BORDEAUX, Chantier Mobile, Station N°4, jeudi 25 août à 18h30

Derrière les pistes de l’aéroport de Mérignac

Atelier (17h00 / 18h00) Démonstration de drones par AMKZ aéronefs, production d’engins pour les déplacements et l’observation

Témoins (18h00 / 18h30) Casting d’initiatives issues de l’avis de recherche

Préfiguration (18h30 / 19h30) La Guerre civile numérique, vers l’horreur économique, entretiens avec Paul Jorion (chercheur en sciences sociales, économiste)

Échanges (19h30 / 21h00) Frontières contemporaines, lisières, murs, clôtures, zones d’exclusion … Cosmopolitismes avec Société Réaliste (artistes), Olivier Razac (philosophe), Mathieu Larnaudie (écrivain), Paul Jorion (économiste), Bruce Bégout (philosophe), Jean-Christophe Garcia (photographe), Evelyne Ritaine (sociologue) et un représentant de l’association ANAFÉ (Association Nationale d’Assistance aux Frontières pour les Etrangers)

Illusion (22h00 / 23h00) Présentation du travail de Société Réaliste (artistes, Paris)

Sonores (23h00 / 0h00) Cockpit, création audiovisuelle par Betamax (Nicolas Pradeau et Arnaud Castagné)


Cher Paul Jorion,

Michelangelo Pistoletto, directeur artistique d’EVENTO 2011* et moi-même, Éric Troussicot, commissaire associé, serions heureux et vivement touchés que vous acceptiez d’intervenir et de participer à l’une des stations du Chantier Mobile ** (projet artistique itinérant et autonome qui préfigure l’événement et propose une exploration estivale du territoire métropolitain de Bordeaux en 11 stations).

Nous aimerions vivement vous convier à la station N°4 qui se déroulera à Mérignac le jeudi 25 août et qui explorera et discutera la thématique des frontières et lisières contemporaines.

Un endroit peu connu, derrière les pistes de décollage et d’atterrissage de l’aéroport de Mérignac, où l’on peut admirer le prodige sans cesse répéter de la soustraction à la pesanteur des carlingues fuselées et se laisser bercer par le rêve de destination et d’ailleurs à portée de main, nous invite à repenser les thèmes de la mondialisation, du cosmopolitisme et celui de la frontière, de la ligne de séparation, de la lisière et celui plus grave de l’érection de murs dans nos société contemporaine.

L’aéroport est de fait une zone internationale, clivant les frontières, cosmopolite par destination. Est cosmopolite celui qui se proclame citoyen du monde et préfère donc le genre humain à sa patrie. Le cosmopolitisme insiste sur trois facteurs dont l’importance respective varie en fonction des théoriciens et des époques : l’universalité, la paix et la liberté.

Qui veut décrypter le nouvel ordre géopolitique doit donc saisir cette dimension essentielle: vues du ciel, les frontières territoriales comme la distinction ami/ennemi, matériel/immatériel, civil/militaire, citoyen/non citoyen, deviennent de plus en plus floues, et tout l’espace du politique est à repenser ; penser la limite, méditer sur l’espèce humaine, la guerre et la paix, en élevant le débat jusqu’au cosmos. Comme si les Terriens que nous sommes ne pouvaient se comprendre eux-mêmes qu’en se transportant dans un univers absolument étranger, en imaginant un point de vue radicalement autre : chez Kant, note Peter Szendy, « l’être raisonnable non terrestre, l’alien, apparaît comme la frontière, la tangente vers laquelle l’humanité tend, asymptotiquement, pour se trouver ». Le dessin des contours d’une politique à l’échelle intergalactique permettrait aux hommes, en retour, de reprendre pied sur terre.

Par-là même, s’exprime une vérité de notre époque: plus de vingt ans après la fin de guerre froide, alors que le vieil ordre géostratégique n’est plus, le monde se cherche de nouveaux ennemis, des « envahisseurs » inédits. Or « l’humanité comme telle, prise dans sa totalité, n’a pas d’ennemi sur cette planète », disait Carl Schmitt. D’où la tentation d’un discours de plus en plus extraordinaire: lorsque la Terre se dérobe, la politique est dans la Lune ; lorsque la géopolitique perd pied, la guerre plane à deux mille.

Aujourd’hui, où il est de bon ton de glorifier la transgression des frontières, le dépassement des limites, l’ouverture à la mondialisation, la déterritorialisation … Il faut peut-être se rappeler qu’un aéroport est également une zone d’exclusion, voire d’expulsion avec camp de rétention.

Quelques chiffres parlent : 27 000 km de frontières nouvelles ont été tracés depuis 1991, 10 000 autres de murs, barrières et clôtures sophistiquées sont programmés pour les prochaines années. Entre 2008 et 2010, 26 cas de graves conflits frontaliers ont été dénombrés. On exalte l’ouverture, tandis que l’industrie de la clôture, électrifiée et vidéosurveillée, augmente chaque année un peu plus. On exalte le village-planétaire, l’ubiquitaire numérique, mais les États sont de plus en plus nombreux, les politiques de plus en plus provincialisées, et les villes de plus en plus ghettoïsées (gated communities ou bidonvilles). Il n’est pas jusqu’à la mer qui ne soit territorialisée.

Ligne de démarcation pour séparer deux camps, représentation symbolique et collective, barrière virtuelle et imaginaire, comment définir la frontière ? Alors que se pose la question de la fin des frontières, d’une société transparente et globalisée d’un système-monde, où les acteurs transnationaux échangent, communiquent et ce peu importe l’endroit où ils se trouvent. Toutefois, les nations ne sont pas totalement débarrassées de la vacuité des frontières et à celles d’hier s’ajoutent celles d’aujourd’hui. Alors que l’idée de frontière n’a jamais semblé aussi obsolète, de nouveaux cadres aux contours plus poreux s’imposent à la société. Qu’il s’agisse de les renforcer, de les décrypter ou tout simplement de les abattre, comment comprendre notre rapport aux frontières ? Peut-on les dépasser ? Sont-elles nécessaires ? Peut-on s’accorder avec Régis Debray, qui avec l’Éloge des frontières nous invite à retracer des frontières. La thèse est simple : plutôt que de dépasser les frontières, à la fois matérielles et mentales, tentons de les penser, car à défaut de tracer des frontières, ce sont des murs qui sont érigés.

Les intervenants : Pierre Muller, Evelyne Ritaine, Nancy Green, Boris Petric
Bien sincèrement,

Michelangelo Pistoletto
Eric Troussicot


Cordialement,

Le comité éditorial du “Chantier Mobile”
Éric Troussicot, Commissaire d’Evento 2011, Directeur éditorial
Barbara Charbit, Coordinatrice éditoriale
Thibault Degantes, Assistant éditorial
Charlie Tronche, Assistant éditorial

http://www.facebook.com/EventoBordeaux2011
http://www.evento2011.com

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18 réflexions sur « BORDEAUX, Chantier Mobile, Station N°4, jeudi 25 août à 18h30 »

  1. La frontière à dépasser n’est pas dans la géographie. C’est de bien autre chose dont il s’agit.

    Comme disait Kierkegaarde, la décision appartient à la catégorie du saut, et il s’agit donc, d’accomplir un saut. Salto mortale. A scruter le globe, on oublie d’enlever ses lunettes. C’est au fond de soi que se situe la frontière.

    1. Je ne vois de frontière fondamentale/atomique (au sens de distinction) entre un palestinien et un israélien, ni même entre un coréen du sud et du nord. Et pourtant il m’est impossible de la franchir…

      Les frontières sont réelles, tangibles et géolocalisés qu’on les accepte ou pas.
      Si sur le fond je partage votre pensée car les frontières physiques ne sont que les reflets de “nos” frontières conceptuelles, vous vous situez à un niveau d’abstraction tel que rien de concret ne peut en ressortir.

      Suggérez-vous que nous supprimions toutes les frontières physiques en espérant que la chute des frontières ethniques et morales s’ensuive ?
      A mon sens les frontières sont inévitables et nécessaires pour construire un ordre.

      La véritable question serait davantage de savoir pour quels prétextes nous les érigeons, et dans quels buts ?

  2. uhm ici il s’agit moins moins de scruter que de savoir comme nous sommes scrutés.

  3. “Est cosmopolite celui qui se proclame citoyen du monde et préfère donc le genre humain à sa patrie.”
    Curieusement, je préfère le genre humain à ma patrie (un tout et une partie) et je ne me proclame pas cosmopolite.
    Et par ailleurs, il me semble que beaucoup proclament être citoyen du monde parce qu’ainsi ils prétendent échapper aux contraintes qui lient les groupes humains (souvent la morale ou la loi).

  4. Derrière les pistes ……. une invitation au voye âges adressée à un anthropoloque d(’h)onneur !
    La planète maîtresse des providences désormais terre connue, dé-couverte, nous assigne à résidence. Quand les abysses dégainent leurs failles en pointillés à la manière de ces factures proposant un prépayé fonctionnel délimitant un gouffre et quand le ciel encombré menace de nous tomber sur la tête remake d’un déluge et/ou d’une comète scélérate, la peur du manque d’espace vital oblige à l’érection de clôtures pour garantir nos pieds sur terre. Terre, territoire, terrier, nécessité faisant droit, c’est « à moi » qu’il nous faut.
    Cherche pionniers désespérément a-vides de l’espace des abysses et du temps ? L’image s’impose d’un spationaute et d’un scaphandrier nageant dans l’espace et les océans chacun relié par un cordon à son vaisseau mère. Un comme si sous si qui ferait émerger la nécessité de couper le corps d’on afin de partir à la recherche du mystère perdu.

  5. Cosmopolite a pris un sens très péjoratif ,sans doute avec Barres .
    Brazillac l’emploiera associé à “juif” ou” communiste”…Dommage !
    Ce sens abject définit pourtant si bien “la finance”.

  6. K. LOrenz montre que chez les oiseaux , la frontiere est la limite territoriale ou le dominant devient dominé …….
    L’agressivité intra-spé , inhibée pour permettre la mise en société de l’animal, est restituée a l’extérieur du groupe pour réapparaitre en agressivité entre groupe …avec possibilité d ‘etre inhibée a son tour en hierarchisation ( modélisation fractale ) cette structure est la structure distributive naturelle en usage ds toute la création …
    S’ éloigner de cette structure ou la bouleverser ne peut se faire sans risque de perdre sa stabilité .
    Je viens d’écouter le cours de M. DELMAS MARTY sur le travail a l’épreuvre de la mondialisation et suis complètement déprimé de constater que des personnes si compétentes dans leur domaine ne sont pas conscient du “piege” mondialiste …piège mathématique qui semble donner des solutions en cachant le fait qu’il aggrave le process pervers .
    Il faut inverser le paradigme qui désigne le protectionnisme des groupes comme “obscène” . Freiner la circulation des biens autorisera la circulation des individus .

  7. J’espère que la salle de conférences sera bien insonorisée .

    Associer la frontière à un aéroport ne va pas enthousiasmer les écologistes , même si c’est un lieu ( parmi d’autres) symboliques et pas que . C’est souvent par là que s’échappent les mèdecins , reporters, pharmaciens …sans frontières .ça n’est pas le même cas pour le réseau Education sans frontières .

    Pour moi , la frontière est l’outil de ce qui répond en nous et dans notre humanité , à la nécessité de Loi pour pouvoir “Organiser concrètement” ( temps présent , et toc !) , ou prévoir à échéance atteignable ( temps futur , et toc !) . Elle est contradictoire à notre autre nécessité vitale qui est le Lien ( empathie et créativité , passé et hors du temps , et toc !) .

    Paradoxalement , et à l’encontre de l’étymologie ( front d’une armée , place forte ) , je lui confie le rôle de fléau de mesure éphémère mais incontournable dans la balance d’aptitudes dont la nature nous a dotées pour tenter de survivre .

    Dès lors je partagerai volontiers la pensée de Régis Debray citée dans ce billet ( si je l’ai correctement comprise !).

    Reste à savoir comment sont pensées , remises sans cesse en cause , les frontières et par qui .

    Démocratie toujours , et Constitution qui est le lieu par excellence d’écriture des frontières ET des libertés , des Droits ET des devoirs .

    PS : après avoir longtemps cru le contraire , je sais aujourd’hui que la mort n’est pas une frontière .

    Et qu'”on va tous Mourrrrir !”

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