PAYS ARABES ET EUROPE DE L’EST : COMPARAISON N’EST PAS RAISON, par Jean-Pierre Pagé

Billet invité

Les processus de transformation ne sont pas du tout comparables selon qu’il s’agit des pays de l’Europe de l’Est après 1989 et des pays arabes aujourd’hui.

Sur le plan économique, les pays de l’Europe de l’Est avaient à passer d’une économie de commandement de type socialiste-soviétique à une économie de marché. Les pays arabes ont déjà des économies de marché. Ils n’ont donc pas à faire ce type de transformations, ni à accomplir les réformes structurelles permettant de passer de systèmes économiques publics et collectifs à des systèmes économiques à dominante privée avec les processus de privatisation et de libéralisation que cela implique.

En outre, les pays de l’Europe de l’Est pouvaient être considérés comme « pauvres » et devoir faire l’objet de transferts de ressources financières tels qu’on les a connus en provenance de l’Union européenne au cours des années 1990 et 2000. Parmi les pays arabes, plusieurs d’entre eux ne sont pas pauvres et disposent au contraire de ressources financières abondantes grâce au pétrole.

Le « modèle » économique de transformation des pays de l’Europe de l’Est qui a été préconisé et – on peut le dire – imposé par l’Occident n’est donc pas pertinent pour les pays arabes.

Le problème, pour ces pays, est autre. Il s’agit de remédier à une corruption souvent très étendue (domaine où l’on peut trouver des similitudes avec ce qui se passe aujourd’hui dans plusieurs pays en Europe de l’Est) et, surtout, à l’accaparement des richesses par des clans oligarchiques.

De ce point de vue, les démocraties à l’occidentale ne sont pas toujours bien placées pour donner des leçons tant l’évolution du capitalisme au cours des trente dernières années, avec le creusement des inégalités qui la caractérise, a conduit à une concentration de la richesse entre les mains d’un nombre de plus en plus réduit de personnes.

Quand on parle d’aide aux pays arabes, il faut bien réfléchir et refuser d’appliquer les formules toutes faites que l’on connaît et qui sont censées résoudre les problèmes. Il ne faut pas hésiter à innover complètement pour sortir des sentiers battus qui sont souvent des impasses. Les pays arabes peuvent avoir besoin d’une aide de la part de l’Occident – et, plus particulièrement, de l’Europe –, mais certainement pas d’une aide de même nature que celle qui a été apportée aux pays de l’Europe de l’Est après 1989. A cet égard, les schémas conceptuels qui ont été appliqués ne conviennent pas.

Du Plan Marshall (expression qui revient à la mode aujourd’hui) d’après la Seconde Guerre Mondiale, on peut retenir quelques éléments et en extrapoler quelques autres :

–       Création d’infrastructures de transport, services d’éducation, de santé…, mais aussi de production manufacturière permettant aux pays considérés de se développer. Et à cet égard, il convient de récuser le dogme de la Banque Mondiale selon lequel tout ceci doit être laissé à l’initiative et au bénéfice des intérêts privés.

–       Mise en place de systèmes de fiscalisation et de redistribution en vue de répartir la richesse accaparée par les clans oligarchiques.

–       Développement de courants d’échanges commerciaux entre le nord et le sud de la Méditerranée (à l’image des courants d’échanges commerciaux entre l’Amérique et l’Europe dans le cadre du Plan Marshall) de façon d’une part à fournir aux pays du sud les technologies manufacturières dont ils ont besoin (leur salut ne peut pas venir du seul tourisme) et d’autre part à absorber leurs propres productions, l’objectif étant de les rapprocher du plein emploi.

Ceci ne nécessitera pas nécessairement des flux financiers vers certains de ces pays dans la mesure où le financement de ces transformations et opérations pourra s’opérer à partir des ressources tirées du pétrole. Mais cela suppose que les profits tirés de cette exploitation ne soient pas accaparés par les entreprises l’assurant, notamment les entreprises étrangères. Ces pays devront donc se doter de systèmes de prélèvements fiscaux appropriés.

Par ailleurs, ces transformations ne devraient pas être laissées au jeu du libre échange tel qu’il s’opère actuellement dans le monde au profit des grandes entreprises multinationales. Il y aurait donc tout intérêt à constituer une zone d’échanges privilégiés et mutuellement profitables associant le nord et le sud de la Méditerranée. C’est dans cet esprit que le concept d’Union pour la Méditerranée pourrait trouver une nouvelle actualité.

Une attention toute particulière devra être consacrée à l’agriculture de façon à ce que la modernisation de celle-ci se fasse au bénéfice des populations locales (notamment en ce qui concerne l’agriculture de type vivrière dont ces populations auront encore besoin longtemps) et non au profit, là encore, des grandes multinationales désireuses d’écouler et imposer les stocks de produits agricoles tirés d’autres zones du monde.

Enfin, faut-il souligner que, dans tout ceci, il convient de laisser la plus grande initiative aux populations locales, de mieux en mieux éduquées et formées, et non à celle d’experts, étrangers à ces pays et voulant imposer des solutions souvent inappropriées. Je suis bien entendu conscient que ceci s’applique à moi également.

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25 réflexions sur « PAYS ARABES ET EUROPE DE L’EST : COMPARAISON N’EST PAS RAISON, par Jean-Pierre Pagé »

  1. La révolution Tunisienne a bien réussit à cassé l’inertie ce sera la plus saine car spontané, mais l’Égyptienne était déjà plus accaparé par les religieux (pour un Français évidement, votre conclusion est juste), même si ils n’ont du d’adaptés vite, ce qui conserve une part de spontané et de démocratie, mais les autres seront-elles aussi peu téléguidés?
    Vis-à-vis des pays de l’Est ils avaient à contrario des avantages, des savoirs faire manufacturé et pour avoir visité une cristallerie en Pologne (il y a 15 ans), je me suis dit que cela devait être l’ambiance de nos usines au début du siècle, sérieux, fierté et communautaire, l’usine étant la ville. Je ne crois pas que ce soit aussi facile a développer.

    1. Je m’exprime mal, la culture arabe semble plus marchande et artisanal, un développement manufacturé, serait intéressant mais par des sous traitants plus fondamentaux aux systèmes et autonomes que celle du plan marshall, plus fordiste.

  2. On peut rajouter aux différences soulignées ici, celles que j’ai évoquées rapidement au cours de mes quelques interventions – qui m’ont valu des insultes de Zébu , mais dit-on  » chien qui aboie ne mord pas  » – en outre sur le fait que la domination russe était une forme de résistance à la domination capitaliste et qui a permis à la Russie de ne pas pas finir en pays colonisé… ensuite que la libération des pays occupées du bloc russe est dû plus à une implosion de l’URSS qu’ à des révoltes populaires.
    Il serait temps de ne plus invoquer des arguments de la guerre froide qui ne voyait dans le système soviétique qu’une exploitation pauvre ridicule au regard de l’a que l’américaine sous le prétexte que les russes étaient en plus d’être comme à l’Ouett …. mal nourris…c’était la fable du loup et du chien les soviétiuques avaient au moins l’argument de la liberté

    1. « La domination russe était une forme de résistance à la domination capitaliste et qui a permis à la Russie de ne pas pas finir en pays colonisé…  »

      Cela marche aussi dans l’autre sens, vous savez:
      « La domination américaine était une forme de résistance à la domination « communiste », qui a permis aux États-Unis de ne pas pas finir en pays satellite…  »

      J’ai très peu d’affection pour les Empires et leurs projets messianiques, quels qu’ils soient. Pour le reste,

      1. Un roumain ma dit un jour vous les Français vous êtes responsables du communismes par les communes et du libéralismes après guerre, faudrait qu’on trouve un système que d’autres nations ne puissent pas exacerber quitte à être responsable 🙂

  3. a la modération encore une fois erreur de frappe pourriez vous substituer au dernier paragraphe ce qui suit…. »Il serait temps de ne plus invoquer des arguments de la guerre froide qui ne voyait dans le système soviétique qu’une exploitation pauvre ridicule au regard de l’américaine …c’était la « fable du loup et du chien » les soviétiques avaient au moins l’argument de défendre la vigueur de leur patrie qui perdure encore actuellement -malgré leur passage au capitalisme – mais limite toutefois, pour la tranquillité du monde, la domination yankee

  4. On devra lire a la place du dernier paragraphe celui-ci: plus précis: »
    Il serait temps de ne plus invoquer un des arguments de la guerre froide qui ne voyait dans le système soviétique qu’une exploitation pauvre ridicule au regard de l’américaine …c’était la « fable du loup et du chien » les soviétiques avaient au moins l’argument de défendre la vigueur de leur patrie qui perdure encore actuellement -malgré leur passage au capitalisme – et limite toutefois, pour la tranquillité du monde, la domination yankee

  5. ce que suggérait déjà la lecture des communications relevées dans les problèmes économiques (documentation française)des années 1980 .rien de nouveau sous le soleil

  6. Les pays arabes auront besoin d’énergie pour accéder pleinement à la modernité.
    Je ne leur conseille pas de vouloir accéder à la modernité et s’ils ne m’écoutent pas je leur donne un ultime conseil : utiliser le soleil et le vent.

  7. S’il n’y a qu’un enseignement à tirer des révolutions en cours dans le Monde Arabe, c’est celui-ci: les « Civilisations » l’ont emporté sur le « Choc ».
    Ce bréviaire, »Le choc des civilisations » , dégurgité dans un premier temps par Samuel Huntington, fut ensuite régurgité par une propagande occidentaliste incapable de concevoir le rapport à l’Humanité autrement que sous la forme d’un rapport à l’ennemi.
    « Le choc des civilisations » peut trouver dorénavant sa place auprès du « Protocole des Sages de Sion », Samuel Huntington est mort, que son âme ne repose pas en paix.

    Qu’avons nous appris que nous ne savions déjà ?
    Que loin de s’affronter, de nombreuses civilisations, bien au contraire, convergent les unes vers les autres. Elles exhument des profondeurs anthropologiques qui les nourrissent, pour l’exprimer après d’autres, loin des religions révélées, un sentiment démocratique d’essence universelle.

    Ce constat porté, quelle peuvent-être aujourd’hui les positions à adopter ?
    D’abord faire confiance et s’interdire, là bas, la moindre ingérence.
    Par contre ici, il est une ingérences fertile, celle qui consisterait à demander des comptes à tous ceux qui, chez nous, stigmatisèrent à des fins mercantiles ceux d’Irak à l’Afghanistan, du Maroc à l’Égypte, de la Palestine au Liban, de la Libye à l’Arabie Saoudite, du Val Fourré à Clichy sous Bois, une belle part de notre Humanité.

    Postscriptum: dans la série, vous aviez été prévenus:
    Une découverte: « Un substitut de campagne en Égypte » de Tewfik El Hakim (1947).  » …réquisitoire contre la misère humaine, un portrait déchirant de l’Égypte des humbles … » et une relecture, véritable œuvre de salubrité publique, « Le rendez-vous des civilisations » Youssef Courbage / Emmanuel Todd (2007) . La meilleure oraison funèbre pour accompagner l’enterrement des thèses de Huntington.

    1. Les nord-africains ne savent pas la chance qu’ils ont que l’URSS n’existe plus, ils n’auraient jamais pu faire la révolution à l’époque de Reagan, qui y aurait vu une révolution communiste. Il est vrai qu’il ne lui en fallait pas beaucoup. Une révolution qu’il se serait empressé de (faire) mater. Bush a bien tenté de recréer un ennemi avec l’islamisme mais ça a fait plouf.
      Avec l’affaiblissement des USA le monde est plus ouvert politiquement et économiquement que jamais depuis 70 ans (malgré la menace néo-lib), il est dépolarisé, pourvu que ça dure.

      1. Oui, c’est aussi un manque de moyen qui fait aujourd’hui la politique de l’Empire. Militairement parlant ouvrier un troisième front en Afrique du nord aurait-il été tenable ?

    2. Qu’avons nous appris que nous ne savions déjà ?
      Que loin de s’affronter, de nombreuses civilisations, bien au contraire, convergent les unes vers les autres. Elles exhument des profondeurs anthropologiques qui les nourrissent, pour l’exprimer après d’autres, loin des religions révélées, un sentiment démocratique d’essence universelle.

      Ce constat porté, quelle peuvent-être aujourd’hui les positions à adopter ?
      D’abord faire confiance et s’interdire, là bas, la moindre ingérence.
      Par contre ici, il est une ingérences fertile, celle qui consisterait à demander des comptes à tous ceux qui, chez nous, stigmatisèrent à des fins mercantiles ceux d’Irak à l’Afghanistan, du Maroc à l’Égypte, de la Palestine au Liban, de la Libye à l’Arabie Saoudite, du Val Fourré à Clichy sous Bois, une belle part de notre Humanité.

      oui, ensemble, et multipolaire, voilà qui nous donne envie et courage !
      merci !

  8. L’affaire lybienne est particulièrement confuse:

    Chavez et Castro soutiennent l’imprévisible et délirant colonel de Tripoli, au motif qu’il est un grand révolutionnaire socialiste et anti-impérialiste.
    Le chef du clan des Kadhafa, Kadhafi accuse Al Qaïda d’être à l’origine de l’insurrection, sous entendu Al Qaïda et Ben Laden sont des marionnettes des « impérialistes », qui cherchent à le renverser par cette entremise.
    Les « impérialistes » regardent ailleurs et se perdent en conciliabules pendant que le dit imprévisible et délirant, mais milliardaire, colonel et ses fils reconquièrent le terrain perdu grâce aux armes que les « impérialistes » lui ont vendu.
    La ligue arabe reste bien en retrait, et les européens montrent encore une fois à quel point l’Union à 27 est un machin impuissant, pour ne pas dire impotent. Aujourd’hui plus que jamais il y a vraiment des raisons d’avoir honte d’être européen. Surtout d’être représentés par une bande de gens qui sont plus efficaces à aider leurs amis banquiers en faillite, que les peuples en danger.
    Il est vrai que derrière tout cela il y a beaucoup ce cynisme, comme d’habitude.
    Si Kadhafi le « socialiste milliardaire pan-arabe et pan-africain » reprends le manche, les pipelines pourront continuer à alimenter en particulier l’Italie de Berlusconi, et surtout il continuera à contenir les flots potentiels d’immigrés remontant d’Afrique.
    Là dessus on se demande pourquoi notre président s’empresse de reconnaître les chefs des insurgés. Si comme cela semble être le cas, Kadhafi reprend le manche il va falloir que nos services de renseignement soient particulièrement vigilants, car le Néron de Tripoli a déjà fait preuve dans le passé de ses « talents » de terroriste, et en particulier envers le France.
    Oui vraiment il y a de quoi avoir HONTE DE CETTE EUROPE , IMPOTENTE ET VELLEITAIRE !!!

    1. Il y a eu un acteur qui est enfin arrivé à se faire entendre: le Peuple.
      Et là, comme dans tout processus révolutionnaires les cartes sont brouillées.
      Ne voulant, ne pouvant ouvrir un troisième front en Afrique du nord, les Etats-Unis ont montré la voie qu’ils entendaient suivre. Et les Européens ont suivi. Certains d’entre eux, par la voix de leur ministre étaient pour le rétablissement de l’ordre, et l’envoi d’un « savoir-faire » mais finalement on s’est rangé derrère la bannière de la « Démocratie ». Celle-ci devant être celle de l’oligarchie néo libéral qui dirige le monde, bien entendu. On reste quand même dans l’incertitude… Et si ces peuples allaient « trop loin » dans la Démocratie et la Justice sociale ?

  9. Pendant ce temps-là au Yémen, la police a utilisé des « gaz neuro-toxiques ». L’ambassadeur US sur place a nié (car cela appartient aux « armes de destruction massives » et le Yémen était un allié traditionnel de Saddam) mais les images diffusées sur al Jazeera arabe parlent d’elles-mêmes.

    Pendant ce temps-là la police du Bahrain tire à bout portant sur des manifestants non-armés, dont l’un simplement en train de haranguer un flic (ce matin sur al Jazeera english).

    Pendant ce temps-là le sultan d’Oman se plie aux injonctions US, lesquels ont demandé à toute la galerie d’engager des discussions avec l’opposition et des réformes.

  10. Il est temps de revenir à la situation en Libye et à son déroulement..

    Khadafi, avec les armes préalablement fournies par tous (GB, France, Italie, Russie entre autres) et l’achat de mercenaires (Afrique subsaharienne, moyen-orient, peut-être Europe centrale) reprend peu à peu possession du territoire Libyen.

    La 1ère ville à être reprise et écrasée fut Zaouyiah, avec une méthodologie simple :
    – bombardement par Tank de tout bâtiment à portée (civil ou militaire)
    – exclusion de tout réseau d’information(GSM, Internet) et de tout journaliste. Pas d’image, pas de mort
    – une balle dans la nuque pour tout militaire refusant de tirer sur d’autres libyens (d’où le recours nécessaire aux mercenaires, mais l’argent du pétrole peut beaucoup).
    – postage de snipers sur tous les toits, tir systématique sur tout ce qui bouge (armé ou pas, adulte ou pas).
    Personne ne se risque au moindre bilan. Pas d’intérêt.

    La ville menacée à court terme est Misratah (500 000 Ha). Bientôt viendra Benghazi (600 000 hab). Les méthodes ne changeront pas.

    Bien sûr, j’ai pu constater que des révolutionnaires farouches, nombreux sur ce blog, sans pouvoir (et pour cause) contester les faits, les considèrent comme négligeables à l’échelle de l’histoire. Magnifique. Les autres peuvent continuer à lire.

    Face à cela? rien. Aucune intervention : « contre-productif. Il faut laisser les Libyens se libérer eux-mêmes. Et d’ailleurs, ils ne le demandent pas ». Ce qui est parfaitement faux, comme on le sait. J’oubliais quand même de mentionner la réaction de l’UE : « M Khadafi n’est plus un interlocuteur valable ». Ainsi, il n’aura plus le droit de parler à la baronne Ashton.

    La conclusion de tout cela?
    « Mouammar Kadhafi a invité des firmes de Chine, de Russie et de l’Inde à venir exploiter du pétrole en Libye, après le départ de la majorité des compagnies étrangères, rapporte l’agence officielle Jana. « Le chef de la révolution a reçu dimanche les ambassadeurs de Chine, de Russie et de l’Inde avec lesquels il a examiné l’évolution des relations bilatérales et l’invitation de compagnies de ces pays à venir exploiter le pétrole libyen », cf. le Monde.

    Ouf, une défaite du capitalisme!

    1. C’est en effet extrêmement préoccupant.
      Les français/américains ne peuvent intervenir en raison du véto russe au conseil de sécurité.
      Bien sûr, ça ne les a pas toujours gênés, mais cette fois ça ne passera pas. Les européens surtout, sont coincés, leur approvisionnement énergétique dépendant grandement du pétrole libyen et du gaz russe. La situation est catastrophique, bien plus angoissante que ce qui se déroule au Japon, en terme de risque de montée de la tension entre puissances, de montée aux extrêmes militarisée.

      C’est le moment où le conflit économique et énergétique risque de basculer en tensions armées entre pays « atlantistes » (les européens remercieront notre chef d’État de les avoir embarqué dans cette galère)/ BRIC. Et ce faisant nous n’avons plus le choix, dans la mesure où nos intérêts vitaux sont maintenant en jeu, en plus seulement le sort des libyens. Il faut absolument clouer au sol l’aviation libyenne (s’il reprend le contrôle du pays c’est une catastrophe géopolitique), et affronter l’ire des russes. Les américains, qui ont déjà perdu la guerre énergétique en Asie centrale (contre le bloc Turquie/Russie/Chine), ne peuvent pas se permettre de la perdre au Moyen-Orient. Mais ils n’interviendront probablement pas, parce-qu’ils n’en ont plus les moyens et parce-que les chinois les tienne, et ils laisseront l’Europe, et donc la France et la Grande-Bretagne seules face à leurs responsabilités.

      Je n’aimerais pas être à la place du chef de l’Etat français aujourd’hui qu’une intervention paraît absolument nécessaire, intervention qui ne sera pas couverte par l’ONU et qui heurtera de fronts les intérêts russes et chinois. J’espère bien sûr me tromper, mais c’est là un tournant majeur si les insurgés échouent.

      La concomitance des deux situations japonaise/ libyenne me parait exceptionnelle, et montre combien le nucléaire n’est pas vraiment une option parmi d’autres, en absence de d’alternative crédible, dans un monde géopolitiquement instable, même si je comprend fort bien que la couleuvre soit dure à avaler (au mieux c’est soit l’exploitation d’un parc nucléaire soit l’exploitation de gaz de schiste, mais certainement pas ni l’une ni l’autre; à choisir, vu les ravages écologiques que génère la seconde option, il faut trancher en faveur de la première des deux alternatives).
      Le Japon n’a jamais eu le choix (à part peut-être celui de ne pas construire sur des failles!). Nous non plus, malheureusement.

      1. @ Antoine Y,

        Ce que vous décrivez est vraiment préoccupant ; accessoirement cela montre que le choix d’un président de la République plutôt qu’un autre n’est pas neutre.

    2. Rémy Ourdan, envoyé spécial du Monde à Benghazi rapporte dans l’édition datée du 11 mars que les insurgés ont reçu des armes.
      Les Emirats et la Turquie vont démarrer un pont humanitaire (et plus si affinités ?), et le dialogue engagé entre UK, France, US et le conseil national transitoire est une bonne chose, même s’il faut envisager de discuter un bail avec une résistance qui doit mieux s’organiser pour devenir plus légitime et faire de l’ordre dans ses propres rangs (ambassadeurs et militaires démissionnaires versus islamistes en exil).

      Il faudrait faire la même chose avec le Yémen: commencer dès à présent à reconnaître les différentes mouvances résistantes, même si il n’y a aucun point commun entre les intellectuels de Aden, les Islamistes de Abyan, et les tribus qui sont pour certaines depuis longtemps en opposition frontale avec le clan Saleh (qui a récupéré des membres de familles proches du pouvoir à toutes les époques… dynasties qu’on connaît bien chez nous aussi ! mais bon… au Yémen, il suffisait jusqu’à récemment de connaître une langue étrangère pour trouver un boulot dans une ambassade ou au ministère des affaires étrangères).
      A moins que: leur point commun c’est qu’ils en ont marre de la ploutocratie, et de laisser les saoudiens imposer leur diktat.

      Pendant ce temps-là l’Arabie saoudite envoie des troupes au Bahrain (au nom de la « menace iranienne »). Manquerait plus qu’une confrontation directe entre l’Arabie saoudite et l’Iran. Parfois les conflits larvés finissent par sortir au grand jour.

      1. @Jeanne

        Je n’avais pas vu l’article en temps utile (et je ne le retrouve pas sur le monde.fr). J’ai eu l’impression que la Libye avait été rayée de la carte par le Tsunami dès vendredi.

        S’ils ont reçu des armes, c’était sans doute déjà trop tard et trop peu : l’essentiel était de prolonger l’élan acquis, afin de décourager le cercle autour de Khadafi. Le temps qu’il a mis à se mettre en ordre de marche témoigne sans doute que des tiraillements ont eu lieu dans son camp (il y aura des retouches sur la photo de famille). Bien sûr les insurgés sont mal organisés et hétéroclites, avec des ancien militaires. Mais comment pourrait-il en être autrement?

        Maintenant l’Europe se trouve devant un problème bien plus grave, comme l’a détaillé Antoine Y. Sur le plan technique, c’est autre chose d’empêcher Khadafi d’avancer que de lui reprendre les villes. Au mieux, ce serait une partition instable de la Libye selon l’ancien découpage…

  11. Bien sûr, j’ai pu constater que des révolutionnaires farouches, nombreux sur ce blog, sans pouvoir (et pour cause) contester les faits, les considèrent comme négligeables à l’échelle de l’histoire. Magnifique. Les autres peuvent continuer à lire.

    Il est vraisemblable que Monsieur François le sombre est libyen ou a pour tout le moins de la famille dans ce pays c’est pourquoi tout cela lui tient à cœur. On se demande d’ailleurs pourquoi ce monsieur n’est pas déjà en Libye.
    Les révolutionnaires du blog de Jorion du moins ceux à qui je pense , se sont contentés de suivre les évènements et d’applaudir au succès initiaux de la rébellion qui elle même au début semblait réticente à toute aide. La contre offensive de Kadhafi est un malheur pour les libyens et toute intervention des pays occidentaux sera malheureusement sans aucun intérêt au regard de ce qu’une rébellion victorieuse aurait pu apporter a ce pays.
    Je crois que vous n’avez pas du tout compris – comme de nombreux médiatiques – qu’elle était l’enjen de la révolution dans les pays arabes. Cet enjeu ne consiste pas à éliminer leurs dictateurs pour rejoindre le giron occidental qui lui même est en proie à de graves difficultés mais à mettre sur les rails les peuples arabes vers une indépendance démocratique réelle.
    Faut-il vous rappeler que les pays arabes se sont émancipés de la terrible colonisation des pays occidentaux après la dernière guerre mondiale et qu’il serait très grave pour eux de rejoindre le camp de leurs anciens colonisateurs ou justement leurs dictateurs les avaient en partie ramenés .

  12. Esprit de Munich :tu est toujours présent !

    Obtenir l’autorisation de la Chine pour soutenir une révolte contre un dictateur c’est comme si Roosevelt avait demandé à Mussollini et à Hiro hito l’autorisation d’entrer en guerre contre Hitler !

    La voix de la France a disparu (nous sommes maintenant représentés par le president Van Rumpuy)

  13. La contre révolution arabe est en marche….. Après Kadhafi, ce sont les saoudiens qui envoient des troupes pour venir en aide du sultan du Bar hein malmené par les revendications démocratiques de sa majorité chiite. Comme Marx le remarquait, ce n’est pas l’action directe des prolétaires qui manifeste et amplifie la justesse de leur révolte mais la contre révolution qu’elle suscite. Les états arabes du Golfe ont enclenchés un processus qui risquent de faire de l’Egypte , de la Tunisie et de la Libye les hors d’œuvre d’un mouvement révolutionnaire démocratique au Proche Orient.

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