LES CHÈQUES DE LA HONTE, par Charles Sannat

Billet invité

C’est la grande mode. À chaque problème de pouvoir d’achat la fausse bonne idée d’un chèque correspondant est mise en place.

M. et Mme Toutlemonde ne peuvent plus se nourrir décemment à midi et voilà le chèque restaurant. M. et Mme Toutlemonde ne peuvent plus partir en vacances et payer les péages et voici le chèque vacances. D’ailleurs les péages d’autoroute sont une gabelle moderne versée à des sociétés privatisées ayant racheté une misère une infrastructure financée par les impôts de l’ensemble du peuple français pendant des décennies. Cette gabelle profite aux actionnaires ce qui est normal. Il serait scandaleux bien sur que la collectivité profite des sommes versées à chaque passage. Un actionnaire étant un être supérieur il est normal de lui verser la dîme. Sachez-le manants!

Puis, le chèque de rentrée car M. et Mme Toutlemonde ne peuvent plus payer les fournitures scolaires pour leur enfants ni les habiller convenablement. Pour M. et Mme Classesupérieures il y a le chèque emploi-service pour payer femme de ménage, nounou ou jardinier. Il ne faut pas oublier que M. et Mme Classesupérieures deviennent de moins en moins supérieurs. Seuls les mégas riches continuent à s’empiffrer.

Lorsque le prix de l’essence augmente on évoque la possibilité d’un chèque essence. Pour le fioul domestique qui sert à se chauffer, il y a bien désormais le chèque chauffage. Certains esprits chagrins dont je fais décidément partie font bien remarquer que plus de 80 % du prix d’un litre de carburant sont des taxes mais chut… faisons un chèque.

Il ne faut pas oublier le chèque lire, pour acheter des livres, les chèques cadeaux que les entreprises utilisent à merveille en lieux et place d’une commission. Mon petit salarié tu as très bien travaillé. Voici 50€ en chèque cadeaux. « Dis merci patron ! ». J’en ai reçu quelques-uns de ces chèques « cadeaux ». Ils sont insupportables. Ils ne se mettent pas de côté (il y a une date de validité) et je ne dois vraiment pas avoir de chance car à chaque fois, ce que je veux acheter est toujours plus cher que le chèque dont je dispose. Donc je dépense plus et m’appauvris en réalité à chaque fois que j’en reçois un… Merci patron quoi ! Je vous passerai le détail qui consiste en différentes marques de chèques cadeaux qui sont valables chacun dans un type de magasins différents.

Comme l’École est l’éducation doivent devenir une marchandise comme les autres, des députés géniaux proposent un chèque éducation (M. et Mme Classesupérieures rajouteront certainement un peu de leur poche pour que leur enfants accèdent aux meilleures écoles tandis que M. et Mme Toutlemonde qui ont un fils iront dans les écoles les moins chères et les moins bonnes, mais chut..).

Ces chèques que l’on reçoit, que l’on prend et qu’on utilise sont des chèques de la honte. Ils masquent le véritable problème.

Quel système économique souhaitons-nous ? Quel partage, quel contrat social ?

L’enjeu du pouvoir d’achat sera au centre de la campagne Présidentielle de 2012. Il est fort probable qu’un candidat « audacieux » finisse par nous proposer un chèque caddy pour faire nos courses toutes les semaines. Il ne faudra pas se méprendre. Ce chèque caddy sera un mélange de soupe populaire moderne et de ticket de rationnement qui ne diront pas leur nom. Nous aurons alors atteint le fonds.

Il occultera encore une fois l’absence du seul chèque utile, valable et indispensable… le chèque du salaire de fin de mois. Un emploi et un salaire permettant à M. et Mme Toutlemonde de vivre de leur travail.

Mais il devient tellement rare qu’un Petit Prince moderne pourrait demander… « dis, dessine-moi un travail ».

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62 réflexions sur « LES CHÈQUES DE LA HONTE, par Charles Sannat »

  1. Je rejoins Stan:

    ces chèques-cadeau sont l’avenir: il suffit
    1) qu’ils ne soient plus attachés à un bien ou service particulier (chauffage, rentrée, péage, cadeau, etc…) mais libellé en euros, sans date de péremtion (à part peut-être un aspect fondant cher à un certain commentateur du blog 😉
    2) qu’ils soient donnés mensuellement à tout citoyen (presque) majeur, qu’il travaille ou non, qu’il paie des impôts ou non
    3) qu’il soit déposé sur le compte en banque centrale dont chaque citoyen majeur devrait disposer (pour pouvoir profiter des services électroniques de paiement sans passer par les banques commerciales)
    Cela en fera une « allocation universelle », socle de toute liberté (et qui devrait être porté au niveau le plus haut possible qui est soutenable dans la durée)

    Il n’y a en effet plus de plein emploi intéressant et socialement utile pour tous. Diviser ce qu’il reste de travail de manière équitable est beaucoup trop rigide: certains veulent travailler plus, d’autres moins.

  2. Quel optimisme!
    Les différents chèques évoqués dans ce papier seront un luxe inutile dans la société future, telle qu’elle se dessine. Que fait donc habituellement notre système économique quand il est au bout du rouleau? La guerre. En l’occurrence, il pourra s’agir en Europe de quelques conflits locaux, voire banlieusards, enracinés dans un racisme nourri de discours xénophobes bien léchés, qui seraient en passe de se banaliser et de s’affirmer comme une doxa, certes encore honteuse, mais incontournable. Donc, des milices, des mobilisations, des combats, des destructions, des règlements de compte à foison et, parallèlement, un silence assourdissant à propos du partage de la richesse ou de l’exigence d’une société plus juste dont la haine n’a que faire.
    C’est bien là le drame qui se dessine, quand les « partis de gouvernement » trahissent allègrement les électeurs au bénéfice d’une oligarchie étroite mais si gourmande, et que l’extrême droite, aux aguets, peut avancer plus ou moins masquée, parée de la vertu trompeuse des démagogues. Où sont les « hommes d’Etat » dignes de ce nom? Je lance un avis de recherche… Donc, en l’état actuel des choses, au moins en Europe, foin des chèques, le pauvre et le futur pauvre ont besoin d’un peu de vin, de quelques miettes de pain, et de solides boucs émissaires. Faisons confiance pour réaliser cet affreux programme au « réalisme » de l’UMP, du PS (etc…), et aux ravages nés du désespoir fondé de tous ceux qui ne voient plus aucun avenir ni pour eux, ni pour leurs enfants. Puissent en l’occurrence les présidentielles de 2012 donner à notre pays un nouvel espoir, des voix différentes se font entendre de plus en plus fortement. Quant à cette Europe technocratique, qui peut encore, en dehors des élites et de ceux qui partagent leur table, en attendre quoi que ce soit?

    1. A priori la solution qui se dessine pour certains politiques c’est plutôt des grosses guerres avec destruction des infrastructures et la suppression d’une partie de la population active (sans compter les vieux bien entendu).
      Il me semble que la tentative de création d’un ennemi est encore trop faible, et peut-être pas suffisamment proche. Il est possible aussi que la construction d’un unique ennemi commun ne fonctionne pas, la guerre civile est peut-être incontournable mais ce serait très difficile d’inventer des guerres civiles un peu partout sans qu’on se rende compte qu’il s’agit de la même chose, et puis la population est en train de se détourner des moyens de communication de masse. Alors oui, on peut encore être optimistes.

  3. Quelle charge incroyable et juste sur ce qu’est en train de devenir notre République, si chère à mes yeux!

  4. Bonjour,

    J’ai beaucoup apprécié ce billet intitulé Les chèques de la honte.

    Je partage votre perception et analyse de ces chèques. Tout concourt à dilluer la paupérisation en France jusqu’a faire oublier l’essentiel très bien résumé dans les dernières lignes de votre article :
    « Il occultera encore une fois l’absence du seul chèque utile, valable et indispensable… le chèque du salaire de fin de mois. Un emploi et un salaire permettant à M. et Mme Toutlemonde de vivre de leur travail.

    Mais il devient tellement rare qu’un Petit Prince moderne pourrait demander… « dis, dessine-moi un travail ».

    Les cartes de fidélité des hypermarchés donnant quelques centimes d’euro de réduction, l’avènement des magasins d’alimentation hard discount avec leurs cartes…

    Apparemment les nouveaux pauvres constituent un réel marché…qui grandit de jour en jour…Miam pour les grands groupes divers et variés. Miam pour ceux qui s’enrichissent de plus en plus. Quand les gens en bavent chaque jour, luttent pour survivre, ils n’ont pas le temps ni l’énergie pour discuter des problèmes de société.
    Les discussions qui se terminent toujours par des « Mmmmenfin, voilà on a refait le monde, ciao rentre bien !  » ou des « Ouai mais ça ne va changer le monde »…on connait tous !

    Le Petit Prince demeure l’un des livres les plus appréciés dans le monde. Les derniers mots de l’aviateur narrateur St Ex sont les suivants : « Alors, soyez gentils ! Ne me laissez pas tellement triste : écrivez-moi vite qu’il est revenu… »
    Pourtant en 2011, malgré le succès planétaire de cette oeuvre, l’appel lancé aux hommes par St Ex n’ a toujours pas eu d’écho !

  5. Au contraire de vous je pense que le système des bons ou « vouchers » est appelé a se développer car répond aux aspirations contradictoires de notre société que sont la liberté mais avec un filet de sécurité! En gros ca revient à individualiser la protection sociale et l’emploi de services publics de manière non corporatiste comme malheureusement on a tendance à le faire dans ce pays ( la fameuse maladie du statut).En gros on vous remet un carnet de bons qui correspond à votre situation et a celle de vos proches restés a votre charge ,vous le remettez a l’organisme publique ( ou dans certains cas privé ) et l’état règle la facture correspondant au bon!Ce qui revient à rendre responsable ( un gros mot pour un certain nombre de personnes ) l’individu de son devenir .Pour exemple ce système existe a Monaco pour les aides sociales alimentaires pour permettre aux nécessiteux d’acheter des produits frais au marché.

    1. Y a que les « nécessiteux » qui doivent être rendus responsables? Ceux qui consomment la planète eux, ne sont pas irresponsables? ceux qui usent et abusent de notre bien commun, la planète, eux, sont des gens res-pon-sa-bles? Oui, responsables de la pollution, responsable de l’épuisement des ressources…et là, c’est tout ceux qui ne consomment pas qui doivent régler la facture comme vous dites.

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