L’actualité de la crise : MANQUE DE RESSOURCES, par François Leclerc

Billet invité

Le silence peut parfois être plus inquiétant qu’autre chose. C’est le cas en Europe, où nous sommes loin d’en avoir fini. La fin de l’année est une occasion choisie par les médias pour faire le point, amenant son lot de rétrospectives.

Revenant sur la fameuse promenade d’Angela Merkel et de Nicolas Sarkozy sur les planches de Deauville, le 18 octobre dernier, les journalistes du Wall Street Journal viennent de mettre en perspective l’épisode irlandais de la crise européenne et la mise en scène pour les médias de leurs pas de deux. Ils relatent la tentative très politique et maladroite des deux dirigeants européens de maîtriser des événements qui leur échappent des doigts et les poussent à agir. Sous la forme de ce qu’ils savent faire le mieux : passer un compromis. Sans voir plus loin, convaincus une fois de plus que le pouvoir qu’ils expriment sera suffisant.

De quoi est alors fait ce deal, que l’on leur reprochera d’avoir passé à la sauvette et imposé aux autres ? D’un nouveau montage destiné à financer les pays touchés par la tempête, qui prévoit de renouveler et rendre permanent un dispositif de stabilisation financière initialement prévu comme provisoire. De soulager un peu la pression sur les Etats, afin qu’ils réduisent la voilure de leurs déficits, en faisant passer à la trappe l’automaticité des sanctions frappant les réfractaires, mesure souhaitée par les Allemands. Et de faire passer à la caisse les banques européennes, principales créancières des Etats.

On sait depuis comment cette ligne stratégique a dû être remodelée sur ce dernier point très sensible, dont la seule évocation a fait céder les derniers barrages qui protégeaient l’Irlande, qui a alors subi une pression insupportable. Les marchés y ont eu leur part, la BCE aussi.

Rapportée par le Journal, une apostrophe ultérieure de Nicolas Sarkozy à Jean-Claude Trichet résume à elle seule la situation : « Vous parlez peut-être avec des banques, nous sommes responsables devant les citoyens ! ». De fait, c’est à reculons que la BCE a agit, soutenant à bout de bras les banques irlandaises et intervenant sur le marché obligataire afin de stabiliser le taux des titres des pays les plus immédiatement visés. Tout en menaçant de stopper ces dispositifs, afin d’obliger les Etats à prendre leurs responsabilités. De fait encore, à céder aux diktats des marchés afin de renforcer sans plus attendre les plans d’austérité budgétaire.

Deux points de vue se sont durement opposés durant ces dernières semaines, celui des politiques et celui des financiers. Tout à leur logique et leurs préoccupations, ces derniers se soucient moins que les premiers des conséquences sociales et politiques de ces plans et des difficultés à les mettre en oeuvre. On parle beaucoup de l’indépendance de la BCE vis-à-vis des politiques, et des esclandres qui opposent son président à Nicolas Sarkozy, cherchant à desserrer un peu l’étau. Mais on ne parle pas de l’alignement intransigeant de la banque centrale sur les intérêts des milieux financiers. Pourtant, on peut faire confiance à l’un comme à l’autre pour remettre le couvert dès le début de l’année. Signe annonciateur qui ne trompe pas, la banque centrale vient de reprendre ses achats obligataires, en dépit de la faible activité du marché. Cela montre que les tensions persistent, qu’en sera-t-il au réveil après les fêtes ?

A la fin du dernier épisode, le Portugal était sur la sellette et l’Espagne avec lui. Ce nouveau test peut-il rester longtemps en suspens ? Les épisodes précédents ont déjà montré que les marchés avaient les moyens d’imposer leur volonté, c’est à dire de faire rentrer dans le rang les Etats qui refusaient de se plier à une stricte discipline budgétaire, les uns après les autres, en partant des plus vulnérables.

Dans le cours de cette histoire, le Portugal n’est pas un véritable enjeu, l’Espagne si. De par sa dimension et les moyens qui seraient nécessaires à son sauvetage. Le sort des deux peut-il toutefois être dissocié ? Le mal espagnol est rampant et ne fait que progresser, alimenté par le lent épanchement de sa bulle immobilière. Car c’est l’une des caractéristiques de ce type de bulle que d’inexorablement entraîner par son ruissellement ceux qui l’ont financée dans le gouffre de leurs pertes. C’est donc une simple question de temps, une course de vitesse – de lenteur, vaudrait-il mieux dire – étant engagée entre la mise en place d’un nouveau dispositif financier européen, prévu pour début 2013 si tout va bien, et l’éclatement de ce nouvel anévrisme.

Le premier appel au marché du fonds de stabilité actuel (EFSF), qui devrait intervenir en début d’année, va fournir une première indication sur l’état d’esprit des marchés. D’autres rendez-vous sont plus attendus, dont celui avec l’Espagne, à l’occasion de ses nouvelles émissions obligataires. Les dernières ont été souscrites, mais à des taux très élevés, autour de 5,4%. Qu’en sera-t-il des prochaines ? Si les taux devaient encore augmenter, un arbitrage ne serait-il pas finalement rendu en faveur d’une entrée dans le dispositif d’aide européen, le mettant véritablement à l’épreuve du feu ? Car il offrirait alors, avec le FMI, de meilleures conditions financières ?

L’annonce très politique par le gouvernement chinois de son soutien financier, ainsi que le débat qui a tourné court à propos de la mise en place d’une agence de la dette et de l’émission d’euros-obligations, sont inscrites en toile de fond de la crise européenne, mais elles ne seront pas d’un grand secours dans l’immédiat. Les discussions engagées entre Allemands et Français sur les modalités d’un gouvernement économique ne peuvent pas davantage déboucher sur des réalisations concrètes à court terme, si ce n’est sur des mesures symboliques. Car ce qui est en cause, ce ne sont pas des mécanismes de concertation plus ou moins ajustés, mais une stratégie économique commune, qui fait totalement défaut, assortie de ses moyens.

Après que les gouvernements européens se sont fait peur devant le risque grandissant d’éclatement de la zone euro, toujours présent, ils se sont rendus compte qu’ils ne pouvaient pas l’assumer, mais ils ne s’en donnent pas pour autant les moyens. Ils ont déjà reculé devant des pas en avant qu’ils répugnent à effectuer, des seuils qu’ils ne savent pas franchir. Tout à leur bataille défensive perdue d’avance contre les assauts des marchés, qu’ils redoutent et ménagent, ils sont en retard d’une guerre.

Si un Etat se prépare à illustrer au mieux la dangereuse inconnue que représente la situation européenne, c’est bien le Royaume-Uni, bien qu’il soit hors zone euro. Un redoutable cocktail y est servi, fait de récession et d’inflation, ce qui ne manquera pas d’attiser une crise sociale et politique rampante.

Ce qui est en jeu, c’est l’affirmation d’une stratégie alternative à celle qui est impulsée sous la férule des marchés. Qui en a la ressource ? Les partis se réclamant à la fois de la tradition social-démocrate et de leur statut de parti de gouvernement n’ont pas jusqu’à maintenant fait la preuve qu’ils la possédaient. Sans doute parce qu’ils ne peuvent prétendre réformer le capitalisme que lorsque celui-ci en a les moyens, et que ce n’est plus le cas. C’est la seule certitude que l’on peut aujourd’hui tenir pour acquise, et ce n’est pas suffisant.

La nouvelle livraison des stress tests des banques européennes, évoquée brièvement récemment, est pour l’instant enterrée, faute d’accord sur ses modalités. Car, pour être crédibles, ces nouveaux tests impliqueraient de mettre en évidence des besoins de recapitalisation des banques que celles-ci ne sont pas en mesure d’assumer par leurs propres moyens. Et auxquels les Etats seraient bien en peine de pourvoir dans le contexte actuel. Il ne peut pas être fait appel aux marchés tout le temps et à tout propos…

C’est là que cela coince : les marchés manquent eux aussi d’une ressource, celle de régler leurs propres problèmes par eux-mêmes.

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123 réflexions sur « L’actualité de la crise : MANQUE DE RESSOURCES, par François Leclerc »

  1. Merci Arnaud pour « L’esprit Public » sur France Culture…Il semble que le cadre et le contenant Europe soit possible…Reste que le contenu est à reconstruire entièrement…Et alors là il y a du travail.

  2. « Dans le cours de cette histoire, le Portugal n’est pas un véritable enjeu, l’Espagne si. De par sa dimension et les moyens qui seraient nécessaires à son sauvetage. Le sort des deux peut-il toutefois être dissocié ? Le mal espagnol est rampant et ne fait que progresser, alimenté par le lent épanchement de sa bulle immobilière. Car c’est l’une des caractéristiques de ce type de bulle que d’inexorablement entraîner par son ruissellement ceux qui l’ont financée dans le gouffre de leurs pertes. C’est donc une simple question de temps, une course de vitesse – de lenteur, vaudrait-il mieux dire – étant engagée entre la mise en place d’un nouveau dispositif financier européen, prévu pour début 2013 si tout va bien, et l’éclatement de ce nouvel anévrisme. »

    Malgré les efforts de Merkel et Sarko pour que l’Espagne ne fasse pas faillite on voit mal comment elle pourrait l’éviter dans les prochains mois:

    Les remboursements de l’Espagne en 2011. Ou quand une image vaut mieux que mille mots:
    http://www.tesoro.es/doc/SP/home/estadistica/26.pdf

    « Banques et Caisses d’épargne affrontent des remboursements de 97 Mds € en 2011, un 20 % de moins que l’Etat ».
    http://www.cotizalia.com/noticias/bancos-cajas-afrontan-vencimientos-deuda-97506-20101228-63055.html

    « Selon Moody’s les banques espagnoles n’ont reconnu que la moitié de leurs pertes » (88 Mds € sur 176 Mds €).
    http://www.eleconomista.es/empresas-finanzas/noticias/2670555/12/10/La-banca-espanola-solo-ha-reconocido-la-mitad-de-sus-perdidas-segun-Moodys.html

    Sur la situation catastrophique de l’Espagne à tous les niveaux (État, régions, villes):
    http://www.lacartadelabolsa.com/index.php/leer/articulo/madrid_la_punta_del_iceberg_los_bancos_cobraran_y_los_demas/

    http://www.cotizalia.com/disparate-economico/economia-cuarto-trimestre-20101213-4550.html

    http://www.lacartadelabolsa.com/index.php/leer/articulo/affaire/

    Les grandes entreprises espagnoles contre les nouvelles normes comptables, qui augmenteraient leur dette de 10 Mds €
    http://www.expansion.com/2010/12/18/empresas/1292629270.html
    et
    http://www.expansion.com/2010/11/14/empresas/1289773172.html

  3. hors sujet je sais
    pour motiver les gens ils faut des slogans

    je vous propose donc

    USAGER USÉ PAR L’USAGE DES USURIERS

  4. encore une couche de peinture pour une situation inextricable, toujours pour les mêmes raisons:
    la dette ne peut jamais diminuer en régime capitaliste, car elle est le strict corollaire de la concentration des fortunes. Elles peuvent passer des épaules privées vers des publiques et vice versa, mais jamais reculer.
    D’où le nécessité des restructurations à venir, en clair, la déclaration de certains défauts de paiement reconnue. Mais cela amènera à des retraits de fonds restreignant les capacités de financement de l’édifice.
    Il n’y a, sans changement de type de monnaie, aucune possibilité de solution.
    Mais j’arrête, car je prêche dans le désert.

    1. Mais non , mais non !

      Dans ce soit disant désert , il y a déjà trois bivouacs :

      PSDJ

      Schizosophie

      Johannes Finckh

      sans compter le capitalisme agonisant

      et des marchands en risque de se retrouver sans marché

      et une nouvelle Marseillaise pour traverser le désert : « Marchons , marchons …. »

    2. @M:

      Quand le capitalisme aura fini d’agoniser seul ou achevé , il restera le désert et la nécessité de marcher ( de marché , ça se discute ) .

      @ Johannes Finckh :

      PSDJ pour Pierre Sarton du Jonchay ( ou de la jonchaie ?)

      Schizosophie est le pseudonyme d’un commentateur qu’il m’est arrivé de surnommer Méphistophélès , et qui a une acuité de jugement et d’expression digne du fil de l’épée de D’Artagnan quand il est Schizo ,ou de sa fille …quand il est Sophie .

      Si je vous ai cité tous les trois , c’est que je vous ai ressenti comme de « vrais  » solitaires faits pour le désert sans y désespèrer et capables de toutes les oasis . Votre découverte étonnée des deux autres nommés me confirme d’ailleurs , en ce qui vous concerne , que je ne me suis pas trompé .

    3. Histoire de filer la métaphore, juste pour rire, ni cherchez pas de who’s who.

      Ventura : Ouais, je sais, je sais, je me suis peut-être un peu écarté de la route. N’empêche que je vous ai quand même sortis d’un drôle de pétrin, non ? Je vous garantis qu’on sera à El Alamein la nuit prochaine et dans nos plumards.
      Biraud : Si vous continuez sur votre route, brigadier, et si mon relevé est correct, nous n’allons plus à El Alamein mais sur le cap de Bonne Espérance.
      Aznavour : Et ça porte des galons !
      Ventura : Si tu les veux ! On s’est écarté de combien ?
      Biraud : Oh, remarquez, je disais le Cap de Bonne Espérance pour ne pas vous vexer. En réalité nous fonçons vers le Pôle Sud.

    4. @Schizosophie :

      En me souvenant que c’est Sophie Marceau qui tenait le rôle de la fille de D’Artagnan , je me découvre un don divinatoire !

      @Philippe MEONI :

       » nouvelle monnaie adossée à du réel palpable « .

      ça fait au moins trois notions ( concepts , valeurs …?) à définir de façon aceptée par tous ( ou au moins une forte majorité chère à Paul Jorion et sans doute une …majorité d’entre nous ) :

      – adossée

      – réel

      – palpable

      si vous voulez réellement palper votre monnaie sans vous mettre tout le monde à dos .

    5. il restera le désert et la nécessité de marcher ( de marché , ça se discute ) .

      soit, marchons ! car, d’une façon ou d’une autre, il le faudra bien …
      tout est à reconstruire …

  5. N’oublions pas 2 choses :
    les banques européennes doivent se recapitaliser en Europe parce qu’elle n’ont pas été autorisées a pratiquer le Mark to Fantasy comme leur consoeurs américaines qui ont abandonnées le mark to market avec le « FAS 157 »

    d’autre part, si je ne m’abuse, l’Islande après avoir refusé de soumettre au dictat du marché s’en tire plutôt bien !
    Donc le « pouvoir » du marché n’est que le pouvoir qu’on lui octroie.

    1. L’Islande va devoir faire face à une multitude de procès destinés à la forcer à rembourser ses créanciers.
      Hors, même avec 320 000 personnes pêchant une tonne de poisson par mois, ça risque de durer…(rien que les 5 milliards du FMI étaient une « avance »)

      Et …. le temps, c’est de l’argent. Surtout pour un financier.

      Sachant que vu la dégradation de la situation un peu partout sur terre, il semblerait qu’ils n’aient pas fait une si mauvaise opération que cela. Le temps travaille aussi pour eux car si c’est la foire générale, qui se souciera de ce qu’ils doivent.

      Pour info : les emprunts russes d’avant la révolution bolchévique sont toujours l’objet de procédures judiciaires.
      Un prêteur a la dent dure si l’on touche à son grisbi.

  6. La seule alternative crédible au capitalisme/libéralisme s’est cassée la gueule en 1991, usée par la compétition militaire avec les US , bouffée par la médiocrité et la corruption de ses élites . Ce n’est pas demain qu’on va en voir une nouvelle surgir. La crise actuelle n’est ni financière ni économique, elle est politique. Certaines « alternatives » existent quelque part, du côté de la « gouvernance mondiale », elles attendent que la situation se soit suffisamment dégradée. Si comme moi on n’aime pas, il ne reste comme seule alternative pour l’Europe que l’alliance avec la Russie et la mise au placard des atlantistes. Seule une alliance avec la Russie permettra à l’Europe de perdurer dans sa forme politique et économique actuelle, il n’y a rien à attendre des US. Sinon c’est parti pour une décennie ou deux d’austérité mal partagée, les peuples occupés à souffrir et lutter pour des conditions minimales de vie pendant que la science-fiction se met peu à peu en place. 50 ans après les premiers avertissements, c’est finalement très peu. En attendant, prenons soin de nous et de nos proches.

    1. Les Russes que je connais et qui ont vécu en Union soviétique donneraient beaucoup pour que ce temps ne revienne jamais. Tous les sondages réalisés en Fédération de Russie depuis 1991 montrent que, malgré la (petite) vague de nostalgie qui se renforce avec le temps (cette tendance si humaine de toujours idéaliser ce qui n’est plus), une grosse majorité des Russes refuse l’idée d’un retour à l’URSS (comme si cela était possible..).

    2. Ando… Attention aux opinions « orientées ».
      Ceux qui regrettent l’Union Soviétique ne pouvaient pas répondre au sondage : ils étaient trop cuités à la vodka.
      (la Russie remporte la médaille olympique de décès par alcool…)(Bretons battus, ce qui est déjà en soi un record)(et n’oublions pas que dieu a inventé l’alcool pour éviter que les Bretons ne conquièrent la planète 😉 )

    3. qui ont vécu en Union soviétique donneraient beaucoup pour que ce temps ne revienne jamais.

      en France – quoique les étatsuniens nous trouvent « communistes » ( !!), et veulent qu’il n’y ait plus ici, que deux alternatives : la presqu’extrême-droite et l’extrême droite, tout comme chez eux …- nous avons toujours eu un mélange plus harmonieux ….

      nos communistes, n’en déplaisent à ceux qui ne connaissent pas l’Histoire, en France, ont lutté pour plus de justice sociale, ouvriers y ayant laissé leur peau, ce qui a été ensuite « utile » pour tout le monde : les acquis sociaux ne sont pas tombés du ciel …et ont combattu dans la résistance, y laissant bien des leurs – leur sens de l’organisation et de la solidarité ayant certainement bien aidé à constituer des réseaux efficaces …(exemple, et non des moindre : Jean-Pierre Vernant …, qui, étant par le suite en désaccord, et étant un homme libre, a quitté l’organisation) …il me parait profondément injuste d’ignorer cela ! ( et, je ne suis pas de culture communiste ) : là aussi, il y a eu exception française [ car la mémoire des luttes de notre propre Pays est là : nous avons une histoire singulière ]…

      actuellement, le décryptage de l’horreur réelle du système bureaucratique et pyramidal, est là .
      personne ne le nie .

      mais, que pensez de ceux qui oublient de voir l’horreur des dictatures fascistes en Amérique du Sud, par ex. : un poids , deux mesures :
      « …En 1954, le général Stroessner s’empare du pouvoir au Paraguay et met en place une dictature personnelle qui dure jusqu’en 1989. Au moment où les régimes militaires, au nom de la sécurité nationale, se multiplient en Amérique du Sud, Alfredo Stroessner devient un ardent champion de l’anticommunisme, renforce la répression et cherche à resserrer les liens entre son pays et les États-Unis. Le Paraguay rejoint le système Condor – qui organise la collaboration des dictatures d’Amérique du Sud pour l’élimination de leurs opposants – mis en œuvre par ses voisins du Cône sud. Les archives découvertes à Asunción constituent l’une des principales sources d’informations sur le système Condor longtemps resté secret. Il s’agit dans cet article d’expliquer le fonctionnement du système et le rôle spécifique que tient le Paraguay dans la mise en œuvre d’une répression internationale… »
      http://www.cairn.info/resume.php?ID_ARTICLE=VING_105_0033
      et que pensez de l’absence de réaction, face à la LLOPSI, dans notre pays :
      est-ce que cela ne nous rappelle pas un (excellent) film : » La vie des autres »
      http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=111643.html
      La surveillance de tous et chacun, l’ambiance paranoiaque, sont bien les mêmes, au fond …

      Les citoyens, assemblées de citoyens, doivent, quelque soit le régime, pouvoir avoir accès à ce qui se décide, et avoir un pouvoir de renvoi de ce qui est inique, opaque, trouble, anti-démocratique …[ex. Lobbies et UE …l’absence de contre-pouvoir, la Loi imposée et caviardée, le Parlement croupion ……]

  7. Dostoievski n’a jamais cru que l’encyclopédie remplacerait avantageusement la bible, et la science la religion. Et je crois que nous vivons la fin du nihilisme inclus dans le programme de la « religion drapeautique » comme dirait Céline en parlant de 1789 … Comme tout le monde l’a noté, sans religion, pas de morale, si l’on veux bien penser cette proposition jusqu’au bout en écartant toutes les tentatives de reconstruction d’une morale athée telle que l’existentialisme, mai 68, le positivisme, etc.

    p 126, Carnets : La France porte une idée – le communisme. Elle a été trompée par le christianisme, elle a été épuisée et elle l’a repoussé, après avoir repoussé les conquérants. Maintenant, elle veut décider elle-même et veut partager. Mais il est impossible de partager, sinon de s’organiser de façon rationnelle, scientifique et philanthropique, en s’aimant les uns les autres, en travaillant et en vivant les uns pour les autres, et en étant forts les uns grâce aux autres. Bref, la même église, la même religion, le même temple, mais sans le Christ. Ils ont seulement oubliés que tout cela est une utopie. Ils ne savent pas si le pain suffit. Scientifiquement, sans religion – mais l’homme ne voudra pas échanger ses contraintes pour du pain, il n’est pas possible d’imaginer la solution.

    La fin est confuse, mais il a le mérite d’éclairer notre état, et comme l’a dit Aristote, si l’amitié régnait partout, les lois seraient inutiles.

    p 116 :

    La famille est sacrée, mais la pitié et la justice sont aussi sacrées que la famille, et si les choses étaient telles que la famille dût être impitoyable, la famille ne vaudrait pas la peine d’exister…

    Bon c’est confus, tant pis.

    Une autre idée me venait, à savoir que l’état de nature n’a jamais existé : On a noté aussi que Hobbes était en avance sur son temps, où régnait une économie administrée mais qu’il décrivait très bien le modèle capitaliste à venir, ou chacun était animé d’un mobile égoiste, d’un momentum solipciste.. en effet, – ce qui replace l’état de nature devant la civilisation et non avant elle.

    L’homme préhistorique était entièrement corseté (son esprit) par la « religion » qui était la totalité de sa pensée. L’individu n’existait pas, n’existe pas avant la Renaissance et donc l’état de nature n’existait pas avant. C’est une fiction, la violence a toujours été le monopole du pouvoir symbolique du chef, des mages, grands prêtres etc.

    L’état de nature, nous y sommes en fait, à peu près, nous risquons plus que jamais d’y tomber entièrement, et ce n’est pas un état du passé mais un stade présent. La passé n’a jamais été archaïque, il était ordonné. Je fais partir les commencements de l’ordre. La civilisation pose la question de la liberté et donc du désordre. Et contre cet aléa qui comprend la perte du collectifs, – Dostoievski imaginait cet idéal d’amour chrétien, qui n’est pas tout à fait un vain mot, car ce n’est pas pour rien que la communisme a pris à l’Est, il dit aussi que le communisme est une idée chrétienne…

    Ceci pour faire la liste de tout ce que nous avons perdu ! Donc sans religion, sans morale et sans amitié, hm..

    1. Je doute quand même fort que la religion était plus souhaitable. Je dirais que la seule chose qui diffère, c’est qu’avec comme autorité, l’Etat, la sanction n’est plus certaine. Il y a toujours le moyen, ou au moins l’espoir, d’y échapper. Alors que le divin est omniscient, la sanction certaine, et la peur est en conséquence plus élevée.

      La religion est dès lors probablement plus efficace à imposer une certaine morale. Mais plus souhaitable, j’en doute. La morale est-elle encore morale lorsque celui qui la suit ne le fait que par crainte d’être châtié ?

      Pour qu’il y ait véritablement une morale à l’échelle de la société, il faut inévitablement une volonté de se comporter conformément à la morale à l’échelle de la société. On en est loin. Le maître mot aujourd’hui est « liberté », compris seulement dans sa composante auto-centrée. Si la liberté est un droit, elle emporte nécessairement obligation de prendre en compte celle des autres, et cette composante est largement mise aux oubliettes, parce que « trop dure » à respecter.

      Si, par exemple, personnellement je vois les financiers comme agissant hors de toute morale, ce n’est pas tellement parce qu’ils agissent dans leur intérêt propre. C’est surtout parce qu’ils agissent sans aucune considération de l’intérêt d’autrui, et agissent de facto bien trop souvent contre l’intérêt d’autrui, presque par nature de l’activité.

      La voie morale implique nécessairement des sacrifices, mais qui, peut-être paradoxalement, n’en sont plus pour celui qui est déjà vertueux. Toute la question est de savoir comment passer du point A ou point B. Et la peur n’est pas une option.

    2. Hhmm…

      Il est vrai que la méthode est plus soft que les guerres de religion, maintenant : on fait mourir de pauvreté sans faire couler le sang.

      Belle évolution de l’hypocrisie humaine.

      Je vais encore me faire traiter d’amer… Qu’on voit danser, le loong des golfes clairs…

      Une chose me « rassure » néanmoins : il y a de plus en plus de Bretons qui apprécient d’aller voir la mer démontée tant le spectacle nous fait sentir sa force, sa beauté et nous permet de nous re-situer à notre petite place bien réelle.

    3. @Vincent :tu ecris :
      ////Je doute quand même fort que la religion était plus souhaitable. Je dirais que la seule chose qui diffère, c’est qu’avec comme autorité, l’Etat, la sanction n’est plus certaine. Il y a toujours le moyen, ou au moins l’espoir, d’y échapper. Alors que le divin est omniscient, la sanction certaine, et la peur est en conséquence plus élevée.///
      C’est marrant , parce que c’est le contraire de ce qu’écris EPICURE (je crois): «  »Je préfère croire aux dieux qu’aux Physiciens , parce qu’avec les dieux on peut changer mon avenir par des offrandes etc … (de mémoire) ..tandis qu’avec les physiciens il est inéluctable «  » »……….Joli texte sur le déterminisme , non ?
      Ceci dit , je tiens les morales religieuses pour une récup /squatt tardif des rites millénaires . Ces Rites (Goffman /K.Lorenz) s’étant substitués a l’agressivité intra-spcifique pour autoriser la socialisation de l’animal (non encore humain)….. Les rites sont inconscients ou peu conscients , mais souvent peu « logiques » en premiere etude ….L’émergence de l’intelligence a necessité des explications « rationnelles » ou irrationnelles …et une zone de pouvoir est toujours bonne a prendre ds une structure hierarchisée.
      En plus court , on peut soutenir la thèse que rites ou morales religieuses, sont des « memoires » lointaines longuement rodées , essayées aux bancs d’essais les plus rudes (famines , guerres , eres glaciaires …) dont la rigidité doit présenter un interet pour la civilisation ou l’espece .

  8. « Ils nous dénigrent, les escrocs nous dénigrent, alors qu’il n’y a qu’une différence, ils volent les pauvres sous couvert de la loi, alors que nous volons les riches sous la seule protection de notre courage. »

    Le pirate Bellamy à son procès en 1720

  9. Hervé Novelli : Le « lou ravi » de l’ultra libéralisme is back ! Hervé Novelli, au nom de l’UMP demande la suppression des « allégements de charges sur les bas salaires liés aux 35H00 », en échange d’une « fluidité du droit social pour les entreprises  » Devinez qui seraient les perdants ?

    http://www.marianne2.fr/SlovarMarianne/Herve-Novelli-Le-lou-ravi-de-l-ultra-liberalisme-is-back-_a147.html

    Laurent Pinsolle se penche sur la proposition d’émettre des euro-obligations au sein de la zone euro pour sauver la monnaie unique. Le blogueur critique la proposition des «eurocrates», selon lui, ridicule.

    http://www.marianne2.fr/L-illusion-des-euro-obligations_a201078.html

    Résultat, les eurocrates continuent à essayer de construire leur château de cartes fédéraliste sans se rendre compte que leur construction est de plus en plus instable et impopulaire. Gageons que soit la colère des peuples, soit le jugement des marchés, qu’ils ont rendu tout puissants, le fera s’effondrer sous peu.

    http://www.marianne2.fr/sarkofrance/Crise-comment-Sarkozy-et-Cope-veulent-reecrire-l-histoire_a302.html

    http://www.marianne2.fr/Chomage-le-pire-est-a-venir-pour-les-ouvriers_a201090.html

    1. Dissy…

      L’attaque de la Livre par Soros en 1993.. ça te dit quelque chose..???

      Au plus une monnaie est utilisée par un nombre important de CONsommateurs, au moins elle est attaquable.

      Si tu oublies volontairement tous les accords entre pays qui se sont accélérés depuis l’après-Lehman, tu ferais preuve d’une belle hypocrisie.
      De même que si la Chine a plaidé pour un attachement universel des devises par un panier, ce n’est pas pour rien.

      Maintenant, si tu es anti-Europe, expliques-moi à quelle devise importante tu raccrocherais ton nostalgique « Franc ».
      Au dollar, à l’Euro, ou … « rien »..???
      (conseil : fais attention, le raccrochement à l’or est risqué, ces temps-ci 😉 )

    2. Mais, si la zone euro fait « boum » …avec retour aux devises nationales, certes , ça va tanguer …
      mais, est-ce que cela ne permettrait pas de remettre l’Europe à l’endroit : sortie de la tutelle zuesse et des lobbies, reconstruction démocratique du « machin », pour les Pays le souhaitant, avec un vrai Parlement, et des citoyens : citoyens, car partout, débats organisés, états généraux, pour créer un lieu vivable …
      et par dessus l’ensemble, une monnaie commune .
      N’est-ce pas le point de vue de l’Hôte et de ses Invités-cherchant … ?

      Ah bon, j’ai encore rien compris ?

  10. A propos de l’Italie :

    – Emprunt à 6 mois :

    Le 26 octobre 2010, l’Italie avait lancé un emprunt à 6 mois. L’Italie avait dû payer un taux d’intérêt de 1,203 %.
    Un mois plus tard, le 25 novembre 2010, l’Italie a dû payer un taux d’intérêt de 1,483 %.
    Un mois plus tard, mercredi 29 décembre, l’Italie a dû payer un taux d’intérêt de … 1,698 % !

    – Emprunt à 2 ans :

    Le 26 octobre 2010, l’Italie avait lancé un emprunt à 2 ans. L’Italie avait dû payer un taux d’intérêt de 1,767 %.
    Un mois plus tard, le 25 novembre 2010, l’Italie a dû payer un taux d’intérêt de 2,307 %.
    Un mois plus tard, mercredi 29 décembre, l’Italie a dû payer un taux d’intérêt de … 2,937 % !

    Boursorama

    Conclusion : plus les jours passent, plus l’Italie emprunte à des taux d’intérêt de plus en plus élevés.

    Plus les jours passent, plus l’Italie se surendette.

    Plus les jours passent, plus l’Italie se rapproche du défaut de paiement.

    1. Salut, souverainiste.

      As-tu lu les dernières nouvelles sur les réserves du FMI…???
      Et bien tu verras qu’aucun pays européen ne va faire faillite.

      D’ailleurs, il n’a pas le droit. 🙂

    2. C’est comme les Français en 1789.

      En 1789, les Français n’ont pas fait la révolution.

      D’ailleurs, ils n’avaient pas le droit.

    3. Le ‘droit’ cela se prend….cela ne sera même pas nécessaire le ponzi Eurocrate s’écroulera bien tout seul …comme une certaine URSS…

  11. Oui c’est bien beau de parler finance, mais quand les dirigeants refusent d’entrer dans une politique d’augmentation des salaires, faut pas s’étonner que les consommateurs ne consomment plus, que les banques n’ont plus d’argent dans les caisses (les clients n’en ont pas dans leur compte), que l’industrie s’effondre faute de commandes (car toujours pas de reprise)… On paye 20 années de mauvaises répartition des richesses. Relancer la consommation c’est pas donner à ceux qui ont déjà des millions… Bouclier Fiscal…

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