Fukushima : L’ÉCHELLE FINANCIÈRE DU NUCLÉAIRE, par François Leclerc

Billet invité

Les échelles de l’industrie électro-nucléaire sont multiples.

Quarante ans sont ainsi prévus pour les opérations de démantèlement de la centrale de Fukushima-Daiichi, puisqu’il fallait bien annoncer un calendrier. Celui-ci est donné sans garantie, étant donné les inconnues et défis titanesques de l’opération, tandis qu’une autre échelle se révèle progressivement : celle des coûts financiers de la catastrophe.

Tepco, l’opérateur privé de la centrale, va devoir non seulement assumer les coûts de ce démantèlement, mais également ceux du dédommagement des victimes et de la compensation par d’autres moyens de l’arrêt de la quasi intégralité de ses réacteurs nucléaires.

Dans l’immédiat, Tepco fonctionne grâce à des avances financières du Fonds de versement des indemnités pour les dégâts nucléaires, mis en place par l’État. 8,7 milliards d’euros ont déjà été débloqués, mais Tepco – qui en avait réclamé 10 milliards – demande maintenant 16,7 milliards d’euros. Les experts considèrent que 42,5 milliards d’euros devront être versés à ce titre d’ici à 2013, un montant déterminé sur la base d’estimations contradictoires. Il pourra être augmenté au fur et à mesure que sera délimité la future “zone interdite” qui affecte actuellement 80.000 Japonais déplacés.

Avec le démantèlement des réacteurs et le financement des coûts de la catastrophe, c’est le troisième enjeu. Les autorités japonaises ont l’intention de substituer trois nouvelles zones à l’actuelle zone d’un rayon de 20 kilomètres autour de la centrale, qui a été totalement évacuée de ses habitants. Elles devront tenir compte des niveaux de radioactivité : celle-ci est variable, fonction de la direction des vents et des précipitations, et ne doit plus désormais augmenter en raison des travaux effectués sur le site, est-il affirmé.

Une première zone qualifiée de “préparation au retour”, où le niveau des radiations est inférieur à 20 millisieverts par an, sera en priorité décontaminée, en arasant la terre et en coupant les arbres, puis en remettant en état les infrastructures. Des opérations très onéreuses dont le calendrier n’a pas été déterminé. Une seconde zone, dite “d’habitat limité”, sera délimitée, où les radiations sont actuellement entre 20 et 50 millisieverts par an, qui pourra ensuite connaître le même traitement. Enfin, une zone “de retour difficile” sera dans les faits déclarée inhabitable pour une ou plusieurs décennies, le gouvernement envisageant de racheter les terres des paysans.

On admirera le soin qui a présidé à la dénomination de ces zones, en constatant que les coûts afférents à ces nouvelles opérations n’ont pas été officiellement chiffrés, pas plus qu’il n’a été précisé qui, de l’État ou de l’opérateur, les prendrait à sa charge.

Afin de financer les opérations à sa charge, l’opérateur a présenté au gouvernement un plan de restructuration sur dix ans, aboutissant à des diminution de 26 milliards d’euros de ses coûts, ainsi que de ventes d’actifs, pour un montant de 6,9 milliards d’euros. Mais cela ne permettra pas de tout financer. D’autant que les avances de l’État sont dans l’état actuel des choses remboursables. Yukio Edano, le ministre de l’industrie, a donc à nouveau évoqué la possibilité d’une nationalisation, qu’il a présenté comme “provisoire”. Il serait question que l’État prenne indirectement le contrôle des deux tiers de l’opérateur, à la faveur d’une augmentation de capital.

A l’arrivée, le coût global de la catastrophe sera sans nul doute pris en charge par la collectivité, car il n’est pas dans les moyens de l’opérateur d’y pourvoir. Cette dimension-là n’est pas moins alarmante que les autres, présentant sous un jour moins idyllique qu’il est d’usage les bienfaits de l’électro-nucléaire.

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95 réflexions sur « Fukushima : L’ÉCHELLE FINANCIÈRE DU NUCLÉAIRE, par François Leclerc »

  1. La « transmutation » des déchets nucléaires : un leurre

    « Les médias se font assez largement l’écho, en ce jeudi 12 janvier, du « premier réacteur qui transmute les déchets » ou qui les « incinère ». On peut s’étonner qu’une expérience de physique fondamentale sans application industrielle envisageable dans des conditions économiques réalistes ait pu occuper, par exemple, plusieurs minutes d’antenne à une heure de grande écoute sur France Inter. C’est que l’idée d’une « transmutation » des déchets nucléaires est un leurre utile pour détourner l’attention du problème insoluble qu’ils représentent en fait.
    … »

  2. France-culture : Samedi 14 janvier 2012 , de 7h. à 8h. émission très complète à propos du nucléaire ; présent , entre autres , Bernard laponche .

    1. L’électro-nucléaire est foncièrement irresponsable, c’est pour cela qu’il faut l’arrêter, partout.

      1. 18/01/2012
        Sur le site  » agoravox  » un article :
         » Promo nucléaire : pour toute centrale achetée , une leucémie en prime !  »
        Et beaucoup de liens vers d’autres articles très instructifs .

  3. Gunther Anders , à lire sans restriction .
    Hiroshima et Nagasaki sont les deux premiers endroits, où apparaît pour la première fois la
    monstruosité atomique. C’est la première fois dans l’histoire humaine, que l’on peut détruire
    l’humanité et la terre, le monstrueux marque l’humanité à jamais depuis cette date. Pourtant,
    cette horreur atomique ne sera pas mise en oeuvre par une idéologie comme l’a été le
    nazisme. Il s’agit selon les mots de Gunther Anders d’un crime d’employés consciencieux.
    Avec la bombe atomique, les humains sont devenus des fonctionnaires de la bombe. Anders
    insiste sur l’effet déshumanisant de la bombe.
    De cet auteur :
     » La Menace atomique. Considérations radicales sur l’âge atomique, Paris, Le Serpent à Plumes, 2006 ; le dernier chapitre de cet ouvrage a été repris sous le titre Le Temps de la fin, Paris, [1]L’Herne, 2007 « 

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