L’actualité de la crise : DANS L’ARRIÈRE BOUTIQUE, par Francois Leclerc

Billet invité

Le président de la BCE affectait hier la sérénité d’usage lors de sa conférence de presse. Mario Draghi a présenté un tableau encourageant de la situation financière des banques, faisant état « de signes hésitants d’une stabilisation de l’activité [économique] à de bas niveaux », et « de signes évidents [que l’argent] circule dans économie », sans dans les deux cas préciser lesquels.

Il a également relevé « des progrès vraiment extraordinaires » accomplis en matière de consolidation budgétaire, puis délivré un satisfecit à la BCE, dont les prêts « donnent à toutes les banques une assurance contre le risque de se retrouver sans liquidités et leur donnent du temps » pour se recapitaliser. Tout va donc pour le mieux ou presque.

Patatras, on apprenait ce matin que le montant des dépôts nocturnes des banques avait atteint un nouveau record : 489 milliards d’euros ! Troublante coïncidence, ce montant est identique aux prêts a trois ans de la BCE aux établissements bancaires, dont on se demande à quoi il sert dans ces conditions. Mario Draghi a expliqué lors de sa conférence de presse que ces dépôts ne provenaient pas nécessairement des 523 établissements qui se sont présentés aux guichets de la BCE. Mais de qui alors ? Et quelle est l’utilisation des fonds prêtés par la BCE, si ce ne sont pas les mêmes, comme l’a également expliqué Mario Draghi ? Que de mystères insondables, décidément !

Fréderic Oudéa, le PDG de la Société Générale, venait rajouter un coup de froid ce matin en déclarant aux Échos que les banques « n’ont pas vocation à investir dans la dette souveraine à long terme ». Prenant à contre-pied les défenseurs de la thèse selon laquelle les banques allaient progressivement revenir sur ce marché. Il n’a pour autant pas exclu, faut-il remarquer, l’achat de titres à court terme, ce qui pourrait accréditer la réalisation d’un scénario à la japonaise. La Bank of Japan finance depuis des lustres l’achat par les banques de la dette souveraine du pays, qu’elle accepte ensuite en collatéral de ces prêts. Ce qui évite de l’acheter directement ! Ce scénario pourrait expliquer le soudain afflux d’offres, hier, lors de l’émission italienne de titres à courte maturité qui a été présentée comme un miracle. Ainsi que la baisse des taux sur des émissions à trois ans aujourd’hui. Les banques amasseraient du collatéral en prévision de la nouvelle opération de prêt à trois ans de la BCE, le 29 février prochain. Et puis, il faut relativiser : l’émission d’aujourd’hui a permis de recueillir 4,7 milliards sur 450 milliards d’euros de besoins de refinancement de l’Italie cette année…

Une relative détente est donc enregistrée sur le marché obligataire, ce qui n’est pas le cas à propos des négociations portant sur la restructuration de la dette grecque, affolant à nouveau les esprits en raison de la possibilité d’un défaut qui refait surface. Les rumeurs invérifiables se multiplient sur les points d’achoppement des négociations, mais il semble se confirmer que le tir risque d’être trop court et de ne pas atteindre la cible : la quantité de titres de dettes échangés au bout du compte ainsi que le taux des nouveaux titres émis en remplacement des actuels sont tous deux décisifs quant au résultat final de l’opération. Or, les objectifs de réduction de la dette semblent loin d’être atteints à ce stade des négociations, un accord ne suffit pas en soi.

Cela laisse pendante la nécessité d’augmenter encore de plusieurs crans les mesures de rigueur budgétaire grecques (avec une efficacité douteuse), ou d’accroitre le montant des prêts consentis par l’Union européenne et le FMI, qui tire vigoureusement la sonnette d’alarme. Une dernière solution serait d’adopter avec effet rétroactif une clause d’action collective inexistante, obligeant les minoritaires après un vote parmi les créanciers à obtempérer, ce qui ne serait pas du meilleur effet et poserait autant de problèmes que cela en résoudrait. Cette nouvelle négociation au finish contribue en attendant à maintenir l’insécurité en zone euro.

Quand on ne parle pas de la Grèce, il y a toujours le choix de se reporter sur l’Espagne et l’Italie, en attendant que le schéma grec ne se répète à leur échelle au Portugal et en Irlande, dans au plus tard un an tel que cela est parti. Le Corriere della Serra a publié ce matin l’information selon laquelle Angela Merkel avait lors de leur récente rencontre conseillé à Mario Monti de se réfugier sous l’aile protectrice du FMI. Mais celui-ci résiste farouchement à une telle démarche qui ne ferait que souligner la position restant intenable de l’Italie et pourrait l’accentuer.

En avant vers le prochain round de réunions de l’Eurogroupe, de l’Ecofin et du Conseil européen, sous la direction éclairée de nos dirigeants bien-aimés !

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107 réflexions sur « L’actualité de la crise : DANS L’ARRIÈRE BOUTIQUE, par Francois Leclerc »

    1. Les girouettes ne réagissent qu’au vent. Elles n’ont pas d’idéologie.
      Allegre, quant à lui, vient d’annoncer qu’il voterait pour Sarkozy, s’il votait.. on ne sait pas. Ces politiques sont à mi-temps. Entre les deux, ils pantouflent dans le privé, et vous croyez encore à la démocratie. La peuple vire chou blanc et vote blanc chou. Les campagnes électorales ont été payées par les mêmes intérêts.

    2. @ Antonio:
      C’est vous qui réduisez: le sac idéologique est bien plus grand.
      Il va des nomenclatures PC aux politiciens les plus à droite,
      en passant par toute la gamme flan de gauche,
      qui sifflent des airs différents dans l’opposition,
      mais servent tous le capital quand ils arrivent aux « affaires ».

    1. C’est une bonne question Alain,je vous remercie de me l’avoir posé.
      Prosaïquement,je vous réponds ,profitez des soldes puis serrez vous la ceinture.

  1. Paul Magnette n’est pas le seul à trouver la Commission européenne trop libérale.

    La polémique suite aux propos tenus jeudi à la RTBF par Paul Magnette sur une Commission européenne ultra-libérale a eu le mérite d’ouvrir le débat sur le rôle de l’exécutif européen. Après les critiques, plusieurs voix s’élèvent allant dans le sens du ministre PS.

    Deux jours plus tôt, une autre voix, celle de l’ancien sénateur Open Vld Paul De Grauwe s’élevait pour faire la même critique. Le professeur à la London School of Economics écrivait dans une carte blanche publiée dans De Morgen « qu’il était hallucinant de voir le Premier ministre belge se faire convoquer par un bureaucrate européen afin de donner des explications sur le budget de la Belgique, avant de promettre d’être plus sage ».

    http://www.rtbf.be/info/belgique/detail_paul-magnette-n-est-pas-le-seul-a-trouver-la-commission-europeenne-trop-liberale?id=7381643

    1. Je me fais l’avocat du diable (étant encore un petit peu pro-européen, dans l’espoir qu’on puisse s’en sortir par le haut, quand les gens voteront intelligemment).

      La commission applique la politique que les gouvernements démocratiquement élus lui ont demandé d’appliquer.Les traités sont adoptés à l’unanimité. Le Parlement européen démocratiquement élu entérine ou rejette ses directives.

      Donc, s’il est bien sûr que les technocrates européens sont majoritairement imbibés des idées dominantes, il demeure vrai que les électeurs européens n’ont qu’à s’en prendre à eux-mêmes. Il n’y a pas eu de coup d’Etat européen.

      La politique est effectivement libérale, mais c’est ce pour quoi votent les citoyens, quand bien même certains d’entre eux manifestent de temps en temps à Bruxelles en réclamant une Europe sociale. Je ne fait que constater une réalité qui ne me plaît pas.

      1. Ils veulent juste du pain et des jeux, du crédit et de la conso, tes peuples qu’est ce que tu crois qu’on peut faire avec ça nada, et renada avec le droite gauche gauche droite, t’as toujours les mêmes qui reviennent et qui cumulent et ça sur des générations, c’est pire que l’aristocratie, car c’est toujours l’aristocratie entre les bourbons et les orléanistes, voilà avec ça on va nul part.

      2. A propos……..c’est QUAND les prochaines élections européennes….??

        M’est avis que le carnaval qu’on nous propose habituellement dans la présentation des programmes et candidats sera , cette fois , si nous nous en mêlons intelligemment , d’une toute autre couleur…!

  2. Vendredi 13 janvier 2012 :

    Grèce : taux des obligations à un an : 396,637 %.
    Grèce : taux des obligations à 2 ans : 163,237 %.
    Grèce : taux des obligations à 5 ans : 51,697 %.
    Grèce : taux des obligations à 10 ans : 34,364 %.

    Le ministre de l’Economie François Baroin a confirmé sur France 2 que la France avait perdu son triple A auprès de Standard & Poor’s, avec une note abaissée d’un cran, à AA+. « Ce n’est pas une bonne nouvelle mais ce n’est pas une catastrophe, a-t-il estimé sur France 2. »

    « Aujourd’hui, la France est une valeur sûre, elle peut rembourser sa dette, et les nouvelles concernant notre déficit sont meilleures que prévu », avait affirmé plus tôt Valérie Pécresse.

    Pour sa part, le conseiller spécial du président français Henri Guaino s’est évertué, à cent jours de la présidentielle, à défendre le chef de l’Etat, qui sera candidat selon toute vraisemblance, et à replacer l’abaissement de la note de la dette à long terme de la France dans le contexte de la crise de la zone euro.

    « Vous voyez bien que toute la zone euro est en crise, a-t-il fait valoir. Le mauvais coup qui pourrait être porté contre la France, c’est que la zone euro explose », a-t-il ajouté.

    http://www.romandie.com/news/n/_Perte_du_triple_A_Sarkozy_reunit_ses_principaux_ministres130120122001.asp

    1. La Grèce est dans de beaux draps…avec la perte du triple A de la France, le FESF est compromis et ne peut plus jouer son rôle de rehausseur de crédit.
      La Grèce devrait travailler à une restructuration complète de sa dette, à sa sortie de la zone euro et à la création d’une nouvelle monnaie d’échange dévalué de 80% par rapport à l’euro.

      L’Italie avec son BBB+ est dans une situation difficile. Avec 3% d’excédent primaire, l’idée d’un moratoire sur les intérêts devrait vite être mis sur la table.

      La France, l’Autriche et l’Allemagne vont également restructurer leur dette après avoir nationalisé leurs banques suite au déclenchement des CDS sur les obligations des PIGS, de l’Italie et de la Hongrie.

      Il y aura des soubresauts dans la zone euro : le Luxembourg va probablement être pointé du doigt en tant que paradis fiscal et territoire accueillant des chambres de compensation. Une tutelle franco-allemande sur le Luxembourg ne me semble plus tout à fait farfelu, si le couple franco-allemand survit à la crise de la dette. L’Italie y sera fortement associé dans ce cas.

      Le RU va se fâcher avec la zone euro, en particulier la France, dont une partie significative de la dette est détenue par la perfide Albion.

  3. commentaires et plaisanteries, pas une seule proposition tangible . . .
    je prends date !
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    http://www.jean-luc-melenchon.fr/2012/01/13/la-guerre-de-la-finance-est-declaree/

    Communiqué du 13/01/2012
    La guerre de la finance est déclarée

    L’agence de notation Standard & Poor’s déclare la guerre de la finance contre la France. Il faut résister. Se coucher devant la finance aiguise son appétit. La capitulation grecque l’a prouvé. Il faut rendre les coups. La Banque Centrale doit annoncer immédiatement qu’elle prêtera à la France à un taux très bas. Faute de quoi il faut suspendre les versement français au budget de l’Union européenne et couvrir les prochaines tranches avec un emprunt forcé sur les banques françaises qui viennent d’être gavées par la BCE. La guerre entre la finance et le peuple est déclarée. Chacun doit choisir son camp, sans tergiverser.

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    1. Sauf erreur, je crois que ce n’est pas si simple, il me semble que La mitte a du faire machine arrière en 1983 pour pratiquement les mains raisons, donc le merlu il me semble bien réchauffé et pas plus à la page que les autres.

    2. Toujours le vieux truc des politiciens du système:
      ne s’en prendre qu’à la « finance », pour exonérer le capitalisme.
      Comme si le capital financier venait de nulle part,
      et pas de l’exploitation du travail….

      1. C’est sur Charles A, si on attends les trosko dans la résistance, on va les attendre longtemps. Et ça aussi c’est de la vieille histoire: à l’époque où Marc Bloch était torturé par la gestapo, les troskos pour la plupart se posait des questions.

        Votre problème au NPA, c’est que visiblement vous êtes redevenu une secte.

    3. …oui, de Gaulle aurait fait un coup d’éclat comme ça ; primat éternel du politique !
      Il n’est pas nécessaire d’espérer pour entreprendre (cf. la contre-attaque valeureuse des 15 & 16 mai 1940 à Montcornet)

  4. La dégradation de la France me semble plutôt bénigne comparée à celles de l’Italie et de l’Espagne qui se retrouvent avec des notes plus très éloignées de nos amis hongrois et grecs. Je peux me tromper, je suis tout cela d’un œil très amateur.
    Dans tous les cas, les articles de ce blog sont très intéressants même si parfois un peu ardus. Bonne continuation et mes meilleurs vœux à tous (sic) pour cette nouvelle année.

  5. Ils sont coquins, chez S&P! nous faire le coup un vendredi 13!
    bon; avis aux notateurs: votre double AA+, on s’en fiche, vu qu’on finira par ne pas rembourser, de l’ordre de 30% de décote, alors…

  6. Une question :
    Apparemment, à les entendre, le gouvernement savait qu’on le perdrait en janvier ce triple A. On peut donc supposer que les banquiers savaient également. Doit on voir un lien entre la perte du triple A aujourd’hui et les dépots records depuis 3 semaines à la BCE? Les banquiers prêts pour le gavage?

    1. les triples O c’est déjà les trois agences bidons qui notaient les subprimes et les banques islandaises et ENRON triple AAA

  7. Ils sont débiles et vendus ces politiques avec ce triple cinéma où les subprimes tritisés étaient du triple AAA, comme les obligations des banques islandaises d’ailleurs, que vaut une notation aussi mal faite ??? ça me fait mourir de rire et de rage à quel point on nous prend vraiment pour des cons. Y a pas à dire les banques anglo saxonnes d’affaires ou d’escroqueries, vous choisirez ce qui convient le mieux, se sont bien refaite de la monnaie crée par leur soin en trop sur le compte des peuples d’europe, comme blanchiment y pas mieux, eh oui on règle leur note !!!! in God we trust….et quand ils en auront fini avec l’europe, ils iront ailleurs…comme les sauterelles ….

    1. A mon sens, tout est fait et, en l’absence de réaction politique des pleutres qui nous gouvernent, bien fait, pour camoufler et retarder l’immense effondrement inéluctable de l’anglosphère pollitique et financière.

  8. Standard and Poor’s abaisse de deux crans la note du Portugal, de l’Espagne et de l’Italie.

    23H03 – L’agence d’évaluation financière Standard and Poor’s (S&P) a abaissé vendredi de deux crans la note du Portugal, de BBB- à BB, la reléguant ainsi dans la catégorie des investissements spéculatifs. La perspective de la note reste négative, ce qui signifie que l’agence envisage de la dégrader de nouveau à moyen terme, affirme S&P dans un communiqué.

    http://www.romandie.com/news/n/_ALERTE___SP_relegue_la_note_du_Portugal_en_categorie_speculative130120122301.asp

  9. 23h10 – L’agence de notation financière Standard and Poor’s (S&P) a fait basculer Chypre dans la catégorie spéculative en abaissant la note de sa dette long-terme de deux crans à BB+, selon un communiqué sur les pays de la zone euro publié vendredi. La perspective est négative, ce qui signifie que l’agence risque de baisser encore la note en 2012 ou 2013.

    http://www.romandie.com/news/n/_ALERTE___Chypre_bascule_en_categorie_speculative_pour_SP130120122301.asp

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