L’OFFENSIVE PERSISTANTE CONTRE LE PROGRAMME DU CONSEIL NATIONAL DE LA RESISTANCE, par Claude Roddier

Billet invité. Claude Roddier m’a demandé de présenter son billet. Il me semble que la meilleure façon de le faire, c’est sans doute de rappeler ce que j’ai déjà eu l’occasion de dire à ce sujet.

L’OFFENSIVE PERSISTANTE CONTRE LE PROGRAMME DU CONSEIL NATIONAL DE LA RESISTANCE

Voyant remettre en question une bonne partie des valeurs ayant motivé leur combat, un nombre croissant d’anciens Résistants manifestent aujourd’hui leur inquiétude et leur réprobation.

Une partie de ces Résistants se trouve regroupée dans l’Association Nationale des Anciens Combattants et amis de la Résistance (ANACR). L’article 2 de ses statuts en précise la nature. Il commence ainsi « Perpétuer l’esprit de la Résistance, faire partager et transmettre aux générations présentes et futures les idéaux communs aux résistants, exprimés en premier lieu par le Programme du Conseil National de la Résistance ».

Les voix des Résistants s’élèvent de toutes parts contre les atteintes de plus en plus violentes portées aux acquis sociaux de ce programme. Est-ce pour cette raison que le gouvernement reste obstinément sourd à la demande, sans cesse réitérée, d’ériger le 27 mai (date anniversaire de la première réunion clandestine du CNR, en 1943, à Paris, sous la présidence de Jean Moulin) en Journée nationale de la Résistance ?

À l’instar des autres comités, nous avons dans le Var écrit au Président de la République et au ministre des Anciens Combattants pour leur demander l’instauration d’une telle journée qui, de toute façon, donne lieu à de multiples initiatives. Nous avons ainsi, l’an dernier, commémoré le 27 mai par des dépôts de gerbes, des discours devant les stèles et une conférence à Toulon intitulée « De la naissance du CNR à la mise au point de son programme » donnée par le professeur Jean Marie Guillon.

Jusqu’à ces derniers mois, les comités départementaux de l’ANACR limitaient leur action à ces lettres et conférences. Mais l’offensive persistante contre la Sécurité Sociale, le système de retraites par répartition et le statut de la Fonction publique (récente initiative de Christian Jacob, président du groupe parlementaire UMP) conduit une proportion grandissante de ces comités à manifester plus fortement leur rejet de cette politique, celle-ci apparaissant pour ce qu’elle est : contraire aux idéaux de la Résistance.

C’est le cas du comité du Var. Ses membres, résistants et amis de la Résistance, m’ont élue en septembre 2009 avec pour mission explicite de « défendre les idéaux de la Résistance ». C’est ce que j’ai fait à l’occasion de la commémoration du massacre de 9 résistants, près de la ferme de Limatte, près de Signes, le 2 janvier 1944. Ces martyrs, auxquels s’ajoutent les trois personnes venues les enterrer, appartenaient au maquis du camp Faita, le premier formé dans le Var, en février 43, alors qu’il n’existait encore que très peu de maquis. Malgré les terribles risques encourus, 2000 personnes allaient faire à ces patriotes d’imposantes funérailles. Or, une commémoration, c’est aussi la suite d’un enterrement.

Nous avons rendu public mon discours précédé d’une explication sur le site de Mediapart, explication et discours repris par plusieurs blogs et en particulier celui-ci, dans un commentaire de Paul Jorion d’un « billet invité » de Jean-Luc D.

J’aimerais vous tenir au courant de la suite de cette « affaire ». L’un des résistants présents à Signes, Pierre-Yves Canu, a écrit une lettre au préfet du Var, datée du 4 janvier. Il l’a rendue publique le 12 janvier lors d’une réunion de notre comité départemental. Celui-ci nous a assurés, Pierre-Yves et moi, de son soutien unanime. Je l’ai postée sur le site de Mediapart et envoyée aux divers blogs qui nous avaient soutenus. La voici :

Pierre-Yves CANU

Toulon le 4 janvier 2011

Monsieur le Préfet du Var
Préfecture
83 000 Toulon

Monsieur le Préfet

J’ai l’honneur de vous faire part de l’émotion ressentie le 2 janvier 2011, à Signes au cours de la réunion commémorative des fusillés de La Limatte. La Présidente de l’ANACR, association dont je fais partie en qualité d’ancien résistant, a tenté d’exprimer la déception des résistants en raison de la non application par nos différents gouvernements du programme du CNR préconisé au moment de la Libération.

Les observations formulées sur l’abandon de ce programme ne pouvaient laisser indifférent votre représentant. Or celui-ci, au lieu de rester à l’écoute de l’opinion exprimée par ceux et celles qui avaient participé à la Libération du Territoire au mépris des dangers, n’a pas cru devoir écouter leur voix, alors que l’on venait de commémorer la mort de 11 d’entre eux, résistants et maquisards. Il a préféré quitter la tribune officielle.

Je me permets, Monsieur le Préfet, de m’étonner de ce départ. Votre Honoré Prédécesseur dans l’Histoire, Jean Moulin, a toujours fait face.

Je regrette surtout qu’un dialogue ne se soit pas instauré entre vous, représentant de l’Etat et nous, représentants d’une partie des citoyens qui ne désirions qu’honorer nos morts et être fidèles à leurs engagements.

Je vous prie d’être assuré, Monsieur le Préfet, de mes sentiments de civilité républicaine.

Pierre-Yves Canu
Croix de guerre pour fait de Résistance
membre de Libération Nord
membre du réseau COHORS (Cavaillès)

Il est clair que cette lettre est en elle même tout un programme de Résistance, ferme et non violente à la fois. C’est à ce genre de Résistance que les autorités répondent par la violence d’un départ précipité et « indigné » ou la non réponse d’un représentant de l’Etat en la personne d’un préfet.

Dans la présentation qu’il a faite sur Mediapart, Bernard Oustrières pose très exactement notre problème : « Jusqu’à ces deux dernières années, les élus, tous les élus, pouvaient en toute légitimité s’incliner sur la tombe des martyrs sans se déjuger car les gouvernements successifs de la IV° et de la V° République, quels que fussent leurs choix idéologiques, respectaient globalement les options du CNR auxquelles les Français doivent aujourd’hui les lois sociales les plus protectrices et les plus émancipatrices. Mais les temps ont brutalement changé. Depuis 2009, la majorité législative et l’exécutif multiplient les attaques contre les droits sociaux et démocratiques hérités de la Résistance. C’est à partir de là donc (et non pas à Signes !) que l’unité du pays autour de ses valeurs, a commencé de se déliter. »

C’est à nous tous, amis de la Résistance et simples citoyens, de montrer aux Résistants que nous entendons leur appel.

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92 réflexions sur « L’OFFENSIVE PERSISTANTE CONTRE LE PROGRAMME DU CONSEIL NATIONAL DE LA RESISTANCE, par Claude Roddier »

  1. Je voudrais revenir sur l’indignation et , comme les pieds dans les plats, apporter une petite note dissonante.
    Quelqu’un a pris la conférence en video et l’a mise sur youtube http://www.youtube.com/watch?v=7ZUsCBAwRvc . Je n’avais pas donné l’adresse parce qu’on n’entend quasiment rien. Mais regardez la fin, à partir de la dixième minute environ. Tous les élus ayant quitté la salle se retrouvent dans le petit jardin et discutent ensemble. Ils sont absolument indignés. Il y a une dame en particulier. Elle était juste devant moi, son indignation était si forte pendant que je parlais que si je n’avais pas été sûre de moi parce que j’avais beaucoup réfléchi à l’avance, elle m’aurait déstabilisée. Alors l’indignation? Il faut être plus précis et parler de vérité aussi. Si à chacun sa vérité, alors à chacun son indignation. Ce qui revient à dire qu’il faut reconnaitre qu’il peut exister “une” vérité. Ceci n’est pas tellement dans la pensée actuelle.
    Dans le cas qui nous occupe quelqu’un dit à un moment “quelle honte! elle fait parler les morts”. Il est clair qu’il aurait eu raison si j’avais fait ce discours lors d’une autre commémoration, celle d’un massacre de 10 maquisards survenus en juin à environ 20 km de Signes. Les maquisards de juin attendaient le second débarquement qui n’a pas eu lieu à ce moment là, ils n’ont dit à personne ce qu’ils pensaient ni quelles étaient leurs raisons fondamentales pour être là. Ceux de février étaient quasiment tous des militants communistes bien connus en tant que militants, en plus de maquisards. Ceux qui se sont indignés n’avaient simplement pas pris cette information fondamentale en compte. “Leur” vérité est fausse. Mais ils ne le savent pas. Leur indignation est vraie.

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