CHRONIQUE D’UN ÉTÉ (1961)

J’ai écrit une phrase du nouveau livre que je suis en train d’écrire. Cinq minutes plus tard, je l’examinais encore, m’interrogeant sur ce qu’elle pouvait bien vouloir dire. Alors, j’ai décidé de regarder un film.

C’est un des petits luxes que l’on peut se permettre quand on a la grippe : regarder un film en plein jour, sans que vous taraude le sentiment qu’il y a quelque chose d’autre à faire, de beaucoup plus important.

Le film que j’ai regardé m’était arrivé ce matin au courrier : la réédition de « Chronique d’un été » de Jean Rouch et Edgar Morin, Prix de la critique internationale à Cannes en 1961.

Je ne l’ai pas vu au moment où il est sorti, mais je dirais, au pifomètre, cinq ans plus tard. Tout va vite : à l’époque où je le vois, vers 1966, ce qui se passe « loin » et « ailleurs », c’est la guerre du Vietnam, alors que durant l’été 1960, pendant lequel le film est tourné, le « loin » et « ailleurs », pour les protagonistes, c’est l’Algérie et sa guerre d’indépendance, c’est le torpillage de l’indépendance du Congo ex-belge par les milieux d’affaires occidentaux qui n’ont pas l’intention de laisser s’échapper, comme ça, les mines du Katanga.

C’est remarquable, cette capacité que nous avons de voir les choses qui nous concernent de tout près comme étant « loin » et « ailleurs ». Je pense à Kepler qui, pendant que catholiques et protestants s’étripent au rez-de-chaussée de la maison où il calcule l’orbite de mars dans les étages, considère avec agacement que la violence en-bas, ce n’est pas son affaire.

Le thème du film, c’est demander à des inconnus : « Êtes-vous heureux ? » Bien sûr, le temps qui passe fait que tous ces inconnus ne resteront pas tels : le jeune étudiant, par exemple, c’est Régis Debray. Ce qu’ils nous disent nous parle encore : les « trente glorieuses » doivent beaucoup de leur gloire manifestement au fait de s’estomper dans les brumes du passé. « Presque heureux », dit l’ex-militant désabusé du PC. « Presque heureuse », affirme sa femme, dont la capacité à faire contre mauvaise fortune, bon cœur, semble infinie. « Presque heureuse », répète la dactylo italienne suicidaire. Est-ce que nous ne sommes pas vraiment une espèce formidable ?

Le cinéma-vérité, ce ne sont ni Rouch, ni Morin bien sûr, qui l’ont inventé : le « cinéma-œil » de Dziga Vertov date de trente ans plus tôt, mais leur « Chronique d’un été » en est une belle illustration, avec des trompe-l’œil et des mises en abyme, comme quand, à la fin, les protagonistes sont filmés ayant terminé de regarder le film auquel nous avons nous-mêmes été conviés, et émettant des opinions parfois très dures sur la capacité des autres qu’eux à avoir été « vrais ».

La conclusion, c’est Morin qui la propose, fumant comme un pompier entre les vitrines du Musée de l’Homme au Trocadéro (en 1961, « 1984 » était apparemment encore très loin et il n’y avait pas de gardiens dans les musées). Il fait remarquer à Rouch que ceux de leurs acteurs qui « interprètent » leur propre histoire, n’apparaissent « pas assez vrais », alors que ceux qui oublient la caméra, et se déboutonnent, sont eux « beaucoup trop vrais ». C’est que nous n’allons pas au cinéma pour voir la vérité : la vérité, elle nous attend à la maison jusqu’à plus soif. Nous allons au cinéma pour voir du « loin » et de l’« ailleurs », en 3D, et avec le mot « Fin » dont on sait qu’il apparaîtra immanquablement entre la 90e et la 120e minute, il suffit d’attendre.

« Chronique d’un été » est un film à revoir en 2012 parce que la question « Êtes-vous heureux ? » n’a pas pris une ride et les réponses qu’on y donnait il y a cinquante ans, non plus.

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« Chronique d’un été » de Jean Rouch et Edgar Morin, disponible le 6 mars, Éditions Montparnasse / Argos Films

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65 réflexions sur « CHRONIQUE D’UN ÉTÉ (1961) »

  1. J’ai vu ce film, fin octobre 2011, au Champollion.
    Film sidérant, au mauvais sens du terme.
    Même dramaturgie, ressorts, discours, impuissances, impasses, désenchantements qu’aujourd’hui. Bavard en 1961, vacuité attestée de son discours en 2012.
    La société du spectacle n’est pas seulement celle que l’on stigmatise.
    Terreau du désengagement et de la complicité idéologique.
    Tout change pour que rien ne change. Un demi-siècle plus tard, mêmes paysages immobiles.

    J’en profite pour vous recommander la lecture de ce blog dédié au cinéma, analyse au scalpel du fait cinématographique.

  2. Cher Paul,
    je vous propose de vous faire vacciner contre la grippe chaque année en automne. Vous pourrez regarder les films que vous voulez, que vous aimez, avec encore plus d’aise.

    Merci. Continuez ainsi.

    1. @Stéphane S.

      Un vaccin à l’automne… N’y songez même pas !
      Cela en plus d’enrichir les labos pharmaceutiques, ne servirait à rien : Paul Jorion choppe la grippe même en plein été si ça lui chante. Vous ne me croyez pas ? Taper « grippe » dans le moteur de recherche du blog et vous verrez apparaître un florilège d’excellents billets, souvent parmi les meilleurs, tous écrits sous l’influence d’influenza. C’est que voyez-vous, la grippe chez Jorion est un éther autant qu’un état. L’économiste dévisse un peu, à peine, il lâche, il cède, il prend le large comme un marin, la musique immédiatement réapparait, le cinéma, l’art, la vie, des compagnons de voyages reviennent sonner à la porte, comme autant de gens vrais, dissidents de tous les jours, avec des salades du jardin à la main (bon ça, évidemment, c’est pour les grippes de printemps…). Bref, tout au plus peut-on lui suggérer un bon vieux remède de grand-mère et lui souhaiter avec chaleur et sincérité un bon repos. Mais pour le reste, comment vous dire, moi je crois que c’est sacré cette affaire. 😉

      1. J’ai eu droit hier à deux rations d’une potion qui combine cannelle, miel et jus de citron.

        Mais je dois dire que je regrette la Californie de ce point de vue-là : je crois avoir eu la grippe une seule fois en douze ans. Mystérieusement, mes connaissances là-bas avaient la grippe aussi souvent que moi en France. Une explication, Martine ?

      2. Je serais tenter de faire un parallèle entre de petites salles absolument magnifiques d’énergie et ce pacte de divorce entre la grippe et vous là-bas… Tandis que vos connaissances travaillant si sérieusement dans la finance ou que sais-je, avaient besoin d’une alliée pour écouter sans culpabilité… Mylène Farmer et le Top 50 ! 🙂

        Soignez-vous bien.

      3. (Tentée.)

        Tiens, pendant que je joue les attentives aux détails, je trouve votre nouveau gravatar vraiment top.

      4. Comme vous le dites Martine, Paul conjugue simultanément « avoir et donner la fièvre », comme témoigne l’excellent billet sur l’appel à la refondation du capitalisme d’hier.

  3. Et il y a cette très belle séquence où Marceline Loridan montre son bras à des Africains : ils lui demandent ce que représente ce tatouage, des chiffres…

    Ils sont effectivement presque heureux… C’est aussi Muriel, ou le temps d’un retour…

  4. « Moi, je travaille vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Quand je dors, c’est pour pouvoir aller travailler… » (De la reconstitution de la force de travail…)
    Merci pour ce bel extrait de la « Chronique d’un été ». Je n’ai jamais vu ce film ; je vais me le procurer.

    Où en est la phrase de votre livre, après cet intermède reconstituant ? ;=)

    1. perso, la premiére image de l’extrait, absolument extra d’humanité me suffirait amplement, faut il vraiment regarder la suite ? dîtes moi svp ?
      heureux, malheureux … dis moi ? quand est ce qu’ont mange mamaaan?
      cordialement

  5. Ces temps-ci, au Québec, on vit la chronique d’un hiver, le blues des pieds gelés, la claquette des mâchoires. C’est pour ça que les agences de voyages font des affaires d’or. On promet le bonheur sous le soleil, et ça marche. Au loin, au chaud, au repos, à crédit s’il le faut; peut-être qu’il est là le bonheur.

    Nullités balnéaires.

    Enchaînées comme il faut aux forfaits tapageurs…
    La réclame de l’Éden explose en février…
    Les peaux blêmes torturées par l’instinct migrateur
    Dévorent l’impatience en pages de calendrier.

    Ils iront vers le sud à l’appel des agrumes,
    Les zombies par la main, les vassaux à genoux,
    A la file, imbéciles, en reniflant leur rhume,
    L’écume de la misère, la souillure sur la joue.

    L’aventure promise sur les plages est si belle
    A la frange de viande en bourrelets qui s’affaissent,
    Qu’à la longue ils se croient dans un monde irréel,
    Le ressac de la vague fait comme un tiroir-caisse.

    Le soleil Floridien maître en métamorphoses,
    Qui transforme en brochette un chapelet de guimauves,
    Complaisant, le coquin, à la chair qui s’expose,
    Change le blanc en brun, en passant par le mauve.

  6. C’est remarquable, cette capacité que nous avons de voir les choses qui nous concernent de tout près comme étant « loin » et « ailleurs ». Je pense à Kepler qui, pendant que catholiques et protestants s’étripent au rez-de-chaussée de la maison où il calcule l’orbite de mars dans les étages, considère avec agacement que la violence en-bas, ce n’est pas son affaire

    Ca c’est une attitude de riche, je veux dire de vrai riche, riche d’eux meme, de leur passion, de leur d’avoir-faire, de leur savoir..
    La richesse d’argent est une deviation de ceux qui voudrait ressentir cet etat, et qui n’ont que la monaie pour y acceder, comme avec une drogue.

  7. La mise en abyme, tout un programme :

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Mise_en_abyme#Proc.C3.A9d.C3.A9_artistique

    « Ce procédé permet de créer du trouble dans la convention narrative. Le procédé permet de donner le tournis au lecteur ou à l’auditeur qui rapidement ne sait plus qui parle : l’auteur, Shéhérazade ou un personnage ? Ici, il s’agit de redoubler le trouble du roi qui oublie de se débarrasser de Shéhérazade.
    Dans Les Ménines de Diego Vélasquez (voir illustration), le procédé est utilisé de façon paradoxale parce qu’on ne voit pas réellement le tableau qu’il est en train de peindre, ce qui ajoute au trouble : quel est l’objet de ce tableau, le geste du peintre (qu’on ne voit pas peindre mais regarder), l’infante à ses côtés ou encore ce que regarde le peintre et qu’on aperçoit à peine dans le miroir (le roi et la reine), le tableau retourné ?
    La mise en abyme peut également jouer le rôle de clin d’œil inséré par l’auteur, ou lui permettre d’engager, sur le mode de l’humour (auto-dérision), une critique sur sa propre œuvre, voire sur le genre auquel elle appartient. »

    On sent le même vertige ici :

    http://fr.wikipedia.org/wiki/La_Trahison_des_images

    « La Trahison des images (1929, huile sur toile, 62 x 81 cm, Art Institute of Chicago) est un des tableaux les plus célèbres de René Magritte. Il représente une pipe, accompagnée de la légende suivante : « Ceci n’est pas une pipe. » L’intention la plus évidente de Magritte est de montrer que, même peinte de la manière la plus réaliste qui soit, un tableau qui représente une pipe n’est pas une pipe. Elle ne reste qu’une image de pipe qu’on ne peut ni bourrer, ni fumer, comme on le ferait avec une vraie pipe.
    Magritte a d’ailleurs développé ce discours du rapport entre l’objet, son identification et sa représentation dans plusieurs tableaux de 1928 à 1966, la série commençant avec La Clef des songes et s’achevant sur une mise en abyme de La Trahison des images : Les Deux mystères. « 

    1. Suite :

      Au total, la mise en abyme est un procédé.
      Ce procédé est utilisé par les artistes à la recherche d’ un effet.
      Il est utilisé par Paul dans ce billet.
      Quelle est la fonction de ce procédé dans la construction de la connaissance ?
      Ce procédé est il nécessaire pour expliquer quelque chose , c’ est a dire : « provoquer une sensation du vrai » ? Est ce un processus naturel psychophysique. ?

      http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2011/115/IMQ.pdf

    2. Cet effet, ce vertige, ressemble à l’ ivresse de Baudelaire

       » ENIVREZ-VOUS

      Il faut être toujours ivre, tout est là ; c’est l’unique question. Pour ne pas sentir l’horrible fardeau du temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre, il faut vous enivrer sans trêve.

      Mais de quoi? De vin, de poésie, ou de vertu à votre guise, mais enivrez-vous!

      Et si quelquefois, sur les marches d’un palais, sur l’herbe verte d’un fossé, vous vous réveillez, l’ivresse déjà diminuée ou disparue, demandez au vent, à la vague, à l’étoile, à l’oiseau, à l’horloge; à tout ce qui fuit, à tout ce qui gémit, à tout ce qui roule, à tout ce qui chante, à tout ce qui parle, demandez quelle heure il est. Et le vent, la vague, l’étoile, l’oiseau, l’horloge, vous répondront, il est l’heure de s’enivrer ; pour ne pas être les esclaves martyrisés du temps, enivrez-vous, enivrez-vous sans cesse de vin, de poésie, de vertu, à votre guise.

      (In Les petits poèmes en prose) « 

  8. Paradoxe : ce travail en usine, répétitif et « emmerdant », a été délocalisé, et tout le monde semble aujourd’hui le regretter…

      1. S’il faut donner sa sueur, allez donner la votre

        Donner, donner, c’est vite dit.
        Jusqu’à nos jours, le salariat n’est pas un don, mais une vente dont le prix est déterminé par un rapport de forces.

      2. à vigneron,

        (…) vaut mieux donner sa soeur, ou son frère, et marchander sa sueur.

        Je suppose que vous parlez pour vous.

      3. Tss tss Nanard… y’en a des qui qu’ont pas peur de perdre leur sueur pour perdre une occasion de se taire je vois… y’en a t’y qui veulent des informations complémentaires ?

      4. ... Vous êtes bon apôtre, Monsieur le Président (Directeur Général).

        Pour ceux qui n’auraient pas compris.

        Delphin, un peu lourd parfois

    1. Lisztfr 7 février 2012 à 09:04
      De la manière dont est géré Paris, sur le plan de l’urbanisme, on ne saurait y être heureux.

      Jorion, faut-il en rire ou en pleurer ?
      Faut quitter votre Paris (masculinisé ? ) de temps en temps, Lisztfr, partir plus souvent en vacances en Grèce, Lisztfr, ou en Tunisie ! en Égypte ! ou en Tripolitaine ! voir Leptis Magna, la Rome sous les sables, en Ethiopie ! pour Lalibela, ou au Cambodge ! pour le Taj Mahal – et pour les « Killing Fields » khmers rouges, c’est une société privée japonaise qui organise les visites, vous pouvez y aller en toute confiance, à la recherche de votre temps perdu, Lisztfr…

      1. Ouais bon, Angkor, c’est bon… t’sais les querelles de chapelles ou les charters Nouvelles Frontières, pas trop mon truc…

      2. Et à gauche ce n’est guère plus réjouissant, lorsque Mélenchon ne veut pas intervenir en Syrie et accepte donc sans modération, que des gens se fassent massacrer. Et chez Hollande, c’est Valls et Moscovici qui sont impossibles.

        Et un pelerinage en Syrie ?
        Bonne compagnie assurée, les populistes n’en seront pas.
        Prévoir un petit saut plus sud pour la remise en condition en fin de semaine.
        Doit bien y avoir une agence pour transbahuter
        le barda : flingot , rangers, ration de survie et Journal
        de Marche et Opération ( J.M.O.). …

  9. guerrier katangais …

    ça me rappelle John Brunner et son livre « tous à Zanzibar » les début d’une guerre cybernétique et
    la chanson hallucinée des ludwig « guerrier baluba »

  10. Le mot « fin » apparaît effectivement souvent.. et pas que dans les films..
    D’où l’importance de « se renouveler »..
    Peut-être du renfort à cette « fin »… à examiner.
    http://www.lietaer.com/other-languages/francais/
    au coeur de la monnaie
    « Expert de la chose financière, Bernard Lietaer nous convie à un passionnant voyage de vingt huit mille ans jalonné par des archétypes, de la préhistoire à Wall Street. Il aborde notamment ceux de la Grande Déesse, de la féminité, de l’argent Yin. La mise en lumière de la dimension émotionnelle de la monnaie nous renvoie aux tréfonds de notre psyché. Il s’agit de guérir nos blessures face à l’argent pour le remettre à sa place de serviteur, au lieu de maître.
    Pouvons-nous encore éviter les immenses dégâts et le chaos dans lequel nous plongera un effondrement de l’ordre établi il y a six ou sept cents ans? C’est ce que pense cet expert de niveau mondial sur les questions monétaires, et grand humaniste, dans cet ouvrage surprenant. »

  11. J’ai de suite pensé à Jduc !

    Il arrive que les décors s’écroulent. Lever, tramway, quatre heures de bureau ou d’usine, repas, tramway, quatre heures de travail, repas, sommeil et lundi mardi mercredi jeudi vendredi et samedi sur le même rythme, cette route se suit aisément la plupart du temps. Un jour seulement, le « pourquoi » s’élève et tout commence dans cette lassitude teintée d’étonnement. « Commence », ceci est important. La lassitude est à la fin des actes d’une vie machinale, mais elle inaugure en même temps le mouvement de la conscience. Elle l’éveille et elle provoque la suite. La suite, c’est le retour inconscient dans la chaîne, ou c’est l’éveil définitif. Au bout de l’éveil vient, avec le temps, la conséquence : suicide ou rétablissement. En soi, la lassitude a quelque chose d’écœurant. Ici, je dois conclure qu’elle est bonne. Car tout commence par la conscience et rien ne vaut que par elle. Ces remarques n’ont rien d’original. Mais elles sont évidentes : cela suffit pour un temps, à l’occasion d’une reconnaissance sommaire dans les origines de l’absurde. Le simple « souci » est à l’origine de tout.

    Albert Camus, Le mythe de Sisyphe

    1. @ fujisan 7 février 2012 à 09:44

      J’ai de suite pensé à Jduc !

      C’est sympa d’avoir une pensée pour ceux avec lesquels on est entré en relation. C’est d’autant plus appréciable pour moi, que ces images du travail en usine, me rappellent de très bons souvenirs, ceux de 1953-1954 où je démarrais dans la vie professionnelle en tant qu’OS. C’était le plus bas niveau au dessus du balayeur, celui que l’on voit dans la vidéo et qui, dans mon atelier, s’appelait Napoléon, un travailleur handicapé mental qui avait trouvé sa place dans la société.

      Aujourd’hui, celle qui avec un bac+++++ en sociologie, psychologie ou autre spécialité des sciences humaines, dont les quelques débouchés sont totalement engorgés, se retrouve caissière de super marché, est à peu près dans une situation similaire à celle qui était la mienne à cette époque.

      En ces temps là, ceux qui allaient au bac étaient les fils de bourgeois, les autres apprenaient dès 14 ans, un métier en général manuel, en vue de gagner leur vie assez vite. A 18 ans j’avais 2 CAP (ajusteur et dessinateur industriel) et un BEI (brevet d’études industrielle) et, parce qu’il n’y avait pas de poste à la hauteur de ma qualification, j’étais bien content de gagner ma vie comme OS.

      A l’époque, s’était un devoir pour chacun de trouver un emploi.

      Les rêveurs n’avaient pas encore torpillé l’esprit d’entreprise des jeunes en leur laissant entendre que les pays riches comme les nôtres, étaient maintenant devenus tellement riches que l’on pouvait envisager un revenu universel d’existence, servi à tous depuis la naissance jusqu’à la mort. Peut-être serait-il financé par l’exportation des œuvres de nos penseurs, ce qui équilibrerait notre balance commerciale. Qui sait ?

      Les intellos du cinéma et d’ailleurs n’avaient pas encore inoculé tous leurs poisons dans l’esprit de la jeunesse et c’est pour cela que les 30 glorieuses enthousiasmaient tout le monde, quelle que soit sa position dans l’échelle sociale. C’est à cette époque que, malgré les 45h par semaine et parfois 50 avec les heures sup, j’ai décidé de préparer une école de technicien puis d’ingénieur, en prenant des cours du soir. Ils s’appelaient « cours de promotion du travail ». Loin d’être raillés, ceux qui les suivaient étaient plutôt désignés comme des ouvriers méritants, autant respectés par la hiérarchie que par leurs collègues qui préféraient se livrer à des activités plus divertissantes.

      En 1961, tous les « cracheurs dans la soupe » (http://www.pauljorion.com/blog/?p=33164#comment-289793) n’étaient pas encore nés ou étaient encore trop jeunes ou trop peu nombreux pour infléchir sensiblement la motivation des jeunes. Ils préparaient seulement le terrain pour qu’en 68, ceux qui allaient devenir les forces vives de nos pays poursuivent l’oeuvre. Les nouvelles forces se sont alors employées à promouvoir la démobilisation et le torpillage des bonnes volontés. D’ailleurs quand ils se sont présentés à Billancourt, ils n’ont pas soulevé l’enthousiasme auprès des manuels. Ils allaient prôner le refus de l’autorité, et condamner ou déconsidérer tout ce qui émanait du passé, tant au niveau des structures traditionnelles que des valeurs fondamentales, tel le travail qui, pourtant, différencie l’homme de l’animal et qui, associé au capitalisme, est à l’origine de son évolution.

      La partie du film reproduite dans cette vidéo en témoigne. Morin et Rouch aidaient au déclin d’une société dont ils ont largement profité. E. Morin doit être heureux, au soir de sa vie, de voir qu’en tournant en dérision l’action de travailler manuellement en usine, ils ont été efficaces. Le pays a perdu une grande partie de son industrie par suite de la déconsidération du travail de production, largement propagé dans les milieux de l’enseignement, des administrations et autres structures publiques protégées.

      A force de condamner ce type de travail, de même que le capital, sans lequel il ne peut être effectué, tous ces penseurs doivent être satisfaits de voir où cela a mené notre pays. Il est vrai que les 35h et de la retraite à 60 ans, ont bien complété l’œuvre et ouvert avec plus de certitude la voie au suicide industriel et économique.

      Mais qui donc, à l’avenir, va financer les emplois intellectuels au CNRS et ailleurs pour nourrir ceux qui crachent dans la soupe préparée par les producteurs de richesses autres que spirituelles ?

      Au lieu de gamberger et philosopher, ces travailleurs là se battent au plan internationnal avec les aspects matériels de la vie, afin qu’elle se perpétue. Hélas, ils sont oubliés.

      Ps : Cher Fujisan, vous qui pensez à moi, merci de ne pas oublier de répondre à mon post du 5 février 2012 à 16:57

      1. @ jducac

        Bravo pour le diagnostic ! Quelle hauteur de vue ! Quel époustouflant sens de l’analyse ! J’en suis en transe.

        Pour sûr que tout ce qui nous arrive est de la faute de tous ces intellectuels irresponsables. Les gains de productivité, les délocalisations, le travail qui n’a aucun sens, c’est la faute des intellos, mais certainement pas du saint capital et de ses détenteurs dont le seul bonheur est la recherche du nôtre. Mais pourquoi n’étais-je pas arrivé à la même conclusion ? C’est d’une telle évidence.

        Pour faire fortune, vous devriez écrire une chanson avec ce refrain :
        « J’ai pu d’boulot, c’est la faute aux intellos
        J’vais en retrouver grâce aux bons rentiers ».

        Succès garanti !

      2. @ jducac

        Bonjour,

        vous dites :

        Le pays a perdu une grande partie de son industrie par suite de la déconsidération du travail de production, largement propagé dans les milieux de l’enseignement, des administrations et autres structures publiques protégées.

        Vous êtes quand même dans la caricature là!

        J’ai fait des études techniques et les ai effectuées, pour raisons familiales, dans 4 lycées différents entre la seconde et la terminale, ce entre 1978 et 1982. Dans tous ces établissements, les enseignants étaient mûs pour la plupart par la passion de leur métier (industriel et de prof)
        et savaient nous la transmettre avec donc la grande considération pour le travail de production.

        Ce que vous dites sur les enseignants est tout simplement faux…

        Le mépris pour le technique par ceux qui ne le connaissent même pas a toujours existé, vous êtes dans le fantasme là. D’autre part la désindustrialisation du pays est largement expliquée par la globalisation capitaliste et sa gangrène financière.

        Cordialement.

      3. jducac,

        Une question : ces 60 dernières années quels étaient les hommes et les femmes qui dans les entreprises décidaient de ce qu’il doit en être du travail, aussi bien du point de vue de son contenu, de sa finalité et en tant qu’emploi sur un marché du travail ?

        C’était principalement des professeurs de sociologie, d’anthropologie, de philosophie ou bien des héritiers, des ingénieurs et diplômés des écoles de commerce ?
        La réponse cette question, évidente, incontestable, suffit à réfuter votre thèse qui fait de la pensée68 la cause essentielle de la crise existentielle que traverse aujourd’hui le système capitaliste.

        Vous n’allez pas me faire croire non plus que les décisions prises par ceux qui tiennent les postes de direction ont été influencés par les professeurs. Cela contredirait d’ailleurs votre propre analyse selon laquelle c’est la logique du capital qui prévaut. Nous sommes dans un système capitaliste ou bien nous n’y sommes pas, il faut être cohérent.

      4. @ Klaki 7 février 2012 à 18:04

        J’ai fait des études techniques et les ai effectuées, pour raisons familiales, dans 4 lycées différents entre la seconde et la terminale, ce entre 1978 et 1982. Dans tous ces établissements, les enseignants étaient mus pour la plupart par la passion de leur métier (industriel et de prof)

        Vous avez raison, avec moi aussi, les profs de l’enseignement général, tout comme ceux de l’enseignement professionnel, dans l’école d’apprentissage où j’étais, nous transmettaient leur passion et faisaient valoir l’importance des métiers de la production permettant d’apporter aux utilisateurs des biens et services de qualité aux meilleurs coûts.

        Mais il s’agit là d’une faible proportion de la corporation des enseignants que je connais assez bien. Deux de mes proches sont issus de ce milieu et j’ai une demi-douzaine d’amis ex enseignants qui n’ont de considération que pour les filières scientifiques et littéraires. Ils traitent les voies techniques et surtout professionnelles avec une telle commisération qu’ils présentent ces filières manuelles comme des pis allers dans lesquelles il ne faut s’engager que faute de mieux. Pourtant, tout ce que notre vie, et notre confort de vie, exige de matériel dans nos équipements et dans les soins à la personne, dépend de ces gens là. Quelle ingratitude de les traiter ainsi.Je pense entre, autre à Louise, qui oeuvre en maison de retraite.

      5. @ Fod 7 février 2012 à 17:39
        Je crois que vous avez tort de répondre sur ce sujet par le biais de l’ironie et de la dérision. Vous nous aviez habitués à des interventions d’une autre tenue. Manqueriez-vous de contre arguments sérieux à m’opposer ?

        Avouez qu’il est difficile de nier l’intention délibérée des auteurs du film de déconsidérer le travail dans l’industrie étant donné la collection d’images qu’ils ont servies sur le sujet. Vous n’allez quand même pas me dire qu’ils avaient l’intention, avec elles, de susciter des vocations et de l’enthousiasme, tout au moins vu l’extrait de film qui nous a été proposé. Visionnez-le donc une seconde fois.

        Oui, je suis persuadé que l’intellectualisme gauchisant français porte une part de responsabilité dans le déclin du pays pour ce qui concerne l’industrie et autres activités, soumises à compétition. Ce milieu ne s’intéresse au sujet, que pour condamner les dirigeants, entrepreneurs et actionnaires qui s’y consacrent. Il n’envisage l’évolution des activités que dans un cadre étatique, donc non concurrentiel. Pendant ce temps, les tenants de cette orientation, partout ailleurs dans le monde, l’ont abandonnée ou l’abandonnent afin de ne pas voir leur pays prendre du retard et être relégué parmi ceux qui s’éteignent après avoir brillé.

        Je ne me souviens pas vous avoir entendu défendre l’intérêt d’accroître l’efficacité des productions françaises afin d’augmenter leur compétitivité et d’éviter les délocalisations. Je ne me souviens pas davantage avoir entendu une grande figure intellectuelle française, marquée à gauche, prôner la combattivité pour gagner des parts de marché. Peut-être allez-vous me prouver le contraire.

      6. @ Pierre-Yves D. 7 février 2012 à 20:57
        Bien sûr que tout ce qui se décide dans l’entreprise dépend de ceux qui s’y trouvent impliqués, qu’ils soient dirigeants, membres de l’encadrement ou membres des équipes opérationnelles.

        Mais dans la suite des questions que j’ai adressées ci-dessus à FOD, dites-moi donc ce que les intellectuels français de gauche leur ont apporté comme assistance théorique et soutien moral pour que le pays maintienne sa place au niveau international ?

        Ils n’ont eu de cesse, probablement bien plus que dans d’autres pays, de pousser à l’octroi d’avantages sociaux aux personnels (SNCF, EDF, fonctionnariat etc…..) partout où il n’y avait pas de concurrence, sans voir que cela se faisait au détriment de la richesse et de la force du pays.

        Il y en a-t-il eu un seul qui ait dit dans les 10 dernières années que ce qu’avait fait Schröder (freinage des salaires, augmentation de la TVA, introduction d’une part de capitalisation dans les retraites…..) était à imiter ?
        Non, à ma connaissance, ils ont tous poussé à l’octroi de toujours plus d’avantages sociaux au personnel, bien plus que d’intervenir auprès des syndicats et des hommes politiques pour que la compétitivité des entreprises soit renforcée. Se sont-ils opposés aux 35h et à la retraite à 60 ans ?

        Alors, le capital est allé voir ailleurs, dans les anciens pays communistes, en Tchéquie, Pologne, Hongrie, Roumanie à l’exemple de Valéo ou de Renault qui ont été accueillis à bras ouverts et petits salaires compétitifs.

        A mon avis les intellectuels français de gauche ne sont pas intervenus favorablement pour renforcer la puissance économique du pays. Il me semble qu’ils s’emploient essentiellement à défendre le pouvoir d’achat, donc de consommer, ce qui va à l’opposé de l’enrichissement et du renforcement économique d’un pays. Mais peut-être pouvez-vous démontrer le contraire.

      7. Vous êtes fidèle à vous même, jducac !
        En effet, ce n’est pas un film de propagande en vue de « susciter des vocations et de l’enthousiasme ». Donc, à vous suivre, c’est forcément un film de propagande opposée où « l’intention délibérée des auteurs du film de déconsidérer le travail dans l’industrie », voulant « torpiller l’esprit d’entreprise des jeunes », « inoculer tous leurs poisons dans l’esprit de la jeunesse ». Ces « cracheurs dans la soupe » qui « tournent en dérision l’action de travailler manuellement en usine »…
        C’est merveilleux de profondeur et de nuance !
        Je vous retourne votre « Croyez-vous que le recours à l’outrance et à la dénaturation des propos d’un contradicteur, soit le meilleur moyen de convaincre ? »

      8. « les 30 glorieuses enthousiasmaient tout le monde, quelle que soit sa position dans l’échelle sociale »

        Oui, c’est ça, puisque vous le dites ! Vous vous souvenez de « ces très belles pages, notamment celle de Pierre Rabhi » ?
        Il se fait que Pierre Rabhi a été OS à la fin des années 1950. Il termine son texte par « J’avais alors vingt ans, et la modernité m’est apparue comme une immense imposture. » Pour échapper à cette « immense imposture » et redonner sens à son travail et donc à sa vie, il est devenu paysan en Ardèche. Voyez son parcours ici. On peut être à la fois intellectuel et manuel, anthropologue et pêcheur comme notre hôte, philosophe et paysan comme Pierre Rabhi ou prêtre ouvrier ou Gandhi ou encore philosophe et ouvrière comme Simone Weil…

      9. @Jducac

        «Je crois que vous avez tort de répondre sur ce sujet par le biais de l’ironie et de la dérision»

        Ah oui ! Et pourquoi ?

        Face à un idéologue intégriste qui croie dur comme fer que le soleil est carré alors que toute évidence, il est rond, quels arguments voulez-vous opposer ? Sa croyance sera toujours la plus forte. Alors inutile de pérorer pendant des heures !
        Je persiste et signe : contre vos arguments partiaux, excessifs, non étayés (c’est à dire jamais sourcés) et ineptes, la seule contre-argumentation reste celle de l’ironie.

        «…dans un cadre étatique, donc non concurrentiel. Pendant ce temps, les tenants de cette orientation, partout ailleurs dans le monde, l’ont abandonnée…»

        Et la Chine, ce n’est pas un système étatique peut-être… et hautement concurrentiel ??

        Quant à la compétitivité, je m’en contrefiche à un point que vous ne pourrez jamais imaginer. Je me suis déjà exprimé sur cette question : http://www.pauljorion.com/blog/?p=33325#comment-287792. Le problème n’est pas aujourd’hui la survie de la France, mais bel et bien celui de notre espèce. Alors, si vraiment, vous êtes soucieux de ce dernier point, rangez la compétitivité au placard ! Sa seule finalité est de nous rapprocher chaque jour un peu plus près de la précarité et de la tombe, à moyen comme à court terme.
        La reprise de ce terme dans votre commentaire prouve à quel point vous êtes asservi au système et incapable d’avoir le début d’un commencement de réflexion critique. Jducac et la Pravda, même combat.

        Heureusement qu’il existe encore des intellectuels gauchisants comme vous dites, les seuls en mesure aujourd’hui de maintenir en place un véritable contre-pouvoir, seul garant d’un système viable, équitable et présentant encore un semblant de démocratie. Le jour où leurs voix ne se feront plus entendre, alors nous saurons avec certitude que nous aurons sombrés dans la pire des dictatures… peut-être pour votre plus grand plaisir. Vous seriez enfin débarrassé de tous ces nuisibles, y compris les vils syndicats et l’État avec sa flopée de fonctionnaires inutiles et dispendieux, qui empêchent votre cher capitalisme de s’exprimer dans toute sa plénitude .

      10. @ fujisan 8 février 2012 à 13:35

        On peut être à la fois intellectuel et manuel, anthropologue et pêcheur comme notre hôte, philosophe et paysan comme Pierre Rabhi ou prêtre ouvrier ou Gandhi ou encore philosophe et ouvrière comme Simone Weil…

        Je ne pense pas avoir dit le contraire. Je ne classe pas Paul Jorion parmi ces gens qui « crachent dans la soupe » préparée par ceux qui se battent au sein de compétitions, puisqu’il a exercé divers métiers dans des secteurs qui n’étaient pas spécialement protégés. En effet, il lui est arrivé d’être licencié. De plus, en tant qu’auteur de livres, il est soumis à la compétition. Son blog l’est également.

        Ceux que je classe dans les « inconscients » de ce qu’est la compétition économique et auxquels, selon moi, il manque quelque chose, sont ceux qui ont passé leur temps sur les bancs de l’école (protégés par leurs parents) puis, à parler ou écrire ensuite (protégés par leur statut de fonctionnaire à vie) dans une administration locale ou nationale, leur traitement étant issu des impôts, taxes et prélèvements.

        Ces gens ne prennent pas conscience du fait que moins ils sont performants, par exemple si leur productivité est une fois moindre que ce qu’elle est ailleurs dans d’autres pays, plus ils pénalisent leurs concitoyens qui, eux, sont confrontés à la compétition mondiale et doivent en plus de leur travail productif supporter au niveau de leur salaire, des impôts et taxes supérieurs à ce qu’ils devraient être. Leur maintien dans la compétition mondiale est rendu d’autant plus difficile alors que d’autres en sont à l’abri et la condamne.

        C’est pour cela que certains hommes politiques qui ont vécu toute leur vie protégés par leur statuts de fonctionnaires, (il y en a en France qui se présentent à la magistrature suprême), se fourvoient, à mon avis totalement, lorsqu’ils comptent régler les difficultés économiques de leur pays en jouant sur une augmentation des impôts sans réduire les dépenses de l’Etat ni peut-être même le train de vie de la population.

        Moi aussi, il m’arrive de philosopher et de me laisser aller à gamberger. Mais, contrairement à certains, depuis ma tendre enfance et durant ma carrière dans l’industrie, j’ai l’impression d’avoir été confronté aux difficultés matérielles et aux difficultés liées à la compétition ce qui m’ oblige à faire preuve de réalisme plus que d’idéalisme.

        Il faut de tout pour faire un monde, mais l’expérience de ce qui s’est passé avec les idéaux issus des théories de Marx et d’autres, au 19 et 20ème siècle, oblige à être vigilent face à des raisonnements simplistes et par trop séduisants.

      11. @ Fod 8 février 2012 à 13:47

        Et la Chine, ce n’est pas un système étatique peut-être… et hautement concurrentiel ??

        Je ne suis pas un spécialiste de la Chine, mais je crois que coexistent deux types d’entreprises. De pures étatiques, issues des entreprises communistes d’avant 1980 pas très performantes et d’autres privées, dont certaines en joint venture, regroupant des financements occidentaux et chinois plus ou moins privés
        http://www.liberation.fr/economie/01012358697-des-milliardaires-chinois-de-plus-en-plus-proches-du-pouvoir
        http://www.ambafrance-cn.org/IMG/pdf/livre-blanc.pdf

        Quant à la compétitivité, je m’en contrefiche à un point que vous ne pourrez jamais imaginer.

        C’est bien ce qui nous sépare. Personnellement, je pense que c’est essentiel pour un pays ou un groupe de pays (l’Europe par exemple) surtout quand il n’est pas possible d’être autonome, notamment en matière d’énergies fossiles & métaux.

        J’ai lu votre post du 30 janvier 2012 à 16:29 et crois que vous vous faites des illusions. Vous pensez que nous en Occident, nous allons, pour toujours, vivre avec des niveaux de vie nettement supérieurs à ceux de l’extrême Orient lesquels nous mettent au chômage en ayant des niveaux de vie 10 fois moindre que les nôtres.

        Vous pensez réellement qu’il sera possible d’instaurer une coopération globalisée au niveau de la planète entière avec de tels écarts de niveau de vie et alors que l’énergie fossile& les métaux, dont nous sommes démunis, seront convoités par tout le monde. ?

        Vous rêvez. Ceux qui les possèdent les échangeront avec ceux qui leur procureront davantage de produits (industriels, agricoles ou autres) que nous ne pourrons le faire, avec nos coûts de travail trop élevés. Et si les prévisions de Paul Chefurka se réalisent, nous pourrions alors faire partie des éliminés.

        C’est ça, être plus réaliste qu’idéaliste. Surtout n’oubliez pas le point sur lequel nous sommes bien en phase Paul Jorion et moi « Le capital c’est une ressource ». ça n’est pas forcément de l’argent. Pour la Chine, c’est à la fois une grande quantité de main d’œuvre avec un faible niveau de vie et de grosses réserves de charbon.

        Ensuite, entre Paul et moi nous divergeons encore, mais n’oubliez pas que l’origine du mot capital nous ramène à la vie, et que ce qui sépare la vie matérielle de la mort, c’est que pour l’une il faut l’alimenter avec de l’énergie, alors que pour l’autre il n’y en a plus besoin. http://www.cnrtl.fr/etymologie/capital

        Bien cordialement.

      12. Il y a (pour le moment) 3 Louise sur ce blog :
        -Louise M
        -Louise
        -et enfin louise (aide soignante, moi donc)
        Je pense que c’est à moi que fait allusion jducac.
        Un petit mot pour lui dire que la compétitivité s’est invitée dans les maisons de retraite en particulier privées, celles ci faisant partie de grands groupes cotés en bourse.
        Le but du jeu étant de faire le plus de bénéfices possibles pour les redistribuer aux actionnaires.
        D’accord, jducac, ceux-ci ont apporté des capitaux pour investir dans le matériel,la construction ou la rénovation des bâtiments.
        Est-ce une raison pour diminuer le personnel au strict minimum ?
        Est-ce une raison pour payer le personnel le moins possible ?
        Certains jours nous n’avons même plus le temps de faire les toilettes correctement, cela s’appelle la toilette du dimanche : visage, mains et parties intimes et basta, habillage et au suivant !
        Dans le public ce n’est pas mieux, les poste sont attribués au compte gouttes, en vertu du non remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite !
        Pourtant les vieux on ne va pas les délocaliser en Chine, non ?
        Ou alors les AS viendront de Chine, elles seront logées dans des dortoirs, et travailleront 12 h par jour, 6 jours sur 7, pour 300 € par mois ???

      13. @ louise 8 février 2012 à 23:18
        Bonsoir louise sans majuscule. Oui c’est bien à vous que je faisais allusion. Je me suis souvenu de votre cas au moment où je traitais de ce qui différencie les gens qui parlent en étant à l’abri, de ceux qui font en étant confrontés à la compétition.

        Avez-vous pu améliorer votre situation en vous élevant un peu dans la hiérarchie de vos responsabilités professionnelles ? Votre frère vigile, arrive-t-il à exercer son métier sans prendre trop de risques et votre fille a-t-elle pu résister à la tentation d’utiliser l’autorisation de découvert généreusement offerte par sa banque ?

        D’accord, jducac, ceux-ci ont apporté des capitaux pour investir dans le matériel,la construction ou la rénovation des bâtiments.
        Est-ce une raison pour diminuer le personnel au strict minimum ?
        Est-ce une raison pour payer le personnel le moins possible ?

        Hélas oui chère Louise. C’est en vertu du grand principe économique et moral qui gouverne la vie des hommes sur terre. Vous le connaissez « Il faut travaillez beaucoup et bien, tout en consommant le moins possible ». C’est le principe de base du capitalisme et de l’économie. Il était connu, admis et appliqué par la plupart des gens des générations précédentes, y compris chez les gens modestes comme mes parents. Sans devenir riches en l’appliquant, ils pouvaient connaître une vie heureuse et bonne, sans haine ni jalousie à l’égard des autres, c’est-à-dire en paix avec tout le monde et en paix avec leur conscience.

        Cela leur permettait de vivre toute une vie en ayant l’objectif d’améliorer leur condition de départ et de pouvoir tirer leur révérence sans rien devoir à personne. Mieux que cela, si en plus de quitter le monde des vivants sans rien devoir à personne, donc la conscience légère, ils pouvaient laisser un petit héritage à leurs enfants afin de les aider à vivre, ils étaient satisfaits. Je pense qu’il y en a encore quelques-uns de cet acabit parmi vos pensionnaires.

        Vous évoquez la concurrence chinoise qui ne devrait pas concerner les maisons de retraites non délocalisables. Pourtant elle se fait sentir et agit sur les conditions de votre travail par le biais de l’accès aux ressources naturelles qui nous manquent et que nous devons acheter (l’énergie fossile & les métaux). Pour pouvoir acheter ces ressources indispensables, il nous faut vendre pour un montant égal des produits que nous fabriquons et qui doivent être compétitifs sur les marchés internationaux.

        Or, dans le prix de ces produits (avions ou agroalimentaires, entre autres) il y a des salaires sur lesquels pèsent des impôts, taxes et prélèvements divers dont ceux qui servent d’allocations versées à vos pensionnaires (retraites, APL, APA). Cela permet de vous payer et d’amortir le capital investi dans votre établissement, à condition qu’en plus, vos pensionnaires puissent prélever le complément nécessaire dans leurs économies. A titre d’exemple, ma mère qui payait à la maison de retraite 2000€/mois a du prélever 1000€/mois sur ses économies issues de la vente de la maison qu’avait construite mon père en sus de son activité professionnelle normale.

        J’espère que vous comprenez pourquoi accroitre la productivité qui fait diminuer le coût du travail, finit par s’imposer à vous aussi dans votre job, lequel peut vous sembler à l’abri des bas coûts chinois ou autres, alors que ça n’est pas le cas. En réduisant la durée de travail et en abaissant l’âge de la retraite en France, ça n’allait pas dans le bon sens. L’Allemagne qui enregistre un excédent commercial du double de notre déficit commercial a freiné, elle, depuis 10 ans, l’augmentation des salaires et augmenté la TVA pour limiter la consommation, a fait de bien meilleurs choix que nous. Tout cela est la conséquence économique de la mondialisation à laquelle nous ne pouvons pas échapper étant donné que des ressources essentielles nous manquent. Beaucoup n’arrivent pas à le comprendre.

  12. Vous avez raison Paul, il faut savoir regarder des chef-d’oeuvres de temps en temps. Ce film vaut pour ce qu’il dit d’une époque, et pour ce qu’il invente au cinéma. J’ai vu ce film quand j’étais étudiant en cinéma à l’IDHEC en 1974, pour moi cela ressemblait à une antiquité. Ma jeunesse et la fin du gauchisme avait créé le trou. Aujourd’hui vous me donnez envie de le revoir, sérieusement. Je suis certain qu’il m’apparaitra comme plus contemporain. Le temps joue à l’élastique, nos idées des années soixante dix sont plus à la mode que jadis et ce n’est pas pour autant un retour de l’histoire, c’est de la maturité.

  13. Je préfère le film de Pierre Etaix « Un pay de cocagne » Chronique de l’été 1968 après la révolution les vacances faut pas déconner quand même . Qui lui a valu a pierre Etaix bien des souci car il n’a put produire aucun film après et le film était absolument invisible des années 1980 a 2010 bloqué par la société qui en détenait les droits considéré comme absolument subversif. Mais voir les révolutionnaires en vacances sa vaut le coup d’œil et c’est drôle.

    1. @ploucplouc
      Yes, excellent film décalé et décapant, c’est ‘à part’, comme J. Tati…
      Pierre Etaix a d’ailleurs un ‘petit’ rôle dans le dernier film de Aki Kaurismäki ‘Le Havre »…

    2. Oui, j’ai été dans les petits contributeurs à la remise en route des films de Etaix.
      Ceci dit, ses films comme l’amant tout en étant d’un burlesque très réussi m’ont fait une étrange impression, ils m’ont rappelé les gens victimes de cécité sociale (syndrôme d’Asperger), dont a parlé Paul Tréhin de ci de là. Détachement du réel qui convient au burlesque certes, mais qui fait voir aussi comment la modernité se sert impitoyablement tant de nos excès que de nos manques d’empathie. (« Rifkin, sort de ce corps » ?)

  14. « C’est un des petits luxes que l’on peut se permettre quand on a la grippe : regarder un film en plein jour, sans que vous taraude le sentiment qu’il y a quelque chose d’autre à faire, de beaucoup plus important. »
    C’est bon les « petits luxes »… A la prochaine « occasion », ceci.

  15. Je n’ai pas vu ce film. Merci de le donner en référence.
    J’en ai vu un autre hier sur ARTE « Vivement dimanche! » dernier film de François Truffaut
    En noir et blanc, 1983.
    Wiki ajoute : « Le film a été tourné dans la ville de Hyères juste avant la modernisation du centre urbain et la disparition du vieux cinéma. Ce film constitue un témoignage unique sur la ville à cette époque. Dans le film, Hyères n’est jamais citée, il est juste dit « La ville » par les personnages.

    Je n’ai pas la grippe, heureusement. 🙂

    1. @L’enfoiré
      On le trouve sur YouTube, en 7 parties et sous titré espagnol, et même ‘découpé’ ça se regarde très bien !
      Ce film est un vrai miroir, en tout cas c’est comme ça que je l’ai ‘pris’…Avec parfois comme un ‘pré-parfum’ de mai 68 pointer le bout de son nez, et certaines séquences m’ont immédiatement rappelé « la reprise du travail aux usines Wonder », et cette jeune femme énervée et déçue est particulièrement touchante…Comme je la comprend :
      « j’y retournerai pas dans cette tôle! »
      Les représentants syndicaux tentent de lui expliquer que c’est une ‘victoire’ … Rien n’a changé…
      http://www.youtube.com/watch?v=ep75lVQdaLg
      (Apparemment, ‘the subtitles are crap’ !)

  16. Zoltan allez , Zoltan allez …on y va enfin au défaut grec quel soulagement pour les populations de toute l’europe.

  17. Les deux copistes, Bouvard et Pécuchet, tout à leur délire de tout connaître, tout essayer, et surtout leur impéritie à comprendre correctement et à discerner justement, me semblent bien faire le pont entre les années 1960 et 2008 – pour ne pas dire avant, encore dans la guerre et ses questions spécifiques.

    Ce temps ne me laisse que la nostalgie de Georges Franju et de Lotte Eisner de la Cinémathèque annexe de Poitiers.
    Ceci ne m’autorise pas à parler, en bien ou en mal, de ce temps aux jeunes gens de maintenant.

  18. L’espèce de désespérance du film est assez typique des considérations intellectuelles de ces années-là. Nous étions entre deux époques, et grâce à de meilleures conditions de vie en général, on aspirait à plus de loisirs. A relâcher la pression. A du luxe en somme…
    Et il était plus facile de contester la valeur travail puisqu’il y en avait suffisamment. Un luxe aussi. Les conditions de travail, aujourd’hui, ne sont pas meilleures, elles ont changé de forme, et on a créé des formes d’assistanat qui n’existaient pas, pour noyer le poisson.
    Etais-je heureux en 1961? Presque. Et en 2012? Pas vraiment non plus. Mais inquiet.

  19. Merci Paul
    Je viens de découvrir les sept vidéos.
    Morin et Rouch, encore une fois, ont gagné:
    j’ai aimé leurs personnages, qui me sont apparus dans assez vrais, et quel tableau social !
    De quoi remettre les pendules à l’heure sur les « trente glorieuses »,
    et sur les illusions anti-libérales d’un capitalisme débarassé de la finance…

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