RÉGRESSIONS, par Michel Leis

Billet invité.

Avec les plans d’austérité, une grande partie du peuple grec est rentré dans le domaine de la survie. Il est de moins en moins exclu que les peuples espagnol, portugais et d’autres encore partagent ce triste privilège dans un avenir proche. Je sais qu’il faut par nature se méfier des analogies hâtives, mais les disparités croissantes entre les pays et les régions ne sont pas sans rappeler une organisation de l’espace beaucoup plus ancienne, celle de l’espace européen à la fin de moyen âge. Une référence s’impose, celle de Braudel et sa somme « Civilisation matérielle, économie et capitalisme du XVe au XVIIIe Siècle ».

De quoi s’agit-il ? De la renaissance durant cette époque des villes, qui s’affirment rapidement comme les lieux de concentration de la richesse. Ces pôles se développent dans de vastes espaces géographiques cantonnés à une économie dépassant de peu le niveau de la survie. La population habite pourtant très majoritairement dans les campagnes, les villes ne représentent qu’une toute petite fraction de la population totale. La richesse des villes vient en partie de l’interdépendance qui se crée avec l’espace environnant. Les campagnes écoulent leurs surplus à la ville voisine, fournissent la matière première et une main-d’œuvre supplétive quand elle est suffisamment proche. La ville crée un cadre et cristallise la division du travail, des artisans fournissent les outils et les biens manufacturés indispensables aux campagnes alentours, d’autres artisans plus spécialisés transforment les matières premières en produits à forte valeur ajoutée. Pour vraiment s’enrichir, une cité doit de se spécialiser et se différencier des autres villes : les cités drapières du nord par exemple. Un commerce de haut niveau s’établit entre ces villes, dessinant les prémisses d’une économie internationalisée. Au sommet de la pyramide une ou plusieurs villes mondes concentrent les « surprofits », soit parce qu’elles sont des lieux de marché, soit parce qu’elles assurent le commerce au loin et les échanges de produits rares avec l’extérieur, ou encore parce qu’elles assurent le financement et le clearing de ce commerce haut niveau. Ces pôles de richesse demeurent très indépendants vis-à-vis du pouvoir central, quand celui-ci cherche à affirmer son autorité absolue sur son territoire. Les surprofits générés sont peu taxés, le système d’imposition est historiquement construit sur l’exploitation des terres et un peu sur la circulation des marchandises, il frappe avant tous les campagnes (la taille royale, en partie fondée sur le revenu ne devient permanente qu’en 1439 en France).

Si l’on veut bien remplacer les villes d’autrefois par les régions riches de l’Europe d’aujourd’hui, on est à bien y regarder dans une organisation de l’espace pas aussi éloignée qu’il n’y paraît des temps anciens. Bien sûr, l’analogie ne peut se faire au premier degré, les processus de production sont autrement plus complexes et la pauvreté des régions autour des pôles de richesse est très relative, surtout si on la compare à celle qui frappe les pays du Sud. Il existe une consommation minimum au-delà de la  subsistance où, pour caricaturer, la télévision remplace la veillée d’autrefois. La relation d’interdépendance entre les régions n’est pas forcément limitée au territoire environnant, ni aux seules relations économiques. Il subsiste encore quelques budgets de transferts européens ou nationaux, ultime trace d’un reste de volonté politique. qui frappe les pays du Sud.

Cependant, une réalité s’affirme de plus en plus dans l’économie européenne : quelques pôles concentrent la richesse, et certains sont au sommet, accaparant comme par le passé l’essentiel du surprofit. Comme par le passé, l’exploitation au mieux de l’espace environnant et la spécialisation assurent cette place en tête de la hiérarchie. L’Allemagne a créé son Hinterland où la relation de dépendance est extrêmement forte, les disparités sociales assurent les surprofits de l’industrie allemande. Londres maintient sa place au soleil par son rôle dans les opérations de financement et d’assurance. Une autre similitude se fait jour, la richesse s’accumule dans des entreprises, mais la prospérité des entreprises ne signifie plus la prospérité des États, juste celle des régions environnantes. Il subsiste pourtant des situations différentes. Quand en Allemagne, l’implantation du siège des grandes industries et des lignes d’assemblages dégagent des excédents commerciaux, c’est tout le pays qui en bénéficie. Quant en France des entreprises parmi les leaders mondiaux de la distribution ou des matières premières dégagent des surprofits, ceux-ci ne bénéficient pas à l’État et ne contribuent que marginalement a la balance des paiements. Seule l’Île de France et ses sièges sociaux s’affirme en tant que pôle de prospérité.

Cette référence historique fait craindre que ce type d’organisation profondément inégalitaire de l’espace et du social puisse être pérenne. Sans même remonter au moyen âge, c’est sur le plan mondial la répartition qui existe entre les pays du Nord et ceux du Sud depuis la décolonisation. Tout est question d’équilibre entre les pôles de richesses et leurs zones d’influences. S’il n’est pas absurde de penser qu’un tel type d’organisation puisse s’établir durablement en Europe, il faut évidemment s’interroger sur les conditions qui pourraient rendre ce type de situation possible.

En premier lieu, l’affirmation de ces îlots de richesse doit se concrétiser par une accentuation des disparités régionales. Au-delà de la différence de développement des régions, un petit coup de pouce des politiques reste nécessaire. L’approfondissement de l’austérité et les politiques destinées à rétablir une hypothétique compétitivité sont tout à fait à même de conduire à ce résultat. En ce qui concerne les partis traditionnels de pouvoir, la messe est déjà dite. L’illusion allemande que j’évoquais dans mon précèdent billet gouverne l’approche des partis conservateurs et libéraux. Mais l’incantation pour un retour à la croissance scandé par la gauche européenne n’est qu’un ballon d’oxygène, elle n’est pas de nature à corriger les profonds déséquilibres en Europe (voir mon billet le Régime Grec). On peut craindre aussi que le retour à une croissance modérée ne serve de prétexte à un rognage accéléré des programmes sociaux (on en peut à la fois financer la croissance et la solidarité). Enfin, le retour à l’ordre et aux États nations prônés par les partis populistes européens est un trompe-l’œil destiné à séduire un électorat déstabilisé. Le discours de préférence nationale et le refus de l’Europe ne sont pas synonymes de solidarité, bien au contraire. Il faut mettre en perspective ce discours avec celui tenu par les partis populistes régionalistes. La polarisation de la richesse s’accompagne de revendications souvent paradoxales pour qui veut bien se donner la peine de les lire. NVA, Vlaams Belang, Ligue du nord, partis catalans… Dans le discours de ces partis populistes se trouve un refus de la solidarité avec d’autres régions plus pauvres, tout en revendiquant un rattachement à l’Europe qui n’est peut-être pas que de façade. C’est l’égoïsme des nantis pour qui la solidarité se limite à la charité.

La deuxième condition, c’est de rendre pérenne cette situation par l’adhésion d’une majorité de citoyens. À court terme, il y a une certaine capacité de la nouvelle propagande (celle fondée sur les discours «réalistes » et le « politiquement corrects ») à emporter l’adhésion, les 60% de oui du referendum irlandais sont à ce titre édifiants. Il existe en dernier recours ces solutions de repêchages que constitue le retour aux urnes ou pire encore, la non-consultation des citoyens. Le deuxième round en Grèce n’est pas une première dans le domaine. Dans le long terme, il est nécessaire qu’une nouvelle régulation collective émerge pour assurer l’acceptation des individus. Au moyen âge, la normalisation collective permettant le consentement de la population reposait sur un mélange de pouvoir absolu (le pouvoir temporel), de croyances (l’ordre religieux) et de peurs. Le monde occidental moderne s’est construit sur un consentement collectif fondé d’abord sur l’aspiration au progrès (social ou économique), puis sur la concrétisation partielle de ce progrès dans une norme de consommation étendue. Comment construire le consentement sur une régression sociale généralisée ? Les modes de régulations anciens tiennent la corde dans les pays du sud, mais il est vrai que la norme de progrès n’y aura fait qu’une brève apparition. Quant à l’Occident, on pourrait imaginer, telle une ultime régression, le retour à un mode antique, du pain et des jeux…

Au-delà de nos rêves pas tout à fait morts d’un grand soir, de ce désir jamais avoué et un rien morbide de catastrophes qui montreraient combien nous avions raison, il ne faut pas négliger la capacité de la société à renouveler en permanence les racines du mal. Il n’y a ni complot, ni plan stratégique visant à établir une telle situation en Europe. Ce qui est une fois de plus a l’œuvre, c’est la forme moderne du « paradoxe des conséquences », ce que j’ai appelé dans mon essai le « paradoxe du Guépard ». Des réformes sont entreprises par les élites visant à maintenir en l’état une certaine dynamique économique et sociale. Comme l’analyse de la situation de départ est entachée de biais, les conséquences de ces réformes ne sont pas celles attendues. Pour autant, les effets restent bénéfiques pour les élites qui les ont initiés, mais les tensions s’accumulent, jusqu’au moment où un point de rupture est atteint, changeant les règles et les paradigmes. Ces points de rupture n’impliquent pas systématiquement une refonte de la société, surtout dans une perspective de long terme. Par exemple, la révolution russe avec du recul n’aura été qu’une vaste redistribution des richesses et du pouvoir d’une élite vers une autre élite. Cette capacité du système à se régénérer au détriment du plus grand nombre ne doit jamais être sous-évaluée, le vrai changement ne viendra pas forcément de l’effondrement du système, il reste plus que jamais du domaine de la lutte.

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87 réflexions sur « RÉGRESSIONS, par Michel Leis »

  1. « Le monde occidental moderne s’est construit sur un consentement collectif fondé d’abord sur l’aspiration au progrès (social ou économique), puis sur la concrétisation partielle de ce progrès dans une norme de consommation étendue »

    Ce point est central. C’est un concept de société ! Et tout concept doit être questionné, évalué !
    Vous y croyez encore???? Pensez vous que mathématiquement le profil d’évolution de la croissance et du bonheur soient linéaire?????

    1. L’idée d’un consentement collectif me semble essentielle pour comprendre ce grand mystère collectif : comment assurer une certaine stabilité à une société inégalitaire et souvent injuste ? L’idée générale, c’est que ce consentement est fondé sur une normalisation implicite des comportements. Norme de consommation, normes de production et de profit, norme de conquête du pouvoir, ces grands référentiels guident les comportements des individus, des entreprises et des hommes politiques. Cette normalisation apporte le confort de la conformité au plus grand nombre, elle prévaut sur la rationalité dans le domaine économique (autrement dit, la rationalité économique consiste à reproduire les stratégies les plus performantes). La croyance dans le progrès et l’établissement d’une norme de consommation me semblent en être les formes les plus récentes pour les individus (en Occident tout du moins). Il n’y a là aucune relation entre croissance et bonheur. Dans leur forme moderne, ces normes se construisent sur une dynamique permanente. La norme naît du comportement des acteurs les plus visibles ou les plus avancés dans leur domaine. Une majorité s’y reconnaît et la minorité la plus active essaye de préserver ou de détourner à son profit la norme existante. Les tensions s’accumulent car la normalisation fonctionne aussi sur la possibilité de reproduction par le plus grand nombre, et cette dynamique finit par générer des points de rupture (les crises). C’est ma proposition sur la compréhension de la crise, mais elle peut être bien sur discutée et évaluée…

      1. Je pense que l’endroit où le coche fut loupé et les bonnes idées mises de côté – votre article me le rappelle furieusement sans y faire une référence explicite – fut le cycle des révolutions du XIX et plus précisément durant la première moitié de ce siècle quand il était question de révolution des honnêtes gens ou de celle des partageux, les honnêtes gens contre les sans-culottes, comme a parfaitement résumé La Fayette.
        Au final, ce fut le triomphe du libéralisme voltairien : le gouvernement de la majorité par une minorité qu’elle nourrit et entretient, comme il décrivit lui-même le gouvernement idéal. Les honnêtes gens pouvaient, dès lors, entreprendre la véritable révolution qui les portera au pouvoir pour les deux prochains siècles : la révolution industrielle. Cette configuration oligarchique a traversé toutes les crises économiques et politiques successives jusqu’à aujourd’hui.

        En fait, je pense que nous n’avons pas dépassé le stade de l’analyse d’un Marx ou Hugo observant les journées de juin 1848 à Paris. Ou celui du conflit entre Thiers et Gambetta sous toile de fond d’invasion prussienne.

      2.  » Il n’y a là aucune relation entre croissance et bonheur »
        Ok, mais pourquoi suis je attiré par la cuisinière à induction, par internet, ? : En dehors de mon besoin de m’alimenter ou de communiquer. Est ce que je répond exclusivement à une norme sociale? Est ce uniquement pour faire comme tout le monde? Ou est ce que se serait par passion pour le progrès ? Peut être est ce mon impatience? Je crois en effet que c’est en relation avec un besoin de raccourcir le temps et l’espace. En fait ce n’est pas le progrès en tant que tel, qui semble m’importer. Peut être aussi est ce ma préférence pour le confort?. Dans ce cas tout de même je perçois que mon état interne s’oriente vers la satisfaction: un petit bonheur parmi d’autres. Et la je suis d’accord le confort est une norme sociale. Ce qui me renvois à ma question : ce processus est- il linéaire? Je crois que non. Ce processus est chaotique et c’est en ce sens que les crises sont impossibles à éviter….

      3. @Michel Leis:
        ////L’idée d’un consentement collectif me semble essentielle pour comprendre ce grand mystère collectif : comment assurer une certaine stabilité à une société inégalitaire et souvent injuste ? //////

        Les seuls systèmes stables sont des systèmes parcellisés auto-organisés (du moins pour tous les autres systèmes vivants). Pourquoi sortir de ce modèle ?
        Le consentement collectif passe par un consentement individuel …qui n’est possible que dans un groupe restreint , ou l’individu , parce qu’il connait tous les membres consent a confier les décisions importantes , meme si elles lui sont contraire . L’ acceptation d’ un dictat partiel « consenti » est nécessaire du fait que nos actes doivent servir non seulement nos interets immédiats , ceux du groupes , ceux du groupe ds le temps (civilisation) et ceux de l’espece …du moins ne pas les mettre en danger .
        La « Raison » est infoutu de faire la « part » de ces différents interets et privilègiera toujours l’individu immédiat …….Il a donc fallu confier les interets des autres acteurs a d’autres règles comportementales assez fortes pour combattre « la raison » …….. Ce sont les rites culturels pour la civilisation et l’ instinct pour l’espece .
        Mon discours est « réactionnaire » ( mythe d’ Orphée) , mais il n’est que d’ ouvrir un journal , si vous en trouvez encore un , pour constater les dégats de « la raison » ,du « rationalisme » et surtout des constructivismes … Nous ne pouvons quitter une aliénation que pour en retrouver une autre …..qui n’ apas eu des milliers d’années pour se modérer et se réguler …peut etre la raison de son coté abjecte et obscène .

      4. La norme est un enjeu en tant que tel. C’est une des hypothèses de départ de mon essai « Crises économiques et régulations collectives – Le Paradoxe du guépard ». C’est la tentative d’appropriation d’une dynamique des normes propres à chaque groupe qui finit par casser le principe de la normalisation (plus de reproduction possible). La norme de consommation crée aujourd’hui sa propre frontière intérieure. La norme de profit est devenue inatteignable ou insupportable pour la plupart des entreprises. L’accumulation des tensions se comporte comme un tremblement de terre, par nature imprévisible dans sa survenue, mais tout à fait prévisible en tant que phénomène.

      5. http://www.larousse.fr/encyclopedie/divers/siècle_des_Lumières/130660
        Sur ce lien dans la partie : marcher vers le bonheur, vous observerez que les hommes des lumières croient que l’avancée de la science ( le progrès) garantit la marche vers le bonheur. Ce concept de marche vers le bonheur date donc de la Révolution Française et peut donc être comme vous le dites un  » consentement collectif » et que pour l’atteindre les générations suivantes ont peut être alors concrétiser cette aspiration groupage « dans une norme de consommation étendue ». Peut être que c’est sur ce principe que c’est construit la normalisation. Et qu’aujourd’hui il n’y a plus de reproduction possible. Le bonheur n’est plus à notre portée sans souffrance…. Et la consommation ne peux plus continuer a nous le faire croire.

        Un autre extrait: INTERVIEW de Boris Cyrulnik qui va dans le même sens:
        « Peut-on apprendre à être heureux?
        On peut apprendre à chercher le bonheur ce qui est déjà le début du bonheur. Mais la recherche du bonheur est une exigence récente puisqu’elle date de la Révolution française. On croit que le bonheur est une entité, quelque chose en soi alors que beaucoup de cultures pensent qu’on ne peut pas être heureux sur terre. La culture occidentale chrétienne, par exemple, disait que le passage sur terre est une vallée de larmes entre deux paradis, le paradis perdu et le paradis à retrouver si on a été sage sur terre. La recherche du bonheur, récente, provoque paradoxalement beaucoup de malheur? »

      6. Je serais étonné qu’une bifurcation profonde ait eu lieu entre 1790 et 1900, il faudrait sans doute regarder vers l’Angleterre au XVIIIe, déjà peuplées de pas mal de prolétaires.

        C’est la tentative d’appropriation d’une dynamique des normes propres à chaque groupe qui finit par casser le principe de la normalisation (plus de reproduction possible).

        Diablement intéressant, voila de la lecture en perspective. Mais en attaquant au niveau de la norme, n’êtes vous pas en train de prendre la proie pour l’ombre, de chercher une étiquette qui formalise ce que la société est de toute façon ce qu’elle est déjà.

        Que des normes donnent lieu à tensions et tensions qui ne trouvent de résolution que dans des relatifs extrêmes, nous en avons un exemple sous les yeux, quotidien à souhait : les normes d’habillement des femmes, qui poussent soit (1)vers une fuite dans la séduction, elle-même retravaillée en génération fractale de modes, mais que ne dit-on à une femme qui ne fait pas d’effort de coquetterie ou ne s’épile pas etc. .. .soit (2) vers une fuite dans l’in-séduction, j’ose à peine écrire le mot « voile », je pense surtout au processus et fait fi de ses avatars précis actuels et des multiples significations annexes devenues moins annexes dont ils ont pu se charger dans les contextes attisés ici et là par ceux que cela peut arranger.
        Ce qui m’intéresse est que ce point délicat (du genre : une assistante maternelle doit-elle pouvoir porter un voile, ou symétriquement, toute femme doit-elle se prêter à la mode du pantalon taille basse quoiqu’elle en pense) est devenu surtout un point de frottement, et qu’y laisser le regard se sidérer, c’est comme regarder avec des yeux écarquillés ici des Rolex et là des quais d’Ouistreham, ou, comme vous le dites si bien, M. Leis,les disparités qui vont s’accélérant aux longs de flux maintenus « optimalement » à cet effet entre futur ghetto germanique et « zone » autour, zone Braudelienne pour faire se rencontrer dans une expression un mot un peu racaille et un historien au verbe si enchanteur.

      7. @ Lac :
        On présente de façon « obligatoire » les « lumières » comme une bifurcation positive .
        Je crois tres fort a la prise de pouvoir d’ une entité émergente (civilisation) qui exploite ce caractère « déviant » issu d’ une croyance .
        J’ avais une amie supérieurement intelligente , mais véritable souillon , qui a cru résoudre son laxisme ménager …en achetant une M.a Lav vaisselle ….
        Je ne sais comment vous fonctionnez , mais qd un potager et qqs poules vous possèdent ….la cuisinirere a induction tient du comique de Boulevard . (sans vouloir vous offenser) .On ne cuisine vraiment bien qu’ au…gaz …qd on n’a pas de cheminée ….
        Si vous avez l’ extrème bonheur de n’ etre (naitre) pas urbain ..je vous conseille une trouvaille majeure :
        La cuisine exterieure ! Face au jardin , en lumiere naturelle , abritée , mais pas fermée , a 2m des plantes aromatiques et a 5m du bavardage servile des poules (style 69) …… utilisable quasi toute l’ année au sud de la Loire et les 2/3 du temps au Nord …Plus d’odeurs , de Vmc invertie ou non , on cuisine par plaisir ……..
        On ne trouve pas le « Bonheur » sous le lampadaire technologique !

    2. @ kercoz,
      Bonjour, il est vrai que votre évocation à un petit air de bonheur; et à la différence d’un objet réel cet instant de cuisine que vous décrivez à une dimension fractale incroyable. Il faut juste arriver à le fixer et savoir qu’il peut être répété et partagé dans le réel ( et même par le virtuel). Je rajouterais simplement que votre évocation du « lampadaire  » m’a aussi connecté à un vécu passé fort agréable… ( je n’en dirais pas plus…). Comme quoi la technologie peut aussi orienter le bonheur !
      Les philosophes des lumières ont aussi dû percevoir que le progrès était un facilitateur de moment de  » satisfactions » , mais ne l’ayant pas expérimenté dans la durée et surtout n’ayant pas vu le danger de construire le bonheur sur une relation aux objets, ils nous ont probablement transmis  » une norme » qui est aujourd’hui confronté au réel: et malheureusement, aujourd’hui, il n’y a plus de reproduction possible..le plus grand nombre étant en train de s’approprier ce qui était « normalement » réservé à un petit groupe. D’une consommation pour des élites nous sommes passées à une consommation de masse…
      PS: merci Mr Leis, je pense que vous avez vu juste avec votre idée de
      -consentement collectif,
      -de normalisation au profit d’un petit nombre,
      -et d’une rupture sous forme de crise quand un grand nombre a la possibilité de s’accaparer cette « mode ».

  2. Comment construire le consentement sur une régression sociale généralisée ?

    Mais voyons, c’est très simple : en offrant aux classes moyennes déchues, la possibilité de se refaire un statut social construit sur « le care » aux plus démunis, !

    Il y a quelques matins, sur France-culture, Lionel Trouillot, nous expliquait comment comment Haîti est devenu un Eden pour les vautours déguisés de l’humanitaire, … un gagne pain symbolique et matériel pour des personnes qui en aurait été incapables dans leur propre pays…

    1. pour des personnes qui en aurait été incapables dans leur propre pays…

      incapables , selon quels critères? les vôtres?

      Un parallèle:
      En URSS, la censure s’appliquait aussi à des écrivains médiocres.
      Ils trouvaient dans cette persécution une justification que leur art
      leur aurait dénié… dans une société libérale. ( toujours indépassable dans l’imaginaire de l’Europe de l’Est.)

      Il y a quand même une question de nombres,
      de correspondance entre le nombre des démunis et le nombre
      de médiocres à occuper ressortissants de la classe moyenne.

      A supposer qu’un médiocre ne puisse faire du « care » qu’à un pauvre,
      Y-a-t-il assez de pauvres, ou trop ?
      La classe moyenne en perdition augmente-elle plus vite que le nombre
      de pauvres ?
      Seront-ils obligés de s’expatrier dans les Haiti du monde ?
      La doxa libérale dit que la richesse augmente dans l’ex tiers-monde.
      ( On n’en conclura pas que le nombres de pauvres diminue…)
      Vont-il s trouver assez de pauvres ?
      Que de questions angoissantes un jour de vote !

      1. Ecoutez Lionel Trouillot, ( je donne la référence, cliquer ! ) c’est de première main, et l’analyse est la sienne. J’ajoute que les AMAP, ( TEIKEI) c’est pas mal non plus, vu que c’est pour les classes sociales un peu élevées, la combine idéologique est patente 😉 .

    2. Cynique mais intéressant.
      Et concrètement comment feriez vous sans avoir besoin d’aller à Haïti? Comment orienter les classes moyennes vers  » ce care »? . Ce comportement n’est en effet pas naturel. Sauf peut être en tant de guerre !

      1. Bonjour Lac ,je ne suis pas cynique envers le care et l’aide humanitaire, mais contre l’usage hypocrite « du care » et de « l’aide humanitaire ».

        Michel Leis interrogeait

        « Comment construire le consentement sur une régression sociale généralisée ? »

        , L’idée générale de ma « réponse » était d’attirer l’attention sur l’hypocrisie sociale, sur ce qui se joue sous la crise, et de souligner qu’indépendamment du niveau de richesse, chacun dans la régression sociale généralisée veut conserver sa place relative.

        Comme l’écrivait Jean-Marie Vincent dans un commentaire de Toni Negri,

        «Il faut de fait prendre en compte l’intrication des individus, d’une grande partie d’entre eux, dans des rapports de pouvoir où ils ont du pouvoir sur d’autres, pouvoir qui conditionne dans une large mesure leur existence et leur place dans la société. Cela vaut pour le pouvoir des hommes sur les femmes, cela vaut pour une partie non négligeable des travailleurs dans les relations de travail, cela vaut pour beaucoup de relations au quotidien, etc. La plupart du temps, ces relations sont ambiguës, car elles n’excluent ni certaines marges d’autonomie pour les dominés, ni non plus des relations de dépendance pour ceux qui sont partiellement dominants. Ce qu’il faut bien voir, toutefois, c’est que l’autonomie de ceux qui exercent du pouvoir sur d’autres tend à être paranoïde, c’est-à-dire tournée précisément contre les autres et enfermée dans ses prérogatives jalousement préservées. L’autonomie apparaît le plus souvent comme la mise en œuvre de compétences hiérarchisées pour réussir des performances dans les joutes de la valorisation et non comme le fondement d’échanges libres.»

        « Lac », vous posez en substance la question, « Comment orienter les classes moyennes vers des comportements solidaires et fraternels prenant soin de l’autre ? »
        Michel Foucault, je crois me souvenir, concevait le Pouvoir à la façon dont les abeilles sont au service de la Reine, sans que celle-ci décide de quoi que ce soit, tandis que les ouvrières la servent mécaniquement. Henry Laborit, me semble avoir mis en évidence la chaîne d’information par laquelle se structure « le pouvoir de la ruche ». Dans cette approche, s’attaquer au 1% ne mène à rien, même si l’attaque est parfaitement justifiée et légitime, le rassemblement des 99% contre « le pouvoir » de l’ennemi commun ne peut renvoyer qu’aux rapports de pouvoir inanalysés entre les groupes sociaux qui composent les 99%.

        Pour avancer, je dirai qu’il faut créer des analyseurs. Par exemple, en proposant ouvertement des Amaps et des circuits courts entre les déshérités des cités banlieues les plus reléguées et les paysans proches classes moyennes pauvres, mais propriétaire. Cette confrontation sera explosive, car elle fera valser la notion de « propriété de la terre », point infiniment sensible chez tout agriculteur, et il sera impossible de mettre en place de nouveaux circuits de servage pour travailleurs pauvres dans l’exploitation agricole, mais le débat sera ouvert.

        Dans l’urgence provoquée par l’incurie néolibérale européenne, j’imagine très bien, que nous ne ferons rien, en Grèce, pour contrer l’instauration de circuits longs de nourritures mafieuses et dont le cheminement ramifié renouera le tissu social brisé. Les Grecs ne sont bien évidemment pas plus corrompus que nous ne le sommes, ni plus prédisposés. Par contre, il est vrai que la société grecque a été pendant des décennies violemment structurée par le fait de soutenir massivement dans les urnes le mode clientéliste pyramidal, et pour lequel la corruption fut l’effecteur privilégié de contrôle de hiérarchies sociales distribuées depuis Bruxelles en passant par Athènes et du haut jusqu’en bas : retourner la structuration politique déficiente sur l’obésité supposée des individus pour les mettre collectivement « au pain sec » n’est pas pédagogique, sauf à vouloir enseigner l’efficacité du sadisme, surtout s’il reste à râfler, quelques jolis gâteaux.

        Pour qu’il y ait « classes sociales », il faut d’une part, que l’opposition entre classes soit produite par des rapports sociaux déséquilibrés, et d’autre part que les deux groupes aient conscience de la détermination des rapports sociaux qui les créent comme classes opposées.

        Cette vision « front contre front », est peu mobilisatrice, mais la rétroaction croisée des couples Hollande Mélenchon et Sarko–Lepen montre, à gauche comme à droite, combien le vote est une magie nécessaire au refoulement de nos petites faiblesses dans l’arrière fond de nos consciences, en ce sens, comme le rappelle Georges Vignaux(1), la Boétie, en son temps, désignait nommément la corruption de tous comme « secret de la domination ».

        (1) Directeur de recherche honoraire au Centre national de la recherche scientifique, Paris. Docteur d’État en linguistique et sciences cognitives (Paris7) Directeur de programmes en langage et cognition et nouvelles technologies de communication Chevalier dans l’Ordre national du Mérite 😉 😉

        PS, dans le cadre d’une réflexion constituante, je signale un texte de Jean-Marie Vincent qui me parait intéressants et en présente deux extraits assez annonciateur des possibilités des réseaux dans une société fluide ( de Rosnay surfer la vie p.p. 153- 161)

        les faiblesses essentielles de la Révolution française se situent ailleurs, notamment dans les conceptions politiques et idéologiques de ses dirigeants, fortement marquées par les idées de Jean-Jacques Rousseau. Le pouvoir constituant n’est pas reconnu par eux, en tant que tel, mais se trouve transfiguré et sublimé comme manifestation de la volonté générale. Le contrat social qui est censé fonder le pouvoir constituant dépouille la volonté de tous de ses qualités concrètes et la projette dans une volonté générale abstraite qui gomme la conflictualité sociale et l’agir propre des groupes sociaux et des individus. Le pouvoir constituant ne peut donc être une temporalité constitutive, innovatrice, créant de nouvelles relations entre les individus singuliers et de nouveaux rythmes dans leurs échanges. Il devient une sorte de pouvoir paternaliste malgré ses références républicaines et ses références à la vertu, interprétée selon les images qu’on se donne de la vertu antique. Comme le dit Antonio Negri, dans ce contexte, Robespierre peut se présenter comme le pape de la volonté générale et célébrer le culte de l’être suprême, mais ce faisant, il prépare lui-même sa propre défaite et la victoire des thermidoriens.

        …le pouvoir constituant, pour ne pas être éphémère, doit avoir la possibilité de se déployer pleinement, c’est-à-dire de se manifester simultanément comme l’agir de singularité irréductibles les unes aux autres et comme agir collectif riche de multiples déterminations et mouvements. Le pouvoir constituant ne doit être ni uniformisation, ni homogénéisation de l’espace social, il doit être démultiplication, foisonnement démocratiquement assumé d’activités. Il est, en un mot, généralisation et synthétisation du pouvoir d’agir différencié des individus dans leur diversité. Antonio Negri parle à ce propos de déplacement politique de l’être ou encore d’une ontologie positive et critique du pouvoir constituant, mais il sait, bien entendu que des obstacles doivent être levés pour que la capacité d’agir de la multitude se réalise pleinement et soit reconnue socialement. Pour cela, selon lui, il faut libérer la subjectivité constitutive de la puissance de tous les dispositifs de la souveraineté post-moderne (les systèmes de contrôle et de commandements dissimulés, les systèmes de représentation simulés) et des transcendances normatives (notamment les constitutions comme réalités séparées et le droit comme réalité naturalisée. Dans les actions collectives débureaucratisées, les subjectivités en tant que forces constituantes doivent s’affirmer comme auto-production, comme séquences et réseaux d’interactions immanents à eux-mêmes, en forçant plus particulièrement sur la coopération et les interdépendances qui s’établissent dans l’agir. Dans cet esprit, les pratiques collectives doivent se débarrasser de ce qu’elles peuvent avoir de rigide et s’ouvrir à l’imagination pour modifier les situations (cf. à ce sujet Michael Hardt et Antonio Negri, Labor of Dyonysus, 1994) et actualiser les virtualités des subjectivités.

        ) Les méandres du pouvoir. De la domination à la liberté

      2. Réponse à comment modeler la base en gardant ses petits privilèges ?
        Il y a la reine et les abeilles, vive la modélisation utopique….
        « Pour avancer, je dirai qu’il faut créer des analyseurs. Par exemple, en proposant ouvertement des Amaps et des circuits courts entre les déshérités des cités banlieues les plus reléguées et les paysans proches classes moyennes pauvres, mais propriétaire », voyez-vous qui avancent et qui régressent. Orienter les classes moyennes vers la solidarité sous-entend par mimétisme orienter les classes les plus aisées vers plus de solidarité ! Cette réponse est sans doute trop simple….Toujours une histoire de statut, pour défendre le bon ou le mauvais modèle !

      3. Olivier69 , voudriez-vous expliciter davantage votre position ; votre « vive la modélisation utopique » me semble ironique et parait critiquer la position de Michel Foucault relative au pouvoir, pouvez-vous expliquer. Par ailleurs ma critique est effectivement relative à l’échelle hiérarchique des statuts sociaux. Voudriez-vous présenter votre défense du principe de hiérarchie sociale ?

      4. Jean luce,
        pour moi, la hiérarchie sociale n’est pas en soi le problème mais plutôt son cadre (le fond et la forme). Ce sont les principes qui structurent la hiérarchie (le pouvoir financier annihile la séparation des pouvoirs constitutionnelle) et les limites quantitatives (l’héritage et la notion de valeur) qui sont mal définis et mal encadrés (corruption facile). Il est utopique de penser faire disparaître une hiérarchie car elle est l’expression de nos différences. Les critères financiers déterminent aujourd’hui les différences (avec un mouvement de concentration, la bipolarité pauvre-riche) alors pourquoi ne pas borner la richesse avec des limites mathématiques. Ce serait déjà un bon début que de montrer l’exemple de la satiété. Enfin, l’entreprise doit être également repensée…

      5. Olivier69

        vous écrivez

        Il est utopique de penser faire disparaître une hiérarchie car elle est l’expression de nos différences

        Fort bien, quels sont les critères de « différences » qui justifieraient l’utilisation des vieux mécanismes de la dominance en vue du maintien d’une organisation sociale hiérarchique.

        a+

      6. Toujours, ou du moins souvent, la question
        « où veut-il en venir ? »
        Rendez-vous compte ( c’est admiratif…) vous papillonnez
        sur les plate-bandes de pas moins 3 articles de Paul et Zébu !

        Mais, enfin, enfin, pour olivier69 vous n’avez pas compris.
        Il vous dit la hiérarchie, faut faire avec, impossible de la
        larguer. Vous lui demandez de justifier ses mécanismes.
        ( commentaire : quand on se couche devant une évidence,
        il me semble incongru de se voir demander la justifier…)

        Voilà, voilà : une lueur dans le brouillard.
        (la lueur, tremblante et incertaine, c’est moi;
        le brouillard, c’est l’effet de votre prose sur moi, encore.)
        Je crois avoir trouvé: vous cherchez à établir
        votre domination intellectuelle sur des moyens types
        ( j’ai pas osé écrire pauvres ) comme moi.

        Votre proposition d’instituer des paumés des quartiers
        en rupture du Droit comme « contrôleurs » des Amap
        est courageux. J’aimerais voir ça en pratique…
        La pratique, à partir d’une bonne analyse de fond,
        irremplaçable qu’elle est.

        Sérieusement, votre question de dominance
        remet en cause l’existence établie des Sociétés.
        Ce disant, je ne suis pas loin d’olivier69, avec une différence:
        les hiérarchie je les sabote. On ne doit pas agir
        sur une société, mais on peut dire son fait à un incompétent.
        Il y a plus basique-urgent à réfléchir, notamment
        éviter matériellement la constitution d’une aristocratie
        spoliatrice.

      7. Jean luce,
        Je pense que la résidence est un facteur déterminant. Ainsi, les besoins sont différents en fonction de la zone géographique. Et donc, les cultures, la sociologie et la psychologie sont des atouts qu’il convient de mettre en valeur. Essayer de développer l’autonomie afin de respecter l’échange dans le cadre d’une interdépendance relative (dangers de la dépendance). Ensuite, la représentativité par rapport aux besoins du groupe est en soi un facteur de hiérarchisation sociale dans le cadre d’une réponse face aux attentes. Je m’explique, celui qui ne cherche pas à dominer mais qui est capable d’apporter ses compétences à l’ensemble est le véritable maître. C’est le consentement de l’ensemble pour une réalité hiérarchique plus juste (la reconnaissance). Ainsi, la satiété est une vertu qui conditionne notre évolution. Nous sommes confrontés à des enjeux (rareté des ressources) et ceux qui trouveront les solutions consensuelles et non conflictuelles doivent être les représentants légitimes. C’est pourquoi le rôle de la philosophie (sans nier l’importance des maths) est capital. Vous savez, malgré nos divergences, j’écoute attentivement vos propos (la richesse de l’échange). Je vous donne un exemple pratique : celui qui veut faire une base autonome durable ne pourra pas se replier sur soi en cas de conflit si il n’est pas capable de s’entourer (socialisation). Nous devons créer le monde ensemble et pas les uns contre les autres (idéologie libérale). L’homme n’est pas qu’un loup pour l’homme mais bien plus. La comparaison avec les abeilles peut-être enrichissante mais tout dépend de l’usage. Nous sommes différents car l’évolution nous a fait différemment. Je suis maladroit dans la forme mais… L’importance de l’éducation et de la formation me montre aujourd’hui que l’argent n’est vraiment pas ma force et ma richesse. Je sais pour autant diversifier raisonnablement. Je suis un touche à tout à l’inverse du spécialiste que je souhaite respecter. Le temps, c’est de la vie et non de l’argent. Je ne suis pas un donneur de leçon mais la conjoncture nécessite la diffusion de toutes les idées. Croyez-moi, j’aurais préféré faire mon petit bonhomme de chemin dans un monde apaisé. C’est l’urgence de la situation qui me fait sortir de la tanière (intérêt générationnel). Mon objectif n’est pas la dominance mais ma dominance. C’est pas facile et la sémantique ne doit pas nous aider alors que vos intérêts sont au final les mêmes que les miens. J’en suis convaincu…. Je respecte également la parole des anciens (sans mystifier le rite pour autant).

      8. @Jean Luce :
        ///// quels sont les critères de « différences » qui justifieraient l’utilisation des vieux mécanismes de la dominance en vue du maintien d’une organisation sociale hiérarchique //////
        Lorsque vous lancez un baton a un chien , il vous le ramène …..non pas pour que vous lui relanciez (remarquez d’ailleurs que ce con ne veut pas le lacher !) , …mais pour jouer a une épreuve du tirer de baton ….afin de décider celui d’entre vous deux qui aura la primauté a la mamelle ou a la femelle .
        La hierarchisation résulte de ces rites structurants du groupe qui se substituent a la violence initiale pour socialiser l’ animal initial . L’agressivité entre individus de meme espece (intra-spécifique) etant génétique ne peut etre supprimée …elle ne peut qu’etre freinée , trompée , inhibée…et c’est là le role des rites interactifs .
        Qd aux « critères » ils furent bien sur initialement la force pure , puis , suivant les circonstance , l’ habileté technique ou l’ habileté politique ……Il n’ y a pas Une hierarchie , mais des hierarchies croisées sur chaque domaine et suivant le moment , et la contingence , certaines vont prévaloir et influer sur la hierarchie globale qui reste virtuelle ….comme le centre de gravité d’ une chaise .
        Dans un atelier de disons 10 menuisiers , il n’est pas besoin de voter pour que chacun admette de facto LES hierarchies en cours .

      9. Olivier69 Vous écrivez :

        « Je m’explique, celui qui ne cherche pas à dominer mais qui est capable d’apporter ses compétences à l’ensemble est le véritable maître »

        « Mon objectif n’est pas la dominance mais ma dominance »

        Ces deux propositions sont contradictoires dans leur expression, mais je crois que vous arrivez à percer ce que je m’essaie à vous dire.

        Si vous écriviez je ne cherche pas « à dominer », je cherche « mon plaisir » , vous approcheriez davantage de la description fine des mécanismes qui sont en jeux. En effets les formes historiquement construites de plaisir associé au circuit cérébral de la récompense, sont de type dominateur (territoire, propriété, etc.).

        En résumé et pour faire court, notre troisième cerveau, celui de l’imagination n’a pas encore pris le contrôle des systèmes cérébraux inférieurs ; pourtant avec la libre circulation gratuite de l’information, nous y sommes presque.

        A+

      10. Kercoz,

        Vous écrivez péremptoirement :

        L’agressivité entre individus de même espèce (intra-spécifique) étant génétique ne peut être supprimée …

        Henry Laborit qui y connaissait, bien plus que vous et moi, n’était pas de votre avis.

        Je le cite :

        En résumé, l’agressivité telle que nous la comprenons aujourd’hui, dans l’espèce humaine, ne nous parait pas faire partie de notre «essence». Comme l’affectivité dont elle ne représente qu’une expression particulière, elle résulte d’un apprentissage. Le nouveau-né ne nous semble pas pouvoir être agressif pas plus que sentimental. En dehors d’une réponse stéréotypée à des stimuli douloureux qui pourront secondairement, par mémorisation, constituer les éléments sur lesquels prendra naissance une affectivité capable elle-même de s’exprimer agressivement, il ne sait pas qu’il «est» dans un milieu différent de lui. Comment pourrait-il éprouver un ressentiment agressif à l’égard de ce dernier ?
        Peut-être alors est-ce le titre même qu’il faudrait changer. Enfin, une approche historique doit nous faciliter la compréhension du passage de l’agressivité de l’individu à celle des groupes sociaux entre eux, du passage de la criminalité à la guerre. Mais là encore la plus large interdisciplinarité nous sera nécessaire.

        Le point clef, mon cher Kercoz, puisque vous proposez la catégorie de solutions instituant des contraintes, lorsque vous écrivez « ne peut qu’être freinée , trompée , inhibée… » alors que Laborit écrivait :

        Pourquoi «détourner» une agressivité, qui n’existe pas en dehors de l’apprentissage de la propriété ?

        L’examen de cette prémisse est donc, ici, essentiel aux travaux du blog !

        Relisez donc ceci :

        … de l’importance grandissante

        « que nous accordons à la mémoire, à l’apprentissage. Il en résulte que beaucoup de comportements dits «innés», ceux en particulier étudiés par Mac Lean[4], liés à l’activité fonctionnelle des différents étages du cerveau, et que nous avions tendance, avec lui, à considérer comme résultant de la structure génétiquement acquise de celui-ci, nous paraissent aujourd’hui résulter d’un processus de mémoire, d’un apprentissage et, en conséquence, des rapports de l’individu avec son milieu, son milieu humain au premier chef.

        L’agressivité en est un exemple. Nous n’avons pas distingué, à l’époque, l’agressivité prédatrice, interspécifique, mais non intraspécifique, de l’agressivité défensive, en réponse à un stimulus nociceptif, et de l’agressivité compétitive intraspécifique. Celle-ci est pratiquement la seule qui persiste chez l’homme. Elle résulte de l’apprentissage de la «gratification» à la suite du contact avec un être ou un objet «gratifiant», c’est-à-dire permettant le maintien ou la restauration de la «constance des conditions de vie dans notre milieu intérieur» (Claude Bernard), de notre «homéostasie» (Cannon), autrement dit de notre «plaisir» (Freud). Pour renouveler la gratification (réenforcement des auteurs anglo-saxons), il faut que l’objet reconnu, et mémorisé comme gratifiant, reste à notre disposition. Si la même expérience des mêmes objets ou êtres a été faite par un autre qui veut aussi les conserver à sa disposition, il en résulte la notion de propriété (qui n’est pas un instinct puisqu’il faut un apprentissage) et l’apparition d’une compétition pour conserver l’usage et la jouissance de l’objet gratifiant. Le processus est à l’origine de l’agressivité compétitive et de la recherche de la dominance.

        Le perdant dans la bagarre, le soumis, mettra en jeu un certain nombre de voies et d’aires cérébrales aboutissant à l’inhibition de l’action. Celle-ci est un processus adaptatif puisqu’il évite la destruction par le vainqueur. Le petit rongeur en s’immobilisant n’attirera plus l’attention du rapace et rejoindra l’abri de son terrier quand celui-ci se sera éloigné. Mais si l’inhibition persiste, le remue-ménage biologique qu’elle entraîne, résultant en particulier de la libération de corticoïdes surrénaliens (cortisol) et de médiateurs chimiques sympathiques contractant les vaisseaux (noradrénaline), va dominer toute la pathologie: blocage du système immunitaire qui ouvrira la porte aux infections et aux évolutions tumorales, destructions protéiques à l’origine des insomnies, amaigrissement, rétention d’eau et de sels, d’où hypertension artérielle et accidents cardio-vasculaires, comportements anormaux, névroses, dépressions, etc.[5]

        Enfin, l’histoire existentielle de chaque individu est unique. C’est avec l’expérience inconsciente qui s’accumule dans son système nerveux depuis la naissance qu’il va négocier son environnement, se «comporter» par rapport à lui. Suivant que cette expérience a été gratifiante ou non, qu’elle aura permis ou interdit l’action, le retentissement affectif de tout sujet aux événements qui peuplent son existence sera variable, différent à l’infini, du plus grossier au plus élaboré.

        Kercoz, pouvez-vous contacter « Mor » afin de voir quels moyens mettre en œuvre pour discuter sérieusement de tout ceci ?

        A+

      11. @Jean Luce Morlie :
        Je n’ ai pas votre culture pour me permettre de critiquer Laborit que je ne connais pas assez mais dont j’apprécie certaines « vues » …pourtant qd il écrit :
        //// l’agressivité compétitive intraspécifique. Celle-ci est pratiquement la seule qui persiste chez l’homme. Elle résulte de l’apprentissage de la «gratification» à la suite du contact avec un être ou un objet «gratifiant» ////
        Il me semble qu’il se trompe . Si je m’en réfère a K..Lorenz , l’ agressivité intra-spé ne peut résulter d’ un apprentissage…en aucun cas ! …Il faut lire les études de Lorenz ( « L’agression » ) pour admettre l’ évidence : Un individu solitaire a comme principal instinct de survie , cette agressivité envers ses congénères …pour la bonne raison que seuls ceux ci s’interessent aux memes proies , femelles et territoires y référant ….
        Lors du passage a l’ animal social (transistion bien sur tres longue qui a du s’appuyer sur le maintient de la descendance pour former groupe …)., Il me semble qu’il faut considéré que cette agressivité , etant génétiquement inscrite , ne peut s’effacer (en dres temps historique) , mais peut se modifier , manipuler , inhiber pour etre réutilisé sous d’autre forme …là d’accord , l’apprentissage (culturel) peu agir …mais l’agressivité intra-spé , a mon avis doit etre considérée comme antérieure .
        ////Pourquoi «détourner» une agressivité, qui n’existe pas en dehors de l’apprentissage de la propriété ? /////
        Sur ce point de Laborit , il est en contradiction flagrante avec Lorenz …et j’aurais tendance a suivre plutot Lorenz …qui a fait beaucoup de « terrain » et peu de spéculations
        (désolé de paraitre péremptoire, c’est juste mon point de vue …)
        Je vous suis gré de l’ offre d’ un contact annexe , mais je doid avouer que je suis actuellement ds un etat physique déplorable qui me laisse peu d’énergie , …ce peu d’énergie que je préfère consacrer a mon jardin ….
        Pour revenir aux problèmes Acquis inné , il faut bien sur etre conscient que l’ inné n’est pas forcément génétique mais peut résulter d’une pression statistique sur des caraceres dominants …sans etre définitivement acquis (réversibles) , et de plus sur une presssion sélective physiologique ( Séroténine par ex) qui semble jouer sur des tendance d’auto-domestication (Néoténie) …
        Pour ce qui est du leurre de l’ individuation , ….il me semble que Goffman et Bourdieu doivent etre lus pour dissiper ce qui tend a etre une « croyance » .(mais là c’est plutot une opinion perso)

      12. @ Jean-Luce Morlie et Kercoz

        A la lecture de « Psychisme animal et psychisme humain » et de « La colombe assassinée » je pense que Thom et Laborit voient les choses de la même façon.

        L’approche théorique de Thom lui permet de traiter de manière analogue différentes situations dynamiques. C’est ainsi en suivant la même démarche théorique qu’il arrive à la conclusion que l’action du soma sur le germen d’une part et la prépondérance de l’acquis sur l’inné d’autre part pourraient (Thom propose, chacun dispose) être beaucoup plus importantes que ne le pense la majorité de la communauté scientifique actuelle.

        Pour Thom la faim (appétence des proies), la peur des prédateurs et l’attirance sexuelle sont les trois prégnances fondamentales à partir desquelles s’organise le psychisme. Il ne me semble pas utopique d’arriver à organiser notre société de façon à limiter l’agressivité (qui vient essentiellement des obstacles qui s’opposent à la propagation des trois prégnances précitées). Il me semble en tout cas clair que l’on peut faire beaucoup mieux qu’actuellement.

      13. @ Kercoz

        « Il me semble qu’il faut considéré que cette agressivité , etant génétiquement inscrite , »

        A-t-on vraiment repéré le(s) gène(s) de l’agressivité? (Pas taper, je suis nul sur le sujet)

        Pour Thom le rôle du génome apparaît comme un dépôt culturel des modes de fabrication des substances nécessaires à la morphogénèse.

        « j’aurais tendance a suivre plutot Lorenz …qui a fait beaucoup de « terrain » et peu de spéculations »

        Moi j’aurais tendance à suivre Thom qui a fait beaucoup de spéculations et peu de terrain. 🙂

      14. Jean luce,
        je vais essayer de faire avancer le questionnement. La propriété privée n’est pas le problème de notre agressivité aujourd’hui (résolu partiellement par le législatif). Je dirai même que ce fut une solution. En terme d’agressivité, la royauté nous a offert son lot d’horreurs. La république a encadré les droits de propriété par les lois (notamment mathématiques avec la fixation des limites quantitatives et qualitatives). La propriété est structurante et consolide le sentiment d’appartenance (intériorité), de résidence (socialisation). Nous observons aujourd’hui les capitalistes qui imposent la mobilité (déracinement et gaspillage énergétique) afin d’empêcher les résistances à la domination (individuelle, psychologique, sociale, culturelle). La Mathématique est venu au secours de l’agressivité inhérente au schéma plaisir, récompense, dominance par la réduction de conflits systématiques (définition, bornage, limites des droits de propriété). La socialisation (sensée atténuée l’animalité) est conditionnée aujourd’hui davantage par l’échange (interaction) que par la notion de propriété (intériorité). La dominance est financière et nominale (brise la séparation des pouvoirs) alors que ma dominance est réelle (la contrepartie ? la gratuité ?). La notion de valeur est au centre du problème (comment éviter les conflits et la dominance). La finance n’a pas de règles de propriété, ni de limites (non bornée). La preuve, l’intermédiaire des échanges (la monnaie n’a plus de repère réel : indexation sur valeur réelle = fidus=confiance=contrat social). C’est le monopole des financiers sur le monde par des instruments de magicien. Le même problème de dominance s’est posé avec la propriété mais on a délimité afin d’encadrer et de rendre transparent (rendre juste le libre). L’intermédiaire des échanges a la main mise sur la propriété (toutes les propriétés passent par l’ échange ou l’instrument d’échange par la valorisation). La finance est un univers opaque et dérégulé, pourquoi? Celui qui maîtrise l’échange maîtrise la socialisation et vis versa. Les limites et bornes doivent être définies pour le bien de la socialisation. L’agressivité aujourd’hui se traduit sur le fond de l’échange (notion de valeur et contrepartie). Il faut replacer la notion de valeur dans son contexte et je peux vous assurer que le même problème se posera pour la génétique. Ce sont des problèmes éthiques et philosophiques qui nécessitent le consentement et un cadre rigoureux…Je vous invite à regarder les différentes dimensions de la monnaie (notamment temporelle au delà de sa dimension individuelle et sociale).

      15. @Basic :
        //// Pour Thom le rôle du génome apparaît comme un dépôt culturel des modes de fabrication des substances nécessaires à la morphogénèse. ////
        Sur une échelle logarithmique peut etre ! …. l’enthomologie semble démontrer cette thèse , mais a tres tres long terme …..Fabre (faut a tout prix le lire) , s’opposait a la thé.de l’évolution de Darwin en débattant avec lui par courrier ….Il ne lui semblait pas possible que les attributs des insectes , a priori inutiles pour la pluspart (cornes , trompes …) aient été auparavant le résultat d’ une évolution « nécessaire » … le fait que des insectes « connaissent » en naissant leur proie et le fait que parmi des milliers d’autres seuls ceux la possèdent un seul centre nerveux a endormir par piqure et non un centre nerveux par paire de pattes … alors que n’ayant jamais connu ses parents il ne peut y avoir d’apprentissage …
        On peut élaborer une thèse ou l’espece a évolué ds un pays sans hiver ou l’apprentissage existait et que que ces gestes se soient transformé en instinct génétique … avant que l’ hiver survienne …

        Mais a des periodes « historiques  » de qqs milliers d’année , il semble que les études récentes démontrent que l’acquis ne passe pas ds le gène si facilement (ce serait d’ailleurs un opportunisme dangereux pour l’ espece) .

  3. Nous vivons une époque formidable….
    Celle où les hommes asservis par la croissance, manipulés par une poignée de profiteurs vont enfin pourvoir reprendre la main sur la LIBERTE!

    L’individualisme né du carcan de cette croissance fera progressivement place à l’entraide au communautarisme…
    Même, s’il y aura des excès, il est temps de mettre au panier ce système fait d’injustices.

    1. Je souhaiterais que vous ayez raison!
      Mais mon observation de la nature humaine me rend pessimiste. Je perçois plutôt que, comme dans une voiture lorsque’ on relâche le frein et qu’en même temps on accélère, le véhicule n’est contrôlable que par de bons pilotes.
      Pour la liberté je pense pareille, un homme asservis qui retrouve la liberté est probablement incapable de construire une communauté. il a bien d’autre chose à construire avant: son individualité par exemple, sera une priorité et il devra se construire sur ses propres valeurs. Cette mission étant difficile, il aura tendance plutôt à vouloir prendre le pouvoir sur ses semblables.
      Et si j’étais cynique, je vous dirais que naturellement je ne crois capable de solidarité, d’entraide que les groupes d’hommes asservis. Un paradoxe non?

  4. « Quant à l’Occident, on pourrait imaginer, telle une ultime régression, le retour à un mode antique, du pain et des jeux… »

    Vraiment il faut être aveugle pour pas voir que nous sommes déjà dans le mode antique !!!

    Dans votre analyse vous prenez pas en compte la circulation de l’ information actuelle , énorme différence avec vos exemples du passe .
    La propagande elle même , fait ressortir l’ absurdité de la répartition de richesse dans nos sociétés , ainsi que le désir croisant de consommation pour les masses étant inassouvi , nous précipite dans une voie sans issue qui donnera pour résultante la remise a plat du système ou sa disparition, je le crains de manière très violente .

  5. Flame malware makers send ‘suicide’ code

    The malware is said to have infected more than 600 specific targets

    UN warning on ‘risk of cyberwar’ Flame attack ‘sought Iran data’ Israel rejects Flame malware link. The creators of the Flame malware have sent a « suicide » command that removes it from some infected computers.
    (…)

    J’ai regardé hier Cash Investigations. Mon impression c’est que c’est déjà la guerre, Kerviel apparaît là dedans comme un rustre alors qu’il est possible de mobiliser des centaines de millions pour créer des outils sophistiqués dont la fonction est multiple, au moins gagner du fric et empêcher les autres d’en gagner.

    Deux choses toutefois :
    La réaction d’Anne Lauvergeon dans son livre : la Femme qui résiste :
     » Mais l’Etat stratège est aussi un Etat régulateur. Les dérégulations sauvages que nous avons connues ces quinze dernières années sur les marchés financiers, organisés, sont des cas d’école.

    Ce qui s’est passé aux Etats-Unis et qui a conduit à la crise des subprimes est le fruit d’une dérégulation continue et anarchique, voulue, poussée, orchestrée par Wall Street. Quand j’emploie le terme « orchestrée », je ne suis pas atteinte du syndrome X-Files> je veux juste pointer que ceux qui travaillaient dans les administrations Clinton et Bush, et qui avaient fait de la dérégulation leur dogme, se sont « recasés » avec des packages extraordinaires dans le secteur financier.

    Cette dérégulation frénétique a conduit à prêter de l’argent en immense quantité à des personnes qui étaient bien incapables de les rembourser. Une minorité de privilégiés se sont énormément enrichis grâce à ces prêts. Le reste du monde s’est appauvri. Le chômage a explosé. La crise s’est exportée.

    Le fait que l’Etat soit capable de donner des règles du jeu et s’y tienne ne doit pas faire ricaner ceux que Bernanos appelait les « petits mufles réalistes », tous ceux qui sont revenus de tout, sans être allés nulle part.

    Oui, l’Etat, les Etats demeurent, qu’on s’en félicite ou qu’on le regrette, les seuls agents capables de siffler un jour la fin de la récréation. Nous ne pouvons bien sûr pas tout faire au niveau français, comme feignait de le croire dernièrement Nicolas Sarkozy en lançant l’ersatz d’une taxe Tobin qui s’arrêterait aux frontières de l’Hexagone.

    Il faut des Etats forts, capables de négocier et de s’entendre au niveau européen et international, par exemple dans le cadre d’un G8 élargi aux grands pays émergents. Les Etats doivent être compétents. Et là, on touche à un point délicat. La problématique de la compétence des régulateurs est un énorme sujet. Si le régulateur ne comprend pas toute la complexité de l’objet qu’il est censé réguler, comment peut-il parvenir à ses fins ? Or, être capable de réguler des marchés financiers suppose, aujourd’hui, une compétence technique extraordinaire et très évolutive.

    Au début des années 2000, j’ai vu des jeunes hommes et femmes très brillants, des mathématiciens, des polytechniciens, des normaliens – pas toujours tous très connectés à la vie quotidienne – entrer en masse chez Goldman Sachs ou Lehman Brothers, avec des salaires impressionnants. Je leur demandais: «Qu’allez-vous faire exactement ?

    Moi ? Je vais créer de nouveaux produits », répondaient-ils invariablement, avant de partir dans des considérations mathématiques fort complexes, que j’avais du mal à suivre. On connaît la suite. On peut d’ailleurs se demander si, au sein de ces grandes banques, il y a encore des gens capables de les contrôler au premier degré. C’est-à-dire des gens capables d’anticiper les conséquences ultimes des produits financiers en cours d’élaboration. Et, dans ce cas, de faire valoir leur point de vue sur le risque par rapport à la rentabilité annoncée. Et ce, dans un marché extrêmement concurrentiel. Le passé récent a montré que non. Est-ce qu’un régulateur est aussi capable de décortiquer les produits qu’ils inventent et de dire si ces apprentis sorciers sont dangereux ou pas? Nous avons quitté là les rivages de l’économie. Nous naviguons aux instruments dans des espaces mathématiques extraordinairement complexes, dont nous ne maîtrisons pas totalement le domaine de définition ni leur degré de robustesse face à des situations hors limites, dans des arbitrages qui doivent être donnés à la nanoseconde.

    Et l’on voudrait nous faire croire que le système est sous contrôle. Soyons sérieux. Pour ces forts en thème hyper créatifs et vivant partiellement dans une autre réalité, la régulation internationale n’est pas non plus leur problème. Beaucoup s’en moquent comme de leur première division euclidienne.

    Le film documentaire Inside Job de Charles H. Ferguson, (oscar du meilleur documentaire 2011) montre qu’à la hauteur toujours croissante de la spéculation correspond ensuite une crise, toujours plus grave et plus profonde. Nous sommes ballottés par des vagues dont l’ampleur grandit au fur et à mesure que le temps passe. Les deux dernières – la crise des subprimes et les spéculations sur l’euro – ont atteint des hauteurs vertigineuses, sans précédent aucun. Quelle sera la hauteur du prochain tsunami financier ?

    Il y a urgence à juguler cette situation. Le rythme de ces crises s’accélère. Peut-être pourrions-nous nous appuyer sur des « repentis ». J’en ai rencontré qui, ayant pris conscience que nous courons à la catastrophe, sont prêts à aider à comprendre et à aider à faire. Sinon, je pense que l’on n’y arrivera jamais.

    La rémunération des traders a choqué le public, à bon droit. Ce n’est qu’un des aspects d’un problème beaucoup plus vaste.

    Les conséquences de ces dérives sont de plus en plus graves. Elles ont fini par user le tissu social des nations ; on en voit désormais presque apparaître la trame. Pour peu que l’on ajoute à ces traumatismes un discours politique fondé sur les divisions, les exclusions et les anathèmes, tout peut se déchirer.
    (…)
    Pages 220-223
    La femme qui résiste : Anne Lauvergeon Plon
    Anne Lauvergeon fut 5 ans Sherpa de François Mitterrand.

    La deuxième c’est la façon d’interdire les systèmes de Trading Haute Fréquence. Comme les interdire ne fonctionnera jamais, le psychisme des humains cupides étant rebelle par nature, ILS n’obéiront pas alors, le Malware Flame ouvre une perspective nouvelle : la cyber guerre des Etats.

    1. « … prêter de l’argent en immense quantité à des personnes qui étaient bien incapables de les rembourser. Une minorité de privilégiés se sont énormément enrichis grâce à ces prêts. »

      De l’argent qui manque, permet de gagner beaucoup d’argent ? Ça marche comment ça ? un autre miracle du capitalisme ?

      Peut-être faut-il recommander à Mme Lauvergeon la lecture de La crise du capitalisme américain (2007 et 2009) pour comprendre ce qui s’est vraiment passé ?

      Mais elle n’est pas la seule : je constate que souvent les gens qui m’interrogent me disent : « Vous êtes la personne qui a prophétisé la crise des subprimes, crise des subprimes due au fait que… », pour ajouter ensuite une explication parfaitement fantaisiste de la crise.

      Il faut dire que les « prophéties » n’ont pas besoin d’explications exactes… alors pourquoi perdre son temps à lire La crise du capitalisme américain ?

      1. La crise du capitalisme tout court,une de plus,la dernière?Capital VS travail (humain),les EU ont dit -on 20,30 ans d’avance!
        Le temps s’accélère,un seul métronome ,l’endettement ,public( quel niveau de dépenses publiques acceptable?),privé( comment maintenir le pouvoir d’achat en comprimant le salaire nominal et augmenter la productivité?).
        Les EU ont le Dollar ,pas nous,
        paradoxe? les investissements sont florissants aux EU…
        Nous courrons plus vite qu’eux,nous les avons rattrapé,et nous les dépassons
        Cf La grande course de flanagan(livre sublime)

    2. Bon , d’accord, mais on peut tirer des conclusions justes à partir
      d’observations fantaisistes et de déductions fausses.

      Quand elle dit: « il faut des Etats forts », c’est une bonne conclusion,
      encore qu’il n’est pas sûr qu’on soit d’accord sur le contenu de la « force ».
      Elle ne se rend pas compte qu’ « Etats forts » et libéralisme sont incompatibles.
      Elle est partie prenante à cette idéologie, et sa revendication est
      la marque de son échec… Pauvre Dame, le ressentiment lui ouvrira peut-être
      les yeux, elle a fait une partie du chemin.

      Ceci dit, cet extrait est suffisant pour affirmer que les livres de Paul
      sont préférables. Et de loin. Non mais!

  6. Il est une idée qui peut accélérer l’acceptation de ce nouvel état économique: l’idée que nos ressources ne peuvent plus être exploitées comme par le passé et que la croissance est matériellement limitée

  7. à Michel Leis,

    Vous avez décrit les origines et le commencement des temps modernes, par le développement des villes et des régions.
    Ce à quoi nous sommes confrontés, c’est, comme je l’ai signalé à plusieurs reprises, à l’achèvement des temps modernes, achèvement qui s’est initié depuis plus de trente ans avec la transformation des villes en mégapoles (mégalopolis) et de la campagne en zone innommable.

    Je suis en grande sympathie avec l’idée que le vrai changement – au sens du changement que nous voulons – ne viendra pas de l’effondrement du système mais des luttes, non pas pour ou contre le changement , mais sur sa nature.

    1. @Marlowe :
      Lorsque vous dites :

      Ce à quoi nous sommes confrontés, c’est, comme je l’ai signalé à plusieurs reprises, à l’achèvement des temps modernes, achèvement qui s’est initié depuis plus de trente ans avec la transformation des villes en mégapoles (mégalopolis) et de la campagne en zone innommable.

      vous faites un peu trop de « Parisiano-centrisme », là, non ? 😉

      Si l’on reprend la situation de la Grèce, je vous le dis tout net : il vaut un million de fois mieux vivre dans cette cambrousse innommable que dans une mégalopole comme Athènes. Dans la cambrousse, on vit, s’il le faut, on survivra à la spartiate, on a ce qu’il faut pour assurer le minimum vital, et même plus. Par contre, dans les mégalopoles, outre des îlots de plus en plus isolés (et encore, au-delà de la marina des yachts du Pirée, qu’y a-t-il derrière les murs de chacun des immeubles de Glyfada ?) au sein d’un océan de pauvreté de plus en plus grande, l’histoire est bien différente. Là, c’est fouille des poubelles, charité orthodoxe ou des ONG, ou encore ravitaillement par la famille qui a toujours la chance d’avoir des terres – et donc potagers et animaux – dans cette innommable cambrousse !

      Il me semble que la situation des mégalopoles est loin d’être uniforme, et aussi loin d’être stable.

      1. En dehors du fait que je ne suis pas parisien (si, par malheur, dieu existe, qu’il en soit loué), je vous affirme que je pense pas à la Grèce, mais à tous les pays du monde et que les campagnes non bétonnées et non polluées commencent à être difficiles à trouver.
        Pour votre dernière phrase, je vous en laisse toute la responsabilité, même s’il est évident que les mégalopoles ne sont pas toutes identiques et stables, mais pas nécessairement dans le sens où vous paraissez l’entendre.
        Pour le reste, il est évident que la survie est moins aléatoire dans un environnement moins dénaturé.
        Je ne vis pas en ville.

      2. @Marlowe :

        Je n’ai jamais dit – ni même pensé – que vous étiez parisien 😉

        Par contre, votre vision de la mégalopole me semblait avoir des similitudes avec l’image que l’on a généralement d’une grande capitale comme Paris, centre de richesses, connexions, réseaux d’influence, réservoir où se situent les entreprises et donc les emplois, etc. => mon utilisation du néologisme « parisiano-centrisme » probablement trop résumé pour correctement exprimer ma pensée ^^;;;

        Je pense, en étant à peu près certaine de ne pas me tromper, que ce schéma de « grande capitale où beaucoup voudraient habiter, tout en la dénigrant » n’est absolument pas globalisable. Un exemple est Athènes, qui fut sans aucun doute un phare qui a attiré à lui une immense partie de la jeunesse grecque jusqu’à il y a seulement quelques années d’ici, et qui maintenant constitue un repoussoir et symbolise quelque part la mort d’un espoir de l’accès à une « vie moderne et aisée à l’occidentale du nord » pour les grecs dans leur propre pays (voir les tendances à l’émigration).

        Quant à ma dernière phrase, je ne vois pas trop ce qu’elle a de si polémique ou inquiétant, mais ne vous inquiétez pas pour moi : je gère, et j’assume 🙂

  8. Beaucoup, beaucoup de vues justes dans ce texte ramassé et dense.

    Je crois comme l’auteur que le facteur temps est essentiel.
    Dit autrement, je préfère l’évolution à la révolution,
    tant que les conditions faites aux acteurs potentiels d’une révolution ne la rendent pas obligatoire.
    A cet égard, « le fou et le prolétaire » d’ Emmanuel Todd est une lecture qui remet les idées de « révolution par l’ éxaspération » bien en place, à la juste place:
    La révolution est une explosion de violence instrumenté par une classe qui s’estime lésée par rapport à sa perception de ses droits, les pauvres étant la troupe
    de manoeuvre et la chair à canon inconsciente.

    Comment faire pour rééquilibrer la géographie économique de l’ Europe ?
    On sent bien, si on reste dans le cadre, une impossibilité par manque de moyens et surtout une trou noir dans les idées forcément contraintes par respect du cadre.

    La solution évidente est de se libérer des contraintes du libéralisme.
    Il apparaît que cette idéologie est un piège, un cul de plomb, un mur.
    De toute façon, elle n’a tenu aucune de ses promesses.
    Le rejet du libéralisme est aussi une des conditions qui interdira la création
    d’ une aristocratie confiscatrice, création qui a toujours fait suite à une
    à une évolution sociale profonde, ou une révolution pacifique, celle des esprits.

  9. Régression?
    Définir la régression par rapport à qui, à quoi?
    Il ne peut être question que du domaine social,les autres domaines,culturel,éthique,spirituel relevant d’ autres débats sont exclus alors la question qui se pose est la suivante,le capitalisme et sa dérive ultra libérale (mondialisation,financiarisation,efficience présupposée des marchés autorégulés,disparition de l’état colbertiste ne lui laissant que le domaine régalien) évolue t-il de façon autonome vers un processus d’apoptose?
    Le tout sciences ,le tout techné ,le tout instantané de l’insignifiant ( de l’actualité )véhiculé par les medias et la publicité,le tout matérialisme ambiant,le tout mnésique,…néo transcendance anonyme ayant eu raison de ce qu’il est n’est rien d’autre que de la culture universelle,celle de l’humain.
    Le capitalisme dans son nouvel habit ne serait qu’un Leviathan de plus,une machine à régression sociale,au retour à la barbarie,au chacun pour soi,au tous contre tous avec au bout la dictature des marchés s’affublant du masque de la démocratie,a t-on vu un banquier faire dans le social?
    le tout réajustement structurel au détriment des dépenses publiques en Europe est significatif, »l’état ne peut pas tout »,on pourrait rajouter « ne peut plus rien…pour ses citoyens,pas pour la finance…

  10. encore 100 milliards sur le tapis!demain la bourse flambe….jusqu’à quand ils vont remplir ce trou sans fond?
    des news de mr Ba?

  11. Bravo pour notamment les disparités régionales.
    Au moment de Sarajevo et la suite (années 1990), je m’étais dit, « merde, ils font un trou économique dans les Balkans pour les 30 ans à venir, les cons »,

    tout en n’étant pas inconscient à l’époque de la « nécessité » des gradients économiques et des hinterlands, comme Braudel explique que les cité-états italiennes vivaient du drainage de leur campagne, ou comme on voit aujourd’hui un « anneau creux » dans la zone 70-140 km autour de Paris, où aucune ville majeure ne peut émerger (p ex les universités à « Turbo profs » à Amiens, Reims..).

    Ce que je n’avais pas mis ensemble est la conjonction SPATIO-TEMPORELLE suivant « la stratégie du choc » : on profite des chocs pour accentuer ou maintenir ou recréer des gardients

    1. Braudel explique que les cité-états italiennes vivaient du drainage de leur campagne

      cette allusion au centre et à la périphérie me fait penser à un des thèmes de prédilection de Samir Amin notamment dans « Sur la crise – Sortir de la crise du capitalisme ou sortir du capitalisme en crise »

    2. Au moment de Sarajevo et la suite (années 1990), je m’étais dit, « merde, ils font un trou économique dans les Balkans pour les 30 ans à venir, les cons »

      No comment, donc…

      1. @ D.L.50

        Ce n’est pas parce que Timiota focalise son analyse sur la dimension économique du problème qu’il élude les questions éthiques et morales liées aux massacres et à la guerre. Je vous ai simplement évité de faire un procès d’intention qui vous aurait valu en retour une volée de bois vert !

      2. Merci, J A, pour ce point vs D.L.50 (<–Dose Léthale à 50% pour ceux qui ne font pas de pharmacologie)
        J'ai en effet laissé implicite le fait même de la guerre serbo-bosno-croate. "En plus du clafoutis" aurais-je du ajouter en cette époque de cerises. Citant Braudel, disant "les cons", et parlant d'économie, je faisais en effet le raccourci que se préparait là dans une future anomie économique le terreau de tensions ou de drames futurs, aussi peu souhaitables que le fut la guerre des années 1990. L'espoir naïf (permis par les bonnes nouvelles de politique mondiale des années 1990-1994 : Mandela en Afrique du Sud, accord Arafat Rabin) d'une Europe prospérant gentiment sur son Est après un transitoire long mais régulier s'évanouissait.

        La réalité, outre l'aspect "stratégie du choc", a été un peu plus complexe. Les Balkans on nolens volens vul leur rôle ramené à celui de "marche économique" ou de limes économique à l'Europe du Nord (vis à vis du Sud …) et ce sur le mode "poids mort", tandis que comme l'explique de façon assez lumineuse M. Leis, la partie Pologne-Hongrie-Rép Tchèque Slovaquie (Ukraine) sert de faubourg industriel, donc un "limes" un peu sur le mode "maquiladora"…

        Géopolitique a posteriori, en quelque sorte.

  12. ///Il existe une consommation minimum au-delà de la subsistance où, pour caricaturer, la télévision remplace la veillée d’autrefois. La relation d’interdépendance entre les régions n’est pas forcément limitée au territoire environnant, ni aux seules relations économiques. Il subsiste encore quelques budgets de transferts européens ou nationaux, ultime trace d’un reste de volonté politique. qui frappe les pays du Sud. Il existe une consommation minimum au-delà de la subsistance où, pour caricaturer, la télévision remplace la veillée d’autrefois.///
    Je me permets de signaler que le texte semble présenter des erreurs de « copié-collé » qui rendent certains passages peu compréhensibles. La phrase qui revient par deux fois est assez obscure. En quoi le fait de remplacer la veillée traditionnelle par la télévision est-elle une ‘’consommation minimum au-delà de la subsistance’’ ? La pratique de la veillée (mon arrière-grand-père en organisait encore au début du siècle) avait au moins l’avantage de renforcer la cohésion du groupe familial, voire même celle d’un groupe élargi de personnes habitant la commune et se réunissant autour d’une poêlée de châtaignes grillées dans les braises de la cheminée et d’une bouteille de vin produite sur place. Le paradigme a totalement changé. La télévision n’a rien à voir avec cela. Elle crée une forme d’autisme chez le spectateur, l’enferme dans une relation autotélique avec l’écran, le coupe du monde tangible.
    Si notre monde est directement l’héritier de structures anciennes économiques, sociales, locales, qui ont imprégné le cadre géographique, l’ont façonné, l’ont formé, le conditionnent encore maintenant d’un point de vue économique(X), on ne peut, à mon avis, comparer l’état actuel de civilisation avec la période étudiée par Braudel. Notre espace s’est transformé à mesure que notre imaginaire se transformait, modelé qu’il était par la toute-puissance imaginale des nouveaux mass-media : l’espace de l’homme moderne est devenu une bulle, le plus souvent virtuelle. L’espace est ce qui est perçu comme tel par notre conscience ; il nous est imposé de l’extérieur par les moyens de communication. Le roman au XIXe siècle, le gramophone, le téléphone, la radio (T.S.F), le cinéma hollywoodien, la télévision, l’informatique ont successivement transformé le rapport des êtres humains au monde, les incluant dans un processus nouveau ; l’espace se trouvait amplifié sans qu’il fût besoin de se déplacer. Il y a virtualisation de l’espace (on peut voir que je penche un peu du côté de la médiologie).
    Cette virtualisation se retrouve dans l’économie même, laquelle a trouvé plus profitable pour elle d’accroître ses bénéfices en colonisant un espace virtuel (voir Berruyer ce matin : http://www.les-crises.fr/investigation-robots-traders/) plutôt qu’en favorisant l’économie réelle.
    Ce qui me gêne dans cet article (si toutefois j’en ai saisi le sens) c’est qu’il déduit son raisonnement des fonctionnements actuels de la société et de l’économie comme s’ils étaient des points fixes qu’un soudain fonctionnement entropique amènerait à se dégrader, avec comme point d’arrivée une situation ancienne qui, inéluctablement, constituerait notre horizon. Or, tout semble témoigner que ce que nous vivons actuellement dépasse amplement l’imaginable ; il s’agit d’une véritable ‘crise’ au sens Hippocratique du terme (http://fr.wiktionary.org/wiki/crise) : induisant un changement en bien ou en mal, cette crise peut amener soit au trépas du patient, soit au contraire constituer un sursaut salutaire, évolution vers la guérison. (Mais pour cette dernière option, le changement de mentalité des humains me semble impossible, tant les archaïsmes en matière de raisonnement/perception sont ancrés – question d’habitus comme dirait Bourdieu)
    L’avenir est grandement déterminé par la disponibilité de l’énergie et par le changement climatique qui sont les deux grands écueils (avec le problème de l’épuisement des ressources alimentaires qui est directement lié à cela) sur lesquels vont se fracasser les structures de la société humaine (je ne tiens pas compte d’événements autres tels que le réveil d’un supervolcan, un nouveau tremblement de terre comme celui de Fukushima et ses conséquences possibles sur un empoisonnement à grande échelle de la planète, un géocroiseur, un sursaut gamma proche, une activité solaire inattendue, tous phénomènes [cygnes noirs] qui rendraient problématique la continuité du vivant sur terre.)
    L’avenir dépend également des options géostratégiques planifiées par les trois grandes superpuissances (USA – RUSSIE – CHINE) qui face aux pénuries vont peut-être avoir recours aux traditionnelles méthodes belliqueuses (les USA ont déjà largement emprunté cette voie) pour s’assurer une vaine suprématie sur les ressources limitées de notre malheureux esquif (je parlai récemment du radeau de la méduse : les naufragés en vinrent au mains, les plus forts, munis de quelques sabres, accaparèrent les deux ou trois barils d’eau douce, puis dans la rage du combat, les tonneaux tombèrent à l’eau et les rescapés finirent par s’entredévorer).
    Note : (X) « l’Hinterland » allemand n’est guère que la version modernisée (plus ou moins consciente) du Drang nach Osten, profondément ancrée dans la culture /mentalité germanique, depuis l’époque des chevaliers teutoniques (comme « la destinée manifeste » des Américains du siècle dernier qui heureusement trouva sa réalisation lorsque les armées de Santa Anna furent repoussées au-delà du Rio Grande et le grand océan Pacifique atteint par les derniers colons).

    1. les naufragés en vinrent au mains, les plus forts, munis de quelques sabres, accaparèrent les deux ou trois barils d’eau douce, puis dans la rage du combat, les tonneaux tombèrent à l’eau et les rescapés finirent par s’entredévorer

      c’est exactement ce qui risque d’arriver : les possédants et les riches depuis 30 ans ont mis en branle un mécanisme pour essorer les peuples; ils pensent qu’ils vont pouvoir s’en sortir et vivre dans des résidances ultra-sécurisés au milieu d’une misère crasse ……………..

    2. Tout d’abord, le point d’arrivée est toujours une hypothèse, c’est le propre de la pensée prospective. L’hypothèse des îlots de richesses et d’une économie à deux niveaux me semble d’autant plus intéressante qu’elle recouvre à la fois des tendances actuelles (qui ne sont de fait pas limitée à l’Europe) et qu’un tel fonctionnement a été possible pendant une longue période. On peut même imaginer que si cet écart est suffisamment important, il se révèle « efficient » dans l’allocation des ressources de plus en plus rares. Bien sûr, on ne peut comparer la civilisation à l’époque de Braudel et celle d’aujourd’hui, l’une des grandes différences étant les modes de régulations collectives. L’acceptation collective dans les sociétés du moyen âge est quasiment induite parce qu’au-delà de l’ordre temporel, l’imaginaire reste limité par la représentation de la société. Ce qui me semblait intéressant, c’est de réfléchir à la possibilité d’un tel scénario dans les modes de régulations modernes (pour simplifier à l’extrême, quelle acceptation possible dans une société démocratique). Enfin sur les crises elles-mêmes, il me semble qu’elles ont toujours dépassé l’imagination des contemporains (il faut relire les témoignages d’époques et pas le travail des historiens). L’image que j’utilise dans mon essai est celle de la tectonique des plaques : La crise survient quand l’accumulation de tensions est trop importante, l’énergie libérée détruit le corps social et de la de richesse, et l’on s’acharne souvent à reconstruire au même endroit…

      1. L’expression « acceptation collective » me pose problème. Quel sens lui donnez-vous ? Celui de consensus collectif au paradigme ambiant ? Quelque chose du même ordre que le « Contrat social » tel que le définit Rousseau ? Il est évident qu’au moyen âge l’espace imaginaire des individus est limité par le champ religieux auquel une majorité des populations adhère : la hiérarchie temporelle étant le reflet de la hiérarchie céleste, la domination sociale trouve sa légitimation/légitimité dans le cosmos divin tel qu’il est présenté (dogmatisé) par l’Église. À la Renaissance apparaissent des fissures majeures : le renouveau/reprise du paradigme antique (dont témoignent abondamment les représentations artistiques [qui fécondent l’imaginaire collectif]) élargit, à mon avis, l’espace imaginal des individus ; puis se développe le luthéranisme qui correspond, en partie du moins, à la volonté de s’affranchir du carcan, devenu insupportable pour la bourgeoisie du Nord, du catholicisme (l’Église pompe les finances des États catholiques, et porte un jugement négatif sur le « Capitalisme » [banque, usure]) .
        Le consensus social dans une société d’ordre(s) ne correspond pas forcément à un consensus à un système économique donné : le système économique est un champ agonistique (http://fr.wikipedia.org/wiki/Ag%C3%B4n) à géométrie variable où chacun essaie d’occuper une place dans le réseau social, afin d’y obtenir – au minimum – des moyens de survivre et – au maximum – le plus d’avantages possibles (une sorte de loi de la jungle se met en place, une compétition où les plus malins, les plus forts, les plus corrompus parviennent finalement au sommet du mât de cocagne).
        Le consensus social est obtenu au moyen d’un storytelling (c’est-à-dire d’une construction mythique qui justifie les différences sociales, les légitime et donne un sens à l’existence de chacun) : notons que dans le storytelling protestant, Dieu légitime le riche qu’il comble de bienfaits car celui-ci est prédestiné et méritant contrairement au pauvre, paresseux et adonné aux vices (c’est bien fait pour lui !) ; les Catholiques légitiment l’existence du pauvre car le riche peut tout de même (bien qu’il ne puisse facilement passer par le chas de l’aiguille, selon les Évangiles), grâce au pauvre (qui prie pour lui – « Dieu vous le rendra au centuple »), gagner le paradis grâce à ses aumônes (Le Dom Juan de Molière, de ce point de vue, fut une pièce particulièrement décapante, et s’attira immédiatement les foudres des dévots).
        Dans une société moderne, où le mythe a perdu de sa force, il est difficile de créer un storytelling suffisamment puissant (la Magie ne tient plus aussi facilement) : le Nazisme et le Bolchévisme soviétique ont été les deux dernières tentatives (efficaces) d’amener une société à adhérer à un paradigme fédérateur. Il est évident que pour ceux qui n’adhèreraient pas au storytelling imposé par les dominants, des arguments musclés ne sont pas inutiles (camps, rééducation) :
        « car, sitôt que c’est la force qui fait le droit, l’effet change avec la cause : toute force qui surmonte la première succède à son droit. Sitôt qu’on peut désobéir impunément, on le peut légitimement ; et, puisque le plus fort a toujours raison, il ne s’agit que de faire en sorte qu’on soit le plus fort. Or, qu’est-ce qu’un droit qui périt quand la force cesse ? S’il faut obéir par force, on n’a pas besoin d’obéir par devoir ; et si l’on n’est plus forcé d’obéir, on n’y est plus obligé. On voit donc que ce mot de droit n’ajoute rien à la force ; il ne signifie ici rien du tout. (Jean-Jacques Rousseau)»
        Comment une société démocratique peut-elle parvenir à cette « acceptation collective » ; à mon avis, difficilement dans les conditions actuelles. Quant à « l’hypothèse des îlots de richesses et d’une économie à deux niveaux » cela me laisse dubitatif en cas de cassure tectonique de notre civilisation : c’est ne pas tenir compte des rétroactions ; on voit bien comment l’effondrement européen, aboutissant à une contraction de la demande rejaillit déjà sur l’économie des États-Unis, qui est déjà soumise à des problèmes structurels internes (le président Obama n’a-t-il pas récemment insisté pour qu’intervienne une relance rapide en Europe ? http://www.les-crises.fr/analyse-chomage-usa-3/) ; la Chine commence à son tour à connaître les affres de la situation générale. L’effet de domino se propage insensiblement.Les ilots de richesse seront comparables aux chaloupes du Titanic, après le naufrage.

      2. @Michel Leis :
        ///// Tout d’abord, le point d’arrivée est toujours une hypothèse, c’est le propre de la pensée prospective. ////
        Il est qd meme des chiffres qui fixent un cadre ou une palette d’ hypothèses « obligatoires » . ainsi la déplétion énergétique devrait assez vite nous faire passer de 150 « esclaves » virtuels par individus (KW) à 20 ou 30 ds le meilleur des cas . Ce sont là des valeurs moyennes (cf Jancovici) et la pondération sociétale aggravera bien évidemment ces chiffres …… Une conjecturation lucide ne peut que craindre qu’ un « effet de collage » au modèle consumériste actuel , pour le bénéfice d’un quota de plus en plus restreint, n’ accroisse encore les inégalités de notre superbe modèle « démocratique » .
        Votre hypothèse d’ ilots de richesse est difficile a tenir sur le consumérisme actuel ….Notre modèle consumériste necessite un « débit » minimum ds ses tuyaux de production ….sous cette valeur , il y aura délitements …Le consumérisme minimum nécessite un minimum de consommateur .
        Pour fabriquer des porshes , il faut que le meme tuyau diffuse des clios ……..apres il faudra les fabriquer de façon artisanale …mais là on sera en esclavage .

      3. Sur le sens de l’acceptation collective, je vous renvoie à mon commentaire de ce jour (12 :15) en réponse à Luc. Plus que le storytelling, je pense que dans une société moderne, le consentement et l’acceptation collective sont du domaine de la normalisation (telle que définie dans ce précédent commentaire). Le Nazisme et le Bolchevisme me semblent être des exceptions par ce qu’ils aspirent à reconstruire un mythe.
        La propagation de la crise, la rétroaction que vous évoquez et l’effet domino ne me semblent pas incompatibles avec mon texte. La reconstruction après une destruction massive de richesse a toujours fait partie des hypothèses de sortie de crise. Le caractère un peu original de mon hypothèse pour l’Europe, c’est que cette destruction soit le fait du politique, que la population accepte cette destruction de richesses, et que la « reconstruction » ne se fasse pas par diffusion de la richesse vers les zones où elle a été détruite, mais par concentration sur des pôles. La destruction de richesse permet aussi une adaptation de la taille de l’output et une consommation plus réduite des matières premières et de l’énergie.

  13. Ce qui est raconté ici n’est que la problématique des grands ensembles/pays humains.
    La mondialisation en cours ne fera qu’exacerber ces phénomènes de perte de controle du réel par les politiques, concentration des richesses, etc…
    Pensez-vous que vos théories s’appliquent au Lichtenstein, Luxembourg, Andorre… ou en Suisse ?
    Il sera temps de relire l’oeuvre de Cordwainer Smith pour avoir une idée éclaircie du phénomène des oligarchies.
    Plus l’ensemble est vaste plus il est aisé de le controler du sommet

  14. « …………..il ne reste plus que jamais du domaine de la lutte ».
    Quelle lutte? Certes, il existe des partis de gauche, de l’extrême droite, il y a des mouvements protéstataires – mais apporteront-ils de facto un changement? Le peuple se tait, il est soit intimidé ou trop lâche pour manifester avec vigueur, pour réclamer un système plus juste, plus équilibré; la révolution se fait devant la télé, en pantouffles. Il y a peu de chances pour que cela change.
    Pourtant, le vrai pouvoir en place – les acteurs économiques et notamment la finance – oeuvrent sans cesse à la fortification de leurs posititions. Pour vous donner un exemples: les banques, dont il est souvent question dans ce blog.
    Les banques se sont graduellement mais en crescendo orientées vers une technocratie totale quant à l’organisation de leur travail, dans le style anglosaxon. Les chargés de clientèle par exemple n’ont plus de marge de manoeuvre. Les produits financiers sont en main des technocrates, des diplômés en sciences nat. (mathématiciens ou d’autres disciplines scientifiques). Ce sont eux qui encadrent les chargés de clientèle, qui eux n’ont qu’un seul objectif: vendre le plus possible, que ce soit pour le bien du client ou non. Même la gestion du risque (Risk Management) est focalisé sur les risques quantitatives et non sur les risques qualitatives, qui sont pourtant au moins aussi importantes.
    Idem en milieu politique: on croit en la vertu de la technocratie, on pense que l’on peut maîtriser les problèmes et dangers économiques qui courent le monde grâce aux constructions technocratiques, ce qui rend superflu le concours du citoyen. On se sert de ceux dont les castes dirigeantes et leurs profiteurs ont besoin pour leur confort – reste à savoir ce qu’elles voudront faire de ceux dont on elles n’ont pas besoin – une population qui ne cesse de croître. Il n’est pas exclu que l’histoire nous reservira un plat bien connu.

    1. @Germanicus :

      Lorsque vous dites :

      Le peuple se tait, il est soit intimidé ou trop lâche pour manifester avec vigueur, pour réclamer un système plus juste, plus équilibré; la révolution se fait devant la télé, en pantouffles.

      pour moi, votre analyse est incomplète. Il manque au moins deux pans d’explications possibles :
      – le peuple manque d’une vraie éducation, d’une vraie connaissance des faits, de son histoire, en particulier sociale et politique, pour pouvoir analyser la situation, jauger les dires et les propositions, choisir, soit en soutenant quelque chose qui existe, soit en créant quelque chose de nouveau.
      – le peuple est prisonnier de la nasse d’une société conçue pour enfermer l’esprit, tuer l’esprit critique et d’analyse, et aussi qui ne laisse quasi plus d’espace de respiration aux individus entre le professionnel, les obligations toujours plus grandes du privé, qui font qu’au final de la journée, après avoir bossé, s’être occupé des enfants et/ou des parents, du ménage, de la bouffe, on n’a plus d’énergie pour autre chose que s’avachir.

      Ensuite, le tout peut se combiner pour donner le résultat que nous avons. Mais, à mon avis, le manque d’éducation générale pour tout ce qui est l’histoire sociale et politique, les conquêtes sociales, est un élément prépondérant. On ne comprend pas d’où on vient, pourquoi et comment on est arrivés là, et à quel point ce qui se passe est tout simplement la continuation d’une lutte à mort qui n’a jamais cessé, simplement, le rapport de force après avoir été un peu du côté « travailleurs » s’est stabilisé, puis est maintenant totalement renversé…sans que cela soit pour autant une fatalité !

      1. @ Fuu et Sage :
        //// – le peuple manque d’une vraie éducation, d’une vraie connaissance des faits, de son histoire, en particulier sociale et politique, pour pouvoir analyser la situation, jauger les dires et les propositions, choisir, /////
        Vous etes dans l’ erreur .
        Nous venons de passer plus d’ un demi siecle d’essais modélisé , « in vivo » et grandeur nature , d’ un système optimisé ds le domaine de l’ information , de l’ acces a l’ education et de liberté » documentaire ……..essais obtenu grace a l’ abondance énergétique et qui ne se pourra « Jamais » se reproduire a ce niveau .
        Le résultat de cet accès illimité a la formation-information , est ….L’ AUDIMAT .

        Cette période de débordement obscène de consumérisme aura du moins permis d’éliminer l’ « éducation » comme solution (du moins unique) de nos déviances .

    2. Vous avez raison, le domaine de la lutte est de plus en plus difficile à cerner. Il est pourtant le seul à pouvoir donner un sens (une direction) aux changements auxquels on assiste. Cependant, son champ se réduit de plus en plus. Dans les entreprises il tend à disparaître entre les craintes, les pressions et les bouleversements intervenus dans l’organisation du travail. Il reste à mon sens deux domaines où l’action peut encore se révéler porteuse. Tout d’abord, il me semble essentiel de contrer la propagande du politiquement correct, du réalisme imposé et de l’analyse toute faite. C’est aussi le sens d’un blog comme celui de Paul Jorion, à condition d’œuvrer à sa visibilité. Dans le domaine politique, la voie est plus étroite. Je ne me sens représenté par aucun parti aujourd’hui et je tends à me méfier des mouvements spontanés. Mais je pense que dans ce qui reste une social-démocratie, l’équilibre des rapports de force a un rôle à jouer. Voter ou faire campagne pour des partis très ancrés à gauche peut contribuer un temps à rééquilibrer les termes du débat, sans être pour autant convaincu par leurs solutions. Les trente glorieuses n’ont après tout jamais été une période très calme et la pression sociale y a été constante. L’organisation du travail en grandes entités et un marché proche du plein emploi aidait sûrement. Mais peut-être l’existence d’un contre modèle mettait une forme de pression sur les politiques menées à l’époque, même si ce contre modèle était totalement inefficace. La plus grande réussite du bloc de l’Est aura peut-être été la prospérité occidentale…

  15. Le résultat mondial inégalitaire du système socioéconomique actuel présente effectivement des analogies avec le résultat inégalitaire national du système socioéconomique médiéval, mature à l’époque chez nous. Il y a des pôles de richesse et des super-pôles de super-richesse. Il y a des populations numériquement majoritaires en situation juste de survie, des populations aisées et des populations ultra-minoritaires d’ultra-riches.
    Cela démontre que la connivence intéressée entre le pouvoir politique et le pouvoir économique provoque automatiquement une concentration du pouvoir d’achat chez certains, par un effet « boule de neige » de concentration des richesses. Celles-ci jouent un rôle de réserve d’un pouvoir dont la mise en action permet d’acquérir encore plus de richesses au détriment des plus fragiles, en maintenant ceux-ci dans la précarité, mais sans les faire disparaître car ils sont utiles. Tant que les richesses seront des appâts pour motiver les humains il en sera de même. La seule issue est la recherche de richesses spirituelles plutôt que de richesses matérielles. Est-ce envisageable ?

    Dans le temps, les différences tiennent aux mécanismes mis en œuvre.
    Au moyen-âge, les liquidités étaient limitées par la quantité de métaux précieux. Le crédit était borné à la remise en circulation de l’épargne. Toutes les richesses n’étaient que le fruit d’un travail de production. Les classes déshéritées ne produisaient que des richesses banales. Les classes médianes produisaient des richesses rares ou des services rares et étaient ménagées par les puissants. Les puissants usaient de leur pouvoir pour pomper les richesses sans tuer la source.
    Actuellement un mécanisme supplémentaire est venu se rajouter grâce à la monnaie scripturale. Elle permet la création ex nihilo de richesses attractives en utilisant le crédit, sans limitation autre que réglementaire par le pouvoir politique qui en profite largement donc se garde bien d’intervenir.
    Le crédit permet d’empiler des créations de richesses artificielles sur n’importe quelle richesse tangible, donc d’appliquer des couches de pouvoir superposées sur le dos du producteur.
    Il y a la richesse de base, celle qui satisfait un besoin fondamental. Il y a le crédit pour acquérir cette richesse. Il y a le crédit pour acquérir les équipements nécessaires à la production de la richesse. Il y a le crédit pour acquérir la possibilité de fournir les crédits précédemment cités. Il y a le crédit pour obtenir le pouvoir de fournir l’étage de crédit immédiatement inférieur. Ainsi de suite, on empile des couches et la seule limite est dans l’imagination des financiers créateurs de produits dérivés et d’organismes de pompage.
    Le travail du producteur de base, celui qui fournit une richesse utile, généralement vouée à être détruite dans une consommation, est dilué dans toute une succession de couches de pouvoir absorbantes, pour des bénéficiaires qui ne créent finalement rien de réellement utile. Leur besoin à satisfaire est celui d’acquérir du pouvoir sans se fatiguer en pompant le travail des travailleurs utiles. Il n’est pas étonnant que ceux-ci s’épuisent sous la tâche !
    La pompe à phynance est l’invention majeure de notre civilisation matérialiste.

  16. Le résultat inégalitaire mondial du système socioéconomique actuel présente effectivement des analogies avec le résultat inégalitaire du système socioéconomique médiéval, mature chez nous à l’époque. Il y a des pôles de richesse et des super-pôles de super-richesse. Il y a des populations numériquement majoritaires en situation juste de survie, des populations aisées et des populations ultra-minoritaires d’ultra-riches.
    Cela démontre que la connivence intéressée entre le pouvoir politique et le pouvoir économique provoque automatiquement une concentration du pouvoir d’achat chez certains, par un effet « boule de neige » de concentration des richesses. Celles-ci jouent un rôle de réserve d’un pouvoir dont la mise en action permet d’acquérir encore plus de richesses au détriment des plus fragiles, en maintenant ceux-ci dans la précarité, mais sans les faire disparaître car ils sont utiles. Tant que les richesses seront des appâts pour motiver les humains il en sera de même. La seule issue est la recherche de richesses spirituelles plutôt que de richesses matérielles. Est-ce envisageable ?

    Dans le temps, les différences tiennent aux mécanismes mis en œuvre.
    Au moyen-âge, les liquidités étaient limitées par la quantité de métaux précieux. Le crédit était borné à la remise en circulation de l’épargne. Toutes les richesses n’étaient que le fruit d’un travail de production. Les classes déshéritées produisaient les richesses banales. Les classes médianes produisaient des richesses ou des services rares et étaient ménagées par les puissants. Les puissants usaient de leur pouvoir pour pomper les richesses sans tuer la source.
    Actuellement un mécanisme supplémentaire est venu s’ajouter au mécanisme traditionnel grâce à la monnaie scripturale. Elle permet la création ex nihilo de richesses attractives en utilisant le crédit, sans limitation autre que réglementaire par le pouvoir politique. Comme il profite largement de cette dynamique, il se garde bien d’intervenir.
    Le crédit permet d’empiler des créations de richesses artificielles à partir de n’importe quelle richesse tangible, donc d’appliquer des couches de pouvoir superposées sur le dos des producteurs.
    Il y a la richesse de base, celle qui satisfait un besoin fondamental. Il y a le crédit pour acquérir cette richesse. Il y a le crédit pour acquérir les équipements nécessaires à la production de la richesse. Il y a le crédit pour acquérir la possibilité de fournir les crédits précédemment cités. Il y a le crédit pour obtenir le pouvoir de fournir l’étage de crédit immédiatement inférieur. Ainsi de suite, on empile des couches et la seule limite est dans l’imagination des financiers créateurs de produits dérivés et d’organismes de pompage.
    Le travail du producteur de base, celui qui fournit une richesse utile, généralement vouée à être détruite dans une consommation, est dilué dans toute une succession de couches de pouvoir absorbantes, pour des bénéficiaires qui ne créent finalement rien de réellement utile. Leur besoin à satisfaire est celui d’acquérir du pouvoir sans se fatiguer, en pompant le travail des travailleurs utiles. Il n’est pas étonnant que ceux-ci s’épuisent sous la tâche !
    La pompe à phynance est l’invention majeure de notre civilisation matérialiste.

  17. A mon sens, nous avons toujours été ‘mondialisés », sinon comment expliquer que les pointes de flèches soient grosso modo les mêmes sur tous les sites du monde?
    Au regard de l’Histoire, ce sont toujours les sociétés les plus égalitaires qui ont l’avantage. Les empires devenus (trop) inégalitaires s’écroulent.

  18. « les tensions s’accumulent, jusqu’au moment où un point de rupture est atteint, changeant les règles et les paradigmes. »

    René Thom a écrit à ce sujet: « Révolutions, catastrophes sociales? », Apologie du logos.

    NB: Pour Thom « Toute analogie sémantiquement acceptable est vraie ». Et, plus précisément, « Les situations dynamiques qui régissent les phénomènes naturels sont fondamentalement les mêmes que celles qui régissent l’évolution de l’homme et des sociétés ».

    1. @Basic :
      Thom a dit :
      «  » » « Les situations dynamiques qui régissent les phénomènes naturels sont fondamentalement les mêmes que celles qui régissent l’évolution de l’homme et des sociétés ». «  » » je me permet de répèter en complétant :
      « Les situations dynamiques qui régissent les phénomènes naturels sont fondamentalement les mêmes que celles qui régissent l’évolution de l’homme et des sociétés »……..tant ces dernieres restent des « phénomènes naturels » …ce qu’elle ne sont plus .
      l’éclatement structurel du modèle de gestion des groupes ne permet plus de poser comme « système naturel complexe au sens « chaos » » nos outils actuels …..nous échappons a toute possibilité de stabilité durable ……Les correctifs ponctuels effectués »a vue » ne sont efficace que brièvement et aggrave la dérive suivante (système dynamique instable non amorti).

      1. @ Kercoz

        « tant ces dernieres restent des « phénomènes naturels » …ce qu’elle ne sont plus. »

        Tout à fait d’accord. Et, comme l’écrit Thom: « Les inévitables corrections à l’équilibre entre l’homme et la Terre ne pourront être -au sens strict et usuel du terme- que catastrophiques. »

      2. @ Basic Rabbit :
        Il semble que l’ on soit sorti du système originel archaique (supposé vertueux parce restant dans sa chaine trophique) , des le début du néolithique (en raison de la spécialisation et de l’ agriculture).
        L ‘évolution naturelle (mathématique) d’ un système parcellisé c’est le groupe de groupe en distribution fractale . Cette « tendance » structurelle peut avantager la prédation d’ un système linéaire centralisateur sur le système morcelé originel .Les interactions entre les groupes ont un degré de virtualité plus fort que les interactions entre individus (me semble t il) …ce qui peut occasionner des tentations d’ user de ces « zones de pouvoir »……..
        On voit bien que cette structure parasite a pu vivre sans trop de dégats ,tres longtemps , et meme en symbiose par des apports ( boostage de technologie , du commerce…..meme si c’est pour de mauvaises raisons , ..l’ offre précédant la demande..) apports bénéfiques a l’individu .
        Il me semble que c’est l’ acces a l’ énergie quasi gratuite qui a emballé le système . L’ énergie supprime le temps et l’ espace et de ce fait , le modèle en tant qu’ équation explose .
        Comme l’ explique Michéa ds le lien ci dessus, regarder en arriere n’est pas faire acte de régression , et c’est de toutes façon nécessaire pour revenir a la bifurcation .
        En plus court , le système des groupes humains , n’a pas besoin de revenir au paléo , contraint par le manque de Mat.prem. et d’energie, et lucide des perversité et de l’attrait rationaliste ou constructiviste , il doit remettre du temps et de la distance pour revenir a une stabilisation perdue …. Il restera a reconstruire une structure détruite..

      3. @ kercoz
        « L ‘évolution naturelle (mathématique) d’ un système parcellisé c’est le groupe de groupe en distribution fractale ».

        Je ne connais pas ce théorème! Qu’entendez-vous par système parcellisé? Voulez-vous dire qu’une petite structure locale à la stabilité éprouvée va avoir une tendance naturelle à se reproduire à l’identique à des échelles de plus en plus grandes en préservant sa stabilité?

        Si l’analogie thomienne biologie/sociologie rappelée ci-dessus a quelque validité, ce ne devrait pas être le cas dans une évolution « naturelle » des sociétés puisque ce n’est à l’évidence pas ce qui se passe en morphogénèse biologique.

        Il me semble que les sociétés évoluent comme les espèces, en tentant de fonctionner au mieux compte tenu de leur environnement (il y a beaucoup de ratés qui entraînent souvent la disparition d’espèces ou de civilisations qui n’ont pas trouvé les solutions aux problèmes posés ou ont fait de mauvais choix).
        Pour résoudre les problèmes posés on bricole localement (que faire d’autre?) en rajoutant de nouvelles fonctionnalités compatibles avec la structure. La solution la plus stable finira par s’imposer. Au prix (c’est ce qu’indique l’observation de notre société comme de celle des espèces) d’une plus grande complexité. Mais la stabilité finit toujours, ama, par faire mauvais ménage avec la complexité (je crois que nous n’avons pas le même avis sur la question). Et périodiquement… patatras: il faut repenser la structure.

        Plus sérieusement voir Thom: « Structure et fonction en biologie aristotélicienne », Apologie du logos.

      4. @Basic Rabbit :
        Nous divergeons nettement sur ce point :
        ////// «la stabilité finit toujours, ama, par faire mauvais ménage avec la complexité (je crois que nous n’avons pas le même avis sur la question). /////
        Les études sur la théorie du Chaos dont « la complexité » est un synonyme, montrent le contraire.
        Prenons comme exemple un des système naturel des plus complexe : « La foret » de sa roche mère a sa canopée en incluant outre la pedofaune et mesofaune, la flore et les mycé du sous sol …….Tout celà forme une entité « Foret » des plus stable sur cette planète ……elle peut perdurer durant des millénaires et qqs fois sur 20 cm de terre, en créant meme ses pluies perso sous la canopée …..Elle peut soigner les plaies d’ un incendie et autres épidémies , et ne craint réellement qu’ une ere glaciaire ou qqs Sapiens dans le coin !
        Modéliser ttes les boucles trophiques et interactions primaires ou secondaire est quasi inconcevable …mais on peut affirmer certaines choses :
        Son énorme stabilité resulte du nombre important des acteurs et des interactions
        Que chaque acteur ou interaction n’est pas indispensable
        qu’ une auto organisation fonctionne et qu’elle grandit comme s’accroit la stabilité ( la pluie endogène n’est pas indispensable , mais aide bien qd il y a un soleil de plomb au dessus de la canopée…………..On comprend comprend bien sur cet ex la notion de néguentropie .
        Le modèle « foret » est un attracteur fort du système …en position de repli-secour, le modèle « steppe » en est un autre .
        Prigogine dit tres justement , qu’a chaque fois qu’un scientifique ou economiste veut modéliser un système , ne sachant pas gérer les equa diff qui découlaient systématiquement du modèle , le mathématicien , pour satisfaire ses clients , simplifiait l’equa pour la ramener a une equa lineaire qu’il savait traiter ….c’est ce qu’ont fait pour la cosmologie les premiers chercheurs .
        Prigogine dit qu’il ne faut pas refuser la complexité …qu’avec les ordi , on peut avoir des solutions et que les systèmes complexes sont stables parce que auto-organisés .

        /////// « L ‘évolution naturelle (mathématique) d’ un système parcellisé c’est le groupe de groupe en distribution fractale ».
        Je ne connais pas ce théorème! Qu’entendez-vous par système parcellisé? /////
        Je ne sais si c’est un théorème …il a bien du etre formalisé …c’est juste de la logique .
        Un système parcellisé , ou morcelé , est selon moi , un système de gestion des groupes ou chaque groupe se restreint en taille en fonction de ses possibilité d’appro avec son environnement.
        En cas de surpopulation , la scissiparité est de mise et le groupe exclus devient concurrent amical ou conflictuel sur un territoire voisin …..L’ interaction entre les groupe peut etre smilaire a l’ interaction entre individus, (agressivité inhibée par des rite) , et structurer un groupe de groupe .
        Ttes les especes sociales fonctionnent ainsi , l’espece humaine arrive a développer le stade superieur du groupe de groupes (fractal) .
        Cette évolution me semble possible sans sortir du cadre de gestion naturelle (sans dénaturer) , meme si des échanges de transfert de matieres , de biens ou de savoirs se mettent en place .
        L’exemple involontaire décrit par Braudel est tres bon ;
        Village tendant a l’autonomie (pas de boulanger) , un bourg pour 1 villages et une ville pour 2 bourgs ou pour une raison spécifique (port , carrefour commercial) .
        Le squatt d’un système centralisé venant se nourrir sur ce système va le faire dériver, vers sa destruction qd le gain de productivité demandé se trouve freiné par la parcellisation du système .
        Mais le groupe restreint de par son origine , son ancienneté devrait rester une obligation pour l’equilibre individuel …ne pas etre négociable .

      5. @ kercoz
        Merci pour cette longue et convaincante réponse. Si j’ai bien compris vous dites que plus une structure est complexe en ce sens que les interconnexions entre ses différentes parties sont plus nombreuses, variées et redondantes, plus elle sera stable puisqu’une rupture de quelques connexions n’altérera pas ou peu le fonctionnement global de la structure. Dans ce sens je suis complètement d’accord avec vous que stabilité et complexité vont de paire. Et il faudra ama que dans un futur pas trop lointain nous tirions les conséquences politiques du fait que les structures complexes en réseau sont plus stables que les structures hiérarchiques pyramidales traditionnelles. Peut-être nous apercevrons-nous alors que l’on arrive à des sociétés stables de tailles beaucoup plus importantes que celles dont vous nous parlez fréquemment (je pense que la répétition « fractale » d’un même motif de base à la stabilité éprouvée sera instable du fait même de son manque de diversité)?

        La complexité est loin d’assurer la stabilité comme le montre la société dans laquelle nous vivons. Ce que je voulais dire dans mon précédent commentaire c’est que les sociétés (et les espèces?) se complexifient par ajouts successifs censés améliorer le fonctionnement de leur structure. Il arrive fatalement un moment où cette structure doit se modifier ou (ama le plus souvent) s’effondrer sous le poids de cette complexification.
        C’est ce qui se passe avec une phrase que l’on alourdit en ajoutant des compléments destinés à en préciser le sens: il y a un moment où la phrase devient inintelligible (sémantiquement instable) du fait de sa seule complexité et où il y a intérêt à modifier la structure du texte en la faisant exploser en plusieurs phrases plus courtes.

      6. @BasicRabbit

        Et il y a longtemps que votre propre pensée est devenue inintelligible à force de complexité. Vous en êtes-vous aperçu ? Non, parce que cela demande une capacité auto-réflexive non sans rapport avec l’humour, or vous êtes un savant cosinus.

      7. @Basic Rabbit :
        a ce que j’ ai compris , vous parlez d’autre chose ..de la spécialisation .:
        ///// les sociétés (et les espèces?) se complexifient par ajouts successifs censés améliorer le fonctionnement de leur structure. Il arrive fatalement un moment où cette structure doit se modifier ou (ama le plus souvent) s’effondrer sous le poids de cette complexification. //////
        Et il semble que les spécialisations physiques (grosse pince , corne frontale , etc) soient irréversible ….et donc que ces « bifurcations » , tout en facilitant la survie de l’ espece (pelage blanc du renard ) puisse etre définitif et donc interdire ou limiter les « choix » (possibilités) ultérieures .
        Le mamouth etait beaucoup plus évolué que les éléphants qui eux , ont survécu ….
        La spécialisation est donc un moyen de survivre tout en perdant un joker ….

        /////// C’est ce qui se passe avec une phrase que l’on alourdit en ajoutant des compléments destinés à en préciser le sens: il y a un moment où la phrase devient inintelligible (sémantiquement instable) du fait de sa seule complexité et où il y a intérêt à modifier la structure du texte en la faisant exploser en plusieurs phrases plus courtes. //////
        C’est tres curieux que vous ecriviez celà ! …..je cherche désespérément … un texte de BERGSON ou il écrit que pour raconter un homme , il faudrait un livre d’ une seumle phrase , tres longues , pleine de « boucles » ……….Bergson etait un oncle de PROUST je crois bien et en relations frequentes .

      8. @ Lisztfr

        « votre propre pensée est devenue inintelligible »

        Vous m’avez reproché il y a quelques jours de ne pas avoir de propre pensée. 🙂

      9. lisztfr,
        J’attends toujours vos conclusions sur St simon ?
        Vous vous étiez engagé à y jeter un oeil.
        Kerkoz,
        « Il semble que l’ on soit sorti du système originel archaique (supposé vertueux parce restant dans sa chaine trophique) , des le début du néolithique (en raison de la spécialisation et de l’ agriculture). » , cette période est pour vous la naissance de la capitalisation, je rappelle. C’est une intuition. Vous oubliez la découverte du feu dans votre définition du capitalisme, sous-estimez le rôle de l’échange (interaction) et zappez complétement la fonction linguistique….Je ne le dirai jamais assez que l’homme n’est pas qu’un loup pour l’homme mais bien plus !
        Je tiens à préciser que l’échange de nos idées ne doit pas nous diviser mais nous enrichir. 🙂

  19. Normes et lois.

    J’adhère à ce que dit le lacanien Charles Melman dans « L’homme sans gravité »:
    « La barbarie est une relation sociale organisée par un pouvoir non plus symbolique mais réel. A partir du moment où le pouvoir qui est établi s’appuie sur -a pour référence- sa propre force, et ne cherche à protéger rien d’autre que son existence en tant que pouvoir, son statut de pouvoir, eh bien, nous sommes dans la barbarie. Est-ce que vous connaissez une seule des grandes manifestations récentes d’exercices du pouvoir dans notre monde qui ne soit pas une manifestation de la barbarie. » […] Pour ma part je ne prônerai sûrement pas pour autant le retour à la messe, aux offices ou à la synagogue… »

    Je crois que c’est pour supporter cette barbarie qu’une mythification est essentielle à l’organisation des sociétés humaines. Ainsi les dix commandements de Moïse ont été mythifiés pour mieux les faire accepter.
    La laïcisation de notre société a entraîné un transfert du sacré au scientifique en mythifiant les phénomènes naturels: » la pomme tombe » devient « la pomme tombe parce qu’elle suit la loi de la gravitation », « le monde évolue » devient « le monde évolue parce qu’il suit la loi de Darwin ».
    En énonçant sa loi Newton a ajouté: « Hypotheses non fingo » dont une traduction glorieuse est « Je n’ai pas besoin d’hypothèse » et un traduction piteuse est « Je ne sais pas pourquoi ». Sait-on en 2012 pourquoi les pommes tombent?
    Le dogme fondamental du néo-darwinisme est que seules les cellules germinales sont susceptibles de transmettre à leur descendance les mutations génétiques qu’elles auraient subies. Bel argument en faveur de la démocratie représentative.

    René Thom: « On ne pourra que s’étonner, dans un futur pas tellement lointain, de l’étonnant dogmatisme avec lequel on a repoussé toute action du soma sur le germen, tout mécanisme lamarckien. »

    1. Suite

      Je ne mets pas en cause les éclatants (Hiroshima) succès de la Science.
      Je m’interroge seulement sur la pertinence de l’utilisation de résultats scientifiques quant à l’organisation des sociétés. Que restera-il de l’organisation actuelle lorsque le dogme néo-darwinien s’effondrera?

      Comment la vérité et la réalité furent-elles inventées? Je n’irais pas jusqu’à dire que ce sont les classes dirigeantes qui s’en chargent. Mais qu’elles orientent la recherche dans les directions qui la servent, ama sûrement. Avec le secret espoir qu’au bout d’un certain temps cela revienne au même…

      1. BasicRabbit,
        Vous êtes en mathématique, ce que Mr Jorion est à l’anthropologie.
        La comparaison est peut-être excessive mais le sens est bon.
        Cette échange est gratuit car votre réflexion est enrichissante.
        Vous n’êtes apparemment pas agressif mais curieux.
        Le dogme est l’ennemi de la capitalisation réelle et non nominale du patrimoine restant. ..

      2. @ Olivier69
        « Vous êtes en mathématique, ce que Mr Jorion est à l’anthropologie. »
        C’est aimable de votre part mais ce n’est pas le cas. Je suis un ex-matheux de base qui rame pour essayer de comprendre ce que dit Thom et je fais du prosélytisme pour son oeuvre parce que je suis convaincu que son message mérite d’être diffusé.
        Si Paul Jorion doit être comparé à quelqu’un c’est ama à Thom lui-même. Je trouve assez fascinant en effet que quelqu’un formé à l’anthropologie, parmi la plus molle des sciences molles, se retrouve sur de nombreux points en phase avec quelqu’un qui vient de la plus dure des sciences dures (quoique la topologie soit la partie la plus molle des mathématiques, ceci expliquant d’ailleurs peut-être cela). Les rapports de la magie à la science sont très étroits…

      3. Vous avez tout à fait raison mais les dialectiques entreprises non sans difficultés méritaient un encouragement….Je pense que Mr Jorion ne m’en tiendra pas rigueur, il est clément….

  20. Je viens de lire un article assez percutant sur Médiapart (accès payant malheureusement) annonçant une augmentation du coût de la main-d’œuvre en Chine, et l’adaptation des entreprises (en l’occurence Foxconn) par l’adoption d’usines automatisées à grande échelle. Il est question quand même de 500 000 licenciements.

    http://www.mediapart.fr/journal/economie/090612/si-les-usines-revenaient-mais-sans-les-emplois

    Un aspect intéressant de l’article est de juxtaposer le projet d’ajustement industriel français à des tendances de fond qui rendent ces projets risibles. Ils sont comparés à la fameuse Ligne Maginot, en retard d’une guerre.

    Ce qui m’a interpellé, c’est l’acuité avec laquelle il illustre le phénomène (annoncé depuis longtemps sur ce blog) de la disparition du travail. Car si même les chinois sont licenciés, il va quand même peut-être falloir admettre l’interêt de cette hypothèse.

    Le journaliste Philippe Riès évoque également la place croissante que prendront les gaz de schistes dans l’équation énergétique mondiale à court terme. Dommage qu’il ne parle pas des ravages économiques inhérent à ces techniques (pollution des nappes phréatiques dasn un monde où la fourniture d’eau potable devient de plus en plus stratégique, dévastation de l’environnement). Pour lui les États-Unis et la Chine seront les grands « bénéficiaires » de l’adoption de ces techniques.

    Il parle aussi un peu de la stratégie monétaire chinoise. Très efficace dans l’établissement du yuan comme monnaie internationale. De la pénurie de dollars qui menace l’Europe (déficit de 150 milliards de dollars par an), de l’ineptie de l’Europe dans la résolution de la crisounette grecque, et dans le renforcement de l’euro comme monnaie internationale.

    Ça m’a fait un choc de le lire ce matin.

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