RENDEZ-VOUS CHEZ LACAN, un film de Gérard Miller

On me fait parvenir aujourd’hui en avant-première, le documentaire que Gérard Miller a consacré à Lacan. En espérant sans doute, que j’en dirais du bien. De ce point de vue là en tout cas, il n’y a pas erreur sur la personne.

Quand je mentionne le mot « psychanalyse », je suis assuré que l’un ou l’autre de mes lecteurs ici répondra avec l’immédiateté du réflexe : « fumisterie ». À quoi attribuer cela ? Je suppose à Michel Onfray. J’ai lu quelques écrits de Michel Onfray, en particulier des choses très justes sur Camus, et j’en suis d’autant plus attristé que pour ce qui est de la psychanalyse, il soit à ce point tombé à côté de la plaque. Qu’est-ce qui lui a pris ? L’hybris, je suppose, le fait qu’à force d’entendre des gens qui vous disent : « Vous avez parfaitement raison ! », on en vienne à accorder une confiance excessive à la moindre de ses intuitions, au risque de se faire piéger alors dans les grandes largeurs.

Qu’est-ce qui me vient à la vue de ce « Rendez-vous chez Lacan » de Gérard Miller ? D’abord que j’aimerais bien qu’un jour à mon souvenir, quelqu’un éprouve les mêmes sentiments à mon égard que ceux que j’éprouve en ce moment envers Lacan. La vie vaut alors rétrospectivement d’avoir été vécue.

Lacan n’était pas pressé : j’ai aujourd’hui l’âge qu’il avait quand ont paru ses Écrits. Nous avons quelque chose en commun : la chance d’avoir été excommuniés par nos pairs. Cela vous ouvre en grand les portes de la liberté absolue de penser et de dire, ce qu’on appelle aussi « dissidence ».

Voyez ce film. Si vous n’avez pas fait d’analyse personnelle, il ne vous en restera peut-être pas grand-chose : la psychanalyse ne se vit que de l’intérieur. Mais s’il vous en reste quand même un tout petit quelque chose, alors, le concept est passé, à sa manière.

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Rendez-vous chez Lacan, un film écrit et réalisé par Gérard Miller (51 min. + 3 compléments), éditions Montparnasse, sort le 7 février 2012.

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297 réflexions sur « RENDEZ-VOUS CHEZ LACAN, un film de Gérard Miller »

  1. Juste pour deux micro-infos absolument sans intérêt sur Lacan (quoique couac), qu’on appelle mame-chishiki en nippon, connaissances-grain de haricot :

    – Lacan aimait fumer des culebras; ces cigares Partagas lui rappelaient le cheminement détourné qu’il faut prendre pour activer la bonne combustion de l’analyse…

    – il fut l’un des premiers grands esprits (plutôt qu’intellectuels) en France à s’intéresser au système des kôan du bouddhisme Chan-Zen, en les détournant (hélas ! …ou alors… pourquoi pas ?) :

    http://www.lacanchine.com/FG07.html

    http://www.lacanchine.com/Charraud_03.html

    http://www.lacanchine.com/FG08.html

    1. Intéressant, vous répondez ici en partie à la question que j’ai posé plus bas à propos du bouddhisme, j’aurais du vous lire avant. Merci

  2. Finalement ce qui aurait pu paraitre incongru,
    se révèle des plus interpellant, vu les réactions
    Me suit un peu marré, tout de même, un peu embêté aussi, mais ça reste animé!!!!!!!!!!!

  3. Tain ! La photo de Lacan est belle, mais bordel de Dieu c’est quoi et de qui le tableau que le Maître en Majesté barre de sa corporalité ? On dirait du Redon peut-être…

    1. Fond mouvementé et beauté de la couleur même si en noir et blanc. Redon peut être, Masson, certainement pas. Je continue à chercher. Quant à Courbet, il est devant derrière de côté en même temps.

  4.  » Tant que la vertu ne sera pas récompensée ici-bas, l’éthique, j’en suis convaincu prêchera dans le désert. Il me semble hors de doute aussi qu’un changement réel de l’attitude des hommes à l’égard de la propriété sera ici plus efficace que n’importe quel commandement éthique ; mais cette juste vue des socialistes est troublée et dépouillée de tout valeur pratique par une nouvelle méconnaissance idéaliste de la nature humaine. » Malaise dans la civilisation

    1. Il me semble hors de doute aussi qu’un changement réel de l’attitude des hommes à l’égard de la propriété sera ici plus efficace que n’importe quel commandement éthique

      .
      Sigmund est excellent là !
      Si « on supprime la propriété privée, si l’on met en commun tous les biens et si l’on fait participer tous les hommes à leur jouissance, la malveillance et l’hostilité disparaîtront d’entre les hommes ».
      Un peu optimiste sur ce coup là.
      Surtout que dans le même bouquin il dit aussi « On se demande seulement avec inquiétude ce que les Soviets entreprendront une fois qu’ils auront exterminé leurs bourgeois ».
      Maintenant on le sait : la restauration.

  5. Lacan a donné une formulation du fonctionnement du symbolique, c’est à dire du langage et du social, qui est plus précise que celle de l’oscillation métaphorico-métonymique (la métonymie fournit du sens, la métaphore en enlève). C’est le « discours de l’Université ». Pas beaucoup de successeurs depuis, pour s’en emparer et aller plus loin que lui. Cela permet d’analyser le fonctionnement socio-langagier et, notamment, de comprendre ce qu’est la monnaie, qui est au coeur du symbolique comme Phallus. Cela permet aussi de mieux définir et distinguer : valeur d’usage, valeur d’échange et valeur d’utilité potentielle, termes clés pour comprendre la crise « systémique » actuelle…

    1. @ YOYO
      « la monnaie, qui est au coeur du symbolique comme Phallus. »
      Au coeur du symbolique: je suis d’accord.
      Comme Phallus: je ne suis pas d’accord. Le Phallus renvoie ama à un ordre alors que la monnaie renvoie à une équivalence.

  6. « Vous vous faites analyser? Oh, depuis quinze ans seulement. Encore un an, et après j’essaie Lourdes. » Woody Allen

  7. Je dois être bizarre: « Onfray » je n’avais jamais entendu/lu ce nom avant ce fil de discussion. Et j’ai encore tellement d’auteurs classiques à (re)découvrir, que je ne pense pas m’en rappeler longtemps.

    1. Salut.
      Quelque soit les contreverses sur ONFRAY sur ce blog, c’est un type qui a permis a des milliers de gens d’accéder a la philo et aux « classiques » . Ses cours sont protègés sur le net , ais il est possible de les chopper . l’ attrait pour Onfray tient dans un charisme tres fort et une facilité d’écoute. Une grande part des critiques a son encontre tient dans ce qu’il banalise l’acces a un domaine que certains aimerait voir protègé et réservé a une classe « intellectuelle » .

      1. Je dois à Onfray d’avoir découvert des domaines de savoir dont j’ignorais tout.
        En revanche, là où je connaissais un peu, j’ai été très déçu par le niveau de ses résumés et ses approximations.
        Donc pour Onfray un plus : il banalise l’accès au savoir; et un moins : il en banalise le contenu.

    1. Pas besoin de psychanalyse. Le lâcher prise est total 🙂
      Méditer toujours un peu : il en restera quelque chose.

    2. Ma question se voulait plutôt sérieuse, H. Michaud décrit assez bien l’état d’éveil dans ses poèmes alors qu’on attend toujours la description de l’état de psychanalysé même poètique.

      1. Je ne sais pas si cela répondra à votre question mais je vous conseille la lecture du très intéressant petit livre « Un Psychiatre en Inde » de Médard Boss.

      2. Je suis allé en inde et j’ai un peu idée de ce que l’on appelle syndrome indien des europeens, mais je ne l’ai pas vécu de façon pathologique, ceci dit le choc des valeurs oblige a remettre en question des choses qu’on avait pas imaginé être « mouvantes » un peu comme si on prenait conscience de la force qu’exerce sur nous le sol en réaction a notre poids pour essayer de le traduire en termes quelque peu tangibles pour un matérialiste européen. Reste que entre psychiatrie et psychanalyse ya comme un fossé, que dis-je une tranchée.

  8. Eh bien ! Je viens de parcourir les commentaires…
    Ce que je peux reprocher à Onfray c’est d’avoir lu Freud sans comprendre une seconde que l’essentiel de l’apport pratique de Freud est le « transfert », son analyse dans la cure et d’avoir découvert le contre-transfert et la nécessité de son analyse.
    Le transfert permet ou freine le changement qui ne se réduit pas à une compréhension intellectuelle, théorique, mais est en rapport avec des émotions. Et le contre-transfert (c’est-à-dire ce que projette l’analyste sur l’analysant) permet ou freine la liquidation du transfert, puisque sans liquidation du transfert l’analysant ne peut s’émanciper.
    C’est cela qu’éprouve tout analysant au cours de la cure et il n’est nul besoin d’en faire la théorie dans la cure pour que cela soit efficace ! Mais c’est ce sur quoi tout psychanalyste s’engage à réfléchir tout au long de sa pratique : chaque analysant est singulier et le rapport qui s’établit avec lui l’est aussi.
    Quand on supervise un psychanalyste, l’ensemble de ces phénomènes apparait nettement : combien de fois découvre-t-on que l’analysant attend que le psychanalyste veuille bien liquider son contre-transfert ou bien que le psychanalyste est obligé d’attendre que l’analysant prenne conscience à son rythme du nœud dans lequel il est pris. Forcer les choses ne sert à rien, qu’à renforcer les défenses, c’est d’ailleurs pour cela que la suggestion est toujours un frein dans une psychanalyse et la marque du contre-transfert du psychanalyste !
    Le paiement (qui peut ne pas être en argent) de la séance à chaque séance (en liquide quand c’est de l’argent puisque le chèque maintiendrait une relation symbolique après la séance) est la volonté marquée et répétée que la cure peut se terminer là, séance tenante, et que s’il y a une séance suivante, c’est de la volonté seule de l’analysant. L’accusation de secte ou d’emprise ou d’exploitation de la crédulité sur la longue durée est donc absurde : il n’y a aucun contrat signé avec le psychanalyste !
    Freud a démontré que le transfert/contre-transfert se jouait dans toute relation d’aide thérapeutique, psychothérapeutique, et qu’il était ce qui rendait compte de l’efficacité de la relation. Le problème est donc de savoir quelle maîtrise du transfert en a le psychothérapeute, certains s’en débrouillent très bien, quelle que soit leur technique médiatrice (le corps, la peinture, la musique ou le cheval !) d’autres ne le font pas et le risque est grand alors de créer une dépendance qui ne fait que répéter la situation nouée et les symptômes afférents.
    Ce qui est extraordinaire chez tous les critiques de la psychanalyse (Onfray en tête) c’est l’absence totale de référence à la souffrance psychique ! Comme si elle n’existait pas et comme si on n’allait pas chercher une aide pour se débarrasser de ce qui fait souffrir, et ce qui fait souffrir ce sont des symptômes, des « choses » qui échappent à notre volonté et provoquent des émotions douloureuses.
    Une psychanalyse ne « guérit » pas, elle permet à la personne de vivre avec ses symptômes, de les aménager pour ne pas en souffrir… C’est peu et en même temps c’est beaucoup, parvenir à ne plus avoir comme écran dans la relation à l’autre le masque des symptômes est un grand soulagement. Mais la structure de la personnalité ne change pas beaucoup pour autant, le sujet en joue autrement, c’est déjà bien s’il n’éprouve plus la souffrance psychique quand le symptôme survient inopinément !
    Enfin, pour terminer ce digest, la psychanalyse, comme toutes les sciences sociales pose la question de la théorie à propos de la singularité. Tout événement historique qu’il soit de la grande histoire ou de l’histoire personnelle pose d’une part la question des régularités qui le rendent possible et d’autre part la question de sa singularité inépuisable. De ce point de vue, rabattre toute science sociale soit sur les sciences naturelles induit un réductionnisme qui fait manquer les propriétés émergentes du système étudié, soit sur les mathématiques induit une modélisation qui fait manquer la cible, en tout cas avec les mathématiques dont on dispose aujourd’hui.

      1. En tout cas, vous, vous n’avez pas « démontré » le contraire. Lire Freud et ses démonstrations ce n’est pas inutile, parfois.

  9. Depuis la sortie du livre d’Onfray sur Freud, on ne voit de réactions négatives à ce travail qu’à l’emporte-pièce, sans la moindre tentative d’argumentation, comme si véritablement il s’agit là de la critique d’une doctrine sectaire que l’on ne pouvait interroger sans blasphéme et que l’on devait accepter en bloc ou bien s’en tenir à distance.
    Et encore une fois, et c’est quand même bien dommage de la part d’un Jorion qu’on connait habituellement plus à l’aise avec l’esprit de méthode, la réponse proposée repose sur l’intimité de l’expérience mystique, hors la foi point de salut.
    Il est pourtant grand temps de permettre à la psychanalyse de se développer sur des bases autrement plus saines.

  10. Je sais, c’est extremement primaire comme réaction, mais je trouve ce débat sur la psychanalyse terriblement clivant, au point de vouloir cesser de lire ce forum

    Ce truc pue le charlatanisme à plein nez, ….je dois avoir besoin d’une analyse juste pour me réconcilier avec ces croyants…mais comme je suis athée.

  11. Picasso disant qu’il était un artisan avant d’être un artiste. La médecine encore aujourd’hui n’est pas une science exacte. Elle est un art. Le praticien généraliste / spécialiste, artisan artiste doit soulager, délivrer de la douleur, soigner et s’il le peut guérir.
    Une personne en souffrance s’est-elle manifestée ? (Je n’ai pas tout lu) ? Dans la négative, comment sentir et comprendre ce silence ?
    S’il y a un lecteur ou lectrice de ce blog livré(e) à son urgence personnelle j’aimerai qu’il elle lise les témoignages des quelques participants ayant exposé simplement le bien fondé de leurs cures à partir de leurs vies d’où ils viennent où ils vont, ainsi que ce dernier de JeanNimes. Pas de grandes références, pas de grands maux ni mots d’experts ou spécialistes encore moins de suspicions. Eux leurs vies leurs cures leurs soins. Des faits, des sobriétés, des artisans et vraisemblablement un artiste. Cette simplicité commune à tous de dire que ce sont des « choses » de nos vies qui nous rendent malades et font que la douleur devient la vie elle-même. Les dé-tairer ces choses, les reconnaître les identifier permet de ne plus en souffrir et ainsi de vivre que la vie n’est pas une maladie.
    Comme si elle n’existait pas et comme si on n’allait pas chercher une aide pour se débarrasser de ce qui fait souffrir, et ce qui fait souffrir ce sont des symptômes, des « choses » qui échappent à notre volonté et provoquent des émotions douloureuses.
    Une psychanalyse ne « guérit » pas, elle permet à la personne de vivre avec ses symptômes, de les aménager pour ne pas en souffrir… C’est peu et en même temps c’est beaucoup,.

    Desproges disait que l’on peut rire de tout mais pas avec n’importe qui. Parfois je me dis qu’on peut blogger de tout mais pas avec n’importe qui. Ce sujet me rappelle ceux sur la campagne de vaccination contre le HN1 qui ont pour conséquence une suspicion larvée contre la vaccination en général et premier résultat en particulier (pour une part) : 50000 cas de rougeole en France. Maladie potentiellement mortelle.
    Les causeries sur la perfectitude ont des conséquences.

  12. La psychanalyse n’est pas une fumisterie. Simplement, elle a quitté depuis longtemps le champ scientifique pour rentrer dans celui de la croyance. Les psychanalystes ont abandonné toute curiosité envers les disciplines voisines ou concurrentes et s’occupent seulement de leurs querelles de chapelles. Or, les querelles de chapelles s’y règlent à l’autorité et non à la preuve. On découvre que l’autisme est , au moins dans de nombreux cas, génétique, que l’ulcère se soigne par un traitement antibiotique approprié, mais cela ne provoque aucune remise en cause chez les freudistes, alors qu’ils avaient argumenté des théories concurrentes, et fausses, pour ces maux. Comme le marxisme, le freudisme a été vidé de son énergie créatrice en devenant parole révélée, sacrée, immuable et protégée par un corps de prêtres zélés. Mais contrairement au paganisme romain, l’inconscient, le surmoi, l’héliocentrisme et la lutte des classes ne risquent pas de disparaitre avec leurs derniers adeptes. Si bien que le retour de la psychanalyse doit fatalement arriver, sous une forme ou une autre.

  13. à Wobeli :
    le paganisme romain n’a pas disparu, qu’est-ce qui vous fait affirmer le contraire ?
    lisez Christopher Gérard par exemple.

  14. Si Paul Jorion a été excommunié par ses pairs pour un motif analogue à celui de Lacan, c’est affligeant. Mais au fait sait-il exactement pourquoi Lacan a été excommunié ? Les lacaniens, à commencer par Lacan lui-même, ont tout fait pour dissimuler le véritable motif.
    Pour le connaître, consulter le texte « Mensonges lacaniens », écrit par un ex-lacanien qui connaît l’affaire:

    http://icampus.uclouvain.be/claroline/backends/download.php?url=L0xhY2FuLk1lbnNvbmdlcy5wZGY%3D&cidReset=true&cidReq=EDPH2277

    ou pour une version plus courte
    http://www.pseudo-sciences.org/spip.php?article1825

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