LES PARADIS FISCAUX ET LES ENFERS SOCIAUX, par Julien Alexandre

Billet invité

Rappelez-vous, c’était en 2009, il y a maintenant une éternité. La crise financière était à son paroxysme, et le G20 avait décidé de confier à l’OCDE la difficile mission de dépeindre la réalité de l’opacité financière en gris et noir, afin de classer les juridictions non coopératives jugées respectivement « en voie de progrès » ou bien totalement « opaques » ; le blanc immaculé était évidemment de rigueur pour les juridictions coopératives.

Après les proclamations d’usage – « Les paradis fiscaux, c’est fini ! » – vint rapidement le temps des désillusions : la méthode engagée pour lutter contre ces juridictions non transparentes était celle de la diplomatie non coercitive, sous la forme de simples conventions de coopération. C’est ainsi que la Suisse et Monaco, en signant une douzaine de conventions juste avant l’ouverture du sommet du G20, avaient réussi à ne pas figurer sur les listes de la honte. Surtout, les critères retenus pour les pays qui y figuraient à l’issue du sommet prêtaient au mieux à rire, au pire à crier au scandale tant ils faisaient la part belle à l’interprétation pour ne pas froisser les poids lourds qui auraient peu goûté de se retrouver livrés en pâture à une opinion publique qui ignorait probablement que certains paradis fiscaux étaient hébergés par les plus grandes puissances économiques de ce monde, comme les États-Unis ou l’Angleterre. En moins de temps qu’il ne faut pour le dire, l’affaire fut entendue : des accords bancals étaient signés, les listes étaient vidées de leurs figurants pressés de regagner la blancheur OCDEienne qu’ils souhaitaient éternelle et qui était réservée aux pays faisant preuve de transparence dans leurs activités financières.

Mieux, certains établissements financiers plus ou moins désignés volontaires décidaient en leur âme et conscience de liquider toutes affaires cessantes leurs filiales dans les paradis fiscaux. Comportement remarquable s’il en est, au moment même où la plupart de leurs petits camarades faisaient plutôt dans le chantage à l’emploi et à la distribution de crédits à l’économie pour calmer les velléités – pourtant ô combien modestes – de régulation du secteur financier. On vit d’ailleurs plus tard en 2010 comment la réforme de Wall Street à travers la loi Dodd Frank fut littéralement mise en charpie grâce à l’aide opportune de lobbyistes inondés de dollars généreusement fournis par les principales institutions financières des États-Unis.

Cette même année, les paradis fiscaux étaient désormais considérés comme étant de l’histoire ancienne. Pour le grand public, le problème était réglé. D’ailleurs, les politiques ne s’y trompèrent pas, et les sommets qui devaient suivre en 2010 – Toronto, Séoul – et 2011 – Cannes – s’empressèrent de ne pas trop déplacer les tapis de peur de voir la poussière accumulée s’en échapper. Pourtant, tous les experts un tant soit peu sérieux s’accordaient à dire que les mesures du G20 avaient été avant tout de la poudre de perlimpinpin, et que 40 à 50 % des transactions financières mondiales transitaient par un ou plusieurs paradis fiscaux. Entretemps, la formidable crise des dettes souveraines s’était enclenchée et le bouc émissaire jugé bien commode en 2009 pour afficher un discours politique volontariste n’était plus d’aucune utilité pour dénoncer la situation exsangue des finances publiques des pays développés qui voyaient les uns après les autres leurs notations dégradées par des agences qui prenaient ainsi la place des paradis fiscaux dans la rhétorique guerrière qu’affectionnent tant certains politiques dans ces moments là. Un rideau de fumée supplémentaire destiné à parachever un programme néo-libéral qui avait dorénavant bien du mal à recueillir les suffrages des peuples mis à mal.

Dans le même temps se dessinait un peu partout en filigrane un essor de l’extrême droite, laquelle diversifiait son fond de commerce qui avait peu changé depuis une trentaine d’années – un discours économiquement à droite, très libéral – pour revenir aux fondamentaux historiques : le binôme constitué par dénonciation de la finance internationale apatride et la dénonciation des mouvements migratoires « incontrôlés ». C’est ainsi que dans la foulée et sous le poids écrasant des perspectives électoralistes, une partie des droites « classiques » européennes furent amenées à « droitiser » leurs discours pour coller au nouvel « air du temps ». Mais pas sur l’économie, non. Plutôt sur le mécanisme somme toute classique qui permet de diviser (pour mieux régner ?) et d’opposer : l’étranger qui circule trop librement, l’étranger incivil, l’étranger qui vole le travail des autres, l’étranger délinquant… Là où certains voyaient des étrangers qui n’étaient pas assez entrés dans l’histoire, d’autres voyaient désormais des étrangers qui étaient trop entrés dans leur histoire, leur pays, leur civilisation. Difficile d’entendre que l’émigration, c’est au départ une déchirure, un dépassement de soi, un arrachement, tout simplement parce que les conditions de vie d’une grande partie des habitants de cette planète, ce ne sont pas celles des paradis fiscaux hyper-financiarisés mais plutôt celles des enfers sociaux hyper-précarisés.

Nous sommes aujourd’hui en 2012 et rien n’a changé, bien au contraire. Le constat est accablant : les capitaux n’ont jamais aussi librement circulé, et les hommes n’ont jamais aussi peu librement circulé. Cherchez l’erreur. Alors quand on découvre au détour d’une dépêche Reuters que la société SWIFT pourrait pour la première fois de son histoire exclure un pays de son réseau de transactions financières, avec pour corollaire des difficultés d’approvisionnement et le développement du troc et des paiements en or, on est obligé de se poser la question : comment diable les responsables du G20 n’y ont-ils pas pensé plus tôt ? La solution est tellement simple : prenez les chambres de compensation comme Clearstream et LCH.Clearnet, ajoutez-y SWIFT, et bannissez tout bonnement toutes les juridictions non coopératives, et là c’en sera définitivement fini des paradis fiscaux.

A l’heure où la refondation du capitalisme est plus que jamais nécessaire pour éviter le chaos et le bancor keynésien indispensable pour équilibrer les échanges internationaux, seules mesures à même de transfigurer la réalité des enfers sociaux, il semblerait pourtant que les dirigeants aient jugé urgent de ne pas trancher : ce sera donc les paradis fiscaux ET les enfers sociaux. Or s’il est une leçon à retenir de tout ceci, elle est très simple : cinq minutes de courage politique suffisent.

Partager :

153 réflexions sur « LES PARADIS FISCAUX ET LES ENFERS SOCIAUX, par Julien Alexandre »

  1. Exact, c’était enfantin SWIFT est le SPOF de la finance (Single Point Of Failure) !

    Il est plus facile de s’attaquer à Mégaupload…..

  2. Ceci étant, si l’on devait bloquer les paradis fiscaux sur le réseau SWIFT, il ne faudrait surtout rien annoncer avant et agir instantanément en mode coup de poing, ceci pour éviter que l’ennemi puisse s’organiser.
    Toujours l’exemple de Megaupload !

    1. En l’occurrence, ceux qui seraient les premiers concernés seraient également ceux qui appuieraient sur le bouton. Donc à moins d’être fichtrement schizophrènes, ils auraient certainement du mal à s’auto-dissimuler leurs desseins 😉

      1. en cas d’interdiction, les pays en abritant aussi. Autant demander à des drogués et à leurs dealers d’élaguer eux même leurs réseaux, non?

  3. Article de qualité, merci.

    Prenons, a dessein, le parti de choquer.

    Hélas nous demeurons dans le champ de la dialectique et des souhaits et nous ressassons des constats.
    L’évidence est que le pot de fer est très épais et dispose de bien des appuis urbi et orbi, lui permettant de s’autoentretenir.Comme l’Hydre de Lerne, nous coupons une tête, il en repoussera dix.
    L’état de l’opinion, les émeutes, même les plus violentes font partie des paramètres prévus et gérables par la Pieuvre, assimilés à des frais de fonctionnement incompressibles, comme le papier des toilettes.

    Volonté politique, certes, mais de QUI parlons-nous ? Soit de porte-flingues ou de porte-valises comme ceux , les plus en vue, qui accèderont au second tour, ou bien d’un Jean-Luc Mélenchon, sans doute sincère et valeureux, mais dont les leviers sont risibles devant le macro-organisme planétaire et sa masse critique.
    Rêvons d’un coup de balai, cela ne coute rien. Rêvons donc.
    Comment pouvons nous nous émanciper de cette classe politique-là, puisque c’est bien là le point ?
    Une Sixième République de juges incorruptibles frustrés, de soixante-huitards aigris, de Fouquier-Tainville, une police politique, des Commissaires du Peuple ; ceci ne nous rappelle-t-il rien ?
    Alors quoi?
    Qui est-il ce personnage universel et altruiste, à la fois historien, humaniste, autant philosophe qu’économiste que nous appellerions à la rescousse ? Ah non! Surtout pas d’homme providentiel, pas de messie, potentiel dictateur, nous n’en voulons pas!

    Faut-il attendre que tout ait implosé pour voir cooptés par le Peuple des Prud’hommes (au sens ancien) disposant de quelque pouvoir ? Comme en biologie, le besoin crée la fonction et la fonction crée l’organe. Nous verrons, mais faudra-t-il qu’il y ait des morts? Combien vaut un mort grec en comparaison d’un mort français?

    Au fait, avez vous noté que MM. Jorion, Leclerc et autres rédacteurs pertinents à défaut d’être toujours faciles à lire, tout comme ce blog, sont complètement occultés par les médias? Dans la pensée officielle, chers amis, vous n’existez pas et c’en est franchement désespérant.

    1. @ Frater Augustus ,
      “Au fait, avez vous noté que MM. Jorion, Leclerc et autres rédacteurs pertinents à défaut d’être toujours faciles à lire, tout comme ce blog, sont complètement occultés par les médias ? Dans la pensée officielle, chers amis, vous n’existez pas et c’en est franchement désespérant.”
      Cher frère ,
      – C’est faux . Tu dois ne pas être au courant des interventions de Jorion .(nombreux passages télés et radios ). Il n’est pas le seul .
      – Pour de donner quelque raison d’espérer ( ! ) , je me demande si , dans le monde tel qu’il tourne aujourd’hui , ce ne serait pas plutôt une bonne nouvelle de ne pas exister médiatiquement .
      – et enfin , les jeux d’influence , ça existe …

  4. “on découvre au détour d’une dépêche Reuters que la société SWIFT pourrait pour la première fois de son histoire exclure un pays de son réseau de transactions financières,”

    Les USA et leur bonne UE, nous refont le coup des ADM. C’est quand même plus facile et plus rentable de diaboliser ces mécréants que de fermer les paradis fiscaux qui remplissent les caisses du parti d’Obama ou de Netanyahou.

    Résultats des courses : pendant que les paradis fiscaux sont pleins, le peuple US exsangue s’apprête à envoyer ses boys au carnage, pour achever la cinquante et unième déstabilisation/destruction d’un état, d’un gouvernement souverain, lancée par les USA depuis 45.
    Sans préjuger des risques de pollution radio-active à petite et grande échelle si les fau (?) cons israéliens bombardent les sites nucléaires iraniens.

  5. Les paradis fiscaux et les enfers sociaux
    Bravo pour ce titre percutant qui tape juste dans l’ abcès capitaliste qui infecte et affaiblit tout le corps social.
    Si les intérêts des paradis fiscaux font barrage au « cinq minutes de courage politique », dont vous nous expliquez qu’elles suffiraient pour anéantir les paradis fiscaux, il nous faut comprendre alors, que les politiques actuelles portent en elles des intérêts volontairement nuisibles à un grande partie de l’humanité.
    Comment des gens simples comme moi, peuvent comprendre que pour notre bien, l’on peut aller sur la lune et plus loin encore, descendre au plus profond des mers et y forer des trous, assécher des pays entiers par des embargos de toute nature, effondrer les équilibres écologiques de la planète, fabriquer des bombes à détruire plusieurs fois la planète, et ne pas être capable de mettre fin à un système financer qui permet cet holdup planétaire et annule par là même tout espoir de justice et de paix.

  6. Les chambres de compensation pourquoi pas. Après il y a toujours quelque chose de faisable de manière unilatérale, c’est la taxation extra-territoriale comme le font les Etats-Unis avec Fatca. Je ne comprends toujours pas pourquoi les Etats-Unis se l’autorisent et pas l’Union européenne, voire la France toute seule. Mais il est sans doute plus urgent et intéressant de discuter de la Grèce et du nouveau traité budgétaire 😉

    http://bit.ly/zNEtIq

    1. les états unis ne taxent pas les riches alors….le cinéma fiscal là bas est encore plus guignol que chez nous

  7. L’iran devrait se doter d’un paradis fiscal 😀

    -ces agences de clearing, qui sont aussi d’importants lobbyistes, voient elles leurs intérêts menacés par un embargo sur l’iran de la même façon qu’avec un sur les paradis fiscaux (dont la définition est devenu peau de chagrin comme vous le rappelez)?
    Ou est ce au contraire l’iran qui menacerait quelque peu certains de leurs intérêts (et ceux de l’économie “occidentale” (la “jugulaire de l’occident”) ; voire de sa capacité militaire)?

    -Participent elles de cet embargo de manière volontaire ou sous la contrainte de la loi?

    -d’où part l’initiative de cette restriction? N’est ce pas plutôt géopolitique avant tout (alors qu’une restriction sur les paradis fiscaux serait économique avant tout)?

  8. En fait, le problème c’est même pas les paradis fiscaux, le problème c’est le dollar, supprimer l’avantage des anglo saxons et le monde redeviendra humain.

  9. “Le constat est accablant : les capitaux n’ont jamais aussi librement circulé, et les hommes n’ont jamais aussi peu librement circulé.”
    Tout juste ! et la chasse aux Roms EN FRANCE et en EUROPE entière le prouve chaque jour !
    La France pue de la bouche . Et l’Europe .
    ” En devenant humain , l’homme a acquis , en même temps que la station debout et la marche à grandes enjambées une “pulsion” ou instinct migrateur qui le pousse à marcher sur de longues distances d’une saison à l’autre .
    Cette “pulsion” est inséparable de son système nerveux et , lorsqu’elle est réprimée par les conditions de la sédentarité , elle trouve des échappatoires dans la violence , la cupidité , la recherche du statut social ou l’obsession de la nouveauté .
    Ceci expliquerait pourquoi les sociétés mobiles comme les Tsiganes sont égalitaires , affranchies des choses , résistantes au changement … ” etc , c’est tiré d’un livre de Bruce Chatwin ” Anatomie de l’errance ” , le livre de poche no 3422 , collection “biblio roman” .

  10. Bonjour,
    Je me demande si le comportement dynamique des comptes dans les paradis fiscaux rend le modèle Black–Scholes inapproprié (au niveau d’hypothèse comportementale[craintes,grève,…etc])., mais personne ne dit rien tant que ça marche invisiblement .”smiley” lol

  11. C’est très clair, Julien.

    Il est évidemment capital d’avoir identifié les noeuds techniques du système, les points névralgiques qui pourraient le paralyser en cinq minutes. On ne remerciera jamais assez Denis Robert, qui a si courageusement et si efficacement ouvert la route!

    Mais avoir mis le roi tout nu ne détruit pas instantanément sa puissance. Seules des circonstances historiques très exceptionnelles permettraient de changer en cinq minutes un rapport de force qui s’est établi en trente ans.

    Et ces circonstances s’appellent révolution. Cela s’est vu, recemment, par exemple en Argentine…

    En attendant, il faut diffuser le plus possible ces informations, pour rendre évident à tous le mur du cynisme, dans toute sa puissance, et mettre tous les responsables politiques au pied de ce mur.

    1. Je suis bien d’accord avec vous, rien ne sert de discourir à perte de vue sur l’exploitation capitalisme si l’on est pas capable d’identifier ses points névralgiques et surtout si l’information n’est pas connue du plus grand nombre. Démonter pièce par pièce le système c’est aussi le démystifier, en faire le produit de l’action des hommes, ni plus ni moins.
      Toutes ces notions nous sont devenues familières pour nous qui fréquentons le blog depuis un certain moment, mais tous les autres, y avons-nous pensé ?
      On ne fait pas la révolution fructueuse dans l’ignorance.
      C’est ce qui rend si indispensable ce blog.

      1. C’est ce qui rend si indispensable ce blog.

        Dont la lecture quotidienne devrait être rendue obligatoire dans les écoles.

      2. Pour ceux qui veulent bien le lire, et non simplement s’en servir comme vitrine de leur petit moi étriqué. Y en a qui certes ont la réponse caustique mais ça prouve qu’ils lisent tous les commentaires. Sur ce blog comme ailleurs, je me rends compte que les gens ne s’écoutent pas (en l’occurrence ne se lisent pas), et ne cherchent pas à apprendre de l’autre.

  12. Supposons qu’un pays européen veuille sortir non pas de l’Europe ou de l’Euro, mais (carrément) du capitalisme. C’est à dire que sa population en arrive à un point de souffrance physique tel que cela lui rendra ce système insupportable et l’amènera à voter pour un parti proposant cette sortie.
    Admettons.
    Il se retrouve alors isolé et attaqué de toutes parts, car tous les autres feront ce qu’ils peuvent pour le faire couler. Rien ne fonctionnera, ce sera le chaos.
    Ce sera en tout cas l’argument de ceux qui veulent rester dans le système actuel.
    Vers qui celui qui veut sortir de ce système peut-il se tourner pour non seulement survivre mais aussi poursuivre son développement (et rendre ainsi crédible son projet) ?
    = vers les autres pays qui sont déjà sur cette voie, afin de mettre en place (contribuer et conforter) un système alternatif au niveau international, avec de nouvelles règles du jeu et institutions gérant les échanges économiques et financiers.
    Par exemple certains pays d’Amérique du Sud ?
    Ne pourrait-on proposer une alliance au niveau international pour mettre en place concrètement les alternatives ?
    Je suppose (pas la peine de me taper dessus ou de me traiter d’attardé) que cela a déjà été proposé. Je serai donc intéressé pour connaître les acteurs, le contenu et l’actualité de ces projets.

  13. Bonjour,

    La lutte contre les paradis fiscaux constitue le 4ème sujet des mesures proposées par le collectif “Roosevelt 2012” (http://www.roosevelt2012.fr/) emmené par Pierre Larrouturou, qui me semble-t-il mérite d’être relayé ici.
    Le levier principal qu’ils préconisent au niveau français est la force des marchés publics, par une interdiction d’accès à ces marchés aux entreprises liées aux paradis fiscaux.

    Il me semble aussi avoir entendu Larrouturou évoquer lors d’une conférence la contrainte sur les chambres de compensation, mais quel est le statut de ces organismes ? Sociétés privées ? dans ce cas, comment les contraindre à exclure certains pays de leurs transactions de par une seule volonté politique, sans l’aval des “marchés” ?

    1. @ Jean-François

      Certes… malheureusement, quand on lit d’abord ceci :

      Au-delà des beaux discours, aucune action sérieuse n’est engagée aujourd’hui pour les lutter contre les paradis fiscaux.

      et que ça se traduit dans les propositions de roosevelt2012 par un boycott à travers les marchés publics et une régulation des prix de transfert, j’espère que l’on mesure bien le gouffre immense qui sépare ces “actions sérieuses” de la conclusion de mon article…

      Les chambres de compensation sont des sociétés privées, mais il ne tient qu’aux politiques de prendre les mesures pour changer leurs statuts ou réguler leurs activités.

      1. Ces mesures ont le mérite d’être pragmatiques et applicables en France dès la formation du prochain gouvernement. A défaut bien sûr d’être radicales, elles peuvent constituer le début d’un mouvement dans le bon sens.

        Je repose la question, quels sont les statuts exacts des chambres de compensation, quel niveau politique contrôle leur réglementation ? La dépêche Reuters indique que Swift est une “coopérative contrôlée par certaines des plus grandes banques de la planète”. La célèbre Clearstream est luxembourgeoise. S’attaquer à ces plaques tournantes implique une réglementation internationale mais par quels biais ? Cela ne peut a priori se faire qu’avec l’aval des US et UK, donc avec accord de Wall Street et de la City.

        Tout le monde rêve de renverser la table, mais commençons par le réalisable…

  14. Quand la gauche européenne se rebiffe
    Créé le 21-02-2012 à 15h43 – Mis à jour à 15h52

    Par Challenges
    Plusieurs personnalités de gauche ont signé un appel pour une “alternative socialiste européenne” face à la crise. Leurs dix idées communes visent à attaquer les gouvernements conservateurs.

    Un appel “pour une alternative socialiste européenne” a été lancé, à deux mois de la présidentielle française, par des personnalités européennes de gauche, “plateforme commune” face aux “résultats catastrophiques” des gouvernements conservateurs. Un site internet a été créé pour l’occasion.

    “La gestion de la crise des dettes souveraines par les conservateurs, au cours des deux dernières années, a été une désolante saga de gabegie politique et d’incompétence économique”, écrivent les signataires dans cet appel rendu public mardi 21 février et réunissant socialistes, sociaux-démocrates et travaillistes.

    En France, les premiers signataires sont les députés européens socialistes Harlem Désir, numéro deux du PS, Elisabeth Guigou et Henri Weber. On trouve également parmi eux Josep Borrell Fontelles, l’ancien président espagnol du Parlement européen (PSC/PSOE, Espagne).

    Fustigeant les “illusoires remèdes miracles datant des années 20”, ils se disent “convaincus que les citoyens européens méritent mieux que les perspectives inquiétantes promises par les conservateurs au pouvoir et les résultats catastrophiques” obtenus.
    Dix idées communes

    La riposte “ne sera crédible que si la gauche est en mesure d’offrir un ensemble cohérent de propositions alternatives pour répondre à la crise”, “développer une plateforme commune pour l’avenir”, avec “dix composants”, notamment:

    – Reconnaître à la BCE le droit “à acheter des obligations d’Etat quand la monnaie est attaquée”

    – Augmenter le budget européen en priorité pour “promouvoir les technologies innovantes, financer des investissements sociaux, d’infrastructure et de développement durable”

    – Renforcer les ressources propres de l’UE “par des taxes sur l’énergie”

    – Taxer les transactions financières pour, notamment, soutenir l’emploi des PME

    – Soutenir les investissements européens par des “Project Bonds émis par l’Union, et garantis par la BCE”, pour la nouvelle économie verte

    – “Lutter contre le dumping social et environnemental”, avec des taxes sur les importations de pays tiers non respectueux des normes environnementales européennes

    Les signataires du texte estiment que la réponse à la crise “doit être européenne”. “Il ne s’agit pas d’appeler de façon incantatoire à ‘plus d’Europe’, mais précisément de donner à l’Europe les moyens nécessaires à la protection des intérêts et du bien-être des citoyens européens”, écrivent-ils.
    (Avec AFP)

    http://alternativesocialisteeuropeenne.eu/

    1. Belle brochette !
      Tous ceux qui se sont toujours mis au service du capital,
      dans le théatre de l’Alternance,
      contre les travailleurs, contre la planète, et entendent reprendre du service…

  15. Monsieur Alexandre,
    intéressant article, mais sur quoi voudriez-vous baser le bancor?
    Keynes préconisait l’or.
    Il est vrai que le thème du bancor revient de temps en temps, surtout depuis que les Special Drawing Rights de 1969 n’ont pas vraiment marché.
    Plus aucune monnaie n’est basée sur l’or – ce métal est devenu une marchandise – mais sur la puissance économique d’un pays. Celle-ci varie selon le pays, on le voit aujourd’hui en Europe.

    1. @ Germanicus

      Rectification : dans la proposition initiale de Keynes sur le bancor, son idée était de se débarasser progressivement de la parité avec l’or, qu’il jugeait inutile, en introduisant une asymétrie dans le fonctionnement du système, à savoir la possibilité d’échanger de l’or contre du bancor, mais l’impossibilité d’échanger du bancor contre de l’or.

      Il faut bien comprendre que le bancor n’est qu’une monnaie de compte, et pas une monnaie d’échange, ce qui suppose qu’elle existe parallèlement à toutes les autres monnaies ayant cours, lesquelles ont simplement une parité fixe mais révisable annuellement par rapport au bancor. L’ensemble fonctionne sur la base d’une chambre de compensation multilatérale mondiale.

      En 2009, Zhou Xiaochuan, gouverneur de la banque centrale chinoise, proposait de partir des DTS – les droits de tirage spéciaux – du FMI. C’est une bonne proposition.

  16. Sur le tableau de Standard & Poor’s, seuls sept pays notés AAA: Trois Etats nations:
    Canada, Australie, Norvège, et… Quatre paradis fiscaux : Hong-Kong,Liechtenstein,Singapour,
    Suisse. Les paradis c’est 20 milles milliards de $ sans fisc. Le paradis c’est le paradis.
    Intervention de John Christensen fondateur de Tax Justice Network, un des meilleurs spécialistes des paradis fiscaux, après avoir conseillé un cabinet spécialisé en “optimisation fiscale» axé sur l’Afrique, et promu, pendant douze ans, en tant que conseiller économique de Jerzey. A la fin de son intervention sur la vidéo il cite le Bureau international des normes comptables (International Accounting Standards Board (IASB)) organisme privé basé à Londres “qui décrit l’esprit des normes, fixe les objectifs des états financiers et définit la comptabilisation des normes” des organisations internationales http://fr.wikipedia.org/wiki/International_Accounting_Standards_Board. Ces grosses ficelles, les cordes, nouées et dissimulées de façon si sophistiquées que seul le secret et le meurtre le permet, qui sortent du chapeau en un noeud pap’ particulièrement bien blanchies et repassées, ils ne les lâcheront pas par bons sentiments, ni par raison, ni par décision politique. Faudra t-il pour autant que tout s’écroule?

    sites fr de réf: Paradis fiscaux et judiciaires

  17. Je sais pas si Julien A, c’est ton premier billet.
    (d’ailleurs va falloir que je zappe un peu le blog, si je souhaite que la ferme tienne, ça fera moins de fautes dans les commentaires).
    Mais on tout cas, bon billet, peut-être un peu plus d’argumentation sur le déchirement (un article ou autre), c’est si facile d’imaginer les autres manger le pain: des Français, Européens, Occidentaux, des “encore” solvables, parfois un peu d’impudeur sur l’enfer ne fait pas de mal.

    1. @ Samuel

      Ce n’est pas le premier, et beaucoup ont été avortés, faute de temps, entre la modération, les corrections de textes, le travail sur les autres billets invités… et mon vrai boulot !

      Oui, c’est une bonne idée de suite… un jour ou l’autre.

      1. Alors je te souhaite (faite ce que je dis, pas ce que je fais 🙂 ), une semaine de vacance.
        Merde, on culpabilise toujours ceux qui en font déjà trop.
        Vous occupez pas trop de mon commentaire, j’ai un peu de mal à dire bon billet, sans développer.
        🙂
        (c’est marrant, j’avais écrit un tutoiement, mais c’est un peu facile, c’est un vouvoiement avec du respect et non de la distance)

      2. Belle présence Julien, ici et maintenant. Avec un billet passionnant au cœur d’une époque tourmentée. Ben merci.

  18. Un des problèmes des paradis fiscaux est leur légèreté. Ils se déplacent et se multiplient à grande vitesse. On ne peut pas envisager une action mondiale et simultanée contre tous à la fois.
    Un autre problème est celui de la nature du paradis. Il y a les “normaux”, “les bons”, “les mauvais”, “les affreux”. Comment choisir lequel attaquer. On risque en croyant attaquer “le plus mauvais”, frapper “un bon”.
    Le problème est donc difficile, mais il y aurait une solution ou plutôt un petit pas vers la solution qui ne coûte rien.
    Il suffit de faire une liste de tous les paradis fiscaux sans exception.
    On vote à l’ONU, une loi visant à introduire un supplément de risque sur l’ensemble des paradis fiscaux. Il deviendrait ainsi, un peu moins intéressant d’envoyer son argent dans un paradis fiscal.
    Cette loi consiste à désigner une commission d’une vingtaine ou plus, d’inspecteurs fiscaux qui iraient enquêter dans un pays.

    La question reste : Comment obliger un paradis fiscal à ouvrir ses comptes ?
    Réponse : Il faut lui proposer un accord raisonnable.
    Pour : Aide financière de L’ONU pour la reconversion du paradis vers un pays comme un autre.
    Contre : La chute du Paradis.
    Je pense que si j’étais décideur d’un paradis fiscal, un rapport de 1 pour 100 et une aide plus ou moins substantielle, me ferait signer. Ne pas le faire, revient à être solidaire des pires paradis fiscaux. C’est l’empire du mal.

    Le paradis fiscal pourrait tromper son monde. Ne pas ouvrir ses comptes, mais s’il a signé un accord, c’est plus difficile pour lui.
    Il peut aussi encaisser les sous et recommencer deux ans après ou à coté. Tout semble inutile.

    Mais non, car en fait, ce n’est pas le paradis fiscal qui est visé. C’est le risque d’investissement dans un paradis fiscal qui augmenterait un peu de manière globale pour ne pas dire mondiale.
    Et un peu de paradis, c’est beaucoup.

    J’ai gardé le meilleur pour la fin. Comment introduire un rapport de 1 à 100, dans le pour et le contre, de l’accord.
    La réponse est : Un tirage au sort annuel sur une liste de 100 paradis fiscaux, à Noël.

    Coût : nul
    Gain : un peu.

  19. Bien vu Julien Alexandre, les techniques existent malgré les opacités déclarées, mais rien ne sera transformé sans atteinte à la liberté telle qu’elle reste conçue à savoir celle qui a permis à quelques uns via l’accumulation de disposer de pouvoirs en leur nom propre dépassant toute mesure, au détriment du plus grand nombre des anonymes. À l’échelle terrestre les participants du blog font partie de cette minorité même à leur corps défendant, “nous sommes tous grecs”, ça passe, “nous sommes tous éthiopiens” n’aura pas le même succès.

  20. 6 occurrences pour Denis Robert à cette heure……
    Je viens de tester la question suivante auprès de mon entourage de ce soir :
    ” Clearsream, ça évoque quoi pour toi?”
    1 Villepin
    2 Sarkozy
    2 une banque
    1 des magouilles dans les paradis fiscaux
    3 ne savent pas
    A la question : C’est qui Denis Robert ?
    Personne ne sait.
    J’en ai pourtant entretenu 4 plusieurs fois sur le sujet…….
    Mais tous connaissent Jeanne la pucelle.

  21. Notre folie, c’est l’amnésie, la conscience mobile et mobilisable.

    Après avoir écrit “Pendant les affaires, les affaires continuent”, en 1997, il y a donc quinze ans dèjà, Denis Robert, écrivain et journaliste à Libération pendant douze ans, approfondit son sujet et prolongeait son livre, cette fois avec un long-métrage et la complicité de Philippe Harel. Ils vont aborder comme sujet, les affaires et les gens qui s’en occupent, patrons, grands et petits, juges, avocats, hommes politiques et faux facturiers, et vont rencontrer pour l’occasion des brokers, des blanchisseurs d’argent, des juges impuissants, des hommes politiques, des intermédiaires discrets et autres pourfendeurs de la corruption.
    http://leweb2zero.tv/video/mattlouf_244b70c2b5c999e

    Nicolas Sarkozy le mentor en chef ne connaît pas, à ses dires les livres de Denis Robert ni “cette banque” Clearstream… Ses services ne lui ont toujours pas communiqué cette article du canard du 03/06 au sujet d’une affaire qui débute en 2002…
    C’est juste après sa traversée du désert durant laquelle il refusait encore de lire la princesse de Cléve … Et les mauvais “romans” de Denis Robert !
    Et il est pourtant déjà aux manettes le ministre d’état de l’intérieur puis de l’économie… Jusqu’où nous laisserons nous enfumer ?
    http://ladominationdumonde.blogspot.com/2006_03_01_archive.html

    Au feu les banquiers !

    DENIS ROBERT a toujours payé de sa personne. Seul, tranchant… et parfois exaspérant, il s’est voulu le samouraï attaquant un certain monde de la « finance ». Avec l’affaire de la banque luxembourgeoise Clearstream en 2002, il a perdu des plumes et multiplié les procès. Aujourd’hui, avec ce roman, « La domination du monde », il raconte son histoire, ou plutôt il la fait raconter par l’un de ses amis psychanalyste. Le voilà donc héros d’une redoutable aventure décrite par un autre, ce qui n’est pas une mince affaire.
    Ainsi Robert devient Yvan Klébert, qui, au bout du rouleau, débarque chez un homme tranquille, aisé, famille, 4 x 4, avec ses fiches, ses dossiers, son carnet d’adresses et son passé sulfureux d’investigateur intrépide. Chargé, en plus, d’un terrible poids sur la conscience : la mort suspecte de Justine Mérieux, jeune attachée parlementaire qui était au courant de ses « découvertes ». Pour lui c’est un meurtre. A partir de là, son ami le psychanalyste, abandonnant clients et divan, va s’efforcer de remonter la filière. De tout démonter.
    L’épicentre du scandale se trouve à la Shark Company, située sur le plateau de Blankenberg au cœur du grand-duché de Luxembourg : le boss de cette holding monstrueuse est un nommé Ruddy Weierming. Chez lui, ce sont des transferts permanents de sommes vertigineuses… qui, au moyen d’une informatique diabolique, « s’effacent » comme par enchantement. D’où viennent-elles, où vont-elles, à qui appartiennent-elles ? C’est le noir absolu. Klébert veut comprendre les mystères de ce « paradis » d’un nouveau genre.
    On va le suivre dans ses tentatives d’approches, on va se retrouver au plus près de ces hommes de l’ombre… et on plonge alors dans un polar où les « tueurs » n’ont pas forcément besoin d’armes sophistiquées. Mais bien plutôt d’écrans magiques. Et Robert, avec une maestria assez ébouriffante, nous fait entrer au cœur du secret. On y rencontre des personnages « bien sous tous rapports » qui, d’une seule opération, peuvent bloquer ou détourner, ou blanchir, des quantités insoupçonnables d’argent. « L’étoile noire de la finance c’est Shark Compagny. La météorite, c’est le pavé de Klébert. Il peut arriver que certaines étoiles explosent au contact d’une météorite. » Alors, à quand la déflagration ?
    Ces « élucubrations compulsives » sont du genre remuant. Et dans « La domination du monde », « l’arrogant et manipulateur » Denis Robert (c’est ainsi qu’il s’autoqualifie dans l’ouvrage) domine fort bien son sujet…

    André Rollin – canard enchaîné – 29/03/06

    A lire aussi :
    http://www.lemonde.fr/societe/article/2009/09/23/quand-le-patron-de-clearstream-decouvre-denis-robert_12440

  22. “Where there is a will, there is a way…”

    Mais vis à vis des paradis fiscaux la volonté semble défaillir en hauts lieux,
    ici, comme ailleurs.

  23. Bonjour
    Il est certain que des pays accueillent des actifs qui ne subissent qu’une fiscalité très faible à travers notamment les trusts véhicules juridiques discrets.

    Ces paradis fiscaux puisque c’est le nom courant sont nombreux à travers le monde.
    Beaucoup de pays puissants ont intérêt à pérenniser le système. Cela permet de développer une industrie financière et juridique.
    Tous les capitaux ne sont pas forcément mafieux, beaucoup de contrats commerciaux se veulent discrétionnaires pour des stratégies de groupes industrielles. Ces “paradis” leur conviennent.

    Le général de Gaulle avait mis au pas la principauté de Monaco suite à des évasions fiscales….cela était aisé de fermer la frontière et de faire un blocus.
    Monaco ne peut vivre sans la France.

    Certains parlent de laxiste de Nicolas Sarkozy alors qu’il le seul au G20 à avoir tapé sur la table.

    Auriez-vous souhaité qu’il envoie des rafales pour contraindre la Suisse à lever le secret bancaire voir, au-dessus de Jersey qui est protégé par Londres ?

    Cinq minutes pour écrire cet article, oui sûrement ..mais pas cinq minutes pour décider de la mort des paradis fiscaux… où alors le père Noel est une ordure pour nous laisser croire à ce conte de nöel et moi…, je ne crois plus au père Noel…je crois à la cupidité humaine celle des autres bien sûr, pas la mienne puisque je suis de gauche. Le phénix renaîtra toujours de ses cendres; c’est la nature humaine.

  24. A l’heure où la refondation du capitalisme est plus que jamais nécessaire pour éviter le chaos et le bancor keynésien indispensable pour équilibrer les échanges internationaux…

    Ah bon. Je ne savais pas que tout le monde était sur cette ligne.
    Irrésistiblement le bancor me fait penser à la quéte de la pierre philosophale.
    Pardon Julien…

Les commentaires sont fermés.