de cette ampleur qu’il n’y ait « plus de pilote dans l’avion », du gigantesque naufrage de la « science » économique et du silence saisissant des intellectuelles ?
    Mais, effectivement, je croyais bien que cette affaire de « nature humaine » était à remiser au cimetière des vieilles querelles philosophiques, à côté de la controverse de Valladolid …
    Que nenni !
    Il n’y a pas si longtemps, 3/4ans, il était courant de penser que le débat sur les grands enjeux politiques et sociaux étaient dépassés et relégués dans les poubelles de l’histoire.
    Devant les catastrophes annoncées, les mêmes « individus » convertissent leur désarroi face à l’évolution effrayante de la situation à court terme, par un intérêt accru pour l’évolution à long terme.
    Ce qui fait, bien entendu, de la lecture de Darwin un enjeu politique.
    Ce pauvre Charles Darwin a toujours bon dos, les notions de « sélection naturelle » et de « survie du plus apte » ont été mal comprises à son époque, elles ont servi à justifier le libéralisme économique le plus sauvage, la gauche « humaniste-progressiste », s’y est trompée et ne lui a pardonné cette récupération.
    Il n’y a pas eu de rencontre entre Darwin et Marx, Engels lui même s’est trompé sur les thèses de Darwin.
    Cette histoire est très bien expliquée par Patrick Tort.
    http://www.darwinisme.org/perso/
    http://www.futura-sciences.com/fr/biographie/t/homme-1/d/tort_26/
    Patrick Tort exonère de façon très convancante Darwin ces mauvaises accusations. Il rappelle qu’avant La Filiation de l’homme, publié en 1871, Darwin n’a rien écrit sur l’homme. Après la publication de L’Origine, il lui fallut donc plus de dix ans de réflexions pour se décider à parler de sa propre espèce. ( Il ne pouvait encore faire de la peine à sa pauvre femme très croyante et déjà secouée par sa théorie de l’évolution et de l’énorme scandale qu’elle avait suscité.)
    Darwin n’avait donc pas pour intention de projeter abruptement le struggle for life sur les sociétés humaines. C’est ce décalage entre ses deux ouvrages fondamentaux qui a été exploité malheureusement et qui pollue encore aujourd’hui ce débat.
    En réalité et en dépit de ce qu’en fait dire une « tapageuse ignorance », Darwin était, selon Patrick Tort, d’abord « vigoureusement opposé au racisme ».
    Parick Tort développe notamment ce qu’il nomme l' »effet réversif de la sélection », dont les éléments seraient en germe dans La Filiation. Un « effet » au terme duquel la sélection naturelle sélectionne l’homme civilisé, donc la civilisation, qui ensuite s’oppose à la sélection et à l’élimination du moins apte.
    La morale serait ainsi une propriété émergente de la sélection naturelle. « Contrairement à nombre de ses lecteurs, Darwin n’a jamais oublié un instant que la sélection naturelle ne se borne pas à sélectionner des variations organiques avantageuses, écrit Patrick Tort. Elle sélectionne aussi (…) des instincts », et notamment « une « sympathie » altruiste et solidaire dont les deux principaux effets sont la protection des faibles et la reconnaissance indéfiniment extensible de l’autre comme semblable. »
    Que dit Patrick Tort ?
    « Le libéralisme n’a retenu du darwinisme que le noyau appauvri de la théorie sélective : la survie des plus aptes dans un contexte de lutte pour l’existence et de compétition éliminatoire. Or dans la partie anthropologique de son œuvre, Darwin échappe à cette logique : la sélection conjointe des instincts sociaux (origine de la sympathie et des sentiments moraux) et de la rationalité (institutrice de règles sociales) la renverse en une dynamique du secours aux faibles et aux moins aptes dans l’état social civilisé. La sélection produit ainsi l’émergence de comportements anti-éliminatoires, dont l’avantage ne se mesure plus en termes directement individuels et biologiques, mais en termes sociaux.

    Pour le dire simplement, l’évolution de l’espèce humaine « tend » ( c’est une tendance comme la « baisse tendancielle du taux de profit » ou le réchauffement climatique, il peut y avoir des accidents passagers) à maintenir l’équilibre et l’harmonie des groupes sociaux, des sociétés, et répond ainsi à la tendance humaine à exiger plus de confort physique et morale qui ne peut être nourri que par plus de solidarité, plus de partage et « tend » à éliminer les éléments nuisibles à cette aspiration.
    L’évolution de la morale, toutes les institutions et des législations de plus en plus sophistiqués pour garantir cette « ordre » le démontre, et la magnifique aventure de l’espèce humaine, malgré tout ses aléas en est la vérification.
    Qui sont aujourd’hui les éléments de l’humanité qui pose le problème de la propre survie de l’espèce ?
    Nous tous, du jeune du bidonville de Kinshasa à l’actionnaire de Général Electrique ?
    Tous responsables ? Tous coupables ?
    Il y a comme un blocage fondamental à devoir envisager qu’un autre monde est possible et nécessaire mais que le changement n’ira pas de soi, comme un évidence qui s’imposera par elle même à toute la société y compris des gens d‘en haut.
    L’affliction, l’étonnement, les lamentations, les appels solennels sans lendemain, sont les postures les plus facilement partageables et les stratégies de « dénis » et d’évitements vont encore fleurir .
    Comme l’expliquait déjà très bien Gramsci :
    L’ « hégémonie» c’est justement quant une classe minoritaire arrive à convaincre la majorité que la défense de ses intérêts particuliers sert l’intérêt général et qu’elle peut ainsi pour ce faire, obtenir des dominés leur consentement. L’utilisation de la contrainte brutale, même si elle s’insinue comme une menace dans tous les rapports sociaux du capitalisme et de l’impérialisme doit être éviter au profit de toutes les institutions pour générer l’asservissement volontaire : individualisme, éducation, sport, consommation, etc.
    C’est pourquoi l’avènement nécessaire et urgent d’une société gérant les biens communs pour le bien de tous (le crédit et la monnaie sont des biens communs) ne passe prioritairement ni par le putsch, ni par l’affrontement direct, mais par un combat culturel contre les intellectuels qui servent la « classe dominante », plus que « dirigeant »e aujourd’hui, réduite à une infime minorité. Dans la société capitaliste la société civile est une composante importante de la domination qui doit en conséquence être l’objet d’un combat. Les formes de convenance avec l’ordre établi sont infinies, des plus grossières, la corruption, aux plus sophistiquées : la controverse sans limite,
    « Les tâches et les responsabilités qui sont aujourd’hui les nôtres »
    Quel beau titre, quand on le lit ce titre, les mots sont forts ! des accents du « Que faire ? » de Lénine
    Quelles sont les tâches ?
    On pourrait imaginer la suite :
    Que faut-il faire concrètement ? Rédiger un manifeste, une constitution, organiser une conférence internationale, avec tous les « ténors » de la crise pour lancer un appel comme à Zimerwald pour empêcher la guerre 14/18, …
    Quelles sont nos responsabilités ?
    On pourrait imaginer la suite :
    Faire de ce blog un centre de réflexion où les débats seraient organisés (comment on parle à 1000 )?
    L’imposer dans les médias, les partis politiques, les syndicats, … ?
    Constituer un réseau, pour se structurer, pour durer, pour créer une force d’action diffuse et souple conforme à l’esprit pluraliste et ouvert du blog ?
    Intervenir dans le débat général, avec un impact global dans le champ économique et politique
    Une question mérite d’être posée :
    Est-ce qu’une intervention sur la « nature humaine », une comparaison entre les lois de la nature bien complexes et celles de l’économie capitaliste ou des affirmations comme « le capitalisme c’est nous et nos affects » ne permettent-elles pas d’échapper aux terribles et urgents questionnements :
    Quand l’énorme nuage du Tchernobyl de la finance devenue folle va-t-il s’abattre sur les peuples ?
    Quelles vont en être les conséquences concrètes, quelles seront les réactions des populations ?
    Pourrons-nous nous boucher les oreilles pour ne pas entendre les cris des émeutiers et ceux des braillards qui voudront les réduire au silence ?
    Seront-nous parmi les crieurs ou les braillards ?
    Comme disait joliment Jean-Luce Morlie : ( « Les aléas que générerait un rassemblement de passions portées par des braillards voulant être applaudis par une « Constituante ».) On dirait de l’Adolphe …Thiers !
    L’histoire nous montre que le « peuple » est imprévisible, c’est toujours la classe « dangereuse » et les « modérés », les classes moyennes se sont toujours rangées du côté des plus forts.
    « La crise, c’est quand le vieux monde se meurt et que le jeune monde hésite à naître ». Disait Gramsci

    1. « Les tâches et les responsabilités qui sont aujourd’hui les nôtres »
      Quel beau titre, quand on le lit ce titre, les mots sont forts ! des accents du « Que faire ? » de Lénine
      Quelles sont les tâches ?
      On pourrait imaginer la suite :
      Que faut-il faire concrètement ? Rédiger un manifeste, une constitution, organiser une conférence internationale, avec tous les « ténors » de la crise pour lancer un appel comme à Zimerwald pour empêcher la guerre 14/18, …
      Quelles sont nos responsabilités ?
      On pourrait imaginer la suite :
      Faire de ce blog un centre de réflexion où les débats seraient organisés (comment on parle à 1000 )?
      L’imposer dans les médias, les partis politiques, les syndicats, … ?

      Je veux donner à Taupe Rouge le mérite de tenter de diriger le débat vers les vrais questions, l’essentiel :

      Partant du principe que nous avons tous sur ce blog la prétention de savoir que le titanic « capitaliste » est touché et qu’il va couler. Que tous peu ou prou nous allons boire le bouillon, la seule question qui vaille au nom de la sauvegarde du genre humain est que faire concrétement et à qui faut-il s’adresser en priorité si nous voulons faire oeuvre utile, limiter la casse, et permettre aux survivants de repartir sur des bases plus raisonnables et rationnelles que le capitalisme ?

      Notre hôte Paul nous invite à venir l’aider dans le but d’une intervention au sein d’un institut Diderot, en vue de livrer une énième prose sur la question de l’avenir du progrès. Grosso modo, Paul Jorion nous dit que l’obscurentisme, historiquement, est condamnée par l’histoire et les progrès scientifiques des temps modernes. Il affirme ce postulat généreux et somme toute assez vrai, mais il place un bémol dans cette croyance de la possibilité des hommes a déterminer les yeux ouvert leur avenir, en regrettant que dans l’ensemble des domaines d’activités, la science fait force de loi, sauf dans le domaine de l’économie politique. il touche juste encore. La science économique et la science politique est niées par 99,9 % des gens qui se disent progressistes. c’est un drame !

      Ici même, quelque 350 messages d’intervenants brillants, éduqués, intelligents, passionnés … mais tellement bavards, et finalement complétement à côté de la plaque ! C’est chiant à vous lire !

      Ce fil me fait vraiment penser à l’image d’Epinal de ces prêtres bysantins qui bavardaient gravement de la supériorité de leur intelligence, alors même que les barbares enfoncaient déjà à coup de bélier les remparts de la ville. j’ai l’impression que sur ce blog se met en place un concours obligeant chacun des intervenants à montrer qui sera le plus intelligent, le plus remarquable, le plus éduqué des savants. Evidemment je me trouve moi aussi pris au piége de ce concourt de coqueterie intellectuelle et ça commence à m’enerver cette affaire, puisque mon maître à penser me conseil, non pas de spéculer sur le monde, mais de le changer VRAIMENT !

      Le blog veut légitimement élargir son audience, mais dans le même temps, j’ai l’impression qu’il se dirige vers des débats hautement élitistes qui ne peut être que complétement illisible pour la classe sociale qui seule peut permettre à l’humanité de repartir dans le sens du progrès. C’est bien simple, le seul facteur progressiste qui reste sur le blog sont les billets de F Leclerq. Lui seul essaie d’expliquer avec des mots simples -pour des gens simples- la complexité de la finance. A contrario, Paul Jorion me semble aspirer de plus en plus vers une introspection intellectuelle de concepts ne me semblant pas dans l’immédiat si nécéssaire que cela d’aborder.

      Alors oui je loue le camarade Taupe Rouge de tirer la sonnette d’alarme. Simplfions nous la vie ! Vulgarisons notre savoir ! Tentons de refléchir sur le moyen d’atteindre le plus grands nombres des travailleurs, peut-être en passant par leurs organisations traditionnelles, et essayons d’inventer en partant de l’outil présent un nouveau média populaire et sincére.

      Le progrès humain est conditionné par l’avénement d’un nouveau mode de production, d’une nouvelle organisation politique et sociale, à l’échelle de la planéte. Ce sera le Socialisme ou un retour à l’obscurantisme moyenageux. Il n’y a pas d’autre alternative.

      Nous avons tout intérêt à nous convaincre de dispenser notre savoir -à petite dose, un peu comme on rentre un fil dans un chas étroit d’une aiguille – en direction des militants de la CGT, des travailleurs chinois qui seuls peuvent faire rendre gorge à cette caste d’apprentis capitalistes chinois fous et cyniques, des jeunes patriotes ivoiriens, des soldats nord-coréen etc.

      Que faut-il faire concrètement ? Rédiger un manifeste, une constitution, organiser une conférence internationale ? C’est le prolétariat, dans et pour la lutte des classes qui va construire le POR et la IOR. Le blog de Paul Jorion peut et doit aider. Il faut écrire comme le fait François leclerq pour ce qui concerne la finance, des articles politiques simples et vrais sur ce blog. Paul doit non pas adapter son discours aux savants, mais aux béotiens, à l’homme de la rue, à moi le camarade Eninel.

      La vérité est révolutionnaire, à partir du moment où elle est comprise.

    2. La vérité est révolutionnaire, à partir du moment où elle est comprise.
      (Eninel)

      L’effort du philosophe révolutionnaire consistera donc à dégager, à expliciter les grands thèmes directeurs de l’attitude révolutionnaire et cet effort philosophique est lui-même un acte, car il ne peut les dégager que s’il se place dans le mouvement même qui les engendre et qui est le mouvement révolutionnaire.
      (Jean-Paul Sartre – Situations III, p. 181.)

      Pour que la Révolution soit, il ne suffit pas que Montesquieu la présente, que Diderot la prêche, que Beaumarchais l’annonce, que Condorcet la calcule, qu’Arouet la prépare, que Rousseau la prémédite; il faut que Danton l’ose.
      (Victor Hugo – Les Misérables, III, i, xi.)

      Y a-t-il un « Danton » sur ce Blog !?

  72. @ Paul

    Contrairement à de nombreux autres commentateurs, j’apprécie que vous abordiez la question de la métaphysique qui soustend vos réflexions, vos écrits et vos propos. Les fanatiques de l’anti religieux vous reprochent ce qui est, pour moi, l’effort le plus important: qu’est-ce qui inconsciemment m’empêche d’objectiver pour faire d’un problème quelquechose qui puisse être résolu par la raison logique? Contrairement à ce qu’ils affirment, ignorer cette étape initiale empêche d’être vraiment soi-même face à la question. Celui qui n’est pas lui-même est alors le jouet de ses structures inconscientes: la métaphysique qu’il ne veut pas voir en lui et qui ne trouvant pas de sortie se porte inéluctablement sur les affects qu’il ne sait pas contrôler.

    Apprendre à connaître sa propre métaphysique et à se familiariser avec elle est le seul moyen de progresser. Cela n’a rien avoir avec une démarche religieuse sans l’exclure pour autant. Il dépend de sa propre métaphysique, une fois suffisament reconnue, de se voir comme croyant, quelle que soit sa religion, ou athée (ce qui pour moi est aussi une foi) ou agnostique pour qui la religion est indifférente, au moins dans ses interactions avec la totalité de son environnement. Je respecte chacun dans cette démarche.

    1. « qu’est-ce qui inconsciemment m’empêche d’objectiver pour faire d’un problème quelquechose qui puisse être résolu par la raison logique? ».

      Si c’est le chemin que vous proposez il risque de vous conduire à quelques désillusions. En leur lit, la raison logique ne nous dit rien de plupart des « problèmes » dans lesquelles nous baignons. La conscience au sens de la neuroscience est une « propriété émergente ». La vision est exactement de la même nature, une propriété émergente. La raison logique n’a pas prise sur les propriétés émergentes car elle ne peut s’appliquer qu’à son contraire, ce qui peut se décomposer en éléments de base analysables et saisissables. Sitôt que vous appliquez la raison logique à une proprièté émergente celle-ci disparaît de votre vue. Pour autant vous continuez à voir et à être conscient.

    2. @ Ando

      Pouvez-vous précisez ou clarifier? Pour l’instant votre pensée m’apparaît comme « une propriété émergente »…

    3. @ Eole. Plus qu’une propriété émergente la pensée serait plutôt le résultat d’un processus. Le tout a un quelque chose en plus que la sommation de chacun des éléments qui font ce tout. Si cette chose « en plus » est dotée de propriétés particulières que l’on ne trouve pas dans les parties de ce tout il y a propriété émergente. La raison logique peut s’appliquer aux parties mais ne peut pas appréhender cette propriété, car celle-ci est insécable (si cette propriété était sécable elle perdrait précisément sa qualité de propriété émergente). La raison logique n’a pas de prise sur ce qui n’est pas décomposable en éléments plus petits qu’elle puisse mieux comprendre, quantifier et manipuler. La raison ne pourra pas vous dire ce que c’est si la chose n’est pas sécable sans perdre cette qualité particulière. L’émergence (si je puis dire lourdement..) de cette idée de « propriété émergente » pose aussi quelques questions sur la dichotomie sujet-objet.

      Apprendre à connaître sa propre métaphysique oui, mais ce sera difficile par la raison logique. A moins que nous n’entendiez par « sa propre métaphysique » un enchaînement conceptuel (la raison sera alors efficace).

    4. @ Eole. A titre d’illustration.

      Sujet-objet, trois conditions :

      1. Il faut un « sujet ».
      2. Il faut un « objet ».
      3. Il faut une relation sujet-objet.

      1- Il faut un « sujet » (un « je »).

      Selon le sens commun, et puisqu’il faut un repère, le sujet est ce qui agit et qui est doué de conscience. Il a des contours délimités, il est localisable et reconnaissable. Il a une identité.

      Les neurosciences décrivent des mécanismes neurologiques où la présence d’un « sujet » n’est jamais évoquée, et ne semble d’ailleurs jamais nécessaire. Elles s’intéressent au phénomène de la conscience, mais ne posent pas l’existence d’un hypothétique « sujet » cérébral dont, de toutes les façons, l’indispensable unité/identité serait incompatible avec le fonctionnement (partage des tâches) par sous-ensembles et structures différenciées du système cérébral qu’elles décrivent. Exemple d’un discours de neuroscience :

      Mathias Pessiglione, chercheur à l’unité Inserm 610 de l’hôpital de la Pitié-Salpétrière à Paris, décrit ainsi la prise de décision sous l’angle neuronal : « On peut dire que chez l’homme, les régions corticales et sous-corticales ventrales, qui incluent le cortex orbitofrontal, les neurones dopaminergiques, l’amygdale impliquée dans les émotions et l’hippocampe impliqué dans la mémoire, évaluent de manière affective les choix possibles. Les régions dorsales du cortex préfrontal et des ganglions de la base exercent un contrôle cognitif sur ces évaluations et tranchent entre les différentes alternatives » (Sciences et avenir – sept. 2009 – n°751).

      Si je suis un « sujet » observant un « objet » je suis fondé à rechercher où se trouve ce sujet qui observe. Il n’existe, au stade ou en est la recherche sur le cerveau aujourd’hui, aucune zone localisée du cerveau dont on puisse dire : « là est le sujet qui observe ». Il existe des zones bien différenciées qui traitent l’image formée par la rétine, qui créent l’impression d’espace ou de distance, qui mémorisent et conceptualisent, mais rien qui ressemble à un « sujet observant ». A la question « où est le sujet observant ?» les neurologues sont en peine d’apporter une réponse. L’idée d’une « intégration » dans les centres corticaux supérieurs débouche alors sur la proposition : la vision (par exemple) est une propriété émergente, c’est-à-dire le résultat d’une intégration, de même que la conscience serait une propriété émergente du corps. C’est dire qu’il est impossible de comprendre où se trouve ce fameux « sujet observant » et que sa nature de « propriété émergente » en fait quelque chose de délicat à cerner. Qui observe le résultat de l’intégration ?.

      On peut tourner la difficulté en globalisant la définition du sujet. On fait le chemin en sens inverse. Si le « sujet observant » est une propriété émergente à laquelle on ne peut attribuer de localisation précise dans le cerveau c’est que c’est le cerveau dans son ensemble qui « voit ». Or, le cerveau est une partie du corps et la nécessaire unité physiologique de ce dernier interdit de considérer le cerveau seul comme un sujet, ne serait-ce que parce qu’il existe une imbrication totale, inséparable et vitale entre corps et cerveau. Sa matière blanche est le prolongement des nerfs qui parcourent tout le corps : le cerveau est aussi le corps. Notre « sujet » n’est donc plus le cerveau mais le corps. Nous voici revenus au point de départ : où est le sujet ? Dans la jambe, dans le bras ? Dans le foie ou les poumons ? Dans le cerveau ? etc…

      2- Il faut un objet.

      S’il y a un objet observé je suis fondé à rechercher où se trouve cet objet. Cet objet que je regarde est le résultat d’une perception dans le corps (intégrée par le cerveau) et nulle part ailleurs. Le monde extérieur ne peut émerger à la conscience qu’en tant qu’il est appréhendé par la vue, le toucher, le goût, l’odorat, l’ouïe, la pensée (les six sens, si comme les bouddhistes, on assimile la pensée à une sorte de sens). C’est-à-dire que ce « monde extérieur » n’acquiert de réalité que dans et par le corps. L’arbre que je vois au loin dans le pré, je ne le vois pas là où il est, mais dans le cerveau, dans le corps : je « sais » qu’il est là où il est mais ce n’est pas là où il est que je le vois. Seuls les cinq (ou six) sens donnent une consistance et une « réalité » au monde dit extérieur. Sujet et objet (ou représentation de l’objet) partagent une caractéristique commune : celle de se trouver au même endroit, dans le corps.

      On peut d’ailleurs se demander ce que serait une réalité qui ne serait pas appréhendée par nos sens. D’autres réalités sont, puisqu’il est impossible de prétendre que les sens de l’être humain, qui sont le résultat d’une évolution, façonnés par un environnement, soient les seuls qui permettent de saisir le « monde extérieur ». Le monde que perçoit le poisson est très différent du nôtre. Pour autant, sa réalité n’est pas moins « réelle » que la nôtre.

      3- Il faut une relation sujet objet.

      La notion de « relation » implique que l’on puisse clairement différencier deux domaines : le domaine de ce qui appartient au sujet, le domaine de ce qui relève de l’objet. La frontière entre ces deux domaines doit être localisable, à défaut il y a confusion entre le sujet et l’objet et donc absence de relation. Ce lien sujet-objet délimite également un « intérieur » (le corps qui est le lieu de la perception) et un « extérieur » (l’objet qui active la perception).

      Considéré sous l’angle de son fonctionnement, il apparaît que le cerveau n’établit pas spontanément de frontière nette entre « intérieur » et « extérieur ». Une équipe de chercheurs de l’université Claude Bernard et de l’INSERM de Lyon a ainsi montré au printemps 2009 que lorsque nous tenons un objet (outil, fourchette, etc…) le cerveau perçoit l’objet comme une extension de notre corps, qui fait donc partie de celui-ci (Science & Vie – sept. 2009). Il semble que ce soit le néocortex, et ses capacités d’abstraction, qui créé la différenciation intérieur/extérieur. Par ailleurs, les techniques de visualisation, utilisées dans l’entraînement sportif de haut niveau, ont pour effet de créer entre les neurones exactement les mêmes liaisons que celles qui naissent de l’entraînement physique lui-même. Le sportif peut réussir une figure difficile alors même qu’il l’a peu pratiquée en réalité, ou qu’il ne parvient pas ou mal à la réaliser. Le corps ne fait alors que valider, lors de l’exécution du mouvement, un schéma mental issu d’une visualisation. Le corps n’est pas un « objet extérieur » pour le cerveau.

      On sait que le nerf optique traite déjà une partie de l’image reconstituée par stimulations provenant des cônes et des bâtonnets alors que, jusqu’à présent, l’idée qui prévalait était que le cerveau « voyait » ce que l’œil transmettait, cet œil étant considéré à l’instar d’un appareil photographique, un vecteur neutre. L’image est donc déjà en partie construite avant d’être conduite par le nerf optique dans les aires visuelles du cerveau. De la pupille à la « propriété émergente » il y a en fait un continuum. Reprenons l’hypothèse de notre sujet observant impossible à localiser : à partir de quel endroit se trouve-t-il ? A partir de l’œil ? Evidemment non. A partir du nerf optique ? A partir des aires visuelles ? Non plus. A partir du cortex ? Toujours non. A partir d’une « propriété émergente » ? Mais qu’est-elle sinon une manière de dissimuler qu’on n’en sait rien ? Dans l’autre sens : à partir de quel endroit est l’objet ? A partir de l’œil ? Non pas. A partir des photons qui l’éclairent ? Non plus. A partir de l’objet en lui-même ? Mais qu’est ce que l’objet en lui-même sinon le résultat d’une perception ? On en revient donc à « qui perçoit dans le corps ? ».

      Tout se passe comme si la vision était un processus qui déborde les notions de sujet – objet. Ce n’est pas le « sujet » qui « voit », c’est un processus qui « voit » et de ce processus naît l’impression du sujet qui voit. De ce qui est regardé au résultat final (l’impression qui fait dire : « je vois » l’objet) il y a une chaîne ininterrompue, une chaîne de causalité : à chaque étape est rajouté un élément qui donnera le résultat final : ce qui est vu. Si un élément de ce lien vient à faire défaut (objet perçu, lumière, œil, nerf optique, aire visuelle, cortex, etc…) il n’y a plus de vision de cet objet. Si ce qui délimite les deux domaines du « sujet » et de l’ « objet » est impossible à déterminer c’est qu’il y a un continuum dont font partie à la fois « sujet » et « objet ». Ou plutôt : « sujet » et « objet » sont une façon conventionnelle et arbitraire d’attribuer un nom à quelque chose qui appartient à un même continuum, à une même unité; qui revient donc à différencier de manière simplement conceptuelle quelque chose d’uni. « Sujet » et « objet » sont intégrés au sein de la même réalité.

      Ce processus se moque des notions d’« intérieur » et d’« extérieur ». A partir de quand le processus de voir devient-il un processus intérieur au corps alors qu’il est impossible de localiser dans ce corps le sujet qui observe ? J’ai pris l’exemple de la vision pour illustrer la difficulté de tracer une frontière entre ce qui serait un « sujet » et ce qui serait un « objet », mais cet exemple peut être remplacé par n’importe lequel des autres sens.

      La proposition « le sujet est ce qui agit et qui est doué de conscience » est inexacte si le sujet est introuvable. La proposition correcte est alors « le sujet n’est pas, la conscience est », et puisque la conscience est permanente et que le sujet ne l’est pas, la conscience n’est pas l’attribut du sujet (la conscience ne saurait être l’attribut de quelque chose qui n’est pas). La conscience du sujet n’est une illusion qu’en tant qu’elle serait celle d’un sujet, mais en tant que telle elle est. C’est même peut-être la seule chose qui soit. D’elle on peut simplement dire qu’elle est une propriété du corps, ou qu’elle est dans le corps. La conscience est l’attribut du corps, non celui d’un illusoire sujet.

    5. @ Ando

      Merci de toutes ces explications très intéressantes.
      Si je comprends bien, la séparation objet/sujet/relation ne saurait être que conceptuelle puisqu’aucun des trois ne saurait être mis en évidence hors des deux autres.
      Je trouve un peu court le « sujet » limité à son corps. Ce corps n’est-il pas totalement en relation avec ce que la pensée peut concevoir en dehors de lui? Ce corps dont les éléments constitutifs sont en perpétuelle transformation (il absorbe et rejette) tant qu’il jouit d’une vie intègre… Jamais ni tout à fait le même ni tout à fait un autre.
      La pensée est donc métaphysique et les arts plastiques montrent que la vision l’est aussi.
      Puisque vous faites appel aux neuro-sciences, moi qui n’ai que des informations « grand public » sur cette discipline, je m’autorise à penser, du fait de mon ressenti d’exister, que vouloir ignorer les interactions entre les différentes couches neuronales de mon cerveau ne fait que me conduire à la confusion. J’entends par là que si je ne suis pas conscient des instincts supportés par les couches les plus profondes, ni des affects qui participent au-dessus à leur régulation, les computations superstructurales de mon néo-cortex risquent de se trouver orientées à mon insu et contre leur logique même pour satisfaire à ces instincts primaux ou à mes affects secondaires. Voila pourquoi je crois fondamentale à toute pratique conceptuelle une introspection qui ne renie ni ne dénie la valeur de mes instincts et de mes affects.
      J’appelle « métaphysique » l’état présent de la carte intérieure qui me sert à représenter ma position actualisée de sujet pensant.

    6. Introduction à la métaphysique :

      Si l’on compare entre elles les définitions de la métaphysique et les conceptions de l’absolu, on s’aperçoit que les philosophes s’accordent, en dépit de leurs divergences apparentes, à distinguer deux manières profondément différentes de connaître une chose. La première implique qu’on tourne autour de cette chose ; la seconde, qu’on entre en elle. La première dépend du point de vue où l’on se place et des symboles par lesquels on s’exprime. La seconde ne se prend d’aucun point de vue et ne s’appuie sur aucun symbole. De la première connaissance on dira qu’elle s’arrête au relatif; de la seconde, là où elle est possible, qu’elle atteint l’absolu.

      Soit, par exemple, le mouvement d’un objet dans l’espace. Je le perçois différemment selon le point de vue, mobile ou immobile, d’où je le regarde. Je l’exprime différemment, selon le système d’axes ou de points de repère auquel je le rapporte, c’est-à-dire selon les symboles par lesquels je le traduis. Et je l’appelle relatif pour cette double raison : dans un cas comme dans l’autre, je me place en dehors de l’objet lui-même. Quand je parle d’un mouvement absolu, c’est que j’attribue au mobile un intérieur et comme des états d’âme, c’est aussi que je sympathise avec les états et que je m’insère en eux par un effort d’imagination. Alors, selon que l’objet sera mobile ou immobile, selon qu’il adoptera un mouvement ou un autre mouvement, je n’éprouverai pas la même chose. Et ce que j’éprouverai ne dépendra ni du point de vue que je pourrais adopter sur l’objet, puisque je serai dans l’objet lui-même, ni des symboles par lesquels je pourrais le traduire, puisque j’aurai renoncé à toute traduction pour posséder l’original. Bref, le mouvement ne sera plus saisi du dehors et, en quelque sorte, de chez moi, mais du dedans, en lui, en soi. Je tiendrai un absolu.

      Soit encore un personnage de roman dont on me raconte les aventures. Le romancier pourra multiplier les traits de caractère, faire parler et agir son héros autant qu’il lui plaira : tout cela ne vaudra pas le sentiment simple et indivisible que j’éprouverais si je coïncidais un instant avec le personnage lui-même. Alors, comme de la source, me paraîtraient couler naturellement les actions, les gestes et les paroles. Ce ne seraient plus là des accidents s’ajoutant à l’idée que je me faisais du personnage, enrichissant toujours et toujours cette idée sans arriver à la compléter jamais. Le personnage me serait donné tout d’un coup dans son intégralité, et les mille incidents qui le manifestent, au lieu de s’ajouter à l’idée et de l’enrichir, me sembleraient au contraire alors se détacher d’elle, sans pourtant en épuiser ou en appauvrir l’essence. Tout ce qu’on me raconte de la personne me fournit autant de points de vue sur elle. Tous les traits qui me la décrivent, et qui ne peuvent me la faire connaître que par autant de comparaisons avec des personnes ou des choses que je connais déjà, sont des signes par lesquels on l’exprime plus ou moins symboliquement. Symboles et points de vue me placent donc en dehors d’elle ; ils ne me livrent d’elle que ce qui lui est commun avec d’autres et ne lui appartient pas en propre. Mais ce qui est proprement elle, ce qui constitue son essence, ne saurait s’apercevoir du dehors, étant intérieur par définition, ni s’exprimer par des symboles, étant incommensurable avec toute autre chose. Description, histoire et analyse me laissent ici dans le relatif. Seule, la coïncidence avec la personne même me donnerait l’absolu.

      C’est en ce sens, et en ce sens seulement, qu’absolu est synonyme de perfection. Toutes les photographies d’une ville prises de tous les points de vue possibles auront beau se compléter indéfiniment les unes les autres, elles n’équivaudront point à cet exemplaire en relief qui est la ville où l’on se promène. Toutes les traductions d’un poème dans toutes les langues possibles auront beau ajouter des nuances aux nuances et, par une espèce de retouche mutuelle, en se corrigeant l’une l’autre, donner une image de plus en plus fidèle du poème qu’elles traduisent, jamais elles ne rendront le sens intérieur de l’original. Une représentation prise d’un certain point de vue, une traduction faite avec certains symboles, restent toujours imparfaites en comparaison de l’objet sur lequel la vue a été prise ou que les symboles cherchent à exprimer.
      Mais l’absolu est parfait en ce qu’il est parfaitement ce qu’il est.

      C’est pour la même raison, sans doute, qu’on a souvent identifié ensemble l’absolu et l’infini. Si je veux communiquer à celui qui ne sait pas le grec l’impression simple que me laisse un vers d’Homère, je donnerai la traduction du vers, puis je commenterai ma traduction, puis je développerai mon commentaire, et d’explication en explication je me rapprocherai de plus en plus de ce que je veux exprimer ; mais je n’y arriverai jamais. Quand vous levez le bras, vous accomplissez un mouvement dont vous avez intérieurement, la perception simple ; mais extérieurement, pour moi qui le regarde, votre bras passe par un point, puis par un autre point, et entre ces deux points il y aura d’autres points encore, de sorte que, si je commence à compter, l’opération se poursuivra sans fin. Vu du dedans, un absolu est donc chose simple ; mais envisagé du dehors, c’est-à-dire relativement à autre chose, il devient, par rapport à ces signes qui l’expriment, la pièce d’or dont on n’aura jamais fini de rendre la monnaie. Or, ce qui se prête en même temps à une appréhension indivisible et à une énumération inépuisable est, par définition même, un infini.

      Il suit de là qu’un absolu ne saurait être donné que dans une intuition, tandis que tout le reste relève de l’analyse. Nous appelons ici intuition la sympathie par laquelle on se transporte à l’intérieur d’un objet pour coïncider avec ce qu’il a d’unique et par conséquent d’inexprimable. Au contraire, l’analyse est l’opération qui ramène l’objet à des éléments déjà connus, c’est-à-dire communs à cet objet et à d’autres. Analyser consiste donc à exprimer une chose en fonction de ce qui n’est pas elle. Toute analyse est ainsi une traduction, un développement en symboles, une représentation prise de points de vue successifs d’où l’on note autant de contacts entre l’objet nouveau, qu’on étudie, et d’autres, que l’on croit déjà connaître. Dans son désir éternellement inassouvi d’embrasser l’objet autour duquel elle est condamnée à tourner, l’analyse multiplie sans fin les points de vue pour compléter la représentation toujours incomplète, varie sans relâche les symboles pour parfaire la traduction toujours imparfaite. Elle se continue donc à l’infini. Mais l’intuition, si elle est possible, est un acte simple.

      Ceci posé, on verrait sans peine que la science positive a pour fonction habituelle d’analyser. Elle travaille donc avant tout sur des symboles. Même les plus concrètes des sciences de la nature, les sciences de la vie, s’en tiennent à la forme visible des êtres vivants, de leurs organes, de leurs éléments anatomiques. Elles comparent les formes les unes aux autres, elles ramènent les plus complexes aux plus simples, enfin elles étudient le fonctionnement de la vie dans ce qui en est, pour ainsi dire, le symbole visuel. S’il existe un moyen de posséder une réalité absolument au lieu de la connaître relativement, de se placer en elle au lieu d’adopter des points de vue sur elle, d’en avoir l’intuition au lieu d’en faire l’analyse, enfin de la saisir en dehors de toute expression, traduction ou représentation symbolique, la métaphysique est cela même. La métaphysique est donc la science qui prétend se passer de symboles.

      […]

      (Henri BergsonLa pensée et le mouvant, Introduction à la métaphysique, page 98 à 124)

    7. @Eole. Merci à vous.

      Tout à fait, il me semble que cette distinction objet/sujet est d’abord conceptuelle. C’est une manière de dire que le sujet ne porte aucune essence en lui. L’individu est animé par un passé, une mémoire, des sensations, un vécu, des projets, etc…mais ce qui ressent ces choses n’a pas d’essence identifiée. Les souffrances, les joies, les plaisirs sont vécus sans qu’il soit besoin qu’un support fictif (le sujet) les ressente. Ces sensations sont d’ailleurs bien mieux vécues lorsque le « moi » (la personnalité du sujet) cède de son importance. Dire que l’individu est limité à son corps c’est dire que le seul élément qui soit tangible, et surtout réel, est ce corps. Non pas comme une entité isolée et autonome, mais comme une partie intégrante d’un flux (le flux de tout ce qui est en fait) qui heureusement et malheureusement inclut aussi ce que la pensée conçoit (la pensée est une production corporelle). Il est à la fois ce flux et une partie de ce flux. Coupé de ce flux, il disparaît très vite. Le sujet est une convention sociale : c’est en grande partie le milieu et la famille, la collectivité qui distribue les rôles et définit un « sujet ». Non seulement le sujet n’a pas d’identité en propre, mais en outre il est le jouet permanent d’un théâtre d’ombres mental dont il n’a pas conscience et qui oriente « ses » décisions. Il est possible de prendre conscience, partiellement, de ce sous-jaçent qui nous dirige (non pas dans sa production permanente, mais dans ses manifestations les plus visibles qui affleurent). Il s’agit juste de voir et non d’analyser (analyser à ce niveau c’est introduire encore ce qui nourrit cette mécanique de l’ombre, càd du jugement, du bien et du mal). Ce qui voit sans juger et sans penser c’est ce que j’appelle la conscience. Ce n’est pas une chose qui m’appartient, elle appartient à l’espèce (sans doute aussi à quelques mammifères).

    8. @interobjectif
      « Quand je parle d’un mouvement absolu, c’est que j’attribue au mobile un intérieur et comme des états d’âme, c’est aussi que je sympathise avec les états et que je m’insère en eux par un effort d’imagination.  »

      La difficulté commence quand, par un effort d’imagination, vous essayez de vous mettre à la place d’un photon, de sympathiser avec ses états d’âme.
      A la vitesse de la lumière, les distances sont infiniment contractées, et le temps infiniment dilaté, que « voit » alors le photon?
      Toutes les distances étant égale à 0 du point de vu du photon, les mots « intérieur » et « extérieur » n’ont aucun sens, en fait les mots « repère » ou « point de vue » n’ont aucun sens.
      On ne peut donc appréhender le photon que depuis un repère extérieur ayant une vitesse inférieure à celle de la lumière. Et dans tous ces référentiels, on mesure la même vitesse pour le photon. Tous les repères sont équivalents. L’un n’est pas plus vrai que l’autre, l’un n’est pas plus absolu que l’autre.

    9. @ jck,
      Pour vous répondre, un physicien pourrait citer ceci :

      Le déterminisme apparent des échelles macroscopiques doit aux petites échelles céder la place à un probabilisme qui se contente de supputer les éventualités possibles et leurs probabilités respectives.
      (Louis de Broglie, Physique et Microphysique, p. 294.)

      Tandis qu’un métaphysicien préférerais vous citer cela :

      Mais rien ne change à l’aspect total d’un corps, de quelque manière que la pensée le décompose, parce que ces diverses décompositions, ainsi qu’une infinité d’autres, sont déjà visibles dans l’image, quoique non réalisées : cette aperception actuelle, et non pas seulement virtuelle, de subdivisions dans l’indivisé est précisément ce que nous appelons objectivité.
      (Henri Bergson, Essai sur les données immédiates de la conscience, p. 42.

    1. Qui était cet anthropologue qui pointait la différence radicale des civilisations de l’être , vivant dans une dimension du temps non linéaire proche de l’éternité et des civilisations de l’avoir et du cumul , vivant dans une dimension du temps linéaire proche de l’instant et du court terme ?

  73. « qui ne sont pas obsédées par l’idée de croître et multiplier. »

    La nature fait son œuvre;une crise d’appendicite par ci,une gastro-entérite par là…Le tri sélectif en somme…

    1. Ce sont les religions et en particulier les religions monothéistes qui se sont montrées irresponsables à ce sujet: « croissez et multipliez, Dieu pourvoira au reste ».
      Effectivement pour le reste c’est souvent le Diable qui y pourvoit, par les fléaux qu’il fait s’abattre sur l’humanité.
      Division des rôles très utile pour permettre au croyant de garder la foi en un Bon Dieu.
      C’est un peu comme la droite et la gauche en politique: il y a le père fouettard qui vous sucre vos acquis sociaux et le gentil papa gâteau qui vous promet qu’il les rétablira si il est élu.
      Actuellement c’est l’Islam qui pratique sans frein le « croissez et multipliez, pour le reste ‘Inch Allah’ « , avec tous les problèmes liés à la surpopulation que cela induit dans les pays concernés et la montée de l’intégrisme.
      Pour autant le Pape des catholiques reste toujours opposé à la contraception, et si la fécondité a baissé dans les pays riches c’est plutôt parce que l’avènement de l’Etat Providence a permis de moins compter tout au long de sa vie et en particulier pour ses vieux jours sur ses enfants.
      Mais le Diable néo-libéral va corriger cela, en continuant à détruire les systèmes sociaux.
      Je ne suis pas pour autant malthusien, je dois plutôt être influencé par le fait que je suis né en terres Cathares. Les Cathares considéraient en effet que seules des âmes déchues avaient le « privilège » de naître, vivre et mourir dans cette vallée de larmes.
      Ils n’étaient donc logiquement pas pour la prolifération des êtres humains sur cette terre. L’église catholique leur a fait payer ce manque d’optimisme, en les cramant sur les bûchers de la Sainte Inquisition, dont notre Pape actuel fut le préfet avant que d’être Pape.
      Maintenant cela ne s’appelle plus Sainte Inquisition, mais Congrégation pour la Doctrine de la Foi ou Saint Office. Elle n’organise heureusement plus des bûchers, mais veille aux déviances par rapport à la doctrine.

    2. Joan

      Si l’on croit ;-), comme moi, que les religions sont des inventions culturelles humaines adaptées à leur environnement, on peut penser que les religions imaginées dans des tribus en guerre contre leurs voisines dans les déserts ou semi-déserts du Proche-Orient, on peut considérer que le « Croissez et multipliez » était assez adéquat. Avec beaucoup d’enfants, les tribus pouvaient faire la guerre et conquérir les paturâges des voisins.

      Ce qui est un peu stupide est surtout de garder les mêmes religions 1.000, 2.000, 3.000 ans après leur création et dans des environnements tout autres…

      Et si on se construisait ici une petite religion adaptée à la fin du matérialisme capitaliste ?

    3. @ Joan
      on va pas s’ gêné, le p’tit sport facile international,
      un petit cliché sur les musulmans et l’islam, ah que ça pullule!!

      voir ici , un petit ouvrage de démographes sur la transition démographique.

  74. Les dieux ont eux aussi subit d’énorme progrés. Aux tout début ils ne sagissait que de dieux représentant les forces de la nature, puis la nature elle même. Dans un second temps, surement une révolution intellectuelle, les dieux anciens furent oublier et les nouveaux dieux prirent alors forme humaine, cette nouvelle forme de religion est surement du a la sédentarisation des groupes. L’aurité des hommes prennait alors le dessus sur l’autorité de la nature. Et oui ! la création des dieux progresse.
    Les petits groupe formèrent des groupes de plus en plus grand, et le caractère humain se devellopait lui aussi en parrallèle, les dieux autoritaire dure s’entourer d’autre dieux afin de bien gerer l’organisation de ses grandes citées. Il fallait bien sur des dieux de fertillité, pour les moissons, des dieux de la guerre, pour la protection, la beauté, les art mais aussi les vices et les consequences de la culpbilité.

    Et puis personne ne sait pourquoi, un pauvre ingénieur charpentier a décider d’en finir avec tous ces dieux humains, en tout cas qui était le portrait cracher des caractéres et des sentiments humains ainsi que certaines fonction social et toujours la fertilité, qui a su résister aux progrés, pour définir dieux comme un être unique est tout puissants et surtotu dénuer des attributs humains, je ne connais pas par coeur les péchés, j’y suis abonné, surtout pendant les fêtes en son honneur :)).

    Se dieux unique, c’est quand même du progrés. La ou il fallait 20 humains 1 seul être suprème auquel il était indispensable de ressembler, dans les dirent, pas dans les faits.

    Maintenant nous connaissont la suite du progrés, il n’y a plus de dieux et surtout pas de grands architecte ou l’univers a pris conscience. Les nouveaux dieux moderne, du XX siecle, semble beaucoup des dieux de plaisirs et de loisir, ou en tout cas la substance magique qui autorise les plaisir et les loisirs. Le marché boursier, le grand casino mondial, le tourismes, les artistes. Les dieux sont revenu sur terre du coup; et il semble donc constater que le progrés qui jusqu’a maintenant impliquait une progession du symbole de dieux, voie cette progression s’inverser.

    En retournant en arrière, il y a fort a parier que des dieux necessaire a la bonne gestion de groupe de personne étant devenu énorme, les dieux de la guerre risque de refaire surface.
    Par contre c’est les forme de guerre qui elle a changer. Les dieux du foot, est autre dieux de la bourse ou de la technomogie, recele de potion beaucoup plus moderne pour nous forcer a un retour en arrière. Il serrait temps d’envisager le progrés dans son enssemble est non pas que pour son efficacité commercial.

    1. Athées et idolâtres…

      J’aime bien ce piont de vue, c’est un bon résumé. Mais je pense que c’est mal connaitre la nature humaine que de la croire athée dans son enssemble, elle n’est athée que chez un trés petit nombre mais elle reste idolatres pour l’enssemble, a quelques exeptions près.

      Donc dieux, n’est pas completement mort même si un petit nombre de nantis ne sentent plus le besoin de faire appel a lui, et que l’autre petit nombre d’intellectuel pense avoir compris qu’il sont une petite partie de se dieux et que dieux ne peut donc exister sans eux.

      Suite il y a ceux pour qui dieux qui existe sous une forme ou sous une autre, l’idolatrie reste une forme de culte et donc trés lié a la notion de croyance. Donc la majorité se divise ensuite en deux catégorie, la croyance en un dieux ou en un diable.

      Donc idolatres, sans aucuns soucis, par contre athées, j’ais beaucoup de mal a y croire.

    2. @ Logique

      Vous êtes polythéiste ascendant monothéiste à ce que je vois…

      Se dieux unique, c’est quand même du progrés

    3. Je suis tout simplement un être vivant comme beaucoup d’autre. Et qui, bien que ne croyant pas en dieux, n’arrive pas a concevoir dans l’extraordinaire évolution des espéces vivantes un ordre intellectuel superieur a l’intelligence humaine. Dieux est un tout dont nous faisont partie.
      Pour moi si il devait exister, il serait une forme d’énergie.

      D’ailleurs, une petite refléxion personnel. Si le paradis devait exister, je pesne qu’a aucun momment le responsable de se paradis ne laisserait y entrer un terrein. Se ne serait plus le paradis :))

  75. «LE DEPASSEMENT DE LA NATURE PAR L’HOMME N’A PAS ENCORE EU LIEU DANS LA SPHERE ECONOMIQUE » (Paul Jorion)

    Paul Jorion cherche le parcours qui conduit à la résolution de ce problème. Il part d’un postulat athée avec des moyens qui ne sont pas les miens. Cependant je ne vois pas pour quelles raisons les chrétiens seraient exclus de cette démarche.

    «Notre espèce est mauvaise et agressive.»
    Combien de constats empêchent de mettre en doute cette affirmation ? Les contradicteurs sont rares.
    Si l’on écarte les débats hors-sujet sur le pêché originel, les chrétiens devraient se retrouver dans cette formulation.
    A la différence du reste de la nature, l’homme a la capacité de garder en mémoire les expériences des générations antérieures et de participer à une évolution positive du monde, entachée de grosses erreurs du fait des caractéristiques de son espèce et aussi du pêché d’orgueil que Paul Jorion n’imprime pas – mon goût «juif» des stetsons noirs m’oblige à me souvenir que l’homme n’est pas illimité dans ses pensées et ses actes ce que Paul Jorion semble croire.
    Cette évolution est pour les chrétiens le chemin qui conduit à un but final, fin des douleurs morales et physiques, mais ce Paradis n’est qu’un espoir non daté et à peine compréhensible.

    Que, dans ce cheminement, la sphère économique soit demeurée en jachère et en large partie au sein du tohu-bohu original sera une évidence pour les chrétiens sociaux et l’objet de toute leur attention.

    Comme ces mots peuvent laisser perplexe, je précise que Dieu ne s’est pas incarné comme les ariens le voyaient, un chef/Dieu.
    Jésus fut un homme à la vie brève, entouré de disciples prêts à la trahison et qui ne comprenaient rien à son message d’amour, exprimé et adopté par de bien pauvres gens, une pute et un collabo.
    En outre, sa puissance suprême s’est exprimée dans la faiblesse et l’humilité.

    Après, le christianisme fut retourné comme une crêpe, dans une alliance du sabre et du goupillon, ça dure encore mais on peut éviter d’en parler.

    http://legueduyabboq.blog.lemonde.fr

  76. Pour ma part et aussi belle soit t’elle je voudrais rejeter la pensée de Schelling car elle est circulaire autoféderentielle; certes l’humanoide est un produit de la nature, mais cette forme que nous croyons aboutie n’est que d’une part provisoire et d’autre part hasardeuse. Notre « conscience » devrait se borner à relativiser notre histoire aux contingences bonnes et mauvaises qu’a pu lui offrir ce miracle cosmologique qu’est notre planète.
    Mais à tout prendre le  » Paradis » est bien terrestre, et notre cécité ou notre imbécile prétention est de ne pas le reconnaitre, notre avenir est par nécessité terrestre comme un poisson ne peut étre que dans l’eau. La crise actuelle n’est pas celle de l’argent, mais d’une celle d’une humanité qui se croyait tout permis en vertu d’un progres paradigmique et qui prend confusémment conscience qu’elle saborde le  » Bateau Terre » , comme des poissons qui videraient leur propre l’aquarium..

    Quant est ce que les humains Habiteront t’ils un jour leur terre ?, c’est le défi en cours et il ny’a que le « Progres  » qui puisse nous y conduire, comme Charpack l’envisageait, Je n’ai sur ce chemin que faire de la conscience, mais certainement de coeur et d’intélligence, ca oui !.

    En réponse à Schelling, je propose de méditer à ce pourvoyeur de vie que fut le Soleil et qu’est le Soleil, et en retour que le vivant se soit doté de la vue pour voir ce qu’il éclaire d’une lumiére sacrée.
    .

  77. Bonjour à tous
    @Paul
    « L’avenir du progrès »! Le titre indique déjà que les produits de ce colloque ne seront fort probablement que des spéculations sur ce que la culture européenne nomme progrès. Evènement bien dans la tradition des « salons à la française » brillant, ô combien discursif et assez vain hélas!

    Pourquoi spéculations: car l’avenir n’est pas le futur: le futur ayant un point d’origine peut être « mesurable » en un certain sens. L’avenir n’en a pas et de ce fait est incommensurable par la raison, mais peut être par la boule de cristal! On s’oriente là donc vers le salon de la voyance!

    Progrès: A la lecture des commentaires il ressort que la notion de progrès est, en occident, indissociable de la technologie au sens large. certains ont cité le Bouddha ou Confucius ou la civilisation chinoise: sans exclure les améliorations matérielles, les civilisations asiatiques ont plutôt associé le progrès humain à son changement intérieur: Paul ce que vous dites de l’espèce humaine « mauvaise et aggressive » ( ce qui relève à mon sens d’une expression malheureuse associant sur un même plan un jugement de valeur morale et un qualificatif comportemental d’ordre plus biologique) a été identifié depuis lontemps en orient et les solutions recherchées autant à « l’intérieur » par un enseignement basé sur la maîtrise du corps et du souffle surtout qu’à l’extérieur par l’invention de règle sociales – respect confucéen des rites …
    Par ailleurs l’utilisation indifférent du terme homme est source de confusion: si ‘l’hominidé est produit et partie prenante de la « nature », l’humain ne peut se réduire à cela. Or on peut se demander si la notion de progrès ne relève pas essentiellement de l’humain et non de l’hominidé – physiologiquement du cortex et non du système limbique- tronc cérébral.

    Il m’apparait aussi que ce nous nommons progrès est indissociable de l’économie et des échanges marchands: il s’agit d’avancées conceptuelles ou relevant de la technologie au sens large qui ont été jugées intéressantes par l’économie: l’histoire compte assez d’innovations qui sont restées inemployées car jugées inadaptées aux desseins des dominants…

    Depuis que je fréquente votre blog, il me semble de plus en plus pertinent de considérer « l’économie » comme expression d’une culture dans un référentiel d’échanges marchands.
    Comme nous vivons – en occident- dans un monde ayant choisi l’absolutisation des concepts et par la suite des objets contrairement aux chinois qui ont opté pour la mondanisation ( pour ces notions je ne peux que renvoyer à Augustin Berque Ecoumène) Nous nous retrouvons systématiquement dans un référentiel recourant à la transcendance – Dieu ou la main des marchés, ça revient en fin de compte à la même chose ….
    Comme nous sommes désormais dans un monde relativiste et fini, il serait vain de tenter d’imaginer un quelconque progrès qui ne prendrait pas en compte la conception autre du monde de ces civilisations différentes. Le chemin que prendra désormais l’humanité résultera du dialogue, conflictuel entre civilisations.

    Sans parler de « dessein intelligent  » même si, en référence au modèle standard, l’apparition de la vie résulte du suivi de chemins d’évolution assez peu probables ( – le monde le plus probable selon la physique serait un monde d’atomes de fer – exclusivement) Force nous est de constater que la vie explore toutes les possibilités d’expression – voir certaines formes de vie inimaginables ( même par un Baudelaire sous absinthe!) dont certaines sont des impasses: on ne peut t donc exclure que l’aventure de notre branche d’hominidés soit elle aussi condamnée. Ce qui réduirait la conscience de la nature à un évènement excitant mais bref à l’échelles des temps géologiques!

    Paul: s’il n’y a pas de chinois, d’indien ou d’africain parmi les intervenants de ce colloque, il n’en sortira que des phrases et pas d’idées éventuellement fécondes.

    Je vous souhaite à tous une bonne fin d’année.

    PS: prendre les chose avec philosophie se dit en  » bouddhique Chan »: « Mange ton riz, bois ton thé et portes tes vêtements! »
    Je vous souhaite à tous du riz du thé et des vêtements….

  78. Un des « progres » un peu rapidement mis en avant serait de réguler notre population de façon pré-natale , plutot que post-natale .
    C’est , me semble t il , aller un peu vite en besogne que d’y voir une avancée vertueuse .
    Il ne serait pas difficile de soutenir la thèse que la « culture » se transmette majoritairement durant l’enfance et donc , en situation « normale » (majoritaire ds la durée de vie de l’espece humaine), de l’enfant a l’enfant …par fratrie plus que par l’adulte a l’enfant ….
    Ce qui, logiquement rendrait criminel la régulation pré-natale (du point de vue culturel donc civilisationnel).
    Nos actes actuels devraient servir plusieurs interets souvent contradictoires :
    – l’individu
    -le groupe
    -le groupe ds le temps (civilisation)
    -l’espece
    L’espece ne semble pas menacée , qqs milliers de survivants peuvent régénérer une espece aussi débile soit elle .Mais la civilisation me semble condamnée .

  79. Digression évangélique…

    Si quelqu’un vient à moi sans haïr son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères et sœurs, et même sa propre vie, il ne peut pas être mon disciple.

    Évangile selon St Luc XIV,25

    (Le texte grec dit bien haïr et non pas « me préférer à »…)
    Je sais bien, on peut faire dire ce qu’on veut à ce genre de sentences, le pire et le meilleur.
    Néanmoins, il serait pas un peu par là, aussi, le dépassement de cet état d’ensauvagement de l’économie toujours perpétué ? Le message radical, asolu, inaudible, effrayant et totalitaire en puissance, adressé, nous dit le texte, par Jésus à de grandes foules ?
    Élargir, contre toute « évidence naturelle« , le cercle de sa famille à l’humanité entière sur une terre partagée. Soit, pour un croyant, les « enfants de dieu » à qui, dès cette terre, il a donné le « Royaume des cieux en partage ».

    1. « et même sa propre vie »
      Les « et » sont additifs : le fond du trou.
      Je sais pas s’il reste grand chose à plumer, Moi . et ceux garnis qui en arrive là, somme toute, c’est charité pour tous que de les dégarnir, non?^^

      Pour le meilleur, cela peut aussi vouloir dire que celui qui connaît déjà l’amour n’a pas besoin d’un « maître en amour ».

      bien à vous

    2. Toujours aussi poète, Moi, toujours aussi irrésistiblement attiré par les abîmes de la profondeur métaphysique… Et toujours aussi incapable de décoller son oeil du petit bout de sa minuscule lorgnette.

    3. Non-digression d’un philosophe métaphysicien mystique éclairé…

      Joie serait en effet la simplicité de vie que propagerait dans le monde une intuition mystique diffusée, joie encore celle qui suivrait automatiquement une vision d’au-delà dans une expérience scientifique élargie.
      A défaut d’une réforme morale aussi complète, il faudra recourir aux expédients, se soumettre à une « réglementation » de plus en plus envahissante, tourner un à un les obstacles que notre nature dresse contre notre civilisation.
      Mais, qu’on opte pour les grands moyens ou pour les petits, une décision s’impose.
      L’humanité gémit, à demi écrasée sous le poids des progrès qu’elle a faits.
      Elle ne sait pas assez que son avenir dépend d’elle.
      A elle de voir d’abord si elle veut continuer à vivre.
      A elle de se demander ensuite si elle veut vivre seulement, ou fournir en outre l’effort nécessaire pour que s’accomplisse, jusque sur notre planète réfractaire, la fonction essentielle de l’univers, qui est une machine à faire des dieux.
      (Henri BergsonLes deux sources de la morale et de la religion, dernier paragraphe du livre)

    4. Ron Hubbard est la version moderne et bordée par son avocat de St Luc…
      Il n’a même pas déliré sur un pote à lui qui se prenait pour Dieu.
      Et pourtant, ça court les rues. Mais la corde est un peu usée…

    5. Saint Luc était le secretaire de Saint Paul. Son écriture est donc assez influencé par son histoire et sa vision personnelle. Ses mots ne sont que ses mots.

      Chacun lit un texte en fonction de sa propre vision, de son interprétation.

      Quatre évangélistes. Quatre sens. Un ancien testamen et un nouveau testamen. Une loi et un exemple. Est-ce un bon exemple? L' »amour pur » est-il inhumain? ( cf Jacques le Brun ).

  80. Digression littéraire…

    Je est un autre, 1871, ne passait toujours pas, Foucault était revenu à la charge, ça avait été oublié malgré tout le battage autour de lui. Quand des romans remettaient le couvert avec Je est un autre, ça énervait la société. Elle gueulait comme un putois dès qu’un écrivain recommençait avec ça de manière trop claire, comme c’était mon cas.
    (…)
    Rimbaud avait été oublié.
    Nous étions tous des autres. Nous voulaient tous vivre comme les autres, se socialiser par l’écriture, pas par le travail, la subordination. Ça primait sur notre biographie, sur notre état civil, sur notre date et notre lieu de naissance, sur notre mère, sur le langage de la classe sociale de notre naissance. Le milieu. Ça faisait disparaître la notion même de milieu. Nous étions tous des humains, ça primait sur tout le reste, tout le reste, sur tous les autres rapports, y compris maternel.

    C. Angot, Une partie du coeur

    @ Vigneron

    Digression pour digression…
    – D’façon vu le nombre de commentaires tendance personne n’écoute personne… –
    Vous écrivez Vigneron ?
    Dans le cas contraire : devriez.

    1. « Christine Schwartz passe son enfance à Châteauroux, avec sa mère et sa grand-mère. Son père, traducteur auprès des institutions européennes, a quitté le foyer familial avant sa naissance.
      Quand elle est âgée de 14 ans, ce dernier la reconnaît officiellement. Elle prend alors le nom d’Angot. » kafkaïen…

      c’est plus de la littérature, c’est de la psychanalyse… « Quand des romans remettaient le couvert avec Je est un autre, ça énervait la société. Elle gueulait comme un putois dès qu’un écrivain recommençait avec ça de manière trop claire, comme c’était mon cas. »
      « Ses influences sont nombreuses et vont de Céline à Marguerite Duras en passant par Samuel Beckett. » l’extrait que vous proposez ne lui fait pas honneur, si elle en mérite.

      « l’amour c’est l’infini à la portée des caniches! »

    2. @Sylla

      L’amour c’est l’infini à la portée des caniches

      Fin de la citation du Destouches «  , et j’ai ma dignité, moi ! »
      Et à la fin de l’envoi, j’en touche deux :
      Et hors de portée des dogues !

      petit caniche

    3. @ Sylla

      « Christine Schwartz passe son enfance à Châteauroux, avec sa mère et sa grand-mère. Son père, traducteur auprès des institutions européennes, a quitté le foyer familial avant sa naissance.
      Quand elle est âgée de 14 ans, ce dernier la reconnaît officiellement. Elle prend alors le nom d’Angot. »

      Dans le petit extrait précédemment cité il est justement question des cons qui adorent rien davantage que de confondre et enfermer quelqu’un avec sa bio familiale !

    4. bonjour!
      Martine … « Son père,

      traducteur

      auprès des institutions européennes »… élément de bio parfaitement inutile bien sûr.
      « ce dernier la reconnaît officiellement. Elle prend alors le nom d’Angot ». du grand art dans l’inutile, encore. il faut effectivement être complétement arriéré pour faire un lien entre sa plume et ce nom de plume qu’elle se choisit, d’un père traducteur de profession. de même, c’est de la dégénérescence mentale de phantasmer un lien entre les deux professions. seul un sens critique objectif et dûment réfléchi, peut faire preuve de pertinence en se penchant uniquement et studieusement sur le texte.
      « Dans le petit extrait précédemment cité il est justement question des cons qui adorent rien davantage que de confondre et enfermer quelqu’un avec sa bio familiale ! »

      C’est un peu ce que je lui reprochais : de mettre en scène ses émois. et insulter (« putois » ou vos trois lettres) ceux qui lui font remarquer… c’est parfaitement puéril. « 

      l’extrait que vous proposez ne lui fait pas honneur, si elle en mérite.

       »

      parlant de « citation » et d' »honneur » :

      « Nous voulaient tous vivre comme les autres, »  » qui adorent rien davantage que « .

      c’est de vous ces dérapages ou d’elle…ou c’est le « çà » qui s’emmêle? si c’est de vous, vous faîtes preuves de plus d’esprit d’habitude…

      Je ne suis pas intéressé pas la littérature « en marche », particulièrement la militante. Et globalement, les auteurs qui veulent être jugés uniquement sur leurs écrits, deviennent rapidement assez comiques. A plus forte raison lorsqu’ils se réfugient derrière le « çà parle » (celle ci nous livre en plus des éléments de bio : du grand boulevard!).
      Enfin! Au moins « çà » ne prétend pas avoir qq chose à dire…

      comme l’a je crois relevé Vigneron, la citation de Céline sur les caniches n’est là que parce que je la trouvais à l’honneur de son auteur (déshonneur serait plus juste) : je vous remercie de confirmer mon impression sur cet écrivain public.

      « – D’façon vu le nombre de commentaires tendance personne n’écoute personne… – » : je n’avais pas saisit que c’était un souhait…

      tjrs heureux d’échanger des arguments consistants sur la littérature.

      bien à vous.

    5. et pour suivre le billet et rester chez Diderot : « Les Bijoux indiscrets est un roman libertin publié anonymement par Denis Diderot en 1748.

      Cette allégorie, qui est la première œuvre romanesque de Diderot, dépeint Louis XV sous les traits du sultan Mangogul du Congo qui reçoit du génie Cucufa un anneau magique qui possède le pouvoir de faire parler les parties génitales (« bijoux ») des femmes.

      On trouve un trope comparable, que Diderot doit avoir connu, dans le fabliau égrillard Le Chevalier qui fist parler les cons. L’idée même de parler l’appareil génital féminin, grâce à une intervention magique, se retrouve dans une histoire de Caylus datant de 1747 »

    6. « Le Mercure de France est à l’origine une revue française, fondée au XVIIe siècle sous le nom de Mercure Galant, et qui évoluera en plusieurs étapes et rebondissements pour devenir une maison d’édition au XXe siècle.
      Sommaire
      [masquer]

      * 1 Une revue
      o 1.1 Le Mercure Galant
      o 1.2 Le Mercure de France
      * 2 Une maison d’édition
      * 3 Anecdotes
      o 3.1 Volumes disponibles en ligne sur Gallica
      * 4 Notes et références
      * 5 Voir aussi
      o 5.1 Liens internes
      o 5.2 Lien externe

      Une revue[modifier]
      Le Mercure Galant[modifier]

      Le Mercure Galant fut fondé en 1672 par Jean Donneau de Visé, tout d’abord sous la forme d’un trimestriel (puis d’un mensuel), le Mercure Galant, dont le but était d’informer le public des sujets les plus divers et de publier des poèmes ou des historiettes. La première livraison date de 1672.

      Le Mercure dont il est question est le dieu romain du commerce et des voleurs, le messager des dieux, que la tradition classique a fini par confondre avec le dieu grec Hermès, dieu protecteur.
      Le Mercure de France[modifier]

      La revue continuera à paraître au-delà de la mort de son fondateur, d’abord avec Charles Dufresny. Sous Antoine de La Roque, elle changea de titre en 1724 et devient le Mercure de France, dédié au roi. La Harpe en est le rédacteur pendant vingt ans, associé avec Mallet du Pan. Chateaubriand en fut momentanément l’unique propriétaire[1]. Il cessera de paraître en 1825.

      À la fin du XIXe siècle la revue littéraire du Mercure de France est fondée par Alfred Vallette avec un groupe d’amis dont les réunions avaient lieu au café de la Mère Clarisse, rue Jacob. Citons Jean Moréas, Ernest Raynaud, Jules Renard, Remy de Gourmont, Louis Dumur, Alfred Jarry, Albert Samain, Saint-Pol-Roux, George-Albert Aurier et Julien Leclercq : la génération symboliste. La première livraison de la revue date du 1er janvier 1890. La revue accède progressivement à la reconnaissance. Mallarmé et Heredia y font paraître quelques inédits. Il devient bimensuel en 1905. Un tel succès, dans un secteur fortement concurrentiel, s’explique par un grand sérieux, une très grande liberté de ton et une capacité à se situer au-dessus des écoles. Philéas Lebesgue y tiendra par exemple une chronique régulière notamment de Lettres néo-grecques.

      En 1889, Alfred Vallette épouse la romancière Rachilde dont l’œuvre et la personnalité feront beaucoup pour le rayonnement de la revue. Auteur du scandaleux Monsieur Vénus, qui lui vaudra une condamnation pour outrage aux bonnes mœurs, elle participe à la revue jusqu’en 1924 et tiendra salon tous les mardis, les fameux « mardis du Mercure », qui virent défiler bon nombre de futurs grands écrivains.
      Une maison d’édition[modifier]

      Comme nombre de revues, le Mercure se mettra à éditer des livres. Outre les textes symboliques et les premières traductions de Nietzsche en français, l’éditeur publiera les premiers textes de Gide et de Claudel, de Colette, d’Apollinaire. Plus tard : Henri Michaux, Pierre Reverdy, Pierre Jean Jouve, Louis-René des Forêts, Pierre Klossowski, Eugène Ionesco et Yves Bonnefoy.

      En 1958, les éditions Gallimard rachètent le Mercure de France dont la direction est confiée à Simone Gallimard. En 1995, Isabelle Gallimard prend la direction de la prestigieuse maison d’édition.
      Anecdotes[modifier]

      Les sections « Anecdotes », « Autres détails », « Le saviez-vous ? », etc. sont déconseillées dans les articles.
      Pour améliorer cet article il convient, si ces faits présentent un intérêt encyclopédique et sont correctement sourcés, de les intégrer dans d’autres sections.

      Le 5 mars 1683, Boursault donna au théâtre la pièce le Mercure galant, ou la Comédie sans titre. Donneau de Visé s’étant plaint qu’on avait eu l’intention de le jouer, pendant longtemps, cette comédie, qui fut jouée et imprimée sous le nom de Poisson, ne fut intitulée que la Comédie sans titre.

      C’est chez Mercure de France et avec la complicité de Simone Gallimard que Romain Gary publiera les romans signés Émile Ajar qui permettront à leur auteur d’obtenir deux fois le Prix Goncourt.

      Pendant la Première Guerre mondiale, le 17 mars 1916, Guillaume Apollinaire est blessé à la tête par un éclat d’obus dans sa tranchée alors qu’il lisait le Mercure De France. »

    7. @ Sylla

      Christine Angot n’était pas le sujet principal de mon commentaire.
      L’essentiel de mon commentaire tenait au soulignement de la pertinence qu’il y a à rappeler que Rimbaud fixait des vertiges en énonçant en 1871 « Je est un autre ». Cette proposition me paraît en effet à rapprocher du travail de déconstruction de « l’état de nature économique » par Paul Jorion exposé dans son billet, de la même manière qu’elle agissait en filigrane au travail de Michel Foucault en son temps.

      Pour le reste je ne partage évidemment ni votre définition de la psychanalyse ni votre définition de la littérature : l’une comme l’autre étant pour moi deux façons de rejoindre à partir du petit soi (sa rue, sa chambre, son miroir, ses misérables « émois »… ) l’universel. Je vous signale tout de même que les plus grands peintres ont dessiné des autoportraits sans que personne ne crie à la vilaine et méprisable « autofiction picturale » ! Bref vous ne m’en voudrez pas trop j’espère de ne pas discuter plus avant d’art avec vous…

    1. En attendant Madoff a plus fait causer d’lui dans les beaux salons et les bureaux « vue sur l’Hudson » ou sur « la Paradeplatz de Zurich » que mon bon Saint patronymique…
      Angot aussi, plus que Rimbaud, me direz-vous ?
      Peut-être mais j’crois aussi que le Madoff a fait bien plus de mal aux trous de balle dorés que tous les mon chéri qui parlaient aux oiseaux.
      A tort ? Sans doute…

      bref, je suis pas sûr qu’Angot n’apprécie pas qu’on la compare à Madoff, mais je suis quasi sûr que l’Arthur apprécierait modérément qu’on l’assimile à saint François d’assise. Malgré, ou à cause justement de vagabonds ou Ma bohème…

      « Ah ! cette vie de mon enfance, la grande route par tous les temps, sobre surnaturellement, plus désintéressé que le meilleur des mendiants, fier de n’avoir ni pays, ni amis, quelle sottise c’était. — Et je m’en aperçois seulement ! »

      (Alchimie du verbe)

      Et Vagabonds (il parle de son errance et des dernières « atroces veillées » avec Verlaine…) :

      Pitoyable frère ! Que d’atroces veillées je lui dus ! « Je ne me saisissais pas fervemment de cette entreprise. Je m’étais joué de son infirmité. Par ma faute nous retournerions en exil, en esclavage. » Il me supposait un guignon et une innocence très-bizarres, et il ajoutait des raisons inquiétantes.
      Je répondais en ricanant à ce satanique docteur, et finissais par gagner la fenêtre. Je créais, par delà la campagne traversée par des bandes de musique rare, les fantômes du futur luxe nocturne.
      Après cette distraction vaguement hygiénique, je m’étendais sur une paillasse. Et, presque chaque nuit, aussitôt endormi, le pauvre frère se levait, la bouche pourrie, les yeux arrachés, — tel qu’il se rêvait — et me tirait dans la salle en hurlant son songe de chagrin idiot.
      J’avais en effet, en toute sincérité d’esprit, pris l’engagement de le rendre à son état primitif de fils du soleil, — et nous errions, nourris du vin des cavernes et du biscuit de la route, moi pressé de trouver le lieu et la formule.

    2. @ Au méchant Vigneron, qui fait si peur par ici déguisé en justicier de film de série B avec sa panoplie de mousquetaire à l’épée en plastoque mais qui, au fond, est un gentil garçon qui a seulement le vilain défaut d’adorer qu’on l’admire (énerver notre tranche-montagne préféré est un plaisir que j’ai beaucoup de mal à me refuser ;-)).

      « je suis quasi sûr que l’Arthur apprécierait modérément qu’on l’assimile à saint François d’assise ».

      Mais qu’est-ce que tu connais mal la grande poésie en général et Rimbaud en particulier ! Le jour où tu comprendras que les grands poètes et les grands mystiques boivent à la même source et font le même métier (explorer le Mystère, nous ramener de l’Au-delà des bribes de Vérité), tu auras fait un grand pas vers la Lucidité qui te manque tant dans tous les domaines qui touchent à l’Essentiel.

      Quant à ton « chéri qui parlait aux oiseaux », tu ferais mieux de voir le chef-d’oeuvre que Rossellini a fait sur lui en 1950 avec des acteurs amateurs (des vrais moines): « Francesco, giullare di Dio » (Les onze fioretti de François d’Assise) – même si, vu ton état d’esprit, il risque de te décoiffer sérieusement en te passant à vitesse supersonique au-dessus de la tête…

    3. Rimbaud :Illuminations
       » SOLDES
      A vendre ce que les Juifs n’ont pas vendu, ce que noblesse ni crime n’ont goûté, ce qu’ignorent l’amour maudit et la probité infernale des masses ; ce que le temps ni la science n’ont pas à reconnaître  Les voix reconstituées ; l’éveil fraternel de toutes les énergies chorales et orchestrales et leurs applications instantanées, l’occasion, unique, de dégager nos sens  A vendre les corps sans prix, hors de toute race, de tout monde, de tout sexe, de toute descendance ! Les richesses jaillissant à chaque démarche ! Solde de diamants sans contrôle  A vendre l’anarchie pour les masses ; la satisfaction irrépressible pour les amateurs supérieurs ; la mort atroce pour les fidèles et les amants  A vendre les habitations et les migrations, sports, féeries et conforts parfaits, et le bruit, le mouvement et l’avenir qu’ils font  A vendre les applications de calcul et les sauts d’harmonie inouïs. Les trouvailles et les termes non soupçonnés, possession immédiate.

      Elan insensé et infini aux splendeurs invisibles aux délices i
      nsensibles, et ses secrets affolants pour chaque vice, et sa gaite effrayante pour la foule.

      A vendre, les corps, les voix, l immense opulence inquestionable, ce qu on ne vendra jamais. Les vendeurs ne sont pas a bout de solde.
      Les voyageurs n ont pas a rendre leur commission de sitôt. « 

    4. @pablo

      Mais qu’est-ce que tu connais mal la grande poésie en général et Rimbaud en particulier !

      C’est c’la oui…
      Moi j’voyais plutôt la « grande » poésie (perso, j’préfère quand c’est petit ce genre de truc… mais allez, soit…) en déserteur qu’en général, mais bon p’têt un reste de franquisme… (…humour !)
      Et Rimbaud plus en singulier qu’en particulier, mais sans doute n’ai-je pas la félicité comme toi, Pablo Paris (« ment ! »), de sentir mon âme subir suffisamment les délices de la pression osmotique en éther rimbaldien…

      Tiens, de l’humour typiquement ibère pour se détendre, et atterrir en douceur…

      Un bébé naît. Il est tellement laid, tellement laid, tellement laid (dans les blagues espagnoles, on répète deux fois, m’demandez pas pourquoi, c’est comme ça, sans doute pour l’effet burlesque mais pas sûr…), que le médecin dit à la mère :
      – Lancez-le par la fenêtre, s’il vole, c’est une chauve-souris.
      (chute…)

    5. @ Vigneron

      Oui, la grande. Moi ça me gène qu’on désigne avec le même mot de « poésie » celle de Li Po, Basho, Rumi, Dante, St. Jean de la Croix, Holderlin, Rimbaud, Rilke ou Blaga, par exemple, et celle de Parny, Delille, Béranger, Anna de Noailles ou Géraldy, pour ne te parler que de « poètes » français très célèbres à leur époque.

      « perso, j’préfère quand c’est petit ce genre de truc »

      Ok… Mais dans ce cas-là ne discutes pas de poésie (ou alors seulement de celle du vin).

      Quant à Rimbaud, si tu ne sais pas qu’il était fou d’ésotérisme (alchimie, kabale, occultisme), si tu trouves que ses « mystique », « voyant », « vision » et autres « alchimie » ne sont dans son oeuvre que par pur hasard, et si tu as compris ses « Illuminations » sans en avoir la clé ésotérique, qu’est-ce que tu veux que je te dise? Que tu relises au moins sa « Lettre du voyant » pour te rendre compte qu’il n’est pas de « ton côté »?

      Et si tu veux « sentir ton âme subir suffisamment les délices de la pression osmotique en éther rimbaldien », un conseil: traduis-le, comme je l’ai fait – ce qui est d’ailleurs la meilleure façon qu’existe de lire de la poésie.

      Pour finir, une histoire zen à méditer (autrement plus intéressante que la tienne soi-disant ibérique) :

      Un jeune moine parcourt des centaines de kilomètres à pied pour aller voir un grand maître zen qui habite dans un monastère isolé dans la montagne. Quand il arrive, on le fait attendre encore plusieurs semaines avant que le maître le reçoive. Un soir, enfin devant lui, il lui dit:
      – Maître, je viens de très loin pour vous poser une question.
      – Laquelle?
      – Je voudrais savoir quelle est l’essence du bouddhisme.
      Le maître, après un long silence, lui répond:
      – Tu as mangé ton riz?
      – Oui
      – Alors, va laver ton bol…

    6. @pablito saint germain des prés (j’préfère en petit, Paris, c’est trop grand…)

      Grande Poésie, Grande Littérature, Grande Musique, Grande Pensée, Grande Peinture, Grands Initiés, Grande Kultur, Grandes Portes, Grandes Serrures, Grandes Clefs ésotériques, Grands Porte-clefs, Grande Lourdeur, Grande Chaine au cou, la Vie en MAJUSCULES…

      Désolé mon Grand pablito, j’ai un une sainte horreur de l’encombrement et voyage léger, sans porte-clefs, toujours et à jamais. Ne Vous déplaise.

      ps : Plus je te lis et moins j’aime Goya et plus j’aime Goya… c’est ballot…

      ps bis : ma (p’tite) maman était donc un (petit) grand maître zen. Té ! M’disais ben aussi…

    7. @ Vigneron

      Mais qu’est-ce qui t’arrive? Tu as l’air KO debout. Ce que tu écris dernièrement est indigne de toi.

      Écoute-moi: fais une pause, reprend ton souffle, recharge ton pistolet à eau et surtout va voir ton ophtalmo pour éviter de te tromper de cible ou de tirer à côté (il y a déjà suffisamment de gens à côté de la plaque par ici pour que tu t’y mettes aussi).

  81. La question semble finalement devoir être
    en rapport avec la finance. Et si ce n’est pas le cas
    L’institut Diderot est un bon moyen de diffuser
    des idées pratiques…

    Ne méprisons pas les idées simples et directes.
    Ne nous encombrons pas de considérations adventices.
    N’oublions pas qu’il ne s’agit pas d’un devoir scolaire.
    Un assaut d’ érudition est en apparence inutile, mais en apparence
    seulement: les destinataires sont des intellectuels -je le suppose-
    et non des praticiens. Il faudra donc essayer de les séduire.
    Etant issus du système scolaire français, quelques citations de penseurs
    anciens devraient faire l’affaire, mais on devrait aussi les contrebalancer
    par des citations issues du peuple – populaires donc.
    Le commerce de proximité en est une source inépuisable, sans oublier
    le coiffeur ou la coiffeuse. Songeons que ces gens-là,
    placés à l’interface entre les banques et le peuple,
    sont à la fois expérimentés et observateurs.

    Maintenant il s’agit de mettre en forme des idées simples:

    La finance actuelle est mortelle. Les exemples issus de 20 ans d’observations abondent. Etre dans le soixantaine donne l’avantage de pouvoir comparer. Et les comparaisons sont sans appel.
    Son influence sur les politiques ne témoigne pas d’une mystérieuse
    force, mais est le symbole d’une décrépitude ou d’une médiocrité
    des politiques. L’incontestable corruption -au sens juridique du terme-
    a pour origine une forme de corruption intellectuelle et morale.
    La Justice, réarmée, passera.
    La finance doit rentrer dans l’ intérêt commun tel qu’il était
    compris en 1945. Il avait fallut une guerre , une défaite initiale
    et des souffrances sans nombre pour le comprendre.
    La finance doit être subordonnée et servante
    de l’activité économique fondée sur le réel.
    Son euthanasie légale est une nécessité politique- à 80 %-
    Il faut donc la prévoir: nous ne pouvons pas
    promouvoir l’ idée de mettre à la rue des gens
    auto-évalués et sur-payés sans précaution et sans
    transition. L’exemple des révolutions, 1789 en particulier, montrent que la bourgeoisie est capable d’une violence extrême.

    Ces actions, étalées sur 5 ans environ,
    ne sont qu’un point de départ pour une revue
    de politique générale en matières sociales et écologiques.
    Nous n’avons qu’une Terre et elle s’épuise.
    Le partage d’ampleur mondial est inévitable.

  82. Sur Wikipedia

    L’Institut Diderot se donne pour objectif :

    1.de rapprocher dans une démarche prospective commune les deux mondes de la recherche — sciences de la nature et sciences de l’homme — du monde économique,
    2.de contribuer à libérer la réflexion sur la société des partis pris idéologiques qui pèsent encore sur elle,

    Ca sent mauvais, déjà …
    Pauvre Diderot!
    Salir sa mémoire dans une entreprise de parti pris pour le monde économique…

    1. Charles,

      Eh bien justement on compte sur Paul pour inverser la tendance : démontrer au monde économique que s’il continue de se considérer comme une sphère autonome juste bonne à être réaménagée en son sein et vers laquelle tout doit converger, il se trompe lourdement. C’est d’ailleurs tout le propos de ce billet, L’avenir du progrès que de remettre l’économie à sa place, dans une perspective tout à la fois historique et sociale.

      L’économie constitue un secteur spécifique indéniable dans la société en tant qu’elle touche à la production et la reproduction des conditions matérielles d’existence. En ce sens il y aura toujours de l’économie. Mais l’économie n’a jamais existé comme monde. Pour qu’il y ait un monde il faut des humains ; une société. L’économie constituée en monde est une invention récente à l’échelle de l’histoire de l’humanité.

    2. La fin de mon second paragraphe n’est pas très explicite.
      Je précise donc que lorsque je dis que l’économie comme monde n’a jamais existé je signifie simplement que l’économie n’a jamais existé comme monde dont l’autonomie serait telle qu’elle ne devrait rien aux transformations sociales qui font son environnement. En toute rigueur l’économie n’a pas d’environnement, elle est partie prenante d’un milieu social.

      Le discours économique dominant comme l’a souvent remarqué Paul fait abstraction des acteurs sociaux pour ne conserver que des notions abstraites, des variables, dont l’ajustement obéirait à des lois sur le modèle des sciences de la nature. L’économie prétend depuis l’invention du capitalisme exister comme un monde autonome avec ses acteurs spécifiques immuables : salariés, producteurs, investisseurs. Ceci est une mystification, car ces acteurs spécifiques n’ont pu émergé qu’à la faveur d’un processus historique.

    3. Sur Wikipedia

      L’Institut Diderot est un institut français. C’est un fonds de dotation pour le développement de l’économie sociale régi par la loi n°2008-776 du 4 août 2008, a été créé en mars 2009 par Covéa, société de groupe d’assurance mutuelle qui réunit notamment la Mutuelle d’assurance des artisans de France (MAAF), les MMA (Mutuelles du Mans) et la GMF (Garantie mutuelle des fonctionnaires).

    4. @Pierre-Yves: ce n’est pas ainsi que j’avais compris le texte de Paul en première lecture. Je l’ai donc relu et effectivement on peut peut-être y voir que « l’état de nature » économique est une fiction qu’essaye d’imposer une certaine idéologie. Le passage est tout de même ambigu:

      « De ce point de vue, et parmi les institutions humaines, l’économie est une exception anachronique parce que son mécanisme, celui du système aujourd’hui quasi–hégémonique du capitalisme, existe sous la forme primitive, brute, de la nature non surpassée par l’Homme, à savoir, celle de la sélection par la concurrence absolue des espèces comme des individus et leur tri par l’élimination des plus faibles. Le prix qui établit l’étalon des rapports marchands se constitue à la frontière que détermine le rapport de forces, non pas, comme on l’imagine le plus souvent aujourd’hui, entre des quantités abstraites, mais entre les groupes concrets des acheteurs et des vendeurs, tous également situés au sein d’une hiérarchie cautionnée par un système politique. Ceci, Aristote le savait déjà. En finance, le statut d’acheteur ou de vendeur peut s’inverser rapidement pour un agent particulier sans que ceci ne remette en question la détermination sociale du prix par un rapport de forces. »

      Que le capitalisme essaye d’imposer une certaine économie supposée naturelle (dans le sens où « l’état de nature » de Hobbes est supposé naturel) mais qu’il n’y ait là rien de naturel, nous sommes vous et moi d’accord. C’est la démonstration de Polanyi et on pourrait peut-être aussi dire que les dernières avancées scientifiques remettent progressivement en cause la supposée naturalité de « la sélection par la concurrence absolue des espèces comme des individus et leur tri par l’élimination des plus faibles » (on commence à percevoir que la coopération compte au moins autant dans l’évolution des espèces).
      Donc, si l’économie capitaliste n’est pas naturelle (comme les autres avant le capitalisme), comment passe-t-on ensuite à une domestication de l’économie? Soit l’économie capitaliste est vraiment naturelle et on peut envisager une domestication. Soit l’économie capitaliste n’est pas naturelle et il ne s’agit pas d’imposer une domestication mais de changer de domestication.
      Et puis, comment passe-t-on du fait que la formation des prix est politique (la leçon d’Aristote) à l’économie du rapport de forces est naturelle et doit être domestiquée? Ce que je vois, c’est tout comme Aristote des rapports de forces politiques, donc rien de naturel (A moins que l’on considère la politique comme naturelle? Dans ce cas, qu’est-ce qui n’est pas naturel?). Ce qui fait la particularité du capitalisme, c’est un certain rapport de forces, pas que cela fonctionne autrement qu’avant son apparition. A moins que Paul ne pense pouvoir dépasser le problème politique? Comment?
      Pierre-Yves, je suis preneur de vos éclaircissements.

    5. @ »MOI » (comte , deux mots):
      /////« De ce point de vue, et parmi les institutions humaines, l’économie est une exception anachronique parce que son mécanisme, celui du système aujourd’hui quasi–hégémonique du capitalisme, existe sous la forme primitive, brute, de la nature non surpassée par l’Homme, à savoir, celle de la sélection par la concurrence absolue des espèces comme des individus et leur tri par l’élimination des plus faibles. /////
      Cette affirmation est fausse (et vraie).
      VRAIE , parce que dans les groupes archaiques restreints, la « nature » de l’homme est aussi égoiste que dans nos groupes hypertrophiés.
      FAUSSE, parce que ds un groupe restreint , la « connaissance et reconnaissance » de l’autre maintient l’ affect comme intrant majeur ds les interelations (y compris économiques)
      FAUSSE parce l’aspect « négatif » du caractère de l’individu est freiné , contraint , limité par la proximité et meme inversé par les rites . Ce process limitatif n’est pas possible lorsque les individus ne se connaissent pas .
      FAUSSE parce que « la concurence absolue des espece » est une contrevérité : Les especes coopèrent; la totalité des interelations des chaines trophiques sont symbiotiques (exellente emission sur FR CULT sur la symbiose en ce moment ). Meme les prédateurs qui visent les memes proies se sont accordés depuis longtemps sur des territoires ou des process differents.
      Fausse parce que l »‘élimination des plus faibles  » (agressivité intra-spécifique) provoque rarement une élimination , mais plutot un eloignement ou une scissiparité des groupes.(les plus faibles ce sont les prédateurs qyui s’en chargent)

      Le problème est uniquement STRUCTUREL. Les caractères négatifs de l’humain ne deviennent pervers que lors du passage aux groupes importants (pour des raisons de gain de productivité). Il reste contraints et meme vertueux parce que structurant (hierarchisation) ds le groupe originel , le groupe restreint .

    6. « La position de Diderot à l’égard de la religion évolue dans le temps, en particulier dans sa jeunesse. Ses parents le vouaient à une carrière ecclésiastique et il reçut la tonsure de l’évêque de Langres. Arrivé à Paris, son parcours académique se fait dans des institutions d’obédience catholique, comme la Sorbonne. C’est au gré de ses lectures que sa foi va s’étioler et Diderot semble évoluer de la foi vers le théisme, le déisme et enfin souscrire aux idées matérialistes. C’est cette évolution que l’on constate des Pensées philosophiques à la Lettre sur les aveugles à l’usage de ceux qui voient. Plus tard, ces positions sont confirmées dans le Supplément au voyage de Bougainville qui évoque la religion naturelle et un dialogue très représentatif, l’Entretien d’un philosophe avec la maréchale de ***. À l’instar des Lumières, Diderot rejette plus les excès de la religion que la religion elle-même. Toute sa vie, il fut en conflit avec son frère sur ces questions. »
      un matérialiste déiste et conscient de l’être… les symboles sur le $ devraient lui faire plaisir…
      inverser la tendance me paraît utopique avec Aristote, Pierre-Yves.
      çà aura peut être le mérite d’être plus clair.

    7. @ Pierre-Yves

      Tout à fait d’accord. L’expression « monde économique » n’est pas neutre.
      Elle vise à vendre leur « monde économique » comme si c’était un ordre naturel,
      comme le « monde animal », ou le « monde végétal ».
      Tous les discours de rapprochement de la recherche, de la science, de l’éducation,
      de la politique, et j’en passe, du « monde économique »,
      consiste à mettre les activités humaines au service de l’accumulation du capital.

  83. mr Jorion, sur cet « Absolu » ou cette cause première…
    ou sur ce « je est un autre ».
    sur l’analogie…

    Les Logocrates George Steiner p14.15. :

    « Le point de vue « logocratique » est beaucoup plus rare et, presque par définition ésotérique.Il radicalise le postulat de la source divine, du mystère de l’incipit dans le langage de l’homme. Il part de l’affirmation suivant laquelle le logos précède l’homme, que  » l’usage  » qu’il fait de ses pouvoirs numineux est toujours, dans une certaine mesure, une usurpation. Dans cette optique,

    l’homme n’est pas le maître de la parole, mais son serviteur.Il n’est pas le propriétaire de « la maison du langage », mais un hôte mal à l’aise, voire un intrus.

    Les formes d’expressions les plus densément chargées, celle de la poésie, de la métaphysique et de la religion, résulteraient non pas du gouvernement du langage, mais d’une servitude privilégiée, de la capacité rare qu’a le rhapsode, le penseur ou le visionnaire d' »entendre ce que dit le langage ».

    Ce modèle « logocratique est ancien. Il semble qu’il ait été au centre de ce faisceau d’attitudes connu sous le nom d’orphisme ; mais c’est à notre époque qu’il a été formulé avec le plus d’intransigeance. Ce n’est pas « l’homme qui parle le langage » mais « le langage qui parle l’homme » ou, dans sa formulation la plus lapidaire : « la langue parle« .

    La pierre de touche de la position logocratique, notamment dans ses habits modernes, est le recours canonique à deux textes. Le premier est le Cratyle. Le logocrate souscrit soit intuitivement soit en vertu d’une réflexion aux mots et aux sens. Les mots ne sont pas les jetons arbitraires de Saussure. Ils désignent et donc définissent la quiddité des êtres. Le second est l’énigmatique fragment sur le logos auquel Diels a assigné le numéro un de son édition des fragments d’Héraclite.

    De ce gnômôn ont été proposées presque autant de traductions qu’il existe d’absolutistes du langage. Il semble parler de l’octroi du logos à l’homme, de la présence et du présent (presentness) dans le logos de « tout ce qui est là », mais aussi de l’incapacité dans laquelle se trouve l’ordre commun de l’humanité d’appréhender le logos dans sa plénitude de l’être. Seul l’homme rare est ouvert à cette appréhension. Il est éveillé. Les autres laissent le don du logos leur échapper comme dans un sommeil.
    Ce que Parménide dit de l' »être » et de l' »unicité » de l’être avec et dans le dire et le sens du sens. »
    p28 29 :  » Parce ce qu’elle est « pure », la « logocratie » heideggerienne va plus loin encore. L' »humanisme », au sens cartésien ou libéral, fausse de tout au tout la place authentique de l’homme dans la totalité de l’être. Il n’est pas au centre de cette totalité. Il n’est pas l’initiateur ni le possesseur du langage et du sens. C’est quand le « langage se parle à travers lui » que l’homme est au plus près de l’être véritable. Ce « contre humanisme », ou, à certains moments de sa vie et de sa pensée, cet « in humanisme », fait de Heidegger un autoritaire au sens le plus profond.
    (…)

    Dans cette note, je me suis efforcé d’indiquer certaines concordances nécessaires entre l’idée que le langage a une origine transcendante et recèle l’évidence plus ou moins manifeste du logos et la politique de l’autorité. Il se peut que l’argument ait des implications plus larges. Auquel cas, il pourrait n’être qu’une note en bas de page à la conclusion de William Hazlitt : « 

    le langage de la poésie rencontre naturellement le langage du pouvoir

    « .
    Bruxelles 1982 »
    (*note : p12 : « certaines écoles de linguistique « scientifique » commencent « trois secondes » après le big bang. procéder ainsi, c’est, dans les faits comme dans la logique, admettre une source de causalité « transcendante ».)

    je n’ai tapé que deux pages. à mon sens Steiner fustige le monisme transcendantale plus que le transcendantal lui même : sinon d’où parlerait il? (tjrs à mon avis) : d’un dualisme humaniste : prétendre accéder à la monade transcendantal (ce que font les sciences), c’est du shamanisme, alors qu’on peut disserter sur l’esprit ou la matière. mettre une égalité ou en nier un, c’est prétendre accéder à la monade transcendantal. je crois me souvenir qu’Aristote justement, bien qu’il favorise l’expérience, ne tranche pas, et laisse l’être à sa place… je vais relire un peu sa métaphysique 😉

    bien à vous

  84. A propos de « cette pensée merveilleuse que l’Homme est le moyen que la nature s’est donnée pour prendre conscience d’elle–même » : ce n’est pas merveilleux mais grandiose. La preuve, (une de plus), que la modestie ne fait pas recette et que l’homme se prend pour un sur-homme : « la nature » étant aussi bien l’univers lui-même, il en découle que l’homme serait la conscience de l’univers. Or, il se trouve qu’il y aurait, dans notre seule galaxie, au moins 40 milliards de planètes à peu près de la taille de la Terre, et il se trouve qu’il y a des milliards de galaxies dans l’univers, ce qui fait des milliards de milliards de terres en tout. Il y a donc de fortes chances pour que, à l’échelle de l’univers, la conscience soit un phénomène naturel aussi banal que répandu, et que l’espèce humaine ne soit dotée que d’une conscience totalement riquiqui et ridicule par rapport à d’autres.

    Deuxième point : et si la nature avait assigné à l’espèce humaine un autre destin que celui, trop flatteur à mon goût, d’en être la conscience, comme le saurions-nous ? Et si nous le savions, (ou l’imaginions), l’accepterions-nous avec la même docilité que les abeilles assument leur rôle d’insecte pollinisateur ? (Mais sans en avoir conscience.) Sachant que l’homme civilisé dispose en lui d’une répugnance viscérale pour « l’état de nature », il y a fort à parier que, quelque soit le rôle ou le destin que la nature lui ait réservé, il le refuserait. En conséquence de quoi, l’on voit mal comment et pourquoi l’homme accepte si promptement d’être « la conscience de la nature » : ne serait-ce pas un rôle inventé et taillé sur mesure par sa pseudo-conscience pour flatter son amour-propre, comme d’aucuns se flattent en croyant qu’un dieu infiniment bon les attend en son paradis ?

    1. vous n’avez pas lu jusqu’au bout cher crapaud
      « Aussi, quand je dis l’Homme, je pense également à toutes les espèces qui auraient pu atteindre ce niveau de surpassement de la nature telle qu’elle leur était offerte. »

      Je pense que la conscience est un phénomène thermodynamique, une étape de l’organisation de la matière, une étape possible (pour ne pas dire necessaire) après que l’univers se soit suffisament refroidi.
      Cela dit, je reste intrigué par le paradoxe de Fermi, si la conscience est banale dans l’univers, pourquoi rien ni personne n’a éssayé de nous contacter? pourquoi n’entendons nous rien qu’un glacial silence cosmique avec nos grandes oreilles radar?

    2. @Jck : « je pense également à toutes les espèces… » : ça, ce n’est que l’alibi. Bien que Paul s’efforce d’éviter l’écueil de l’anthropocentrisme, (voir ci-dessus ce dont on l’accuse…), son raisonnement est anthropocentrique. Si vous voyez en l’homme une espèce « comme les autres », (avec seulement un cerveau plus puissant), alors ses rapports à la nature ne peuvent être qu’analogues aux rapports des autres espèces avec la même nature. De sorte que le distinguo que Paul s’efforce d’établir pour la finance et l’économie ne peut pas tenir : individus et sociétés sont 100% dans leur état « naturel », et tout ce que nous faisons est « naturel », y compris les bombes atomiques. Ca peut paraître idiot comme conclusion, mais c’est aussi excitant à considérer que le fantasme « merveilleux » de Schelling, car cela nous invite à repenser ce que l’on appelle « la nature ». (Indépendamment de ce que l’on désigne par ailleurs sous le terme de « civilisation », voilà qui nous changerait.)

    3. @Crapaud

      J’ai entendu parler de pire que l’anthropocentrisme, Crapaud.
      Soi-disant qu’c’est une horreur. On appelle ça : l’anourocentrisme… Parait que le cri de ralliement de cette terrible secte serait « Quoi ! Quoi ! » ( Koa Koa en phonétique). Des échos de cette affaire sur les nénuphars, ou sous les nymphéas ?

    4. Pour la conscience, on peut aussi envisager un point de rupture, une singularité, comme il y a souvent en thermodynamique, l’eau devient liquide à 273.16° Kelvin. Elle ne devient pas liquide au fur et à mesure, entre 0 et 273°, ce n’est pas un processus continu, elles est solide à 273.15° et liquide à 273.16°.
      Quand vous dites que notre conscience est peut-être rikiki par raport à celle des ET, vous sous-entendez que c’est un processus continu, or rien n’indique que ce n’est pas un processus discret: on l’est ou on ne l’est pas.

      Enfin, vous confondez l’ anthropocentrisme, qui est un erreur, et le principe anthropique en science qui est profond. Ce principe est encore aujourd’hui au coeur des débats scientifiques et epistémologiques. http://en.wikipedia.org/wiki/Anthropic_principle

    5. @jck : vraiment pas d’accord. Ce billet est anthropocentrique parce qu’il choisit certaines caractéristiques attribuées à la nature pour justifier des conclusions qui ne peuvent concerner que l’espèce humaine. Ensuite, que j’imagine des espèces extra-terrestres plus intelligentes que nous ne présuppose aucun « processus continu », mais présuppose, je le concède, une échelle de comparaison. Enfin, je ne suis pas trop d’accord avec le principe anthropique, (que je ne confonds pas du tout avec l’anthropocentrisme), parce qu’il se fonde sur des connaissances très, très fragmentaires de la physique. (« fragmentaires » parce que la science n’arrête pas de changer d’opinion – cf. la Terre, exceptionnelle hier, à laquelle on découvre 40 milliards de cousines rien que dans notre galaxie.)

    6.  » Si vous voyez en l’homme une espèce comme les autres  »
      Je vois d’un coté l’homme et peut être des ETs intelligents, et de l’autre coté, tout le reste de la matière.
      Car pour moi tout est matière, et organisation de celle-ci (information). On ne peut pas faire moins anthropocentrique!
      Dès lors que la matière atteint un niveau d’organisation telle qu’elle peut agir sur elle-même consciemment, on a là un point de singularité, une ligne de démarcation. Donc je souscris assez à la phrase de Schelling.

      Le principe anthropique nous donne des information sur le type de théories qu’il faut essayer d’inventer, par exemple, il faut que les théories permettent les multivers. Il est donc en amont du théorique, plus métaphysique que physique.

  85. Monsieur Jorion

    Pour mon humble personne et quelques-uns des miens, le progrès a un avenir. Il loge dans un passé récent.
    Il a pour nom l’uranium dit appauvri qui a plu sur l’Irak lors de la Formidable Coalition Internationale en 1991 avec la multiplication des cancers et des malformations infantiles qui s’en est suivie.
    Il a pour substance également en dehors de la parenthèse qui a été une forme de génocide blanc, l’embargo qui a tué près d’un demi-million d’enfants, cette occupation qui a tué 1,5 millions d’Irakiens par bombardements directs et par un sociocide j’allais dire négligemment organisé. Pour aboutit à une fragmentation ethnique d’un peuple jusque là cohésif et autonomiser des régions à fort potentiel pétrolier.
    Ce jour, ce 28 décembre plus de 18 morts du fait de cette occupation, comme hier (50) et comme l’avant-veille. Le pape a parlé des chrétiens irakiens qui subissent un martyr immérité, mais depuis des décennies nous subissons des agressions dont la presse occidentale nous impute la responsabilité, car nous ne sommes vus que comme des T’erroristes.

    Notre avenir est là, clos ici, et votre progrès en est l’auteur.
    Je sais bien, au regard de l’humanité dans son ensemble, puisque les vitesses d’acquisition du ‘bien-être’ (dont il faudra soustraire l’obésité, le prozac, les accidentés de la route) global mises en rapport avec la ‘conscientisation’ de l’univers-monde, nos petites misères et notre disparition ne pèse pas lourd.
    Qu’importe Summer, l’écriture vous est acquise!

    Je sais aussi que des millions en Europe avaient dit leur refus de cette guerre entièrement économique et illégitime selon les standarts de l’homme Blanc Européen. Leur silence aujourd’hui pendant que nous sommes liquidés ne nous est même plus douloureux.
    C’est votre progrès mais je puis vous assurer que quelle que soit la manière dont il est appréhendé, il n’a pas d’avenir.
    Il a inclus, vous aimez bien les inclusions, j’ai bien lu votre vérité, la mort de cette civilisation dévastatrice. D’autres diront la mort de tout vivant. (?)
    Nous pour notre part, nous prions l’Un, ce qui peut sembler à certains une tautologie, et qui est pour nous une vérité à explorer et approfondir, qu’il nous préserve dans notre unicité.

    remerciements pour le contrôleur qui entr’ouvrira le check point pour ce petit filet d’une économique assaisonnée de cent ans d’or noir et apprêtée avec un masque de tribalisme primitif bien de chez nous.

  86. @ Paul Jorion

    Je partage tout à fait l’analyse présentée dans votre texte, que ce soit à propos du rôle particulier joué par l’espèce humaine, ou pour la nécessité de définir des règles du jeu économique.
    Il est frappant que l’humanité s’entende pour réguler les armes employées lors des guerres (interdiction des armes chimiques ou biologiques, etc…), mais qu’en matière économique, elle ne cesse de déréguler !

    Je partage également votre interrogation sur le « comment faire » pour enclencher le progrès dans cette régulation économique.
    Mes réflexions me ramènent toujours vers Voltaire : son génial et énigmatique « cultivons notre jardin » me semble proposer un programme complet :
    – pour le citoyen, qui est placé face à sa responsabilité personnelle, familiale, professionnelle et environnementale
    – pour le législateur (national ou international), qui veillera à ce que les règles permettent à chacun (individu, entreprise, état, …) puisse cultiver son jardin sans nuire à celui d’autrui.

    Appliquer ce principe « constitutionnel » à l’économie entrainerait évidemment l’interdiction des paris sur les fluctuations de prix (dont les « bénéfices » sont fatalement pris sur l’économie réelle, sans contrepartie). Je pense que cela permettrait également de déclarer illégaux les « hedge funds » . Autre avantage : la constitutionnalité de toute nouvelle pratique ou organisation financière pourrait être vérifiée à tout instant, ce qui éviterait les dérives délirantes du système financier (qui tente de se faire une virginité en s’auto-proclamant  »industrie financière », quelle blague !).

  87. « En permettant l’homme, la nature a commis beaucoup plus qu’une erreur de calcul : un attentat contre elle-même. »
    (Cioran)

  88. Salut à tous.
    L’espèce humaine est fantastique, et après le cosmos, elle est à mon sens ce qui représente le plus d’intérêt à mes yeux.
    Notre métamorphose d’animal en humain c’est produite d’une façon à ce point fulgurante, qu’il nous est impossible de faire autrement que reconnaître notre totale ignorance des plans de mère Nature sans paraître prétentieux. Je ne parle même pas de ceux qui s’ emploient à nous expliquer l’univers et son créateur…
    Nous n’avons pas même fait le tour de notre cerveau et sommes déjà susceptibles d’énoncer par qui, par quoi, comment et quand le grand théâtre de nos vies fut édifié !
    Le primate toujours satisfait de son seul arbre après 70 millions d’années d »évolution, est pourtant censé être celui qui nous ressemble le plus !?!
    En seulement 500 mille ans ( 139 fois moins ! ), le codage de notre génome nous conduit sur la lune, équipés d’une technologie que nous ne prêtions qu’aux Dieux voici à peine 200 ans et que certains peuples n’ont même pas encore eu le temps d’éprouver au regard de la vitesse avec laquelle se sont accomplis les changements.
    L’écriture n’existe que depuis 8000 ans et cette science n’est accessible de nos jours que par la moitié d’entre nous… Notre histoire est toute dans cette mémoire finalement vierge puisque sur les 492 mille ans qui ont précédés, seules quelques scènes de chasses dessinées dans des grottes orientées selon les étoiles, nous sont parvenues en nous laissant le loisir d’écrire la suite.
    Les actes de guerres et les principes religieux ont été les dogmes les plus transcris car ils permettaient la soumission des peuples par les érudits. Ce n’est à peine que depuis 2 petits millénaires, qu’un nombre limité d’ Hommes correspondent entre eux de façon raisonnable et intelligente. Cela ne signifie pas encore: sans peur. Mais pour la première fois, la moitié de l’humanité communique et donc s’amadoue grâce au NET ( prothèse d’apprentissage pour notre future télépathie ) .
    Mais, plus inouïe encore, l’exigence morale que nous impose notre état. Verrons-nous jamais un carnivore ambitionner de devenir végétarien pour élever son âme ?
    Eccles, après une vie consacré à l’étude de notre cerveau, a constaté que les régions qui concernent la peur et la violence régressent au profit de celles concernant la tendresse et la communication et, bien que de son œuvre se soit à mon sens le seul point pertinent, il n’en demeure pas moins un fondement idéal pour envisager notre devenir avec optimisme. La moyenne de durée de vie d’une espèce su terre est de 18 millions d’années . La moyenne ! Et nous avons l’air d’être parmi les espèces les plus adaptées aux changements. 36 fois plus de temps que nous n’en avons utilisé nous laisse une marge de progression prometteuse. Surtout que nous venons tout juste d’apprendre à lire…
    Rien de ce qui nous est connu n’a en effet évolué avec autant de rapidité, et nos désordres actuels ne sont qu’une étape qui nous offre d’apprivoiser mieux encore les peurs primaires qui ont servies au vivant durant 500 millions d’années pour pérenniser ( dont nous avons du mal à renoncer vu qu’elles peuvent nous resservir lors des grands cataclysmes qui émailleront encore notre histoire ).
    Pendant tout ce temps il a été malvenue de livrer ses intentions ou de dépareiller du groupe sous peine de se faire dévorer où de ne plus être assez discret pour chasser et se nourrir. Difficile en 500 mille ans seulement de se défaire de ces réflexes et de se sentir grandi plutôt que désarmé en avouant son amour ! L’amour devient l’outil cardinal de l’apaisement, et comme des apprentis nous le subissons plus que n’en bénéficions, mais ca change vite !
    XX ième siècle , nos armes nouvelles et nos intentions belliqueuses engendrent ( entre guerres, révolutions, camps russes et chinois compris ) environ 130 000 millions de morts ! Nous sommes des barbares en progrès qui se sont calmés car entre le XVI ième et XVII ième siècle, avec la bénédiction de l’église, à l’épée, la hache et la grippe, « quelques » européens ont rayé du globe 180 millions d’indiens d’Amérique du sud et du nord, sans que cela ne nous inspire le plus humble mausolée !
    Le vertige qui s’empare de nous à l’observation des étoiles, la brièveté assurée de nos existences, ajoutés à notre ignorance, instillent dans nos cœurs une angoisse bien naturelle !
    Le confort matériel que certains humains sont parvenus à acquérir au cours du dernier siècle, était à ce point inespéré pour les 100 milliards environ qui nous ont précédé, qu’il ne faut pas attendre ; qu’ILS aient à cœur de le diluer dans la masse par bonté.
    Durant des centaines de milliers d’années aucun roi n’a pu prétendre à autant de confort que n’en possède l’européen moyen de l’ouest d’aujourd’hui. La plupart des puissants ont vendu corps et âmes pour l’obtenir, ( j’entends par là le simple fait d’accepter de s’enrichir outrancièrement dans un monde où des enfants sont mangés par les mouches et perdre ainsi tout respect de soi ) et comprendre que nous ne pouvons accéder aux bienfaits de l’existence qu’en aidant assez les autres à avoir ce qu’ils désirent, est une pensée séduisante à laquelle nos actes ne sont pas encore en mesure de coller. Car dans un monde souffreteux, le plus nanti est toujours borgne et ne peux pleinement jouir des trésors de la vie. Son malheur est qu’il est le premier à en être instruit, et au lieu de l’outiller pour mieux se construire, la plupart du temps il se lance à corps perdu dans la tâche qui consiste à veiller que les autres soient et restent aveugles…
    Le vrai luxe pour l’Homme est d’apaiser son angoisse. Cet apaisement s’obtient de manière différente en fonction du degré de peur de l’individu. Plus les peurs sont grandes, plus la nécessite de contrôler est importante et les moyens d’y parvenir peuvent être sans limite comme peut l’être leur peur. Généralement, se sont des états pathologiques difficiles à maîtriser en 80 ans, au regard des dogmes qui nous servent de socles encore actuellement.
    La réécriture de nos finalités s’accélère, et chaque génération nous livre un nouveau modèle de notre code génétique dont il convient d’ observer attentivement l’évolution car il est porteur des germes de la grandeur.
    Notre épopée débute et jamais nous n’avons possédé d’autant d’outils pour nous découvrir et nous entraider.
    C’est la première tâche qui nous incombe et elle ne se limite pas à écraser du pieds la chenille par urticante, car sa transformation en splendide papillon va être un émerveillement !
    C’est la vision qui me permet au mieux d’accepter de jouer le jeu et de m’accrocher à la vie de toutes mes forces malgré les tourments qu’elle induit. Si mon constat de l’espèce dont je fais partie se limitait à me voir en parasite, ça fait longtemps que je serais allé faire un tour ailleurs,
    curieux…
    Nous nous sommes recherchés, entretués, aujourd’hui nous nous ignorons, demain nous nous entendrons puis nous nous écouterons nous comprendrons et nous aimerons, car c’est un monde en paix pour nos enfants et nos semblables qui est le véritable rêve de TOUS !
    Jusqu’au XVIIII ième siècle, 3 enfants sur 4 mourraient avant 1 an ! Nous avons donc amélioré les soins… si bien que…
    Il y a 2 siècle, nous parvenions à être 1 milliard d’humains sur terre après 500 mille ans d’évolution.
    200 ans plus tard nous approchons les 7 milliards. Personne ne sait gérer cette démographie et la pagaille qui en découle réveille notre animalité et notre instinct qui nous dit que si ça continue ainsi,
    nous allons manquer de « tout ». Certes la terre peut subvenir à 30 milliards d’individus vivant comme les paysans du Bengladesh et de la place il y en a puisque à 4 par M² l’humanité entre dans un rectangle de 100×170 km de coté. A 30 milliards nous pouvons encore tenir mais en faisant 3 ou 4 enfants par couple, l’équation va devenir complexe sans une autre planète ou une réduction importante de nos tailles ! Nous ne pourrons nous payer le luxe de passer au travers d’un contrôle des naissances qui j’espère ne sera pas infecté d’eugénisme mais plutôt imprégné du bon sens commun. Il ne s’agit pas de tuer mais plutôt d’étaler nos naissances dans le temps pour nous laisser le temps de préparer un monde accueillant pour les futures générations afin qu’elles profitent des bienfaits de la vie plutôt que ne la souffrent. Ça nous laisserait le temps de mettre au diapason nos actes et nos nobles pensées, et d’harmoniser la joie de vivre.
    Les enfants des puissants ne se contenteront plus d’un bonheur congru, amputé de ce qu’ils peuvent éprouver de mieux : un amour légitime empreint du respect du vivant .

    A tous, bon toujours.

  89. Cette page de M. Jorion est assez belle pour que je m’essaie à la réfuter avec un peu d’effort. Je reviendrai ici ce demain jeudi.

  90. Gagner énormément d’argent est louable et ne devrait pas être remis en question. L’argent est censé être l’aune qui mesure le service rendu à la communauté.
    En revanche, nous devrions orienter nos efforts pour s’assurer du fait que l’argent acquis doit servir à bon escient en s’instruisant du fait que le plus grand plaisir reste celui de l’aide que nous pouvons contribuer à apporter aux Hommes. Qu’aucune action n’augmente notre stature personnelle dés lors qu’elle découle de l’abus d’autrui.
    Capitalisme, socialisme et autres politiques ont toutes des qualités et des défauts qui peuvent nous aider à tirer de nouveaux plans, mais sans y intégrer la notion d’une entraide salvatrice, nous retardons encore l’évolution de notre humanité.

  91. @ P. Jorion

    La première impression qu’on a en lisant votre texte c’est qu’il date. Il aurait pu être écrit il y a 100-150 ans. C’est un texte qui sent le XIXe siècle à pleins poumons. Un texte avec une idée étonnement primitive, simpliste, rudimentaire, de la spiritualité – qui rappelle celles, tout aussi binaires et naïves, de Marx, Nietzsche ou Freud.

    « En faisant intervenir dans nos explications des dieux créateurs du monde et des anges secourables… »

    « les frayeurs qui avaient conduit l’Homme à croire aux dieux ont perdu petit à petit de leur urgence et finiront par s’effacer ».

    « nous ne pouvons nous empêcher de comparer le pouvoir qui est devenu le nôtre à celui que nous avions attribué autrefois aux êtres surnaturels que nous avions imaginés ».

    « La plupart des systèmes de croyance traditionnels […] doivent couronner leurs chaînes explicatives par un « primus movens », un dieu introduit à un niveau arbitraire de la chaîne et censé rendre compte en dernière instance d’une famille de phénomènes liés entre eux pour des raisons essentiellement affectives. »

    Comment pouvez-vous réduire la spiritualité du Vedanta, des religions grecques et chinoises, du judaïsme, du bouddhisme, du christianisme, du shintoïsme, du soufisme (sans parler de tous les ésotérismes) à ce genre de phrases? Comment pouvez-vous faire abstraction des idées et des expériences intimes dans ce domaine de Platon, Pythagore, Aristote, Plotin, Denys l’Aréopagite, Rumi, Eckhart, Dante, Michel Ange, Cervantes, St. Jean de la Croix, Shakespeare, Pascal, Rembrandt, Bach, Newton, Goethe, Mozart, Novalis, Holderlin, Beethoven, Baudelaire, Bruckner, Dostoievski, Yeats, Tolstoi, Pessoa, Wittgenstein ou Jung, entre des milliers d’autres grands esprits ou grands créateurs de toutes les époques et toutes les civilisations?

    On sent que vos connaissances dans le domaine de la spiritualité et des religions sont de deuxième ou troisième main. D’où une erreur de taille dans votre texte: « La pensée chinoise traditionnelle (essentiellement athée) »… Avez-vous lu vraiment Lao Zi, Zhuang Zi, Lie Zi, Mozi, Confucius, Huineng, sans oublier le Yi-king et ses principaux commentateurs? Même si les Chinois ne croient pas en un dieu avec une longue barbe et un triangle sur la tête qui a tout crée d’un coup de baguette magique, toute leur pensée reconnaît des forces spirituelles supérieures à l’homme qui le dépassent et un Au-delà qui ne fait aucun doute (entre beaucoup d’autres « croyances » fondamentales). Et cela pour une raison très simple: les Chinois sont pragmatiques et donc ils ne nient pas leurs propres expériences dans ce domaine.

    « La solution de l’énigme de la vie dans l’espace et le temps se trouve hors de l’espace et du temps. »
    (Wittgenstein)

    (J’écris ceci en écoutant sur France Musique une 9e de Bruckner dirigée par R.Norrington en juillet dernier à Stuttgart, symphonie dédiée à… Dieu. Le jour où un athée sera capable d’écrire une cathédrale sonore aussi prodigieuse, le jour où il y aura un Bach athée, la foi des athées en leurs propres croyances me paraîtra sans doute moins illogique).

    Étrange synchronicité: cherchant une version sur Youtube, je découvre celle donnée par Myung-Whun Chung salle Pleyel en décembre 2009… où je me vois – assis au 2e rang derrière l’orchestre !

    http://www.youtube.com/watch?v=A_4V4HlSrCw&feature=related

    Une autre version du début de la symphonie qui n’était pas non plus sur Youtube il y a peu de temps (d’un autre niveau que la précédente – voir le fabuleux premier tutti vers 2′ -, dirigée par le très grand chef brucknerien E.Jochum) :

    http://www.youtube.com/watch?v=9fUgwHPso3E

    1. Beethoven

      Beethoven ? Il me semblait pourtant qu’il était celui qui avait souverainement accordé au bon dieu des congés éternels, mais bon…

      Pablo, tu confirmes – presque élégamment – la pensée des américains dont une étude de l’université du Minnesota, parue en 2006, faisait apparaître que pour une majorité d’entre ceux-ci les athées sont la « communauté » qui inspire la plus grande méfiance, devant les musulmans ou les homosexuels…

      Et tu connais sûrement l’histoire de Rafael Schächter, compositeur, chef d’orchestre et pianiste tchécoslovaque d’origine juive et athée qui fit donner 15 fois le requiem de Verdi en formant 200 choristes dans le camp de Terezin, antichambre d’Auschwitz, histoire dont Josef Bor (lui même interné à Terezin à la suite de l’attentat contre Heydrich)) fit un beau bouquin, le Requiem de Terezin :

      Après de longues réflexions, il avait préféré le Requiem de Verdi à toute autre œuvre. Cette musique italienne, composée sur un texte latin, inspirée par des prières catholiques, serait interprétée par des chanteurs juifs, des musiciens de toutes les nationalités, venant de Bohême, d’Autriche, d’Allemagne, de Hollande et du Danemark, certains même de Pologne et de Hongrie ; l’exécution de ce Requiem dans un ghetto serait dirigée par un chef d’orchestre athée : l’idée lui sembla magnifique.

      Comme le vieux mendiant du camp (probablement Kurt Otto Singer, l’ancien intendant de l’opéra Kroll de Berlin) fait remarquer à Raphaël Schächter :

      Comment voulez-vous donc qu’un juif comprenne le Requiem, quand bien même il souhaiterait imaginer le royaume de Satan, alors qu’il n’a jamais eu peur de l’enfer et n’a jamais pu y croire. » Ce à quoi Schächter répond en lui-même : « Un juif qui se débat entre les griffes des nazis connaît déjà ici-bas le royaume des ombres dans toute son horreur.

    2. @ Vigneron

      « Beethoven ? Il me semblait pourtant qu’il était celui qui avait souverainement accordé au bon dieu des congés éternels »

      Il faudrait quand même que tu arrêtes avec ta manie de parler avant de t’informer (sur Beethoven, lis le pavé de 850 pages de Jean et Brigitte Massin chez Fayard):

      « Tout ce que créa Dieu était pur et sans tache. Aveuglé par la passion, j’ai sombré dans le mal ».
      (Beethoven. Carnets)

      « Après avoir longuement expié et m’être purifié je suis revenu à la source originelle, pure, noble, à la Divinité et à mon art ».
      (Id)

      « Ici-bas, le fait seul est évident, le pourquoi sera révélé au jour suprême de la Résurrection ».
      (Id)

      À part ça:

      « Au printemps de 1818 lui vient l’idée d’une grande œuvre religieuse qu’il envisage d’abord comme une messe d’intronisation pour l’archiduc Rodolphe, qui doit être élevé au rang d’archevêque d’Olmütz quelques mois plus tard. Mais la colossale « Missa Solemnis en ré majeur » réclame au musicien quatre années de travail opiniâtre (1818-1822) et la messe n’est remise à son dédicataire qu’en 1823. Beethoven étudie longuement les messes de Bach et Le Messie de Haendel durant la composition de la Missa Solemnis qu’il déclarera à plusieurs reprises être « sa meilleure œuvre, son plus grand ouvrage. » (Wikipedia)

      Oui, tu as bien lu: la Missa Solemnis, les messes de Bach, le Messie de Haendel… De l’athéisme pur et dur.

    3. @ Piotr

      Oui, on peut fabriquer de la musique sacrée en étant athée. Mais de la grande musique? Vous en connaissez des cas? Moi pas. Le plus grand compositeur vivant de musique sacrée est aujourd’hui Arvo Part, un mystique…

    4. Un texte avec une idée étonnement primitive, simpliste, rudimentaire, de la spiritualité – qui rappelle celles, tout aussi binaires et naïves, de Marx, Nietzsche ou Freud.

      Comment se permettre de juger de la spiritualité de Paul ou la mienne ?
      Il faudrait beaucoup, beaucoup d’intimité, qui n’existe pas, manifestement.
      Pourquoi ce sectarisme?
      Pourquoi avoir besoin de jouer au décompte de qui en a le plus en inventaire:
      hommes célèbres croyants d’un côté et hommes célèbres incroyants de l’autre…
      A ce jeu ridicule, c’est évidemment Pablo qui perdrait au fil des siècles passés.
      Mais soyons bon prince, et laissons le jouer tout seul…

      Pourquoi amputer l’être humain en ne lui reconnaissant pas le droit à la poésie
      et à la spiritualité au delà de la croyance en un grand architecte?

      Chez moi, la spiritualité et la jouissance poétique a commencé avec la fin de la croyance religieuse…
      Je n’y peux rien.
      Je ne suis pas croyant et n’ai pas plus besoin de nier l’existence de Dieu que celle des anges, des sirènes, des fantômes, et petits hommes verts…
      « La religion est le soupir de la créature opprimée, l’âme d’un monde sans coeur, comme elle est l’esprit des conditions sociales d’où l’esprit est exclu. Elle est l’opium du peuple. »
      (Karl Marx / 1818-1883 / avec Engels, Critique de « La philosophie du droit » de Hegel, 1844)

      Petit commentaire de texte:
      « À un enfant qui meurt, et aux parents de cet enfant, ferez-vous, si la religion les console, l’éloge de l’athéisme ? Qu’on ne se méprenne pas : cela, à mon sens, ne prouve rien contre l’athéisme et beaucoup contre la religion. « L’âme d’un monde sans âme, disait Marx, l’esprit d’un monde sans esprit… » C’est la misère qui fait la religion, et c’est pourquoi celle-ci est misérable. Qui interdirait l’opium au mourant ? Et que sommes-nous d’autres, hors l’oubli ou le divertissement, que des mourants ? »
      (André Comte-Sponville / né en 1952 / Une éducation philosophique / 1989)

    5. @ Pablo
      « Parole de mystique ou de religieux ? »
      À cette question à laquelle je renvoyais il y a une quinzaine le statut de votre parole, j’ai finalement, à vous lire depuis, trouvé une réponse : parole de religieux qui s’ignore, qui n’atteint pas au mystique mais en reste fasciné. Un mystique intervient avec discrétion pas à discrétion : cf. votre pente à proposer votre « savoir » sur le défaut supposé de l’autre. Voir la blague du Rabbin : « j’ai les réponses, vous avez des questions ? ». Comme il y a des partageux sur ce blog, je partage mon opinion. Charles A. trouvera que c’est encore se permettre de juger de vous caser ainsi. Il aura raison.

    6. @ Charles A.

      Déjà il faudrait d’abord que vous appreniez à lire, c’est-à-dire à comprendre un texte, ce que visiblement vous avez du mal à faire. Démonstration.

      « Comment se permettre de juger de la spiritualité de Paul ou la mienne? »

      De la vôtre?? Mais qui a parlé de vous? Mais vous croyez vraiment que ça intéresse quelqu’un sur ce blog votre spiritualité? Et c’est quoi cette façon d’entrer par infraction dans le champ de la caméra sans qu’on vous ait sonné, de sauter comme les gosses avec les bras ouverts derrière la personne à qui on parle pour montrer qu’on existe?

      Quant à la spiritualité de P.J., qui la juge? Je juge son jugement sur la spiritualité de l’être humain, en donnant 4 exemples de son texte. Mais avez-vous compris son texte? Vu comment avez-vous lu le mien j’en doute fort.

      « Pourquoi ce sectarisme? »
      Là on a la confirmation que vous comprenez à l’envers ce que vous lisez, puisque si sectarisme il y a (ce dont je ne suis pas sûr) il est plus dans le camp de ceux qui parlent « d’anges secourables », « d’êtres surnaturels que nous avions imaginés » ou des dieux introduits « à un niveau arbitraire de la chaîne » que dans celui qui dit aux athées militants de regarder l’histoire des religions, de lire les mystiques ou de penser aux exemples des grands personnages.

      « Pourquoi avoir besoin de jouer au décompte de qui en a le plus en inventaire: hommes célèbres croyants d’un côté et hommes célèbres incroyants de l’autre. »

      Voilà encore une preuve que vous n’avez rien compris à ce que j’ai écrit. Mais qui fait l’inventaire? Je dis que si des grands esprits n’ont pas été des athées c’est que les croyances spirituelles méritent plus que quelques arguments simplistes contre elles. Où est le décompte – surtout celui « d’hommes célèbres incroyants »?

      « Pourquoi amputer l’être humain en ne lui reconnaissant pas le droit à la poésie et à la spiritualité au delà de la croyance en un grand architecte? »

      Mais vous avez un grave problème de logique, vous (et encore je suis gentil). Parce qu’on dit que tous les grands poètes ont été croyants on nie « le droit à la poésie » des athées? Mais c’est quoi ce délire?

      « Mais soyons bon prince, et laissons le jouer tout seul. »
      Mais où est le jeu là-dedans? Non seulement vous ne savez pas lire mais en plus vous avez des visions étranges en lisant. Je ne veux pas vous inquiéter, mais je vous assure que voir des doubles décomptes et des jeux qui n’existent pas ce n’est pas très normal.

      « Chez moi, la spiritualité et la jouissance poétique a commencé [sic] avec la fin de la croyance religieuse. »

      Passons déjà sur la distinction entre religion et spiritualité, puisqu’on ne sait pas très bien de quoi vous parlez en écrivant « croyance religieuse », mais imaginons que vous voulez parler de foi en l’Au-delà tout simplement. Donc, si vous nous parlez de votre cas j’imagine que c’est par générosité, pour nous indiquer la marche à suivre. Si je comprends bien, il faut que tous les croyants arrêtent de croire sur le champ pour pouvoir « jouir poétiquement ». C’est vraiment gentil à vous de nous donner un tuyau de ce calibre. Vous en auriez d’autres du même genre pour qu’on puisse « jouir prosaïquement »?

      Mais ce n’est pas fini. Parce que si on suit jusqu’au bout votre logique de 3e ou 4e type selon laquelle il faut arrêter de croire pour jouir de la poésie, cela veut dire que Rumi, Dante, St. Jean de la Croix, Shakespeare, Novalis, Holderlin, Baudelaire, Yeats ou Pessoa étaient des poètes frigides, puisque croyants. C’est ça, ou votre façon de raisonner est trop subtile pour mon pauvre petit cerveau de croyant en quelque chose de supérieur à l’être humain?

      Pour finir, dans votre générosité infinie, vous nous donnez une citation de Marx que personne n’a jamais lue (« La religion […] est l’opium du peuple ») et qui montre bien l’idée extraordinairement complexe que ce grand économiste se faisait de la spiritualité humaine depuis 4 000-5 000 ans. Et comme elle est tellement difficile à comprendre, étant donné surtout son caractère inédit, vous nous offrez un « petit commentaire de texte » de l’autre grand génie vivant de la philosophie française (le premier étant, bien sûr, BHL), ce penseur révolutionnaire sorti de l’ENS de la rue d’Ulm et membre du Comité consultatif national d’éthique, ce Victor Cousin de la trivialité la plus niaise, idole des bourgeoises de province tourmentées par les questions d’adolescent attardé qu’il se pose sans cesse (« Comment vivre?, Comment être heureux ?, La vie a-t-elle un sens?, Comment trouver la sagesse sans se soumettre aux religions?, Comment être libre?, La vertu est-elle encore possible?, Jusqu’où va la tolérance? » et surtout Comment avoir des substantiels droits d’auteur en écrivant des réponses triviales à des questions du Bac philo), ce commentateur des commentateurs des philosophes qui n’a jamais eu une seule idée à lui tout seul, qui est Comte-Sponville: « C’est la misère qui fait la religion, et c’est pourquoi celle-ci est misérable ».

      Merci, Charles.

      Et pardonnez-moi si j’abuse de votre gentillesse en vous demandant pour finir une petite faveur: oubliez-moi sur ce blog, ne lisez pas mes commentaires et surtout n’y répondez pas. Je vous assure que c’est vraiment pas la peine.

      @ Rosebud1871

      « Un mystique intervient avec discrétion pas à discrétion ».

      Mais qui s’est pris pour un mystique? Depuis quand les mystiques se promènent sur des blogs en répondant aux objections des gens qui ne savent pas lire, comme Charles A. ou vous? Vous ne savez pas faire la différence entre un lecteur des mystiques et un mystique? Ou vous, quand vous les lisez, vous lévitez et vous croyez que tout le monde fait pareil?

      La vieille technique de l’Inquisition (modernisé par les stalinistes) qui consiste à répondre à des choses que l’autre n’a jamais dites ou même à des choses exactement contraires à celles qu’il a dites, ne marche pas avec moi. Si vous lisez ce qu’il y a dans votre tête au lieu de lire ce qu’il y a sur l’écran, ou si vous comprenez de travers, ce n’est pas de ma faute: achetez-vous un écran meilleur, changez des lunettes ou rincez-vous les neurones de temps en temps.

    7. Pablo disait du texte de Paul Jorion qu’il contenait « une idée étonnement primitive, simpliste, rudimentaire, de la spiritualité – qui rappelle celles, tout aussi binaires et naïves, de Marx, Nietzsche ou Freud. »
      J’ai demandé comment l’ont pouvait juger ainsi de la spiritualité de Paul ou de tout autre, la mienne par exemple, qui se fonde sur autre chose.
      Merci pour la bile polémique sans importance, c’est une réponse…

    8. @ Charles A.

      « J’ai demandé comment l’ont pouvait juger ainsi de la spiritualité de Paul ou de tout autre, la mienne par exemple, qui se fonde sur autre chose. »

      Mais non, vous avez demandé: « Comment se permettre de juger de la spiritualité de Paul ou la mienne ? »

      Vous avez un vrai problème de lecture, vous. Ou alors de traduction mentale, puisque pour vous « de Paul ou la mienne » signifie « de Paul ou de tout autre, la mienne par exemple, qui se fonde sur autre chose ».

      Si à chaque fois que vous écrivez 5 mots il faut en lire 16, dont 11 invisibles, on est mal barrés ici avec vos messages…

      P.S. Si on « déploie » votre phrase « Merci pour la bile polémique », on trouve quoi à lire?

    9. J’avais oublié un trait du message de Pablo (St Paul vu le ton de père fouettard…)
      Après avoir jugé les idées de Paul Jorion de simpliste, voilà ce qu’il rajoute:
      si sectarisme il y a (ce dont je ne suis pas sûr) il est plus dans le camp de ceux qui parlent « d’anges secourables », « d’êtres surnaturels que nous avions imaginés » ou des dieux introduits « à un niveau arbitraire de la chaîne ».
      Interdit de plaisanter sur les anges…
      Puis une bordée d’attaques personnelles, provocations toute aussi impuissantes que les arguments, mai qui ont le mérite d’informer sur leur auteur.
      Heureusement que nos ancêtres ont descendus de leurs trônes le Roi de droit divin et ses ecclésiastiques…

    10. @ Charles A.

      Vous avez toujours de problèmes de lecture, vous. Dans la phrase « si sectarisme il y a (ce dont je ne suis pas sûr) » vous lisez « interdit de plaisanter ». Pour vous le doute « (ce dont je ne suis pas sûr) » équivaut à la certitude qui interdit.

      Vous avez une logique très étonnante (en plus d’un sens de l’humour ravageur: « message de Pablo (St Paul vu le ton…).. Non seulement vos phrases veulent dire beaucoup plus de choses que ce qu’elles disent (voir ma réponse antérieure) mais en plus vous traduisez, par je ne sais pas quelle magie, les doutes écrits en certitudes lues.

      À propos de ton: vous trouvez le mien « de père fouettard », moi je trouve le vôtre légèrement stalinien (PCF années 50-60). Je me trompe si s’imagine que vous aimiez bien « le petit père des peuples » au moins dans votre jeunesse?

    11. Parce que Paul ne fait pas de génuflexion devant les superstitions religieuses,
      pire relate les progrès de l’esprit humain face aux croyances religieuses,
      Pablo l’accuse d’avoir ‘une idée étonnement primitive, simpliste, rudimentaire, de la spiritualité ! »

      Notre inquisiteur se permet même de ranger Paul dans le camp du sectarisme
      pour ses allusions à la sainte doctrine sur les anges.

      Et voilà qu’en défendant le texte de Paul Jorion, on se fait insulter, y compris de stalinien.
      Comme d’habitude, l’insulte informe sur son auteur…
      Décidément, je préfère la spiritualité de Paul,
      et celle que je partage avec tous les esprits ouverts et non prosélytes.

    12. @Pablo 30 décembre 2010 à 01:18

      « répondre à des choses que l’autre n’a jamais dites ou même à des choses exactement contraires à celles qu’il a dites »

      Ah bon vous avez des garanties, sur ce que l’autre dit et bien entendu sur ce que vous dites…Quelle compagnie vous assure ?
      Ça doit être dans le cadre de votre franchise que sincère votre interrogation à Charles A :

      Si on « déploie » votre phrase « Merci pour la bile polémique », on trouve quoi à lire?

      Je vous offre une lecture à défaut d’une assurance tous risques :

      Merci pour l’habile Paul et Mike

      Des classiques du blog.

    13. @ Charles A.

      Toujours les mêmes problèmes de lecture, qui deviennent graves:

      J’écris: « si sectarisme il y a (ce dont je ne suis pas sûr) ».
      Vous traduisez: « Notre inquisiteur se permet même de ranger Paul dans le camp du sectarisme ».

      J’écris: « Je me trompe si j’imagine que vous aimiez bien « le petit père des peuples » au moins dans votre jeunesse? » (donc, il s’agit d’une question à laquelle il suffit de répondre « non » si ce n’est pas le cas).
      Vous traduisez: « Et voilà qu’en défendant le texte de Paul Jorion, on se fait insulter, y compris de stalinien. »

      À part ça, ne vous inquiétez pas, vos efforts pour aller au Paradis seront récompensés, vous l’aurez bien mérité (Luc 23:42-43).

      Pour le reste, vous commencez à me fatiguer sérieusement avec vos problèmes de lecture, de logique, d’égocentrisme (« se permettre de juger de la spiritualité de Paul ou la mienne ») et maintenant de paranoïa (« on se fait insulter »). Hier, après avoir parlé de votre idole Comte-Sponville, je vous avais demandé de m’oublier, de ne pas lire mes commentaires, de m’éviter ici. Je vous le redemande, Charles.

      Merci d’avance.

      (Ou alors répondez comme Rosebud1871 de façon totalement incompréhensible et avec un humour bien à lui qui ne donne aucune envie de lui répondre, et comme ça vous m’éviterez de perdre encore du temps à vous faire remarquer pour la 5e fois que vous avez des gros problèmes de lecture).

  92. « Lorsque l’Homme aura réussi dans cette tâche, il sera devenu le moyen que la nature s’est donnée de créer le Dieu qui lui fit jusqu’ici tant défaut. »
    Premier selon l’être, dernier selon la génération (Aristote, Métaphysique).

    1. Je suppose qu’il faut prendre ce dernier renversement ,comme une conclusion humoristique.
      Dieu n’existe pas ,inventons le.
      Une sorte de retour à la case départ.

    2. Là où il y a des hommes, il y a des dieux, des ancêtres, des esprits, des sorcières et des démons. D’un bout à l’autre de la terre, du bocage normand à la brousse africaine, des hauteurs de l’Himalaya aux confins du Pacifique, on retrouve le même cortège bigarré de croyances et de pratiques dont la finalité et la cause restent somme toute obscures. Car, au fond, s’il y a partout de la religion, sait-on pourquoi il en est ainsi?

      Tiré du 4ème de couverture de « Et l’homme créa les dieux  » de Pascal Boyer.

    3. Dieu comme marchepied. (Attention les déistes, j’ai pas dit paillasson ! Je vous laisse grande échelle, si vous y tenez…)

    4. « Et l’empreinte de son chant est restée sans paroles ».

      L’ Ange

      Dans les cieux aux heures de minuit, un ange planait
      Et il chantait un chant doux.
      Et la lune, et les étoiles, et les nuages en foule
      écoutaient la chanson divine.

      Il chantait les extases des esprits immortels
      À l’ombre des jardins du paradis…
      Il chantait le Grand Dieu ; et sa louange
      N’était pas feinte.

      Dans son étreinte il portait une âme jeune
      Au monde de tristesse et de pleurs,
      Et l’empreinte de son chant est restée sans paroles
      Dans l’âme jeune ! mais vivante.

      Longtemps dans ce monde elle languit.
      En proie au désir merveilleux.
      Et les chansons ennuyeuses de la terre
      Ne purent remplacer les sons célestes.

      Mikhail LERMONTOV (1831)

    5. Par le nom de Dieu j’entends une substance infinie, éternelle, immuable, indépendante, toute connaissante, toute-puissante, et par laquelle moi-même et toutes les autres choses qui sont (…) ont été créées et produites. Or ces avantages sont si grands et si éminents, que plus attentivement je les considère, et moins je me persuade que l’idée que j’en ai puisse tirer son origine de moi seul. Et par conséquent, il faut nécessairement conclure de tout ce que j’ai dit auparavant, que Dieu existe.
      Car encore que l’idée de la substance soit en moi de cela même que je suis une substance, je n’aurais pas néanmoins l’idée d’une substance infinie, moi qui suis un être fini, si elle n’avait été mise en moi par quelque substance qui fût véritablement infinie.
      (René DescartesMéditation métaphysique, troisième)

    6. @ Ando

      Je donne toute l’oeuvre de Husserl, Heidegger, Sartre et autres Levinas pour ce seul vers de Lermontov (poète mort à 26 ans): « et l’empreinte de son chant est restée sans paroles ».

      Comme en espagnol je donne toute l’histoire de la philosophie ibérique plus celle de sa théologie pour un seul vers, peut-être le plus beau de la littérature espagnole (hendécasyllabe au son parfait – accent en 6e syllabe – et au sens inépuisable) écrit par J.E.Cirlot (1916-1973), poète féru de mystique et d’ésotérisme: « sólo lo que es eterno está en la vida » (seul ce qui est éternel se trouve dans la vie).

  93. « L’Homme a découvert par l’expérimentation que les êtres vivants sont déterminés dans leur anatomie et leur physiologie par un code inscrit au coeur de la cellule. »

    C’est sans aucun doute la pensée dominante. Mais pas universelle.

    « Le rôle du génome apparait finalement comme un dépôt « culturel » des modes de fabrication des substances nécessaires à la morphogénèse. Il n’est peut-être guère plus nécessaire à l’embryogénèse que ne l’est la consultation des livres de cuisine aux réalisations gastronomiques d’un grand chef (ou en tout cas guère plus que l’ensemble de ses fournisseurs…). » René Thom.

  94. Lisant ,M.Jorion j’ai pensé un certain temps qu’il était agnostique d’essence chrétienne.Non seulement il est athée,mais son athéisme est quasi-militant.Là je suis un peu étonné.De même que je n’ai pas compris son aversion pour les joggeuses à queue de cheval…
    Il faudrait vérifier si par hasard ce genre d’aversion n’est pas le plus souvent couplé à l’athéisme.
    Personnellement je n’ai pas ce genre de problème et il se trouve que je suis agnostique.
    On avance.

    1. @ Piotr

      LOL !

      Moi aussi j’ai cru que P.J. était agnostique et ouvert à la spiritualité. Mais il est peut-être trop philosophe pour ça, il croit trop aux mots, aux concepts, aux idées…

    2. l’amour a des raisons que la raison ignore.

      Oooh pour certains c’est vit penser, vit dit, vit fait.… Y s’font une raison quoi.

  95. Expliquer la nature en ses propres termes

    Parce que le terme de « nature » et celui d’ « Homme » au genre neutre, sont très présents dans le billet, j’étais amusé de lire quelques commentaires tels :
    Michel Martin : la première fois de l’histoire que les femmes ne vont peut-être plus subir la domination masculine
    Juan Nessy : Ma référence pour mesurer le « progrès » est plutôt la relation homme/femme , aussi extraordinaire que la relation homme /nature .
    Lisztfr : je ne vois pas d’autre solution que de confier le sort politique de l’espèce aux femmes

    etc…

    Je viens de lire la préface à « Surveiller et jouir » de Gayle Rubin et ça m’a rappelé quelques commentaires…l’intérêt de cette longue préface est double : survoler une partie de 30 ans de travaux made in USA produits par des universitaires et de trans-percer les cloisons des spécialités…

    « NOTRE AMIE GAYLE RUBIN… » Préface de David M. Halperin et Rostom Mesli

    [ Gayle Rubin est une légende vivante des études sur la sexualité et de la queer theory. « Le Marché aux femmes », qu’elle écrivit lorsqu’elle était étudiante de premier cycle à l’Université du Michigan et qu’elle publia en 1975 lorsqu’elle y était doctorante, eut vite fait de devenir l’article d’anthropologie sociale le plus cité ; on considère qu’il a fondé les champs de la théorie féministe et des études de genre, et qu’il est à la base de tous les travaux ultérieurs sur la construction sociale du genre. En fait, Rubin semble avoir été la première anthropologue féministe à employer le mot de « gender » dans un texte imprimé. À « Penser le sexe », autre article qu’elle écrivit dix ans plus tard, on attribue la fondation des études sur la sexualité, des études gaies et lesbiennes, et de la queer theory. Les universités d’Amérique du Nord ont été le théâtre, ces dernières années, de plusieurs colloques destinés à célébrer les vingt-cinquièmes et trentièmes anniversaires de ces deux textes.

    Par la suite, Rubin publia une série d’articles — dont beaucoup paraissent ici pour la première fois en traduction française — qui l’ont confirmée dans son statut de représentante la plus éminente de ce qu’elle a elle-même appelée « une théorie radicale de la politique de la sexualité ». Au cœur de cette théorie, l’idée que voici : ce qui, dans nos sociétés, passe pour la morale sexuelle dissimule l’opération sous-jacente d’un système illégitime de stratification sexuelle que l’on accepte sans l’interroger ; cette morale sexuelle recouvre une façon d’organiser la vie sexuelle en fonction d’une hiérarchie de privilèges et de prestige qui veut que certaines formes de comportement sexuel (hétérosexuel, monogame, dans le cadre du mariage, libre, gratuit, ayant lieu dans l’espace domestique, intra-générationnel, vanilla , génital, à deux, procréatif, sans sex toys, et sans usage de pornographie), soient approuvées et promues comme allant de soi, tandis que les autres, aussi bien que les personnes qui les pratiquent, sont considérées comme problématiques, mauvaises, inacceptables, et sont non seulement critiquées, mais aussi persécutées, pénalisées, et vouées à l’élimination au nom de l’hygiène morale et sociale.

    Il n’y a, pourrait-on penser, pas grand-chose de radical dans cette perspective. Ce serait oublier qu’elle fut produite dans un temps où de nombreuses formes de comportement sexuel restaient pénalisées. D’ailleurs, jusqu’en 2003, année où la Cour Suprême des États-Unis déclara de telles lois contraires à la Constitution, l’État du Michigan a continué d’interdire tout rapport sexuel anal, oral, ou manuel entre deux personnes, quel que soit leur sexe, et considérait de tels actes comme des crimes passibles d’amendes et de peines qui pouvaient aller jusqu’à quinze années de prison ; et ces lois étaient parfois appliquées. La clarté et la rigueur de ses conférences comme de ses écrits ont fait de Rubin le principal porte-drapeau, dans le monde intellectuel, de la libération sexuelle « radicale » aux États-Unis.

    Au cours des trois dernières décennies, Rubin s’est aussi consacrée à l’écriture d’une histoire, monumentale et minutieuse, de l’émergence et de la formation, aux États-Unis, d’une subculture sexuelle spécifique qui n’avait jamais été étudiée par un anthropologue de métier — à savoir les communautés gaies dites « cuir ». Ce travail est passé par la description et l’analyse des identités sociales (et pas seulement des pratiques sexuelles) produites par les homosexuels sadomasochistes. La tâche était de grande ampleur. En effet, au moment où Rubin commença son travail sur le sujet, les documents dont elle avait besoin pour étayer sa recherche n’existaient pas : elle dut constituer les archives mêmes sur lesquelles fonder son étude. Il lui fallut repérer, assembler, et dans une large mesure créer les sources les plus élémentaires nécessaires à son projet — ce qu’elle fit par la conduite d’innombrables interviews, la pratique de l’observation participante, et la mise au jour de matériaux supplémentaires, jusques là dispersés dans diverses archives et documents.

    Cette tâche n’était pas seulement ardue : elle était aussi dangereuse. Non pas du tout parce que les communautés parmi lesquelles Rubin travaillait lui étaient hostiles, mais parce que le contexte politique plus large dans lequel elle a œuvré — la société étatsunienne en général, aussi bien que le mouvement féministe en particulier – s’opposaient parfois violemment à son approche, laquelle envisageait les différences de pratiques sexuelles d’un individu à l’autre comme de bénignes variations du comportement humain. Le sadomasochisme en général, et le sadomasochisme gai en particulier, étaient souvent vus comme des perversions, des formes d’agression, des exemples de fascisme érotique, des abominations morales, des atteintes à la dignité de la personne, des menaces contre le bien-être des femmes et des enfants, des facteurs de diffusion du SIDA, et des dangers pour l’humanité en général, aussi bien que pour la société américaine en particulier. Nombreuses étaient les militantes féministes qui considéraient Rubin comme l’ennemi — comme la représentante la plus importante, la plus puissante, et par conséquent la plus menaçante, d’une perspective qu’elles tenaient pour anti-féministe. Certaines estimaient que Rubin promouvait la violence contre les femmes. Pendant une bonne dizaine d’années au moins, depuis le début des années 1980 jusqu’au milieu des années 1990, chaque déplacement de Rubin fut guetté et dénoncé par de nombreuses féministes qui tentaient de l’empêcher de s’exprimer publiquement, boycottaient les organisations qui l’invitaient, essayaient de la faire exclure des groupes de recherche auxquels elle appartenait et, souvent, usaient de la menace personnelle ; pour finir, elles réalisèrent des alliances stratégiques avec le Parti Républicain et l’extrême-droite pour s’opposer à l’éthique sexuelle défendue par Rubin.

    La polémique n’a pourtant jamais vraiment cessé: dans The Professors, livre qu’il a publié en 2006, le journaliste et militant de droite David Horowitz compte Rubin parmi les « 101 universitaires les plus dangereux aux États-Unis ».

    Dans son article pionnier de 1975 sur « Le Marché aux femmes » — il ouvre le présent recueil — Rubin proposait une théorie pour expliquer la subordination sociale des femmes aux hommes, dans « les variations infinies et la monotone similitude qu’elle revêt à travers les cultures et à travers l’histoire ». Elle situait les causes de l’oppression des femmes dans le système de parenté et dans la division genrée du travail, ainsi que dans les formations fantasmatiques et érotiques collectives qui soutiennent, reflètent, et reproduisent cette structuration des relations sociales. S’appuyant sur les travaux de Claude Lévi-Strauss et les utilisant dans une perspective féministe (ce qui n’était pas une mince affaire), Rubin remarquait que « les structures élémentaires de la parenté » produisent des asymétries de genre dans la mesure où elles imposent la circulation des femmes entre les hommes à travers l’institution du mariage — une institution dont la fonction consiste, dans de nombreuses sociétés, à lier des familles, des foyers, et des unités de parenté par le moyen des femmes données et reçues en mariage. Cette institution est plus connue sous le nom de tabou de l’inceste : Rubin (à la suite de Lévi-Strauss), a interprété le tabou de l’inceste, non comme une prohibition spécifiquement sexuelle, mais plutôt comme l’expression d’un impératif social plus fondamental : l’exogamie. C’est cette dernière qui interdit la consommation sexuelle des femmes à l’intérieur de la famille, et qui, à la place, exige que les femmes soient échangées — comme des mots et comme de l’argent — entre hommes de différents foyers ou différents groupes de parenté. (Le tabou de l’inceste aurait pu, en théorie, donner lieu à l’échange des hommes, au lieu de l’échange des femmes, mais ce n’est pas ce qui s’est produit — ce qui n’est qu’une autre façon de dire que c’est la domination masculine, non la domination féminine, qui est la règle dans les sociétés humaines). En bref, le tabou de l’inceste, les structures de parenté qui lui correspondent, et le marché aux femmes mariables qui en résulte, donnent aux hommes des droits sur les femmes, que les femmes n’ont ni sur les hommes, ni sur elles-mêmes (le droit, par exemple, de disposer de quelqu’un dans le mariage). Les hommes, dans ce système, sont des agents culturels — dans la mesure où ils échangent les femmes — tandis que les femmes sont des véhicules culturels, la marchandise qu’on échange. Ce système culturel asymétrique, cette division genrée entre les échangeurs et les échangées, a notamment pour effet un important degré de subordination des femmes aux hommes dans l’ordre social.

    Le modèle théorique de Rubin, dont le raffinement et l’audace vont bien au-delà de ce qu’on peut en rendre ici, a l’avantage d’expliquer l’inégalité de genre dans des termes féministes. C’est-à-dire que Rubin traite l’inégalité de genre comme une forme de stratification sociale — ce qui permet de l’analyser en termes d’oppression politique. Cela peut sembler une idée toute simple, mais elle était révolutionnaire à l’époque — et elle conserve aujourd’hui encore une grande portée. Rubin, en effet, place l’origine de la domination masculine, non dans une nature présentée comme fixe ou inaltérable, ou dans une essence de la féminité ou de la masculinité, mais dans des modalités d’organisation sociale et dans des pratiques institutionnelles. Cette façon de concevoir le genre comme une catégorie sociale est, aujourd’hui encore, loin d’être universellement admise. Ainsi le modèle de Rubin reste-t-il politiquement progressiste dans la mesure où il défie les idéologies modernes qui présentent le genre comme une hiérarchie naturelle plutôt que comme une injustice sociale — idéologies qui sont elles-mêmes liées à des pratiques institutionnelles d’oppression de genre et qui fonctionnent également comme des éléments du dispositif d’oppression de genre, dans la mesure où elles font passer la domination masculine pour une donnée naturelle, indépassable, et non idéologique — qui, par conséquent, ne peut pas faire l’objet d’une critique politique.

    Mais le modèle de Rubin est politiquement efficace en un autre sens : en constituant effectivement le genre en construction socio-culturelle, il vient légitimer le féminisme — conçu désormais comme champ de recherche interdisciplinaire dont l’objet principal est de mener l’analyse et la critique intellectuelles de la construction socio-culturelle du genre. Pour le dire autrement, le modèle de Rubin constitue un objet que le féminisme est fondé à revendiquer comme son domaine de recherche propre. Et plus encore, en formulant l’idée d’un « système sexe-genre », et en proposant que l’on envisage ce système comme tout aussi fondamental à l’organisation des sociétés humaines que le « système politique » ou le « système économique », Rubin a inventé les nouvelles études sur le genre et la sexualité, en même temps qu’elle en a délimité l’objet. C’est en ce sens que l’on a souvent dit que Rubin avait fourni un fondement théorique à la théorie féministe, aux études sur le genre et sur la sexualité. Il serait probablement plus exact de dire que Rubin a inventé le champ, plus large et aux contours moins aisés à délimiter, qui sous-tend nombre de ces disciplines : à savoir l’économie politique du sexe.

    Une autre réussite du « Marché aux femmes » a consisté à donner, d’un phénomène universel, une analyse constructionniste sociale. L’article, en effet, examina une structure sociale — la domination masculine, la subordination des femmes — observée dans la plupart des sociétés humaines, sinon toutes, et fournit une façon de la comprendre qui ne l’essentialisait pas, qui ne l’attribuait pas à la nature, qui refusait de la considérer comme un destin humain sur lequel on n’aurait aucune prise, ou comme une « nécessité de la culture », pour la seule raison que la vie humaine aurait toujours, ou presque toujours, reposé sur cette structure. Autrement dit, comme les psychologues évolutionnistes, Rubin interprétait la vie sociale contemporaine comme le produit d’une configuration du sexe et du genre qui, « dans un obscur passé humain », « organisait la société », mais qui a depuis perdu nombre de ces fonctions. À la différence des psychologues évolutionnistes, cependant, Rubin ne pensait pas que les relations qui lient les femmes et les hommes de nos jours soient la conséquence inéluctable d’une subjectivité figée, ancrée dans une domination masculine de souche préhistorique. Si l’inégalité de genre, quelque généralisée qu’elle soit, était le résultat d’arrangements sociaux archaïques de moins en moins justifiés, elle pouvait faire l’objet de contestation sociale. À la fin de son article, Rubin appelait en effet à une « révolution de la parenté ». La révolution n’eut pas lieu, mais même les plus petits pas faits dans cette direction ont eu des conséquences importantes, donnant en ce sens raison à Rubin lorsqu’elle entrevoyait les larges effets sociaux qu’auraient des changements dans les structures de la famille et de la parenté.

    Rubin ne se satisfit pas longtemps des formulations contenues dans son article, vite devenu un classique. Elle y revint dix ans plus tard, dans « Penser le sexe », où elle introduisit une deuxième innovation capitale. Dans ce nouvel article, elle se proposait de contester l’idée que « le féminisme est ou doit être le lieu privilégié d’élaboration d’une théorie de la sexualité ». « Le féminisme, y écrit-elle, est la théorie de l’oppression de genre », et s’il est vrai que « le féminisme sera toujours une source de réflexion passionnante sur le sexe », Rubin considérait qu’il n’avait, ni ne devait avoir le monopole de la question. Au contraire, « bien que le sexe et le genre soient reliés, ils ne sont pas la même chose, et ils forment le fondement de deux aires différentes d’interaction sociale ».

    Rubin présentait cette idée comme une critique directe de ce que, dix ans plus tôt, dans « Le Marché aux femmes », elle avait baptisé le « système sexe-genre » : « Par opposition à ma perspective dans “Le Marché aux femmes”, je soutiens aujourd’hui qu’il est essentiel de séparer analytiquement le genre et la sexualité pour mieux refléter leur existence sociale séparée ». La sexualité, selon Rubin, était liée au genre, mais elle n’était pas « un produit dérivé du genre ». Il fallait en faire l’étude et la critique de façon autonome. Cette position conduisit au développement et à la consolidation des études gaies et lesbiennes, et c’est l’analyse politique que fit Rubin de la mise en œuvre des normes sexuelles qui, plus tard, servit de fondement à la queer theory. La préface du Lesbian and Gay Studies Reader, le premier manuel universitaire dans ce champ, publié en 1993 — et qui était justement ouvert par « Penser le sexe » — témoigne clairement de l’importance du travail de Rubin : « Ce que les études gaies et lesbiennes font dans le domaine du sexe et de la sexualité correspond à peu près, écrivent les directeurs du volume, à ce que les études féministes font dans le domaine du genre. » « Les études gaies et lesbiennes cherchent à poser la centralité analytique du sexe et de la sexualité à l’intérieur de différents champs de recherche ». Ces formules ne sont quasiment rien d’autre que des paraphrases de Rubin. On ne saurait mieux reconnaître son impact sur la façon dont les études gaies et lesbiennes formulèrent leur objet.

    Rubin est toutefois la première à nier avoir fondé quoi que ce soit. L’importance de ses travaux n’a d’égal que la modestie personnelle et intellectuelle avec laquelle elle en parle. Elle a d’ailleurs récemment appelé à adopter un « éthos de l’humilité » pour tempérer les prétentions démesurées de certains chercheurs féministes ou queers qui s’imaginent parfois être sur le point de changer la face du monde avec deux ou trois théories dont, souvent, l’originalité et la portée sont bien plus modestes qu’ils ne voudraient le croire. Rubin n’a eu de cesse, au cours des dernières années, de resituer son travail dans les courants intellectuels et politiques de son temps ; elle a constamment rappelé les nombreuses personnes, les nombreuses idées, et les événements qui ont contribué à former sa pensée. Elle cherche ainsi à rappeler qu’il n’y a de pensée et de politique progressistes que collectives — ce qu’à trop insister sur le rôle de quelques « grandes femmes », l’on risque de perdre de vue ; elle cherche aussi à sauver de l’oubli d’obscurs mouvements qui ne sont peut-être plus très chics, mais qui ont encore quelque chose à nous apprendre. Rubin, bien sûr, n’a pas tout à fait tort quand elle dit qu’elle n’était pas aussi originale qu’on l’a parfois prétendu, notamment parce qu’on avait oublié les traditions intellectuelles et politiques qui ont formé sa pensée. Il n’en reste pas moins vrai que les articles rassemblés dans ce volume donnent une idée très claire du rôle crucial qu’elle a joué, à titre personnel, par ses travaux et ses contributions conceptuelles et théoriques, dans la formation du paysage intellectuel qui est aujourd’hui le nôtre.

    Dans ses travaux ultérieurs, Rubin s’empara du sadomasochisme consensuel, qu’elle défendit contre les attaques venues de la droite aussi bien que de la gauche. Elle critiqua les travaux des féministes anti-porno et fut, par voie de conséquence, associée à la gauche pro-sexe du mouvement — même si Rubin est la première à rejeter toute tentative de réduire les luttes politiques des dernières décennies à un affrontement qui opposerait des féministes « pro-sexe » et « anti-sexe ». À y regarder de plus près, il est quelque peu impropre de qualifier de « pro-sexe » la position de Rubin : celle-ci, en effet, n’a jamais nié l’existence, dans la sphère du sexe, de mécanismes de domination sociale — et de domination des femmes notamment. Rubin contestait, en revanche, l’idée que le sexe soit par nature anti-féministe, et plus encore l’idée que c’est du sexe ou de la pornographie que (comme certaines intellectuelles l’écrivirent) découle l’oppression des femmes. En ce sens, Rubin a pu dire, parfois, qu’elle n’était pas tant « pro-sexe » que « anti-anti-sexe ».

    Pour comprendre les travaux de Rubin sur la subculture sadomasochiste gaie, il importe d’avoir à l’esprit le contexte historique dans lequel elle a entrepris cette partie de son travail. En 1978, elle quitta le Michigan pour s’installer à San Francisco afin d’y mener ses recherches sur les homosexuels sadomasochistes. À peine trois ans plus tard, la communauté qu’elle étudiait commença à être ravagée, comme toutes les communautés homosexuelles urbaines, par ce qui allait bientôt s’appeler le SIDA. Dans le cas de San Francisco, comme le montre l’« Élégie pour la Vallée des rois », un autre facteur venait achever de mettre en péril l’existence même de la communauté cuir : en même temps que celle-ci enterrait ses morts, elle voyait ses institutions disparaître les unes après les autres, victimes des politiques de renouvellement urbain menées par la municipalité sous la pression de grands intérêts financiers. Ces politiques, qui lorgnaient directement sur le quartier cuir et qui vinrent ajouter leurs effets à la dévastation semée par le SIDA, mettaient en péril l’existence même de la communauté cuir locale. En effet, si l’on pouvait espérer que l’épidémie de SIDA s’arrête un jour, il y avait tout lieu de penser en revanche que ces changements opérés par le renouvellement urbain seraient irréversibles. Ce contexte explique le ton élégiaque si particulier des articles de Rubin sur le cuir. Mais il explique peut-être aussi, en partie du moins, le changement sensible qui s’opère dans le travail de Rubin dans les années 1990.

    À partir de 1991 et de son article sur « Les Catacombes » en particulier, Rubin sembla s’éloigner de l’anthropologie générale qui avait caractérisé ses premiers travaux, pour se consacrer de plus en plus à l’ethnographie d’espaces plus circonscrits et à l’étude de subcultures sexuelles : elle écrivit désormais sur tel bar, tel club, tel petit segment de rue, tel quartier. Ce changement présente une dimension sentimentale évidente. On aurait tort, cependant, de l’y réduire, ou de ne pas en saisir les implications politiques aussi bien qu’épistémologiques. Sur le plan politique, il s’agissait d’abord d’affirmer publiquement ce que beaucoup auraient aimé ne pas voir : la disparition de la communauté cuir n’était pas un événement trivial ou négligeable ; ce n’était pas non plus un heureux retour à l’ordre que les excès supposés des années 1970 avaient rendu inévitable. Pour Rubin, au contraire, la disparition de la communauté cuir était d’abord le signe d’une réorganisation néolibérale du capitalisme et de ses structures urbaines ; et c’était aussi, bien sûr, une tragédie personnelle et politique majeure pour de nombreuses personnes. Dans ce contexte, il importait au plus haut point de conserver la mémoire de la communauté. En même temps qu’elle fut témoin de la disparition de son « terrain », Rubin prit une conscience aiguë du fait qu’il n’existait quasiment aucune institution chargée d’en recueillir l’histoire et d’en conserver les traces. Les articles (et l’appartement…) de Rubin devinrent ainsi les archives mêmes dont était privée la communauté cuir.

    Mais ce tournant recouvre aussi des enjeux épistémologiques très importants. Il s’agit d’abord de lutter contre la marginalisation des sciences sociales au sein des études gaies et lesbiennes : c’est là l’enjeu d’« Étudier les subcultures sexuelles ». Alors qu’en France, c’est d’abord dans les départements de sciences humaines que se sont développés les travaux sur le genre et la sexualité, tandis que les départements de lettres ou de philosophie se montraient plus conservateurs, c’est l’exact inverse qui s’est produit aux États-Unis. À partir de 1985 en particulier, avec le développement de la queer theory, c’est principalement dans les Humanities que les travaux gais et lesbiens se sont produits — notamment parce que c’était de là qu’étaient venus les premiers grands travaux théoriques, et c’était donc vers ces départements que les étudiants avaient intérêt à se diriger. Rubin ne méconnaît certes pas l’importance de la philosophie ou de la critique littéraire. Elle affirme en revanche que ces disciplines réalisent quelque chose de très différent de ce que font les sciences sociales et que les unes ne sauraient remplacer les autres.

    Il y a là plus qu’une querelle de disciplines. Au-delà de la marginalisation des sciences sociales, et de façon plus fondamentale, Rubin cherche à lutter contre le désintérêt croissant manifesté, au nom du prestige de la Théorie, à l’égard du matériau social lui-même. En conséquence, une large part de son travail va désormais consister à mettre ce matériau au premier plan, tandis que les cadres théoriques dans lesquelles Rubin inscrit son travail se font plus implicites. Il importe de toujours se laisser guider par une observation aussi exacte et critique que possible des faits empiriques, car cette observation, et elle seule, peut fournir à l’élaboration théorique le substrat solide qui en garantit la pertinence. N’en concluons pas que l’armature théorique devient plus lâche : dans les articles les plus récents de Rubin, la puissance théorique de ses premiers travaux a tout sauf disparu. Et il n’est guère difficile de déceler, derrière la simplicité apparente du propos, la rigueur et l’inventivité du cadre théorique.

    Le travail qui occupe Rubin aujourd’hui, qui consiste à retracer l’histoire des communautés cuir homosexuelles masculines de San Francisco, se situe à la confluence de plusieurs champs et thèmes : l’urbanisme et la géographie urbaine, l’économie politique, les théories de l’espace, la désindustrialisation et les sociétés post-industrielles, l’anthropologie des groupes contestataires, la sexologie et l’histoire de la psychologie sexuelle, la post-modernité, la sociologie de la déviance, l’archéologie urbaine et l’ethnographie. Les articles ici rassemblés reflètent la façon qu’a Rubin de toucher à chacun de ces domaines, et témoignent de la variété des implications thématiques et méthodologiques de son projet.

    La publication de ce volume est un événement heureux. Le travail de Rubin n’a pas été totalement ignoré en France, mais il y est resté méconnu. Et pourtant, Rubin elle-même n’est pas sans lien avec la culture française. En 1976, elle écrivit une introduction pour la traduction américaine du roman de Renée Vivien, Une femme m’apparut. Au début des années 1970, c’est-à-dire à une époque où Jacques Lacan restait encore assez peu connu aux États-Unis, elle assista à une séance de son séminaire ; elle fut aussi la première théoricienne du genre et de la sexualité à accorder au travail de Lacan une place prépondérante. Quand Michel Foucault se rendit à San Francisco à la fin des années 1970, il prit contact avec Gayle Rubin qui s’était présentée à lui quelques années plus tôt à la Bibliothèque Nationale. Dans sa découverte de la vie homosexuelle san franciscaine, et de la subculture sadomasochiste, Foucault bénéficia grandement de la connaissance qu’avait Rubin de la ville. Foucault reconnut d’ailleurs sa dette à la fois personnelle et épistémologique dans une interview où il évoque « notre amie Gayle Rubin » . La parution du présent recueil va enfin permettre aux lecteurs français de relire les réflexions que livre Foucault, dans les interviews de ses dernières années, sur la politique et sur l’éthique du sadomasochisme homosexuel masculin , à la lumière des écrits si marquants de Rubin sur le même sujet et à la même époque — et de goûter quelque chose de la saveur électrique de ces années enivrantes qui produisirent les pensées les plus audacieuses de notre temps sur le sexe, l’éthique et la politique, élaborées par des individus qui faisaient collectivement l’expérience physique et intellectuelle des limites des possibilités humaines. ]

    1. bonjour Rosebud.

      merci pour votre message. Il me parait tout à fait digne d’intéret.

      Toute reflexion est digne d’intéret, toute théorie bonne ou mauvaise se doit d’être comprise.
      Cependant comme tout model, il convient ensuite de le mettre sur terre et d’observer les résultats à court et long terme.

      je crois que la lecture de Nietzsche peut être utile à comprendre ce qu’est le flux vital et l’energie . En effet toute la philosophie très christique de ce penseur, à mon avis très profond et fort peu naîf, correspond à la critique de la chair à l’instard de celle de la raison par Kant.

      Regardons le passé et le futur d’un groupe homosexuel et vérifions si ce groupe possède un être propre ou si ce groupe ne fait que lutter contre un groupe dont il dépend. Cela rejoint le questionnement de la sur nature et du sur homme.

      Au plaisir de vous lire attentivement et lentement.

      Ps:Attention à bien différencier les niveaux de normalité.

  96. il a foi en la psychanalyse

    Pour la grâce de Dieu, pas la foi…
    La psychalyse n’est pas pour lui un récit religieux de plus…

  97. @ Piotr

    Foi en la psychanalyse mais pas en celle de Jung, lequel n’avait aucune foi en celle de Freud.

    Au fond tout est une histoire de foi: on croit qu’il y a quelque chose qui nous dépasse (parce qu’on le sent au plus profond de soi-même ou parce qu’on a fait certaines expériences qui tendent à le prouver) ou on se croit à soi-même en pensant qu’il n’y a rien.

    La grande différence entre ces deux fois c’est que la Beauté est du côté de la première.

    Hilarion Alfeyev: St Matthew Passion. No 1
    http://www.youtube.com/watch?v=bsUbmCoMP1Y

    1. Hélas NON.
      Freud (oncle de Berney le créateur de la propagande civile appelée aujourd’hui « marketing ») a tout fait pour évincer Jung.
      A la lecture de l’un et de l’autre on prend vite conscience de la « facilité » de l’un aux « subtilités » profondes de l’autre.
      L’un est plus vendeur tout simplement.

    2. L’un est plus vendeur tout simplement.

      En 33 et jusqu’en 40, Jung était très vendeur et bien en cour chez ses voisins germaniques, parait-il…
      Point de vue – d’un freudien, me direz-vous ? certes, néanmoins pertinent – de Dominique Bourdin (La Psychanalyse, de Freud à aujourd’hui) en 2007 sur « le bon père Jung » :

      Renonçant aussi bien à l’importance de la sexualité infantile qu’au rôle organisateur de la crise œdipienne dans l’histoire singulière de chaque individu, Jung est sorti de la psychanalyse – même s’il continue à utiliser ce terme, désormais compris comme analyse de contenus psychiques généralement inconscients (…). Peut être est-ce un prophète du « retour du religieux », indépendamment des Églises traditionnelles, et en précurseur du courant spirituel du New Age, selon lequel nous entrons désormais dans « l’ère du Verseau », que nous pourrions le décrire le plus adéquatement. Ce faisant, il a délibérément quitté le terrain des sciences humaines et de la pensée rationnelle

  98. Au préalable, le progrès est à mes yeux la poussière qui aveugle ceux de mes congénères.

    Quant à Dieu, si celui-ci se réduit à une chimère, à rien ou à un fétu de paille, qui pour autant, aide l’homme à être (soi-disant) Maître de la nature en la dépassant (de combien de mètres?), tout ceci est bien paradoxal… Ce qui est préoccupant pour un rationnaliste. A moins que manger la queue du serpent, quand on est homme, ça rend plus intelligent?

    Enfin le syllogisme. En aucun cas pour moi le syllogisme est source de savoir. C’est seulement un raisonnement qui permet à la Loi d’avoir Force. Si l’on prend le théorème de Pythagore, le syllogisme permettra à l’architecte de prendre les mesures nécessaires pour obtenir un angle droit.
    Pythagore a tiré sa Loi de l’expérience. Il se trouve en effet que son théroème (les carrés de la longueur des côtés de l’angle droit du triangle rectangle…) est tiré de la découverte des égyptiens qu’un triangle dont les côés sont l’un de trois unités, l’autre de quatre, permet d’obtenir un angle droit. Par abstraction, Pythagore en a tiré le théorème.
    Mais l’abstraction ne découle pas nécessairement de l’expérience: les égalités remaquables en mathématiques, (a+b)² par exemple, proviennent de nul part autour de nous…
    Le syllogisme est un raisonnement qui n’est bon que si la Loi à laquelle il s’applique est Juste.

    Quant à l’intuition, même si ça relève de la conscience, ça n’est pas raisonnement.

    PS: Très beau texte de GIONO cité ci-dessus par FUJISAN, et un enchantement de lire Jacques LAROCHE ainsi que PABLO 75. DISSONNANCE, SYLLA, MOI, sont également des sources à revigorer la flamme, en tout cas la mienne.

  99. « le moyen que la nature s’est donnée de créer le Dieu qui lui fit jusqu’ici tant défaut », c’est le Surhumain. Encore heureux !

    « Il reste cependant à éliminer de nos sociétés le règne de la nature non–domestiquée en son sein telle qu’il s’exerce encore dans la sphère économique et celles autour d’elle qu’elle parvient à contaminer. » : oui. L’économie est la manière dont nous nous sommes organisés en société. « Les frayeurs qui avaient conduit l’Homme à croire aux dieux » sont les mêmes qu’il a voulu fuir en entrant en société. Ces peurs se retrouvent logiquement dans l’économie.

    « L’Homme est la conscience de la nature » : il n’en a pas conscience.

    Cette lutte vaut quand même mieux que d’autres !

    1. «Les frayeurs qui avaient conduit l’Homme à croire aux dieux » sont les mêmes qu’il a voulu fuir en entrant en société. »

      Et pourtant la société existe… 😉

      Autrement dit: ce n’est pas parce que l’homme découvre l’Au-delà à cause ou grâce à ses frayeurs que l’Au-delà n’existe pas. Avec cet mauvais argument on peut aussi « descendre » la philosophie.

      C’est quand les gens se cassent la g… dans la vie qu’ils découvrent l’Essentiel. C’est pour ça d’ailleurs que souvent « les rues glissent »…

      Le seul problème métaphysique digne de ce nom: le Mal (ou « les frayeurs »).

      « Au fond, deux notions antinomiques nous agitent plus que tout: la vie et la mort, le bien et le mal. Tout s’ordonne autour d’elles, toute la philosophie accessible à l’homme. Pourquoi est-ce ainsi? Sans doute parce que ces deux notions contiennent l’essentiel de notre existence. Le sens et le secret du principe de notre mouvement. (…) L’existence humaine exige un constant effort moral dans l’accomplissement du bien, pour que chaque vie se réalise et contribue en même temps à l’évolution de l’humanité tout entière.
      La notion du bien et du mal (et le conflit entre eux) est aussi nécessaire à la vie éternelle que la différence de potentiels à l’apparition de l’électricité, ou que la différence de pressions atmosphériques à la naissance du vent. C’est pourquoi la lutte du bien et du mal subsistera tant que l’homme vivra sur cette terre. L’homme doit naviguer et aller s’amarrer à l’autre rive d’un océan. L’eau marine, c’est le mal; la barque et les avirons, le bien. Rame de toutes tes forces et tu arriveras à bon port! Lâche les avirons et tu sombreras!  »
      (A.Tarkovski. Journal 1970-1986)

  100. J’ai lu et relu votre billet qui a beaucoup interrogé et occupé quelque peu les réflexions d’un novice comme moi en philosophie.
    Le texte m’a semblé quelque peu complexe mais j’y perçois cependant du pratico-pratique et surtout des aspects majeurs qui engagent l’avenir de notre modeste humanité.
    Ma première réaction fut : qu’en pensent Hubert Reeves et ses pairs, qu’en pensent nos biologistes comme « le bourlingueur de la science » Didier Raoult (voir article du Monde du 19/11 et son interview dans la tête au carré).
    Je vous livre les derniers articles qui m’ont interpellé et qui sont plus ou moins en rapport avec ce sujet.

    Le Monde diplomatique de décembre 2010 « Qui expertisera les scientifiques ? »
    Les sachants seuls, les différentes associations & ONG, un bon équilibre des 2 ?
    Opposer aux experts d’autres savoirs, faire participer les citoyens, refuser les pressions des lobbies industriels.
    « Une expertise au service des citoyens nécessite, en amont comme en aval, une vigilance soutenue vis-à-vis des groupes d’intérêt ». Ne pas être juge et parti.
    Ma conclusion par rapport à mes expériences terrain en matière de sécurité dans le domaine informatique : on est dans une problématique classique d’analyse des risques et où le pragmatisme doit étouffer les idéologies.
    http://www.monde-diplomatique.fr/2010/12/TESTART/19928

    Et aussi dans le Monde diplo « Anti-Lumières de tous les pays…. »
    Lumière ou obscurantisme ? Dieu résoudra tout !!!
    Loin des théoriciens néo-conservateurs que l’on retrouve dans la droite US, israélienne, chez les islamistes, totalement opposés aux Lumières et pour qui la Révolution française est un phénomène diabolique !
    « Les hommes ont besoin du sacré et besoin d’obéir »
    Conclusion de l’article :
    « Malgré l’expérience désastreuse du XX° siècle, l’affrontement entre les 2 traditions politiques se poursuit »
    « La défense de l’universalisme et du rationalisme reste aujourd’hui une tâche urgente et complexe, à la mesure de ses enjeux : maintenir ce qui fonde une nation composée de citoyens autonomes »

    http://www.monde-diplomatique.fr/2010/12/STERNHELL/19952

    Pour terminer, une annonce récente d’un progrès en cours et qui devrait révolutionner nos rapports avec la médecine à travers le domaine de la bio-informatique.
    Article du Monde du 28/12  » Génome en poche »
    Nous disposerons donc de notre génome sur notre smartphone après avoir tout simplement craché non pas dans la soupe mais dans un sachet et dont le contenu sera disséqué pour bientôt une centaine d’euros.
    Epoustouflant, une innovation française qui sera mise au point aux USA car rejeté en France pour cause de bio-éthique.
    « La médecine est sur le point de basculer dans un nouveau monde, affirme M. Merel, celui du diagnostic moléculaire in vitro et in silico. »
    On n’arrête pas le progrès.

    Mes quelques pistes pour un avenir plus clément :
    Respect des droits de l’homme, éducation non dogmatique pour tous, Culture, avancer ensemble, moins d’inégalités, respect de la nature, partage des ressources et des innovations, ……
    Compassion, altruisme, générosité, respect, tolérance, modestie, …….
    Le minimum vital pour chacun au moins, pas d’individualisme effréné, fin du néo-libéralisme sauvage et du capitalisme débridé et stérile
    Sus aux prédateurs et parasites de tous ordres.
    ==> s’inspirer de la civilisation grecque, du Nouveau Testament, du Siècle des Lumières et pas des usurpateurs rétrogrades. Avancer ensemble et non régresser.
    Ou alors revenir à l’age des huttes, zut ?

  101. Monsieur Jorion, vous devriez jeter un œil sur cet article de Pour la science, « Persuader de son savoir sans le transmettre », qui dit en substance :

    Trouver une démonstration consiste alors à écrire une suite de formules telle que chacune est un axiome ou le résultat de l’application d’une des règles de manipulation. Vérifier une démonstration consiste à passer en revue la suite de formules en s’assurant que les règles du jeu formel ont bien été respectées. Trouver une démonstration est difficile, car les règles du système formel créent une explosion combinatoire de possibilités. Vérifier une démonstration est facile, car il s’agit d’un travail mécanique de contrôle qu’on peut, en principe, confier aux crapauds.

    S’il est facile de vérifier, il est donc facile de contredire un texte, surtout s’il est aussi bien construit que votre billet. (Il a dû vous coûter pas mal de temps, non ? C’est en tout cas l’impression qu’il m’a laissé.) Donc, pour ne plus être contredit par les crapauds qui traînent sur votre blog, évitez de vous exprimer avec trop de clarté, et optez sans hésitation pour le célèbre « côté obscur ». 🙂

  102. J’ai aimé ce texte que je ne connaissais pas. Je viens de le lire une seconde fois. Je suis d’accord avec votre démonstration quant aux effets subversifs et créatifs de l’Homme sur la nature. Mais tout cet exposé ne semble être que le fondement par lequel vous voulez prouver en conclusion que l’économie capitaliste est un anachronisme néfaste.

    Or, bien qu’affectivement enclin à partager votre point de vue, il a réveillé en moi cette question dérangeante : la compétition n’est-elle qu’une prédation destructrice ? la compétition n’est-elle pas aussi le ressort d’une émulation créatrice qui a décuplé la vitesse à laquelle l’Homme a subvertit la nature… en bien et en mal ?

    Au delà de cette question qui n’est pas moindre à mes yeux, il y a je pense un autre écueil à votre raisonnement au sens où il est très ethnocentrique. Je ne suis pas suffisamment instruit en ces matières, mais je m’interroge sur la possible existence de sociétés humaines dont l’histoire contredirait pour partie vos thèses ? En tout cas, merci pour tout, et pour ce moment d’introspection.

  103. Donc l’homme serait cet élément cosmique enfin capable de s’affranchir du « déni de l’hostilité de la nature envers lui », de balayer d’un revers de pensée sa propre moisissure à la surface de la planète pour devenir l’agent qui fait échapper cette même planète à son propre destin naturel, enfin dépassé, enfin surpassé

    Surpassé vers quel avenir? Il me vient parfois des nostalgie, des regrets de ne pouvoir rejoindre cette héroïne de Cosmicomics d’Italo Calvino qui décide de son retour dans l’océan primitif vers les poissons nos ancêtres.

    Mais bon, je suis là, avec mes provisions bien au frais dans le réfrigérateur, ma machine à laver, mon automobile, et l’accès Internet qui me propulse immédiatement aux antipodes.

    Cet ultra-capitalisme insinueux et foudroyant, cette économie non encore domestiquée que nous alimentons de nos désirs souvent fourvoyés, sont-ils de la même nature que l’arbre ou le chat qui dort sa vie sur le canapé ?.

    « Au sein de l’économie donc l’empreinte de l’homme n’est pas encore visible et la nature y agit sous sa forme brute et brutale. L’économie reste encore à domestiquer » C’est là où je bronche. Je n’arrive pas à situer cette économie ravageuse dans le cours naturel de l’histoire, sinon par la constatation d’une perversion innée du développement humain.

    Je frémis, je préfère croire et balbutier ici, aux côtés des éminents spécialistes dont je m’efforce de grignoter ou d’avaler les écrits, que la domestication devrait plutôt s’appliquer à l’homme enfin mis en mesure de balayer pour de bon ses propres élucubrations sources de dévastation de la nature primordiale et qui sait d’anéantissement..
    .

  104. Bonjour,
    L’expression « domestiquer l’économie » me fait penser aux quelques grandes mutations qu’a connues l’activité humaine au cours des âges, et me conduit à proposer à votre critique la vison suivante :

    – Le néolithique a inventé la domestication de la faune et de la flore, avec pour résultat, comme le montre Jared Diamond dans Guns, Germs and Steel, que l’homme a vécu moins bien : plus malade (du fait de la cohabitation avec le bétail et de l’appauvrissement de la diversité de son alimentation), plus agressif (du fait de l’accumulation de biens), au final avec moins de temps libre. La seule conséquence (ou est-ce une cause) « positive » a été l’accroissement de la population, par accroissement du nombre
    d’enfants par femme (par une moindre euthanasie des bébés?)

    – L’accroissement de la taille des groupes humains semble d’ailleurs chez Diamond la variable clé d’une sélection naturelle s’exerçant au niveau des groupes humains: les groupes les plus nombreux accumulent de plus en plus d’inventions qui accroissent leur efficacité par rapport aux autres groupes.

    – Les Grecs ont développé l’usage de la monnaie, qui avait été inventée par les phéniciens. Dans le même temps, leur centre d’intérêt est passé de la politique (la gestion des conflits dans la cité) à des préoccupations plus individuelles, plus intéressées : de l’accumulation de biens concrets et hétérogènes, on est passé, grâce à la monnaie, à l’accumulation d’une valeur virtuelle homgène.

    – Selon Aldo Schiavone (L’histoire brisée), ni les Grecs ni les Romains n’avaient dégagé la notion d’économie, dans la mesure où l’économie productive, qui reposait largement sur l’esclavage, était quasiment refoulée dans une sorte d’inconscient collectif, dans le cadre d’un mépris du travail « servile ».

    – L’Empire Romain s’est effondré sous sa taille : limite du principe de l’avantage sélectif au groupe le plus nombreux ? Toujours est-il que ce fut un effondrement cataclysmique. Aux villes prospères et à l’espace organisée de l’Empire Romain succédèrent des villes fantômes et un espace chaotique.

    – A la sortie de la période obscure du Moyen Age européen, dans lequel le servage avait remplacé l’esclavage, avec la Révolution industrielle apparaissent concomitamment (sans que nous en ayons je crois d’explication de type causal) 1)une attitude plus positive vis-à-vis du travail productif, 2) la transition de l’esclavage/servage au marché du travail, 3)la prise de conscience de l’économie comme une activité humaine en soi, autonome;

    – Avec la Grande Transformation de Polyiani, l’économie devient l’activité dominante, la marchandisation envahit progressivement l’ensemble des activités humaines .

    – Depuis les origines, l’homme multiplie les inventions, organise sa perception du réel, invente des artefacts de plus en plus abstraits (dont le langage, l’écriture, la monnaie, sont sans doute les plus beaux exemples), et des moyens de déplacement et de communication de plus en plus rapides (le cheval, l’imprimerie, internet …) et de domestication de l’énergie (du feu aux centrales nucléaires, qui demandent une organisation du contrôle de plus en plus sophistiquée et donc d’un certain point de vue de plus en plus vulnérable).

    – L’une des conséquences de cet accroissement de la vitesse est l’accélération de l’histoire, et la progression du court-termisme.

    – Les inventions sont bien sûr le fruit de la créativité humaine, mais leur succès, c’est à dire leur utilisation, correspond rarement à l’intention de l’inventeur. Diamond montre par exemple comment l’invention de la roue a révolutionné les civilisations où existait le cheval, mais est restée sans effet là où celui-ci n’existait pas. L’élevage selon certains anthropologues aurait été inventé pour fournir non pas de l’alimentation, mais des victimes pour les sacrifices.

    En synthèse, le progrès apparaît plutôt comme un processus aléatoire, à l’image de l’apprenti sorcier, la sélection résultant non pas de l’intention humaine mais de l’environnement. Ce n’est que par des rationalisations a posteriori qu’il est satisfaisant pour l’esprit de parler de « domestication ».

    La crise financière et la montée du court-termisme ne sont-ils pas de bons exemples de cette course d’apprentis-sorciers : il n’ y a ni complot organisé ni maîtrise des évènements, mais une course dans laquelle certains tirent quelques marrons du feu.
    Si ‘on reprend l’exemple de Diamond, notre qualité de vie n’a, peut-être bien, pas cessé de se dégrader. Les seuls « progrès » concrets, c’est la taille du village planétaire actuel, supérieure à celle des tribus, des chefferies, des royaumes, des empires, et la vitesse. L’individualisme est sans doute la contrepartie de l’anonymat croissant des groupes humains résultant de leur taille.

    Le progrès dans tout cela apparaît plutôt comme notre capacité d’adaptation à un milieu dont la logique nous échappe, et dont la complexité croissante cumule la taille du groupe humain, notre accumulation d’inventions dans tous les domaines (matériel et organisationnel), les nouvelles contraintes qui se font jour, voire si l’on en croit Julian Jaynes, l’interconnexion croissante de notre cerveau.

    A partir d’une telle vision…il vaut sans doute mieux imaginer Sisyphe heureux (et régulateur) que le contraire ?

  105. Vous dites:

    Elle est obligée dans chaque cas de réinventer entièrement la solution du problème, de la forme la plus simple jusqu’à son expression la plus complexe, quitte à retomber alors, par la convergence, sur une solution unique et déjà découverte par ailleurs. Ainsi, l’oeil du poulpe, un mollusque céphalopode, est proche de celui des mammifères les plus évolués mais sans qu’il y ait eu emprunt d’une lignée vers l’autre : les phylogenèses qui conduisent à l’un et à l’autre ne se sont jamais rejointes. Chacune de ces évolutions résulte de ses propres contraintes, le résultat seulement d’une sélection naturelle due aux interactions des individus appartenant à l’espèce avec leur environnement et non à une dynamique interne – si ce n’est celle de l’ordre du ratage que constitue la mutation.

    Et oui et que faites vous de :ceci
    Nous ne connaissons rien de la nature sinon le fait que nous en sommes dépendant et que tôt ou tard si nous n’y prenons garde, elle va se rebeller et bonjour les dégats.
    Si le méthane s’y met pour le réchauffement climatique, au revoir l’humanité.
    Quand je dis « rien », c’est bien entendu en rapport avec que veut bien nous divulger le système qui nous supplante, à nous d’explorer d’autres voies si nous en avons la volonté.
    Vous dites également ceci

    L’Homme a d’abord transcendé sa propre essence en échappant à l’emprise de l’attraction terrestre. Non pas comme l’oiseau qui découvre par le vol un autre continent et qui, malgré le caractère exceptionnel de cet exploit, reste fidèle à sa propre essence, mais en échappant à l’inéluctabilité de son environnement qui veut que tout corps est attiré vers le bas sur la planète où il est né. L’Homme a découvert par le calcul qu’une vitesse supérieure à 11,2 kilomètres par seconde permet de neutraliser la gravitation universelle telle qu’elle s’exerce sur la Terre ; il a ensuite construit la machine qui lui permet de réaliser cet exploit. L’Homme est désormais prêt à coloniser d’autres planètes, voire d’autres systèmes stellaires.

    Et oui, mais comment est-on y arrivé?
    Avec de l’énergie que la nature a mis des millions d’années à mettre de côté ( Bonne année Jducac)
    Sans l’ère industrielle et sa croissance exponentielle d’énergie ce n’est pas possible.

    1. @ michel lambotte dit : 4 janvier 2011 à 23:10

      Merci à vous Michel Lambotte, merci aussi à Crapaud Rouge qui a posté hier et a fait ressortir ce grand billet de Paul Jorion que j’avais laissé passer. Bonne année à tous.

      C’est vrai que l’énergie m’apparait jouer un grand rôle. Elle me préoccupe au point de me faire souvent parler d’elle et ainsi, vous amène à penser à mon pseudo quand vous l’évoquez. Bien évidemment il n’y a pas qu’elle qui compte mais sans elle pas de vie et sans vie que reste-t-il ?

      Les religions que PJ aborde dans son billet, ont résolu le problème en imaginant une vie après la mort, sous une autre forme, essentiellement spirituelle ou sous forme d’une réincarnation.

      Le site vers lequel vous nous renvoyez montre que certains travaillent sur des pistes du même ordre. Ils visent à montrer qu’il n’est pas impossible qu’il existe quelque chose là où il nous est matériellement impossible de le prouver. Cela rejoint un peu les mystères de la médecine homéopathique et de l’effet placébo. Cela fonctionnerait même chez les animaux pourtant maintenus dans l’ignorance des traitements qu’on leur fait subir en incorporant des doses homéopathiques de médicaments dans leur alimentation.
      L’hypnose parfois utilisée pour éviter la douleur lors de certaines interventions chirurgicales est un peu à ranger dans la même catégorie.

      Quand on voit s’épuiser nos stocks d’énergie non renouvelable et de métaux, on peut se demander ce que l’humanité va bien pouvoir faire pour poursuivre son aventure si elle n’arrive pas à développer une nouvelle forme d’énergie abondante.

      La solution consistant à s’éloigner du matérialisme est-elle viable ?

      Une population de 7 milliards d’individus, qui s’est gavée jusqu’à l’écoeurement de matériel, tout en s’éloignant du spirituel, pourra-t-elle se faire à l’idée de changer d’un seul coup de mode d’évolution ? (Répondez Fab)

      L’homme a beaucoup travaillé hors de lui-même depuis quelques millénaires. Il a beaucoup modifié son environnement pour changer ses conditions de vie. Mais ne s’est-il pas trompé de voie pour assurer son avenir ?
      N’aurait-il pas dû travailler davantage sur lui-même et sur ce qu’il croit le distinguer des animaux. N’aurait-il pas dû travailler plus sur ses facultés à dépasser les limites en prenant mieux en considération le spirituel et les croyances ?

      Il semblerait que dans ces domaines il n’y a pas de limite à l’expansion, donc pas de limite pour progresser. Ce qui pourrait donner ainsi un avenir au progrès.

      Comment expliquer l’évolution physique des êtres vivants sans imaginer qu’il existait en eux-mêmes une volonté innée de s’adapter aux conditions d’évolution de leur environnement, une croyance en la possibilité de changer en soi pour survivre ?

      Les ailes qui se sont formées sur les membres antérieurs des êtres qui sont devenus des chauves-souris sont nées de quelle imagination ? Sont-elles le fait d’une intense volonté de l’animal lui-même, de sa croyance en la possibilité de changer pour survivre ? Ou bien résultent-t-elle d’une volonté, d’un souhait, d’un pouvoir extérieur ?

      Il semble que l’état actuel de nos connaissances ne permet pas de répondre. http://desencyclopedie.wikia.com/wiki/Chauve-souris

    2. @Jducac :

      l’ironie de l’histoire veut que ces braves chauve-souris , après s’être donné tant de mal pour croître et embellir , sont en train d’être exterminées par les parcs d’éoliennes que notre race développe pour obtenir cette précieuse énergie !

      Péché bénin ou péché mortel ?

  106. Pour moi le marché, même le plus primitif est déjà un dépassement de la nature. Quels sont les animaux qui se spécialisent dans une activité, échangeant le produit de celle-ci contre d’autres par le troc ou la monnaie, tissant des liens de dépendances vitaux car aucun ne produirait à lui tout seul tout ce qu’il a besoin pour vivre ? Les fourmis et les abeilles sont certes spécialisées mais il n’y a aucun marché dans leur essaims ni entre essaims. Et dans les immenses colonies d’oiseaux on ne s’échange aucun service : chacun doit aller chercher sa nourriture et défendre seul ses œufs contre les reptiles. Et malheur aux faibles, ils mourront seuls parmi la foule. Si les marchés actuels engendrent la misère, ce n’est pas parce qu’ils sont dans un état de nature mais par choix politique, fait consciemment par les riches et vendus comme naturels et indépassables aux pauvres. Les marchés actuels sont aussi primitifs, archaïques, que la justice lorsque celle-ci punissait par châtiments au lieu d’emprisonner et d’œuvrer à la réinsertion. Mais il a certainement déjà existé dans l’Histoire des sociétés avec des marchés où il n’y avait pas de pauvres, comme en Amérique avant 1492 ou en Afrique où le mot de pauvre n’existe pas dans leur vocabulaire.

    Deuxième point, l’homme n’est pas foncièrement mauvais, il est même fondamentalement sociable, comment vivre ne serait-ce qu’en hordes sinon. Vivre en hordes implique que la sélection naturelle a éliminé les moins sociables, sinon nos ancêtres auraient vécus solitaires comme des tigres. Or tous les primates sont bien des animaux sociaux. Seulement l’hormone de la sociabilité (entre autres effets), la sérotonine, engendre dans certains cas l’agressivité, par exemple envers les autres clans. Il serait donc plus juste de dire que le groupe d’hommes est un loup pour le groupe d’hommes, ou bien que la classe sociale est un loup pour la classe sociale. Et puis la capacité d’adaptation de la sélection naturelle a été prise de cours par la croissance exponentielle de nos communautés car on est passé en quelques dizaines de siècles de petits hameaux à des mégalopoles alors que le renouvellement des générations de l’espèce humaine est certainement le plus long de la nature. Et de plus l’homme peut en partie se soustraire à la sélection naturelle grâce à la technologie. Et si l’on regarde les statistiques criminelles entre le Moyen-Age et aujourd’hui, on perçoit bien une tendance à la baisse : 1000 crimes par an en France seulement pour 60 millions d’habitants. Mais il est vrai que nos jours l’abondance d’énergie a permis un relâchement des tensions sur les ressources disponibles.

  107. Réflexion faite, et après relecture, je suis d’accord avec ce billet. Puisqu’il vise le progrès, il est tout à fait légitime qu’il retienne le « côté hard » de la nature pour justifier qu’il reste de gros progrès à faire dans l’ordre économique.

    Reste que la solution préconisée, « Un nouveau modèle, non inscrit dans la nature avant l’Homme, devra cependant être découvert », n’est probablement pas la bonne. Je crois que l’espèce humaine ne peut rien inventer qui ne soit déjà « inscrit dans la nature avant l’Homme ». Exemple avec ce théorème du libre-arbitre qui dit que, « si un expérimentateur dispose du libre arbitre, alors les particules elles-mêmes disposent aussi de libre arbitre » ! Cela n’implique pas que le libre-arbitre existe à l’état naturel, seulement que, si l’espèce humaine prétend en disposer, alors elle ne peut qu’en découvrir l’origine dans la nature. Si l’on généralise ce théorème, nous ne pouvons rien créer ex nihilo, pas même les concepts. (Il est donc probable qu’il en aille de même pour l’analogie.)

    C’est pourquoi j’ai avancé l’idée de prendre « plus habilement modèle sur la nature ». (Ce qui m’a valu une « volée de bois vigneronesque » dont je me rappellerai toute ma vie.) En effet, si nous ne pouvons rien créer ex nihilo, tout ce que nous faisons ne peut être qu’imitation. D’où la leçon : imiter mieux au lieu d’imiter mal en croyant ne pas imiter.

  108. @Paul : au cœur de votre thèse, il y a la phrase sur le prix qui se termine ainsi : « tous également situés au sein d’une hiérarchie cautionnée par un système politique« . Il reste à montrer que cette hiérarchie émane de la nature et non de la politique. (Ci-dessus, Moi a fait l’objection suivante : « Ce que je vois, c’est tout comme Aristote des rapports de forces politiques, donc rien de naturel« .) Pour établir solidement la thèse, il faudrait montrer que les règles qui régissent les prix sont formellement identiques à celles qui régissent les signaux de domination/soumission des animaux à hiérarchie sociale, des signaux motivés par la crainte et le respect. Si l’on peut montrer, de surcroît, que ces règles sont irrationnelles eu égard aux intérêts bien compris des agents économiques, alors il ne fera plus de doute que l’état naturel de l’économie est imputable à l’origine naturelle de ces rapports de force qui dictent les prix.

  109. @Paul, dernière critique et puis j’arrête : vous ne cherchez pas à savoir pourquoi l’espèce humaine n’a pas surpassé la nature dans l’ordre économique. Serait-ce que vous craignez d’y découvrir une impossibilité ? J’ai l’impression que les règles de l’économie en font un jeu : très sérieux bien sûr, mais jeu quand même, c’est-à-dire activité faisant des gagnants et des perdants. (Ce qui se manifeste de façon évidente dans l’accumulation de capital pour les uns, et dans le maintient dans la pauvreté pour les autres.) Avec cette hypothèse, il faudrait, pour que l’humanité surpasse la nature, qu’elle imagine des règles avec lesquelles personne ne pourrait jouer. Seule une économie entièrement planifiée répondrait à ce critère.

    1. Et si au final, planifié déplaçait le problème sans le résoudre, car les planificateurs aussi doivent aussi ce projeter sur l’avenir pour que la planification est un sens et sachant qu’on ne peux maitriser toute les variables de nos économies (plus ou moins de malade cette année, de naissance, de décès, …), une planification est aussi un pari, non?

  110. Crapaud Rouge dit :
    13 janvier 2011 à 22:36

    @Paul, dernière critique et puis j’arrête :

    Il risque difficile pour crapaute rouge d’arrêter pour la bonne raison qu’elle ne sait rien faire d’autre elle s’accroche systématiquement sur les blogeurs souvent les plus cools pour les mettre en pièces. C’est ça façon à elle d’exister que voulez vous.

  111. J’avais dit « dernière critique et puis j’arrête », mais idle a raison : je ne peux pas m’en empêcher… Parce que je viens d’apprendre qu’un dauphin a fait une analogie, l’espèce humaine n’en n’aurait donc pas l’exclusivité. C’est dans L’âge de l’empathie de Frans de Waal qui raconte :

    Une expérience avec les dauphins est particulièrement significative. Un dresseur exécutait des mouvements sur le bord du bassin. Le dauphin l’imitait. Quand l’homme levait son bras droit, le dauphin levait sa nageoire droite. Lorsqu’il a levé sa jambe, le dauphin a levé sa queue! Le dauphin a fait bien plus que copier une action physique; il s’est montré capable d’établir une correspondance entre le corps de l’homme et le sien.

    Et qu’est-ce que cette « correspondance » si ce n’est une analogie ? Autre article intéressant sur Frans de Waal : cette interview dans Libé où il reprend mon argument principal : dans la nature, il n’y a pas que la compétition. Lui y ajoute l’empathie comme j’y ajoutais la symbiose.

    L’espèce humaine « surpasse » aussi la nature pour atteindre ses fins économiques. En particulier, il y a « surpassement » quand elle fore des mines profondes pour extraire des minerais qui sont inaccessibles à l’état naturel. C’est donc ailleurs ou autrement que se révèle l’état naturel de l’économie, au-delà des prix qui expriment les rapports de forces : il faut le voir dans les sanctions que ces rapports de forces impliquent, c’est-à-dire une pauvreté qui peut aller jusqu’à la déchéance et l’exclusion sociale, et qui pousse certains à rejoindre des organisations mafieuses. Pour dépasser le stade de la « sanction naturelle », il faudrait faire preuve d’intelligence pour donner à tout un chacun la possibilité de collaborer, ie de travailler, même s’il en résulte pour conséquence une baisse statistique de la productivité individuelle.

    1. Hello Crapaud rouge…Adam Smith est effectivement un auteur à revisiter d’urgence et merci pour ce lien interview…Par ailleurs le site sur l’empathie est fort intéressant…Néanmoins je m’en teindrais à votre exemple sur les dauphins pour ce qui nous rapproche …Il est de loin le plus esthétique…Mais je sais qu’au plus profond de moi-même qu’ils existe plus de choses qui nous rapprochent que de choses qui nous éloignent…C’est probablement pour cette raison que fût inventée la Fraternité…Dont seul l’amour universel en est le moteur…Sur ce coup là les économistes devraient pouvoir se retrouver pour un meilleur succès futur d’une carrière plus douce, reposante et harmonieuse.

    2. idle, ne seriez-vous pas un grand sentimental ? C’est l’impression que vous me donnez quand vous écrivez : « Mais je sais qu’au plus profond de moi-même qu’ils existe plus de choses qui nous rapprochent que de choses qui nous éloignent… » C’est très sympathique de votre part, et je me demande un peu ce qui me vaut une telle considération. La seule chose qui compte, du fait qu’on doive communiquer sans ce voir, c’est simplement d’exprimer sincèrement ses idées, même si certains (ou tous !) ne sont pas d’accord. (Et puis, ne pas être sincère, c’est tenir ses propres idées par le mépris, et donc se mépriser soi-même.) Cela dit, je suppose que nous partageons au moins la sincérité, non ?

  112. Pour dépasser le stade de la « sanction naturelle », il faudrait faire preuve d’intelligence pour donner à tout un chacun la possibilité de collaborer, ie de travailler, même s’il en résulte pour conséquence une baisse statistique de la productivité individuelle.

    La concurrence entre personnes amène une course à la performance (vertueuse) mais en cas d’injustices ou bien d’atteinte du niveau maximum, conduit à des frustrations puis des conflits et enfin à l’utilisation de méthodes « non loyales ».
    Sans compter que l’esprit d’équipe et la richesse qu’il apporte est mis à mal par cette focalisation sur l’individuel.
    Le merite est une valeur essentielle et juste, il faut la préserver.
    Il faut simplement viser à reduite les écarts entre les différentes niveaux hiérarchiques/sociaux/professions en terme de pouvoir et de richesse.

    1. bligblogalain, le mérite est une valeur morale qui s’évanouit dès lors qu’elle est matériellement récompensée. Avec des salaires « au mérite », on est comme des animaux dans un cirque, dans un comportement de type action/réaction bien plus complexe que le réflexe de Pavlov mais procédant du même principe.

  113. @Crapaud Rouge
    « idle, ne seriez-vous pas un grand sentimental ? C’est l’impression que vous me donnez quand vous écrivez : « Mais je sais qu’au plus profond de moi-même,il existe plus de choses qui nous rapprochent que de choses qui nous éloignent… »
    Sentimental peut-être…Mais pas dans cette phrase que je vénère comme la clée de la fraternité, elle n’est pas de moi, mais elle raisonne en moi comme la phrase de la réconciliation entre les humains.

  114. « progrès » et « civilisation » allant souvent ensemble, je mets ici une remarque de Chomsky qui lui est venue incidemment dans cette interview.

    Question : Lorsque la communauté internationale demande une enquête indépendante, qui sont les enquêteurs et quelle est leur légitimité ?
    Noam Chomsky : La presse ne parle presque pas de tout ce qui se passe. Il y a quelques jours il y a eu une réunion de ce qui est appelé la communauté internationale – ce qui signifie les États-Unis et quiconque est d’accord avec nous. Le monde entier peut bien être en désaccord, mais alors il s’agit de ceux qui sont contre la communauté internationale. Je ne plaisante pas.

    Il est clair que les US s’identifient à « la communauté internationale » dont elle se pose en leader. Mais ce qui attire ma curiosité, c’est que l’on pourrait fort bien remplacer la locution utilisée par « la civilisation » ou « le progrès », voire « le monde ». La phrase serait un peu curieuse mais en ajoutant « les représentants de », elle tient la route. D’où ma question : la civilisation m’a tout l’air d’être la faculté à s’identifier au monde, à être « les seuls », tout les autres étant indignes de représentation.

    1. Je ne vous remercierai jamais assez de toute façon. Depuis quelques jours, et grâce à ce blog, je me suis débarrassé de mon obsession, (le paradoxe EPR et les fentes d’Young bien sûr), je me sens enfin libre de penser à bien d’autres trucs rigolos. Et je ne plaisante pas, comme disait Chomsky. Je vois maintenant plein de choses qui s’emboîtent, un puzzle se dessine tout seul dans ma tête. Ce qui me fait flipper, c’est que le boulot en vue risque fort de m’obliger à tout ranger dans le placard à balais. Je me demande si je ne vais pas me mettre délibérément au chômage…

    2. Crapaud

      Je vous conseille les concertos pour piano de Mendelsson. ou tout simplement une térrasse de café au soleil, c’est parfois quant on pense le moins qu’on réfléchit le mieux, qu’on recharge ses batteries/ Bien à vous

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