LA BAISSE D’UN CRAN : CATASTROPHE, OU PAS CATASTROPHE ?

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Catastrophe ou pas catastrophe, la perte par la France de son AAA, auprès de Standard & Poor’s  ?

– Catastrophe !

Catastrophe prévisible ou imprévisible ?

– Prévisible ! Hautement prévisible.

Pourquoi prévisible ? Parce que la finance était devenue au XXIe siècle un château de cartes, et qu’une fois donnée la pichenette des subprimes, le reste s’écroule automatiquement.

Parce que, voyez-vous, toute cette belle construction n’était prévue pour marcher que d’une seule manière : « excellemment ». L’homme étant « rationnel » au sens des économistes – entendez : cupide, misanthrope et sociopathe – le capitalisme était parfait, et son immortalité assurée n’était que l’une des multiples facettes de cette immense perfection.

Mauvais esprit !

– Oui, je sais (je viens de l’entendre dire encore à Lyon) : « Le capitalisme a récemment sorti un milliard d’êtres humains de la pauvreté »… à moins que, plutôt que le capitalisme, ce ne soit la mise à sac de la planète dans son stade final, … « Regardez l’efficacité de la Chine aujourd’hui… »… à moins que, plutôt que le capitalisme, ce ne soit le temps de réponse très court propre aux régimes autoritaires, « Les trains roulaient à l’heure sous Mussolini ! » (je sais, ce n’est qu’une légende !)

La perte du AAA, ce sont des taux plus élevés exigés par le marché des capitaux lors de l’émission de dette souveraine, autrement dit quand les États empruntent. Pourquoi ? Parce que la part « prime de risque » augmente au sein du taux exigé. Ce qui ne serait pas encore trop grave si n’était intervenue l’invention géniale – je l’ai écrit l’autre jour dans Le Monde, mais je le répète, en insistant – l’invention géniale, du pacte financier européen, qu’on appelle aussi « règle d’or » quand on ajoute encore au génie en l’inscrivant dans sa constitution.

Qu’exige le pacte de stabilité ? Que le taux de croissance de la nation soit supérieur au taux moyen (oui, je sais : en réalité pondéré par le calcul de la duration) auquel un État emprunte. Donc un pays qui emprunte à du 2% doit avoir une croissance supérieure à 2%, à 3%, supérieure à 3%… à 7%, supérieure à 7%…

– Euh… comment on fait dans ces cas-là ?

Eh bien on travaille davantage, bande de feignants (il y en a vraiment qui ne comprendront jamais rien et à qui il faut tout expliquer !)

Sans compter les petits camarades à qui on avait juré – croix de bois, croix de fer ! – qu’on ne les laisserait jamais tomber – plus solidaire que moi, tu meurs ! – et qui, constatant votre pâleur soudaine, se demandent si ce n’est pas vous maintenant qui allez devenir un poids supplémentaire, plutôt que le Chevalier Blanc promis initialement à grand renfort de sonneries de trompettes.

La solution : comparer les dépenses des États à leurs recettes au lieu de les comparer au PIB ou à la hauteur de la Tour Eiffel. Réduire les dépenses mais pas celles qui font que les perdants du système arrivent à trouver quand même supportable la vie qui leur est faite. Augmenter les recettes, en supprimant dans un premier temps les cadeaux faits aux riches parce qu’ils sont un exemple à suivre pour tout le monde (comme le prouve suffisamment leur Rolex à 50 ans), et en leur demandant de mettre la main à la poche s’ils veulent encore sauver le système qui les a rendus si riches. Parce que le château de cartes qui s’écroule en ce moment, après tout, c’est bien eux qui l’ont voulu, c’est bien eux qui l’ont bâti.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction numérique en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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290 réflexions sur « LA BAISSE D’UN CRAN : CATASTROPHE, OU PAS CATASTROPHE ? »

  1. Trop de terres sont brûlées,
    Trop de cerveaux son éteints.
    Dans cette guerre de l’individu contre la société.

    Passer sa vie
    À réduire son univers
    Jusqu’à être seul dedans
    Et là, s’y trouver grand.
    Ô le rêve inversé
    Ô l’ennui.

  2. Au final que la Grèce qui a été le berceau de la démocratie deviennent le grain de sable qui fait tomber la tyrannie du capitalisme, est en soit on ne peut plus symbolique…

    Il y a quelques années, j’ai créé, dirigé puis revendu une petite entreprise.
    Venant de l’atelier et de la rigueur vertueuse de l’établis, quelle ne fut pas ma stupeur de m’apercevoir que l’humain ne faisait pas parti de mes bilans d’entrepreneur et n’apparaissait que comme une charge au compte d’exploitation. Au même niveau que d’autres charges, mais surtout pas comme un investissement comme le centre d’usinage robotisé que j’exploitais et pour lequel j’avais reçu l’aide de mon banquier…

    Ayant dans ma petite structure le même plan comptable que les autres entreprises, comment ne pas imaginer, avec un peu de bon sens, que c’est un jeu perdu d’avance puisque l’humain vivant en société ne fait simplement pas parti du calcul…
    L’important n’est pas combien de personnes tu aides à vivre en préservant en même temps tout ce qu’implique leur avenir, mais combien tu tires de profit du système…

    A nouveau la Grèce antique nous montre la voie, c’est nos héros qu’il faut changer…

  3. Le rôle de ces agences de notation est néfaste pour nos économies notamment en raison du biais de leur jugement. En effet, quelle est l’idéologie de ces agences de notation? Néo-libérale, bien-sûr et leur notation sera donc obligatoirement fonction des mesures « plus ou moins » néo-libérales que prendront les différents gouvernements.
    C’est ce biais que dénonce l’article suivant:

    http://lespoir.jimdo.com/2011/12/23/supprimons-les-agences-de-notation/

    Amicalement

  4. Un site états-unien alternatif remarquable, Common Dreams, a publié un article au titre révélateur : « Dégradez ça : les agences de notation de Wall Street compromettent les efforts européens d’amélioration de la situation et agissent comme des terroristes financiers ».

    1. Ouais ouais Common Dreams c’est toujours mieux qu’Antiwar comme d’autres fois, hein ? Version Democrats, présentable quoi, pas version R. Paul ou Pat Buchanan, libertarians ou paleoconservatism quoi. Cela dit, d’après c’qu’on m’a dit t’aurais beaucoup plus de chances de te faire censurer/radier comme posteur chez Common Dreams que chez Antiwar, sûr et certain, n’est-ce pas mon petit ne rime à qu’un, ou que chez Jorion bien sûr.

    2. Mon pauvre vieux, c’est bien simple, tu es dégoulinant de mauvaise foi. La compassion me pousse (ça ne tiendrait qu’à moi !…) à te redemander ce qu’on t’a fait pour que tu sois obligé de vivre ainsi dans l’aigreur et l’agressivité (et aussi ce pauvre simulacre de puissance : vouloir régenter un blog).
      Sinon, tu ne sais pas répondre sur le fond, ni à moi (fil 7 dans http://www.pauljorion.com/blog/?p=32563), ni à cet article.

      1. … j’oubliais le plus important : au lieu de voir des ennemis partout, ouvre-toi à l’identité commune ; il y a aussi une parcelle de sagesse chez Justin Raimondo, Ron Paul et Buchanan du site antiwar.com, quand ils dénoncent depuis des années avec des arguments justes, les immondes guerres états-uniennes. Ne sont-elles pas immondes, au fait, et l’une des causes du déréglement financier mondial ? …réponds donc !
        Cela ne me fait pas un partisan pour autant de ce malheureux Buchanan, obsédé par le déclin de l’homme blanc (je recommande l’hilarante réponse de M. Moore à cette obsession) ou de Ron Paul, qui est, c’est bien certain, un papy demeuré (créationniste, déjà, ça ! plus tout le reste), mais qui – élu – précipiterait les USA dans l’isolationnisme (enfin le repos du guerrier) et le déclin brutal (un peu plus tôt un peu plus tard, cela dit), ce qui me convient parfaitement puisque je tiens les USA, en tant que pays et régime, comme la plus grande menace actuelle pour l’humanité. Simplement dit et rappelé.

      2. T’es vraiment une bille. Je les connais par coeur les arguments isolationnistes pièges à neuneus des fachos libertariens. Et je t’ai déjà dit ce que je pensais du mirage isolationniste et de la façon dont se finissaient toujours les aventures isolationnistes US. Je te rappelle d’ailleurs que Bush II a été élu avec un programme de politique extérieure isolationniste. Et je te renvoie aisément le compliment : tu ferais bien de t’intéresser à la doctrine et aux fondements théoriques et historiques des neocons et des faucons plutôt que te limiter à tes clichetons anti-am ou anti-war de premier communiant ou de lecteur suspectement européo-centré de dedefensa, et je suis très poli…

      3. C’est vrai quoi, merde ! Ya pas plus poli qu’moi ! gentil garçon, courbettes et tout ! donc fatalement c’est encore à bibi de se fader les auto-félicitations, faut-y qu’je sois de bon tempérament kamême…

    3. Quéquéqué mauvaise foi ? C’est pas vrai ce que je dis là ? Je pense pas sincèrement tout ce que je dis là ?
      Et me fais rire plus qu’il ne m’est humainement possible avec l’aigreur ou l’agressivité. Tu me fais beaucoup rire, simplement et je prends, c’est vrai un énorme pied à me payer ta fiole de va-t’en-guerre sautillant et clownesque. Je me repentirai sur mon lit de mort, promis, peut-être.
      Ton « fond », je m’en bats l’oeil, comme de ton article Common (American) Dreams. Et puisque tu me demandes une nouvelle réponse à tes banalités anti-am de maternelle je me fais un plaisir de te répéter la seule réponse que je juge, en toute indépendance et en toute bonne foi, comme la seule idoine à ton impayable logorrhée.

      Me parle pas de pilules colorées cher yoyotant zazou zen pfizerisé sinon j’te cause de tes pilules d’iode et de tes pilules bleues. T’as surement l’écrasante majorité des blaireaux décervelés qui ne savent que dénoncer l’Empire du Mal ou e Grand Satan dans ton camp. Garde les autour de toi tes blaireaux à barbe ou sans barbe, reste bien au chaud, prends ta petite laine et ne prends pas froid surtout mon petit biquet. Je préfère mes Didier Super, mes Townes Van Zandt à tes recensions de platitudes. Que tu pipes dalle, ou soi-disant, ça m’arrange. Que Schizo pige et se marre c’est normal, il a deux ou trois dimensions de comprenance, de finesse critique d’avance sur toi ou moi, c’est cadeau bonux. Te voir qualifier Schizo de « rémora » et lui demander « pensez enfin par vous- même », c’est mon deuxième cadeau bonux, tu fais pas dans la demi-mesure hein? du Grandiose ou rien.

      1. Quel respect Saurat ? J’en demande du respect pour ma gueule moi ? J’demande juste qu’on respecte l’intelligence du lecteur, sinon j’irrespecte. Et j’m’en prends pas aux naïfs.

      2. j’apprécie pas trop la « politesse » de Vigneron, moi. Elle colle une drôle d’ambiance sur ce blog , au quotidien, on n’ose plus trop discuter, y a un cerbère qui gueule tout le temps ….

      3. Les yeux dans les yeux , vigneron redécouvrirait le respect .
        Dans l’illusion de sa toute puissance , il est comme les milieux financiers , nocifs parce que persuadés de ne pas avoir de compte à rendre.

      4. … que dire de cette conception du dialogue …sinon qu’il y a décidément un problème ici avec ce type qui se croit tout permis. Mais qui n’empêchera personne de débattre, qu’il le sache…
        Et, non, il ne répond pas sur le point crucial, jamais :
        – guerres d’agression états-uniennes depuis 10 ans, qui ont mis à bas 250 ans de construction de droit international et spécifiquement un demi-siècle de charte onusienne ; toutes tentatives oh combien incomplètes mais qui avaient le mérite d’exister et de freiner les exactions,
        – redevables des chefs d’inculpation du tribunal de Nuremberg,
        – qui ont coûté 1 billion de dollars, d’ores et déjà, et monteront à 3 (chiffrage Stiglitz),
        – qui constituent donc aussi une des causes, peu élucidée sur ce blog, du désastre financier mondial (guerres à crédit, accélération des déficits US), désastre lui-même produit par une matrice de pensée et des pratiques surtout anglo-saxonnes, mais relayées et appliquées par les collaborateurs oligarques du monde,
        – qui ont, last but not least, coûté la vie à plus d’un million d’êtres humains en Irak/AfPak.
        … j’en suis littéralement malade depuis 2003… non, depuis 2000 et l’élection truquée de Bush II ! Je me souviens avoir alors réalisé d’un coup que le pire serait à venir, à partir du moment où on pouvait faire avaler au peuple américain une élection pareillement frauduleuse… le pire est bien advenu, toujours pas clos ; real men go to Teheran, comme disent les néo-cons.

        Le pire du pire, c’est aussi que ces calamités gigantesques (guerres ; extinction des libertés publiques et de la démocratie ; finance folle et prédatrice, là-bas ou ici) ne sont finalement que des DIVERSIONS par rapport au désastre ultime où nous nous engageons, petit rappel des scénarios possibles.
        La responsabilité US sera énorme dans l’histoire, couronnant celle des puissances coloniales, des fascismes et autres communismes, de tous les phénomènes repérés d’agression et d’oppression par un peuple sur d’autres et… versa-vice ! Mais cette menace continue actuellement d’exercer ses ravages. Les élections présidentielles US rendront cet empire en voie d’effondrement encore plus ingouvernable, encore plus sujet à de terribles embardées, économiques ou militaires, décuplant les souffrances du peuple états-unien… cela fait des années que je prône le découplage politique, culturel et économique d’avec les USA et le rééquilibrage avec les BRICs et l’Amérique latine, l’Afrique, champions de demain (si on les laisse vivre). Voeu pieu d’un minuscule Cassandre …fanatique bien sûr (c’est tout ce qu’ils savent répondre).
        Le miracle serait celui d’une implosion, limitant la casse, comme ce miracle historique de l’implosion soviétique ; je n’y crois plus. Nous allons vraiment vers les temps de fer, de sang et de larmes…

      5. @-kun
        Vous n’êtes pas Cassandre mais orchidoclaste.

        Le complexe militaro-industriel US est cré cré méchant, bégayez-vous incessamment : qui ne participe pas obsessionnellement à matraquer cet evidence universellement acquise au burin est un ennemi du White Knight Nerima, et qui nuance un brin en rappelant que le capitalisme est un peu autre chose que l’Oxydant red-neck est un collabo.

        « on enfoncera toutes les portes qui peuvent s’ouvrir » disait le hautement subversif Chérèque. Mais la clairvoyance de Nerima a décrypté que le blog à Jorion est manipulé par la CIA, c’était mission impossible, et grâce à lui, le blog s’auto-détruira dans cinq secondes…

        Merci pour vos contributions éclairantes !

      6. Schizo, à ton avis, combien de milliards de Cassandroïdes©®â„¢ comme « ne rime pas kak’un©®â„¢ » assis devant leur téloche Samsung©®â„¢ à se gaver d’une des innombrables séries ricaines à la façon X Files ou 24 Hours de Fox TV®®â„¢ ou autres et de Springles©®â„¢ de Diamonds Foods©®â„¢ / Procter & Gamble©®â„¢ arrosés de Coca©®â„¢ pour atteindre le nirvana visionnaire, déjouant les plus subtils retors ressorts de la sort/hard/smart powerful géopolitique satanique US(©®â„¢ ? ) ?

      7. @vigneron, le 16 janvier 2012 à 14 h 49

        Bah ! Les chiffres, c’est plus ton truc qu’à moi. Je dirais plus que de pavés disparus de Paris depuis 44 ans et exactement autant que d’heureux impétrants putatifs à l’élection de l’arche de Malthus moralisée, et sans doute les mêmes, respectueux des conditions de survie par éradication anticipée des méchants, mais accueillants en matière d’immigration choisie laborieuse sélectionnant des couples d’avenir tel Yuan Zi et Huan Huan. Tout ce qui est bon pour le R§D n’est-il pas bon pour l’humanité ? Est-il ?

      8. Intéressant ce copinage entre caïds de blog.
        Sauf que le snobisme intellectuel n’est qu’un vernis cache- misère .

        Accumuler du savoir pour en tirer la jouissance du mépris : erreur tragique de la suffisance? .
        Pas seulement .

        Ce qui peut engendrer la violence ou le désarroi , un être doué d’intelligence le sait .
        Le désarroi, c’est pratique : çà fait taire…

        A croire que l’idée d’une Amérique inamicale les dérange, à moins que ne soit l’idée qu’un événement dont leur intelligence si grandiose n’aurait pas conscience puisse être possible ?

        Il y a des égos qui ne peuvent accepter l’idée que l’on soit tous égaux , ne serait ce que dans CE DROIT de donner une cohérence au monde qui nous entoure.

      9. @béber

        Si le monde était une mosaïque ou un puzzle dont une seule pièce irriguait l’ensemble des malheurs, n’importe quel cancre aurait déjà tout compris sans effort : il suffirait de circonvenir la source horizontale impure, puis de la décarreler ou d’en décarrer pour réaliser l’Eden, le diable étant tout concentré dans le plus gros des détails.

      10. Tiens, Schizo-rémora recolle au petit requin bloguiste ! …ah oui, intéressant copinage et débinage de qui ne pense pas comme eux. Ou ne ressent pas comme eux.

        cré cré méchant, bégayez-vous incessamment …

        … et je le rebégayerai longtemps, sans doute pour vous égayer, pauvres tâches qui se prennent pour quelque chose, ici.
        Croyez-vous un seul instant que vos pitoyables caricaturages m’en empêcheront (moi ou d’autres) ? …caricature encore que la sommaire réponse du rémora à Béber ; il ne s’agit évidemment pas de cela mais de tenter d’arrêter la plus grosse source ACTUELLE de malfaisance qui ne cesse d’en multiplier de secondaires … »the biggest festering wound among so many, indeed ».

        Ces guerres états-uniennes sont un scandale et une horreur permanentes (appliquons la bonne règle de proximité de l’adjectif, tiens), d’une magnitude encore plus grande, jusque là, que celle de la crise financière qu’elles ont, de peu, précédée et à laquelle elles sont intimement liées. Mais il y a des gens pour qui un million de morts et des pays entiers massacrés par nos soi-disants alliés, « frères » en « valeurs démocratiques » (!), qui nous infligent, certes avec notre « consentement », depuis 30 ans leur modèle économique failli, pour qui tout cela ne représente rien et qui sont incapables d’en discuter (« orchidoclaste »? encore faudrait-il en avoir !) : l’empathie les enrage, ils sont au-dessus de « ça » !
        Or, ce sont bien des souffrances immenses qu’on commet, quelque part, en notre nom et nous pouvons agir, à commencer par une dénonciation sans relâche du régime qui les produit et qui avilit ses victimes et d’abord ses propres citoyens.
        Pourtant, il arrive qu’un jeune bourreau inconscient arrive à la résipiscence et se fasse témoin. Et c’est alors le miracle (et l’efficacité) du pardon !

  5. L’Italie vient de nous montrer comment les comportements des investisseurs à l’égard des États ne sont faits que des prophéties auto-réalisatrices : tant qu’ils croyaient à la possibilité d’être remboursés ils demandaient des taux raisonnables et le remboursement restait possible. Depuis qu’ils n’y croient plus ils demandent des taux (6 à 7%) qui conduisent précisément à rendre ce remboursement impossible. C’est le sort qui nous attend.

    Le moment est peut-être venu de faire une proposition politiquement et économiquement raisonnable, plus raisonnable en tout cas que la règle d’or actuellement proposée. Elle tient en peu de mots. :

    Lorsque le budget primaire d’un État est équilibré la Banque centrale Européenne est autorisée à lui faire des avances sans intérêt.
    …. comme cela se faisait en France et ailleurs avant 1973.

    On atteint ainsi deux buts :

    – Pousser très fortement les États à équilibrer leur budget et garantir que la facilité accordée n’autorisera pas le laxisme budgétaire; c’est indispensable pour recueillir l’accord de l’Allemagne.

    – Permettre le remboursement de la dette antérieure. Rembourser les dettes passées, onéreuses, par des avances gratuites est un moyen sûr de sortir de la spirale de la dette. Car, on l’a compris, les seuls besoin d’avance d’un trésor dont le budget est à l’équilibre sont ceux que nécessite l’apurement du passé.

    Cela se résume en une formule :

    « On monétise la dette à condition que vous n’en créiez pas de nouvelle ».

    1. « On monétise la dette à condition que vous n’en créiez pas de nouvelle ».

      « Chose » que la nature fonctionnelle et comptable du système ne permet pas sans des « coupes franches » sur les populations..en toute rationnalité mathématique et hors « préocuppations des uns et des autres », si cohérence du raisonnement à son terme, non ?

      Spéculation et poids des armes confirmant par les faits, en sus de l’irrationnalité comportementale et politique, si tel était la réalité des options privilégiées, non ?

      Ceci n’est ni une prise de position ni une prise à parti ad hominem, simple avis sur lecture, votre réponse m’intéresse, dans le prolongement de votre commentaire analytique.

      1. Je ne suis pas sur de vous comprendre. Pourquoi dites vous que l’équilibre primaire ne peut être atteint sans coupe franche sur les populations? un alourdissement de l’impôt sur les plus riches et sûrement nécessaire pour équilibrer les comptes de l’État (et il serait aussi bienvenu pour réduire les inégalités); mais selon moi, rien de plus.

  6. Petite réflexion sur le mot crise en chinois : les caractères qui le composent et leur sens profond.

    La crise, en chinois, se dit 危机 wēijī.

    Le premier caractère [危 wÄ“i] signifie la notion de danger. La partie supérieure, 厃zhān, indique l’action de regarder en l’air, et l’on reconnaît au-dessus le radical du couteau ⺈ : le caractère représente littéralement quelqu’un menacé par un couteau au-dessus de lui, l’épée de Damoclès en quelque sorte.

    Le second caractère [机 jÄ«] signifie le moment à saisir, une occasion, ce qu’on appelle aujourd’hui en bon franglais une opportunité. Le caractère a le radical de l’arbre, suivi du caractère 几 qui donne le son, mais signifie aussi à la fois combien ? et petite table : on pourrait dire que c’est l’histoire d’un type assis au pied d’un arbre qui attend de voir ce que le ciel va lui apporter…

    Au total, la crise exprimée par les caractères 危机 wÄ“ijÄ« est autant occasion que danger, c’est l’occasion à saisir au milieu du danger, l’occasion fournie par le danger même.

    Il y a dans ce terme toute une philosophie positive de la vie, un art de survivre au milieu des pires épreuves, ce que Su Tong a si bien exprimé dans son titre de roman : 《活着》 (Huózhe Vivre !).

    On a tendance à croire les prévisionnistes qui assurent que les Chinois seront les premiers à sortir de la crise actuelle, et à s’en sortir au mieux…

    1. Pas si sûr. C’est pas parce que les chinois ont depuis fort longtemps intégré dans leur culture la notion de changement en tant que processus que cette notion s’y trouve merveilleusement exploitée. En réalité, ses domaines d’application sont fort variés, des choses les plus viles et futiles jusqu’aux considérations les plus morales et les plus éthiques ou politique dans le sens du bien commun. Il ne faut pas confondre le fonds philosophique d’une culture et ce qui en est fait, effectivement. Il n’est pas douteux qu’il y a encore aujourd’hui en Chine des hommes sages ici ou là, mais depuis quelques décennies le fait majeur en Chine c’est avant tout la recherche du profit. Toutes les opportunités dans le domaine marchand ont été exploitées, et avec le résultat que l’on sait, mais à coté de cela combien d’opportunités ratées pour faire évoluer un système politique sclérosé ? Au plus haut niveau on voit certes la nécessité de faire avancer la cause d’une monnaie internationale, mais bien tardivement, au prix d’immenses déséquilibres sociaux et écologiques qui pourraient rendre la situation très vite ingérable. N’oublions pas que la Chine est sur le même bateau que nous. Si sortie de crise par le haut il y a elle s’effectuera tous ensemble. Bref, cela n’a plus grand sens que de dire qu’un pays s’en sort mieux qu’un autre, ou alors seulement à court terme, avant que certains effets de seuils n’aient été franchis.

      1. Merci Pierre-Yves, je voulais simplement souligner le message d’espoir et de sagesse que l’on peut découvrir dans les caractères 危机. et que l’on peut retrouver aussi dans cette petite histoire chinoise:

        C’est l’histoire d’un vieux paysan qui était très pauvre, et qui n’avait pour seule richesse qu’un cheval, une très belle bête, qui attisait la convoitise de ses voisins. Un riche dignitaire qui passait par là, vit le cheval et voulut l’acquérir, pour un très bon prix. Mais malgré ses conditions de vie modestes, il refusa de le vendre. Un voisin vînt le voir et lui dit : « Oh, tu en as bien de la chance d’avoir un si beau cheval ! Un cheval qui vaut si cher ! », le vieux paysan lui répondit simplement « Je ne sais pas si c’est de la chance ou de la malchance »…

        Un jour, le cheval sauta par dessus la clôture et s’enfuit… Le voisin qui avait vu la scène lui dit très hypocritement : « Oh mon pauvre ami, ton cheval était ta seule richesse et il s’est enfui, comme c’est malheureux ! ». Le vieil homme lui répondit simplement « Je ne sais pas si c’est de la chance ou de la malchance ».

        Quelques jours plus tard, le cheval revînt, ramenant avec lui plein de beaux chevaux sauvages, tous d’une grande élégance… Les voisins étaient atterrés… Ils vinrent le voir le regard envieux et lui dirent « Que tu as de la chance ! Tu n’avais pour seule richesse qu’un cheval, et te voilà avec une dizaine d’entre eux ! ». Le vieil homme, lui, comme à son habitude se contenta de répéter : « Je ne sais pas si c’est de la chance ou de la malchance ».

        Ne pouvant s’occuper tout seul de ces nombreux chevaux, le vieil homme fit venir son fils. Un jour d’orage, un cheval énervé donna un grand coup de sabot dans la hanche du fils qui fut gravement blessé… Un voisin vînt le voir pour le plaindre faussement : « Oh mon pauvre ami, tu n’avais qu’un seul fils, et voilà qu’aujourd’hui il est blessé, et qu’il ne pourra plus jamais remarcher normalement… comme je te plains ! ». Le vieil homme lui répondit encore « Je ne sais pas si c’est de la chance ou de la malchance ».

        Puis la guerre éclata. L’armée vînt au village, et par décret de l’empereur, tous les jeunes hommes valides et vigoureux furent enrôlés de force. Les voisins ne pouvaient que regarder leurs fils partir au le front, sachant qu’une mort certaine les attendait… Mais le fils du vieil homme qui boitait beaucoup ne fut pas enrôlé car son pas fut jugé trop lent… Ainsi fut-il sauvé de la guerre…

      2. @ Quelqu’un
        Dans une autre collection qui considère que toute fin n’est pas qu’un commencement , l’histoire se termine ainsi ( du moins d’après mes sources) :

        « Ainsi votre fils fut sauvé de la guerre… »je ne sais pas si c’est de la chance « répondit le paysan .
        « Putaing de 经济危机, z’êtes nul , en fait vous ne savez jamais rien! » lui répondit un moine taotriste tendance cep de vigne .

        « C’est vrai ,et c’est faux en même temps.
        Je sais juste que j’aimai mon cheval , et que j’aime mon fils . Et çà , c’est vraiment une chance. »

    2. Ce n’est pas très malin de rester assis à table sous une épée de Damoclès, à moins d’être assuré que les branches de l’arbre occasionneraient, selon les prévisionnistes du sens du vent, un clinamen de la chute du sclass, ce qui serait un calcul égoïste, même s’il en pleuvait. A première vue, comme ça, je dirais que le sens ici expliqué à weiji inciterait plutôt à se mettre sous la table ou à se lever, quitte à la renverser si on y est attaché.

      Ne connaissant rien au chinois, je ne conteste pas. M’enfin, que survivre soit un art au pays du Milieu, ou n’importe où ailleurs, me laisse sur mon séant.

      1. Quand une épée est suspendue au dessus de sa tête, l’homme se souvient des dieux.
        ( Proverbe chinois)

  7. Oui, si on accepte une vision darwinienne de l’équilibre du monde…

    Dans un dessin de Charles Shultz , l’auteur des BD de Snoopy et Charlie Brown, fait dire à Woodstock, l’oiseau qui vole la tête en bas: « Ceux qui croient dans l’équilibre de la nature sont ceux qui ne se font pas manger »

    Dans le texte original:
    «  »Those who believe in the ‘balance of nature’ are those who don’t get eaten. »

    Dans ce sens le chinois seront peut-être les premiers à s’en sortir. Toutefois de nombreux indices peu rassurants infirment cette espérence, et de toute façon si elle se réalise ce sera au dépend des autres pays du monde…

    Paul

    1. Cela me rappelle ce dicton brésilien (excusez je ne suis pas lusophone) :

      « Em rio que tem piranhas, jacaré nade de costa »

      Dans une rivière où il y a des piranhas, le caiman nage sur le dos.

      Ce qui ne peut pas durer …

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