« JE VAIS BIEN, NE T’EN FAIS PAS », par Zébu

Billet invité

Comme le ferait un frère disparu mais dont les parents ne s’inquiètent guère en apparence de cette disparition, on reçoit de temps en temps des cartes postales de la crise, la vraie, celle qui frappe sourdement et sape quotidiennement la résilience de nos sociétés malmenées.

Remis le 23 décembre 2010 au (nouveau) Ministre de la Ville (mais aussi chargé du Grand Paris) Maurice Leroy (probablement indisponible le 24 ou le 31 décembre), le rapport de l’ONZUS (Observatoire National des Zones Urbaines Sensibles) est passé quasiment  inaperçu, ce qui était bien l’effet recherché.

Pour autant, ces fameuses ‘ZUS’ (dont le terme ‘sensible’ est politiquement approprié mais socialement inadapté : ‘ZUP’, ‘Zone Urbaine de Pauvreté’ conviendrait mieux) concernent une bonne partie de la population française :

« En 2006, en France métropolitaine, la politique de la ville concerne 717 Zus regroupant 4,15 millions d’habitants (recensement de 2006). À ces habitants s’ajoutent ceux des quartiers inscrits dans les Contrats urbains de cohésion sociale (Cucs) qui ne sont pas en Zus. Ces derniers quartiers regroupent environ 3,80 millions d’habitants. Au total, la politique de la ville concerne, en 2006, près d’un français de métropole sur huit. » (p.17).

En ne tenant compte que des ZUS, on obtient avec ce rapport une analyse détaillée d’environ 7% de la population, ce qui est loin d’être négligeable, d’autant plus que l’on qualifie ces ‘zones’ de ‘sensibles’.

Et qu’y apprend-on ?

Que 43 % des jeunes hommes actifs et 37% des jeunes femmes actives sont au chômage.

Que le taux de chômage global, de 18,6%, y est le double de celui dans les autres zones urbaines.

Comme à son habitude, Luc Bronner, journaliste au Monde spécialisé sur les banlieues françaises, est un des rares à nous informer de la réalité de la crise dans ces ‘zones’.

On pourrait d’ailleurs prendre d’autres paramètres (familles monoparentales, santé, logement, origine étrangère, atteintes aux personnes, …, y compris les taux de réussite au brevet et au Bac, rare point ‘positif’), mais tous sont en ‘progression’, formant ainsi un ‘spread’, croissant, pour utiliser les termes en cours, socio-économique d’avec la moyenne française.

Quel rapport d’avec la crise financière en cours me direz-vous ou avec le système financier ou bancaire actuel, tant les connexions semblent inopérantes ?

Ceci.

« Pour que la CDC puisse continuer à financer le logement social, il faudrait qu’elle conserve environ 74% des fonds issus du LDD et du Livret A à l’horizon 2020, expliquait en octobre dernier Augustin de Romanet, le président de la Caisse. Pour la CDC, qui doit maintenant financer des prêts destinés aux infrastructures et aux transports, et qui prévoit l’explosion du financement du logement social dans les prochaines années, il n’est donc pas question que son taux de collecte soit inférieur aux promesses faites en 2008. Dans le pire des cas, elle est prête à accepter un taux de centralisation de 70%. »

Or, le logement social est éminemment prégnant dans ces ‘zones’ que l’on dit ‘sensibles’ : 60% de la population concernée réside dans les logements HLM selon l’INSEE, où 90% (!!) des logements ont été construits AVANT 1982.

On comprend donc que la CDC (Caisse des Dépôts et Consignations) refuse de laisser aux banques plus de 30% des dépôts récoltés par les livrets A et LDD, le logement social étant en bonne partie financée par la CDC (une de ses missions), logement dont on a vu que la quasi-totalité du parc dans ces ‘zones’ (on ne parle même pas du reste) a AU MOINS plus de 30 ans …

Mais tant il est vrai que les banques doivent ‘se refaire’, on octroie à ces mêmes banques la mission de ‘financer les PME’, mission dont elles s’acquittent par ailleurs fort mal :

« Selon une récente étude de l’OER (Observatoire de l’Epargne réglementée), les banques n’auraient accordé que 6,4 milliards d’euros de crédits supplémentaires aux PME en 2009 et 1,2 milliard au financement de travaux d’économie d’énergie. Cette année là, le volume des fonds conservés par les banques avaient pourtant augmenté de 12,4 milliards d’euros, soit un différentiel de 4,8 milliards d’euros… »

Mais où est donc passée la « 4,8 milliards d’euros & Co(mpagnie) » … ?

Cette petite carte postale que la crise nous envoie nous indique très clairement, aussi, que la crise économique et sociale en cours dans les ‘zones’ que l’on dénomme ‘sensibles’ mais dont tous les partis politiques se désintéressent (quel parti politique a ‘communiqué’ sur ce rapport ?), hormis pour que les présidentiables y paraissent quelques heures, est en bonne partie due à l’existence (et même au renforcement, depuis 2008, avec la Loi de ‘modernisation’ de l’économie et la ‘libéralisation’ de la récolte des livrets A et autres réglementés, dorénavant par les banques ‘concurrentielles’ principalement) d’un système bancaire et financier qui ne fait qu’exacerber cette crise, en y prélevant sa ‘dîme’ (le terme est choisi), au détriment, forcément au détriment, des plus pauvres.

Cause.

Conséquence.

Les choses sont claires.

Lorsque l’on connaîtra la fin, soit l’explosion, ou l’implosion, des banlieues (un peu comme l’explosion du système financier), toujours annoncée, pour l’instant retardée, sera-t-on vraiment surpris ?

Dans l’affirmative, sera-t-on responsable ou coupable ?

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112 réflexions sur « « JE VAIS BIEN, NE T’EN FAIS PAS », par Zébu »

  1. J’avais moi même pointé dans un billet antérieur , l’intervention du  » patron  » de la CDC sur les ondes de France Inter au journal de 8 heures .

    Son intervention ( rare ) en public avait à l’évidence pour but de manifester son intention de ne pas laisser manger un peu plus le fric des français de base , pour redonner des « fonds propres  » aux banques en détresse . Un commentateur avait d’ailleurs plus habilement que moi , donné le lien sur le podcast de l’émission . II s’agissait sans doute , à un moment où NS devait ( doit?) arbitrer la répartition du gâteau , de lui faire entendre , en même temps qu’à ceux qui n’écoutent pas que les radios inutiles , que le mauvais coup avait déjà atteint la limite . Ce sont plusieurs dizaines de milliards d’euros qui sont en balance .

    Par contre , contrairement à Zébu , je ne suis pas sur que ce soit spécifiquement à la construction du logement social ( rappelons que dans ce cadre , la CDC ne subventionne pas , elle prête à taux pratiquement nul aux organismes qui rembourse sur 35 ans ) que le kidnapping ferait le plus défaut ( outre le fait que selon moi , le logement n’est pas le fait majeur dans la dérive d’appauvrissement et de communautarisme des « quartiers sensibles » ).

    Par contre pour donner une véritable assise à une politique d’aménagement du territoire volontariste ( dont les quartiers en question , mais pas réduits à leurs logements ), en partenariat  » cornaqué » avec les collectivités territoriales , dans ce qui serait un véritable plan de relance de longue haleine , Oh que la ressource de la CDC est vitale et puissamment attendue ! Avec la citoyenneté en prime .

    1. si la cdc était ce qu’elle a été, il y aurait la possibilité de lui déposer les différents factures incompressibles …cela, dans le but de montrer qu’il ne s’agit pas (encore) de s’extraire, mais de montrer son désaccord …Est-ce que cela permettrait la re-création de simples banques de dépots, exemptes de tripatouillages divers ?

      ne serait-ce pas à inclure dans le programme ?

    2. @ Juan :
      Selon la CDC, uniquement pour les dépôts de Livret A, elle a versé à l’Etat 70 milliards d’euro en 26 ans.
      Rien qu’en intérêt net. Soit quasiment 2,7 milliards par an en moyenne. Et ce n’est que pour le livret A. Ces intérêts nets sont reversés à 100% à l’Etat, pour la mission logement social/politique de la ville (340 millions d’euros en 2009 pour le logement social).
      Sans compter les prêts consentis pour le logement social : 10 Mds d’euros en 2009.

      S’il y a un kidnapping encore plus important, c’est délirant.

      Je suis d’accord sur le fait que le logement social n’est pas le fait saillant de la dérive qui coure dans les ‘zones’ en question depuis 40 ans.
      Pour autant, c’est un fait structurant.
      Tous ceux qui ont travaillé sur ou dans les quartiers le savent : sans logement social digne de ce nom, impossible de faire quoique ce soit.
      Encore moins de demander à la population de ‘participer’ à quoique ce soit.

    3. L’ANRU, Agence Nationale de Rénovation Urbaine, a un budget pour 2009 engagé de … 2 milliards d’euro. Quant les financements arrivent.
      Et elle représente 30% des cofinancements (quasi majorité pour les bailleurs sociaux).
      Pour arriver à des résultats dignes de ce nom et rattraper le retard, il faudrait en injecter 5 fois plus. Par an.
      Mais pendant ce temps, presque 30 milliards d’euros sont dépensés annuellement uniquement pour les exonérations de cotisations patronales, dont la très grande partie revient aux entreprises.
      Avec des résultats que la Cour des comptes définit comme ‘peu satisfaisants’.
      Mais on pourrait aussi parler de l’amendement ‘Copé’, qui a permis aux plus-values mobilières étrangères de défiscaliser un max.
      Ou d’autres encore.

    4. @Zebu :

      J’ai fait partie de  » ceux qui ont travaillé sur ET dans les quartiers en question  » ( un parc global de 30 000 logements) cinq ans de suite , et j’ai connu les chantiers neufs , la démolition -réaménagement , les opérations tiroirs ,le traitement des » familles lourdes » , la réhabilitation ( des sommes colossales investies ) , les PLA , les PLATS , les PLAI ,les relations avec les organismes et les collectivités, les opérations de libération de foncier , les commissions d’attribution , la réserve préfectorale , les relations avec la DDAS et les assistants sociaux et animateurs …
      C’est un peu ce qui me fonde à dire que si ,bien sur , et c’est pour ça que je m’y suis investi , on se doit d’une action sur le logement dans ces quartiers , on se trompe et se rassure à bon compte ( et d’une certaine façon on ment à ceux que l’on prétend aider ) , en « isolant » cette action qui depuis longtemps n’est plus une cause mais un résultat de la ghettoïsation des consciences , de la répartition des fonctions dans la ville , de la concentration de la misère et des handicaps comme un effet mécanique d’un système économique ( qui n’offre d’ailleurs plus d’occasion de ressources) qui n’a rien à faire des « handicapés » et depuis une vingtaine d’années plus rien à faire des « travailleurs » .

      Mais nous serons bien évidemment d’accord pour noter que si de surcroit de cynisme , le « sauvetage » des banques prime sur le sauvetage de la vie ensemble et conduit au rapt des quelques ressources générées par la CDC pour ce faire , il n’y a plus qu’à tirer l’échelle et assister à l’écroulement sauvage des quartiers ET des banques . Un lointain rapport de la cour des comptes ne manquera pas de nous confirmer que tout le pognon kidnappé aura d’ailleurs été utilisé en vain dans des conditions de totale obscurité dont elle s’offusque .

      Il est donc sain de s’offusquer avant la cour des comptes .

    5. @ Juan :
      Nous sommes d’accord que ce n’est pas le logement social qui va d’un coup résoudre le problème social de ce que l’on dénomme des ‘zones’.
      Pour autant, puisque 60% de la population des zus réside dans le logement social, agir sur le logement a donc de l’importance.
      Car le logement, c’est ce que vous voyez quand vous vous levez le matin, le midi et le soir, c’est aussi le miroir qui vous renvoie à votre propre position sociale et qui est tendu à ‘l’autre’, celui qui n’est pas du quartier : votre mai, votre collègue, votre employeur, …
      Puisque vous avez été de la partie, vous savez que quand vous intervenez en interface avec la population, l’une des premières revendication des habitants concerne le bâti. Et que si vous n’êtes pas en mesure d’intervenir sur celui-ci, vous pouvez faire de beau discours et multiplier les tables rondes et autres foutaises participatives mais le nombre des présents ira décroissant.
      Les gens des MOUS, des CUCS, les intervenants extérieurs connaissent ce mur auquel ils sont confronté sans cesse. Ils peuvent bâtir sur ce mur mais si celui-ci est trop dégradé, les actions se cassent la gueule tôt ou tard.
      On peut toujours dire que trouver du travail permettra de résoudre le problème. Pour autant, c’est bien plus que cela puisque lors des émeutes, les ‘émeutiers’ étaient ‘intégrés’ socialement (travail, etc.).
      Le sentiment de relégation s’inscrit dans les murs, comme les reflets de sa propre image.
      Ne pas changer le miroir, c’est se condamner à continuer à renvoyer l’image de relégation aux habitants de ces ‘zones’.
      Difficile dès lors de produire des transformations sociales à partir des mêmes représentations sociales des habitants d’eux-mêmes …
      Cordialement.

    6. « un résultat de la ghettoïsation des consciences , de la répartition des fonctions dans la ville , de la concentration de la misère et des handicaps comme un effet mécanique d’un système économique ( qui n’offre d’ailleurs plus d’occasion de ressources) qui n’a rien à faire des « handicapés » et depuis une vingtaine d’années plus rien à faire des « travailleurs ». »

      Tout à fait d’accord. LA cause, si tant est qu’il y en ai une, c’est bien que le système social et économique produit des ‘zones’ de relégation, sociales et économiques, où l’on ‘parque’ les relégués.

      J’y ajouterais d’ailleurs une autre caractéristiques : l’immigration.
      Si on veut connaître la cause de l’échec des politiques dites ‘d’intégration’ des immigrés et de leurs descendants, il ne faut pas chercher ailleurs.
      Le bilan, en la matière, est lourd, très. Socialement et politiquement.
      Dans certains quartiers, les nouveaux arrivants ne sont plus francophones, ce qui renforce encore plus le quant à soit et l’absence de liens avec l’extérieur des quartiers de ces populations, qui se ‘regroupent’ ou sont ‘regroupées’ dans ces mêmes zones.
      Que l’on ne soit pas étonné ensuite si le taux d’abstention aux élections atteint des records (60/70%, parfois plus selon les types d’élections).

      Enfin, agir sur le logement social en transformant le modèle de financement tel que libéralisé actuellement, c’est agir aussi, que ce soit dans ces ‘zones’ ou ailleurs, pour les sans domiciles :
      http://www.lemonde.fr/societe/article/2011/01/06/250-000-personnes-sans-domicile-en-france_1461566_3224.html#ens_id=1440994&xtor=RSS-3208
      Si on rapproche les gains pour les banques et les pertes pour l’Etat et le chiffre de la perte en logement sociaux construits potentiellement accessibles pour une partie des SDF (une partie seulement mais quand même) ou pour éviter que d’autres ne le deviennent, on voit tout de suite l’intérêt de la chose.

      Cordialement.

  2. Cet article montre bien que les banques ont le choix entre financer la vie réelle et financer la spéculation. Mais s’agissant de la première, elles diront qu’elles le peuvent de moins en moins car elles doivent reconstituer leurs fonds propres, et pour ce qui est de la seconde, il faudrait croire qu’elles y sont contraintes par la loi du marché. Les dés sont pipés.

  3. Le rapport en question a été signalé ce jour par la check-list du Monde.
    « Zones urbaines sensible. Pour la première fois, dans son rapport 2010, l’Onzus (Observatoire national des zones urbaines sensibles) jette un regard rétrospectif sur les dynamiques de long terme des quartiers des plus grandes agglomérations françaises, en utilisant les recensements de 1990, 1999 et 2006 ».
    Ravi de vous relire zébu.

  4. bonsoir,
    passionnante discussion, pendant ce temps, c’est le nirvna sur les marchés …
    selon le département du travail américain, 297.000 emplois ont été créés dans le secteur privé en décembre, du coup, la bourse reprend un peu de terrain sans + (0.27% 11722 dow jones) – les denrées alimentaires battent de nouveau record pour le malheur des plus pauvres (pas les zup, ceux qui meurrent de faim, ils sont un peu + que quelques millions) – le prix du pétrole, toujours autour des 90$ le baril, comme les autres matières premières, les seules vraies valeurs de l’économie, se tient très bien et pourrait anihiler la croissance molle qui reste en Europe …
    né dans le 93 et ayant vécu en cité dans les années 60/70 puis 90, le sujet traité m’interpelle – tarnais d’adoption depuis 1995, je pense depuis un moment que nous sommes assis sur des bombes avec ces zup, et c’est l’une des raisons de ma migration vers la nature des animaux et non des hommes (biches et sangliers voisins principaux) – l’intégration est un foirage complet, un faux-semblant, ce mot n’aurait jamais du etre prononcé, il fallait mélanger les gens et arrêter de se croire supérieur à l’ex-colonisé, j’ai quitté la cité avec mes parents en 1975 pour la retrouver en tant que travailleur des années plus tard, tout avait déjà tellement changé … – ca risque donc d’aboutir à la désintégration au final, lorsque les zup abriteront 15,20, 25% de la population ? ensuite, on réfléchira peut-être avant que la gangrène soit trop profondément installée …
    50% de retraités sur 525 habitants au village, et un taux de chômage > à la moyenne nationale, il y a de quoi faire pour les courageux et les inventifs, mais personne ne vient tenter sa chance, l’Etat devrait aider les gens à se décentraliser un peu, ça ne ferait de mal à personne !! au lieu de ça, on bétonne et on fait des zones commerciales avec des filiales de multinationales, beau programme !
    non, à part la tentative de fuite, je n’ai aucune solution aux problèmes des ZUP, c’est un peu comme les impôts, une partie du paysage français que j’ai accepté au début, puis plus du tout ensuite tellement ça devient lourd …

  5. @ Zébu, Timiota querelle de chiffre, 28,8 millions d’euros. Comme j’ai du mal à visualiser ce que l’on peut faire avec 28,8 millions d’euros, je les transforme en emploi temps plein annuel.

    40.000€ y compris les prestations sociales et le salaire différé, égal 25 emplois sur un an par tranche d’un million d’euros, soit pour vos 28.8 millions €, 720 emplois à temps plein, rémunérés sur un an.

    720 personnes qui en feront vivre indirectement plus de 2000. Soit 2000 de nos concitoyens, citoyennement content. Une sorte de ponzzi républicain, suffit de le vouloir.

    Petites douceurs à tous, Santé, merci pour toutes ces belles contributions.

    1. Ou, si un logement social coûte 20 000€, 1 000 logement sociaux, soit 1 000 personnes pouvant se loger, décemment, à prix accessible.
      Vous avez raison : dès que l’on transforme les chiffres en réalité, la valse des milliards signifie immédiatement.
      Je crains d’ailleurs que cette valse ne soit dansée en partie pour nous enivrer et regarder dans les yeux qui est notre cavalier …

  6. Zébu,

    Appelons :

    P : la Pauvreté
    U : les ponctions : de l’état sans retour pour la population + de la finance + …
    E : l’organisation de la société ou économie, ou politique.

    On peut ensuite écrire : P+U => E, la flèche symbolisant un moteur : le déséquilibre ou la tension nécessaire au fonctionnement de l’économie.

    Ce constat fait, on peut raisonnablement penser (c’est une hypothèse) qu’en « jouant » sur P et/ou sur U, E va s’en trouver modifiée…et que cette nouvelle organisation assoira les changements voulus ou espérés pour P et/ou U : la routine. J’attends toujours les exemples historiques de succès réels et durables, Pierre-Yves si tu me lis.

    Continuons. Appelons Çasoisurmoi la prise de conscience de l’homme, on étudiera le cas de la femme plus tard.

    Oui donc, l’organisation est modifiée…deux possibilités :

    1/ Pas Çasoisurmoi : il n’y a aucune raison que la servitude volontaire disparaisse par magie et une tension nouvelle ou différente se mettra en place à l’insu de notre plein gré pour que le show continue, par nécessité.

    2/ Çasoisurmoi : l’homme peut agir directement sur E. Sans passer par cet intermédiaire qui lui pourrit l’existence et dont il n’a pas su se passer depuis dix mille ans : la délégation de sa vie au groupe, qui en retour, on l’a vu, lui fournit du P+U.

    Oui, grâce au Çasoisurmoi l’homme peut se programmer lui-même ! Fini le temps où c’était le groupe qui s’en occupait ! Le groupe va ainsi pouvoir s’occuper de choses beaucoup plus importantes que de savoir s’il faut envoyer l’homme à la guerre ou à l’usine pour l’occuper.

    1. juan nessy,

      Complexifier est une manière d’exister qui ne simplifie pas la vie.

      Cela dit il manquait un bout de mon message, le voici :

      Donc, soit un homme qui répond au nom d’Albert… (S’il ne répond pas au nom d’Al bert, ne nous affolons pas, c’est peut-être qu’il est sourd. Pardon. Qu’il est malenten dant. Je ne voudrais surtout pas vexer les aveugles qui nous lisent par milliers.)

      Donc, soit un homme qui répond au nom d’Albert et un chien qui répond au nom de Kiki. Pour démontrer que l’homme est beau coup plus intelligent que le chien, il nous suffira de les conduire tous les deux au front à Verdun alors que le combat fait rage et que les obus font des trous dans les jeunes gens qui poussent des petits cris désespérés en ramassant leurs intestins dans la boue des tranchées.

      Au moment où le capitaine crie: « A l’assaut les p’tits gars ! », lâchons simul tanément l’homme qui répond au nom d’Albert et le chien qui répond au nom de Kiki. Qu’observons-nous ?

      Alors que le chien file se planquer dans le sous-bois, l’homme court se faire éventrer en criant : « Mort aux Boches ! »

      N’est-ce pas la preuve que l’homme est plus intelligent que le chien ?

      Comme l’échelle de monsieur Richter ou le thermomètre de monsieur Centigrade, l’intelligence de l’homme peut se situer à plusieurs degrés. Au degré le plus haut se situe l’intellectuel qui est un être d’excep tion : « intellectuel » vient du latin « intel », qui veut dire « tout le monde » et « ectuelus », qui veut dire « je ne suis pas ». Donc : « intellectuel » signifie littéralement « je ne suis pas comme tout << le monde ».

      En effet, l'intellectuel est un être d'excep tion qui passe son temps à penser et à réfléchir à la place des autres.

      Comment reconnaître un intellectuel?
      Extérieurement, l'intellectuel porte une salopette avec des bretelles quand il va manger une salade au crabe à la Coupole. A première vue, on pourrait penser que l'intel lectuel s'habille ainsi pour se moquer des ouvriers. C'est faux; généralement, il n'a jamais vu d'ouvrier d'assez près pour savoir comment ça s'habille. Au reste, comme disait Bagnol et Fargeon : « On ne doit pas juger les gens sur leur mine. L'habit ne fait pas le moine. Soulevez la soutane du pape, vous serez surpris. »

      Bien qu'il n'ait jamais vu d'ouvrier (il n'y- en a pratiquement pas à la Coupole), l'intel lectuel écrit des choses pleines d'idées géné reuses et de substantifs abscons sur la condi tion ouvrière, puis il résout la crise au San Salvador dans un article pour un journal de cadres, puis il s'interroge sur les responsabi lités de l'Occident dans la malnutrition du Tiers-Monde, puis il reprend une deuxième salade au crabe, puis il va revoir pour la septième fois la Veuve joyeuse de Lubitsch dans la version anglophone, parce que le travail du second assistant machino lui sem ble plus fouillé que dans la version franco phone où, d'autre part, Maurice Chevalier s'exprime en français, langue extrêmement vulgaire. (Pour un intellectuel, une langue vulgaire c'est une langue qu'on comprend.)

      Au plus bas degré de l'intelligence, il y a l'imbécile, c'est-à-dire tout le monde, c'est- à-dire vous et moi. Surtout vous. Moi, je ne peux pas être vraiment un imbécile, car je suis un être différent. C'est marqué dans mon journal : « Après chaque rasage, utili sez BRUT de Mèmène, l'after-shave au céleri rave. Vous serez un être différent. »

      Nous sommes ainsi des milliers en France à être des êtres différents. Il ne faut pas nous confondre avec les imbéciles qu'on recon- naît aisément : les imbéciles ne se mettent rien sur la figure après chaque rasage, et, d'autre part, leur chemise est moins blanche que la chemise de mon mari. Mais il ne faut pas désespérer des imbéciles. Avec un peu d'entraînement, on peut arriver à en faire des militaires.

      (extrait du texte intégral)

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