« Aucun rêve jamais ne mérite une guerre », par Bertrand Rouziès-Léonardi

Billet invité.

Otto Dix, L’émeute, 1927 (détruit).

« Aucun rêve jamais ne mérite une guerre. » Quel est le doux naïf qui emboîte si volontiers le pas du philosophe Alain, auteur de Mars ou la guerre jugée (1921) ? C’est Jacques Brel, dans sa chanson La Bastille. « Tendons une main qui ne soit pas fermée », enchérit-il. Qu’est-ce donc que cette « main fermée » qui aurait tant de mal à s’ouvrir, comme une fleur interdite de printemps ? C’est la main fermée en poing, le poing du révolté. Un poing d’abord dirigé vers le ciel, comme une première sommation adressée à toutes les vagues puissances stratosphériques auxquelles l’homme, depuis des millénaires, confie le soin d’excuser et de justifier les puissances sublunaires qui l’asservissent ; un poing ensuite lancé dans la gueule du voisin de chaîne, parce que l’esclave ne peut employer la force qu’il lui reste qu’à tyranniser plus faible que lui. Je ne parle pas de l’esclave antique, ni des serfs ou de la domesticité d’Ancien Régime, de ces gens dont les maîtres et employeurs se défiaient, parce qu’ils étaient nombreux, omniprésents, instruits de leurs petites manies et faiblesses. Non, je parle des esclaves qui se recrutent parmi les affranchis. Je parle de ce consentement de l’homme libre à son propre abaissement devant qui possède beaucoup.

L’économie de la convoitise procède d’une mauvaise application du regard. C’est par le regard fasciné que nous y attachons que l’objet possédé par autrui nous possède. C’est par ce même canal que l’objet, en tant qu’être-là, devient épiphanie, apparition, fata Morgana[1] pour dupes volontaires. On se voue à l’objet non parce qu’il vaudrait quelque chose, mais parce qu’il manifeste à nos yeux une condition suprahumaine, un rapport, c’est-à-dire la position de quelque chose sur quelque chose, de quelqu’un sur quelqu’un d’autre. Il découvre l’étage des demi-dieux au-dessus de l’horizon. Il nous force à lever les yeux, ce qui est le premier mouvement du défi, et à les baisser presque aussitôt, ce qui est le premier mouvement de l’impuissance. Lorsque l’empereur byzantin Basile II fait aveugler 14850 Bulgares sur les 15000 capturés à la bataille de Kleidion, les 150 restants étant éborgnés afin qu’ils servent de guides aux autres, c’est pour leur ôter l’organe de la convoitise. Il leur fait comprendre par la mutilation que toute prise de guerre est mutilation, qu’on n’embrasse pas le rêve de Byzance en le saccageant, qu’on ne peut prendre qu’à condition de construire, car construire, c’est rendre. L’expédient est pour le moins radical, mais il est juste, au regard des pratiques du temps. Basile aurait pu ordonner qu’on coupât les mains des ennemis les plus acharnés de l’Empire. C’eût été un moyen infaillible autant que sommaire de désarmer toute velléité de revanche. Au lieu de cela, il les prive de la vue. Peut-être verront-ils mieux en n’y voyant rien. L’énucléation était un supplice fréquent, à Byzance. On y condamnait les empereurs déchus (c’était cela et/ou le monastère, angle mort social) et les comploteurs pris sur le fait. C’est qu’on avait compris que le pouvoir relève du voir. Mais aucun rêve, pas même celui de Byzance, ne mérite qu’on réponde à une guerre injuste par une guerre juste, d’abord parce qu’il n’existe pas de guerre juste. La guerre est toujours la conséquence d’une injustice et la cause de nouvelles injustices. Elle répare les torts selon le mode distributif de l’accablement du vaincu (qui n’est pas forcément la plus blâmable des forces en présence) et non selon le mode correctif de la compensation[2]. Elle ne pèse pas tant les dommages que les statuts.

François Lenglet compare, sur France Culture (matinale du 24/05/2012), le sort réservé à la Grèce par la Troïka (Commission européenne, BCE, FMI) à celui de l’Allemagne vaincue dans les années 1920. L’historien Albrecht Ritschl, dans une interview pour le Spiegel online international datée du 21/06/2011, faisait le même rapprochement, tout en soulignant, à la décharge de la Grèce, la disproportion des niveaux d’endettement. Les mêmes mécanismes de mortification à l’aveugle sont toutefois à l’œuvre en 2011, comme si la Grèce avait fait la guerre à l’Europe entière et qu’elle eût perdu sur tous les fronts. Décrivons brièvement le fléau qui s’abattit sur la République de Weimar en 1923 ; conjurons le pire en le convoquant. En janvier, le président du Conseil français Raymond Poincaré fait occuper militairement la Ruhr, histoire de rappeler aux Allemands qu’ils doivent passer à la caisse du traité de Versailles. Résistance passive, grèves à répétition, rien n’y fait. Il faut payer. Le mark, déjà comateux, est vidé de sa substance par les indemnisations aux entreprises paralysées. Les salaires et les pensions atteignent des sommets astronomiques inversement proportionnels à leur valeur. La Faucheuse inflationniste emporte indifféremment petite-bourgeoisie et prolétariat. En novembre, le mark-or vaut plus de six milliards de marks. C’est dans ce contexte qu’Adolf Hitler, avec la bénédiction du général Erich Ludendorff, tente un putsch à Munich. Pour se pénétrer de l’atmosphère qui régnait à l’époque et pour mesurer l’étendue de la menace pour l’Europe contemporaine, il faut lire ou relire les pages remarquables que Walter Benjamin consacra à la décomposition de la société allemande de l’entre-deux-guerres dans Sens unique (1928), dans la partie ironiquement intitulée « Panorama impérial ». Extrait :

« VI. Aux yeux de l’étranger qui observe superficiellement la forme extérieure de la vie allemande, et qui a même voyagé un bref moment dans le pays, les habitants de celui-ci apparaissent tout aussi bizarres qu’une race exotique. Un spirituel Français a dit : « Dans les cas les plus rares un Allemand saura lui-même qui il est. S’il sait qui il est, il ne le dira pas. S’il le dit, il ne se fera pas comprendre. » La guerre seule, avec les forfaits réels et légendaires qu’on attribua à l’Allemagne, n’a peut-être pas suffi à agrandir cette distance désespérante. Ce qui achève davantage maintenant l’isolement grotesque de l’Allemagne aux yeux des autres Européens, ce qui, au fond, éveille en eux l’idée qu’ils ont affaire à des Hottentots (comme on l’a dit très justement à propos des Allemands), c’est la violence tout à fait incompréhensible pour les spectateurs, et totalement inconsciente pour ceux qui en sont prisonniers, avec laquelle les conditions de vie, la misère et la sottise assujettissent les hommes, sur cette scène, aux forces de la communauté, comme seule la vie de quelque primitif peut être soumise aux règles du clan. Le plus européen de tous les biens, cette ironie plus ou moins nette avec laquelle la vie de l’individu prétend se dérouler sur un autre plan que l’existence de la communauté, quelle qu’elle soit, dans laquelle elle se trouve jetée, est un bien que les Allemands ont tout à fait perdu. » (Traduction de Jean Lacoste)

En criant haro sur les Grecs, en oubliant qu’ils sont un peuple européen à part entière et au même titre que tous les autres, en les renvoyant en bloc, honnête homme et crapule confondus, à une grécité d’orientaliste hypermétrope, un pot-pourri d’hédonisme, de laxisme et d’irascibilité sanguinaire qu’ils partageraient avec l’ensemble des Méditerranéens, les Allemands reconduisent une détermination ethnologique dont ils furent eux-mêmes victimes, quand ils étaient la lanterne rouge de l’économie occidentale et que leur république n’était plus qu’un agrégat de révoltes concurrentes. Les Français des années 1920 avaient une excuse, leur ignorance, entretenue par la littérature revancharde et le paternalisme raciste déployé dans les expositions coloniales. Les Allemands retournaient à l’état semi-sauvage des tribus d’Arminius. Nous, à l’ère de l’Internet, de la fraternité globale, et dans la foulée de la décolonisation, nous n’avons aucune excuse. Le Grec, quand il est prospère, est le bienvenu ; on le laisse parler. Qu’il vienne à tomber dans la pauvreté, on l’évacue et on parle à sa place, car il ne s’est jamais vu que l’histoire des vaincus ait été écrite par les vaincus. À force de l’annoncer, on le précipite vers l’ensauvagement auquel on craint de le voir céder. On lui assigne la jungle pour demeure alors qu’il s’affaire encore à relever pacifiquement ses ruines. Il se pourrait bien que pour sauver sa démocratie, le Grec ferme vraiment le poing et l’envoie à la gueule de l’Europe. À qui pensez-vous que le coup ferait le plus mal ?

La révolte. Beaucoup, sur ce blog, impatients de voir crever la bête immonde, sont tentés par la révolte. Dans une vidéo récente (Le temps qu’il fait du 11/05/2012), Paul Jorion a égrené les étapes politiques par où il ne faut pas passer si nous voulons nous épargner un désastre absolu et par où nous nous évertuons pourtant à passer, comme si nous avions été condamnés par quelque juge infernal à nous singer éternellement : affrontement stérile et factice de deux gros partis qui sont d’accord sur les mêmes choses qui ratent, gouvernement d’union nationale pour continuer de se tromper ensemble en se fortifiant des faiblesses de l’autre, éclatement de l’offre politique d’où aucune majorité ne peut se dégager, révolte populaire et instauration d’un comité de salut public où vertueux fanatiques et parvenus criminels se disputent la palme du renouveau national. La révolte, c’est à la fois l’appréhension et l’aubaine du capitaliste. Quelques-uns des siens y laisseront des plumes, voire la carcasse entière, mais les vides laissés par la violence tous azimuts sont toujours profitables aux entrepreneurs un peu souples sur le chapitre de l’allégeance. Voyez le cas du maître-maçon Palloy, démolisseur autoproclamé de la Bastille, qui développa un commerce festif très lucratif (bijoux, tabatières, cocardes, médailles, maquettes, plans) autour du symbole de la fin de l’Ancien Régime. Le citoyen Palloy, anguille patriotique, trouva le moyen de se faire décorer en 1814 de l’Ordre du Lys, fondé par le comte d’Artois, futur Charles X.

« Aucun rêve jamais ne mérite une guerre. » Plutôt qu’une correction par le poing dans la gueule, corrigeons notre regard. Il nous est si facile de voir à travers la misère comme si elle était spectrale ; nous le faisons tous les jours à l’aspect d’un mendiant. Ne pourrions-nous pas semblablement ignorer les signes extérieurs de richesse ? Il y a une gloriole de la possession comme il y a une gloriole de l’héroïsme guerrier. La gloriole est l’ombre portée de la gloire, la grimace clownesque qu’elle traîne en tout lieu et que personne ne semble voir. Alain, ancien combattant de la Première guerre mondiale, proposait de démonétiser la gloire militaire en conspuant les soldats revenant du front, en leur faisant honte d’avoir versé le sang pour des idées (Robespierre n’avait pas de mots assez durs pour vilipender les missionnaires armés). Une nation réellement pacifique démobilise son armée, car le soldat est la possibilité de la guerre. Le Costa Rica l’a fait. Qu’on ne m’accuse pas d’angélisme. Se guérir de la passion de la guerre, c’est ne plus voir dans le défilé du 14 juillet qu’une procession de ludions endimanchés à qui l’on donne un permis de tuer. Le jour où le quidam, revenu de sa honte de n’être qu’un quidam, ne se retournera plus sur une grosse bagnole mange-trottoir et ne piétinera plus son prochain pour voir passer les ectoplasmes caquetants du star-system – exemples à peine caricaturaux –, les préceptes évangéliques trouveront enfin une caisse de résonance. Il ne s’agit pas d’interdire aux hommes de posséder ou d’admirer – il semble que ce soit impossible –, mais de cesser de voir dans l’étalement des possessions un signe d’élection et de compétence supérieure, où il n’y a généralement que l’affirmation d’une fatuité, qui est la manière d’être des baudruches.

Qu’on ne me dise pas que le vanitas vanitatum de l’Ecclésiaste retentira longtemps encore avant que l’humanité ne renonce à un vice dont elle a toujours donné l’exemple jusqu’à présent. La Grèce antique avait des héros vénérables, dont les quelques fulgurances, recueillies par d’anonymes copistes, suffisent à bouter le feu aux hommes de paille que nous portons au pinacle. Ces héros n’étaient pas toujours riches, pas toujours anthropophages, pas toujours imbus de leur notoriété ; ils préféraient parfois l’antre d’un cratère fêlé à la chambre dorée d’un palais. On a vu récemment les étudiants québécois animant le Printemps-Érable renouer avec une forme de protestation non violente et non moins spectaculaire, la désobéissance civile, théorisée et pratiquée par Henri David Thoreau au XIXe siècle, et amplifiée depuis, avec le succès que l’on sait, par Gandhi et Martin Luther King. Il existe donc bel et bien des alternatives à l’action coup de poing, qui n’incitent pas le peuple à prendre le pouvoir en montrant les crocs, mais à le réinvestir. Walter Benjamin, encore lui, dans Thèses sur la philosophie de l’histoire (1940), assigne pour tâche au matérialisme historique de repêcher dans le passé les aspirations négligées, les espoirs ravalés, les écoles de pensée et de vie dont la mèche a été soufflée. « Le passé est prophète », écrit Herman Melville dans Mardi (1849). C’est précisément parce que les révolutions prétendent faire table rase du passé qu’elles en reconstituent les impasses. Plus de deux siècles après, il reste d’innombrables Bastilles à démanteler. C’est donc qu’on s’y est mal pris.

 



[1] Phénomène optique qui se produit dans le détroit de Messine, le matin par temps calme, quand le soleil frappe sous un angle de 45° la surface polie des eaux. Pour un observateur posté sur une éminence de la côte calabraise et regardant vers l’ouest, tout objet ou être vivant se déplaçant sur le rivage sicilien est amplifié outre mesure, voire nimbé d’une teinte colorée.

[2] Voir ce qu’en dit Paul Jorion commentant l’Éthique à Nicomaque d’Aristote dans Le prix, Paris, Éditions du Croquant, 2010.

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221 réponses à “« Aucun rêve jamais ne mérite une guerre », par Bertrand Rouziès-Léonardi”

  1. Avatar de BRL
    BRL

    @ Éric L

    « Bras = Arms en glaise. » Bien vu. Sonne l’alarme. Mon bras abat l’arme. Il est l’arme. Ma victime passe l’arme à gauche et je suis en larmes. Les armes ont même une âme. On parle de l’âme d’un fusil. En ancien français, âme s’écrit souvent anme ou arme. L’orthographe moderne avec accent circonflexe est tardive (XVIIIe siècle, si je ne m’abuse, voir le dictionnaire de l’Académie française). Le [n] et le [r], dans la version médiévale, sont la trace du phonème amuï [ni] de l’étymon latin anima.

    1. Avatar de Eric L
      Eric L

      quand les mots ne veulent rien dire , ils disent parfois plus que lorsqu’on veut dire

      l’âme , c’est ce qui est singulièrement (né)entre deux .
      une âme aimée donc engendrée . une épée qui apaise .

      on n’a jamais épuisé le sujet des vengeances, si ?
      des fois , je me dis que tout oscille entre ça et le pardon ( qu’est-ce que le pardon ? qu’est-ce qui ne peut pas être pardonné ? qui donne le pardon ? )

  2. Avatar de bernard louis marie
    bernard louis marie

    ADOLPHE
    17 juillet 1791,Lafayette et Bailly font tirer sur la foule
    28 Juillet 1830,Marmont fait tirer sur la foule
    23,24,25 Février 1848,la garde nationale tire sur la foule
    21 au 28 Mai 1871,Semaine sanglante,Thiers ,Mac Mahon tirent sur les communards
    Les révolutions sont récupérées par l’ordre bourgeois,légitimistes,orléanistes,bonapartistes,radicaux,libéraux,,synarques,oligarques,…Au bout… toujours l’asservissement de la pietaille,des salopards,des cariatides (V Hugo),rien n’a changé ,n’est ce pas Mr Jorion,les acquis sociaux sont des concessions accordées par les capitalistes au prolétariat(je sais ça ne se dit plus dans la novlangue,alors disons,cols bleus,salariés,agriculteurs,travailleurs low cost) mais comme toutes concessions,leur remise en cause est constante(la lutte des classes toujours à l’avantage de la minorité dominante,les capitalistes),et puis il y a toujours une petite guerre (y’en a eu même une grande) pour accélerer le processus.
    Nous en sommes là,le capitalisme est toujours le mode économique indépassable (la fin de lhistoire Fukuyama),son bras armé,l’impérialisme(Lénine) est bien connu (l’OTAN),ses chiens de garde (BM,FMI,OCDE,OMC,Commission européenne,BCE,Wall Street,La FED,…)
    Cet acharnement sur la Grèce me fait penser à Mr Thiers,3 citations:
    « Nul ne doit faire peser sur la société le fardeau de sa paresse et de son imprévoyance »
    « La République sera conservatrice ou ne sera pas »
    K MARX: »Thiers n’a été conséquent que dans son avidité de richesse et dans la haine des hommes qui la produisent »
    Paresse (buveurs d’Ouzo),imprévoyance(la cigale germanique,la fourmi hellène),l’UE sera conservatrice ou ne sera pas (danger SYRISA),quand à la citation de Marx ,Thiers est le nom des 1%,des rentiers,des patrons voyous(stock options,retraites chapeaux),,des gestionnaires de fonds alternatifs,…
    A bon entendeur…
    Mr Paul Jorion ,sommes nous dans la concordance du temps(J N JANNENEY)?

    1. Avatar de Paul Jorion

      bernard louis marie, je vous sens, comment dire ? « courroucé ». Je dois vous avouer que moi aussi, depuis que j’ai pris connaissance hier des propos de Mme Lagarde à propos de la Grèce, je me sens, non pas « humilié » comme certains Grecs, je me sens courroucé. Je me suis rendu il y a quelques instants sur le site d’Olivier Berruyer qui a répertorié quatorze erreurs de jugement difficilement pardonnables – très difficilement pardonnables – de Mme Lagarde, et j’ai écrit (pour tenter d’apaiser mon courroux) : « Arrogance de classe ayant atteint la cote d’alerte ? Ou incompétence crasse ? Parfois il n’y a pas à choisir. »

      1. Avatar de Moi
        Moi

        Les Lagarde sont une bénédiction, leur bêtise leur fait dire les choses franchement et montrer la réalité sous son jour le plus crû. Il n’y en a pas eu assez, sans quoi s’en serait déjà fini de cette clique au sommet.
        Les vrais ennemis du peuple sont les enfumeurs.

    2. Avatar de Pignouf 1er
      Pignouf 1er

      Les révolutions sont rarement « récupérées », elles sont généralement organisées par ces groupes que vous mentionnez. Les cas les plus évidents sont la révolution française, et la révolution d’octobre, et aujourd’hui les événements dans les pays arabes méritent réflexion. En effet pas un jour sans que la presse ne parle d’affrontements violents en Syrie : s’il est évident que les forces au pouvoir sont armées, il faut se poser la question de qui arme les « dissidents » et par quels pays voisins transitent ces armes.

  3. Avatar de Daniel
    Daniel

    lisztfr

     » Même Sarkozy a admis qu’il aimait Céline. »

    Oublions intensément et vite.

    Cette discussion sur un enfileur de mots, crapule inutile, est déprimante.

    Une biographie disait de lui qu’il voulait sa réhabilitation pour pouvoir exercer la médecine à nouveau. La consultation lui manquait.
    C’est le seul point un tant soit peu humain chez un pauvre type
    victime d’une glissade morale prodigieuse.
    Il n’est pas le seul à avoir compris dans sa chair la boucherie industrielle
    de 14-18. La guerre soumet les hommes à des épreuves d’une intensité insupportable; beaucoup n’en sont pas tombés si bas pour autant.

    1. Avatar de pascal b eisenstein
      pascal b eisenstein

      Daniel, votre commentaire me trouble, et ce que je pense me trouble moi-même, car j’ai toujours considéré Celine comme le plus grand écrivain, ni plus ni moins…et la pire des ordures aussi.

      1. Avatar de Daniel
        Daniel

        La question a été traité plus haut, et c’est un inépuisable
        sujet de dissert:
        « Doit-on distinguer l’homme de l’oeuvre ? »
        On pourrait ajouter  » bons sentiments et bonne littérature, compatibles ? ».

        On remarquera que le terme homme dans la première
        question circonscrit bien le sujet. Ce ne sera pas une femme.
        Je ne connais pas de femme de bonne littérature capable d’écrire
        les tombereaux de … de Céline.
        Finalement je m’en tiendrai là: cette « littérature » témoigne
        de déportements dont seuls les hommes sont capables. La plus modeste
        des femmes possède une valeur, dont la délicatesse vis-à-vis d’autrui,
        100 coudés au-dessus de ces pauvres types.
        Disons-le autrement, tiré d’un San-Antonio au sujet d’un écrivaillon
        en mal d’ éditeur: « il serait bien capable d’ écrire sur les curetages
        gynécologiques de sa garce de mère, si ce faisant il était assuré
        d’un tirage à 10000. » ( approx, c’est vieux.)
        A part cela, qu’est-ce qu’il apporte?
        Le style? Cela passera. Trop franchouillard. Comment un traducteur
        pourrait rendre ce fameux style en anglais ou allemand?
        Si le résultat est décevant, comme il est probable,
        alors ce style n’est qu’un artefact.

        Conclusion: condamné à avoir ses livres fermés.
        Chez moi du moins. La liberté dans l’erreur inutile
        est encore la liberté.

    2. Avatar de lisztfr
      lisztfr

      @Daniel

      Effectivement Daniel, vous me faites penser aux Paroles de Poilus, bouleversantes….

      Je pense sinon que ceux qui critiquent Céline ne l’ont pas lu, comment le lire si à toutes les phrases ont le déteste finalement et qu’on se demande si l’on n’est pas en train de lire …une prose génocidaire ? Comme le dit Bergson, il faut pour comprendre, considérer l’oeuvre avec sympathie.

      Il y a aussi la différence entre ceux qui savent reconnaitre à sa juste valeur un chef d’oeuvre, et les autres au sens artistique moins prononcé. Oops, pardon, faites-moi penser que je ne dois plus jamais écouter Wagner, ah pourquoi ? Wagner était « moins » antisémite que Céline, et dans le classement des crapules, on fait des hiérarchies… ah et donc Wagner passe le test, et Céline par contre non. Bon ok je vois, tout est dans la nuance. Vive le jésuitisme.

      La beauté ne se discute pas. Lorsque tous ici vous aurez compris cela, on aura fait un grand pas en avant. Dans Céline, il y a un monde. Jorion ne l’a pas lu, sinon il comprendrait. Il s’en tient à ses ragots ou bribes, pour se complaire dans un jugement définitif. Jorion est naif entre nous soit dit, je l’ai déjà écrit, c’est ce qui fait tout son charme, et d’ailleurs, heureusement que tout le mon de soit pas Célinien ! heureusement que tous ne comprennent pas ! Sinon, on manquerait d’air et cette uniformité serait un caveau.

      La preuve c’est que Jorion parle de « talent », seulement. Il n’a pas compris qu’il s’agir du Villon de note époque. Et Pablo a raison, Céline subsistera dans 400 ans, quoique tous ici vous en pensiez…

      1. Avatar de Eric L
        Eric L

        béotien , je découvrais Céline . y voyant les turpitudes humaines , ce qui me fit rire et pleurer . puis face à cette œuvre , je continuais l’exploration jusqu’à ce que j’acquiers les deux brulôts interdits . là, j’avoue m’en être débarrassé ( à la fois de l’auteur, et des deux livres ), passant à autre chose.
        remarquez, essayer de passer , partout , ne pas s’arrêter .
        ici, c’est collant, ça cache quelque chose 😉

      2. Avatar de Didier
        Didier

        Dans 400 ans, le français sera une langue morte d’une petite partie du monde sans grand intérêt autre qu’historique. On l’étudiera pour le rôle de ses locuteurs dans l’histoire des Amériques et de l’Asie ou de l’Afrique. On considérera Céline comme un des premiers auteurs de la complète décadence de la langue littéraire et les enseignants s’en méfieront, comme nos universitaires se détournent des écrivains de la basse-latinité. Il sera moins étudié que Proust, Gide ou Kessel, sans parler de Zola, Balzac ou Flaubert.

      3. Avatar de Marlowe
        Marlowe

        à lisztfr,

        Je viens de confirmer que je n’ai pas lu, au sens où on peut dire qu’on lit un auteur, cette crapule de Céline.
        Je pense aussi qu’il aurait dû être passé par les armes à la fin de la guerre, non pour ses écrits mais pour sa participation active, y compris par ses écrits, à l’entreprise nazie.
        Par ailleurs, comment pouvez-vous comparer Villon et Céline ?
        Céline, je vous l’accorde, ainsi qu’à ses autres thuriféraires, est incomparable.

      4. Avatar de Pablo75
        Pablo75

        @ lisztfr et aux autres

        Au fond dans cette discussion on voit quelque chose de très clair: il y a d’un côté ceux qui préfèrent l’art et la littérature à la politique et qui ont donc lu Céline, et ceux qui préfèrent la politique à l’art et la littérature et qui ne l’ont pas lu. Point. Elle est vieille comme le monde la division entre ceux qui ont une vision esthétique de la vie, et ceux qui en ont une politique. Les artistes et les politiques. Et je constate que pendant que la Politique aboie, la caravane de l’Art passe… à la postérité (« je préfère aller à la Poste hériter que passer à la postérité », a écrit le grand Alphonse Allais – bien plus connu aujourd’hui que les moralistes politiques de son époque).

      5. Avatar de Hervey

        C’est quoi ce raisonnement,
        dans 400 ans on parlera encore de Céline
        dans 400 ans on parlera aussi encore d’Hitler, un artiste aussi, c’est ça?

      6. Avatar de octobre
        octobre

        Faut pas trop macérer dans la caricature Pablo75.
        Car il se pourrait que tu laisses entendre la chose suivante : « Ne vous en faites pas, l’Art renaîtra de vos cendres. » à l’instar de qui tu sais.

        Le poids de l’art aujourd’hui c’est moins sa beauté que le grave contenu dans ses étincelles, certes pas les dernières, mais rares et encore plus rares en intensité.
        D’autre part, je te le dis franchement, je ne tiens pas à ce qu’on recommence l’expérience ultra-cynique des camps de concentration où cette fois on pourrait lire à l’entrée en lettres d’enfer : « la musique rend libre ».
        Un corps massacré, supplicié, torturé, c’est une voix-une vie que des bourreaux cherchent à éteindre – aujourd’hui et maintenant – pas dans 300 ans.

      7. Avatar de Pablo75
        Pablo75

        @ Hervey

        Relis toute la discussion depuis le début.

        @ Octobre

        J’ai du mal à comprendre ce que tu veux dire… Tu ne pourrais pas le dire en 2 ou 3 phrases claires?

      8. Avatar de lisztfr

        @Marlowe

        Céline et Villon ? Je l’ai lu quelque part….

        Henri Godard, professeur de littérature française à Paris VII :

        INTRODUCTION : L’accent propre de Voyage au bout de la nuit est d’abord celui d’une formidable protestation, dont la force tient à la fois à la diversité des facteurs d’écrasement contre lesquels elle s’élève, et à la langue dans laquelle elle se formule, ce français populaire que Céline réintroduit dans la littérature.

        p 26 :

        2 L’ambiguité idéologique :

        Une critique sociale si forte, visant tour à tour l’armée, les responsables de la colonisation, le pouvoir de l’argent, les patrons, au passage la religion jugée complice, en un mot l’ordre établi sous tous ses aspects, devait apparaitre comme un livre de gauche etc et c’est bien ainsi qu’il fut reçu (..) en 1932. La presse libertaire : « Nous le lisons et l’aimons tout de suite. Nous ? C’est-à-dire tous ceux qui ont gardé quelque rage au ventre (…) qui n’acceptons ni le monde comme il va, ni la société où nous sommes, ni les hommes tels qu’ils sont Le Canard enchaîné

        Les marxistes de stricte obédience étaient, eux, mieux armés pour rester sur leurs gardes, dans la mesure où, si le Voyage faisait bien une critique incomparable de la société en place, ils ne pouvaient en revanche y trouver la moindre trace de leurs espérances révolutionnaires….

        Nizan lucide : « Cette révolte pure peut le mener n’importe où : parmi nous, contre nous, ou nulle part »

        Godard arrive à déceler dans le voyage des traits éventuellement contre la gauche…. « Mais sur le moment l’évidence de la critique sociale était telle que etc »

        « Si Céline ne parle pas de lendemains qui chantent, c’est qu’il ne croit pas à la possibilité d’un homme nouveau. » (Je pense que si car c’est la motivation de tout grand livre, vouloir changer le monde, sinon il n’y pas d’espoir et on ne l’écrit pas)
        p30

        « Mais on est loin (…) de tout progressisme politique. » (et c’est vrai)

        Trotsky : dans la mesure où Céline rejette « non seulement le réel, mais ce qui pourrait s’y substituer », il soutient « l’ordre social existant ».

        (C’est vrai, il y a un silence là, mais je pense qu’il n’y a pas de place pour l’optimisme dans se roman, et donc pour une action politique)

        Jubilation de Céline lorsqu’il apprend en 1948, exilé au Danemark, il apprend d’Arletty que le Voyage est le livre de chevet de Staline, information qui semble confirmée par la suite.

        Bardamu, dès la première scène se réclame de l’anarchie (…) . Malgré ses sympathies, Céline est très éloigné de toutes les tentatives qui ont pu etre faites pour donner un contenu concret à l’anarchie. (cf discours sur l’instruction, uniquement destiné à inculquer les idées de défense de la patrie)

        p34 affleurement d’un racisme encore sans virulence dans l’expression « musique négro-judéo-saxonne »

        Mais bon… « une voix est donnée ici comme elle ne l’avait encore jamais été aux exclus de toute société anciens ou nouveaux pauvres » …

        « Ils rajeunissent c’est vrai plutôt du dedans à mesure qu’ils avancent les pauvres, et vers leur fin pourvu qu’ils aient essayé de perdre en route tout le mensonge et la peur et l’ignoble envie d’obéir qu’on leur a donnée en naissant ils sont en somme moins dégoûtants qu’au début. (…) Leur tâche à eux, la seule, c’est de se vider de leur obéissance, de la vomir. S’il y sont parvenus avant de crever tout à fait alors ils peuvent se vanter de n’avoir pas vécu pour rien » (V, p379)

        Il y a dans des lignes comme celles-ci une profondeur et un accent qui demeurent, quelles que soient par ailleurs les limites ou les contradictions de la pensée. Ce refus radical de toute obéissance, de tout respect, de toute admiration inculqués – exprimé sur quel ton ! venu de quelle profondeur ! – séparent Céline d’une pensée de droite, malgré les points de coïncidence (…) autant que sa vision pessimiste de la nature humaine le sépare d’une pensée de gauche.

        Réception critique p 173 :

        François Mauriac :

        « Ce livre asphyxiant dont on n’a que trop parlé à l’occasion des derniers prix, et dont il ne faut conseiller la lecture à personne, possède le pouvoir de nous faire vivre au plus épais de cette humanité désespérée qui campe aux portes de toutes les grandes villes du monde moderne. (…)

        Georges Bataille :

        (…) Toutefois la grandeur du Voyage au bout de la nuit consiste en ceci qu’il n’est fait aucun appel au sentiment de pitié démente que la servilité chrétienne avait lié la conscience de la misère.

        André Malraux :

        Avec la grande sympathie artistique d’A; Malraux. (dédicace à Céline sur un ex de La condition humaine, mai 1939)

        A Breton : (…) avec Céline pour moi l’écoeurement est venu très vite (flatteuse présentation d’un sous-off d’infanterie coloniale) 1950

        Simone de Beauvoir (J.P. Sartre)

        Le livre français qui compta le plus pour nous cette année, ce fut le Voyage au bout de la nuit de Céline. Nous en savions par coeur des tas de passages. Son anarchisme nous semblait proche du nôtre. Il s’attaquait à la guerre, au colonialisme, à la médiocrité, aux lieux communs, à la société, dans un style, sur un ton, qui nous enchantaient. (…) 1960

        Roger Nimier :

        (…) Si l’on a lu le Voyage au bout de la nuit, Hemingway st vite reconnu pour farineux, Sartre pour attentif…;

        Nathalie Sarraute : (…) les oeuvres les plus importantes de notre temps (depuis A la recherche du temps perdu et Paludes etc.., le voyage au bout de la nuit, et la nausée) 1950

        Frédéric Dard : C’est toute la misère de la vie, toute l’angoisse, toute la mort. C’est plein d’amour, c’est plein de pitié, c’est plein de colère, c’est plein d’éclairs, de mains tendues, de poings brandis (..) et puis de désespoir. 1975

        Claude Lévy Strauss : Proust et Céline : voilà tout mon bonheur inépuisable de lecteur (1990)

        Léon Trotsky

        L.F Céline est entré dans la littérature comme d’autre pénètres dans leur propre maison; Homme mûr, muni de la vaste provision d’observations du médecin et de l’artiste, avec une souveraine indifférence à l’égard de l’académisme, avec un sens exceptionnel de la vie et de la langue, Céline a écrit un livre qui demeurera, même s’il en écrit d’autres et qui soient du niveau de celui-ci. (…) Céline montre ce qui est. Et c’est pourquoi il à l’air d’un révolutionnaire. Mais il n’est pas révolutionnaire et ne veut pas l’être (…) Même s’il estime; lui, Céline, qu’il ne sortira rien de bon de l’homme, l’intensité de son pessimisme comporte en soi son antidote. (…) A travers ce style rapide qui semblerait négligé, incorrect, passionné, vit, jaillit, palpite la réelle richesse de la culture française, l’expérience affective et intellectuelle d’une grande nation dans toute sa richesse et ses plus fines nuances (mai 1933, Céline et Poincarré)

        Walter Benjamin :

        (Céline se montre incapable d’évoquer les forces mêmes dont l’empreinte constitue la vie de ses personnages réprouvés…)

        Anissimov : Céline a écrit une véritable encyclopédie du capitalisme agonisant (…) Mais, après avoir si hardiment regardé la réalité en face, il s’est refusé à la comprendre, il l’a stigmatisée, il s’est figé dans l’horreur. etc.

        Voilà je ne trouve rien sur Villon il me faudrait plus de temps…sans doute google.

        RENÉ BARJAVEL

        Céline est le plus grand génie lyrique que la France ait connu depuis Villon.

      9. Avatar de Marlowe
        Marlowe

        A tous ceux qui ont lu les différentes interventions à propos de la crapule Céline et de son Art, et pour en finir avec cette sotte affirmation que ce n’est pas faire preuve de bon goût pour une personne que de ne pas lire certain auteur.

        En parodiant Lautréamont, j’affirme que l’Art de Céline est aussi beau que sa rencontre avec un jeune officier nazi dans son costume d’apparat, avant qu’il n’ait, couché dans l’herbe du val, deux trous à son flanc gauche.

      10. Avatar de Leboutte

        Merci lisztfr
        Mais:
        c’est la motivation de tout grand livre, vouloir changer le monde, sinon il n’y pas d’espoir et on ne l’écrit pas

        Vous sortez ça d’où?
        Ça me paraît fort aventureux et tout à fait gratuit !

      11. Avatar de Leboutte

        Je vais prendre le risque de dire quelques banalités, mais j’éprouve à lire tout ceci comme un besoin de revenir à la lecture, à ses plaisirs et déplaisirs.

        J’ai lu deux fois Le voyage. Á vingt-cinq ans, ça m’a scotché et je suis passé à autre chose, mais il en est resté comme une balise. À quarante ans, sa noirceur m’a écoeuré: je n’en avais rien à battre de la subjectivité de ce type, Céline. Je n’ai achevé la deuxième lecture que parce qu’on m’avait offert la belle édition Persépolis, illustrée par Tardi. Mes enfants avaient quatre ans et un an, et je dois dire que dans cette période de ma vie, la cruauté du monde ne m’était pas supportable – j’ai par exemple cessé pendant quelques années de lire Le monde diplomatique.

        J’ai lu Mort à crédit dans ma jeunesse, et j’en garde un bien meilleur souvenir.

        Mais que ceux qui ont du mal à le lire, écoutent ce qu’en fait Luchini .

        Le miracle de Céline, c’est son style. On ne sent rien des vingt pages qu’il a jetées au panier pour chacune de celles qui restent. On dirait un homme qui crie, le labeur de l’écrivain est absolument inapparent. Il n’y aurait pas son regard sur la guerre, il resterait de toute façon dans l’histoire des lettres comme un des deux ou trois seuls grands styles du XXème siècle, avec Proust, comme je l’ai si souvent lu, mais j’y ajoute Marguerite Duras, un autre miraculeux mystère. Je viens de relire Le ravissement de Lol V. Stein, et si je trouve qu’elle s’autorise par moments d’authentiques obscurités, à moins que ce ne soit moi qui ignore une part béante de mon ignorance, la magie de son écriture est sans pareille. La fin, par exemple, où rien ne se passe, est d’une tension féroce et magique.

        Une dernière chose: des dizaines de livres de sciences sociales ont disparu de mes étagères en quarante ans, mais les grands romans y restent. Il y en a plus, sur la bureaucratie russe qui traverse les âges, dans Les âmes mortes de Gogol que dans des tonnes d’écrits savants.

      12. Avatar de Pablo75
        Pablo75

        @ Lisztfr

        Tous des dangereux fascistes selon Marlowe…

      13. Avatar de Daniel
        Daniel

        Très cher lisztfr ( et ce très cher est pesé: sincère)

        Vous avez écrit:

        Il y a aussi la différence entre ceux qui savent reconnaitre à sa juste valeur un chef d’oeuvre, et les autres au sens artistique moins prononcé.

        Ainsi donc, vous êtes de « ceux qui savent. »
        Et je suis de ceux au « sens artistique moins prononcé. »
        Que dire? sinon ainsi soit-il. Va bien falloir me faire
        à cette constatation lisztfrienne.

        Je vous sens… comment dire, c’est comme si vous
        preniez plaisir à ne pas être compris, solitaire dans votre certitude. Vous en êtes à écrire des déclarations pour le moins étrange, plusieurs . Celle sur Sarkosy péserait lourd par sa vacuité, si la mémoire n’était pas sélective.
        Elle l’est.

        Céline ne vaut pas une polémique. ou la corde pour le pendre.
        Pensez à quelque chose de beau et vous la verrez, une vérité éblouissante
        Céline ne vaut pas le prix de sa défense.
        Ce qui est excessif ne compte pas.
        L’ Art doit, à mon sens, offrir aussi un peu de pédagogie.
        Concernant votre héros, rendez-vous compte que tout aurait pu être dit
        certes sans panache , mais sans remuer de boue malodorante.
        Et sans doute, plus efficacement pour (tenter de) modifier son présent.
        Son nihilisme m’horripile.
        ( surtout, ne contestez pas ce mot nihilisme. Il est sans doute
        inadapté ou impropre, mais je n’en ai pas d’autre à l’instant.
        disons négativisme destructeur. On sent bien par là
        que s’il y avait tout-à-coup améliorations, le génial auteur perdrait en même
        temps l’objet de son génie…)

        J’ai largement censuré ma réponse d’origine.
        C’est mieux ainsi.

      14. Avatar de lisztfr

        @Daniel

        Merci Daniel pour votre censure, sinon… moi aussi, et je crois que les autres aussi ! sinon l’atmosphère deviendrait détestable, et je comprends ceux qui ne pardonnent pas, et comment leur reprocher ? A cause ce de qu’il a dit, il a créé un fossé infranchissable pour beaucoup, par exemple Catherine Clément, Jorion etc Marlow, et on ne peut pas vous le reprocher.

        Je l’ai lu ne sachant rien du tout du personnage. Je fais toujours comme ça… la biographie, me gène…. Sinon n’oublions pas que le génie côtoie la folie, je crois que c’est Montaigne qui fait un recensement de cas de ce genre, n’oublions pas Nietzsche, etc. N’oublions pas ceux qui se suicident, etc; Donc franchement, je n’ai jamais pris Céline au sérieux en essayiste, il a écrit un pamphlet contre Sarte également, où l’on rit beaucoup, il lui fallait des gens pour passer sa rage, il se trouve que ça a pris un tour politique terrible. C’est sa folie….

        @leboutte : Nietzsche a pensé que le crépuscule de idoles je crois, changerait le monde en provoquant une révolution immédiate, il avait même un plan. C’est normal lorsqu’on a une idée incroyable, qu’en la diffusant on espère changer le monde, et Céline en le montrant si sordide, veut nous rendre meilleurs ! Sinon pourquoi un tel travail ? Le but c’est bien d’obtenir un effet sur le réel.

        Les âmes mortes de Gogol oui… le problème c’est plutôt le temps de lire qui manque.

  4. Avatar de tompouce48
    tompouce48

    @Vigneron
    Certainement pas deux braves gars. Je ne dis pas cela, Céline était une fripouille et Schacht a bien sûr les responsabilités que vous citez, et en 38-39 les dés étaient jetés.Le problème célinien est celui de son talent d’écrivain rapporté à sa petitesse d’antisémite abject. Et il n’est pas le seul, Heidegger, »le petit philosophe en culottes de cuir », Carl Schmitt, etc…

  5. Avatar de soi
    soi

    Je propose toujours un Humaniarcat où l’humain est valorisé quel qu’il soit et où la paix est le chemin (there is no way to peace, peace is the way) ,et non plus le patriarcat où les humains sont dévalorisés et où la guerre est le chemin (mettez le mot guerre dans la phrase sur la paix ci-dessus). Le cadre, quoi…

    1. Avatar de Eric L
      Eric L

      Quand nous aurons évacué toute rancœur à l’encontre de notre condition
      et que les mains tendues de nos frères ne cacheront plus des armes déguisées des mille masques et de mille tourments nés des non dits et des violences , là, serons nous délivrés et en voie vers plus de sérénité …
      il y a des frères qui n’ont pas d’ armes . et qui n’en veulent pas

  6. Avatar de idle
    idle

    Merci La Baleine, j’ai compris depuis longtemps, que ce vous énoncez ci-dessous, était le bon sens des élus de nos sociétés, qui nous est imposé depuis toujours :

    « Les enfants sont L‘outil de chantage international. La monnaie du change : désespoir contre espoir. Celle qui évoque l’a-venir des enfants déclare ses nobles motivations pour prouver ses justes décisions en prônant une discipline d’enfer à leurs parents.
    « Ce que vous vivez n’est rien. Vous ne vivez pas ce que vous devriez vivre, grâce à nous. Pour vos enfants, sacrifiez-vous, si vous ne vous sacrifiez-pas, vous les condamnez à pire : vous les abandonnez, voyez les enfants du Niger. Mais vous avez de la chance nous sommes encore là. De quoi vous plaignez-vous ? »
    La population grecque doit plier ou sombrera. L’enfer menaçant est pavé de nobles intentions.
    PS : l’enfant du Niger a gagné un statut : étalon de la règle d’or.

  7. Avatar de francois2
    francois2

    @ vigneron.

    « Pfff, l’enfer c’est le maintenant, le maintenu, coincé entre un avant de néant anéanti et un néant a venir, la vie quoi, paradis des-espérants, de tous les espérants. »

    Tout à fait d’accord avec vous. L’instantanée n’est pas l’enfer puisque pour l’espérant, la vie est un voyage. Connaissez vous Pierre Boutang et son ontologie du secret. Il existe des philosophes Odyséens, des philosophes du retour, de l’eternel retour, de la parabole du mauvais fils. Ceux qui se retrouvent dans cette dé marche ne restent pas sur le parvis de la cathédrale, ne visite pas l’intérieur en touriste mais viennent là ici pour se restaurer un peu en communauté.

    Je ne crois pas que le présent soit un enfer, enfin pas pour ceux qui souffrent dans leur chair. Et elle souffre cette chair actuellement. Faut-il nier cette souffrance, ne pas l’exprimer, serrer les dents et ne rien dire, se figer dans un attitude de « défense d’enter ». Je crois au contraire qu’il faut exprimer son mal être, son mal vivre afin de ne pas créer des abces profonds dévorants l’energie vitale à petit feu.

    Faut-il le dire sur la place publique, l’ecrire dans des livres noirs comme ceux de Céline, Bataille,Sade, Lautréamont, Sabato? ou seulement dans le secret de l’isoloire, dans le secret de la confession ou du divan? Mais que pensez des « barbares » brulant les véhicules afin de faire parler d’eux, de s’exprimer.

    Certes ces écrivains décrivent la noirceur de l’âme humaine. Est ce si inconvenant en société? Ne faut-il pas des guides permettant d’allumer les phares. Il me semble que Gabriel Marcel affirmait que les phares sur terre avaient tous les zones d’ombres.

    Les livres noirs doivent-ils être mis à l’index? Peut être mais pas détruits!
    Peut-être faut-il les placer tout en fond de la bibliothèque afin que seuls ceux qui auront déja franchit les bas rayons pourront les lire avec des armes adéquates. Ces livres sont très dangereux et ne peuvent pas être lu sans risque. Il s’agit comme tout bon livre d’une épreuve qu’il faut subir personnellement le moment opportun.

    La vie n’est pas un enfer. Plutôt une succession d’épreuves que l’on gagne parfois en perdant.

    1. Avatar de Eric L
      Eric L

      il n’y a que la Lune qu’on peut mettre à l’index
      et encore, avec des gants …

  8. Avatar de lisztfr

    Céline, exemple :

    Assurément, seul un « salaud » fini peut écrire des trucs pareils, n’est-ce pas ? :

    Le boy demandé arriva fort lentement. Le Directeur se
    levant alors, agacé, d’une détente, le reçut le boy, d’une
    formidable paire de gifles et de deux coups de pied dans
    le bas ventre et qui sonnèrent.

    “ Ces gens-là me feront crever, voilà tout ! ” prédit
    le Directeur en soupirant. Il se laissa retomber dans son
    fauteuil garni de toiles jaunes sales et détendues.

    “ Tenez, mon vieux, fit-il soudain devenu gentiment
    familier et comme délivré pour un temps par la brutalité
    qu’il venait de commettre, passez-moi donc ma cravache
    et ma quinine… sur la table… Je ne devrais pas m’exciter
    ainsi… C’est idiot de céder à son tempérament… ”

    De sa maison nous dominions le port fluvial qui miroitait
    en bas à travers une poussière si dense, si compacte
    qu’on entendait les sons de son activité cahotique mieux
    qu’on n’en discernait les détails. Des files de nègres, sur
    la rive, trimaient à la chicote, en train de décharger, cale
    après cale, les bateaux jamais vides, grimpant au long
    des passerelles tremblotantes et grêles, avec leur gros,
    panier plein sur la tête, en équilibre, parmi les injures,
    sortes de fourmis verticales.

    Cela allait et venait par chapelets saccadés à travers une
    buée écarlate. Parmi ces formes en travail, quelques-unes
    portaient en plus un petit point noir sur le dos, c’étaient
    les mères, qui venaient trimarder elles aussi les sacs de
    palmistes avec leur enfant en fardeau supplémentaire.
    Je me demande si les fourmis peuvent en faire autant.

    “ N’est-ce pas, qu’on se dirait toujours un dimanche
    ici ?… reprit en plaisantant le Directeur. C’est gai ! C’est
    clair ! Les femelles toujours à poil. Vous remarquez ? Et
    des belles femelles, hein ? Ça fait drôle quand on arrive
    de Paris, n’est-ce pas ? Et nous autres donc ! Toujours en
    coutil blanc ! Comme aux bains de mer voyez-vous ! On
    n’est pas beau comme ça? Des communiants, quoi ! C’est
    toujours la fête ici, je vous le dis ! Un vrai Quinze Août!
    Et c’est comme ça jusqu’au Sahara! Vous pensez! ”

    1. Avatar de Hervey

      L’essentiel est de savoir ce qu’il faut sauver entre la Joconde et un wagon de déportés.

      1. Avatar de pascal b eisenstein
        pascal b eisenstein

        Votre commentaire a un certain effet, à l’air impressionnant à première vue, mais moi çà me laisse de glace, car La Joconde n’est rien face à une vie, ce n’est pas le bon problème que vous posez. Et il n’est pas plus possible de ramener à la vie les morts que de tuer à nouveau ceux qui sont déjà morts.

    2. Avatar de Renou
      Renou

      « Je suis de ces auteurs qu’ont du souffle, du répondant, du biscoto. J’emmerde le genre humain entier à cause de mon répondant terrible, de ma paire de burnes fantastiques. Je jute, je conclus, je triomphe, je trempe la page de plein génie…
      De vous à moi, entre copains, c’est ce qu’on ne me pardonne pas du tout, à la ronde, ce qu’on ne me pardonnera jamais, jamais, la façon que je termine, que j’achève les entreprises, que je vais au pied comme une reine, à tous les coups. »

      1. Avatar de Leboutte

        Relisez plus haut, Renou, on s’en fiche de l’homme, seule l’oeuvre nous intéresse, nous enchante et nous questionne, ou pas.
        L’oeuvre oubliée, l’homme n’existe plus.
        Sans l’oeuvre, on ne parlerait pas de l’homme.

        La seule question est de savoir si le livre vaut la peine d’être lu.

        Il y a quelque chose de politiquement incorrect dans la réel de la condition humaine, que voulez-vous, et heureusement, car les dogmes ne sont bons pour personne.

        C’est du moralisme à la fin, cet acharnement à faire une montagne des rodomontades du citoyen Destouches, passablement perturbé et incapable de vivre.

    3. Avatar de vigneron
      vigneron

      Listfr, qu’on en finisse avec cet étron. Une majorité des pro comme des anti se retrouvera sur la qualification à minima la mieux accordée au gazier : un pauvre type (à servir avec un gros zeste d’accent tonique bien appuyé sur le P de pauvre pour moi, merci garçon).

  9. Avatar de vigneron
    vigneron

    Hervey, j’suis arrangeant, trop bon même : j’propose qu’on gaze la Joconde à Treblinka et qu’on expose le wagon au Louvre.
    Pis aussi qu’on fasse éditer Bagatelles pour un massacre par Moltonel qualité triple. Jeu-concours de lancement : dix séjours de cure à Vichy à gagner au tirage, PLUS, pour le grand gagnant au grattage, un séjour royal et féerique d’une semaine au château des Hohenzollern à Sigmaringen.

    1. Avatar de Daniel
      Daniel

      Délirant à souhait.
      Le génie, c’est 95% de travail.
      Combien de temps ?

      1. Avatar de vigneron
        vigneron

        Trois minutes dont deux à googueuliser Sigmaringen, rapport au r ou rr, je sais c’est très con. J’ai pas fait de pèlerinage à cloche-pied dans c’coin là, moi môssieur.

    2. Avatar de Renou
      Renou

      Et si on lui faisait le coup de Cromwell à Céline?… Ce serait pas triste, un coup de bêche, un coup de hache et hop, une pelletée!… On rirait, on danserait, on boirait des coups, on pourrait même lire du Debord, il doit bien parler quelque part des faussaires, plagiaires, menteurs ou tartufes!… Connaisseur, le poulet privé serait content et comme tu fournirais les cubis, une occase de vous réconcilier tous les deux!… Enfin, je dis ça pour arranger… Adoucir.
      Évidemment il y aura des retors, des vilains pour nous causer d’Alcide, de Bébert, de Molly… Mais on sera tellement joyeux qu’on les embrassera!… Ce serait chouette! Comme un rêve…

      1. Avatar de Leboutte

        Pfff… quel fantasme !

      2. Avatar de Marlowe
        Marlowe

        à Renou,

        Le poulet privé, si c’est de moi qui s’agit, ne boit pas n’importe quoi.
        Le vin, comme jadis ceux qui voulaient faire leurs humanités, a quelques passages obligés.

        Votre obligé.

        P.S. En ce qui concerne Debord, je pense qu’il a surtout évoqué les désinformateurs qui, généralement, sont stipendiés, commes les experts du monde moderne.

      3. Avatar de Renou
        Renou

        @Leboutte, savoir lire demande une disposition particulière, comme une étrange souplesse qui nécessite de s’abstraire de son cadre intime, celui qui nous fait ne voir que ce que voit déjà. C’est bien utile. L’absence de cette disposition, procure cependant un avantage certain, on est plus léger… Je pense à Lucette qui aura 100 ans l’an prochain. J’y pense tendrement. Je pense aussi aux toubibs des dispensaires, à tous ceux qui crient dans le désert, au capitaine Achab…
        « Si vous êtes pas de « quart », de jour comme de nuit, fatal que vous finissiez torche. »
        @Marlowe, et moi qui te prenais pour un poète élisabéthain…
        Tu devrais plutôt passer par les larmes…
        Une petite lecture? Céline contre le spectacle. Stephane Zagdanski. (pdf)

    3. Avatar de BRL
      BRL

      @ Vigneron

      Vous oubliez, en guise de lot de consolation, empaquetée dans un cube de béton armé estampillé « Todt » (rajout d’un petit [t] pour qu’on n’entende pas trop [tod], la mort), l’intégrale des émissions de Robert Le Vigan, alias La Vigue, sur Radio-Paris.

      1. Avatar de vigneron
        vigneron

        Oui BRL, avec en exclululu l’intégrale des oeuvres chantées du vioque à greffiers et guincheuses, un échantillon à les chants :
        http://www.pauljorion.com/blog/?p=37451#comment-325716

    4. Avatar de Hervey

      (à part)
      Qu’elle idée il a eu Jorion de parler d’Eurovision…
      );-)

  10. Avatar de Rosebud1871
    Rosebud1871

    Cher BRL,
    Le traité de paix éternel entre Ramsès II et Hatusili ne l’a pas plus été que le Reich a duré 1000 ans.
    Si vous supprimez les films de guerre, les policiers et autres films de gangsters, vous tuez les salles obscures. Bang Rajan de Tanit Jitnukul qui raconte un conflit Birman/Thaï reste dans mon souvenir le plus meurtrier à la seconde, pas de temps mort, un Verdun à l’arme blanche en pleine jungle.
    Plus d’armée au Costa Rica, mais Panama est à coté et en 49 très bien gardé par qui vous savez.
    Ne rêvez pas trop. Les accords Salt fonctionnent. Ce n’est pas très différent des films de mafieux où pour discuter chaque clan dépose aux portes-flingues de l’autre clan l’artillerie de poche. La confiance c’est laisser quelqu’un entrer chez soi et réciproquement. Mais la journée des voisins c’est dans la rue ! Et les accords Salt heurtent la tradition texane, ou afghane, ou yéménite où la pétoire et le coutelas local font partie du costume, de la coutume.
    Vous trouvez qu’on s’y est mal pris, dans les révolutions, parce que se sont reconstitués des élites et des privilèges. Mais ce ne sont pas les mêmes ! Qu’il s’agisse de 89/93 ou de 17, même Bourbon il a bien fallu déCapeté Louis XVI pour interrompre la chaîne, pareil avec les Romanov car, encore les clans voyez L’héritage , tant qu’il y a des survivants, les affaires de don de soi et de dette de l’autre ne cessent pas de s’écrire. Regardez la descendance de Renault qui revendique…
    Avec un raisonnement pareil, autant tuer tout le monde pour supprimer le problème, me direz-vous..c’est ce qui va se passer, la vie va tous nous tuer… mais avant nous aurons transmis… nos possessions. Toujours un plaisir de vous lire…

    1. Avatar de BRL
      BRL

      @Rosebud1871

      Petit ajout à ma longue réponse (42e sous-sol), d’ordre bibliographique : Gene Sharp, From Dictatorship to Democracy : A Conceptual Framework for Liberation, Boston, Albert Einstein Institution, 2008. C’est le vadémécum de la lutte non violente. Il a inspiré et continue d’inspirer les révolutionnaires arabes, concurremment avec la lutte armée ou à défaut. Les activistes égyptiens ont tenu la place Tahrir face à l’armée en appliquant certaines de ses préconisations. Là-dessus. Chut ! C’est entre nous. Il ne faudrait pas que ces techniques s’ébruitent trop largement. Cela dit, la passion de la liberté a toujours été plus inventive que les polices chargées de la tarir (sans jeu de mots ou avec).

      1. Avatar de Rosebud1871
        Rosebud1871

        @BRL 29 mai 2012 à 20:49
        Même pas lu ! Et trop épuisant pour mon niveau d’anglais. Confidentiellement, j’abhorre ma souffrance physique, et ça se résume à l’alternative soit tuer l’autre, soit qu’il me tue, mais faut que ça cesse. Donc prendre des coups en attendant que l’autre renonce ne fait pas partie de mon imaginaire. Foutu comme ça, faut faire avec !

  11. Avatar de lisztfr

    Je vais encore fâcher beaucoup de monde, mais, c’est mon avis personnel, je trouve Nietzsche beaucoup plus dangereux que Céline, parce que lui de par sa position de philosophe, était pris au sérieux.

    On me dira Nietzsche était le contraire du Surhomme et que le Surhomme c’est l’idéal type de l’homme moral, ce n’est as exact. Il y a beaucoup d’ambiguïtés dans la philosophie de Nietzsche et surtout cette morale douteuse filtre très facilement dans la société et dans les appareils politiques en nécessité comme ça a été le cas. Les nazis se sont clairement réclamés de Nietzsche, alors me dira-t-on, c’est sa soeur qui est responsable, je veux bien. Tout de même, il y a la mort de Dieu et il ne met rien à la place, tandis que Kant proposait des règles. Nietzsche c’est le dépassement de toutes les limites, le désir illimité. Pour moi il y a des passages qui font l’apologie de la loi du plus fort que je ne pardonne pas non plus !

    Je le répète, lui c’est plus grave car grande oeuvre qui s’insinue dans les esprits, qui crée un air du temps, qui demeure confuse et difficile à appréhender dans son ensemble et prête le flan à l’interpêtation d’extrème droite. Lui ou sa soeur, je laisse cela en suspend.

    Mais il y a la volonté de lyncher Céline, soit puisqu’il faut une victime…. une victime « grotesque », malgré tout prise au sérieux.

    1. Avatar de Pablo75
      Pablo75

      @ lisztfr

      « je trouve Nietzsche beaucoup plus dangereux que Céline ».

      Tu as bien raison: il a inspiré tous les fascismes avec sa volonté de puissance à la con, avec son idolâtrie imbécile de la force (typique de l’impuissant qu’il était). Alors que Céline n’a inspiré rien du tout.

      1. Avatar de Pablo75
        Pablo75

        « Les idéologies sont mortes. Reste cette formidable différence de notre univers avec tous ceux qui l’ont précédé: aujourd’hui les victimes ont des droits. […] Dans aucun univers avant le nôtre, ce n’était pensable! Tandis qu’aujourd’hui ce langage n’est contesté par personne. On répète partout qu’il n’y a plus de « valeurs » absolues, immuables, qui s’imposent aux hommes vivants: et cela, ce n’est pas une valeur? Le génie de Nietzsche lui a permis de repérer que cette valeur définissait notre époque; mais il a tout fait pour la combattre! Il ne voyait dans l’attitude chrétienne que ressentiment, jérémiades sans fin, médiocre apitoiement. […] Les gens qui se réclament de lui aujourd’hui parlent de tous les Nietzsche sauf de celui-là: celui-là, c’est le vrai, le seul penseur du nazisme! On veut oublier que Nietzsche et le nazisme sont indissolublement liés.
        (René Girard. Quand ces choses commenceront… Arléa, 1994; p. 23)

        Je ne suis pas contre Nietzsche. Je l’admire et je le plains. Je lui en veux, comme à Wagner, et dans un sens opposé, de tout ce qu’on tire de ses oeuvres pour faire valoir des idées viles et des doctrines qui lui furent étrangères. […] Je ne pardonne pas à Nietzsche d’ouvrir la voie de la victoire à ce qu’il méprise.
        (A. Suarès. Vues sur l’Europe)

        Je ne me rends pas à la dialectique de la matière, de Sorel et de Nietzsche: il me suffit de la retrouver dans « Mein Kampf » pour en avoir horreur.
        (A. Suarès. Vues sur l’Europe)

      2. Avatar de jicé
        jicé

        Bonjour Pablo75

        J’ai pas remarqué que la discussion avait débuté plus haut (toujours à partir de Céline donc).

        Comment comprenez-vous l’expression « volonté de puissance » ou « force » ? J’ai le sentiment d’un malentendu aussi tenace que celui que vous vous évertuez à dissiper à propos non de Céline mais de son écriture.

        Nb : remplacez « volonté de puissance » par « joie » (comme « intensification du sentiment d’exister », « joie d’exister », bref « affirmation de la valeur de la vie » -idem pour « force »- et vous avez le sens correct de l’expression).

        La joie que le style de Céline vous procure, qui, explicitement ou implicitement vous laisse à penser que la vie vaut d’être vécue, puisque de telles joies et de telles rencontres sont possibles, c’est TRES EXACTEMENT ce que N. entend par VP.

        (nb : hier certains ont pu suggérer que votre goût pour Céline était suspect de complaisance envers l’antisémitisme… ne donnez pas des gages inutiles à l’imbécillité d’une telle malveillance).

        Pour méditer la chose (sous les réserves d’une lecture telle que vous en avez vous-même souligné l’exigence hier dans les propos de Céline concernant Proust, cette phrase de N. « Il faut toujours protéger les forts des faibles » – Toujours ambigu, bien sûr. Sans doute peut-elle servir à tout et à tous. Moi je la lis ainsi : la brutalité, c’est chez ceux que N. dénomment ici les « faibles » qu’elle réside. Et on a peu dépassé les fascismes en matière de brutalité. N. ou l’anti-fasciste absolu.

        Au plaisir de poursuivre.

      3. Avatar de Pablo75
        Pablo75

        @ jicé

        « Comment comprenez-vous l’expression « volonté de puissance » ou « force » ?

        Comme A.Suarès, R. Girard, les fascistes espagnols et italiens et les nazis en général et Hitler en particulier l’ont comprise.

        « hier certains ont pu suggérer que votre goût pour Céline était suspect de complaisance envers l’antisémitisme »

        Ah, bon? Qui ça? Je ne crois pas avoir discuté hier sur Céline avec des crétins ici. Donc votre remarque m’étonne. Si je disais ici ce que je pense des Juifs et d’Israel et pour quelles raisons personnelles je le pense, j’aurais tout de suite les quelques représentants de l’extrême-gauche antisioniste qui fréquentent le site sur le dos. Relisez ce que j’ai écrit sur la personnalité de Céline et la citation de Baremboim que j’ai donné.

        « N. ou l’anti-fasciste absolu. »

        Je ne vais pas discuter sur Nietzsche avec vous ici. Ce n’est pas l’endroit. Mais sachez que je l’ai beaucoup lu, j’ai écrit sur lui (comme sur Céline) et je le connais très bien. Il y a deux Nietzsche: un très bête et atteint d’une cécité mentale très étrange qui a écrit beaucoup de bêtises, très surprenantes souvent (j’en ai cité plus haut plusieurs en répondant à Moi), et un autre génial à la lucidité implacable qui a vu des choses que personne avait vu avant lui. Souvent on trouve ces deux Nietzsche très différentes sur la même page.

        « Notre époque a déjà vécu ou s’apprête à vivre l’effondrement des trois efforts les plus puissants pour remplacer le religieux. Celui de l’Allemagne nazie, c’est l’échec d’un néo-paganisme dont les vrais penseurs sont Nietzsche et Heidegger. Celui du communisme, c’est l’échec du marxisme. Un troisième effondrement menace […] : celui des démocraties capitalistes, qui serait l’échec du scientisme, de tous les efforts entrepris pour réduire les problèmes de l’homme à une fausse objectivité… »
        (René Girard. Quand ces choses commenceront… Arléa, 1994)

        « Lu Nietzsche et fait des notes marginales. Avant tout -cette adoration de la vie- cela a-t-il un sens de tempêter contre la morale au nom de la «vie», alors qu’en fait rien n’est plus moral que le service rendu à la vie? En cela, l’idéalisme perce sans arrêt chez lui. Rien n’est plus bête que de le cataloguer comme pragmatique. »
        (T. Mann el 9-VII-1936. Journal I).

      4. Avatar de Lisztfr

        « Crépuscule des idoles », p 83, folio essais :

        Et la guerre est une école de liberté. Car qu’est-ce que la liberté?
        C’est d’avoir la volonté d’être responsable de soit même. De maintenir
        la distance qui nous sépare des autres. De devenir plus indifférent
        aux peines; au épreuves, aux privations et même à la vie. D’être prêt
        à sacrifier des hommes à sa cause sans s’en excepter soi-même. La
        liberté signifie que les instincts virils, les instincts belliqueux et
        victorieux, ont le pas sur les autres instincts, par exemple celui du
        « bonheur ».
        (…)
        L’homme libre est un guerrier.
        (…)
        Les peuples qui eurent une certaine valeur, qui acquirent une certaine
        valeur, ne le firent jamais sous des institutions libérales. C’est le
        grave péril etc…

        Par exemple… je ne sais pas sur quel compte il faut mettre cela.

      5. Avatar de jicé
        jicé

        Pablo75, vous êtes d’une exquise politesse, même avec ceux qui vous lisent très mal.

        Toujours pas d’accord sur volonté de puissance et force….

        Exemple : la petite musique de l’humeur, naguère morose, maudissante, douloureuse et donc prête à faire mal… Et puis cette émission récente sur Alan Turing, la découverte d’une telle intelligence singulière : envie de le lire, de l’étudier, de le faire connaître… = VOLONTE DE PUISSANCE. Vous avez sans doute lu aussi Spinoza. Dans son langage : passions triste vs passion joyeuse. Variation de l’appétit, qui détermine tout le reste.

        Ou alors observez la spontanéité agissante d’un enfant, sa manière d’aller au monde = VOLONTE DE PUISSANCE.

        Voilà comment j’entends la chose.

        Un second point, même si j’ai l’impression d’abuser : je ne sais pas si vous partagez la règle qui veut qu’on ne doive jamais lire un penseur sans le situer dans le cadre de son / ses problèmes, mieux, de l’historicité de la manière de poser ce problème. Sans le problème, le texte est obscur et sert à tout, le rapporter à son problème ce n’est pas lui accorder une légitimité hors de discussion, mais au moins pouvoir apprécier la ou les tentatives qu’il est pour résoudre le problème dont il traite. Je crois que c’est nécessaire, si on ne le fait pas on pourra dire par exemple que le libre VI de la République de Platon contient le programme politique de Pol Pot, ce qui est stupide.

        N. envisage de bien des manières la sortie du nihilisme, le surhomme peut avoir bien des visages. Je crois que là dessus vous êtes beaucoup plus savant que moi. Il y a un visage de dureté, de pointe aigüe du fatum, de singularité romantique portée à l’extrême de l’incandescence, qui a du agiter bien des complexion fascistes, (c’est pas la figure qui a ma préférence) mais qui n’est pas fasciste dans son essence -il faudrait distinguer dans l’idiosyncrasie fasciste ce qui en relève comme telle et ce qu’elle contient par accident -par exemple la captation de la camaraderie fraternelle qu’elle subordonne à l’emprise totalitaire, disponible à la haine et à la guerre (voir Sebastian Hafner, Histoire d’un allemand) : c’est présent dans le fascisme, ce n’est pas un trait essentiellement fasciste, non? Et il y a la figure de celui qui préféra l’allégresse solaire de Bizet à la sombre agitation wagnérienne, trop européen se disait-il pour supporter le nationalisme et le chauvinisme allemand. Comment voulez-vous que cela colle avec ce qu’en dit Girard?

        Bon je suis lancé, donc j’abuse franchement. L’idée, pas la référence, on est d’accord?

        Girard, quel drôle de type, il m’intéresse franchement. Drôle de paroissien aussi, ce qui le rend encore plus curieux.

        L’essence du christianisme, c’est quoi? Le service de l’autre, la primauté de l’autre, mieux, le contre-nature de la primauté de l’autre. Voilà pourquoi les chrétien savent si peu aimer correctement les autres, voilà pourquoi leur amour est un mensonge, ou recèle un mensonge, celui de l’ambivalence nécessaire du sentiment : on ne peut aimer que ceux qu’ont peut -pour cette raison même- détester, voire tuer. Il y a bien meilleure manière d’aimer les autres que la manière chrétienne, amour mensonger et étouffant, qui se paie de tous les venins de la mauvaise conscience, du dépit, du ressentiment, des aigres règlement de compte -la vie de couple, par exemple, des compromis qu’on finira toujours par faire payer, avec subtilité, cruauté raffinée, la mine détachée. On peut composer avec l’autre -collaborer, s’entraider, s’instruire réciproquement, lutter amicalement ou amoureusement, projeter ensemble etc. Et inversement l’autre peut nous augmenter comme nous diminuer, c’est-à-dire aussi diminuer notre désir de l’aimer en retour, c’est-à-dire de l’augmenter; il peut nous empoisonner : ses demandes, sa souffrance, tout cela comme une bannière, une identité : regarde mes stigmates! Vois comme je suis bon, puisque je souffre! Pouacre, l’amour chrétien!

        Nb : (j’aurais bien des choses à dire aussi de Michel Serres, ami de Girard, étrange philosophe du corps, qui nous rêve précisément sans corps, devenus anges, absorbés dans nos messages).

        Bonne soirée, Pablo.

      6. Avatar de Pablo75
        Pablo75

        @ jicé

        « Toujours pas d’accord sur volonté de puissance et force ».

        « Qu’est-ce qui est bon? Tout ce qui exalte en l’homme le sentiment de puissance, la volonté de puissance, la puissance même. Qu’est-ce qui est mauvais? Tout ce qui vient de la faiblesse.
        Qu’est-ce que le bonheur? Le sentiment que la puissance recommence à croître – qu’une résistance, une fois de plus, a été surmontée. Non la satisfaction, mais davantage de puissance; non la paix, mais davantage de guerre; non la vertu, mais la valeur […]. Ce qui est faible et mal venu doit périr: impératif suprême de la vie. Et l’on ne doit pas faire une vertu de la compassion.
        Qu’est-ce qui est plus dangereux qu’aucun vice? – la compassion active pour tout ce qui est mal venu et faible…
        (Nietzsche. Fragments posthumes. Oeuvres philosophique complètes, vol. XIV. Gallimard, 1992)

        Ça ne vous rappelle rien? Si je savais où se trouve mon exemplaire de Mein Kampf dans mon bordel de livres je vous copierai ici les passages où Hitler écrit la même chose.

        Conclusion: Nietzsche a compris beaucoup de choses sauf l’Essentiel.

  12. Avatar de BRL
    BRL

    Cher Rosebud1871,

    Je n’ignore pas par quelles espèces de montages diplomatiques plus ou moins contraints certains états ont compensé la démobilisation de leur armée. Parmi les états listés, beaucoup sont des archipels minuscules, un semis d’îles mal coordonnées et pas vraiment solidaires les unes des autres dont la mise en défense est quasiment impossible. Quant au parapluie qu’offrent de puissants voisins et « alliés », je ne crois pas que les états qui y ont recours, comme le Costa Rica, se fassent de grandes illusions sur son imperméabilité. Le lâchage de la Pologne en 1939 par ses « alliés » a refroidi pour longtemps la confiance dans l’assistance mutuelle. Du reste, la Pologne avait une armée. Elle pouvait tenir un peu le temps d’acheminer un corps expéditionnaire, si ses alliés avaient vraiment voulu l’aider. Dans l’exemple d’un état démilitarisé, vous n’avez au mieux qu’une gendarmerie pour « tenir » le territoire, laquelle ne pourra mener, en cas d’attaque, que des actions de guérilla. Je pense que c’est néanmoins un bon calcul que de s’en remettre à un autre du soin de vous défendre, à condition bien sûr qu’il ne vous réclame pour seule contrepartie que de reconnaître son primat symbolique dans la région (appuyer la doctrine Monroe, par exemple, en Amérique latine). Pourquoi ? Parce que le budget militaire du big boss du coin va croître, en même temps que s’étendra son aire d’influence, dans des proportions de plus en plus insoutenables pour son économie, et provoquer remous politiques et remises en cause doctrinales au sein de sa population (rappelez-vous dans quel contexte s’est enclenchée la Perestroïka). Au surplus, plus l’aire d’influence s’étend, plus les raisons objectives d’entretenir une armée s’effacent, les ennemis potentiels étant peu à peu absorbés ou neutralisés. Les deux principaux défauts de ce calcul sont 1° qu’il part du principe que cette extension de l’aire d’influence du big boss du coin s’effectue par des voies autres que guerrières, 2° qu’il postule que la population du big boss est en mesure d’infléchir la politique en cours. Mais bon, dans la mesure où les USA, première puissance militaire du monde, sont une démocratie, une démocratie, du reste, dont les pères fondateurs et les premiers présidents (il y a avait des généraux parmi eux) ont exprimé en termes clairs leur défiance à l’égard de la soldatesque (voyez les effectifs ridicules de l’US Army à la veille de la Guerre Civile, 16000 hommes, je crois, de mémoire), tout espoir n’est pas perdu. Toutefois, l’essentiel de l’effort doit porter, selon moi, sur la possibilité de la guerre dans les têtes. Étant friand de jeux de stratégie et passionné d’histoire militaire, je mesure tout à fait le caractère désespéré de la guerre faite à la guerre (les mots eux-mêmes sont frappés du sceau de la violence qu’ils condamnent). En fait, s’il ne s’agit que de se faire peur à bon compte, de tirer des plans, de bander ses muscles et d’agiter ses méninges pour anticiper les manœuvres de l’adversaire, on reste dans le jeu et ce devrait être le seul champ de bataille autorisé. Les psychologues débattent encore là-dessus, donc je ne m’avancerai pas trop, mais j’ai la conviction, pour l’avoir observé en moi et chez des amis qui font de la reconstitution historique, à des fins à la fois ludiques, pédagogiques et archéologiques, qu’il est possible de jouer à la guerre en ayant une horreur absolue de la violence concrète. Quant aux autres formes de violence, ni vous ni moi ne sommes affranchis de la tentation d’y céder, ne serait-ce que sur ce blog, où l’on s’escrime beaucoup, et pas toujours à fleurets mouchetés. Lorsque vous évoquez le cinéma, vous mettez le doigt sur une représentation problématique de la violence, qui assoit quasi systématiquement (c’est bien là le problème) une réussite, crapuleuse ou policière, sur la détention et l’usage d’une arme à feu. La mafia n’a pas eu à débourser quoi que ce soit pour redorer son blason. Le Parrain l’a fait. Cette saga prend place à côté de celle des Rougon-Macquart et des Ewing. En rabattant l’anormal sur l’à-peu près normal, le cinéma hollywoodien a détruit toute norme, toute échelle de valeurs (je parle des valeurs établies par le pacte républicain). Quoi de plus banal, dès lors, que d’assommer un camarade pour lui extorquer un bonbon ou le punir de vous avoir bousculé. Si l’on ne s’indigne plus qu’un gangster flingue sans sommation un serveur parce que celui-ci a refusé d’être traité en larbin, c’est qu’on est mûr pour l’abus de pouvoir ou la servilité. L’excuse de la fiction n’est plus recevable dès lors que le thème fait système et donc construit une doctrine, celle précisément qui, aux USA et ailleurs, défend la possession d’un arsenal domestique.

    Cordialement.

    1. Avatar de Rosebud1871
      Rosebud1871

      C’est bien en amont de la drôle de guerre que le sort de la Pologne a été scellé, dans le peu d’empressement anglo-français pendant les brèves négociations secrètes pour concevoir une alliance inconcevable avec ce qui restait le diable majeur, l’Urss, et ses plaies de Brest-Litovsk. La géopol pris la relève as usual, et Lisztfr de vous interpeller sur la signification « d’une faillite morale collective ». C’est l’ennui du collectif, il est divisible contrairement au réputé individu. Et s’il vous « est possible de jouer à la guerre en ayant une horreur absolue de la violence concrète », je crains que les psychologues soulignent leur embarras dans cette dichotomie réalité/virtuel, même si Woody Allen tente de clore le débat à propos de la réalité comme seul endroit où on peut manger un bon steak. Ensuite cette horreur vous fait fuir les champs de batailles « réels » mais ne dit rien de ce qu’elle deviendrait in situ. Par contre il est certain que des situations extraordinaires « libèrent » des choses stagnantes, étouffées, larvées, contrôlées, d’ordinaire : c’est le classique « l’alcool rend violent ». Ben non, la violence est latente et l’alcool désinhibe rien de plus. Pas chez tous, chez certains, foutus comme ça pour un tas de raisons, mais ils font aussi partie du collectif faillible et ils pèsent plus à certains tournants que d’autres. Sans doute pour ça que Freud puis Lacan un temps ont rêvé de susciter l’analyse chez nos représentants politiques, mais il suffit de considérer la leur au sein de leurs organisations pour entendre que la politique s’alimente des mêmes germes que l’amour. Une démocratie sans amour et donc sans haine, sans passion donc sans violence, où tout serait pesé sans débordements, ne tient pas plus que la tabula rasa qu’on retrouve dans l’expression de ceux qui change de conjoint, de boulot, et parlent de refaire leur vie. Mais vous mesurez déjà « tout à fait le caractère désespéré de la guerre faite à la guerre » ; « guerre » précipite à l’image, mais ça commence et ça finit par des mots divers, avec un incontournable : « paix ».
      Cordialement

  13. Avatar de jicé
    jicé

    Vous ne fâchez personne, vous attristez. C’est périlleux d’avoir un avis sur un penseur qui a publié, d’y mêler impression personnelle, contresens des uns et des autres, de renvoyer l’ensemble à un « climat », un « fumet », une « rumeur ». Est-ce qu’il ne serait pas plus sain de le lire (sans le couper 1/ de son problème; 2/ de son époque), de manière à, éventuellement, le critiquer à bon escient (oeuvres libres de droit et ouvertes à tous ici : http://philosophie.ac-creteil.fr/spip.php?article32&auteur=42 )?

    Cela vous évitera de flinguer le bonhomme aussi vainement que vous l’avez tenté naguère avec

    1/ Descartes : http://www.pauljorion.com/blog/?p=35678#comment-307549

    2/ Spinoza : http://www.pauljorion.com/blog/?p=35678#comment-307544

    (Nb : n’y voyez aucune volonté de vous marquer à la culotte… j’avais même oublié votre existence entre temps… mais les mêmes causes… etc).

    En revanche si vous voulez en débattre, avec d’autres ou moi, c’est ok.

  14. Avatar de Eg.O.bsolète
    Eg.O.bsolète

    Je suis content d’avoir de moins en moins à dire

    1. Avatar de Lisztfr

      Vous allez pouvoir écouter 4’33 » de Nicolas Cage.

      1. Avatar de Cadavre exquis
        Cadavre exquis

        John, pas Nico.

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