SUR LA ROUTE, par Asami Sato

Billet invité.

Même s’ils étaient bien trop souvent bourrés, même s’ils se droguaient abondamment, même si la plupart d’entre eux – et le narrateur en particulier – étaient les fils et les filles de familles bourgeoises, leurs yeux n’arrêtaient pas de briller. Parce qu’ils étaient mus par un authentique désir de vivre. Ils étaient là ! vivants ! malgré la puanteur des trop grandes villes à la fin des années quarante.

Il ne s’agissait pour eux ni de devenir célèbre, ni de gagner beaucoup d’argent. C’était un grand espoir de liberté et la souffrance qui l’accompagne inévitablement.

À la sortie de la deuxième guerre mondiale, pour ceux qui avaient vingt ans, le vide succédait à la mobilisation au combat. Ils se retrouvaient bras ballants, et le néant s’infiltrait dans les âmes.

C’est l’absence soudaine d’adversaire qui a fait se poser les questions : ‘Où sommes-nous ? où allons-nous ? qui sommes-nous ?’ Le tourbillon de la vie, c’est parfois le monde qui nous l’offre et il suffit alors de s’y laisser engouffrer. À d’autres époques, le tourbillon, il faut le créer soi-même.

Et c’est pour cela qu’ils se retrouvaient ‘sur la route’ avec un mélange détonant d’angoisse et d’audace.

Ensemble, dans une solitude partagée : nous nous partageons le mur qui nous sépare. Le mur se déplace avec nous, sans pour autant jamais disparaître.

Nous sommes aujourd’hui une fois de plus ‘sur la route’, repus mais en perdition. Nous choisirons d’en faire le paradis ou l’enfer.

Dans son film récent, Walter Salles a filmé les gestes qu’évoque le roman de Kerouac, sans parvenir à en reconstituer les sentiments. Ce qui manque est du côté des acteurs, qui n’ont pas pu se reconnaître dans les jeunes fous qui sillonnaient les routes de l’Amérique en 1947.

Ce qui manque chez Salles, je l’ai heureusement retrouvé ailleurs : dans le petit (et grand) documentaire qu’Ann Chakraverty a consacré à ‘Sur la route’, et que voici.

Go, go, go- sur la route de Jack Kerouac from annchakraverty on Vimeo.

Partager :

14 réflexions sur « SUR LA ROUTE, par Asami Sato »

  1. C’ est vrai que le documentaire est bon, preuve en est que je l’ ai regardé.

    Dommage qu’ il s’ arrête avant la fin.

    Kerouac, je n’ avais pas accroché, Burroughs si, mon préféré était Ginsberg.

    AMERIQUE

    Amérique je t’ai tout donné et maintenant je ne suis rien. Amérique deux dollars et vingt- sept cents le 17 janvier 1956. Je ne peux pas supporter mon propre esprit.
    Amérique quand finirons-nous la guerre humaine?
    Va te faire foutre avec ta bombe atomique.
    Je me sens mal fous moi la paix.
    Je n’écrirai pas mon poème avant que d’avoir toute ma raison.
    Amérique quand seras-tu angélique?
    Quand te déshabilleras-tu?
    Quand te regarderas-tu à travers la tombe ?
    Quand seras-tu digne de tes millions de Trotskystes ?
    Amérique pourquoi tes bibliothèques sont-elles pleines de larmes ? Amérique quand enverras-tu tes oeufs aux Indes ? Je suis malade de tes exigences insensées.
    Quand pourrai-je aller au supermarché et acheter ce dont j’ai besoin sur ma bonne mine?
    Après tout, Amérique, c’est toi et moi qui sommes parfaits pas le monde futur.
    Ta machinerie est trop pour moi.
    Tu m’as donné envie d’être un saint.
    Il doit exister une autre façon de régler cette querelle. ~ Burroughs est à Tanger je crois qu’il ne reviendra pas c’est sinistre.
    Es-tu sinistre ou est-ce là quelqu’autre mauvais tour ? J’essaie d’en venir au fait.
    Je refuse d’abandonner mon obsession.
    Amérique arrête de pousser je sais ce que je fais. Amérique les fleurs des pruniers tombent.
    Je n’ai pas lu les journaux depuis des mois, tous les jours on juge quelqu’un pour meurtre.
    Amérique je me sens sentimental envers les « wobblies ».
    Amérique étant môme j’étais communiste je n’en suis pas désolé. Je fume de la marijuana chaque fois que je peux
    Je reste assis chez moi à longueur de journées et fixe les roses dans l’armoire.
    Quand je vais à Chinatown je me saoûle et ne baise jamais. Ma décision est prise va y avoir du grabuge.
    Tu aurais dû me voir lisant Marx.
    Mon psychanalyste pense que je vais parfaitement bien. Je ne dirai pas le Notre Père. J’ai des visions mystiques des vibrations cosmiques.
    Amérique je ne t’ai toujours pas dit ce que tu as fait à l’oncle Max après son arrivée de Russie.
    Je te parle.
    Vas-tu laisser Time Magazine diriger ta vie émotionnelle ? Je suis obsédé par Time Magazine.
    Je le lis chaque semaine.
    Sa couverture me fixe chaque fois que je me faufile devant le magasin du coin.
    Je le lis dans le sous-sol de la Bibliothèque Municipale de Berkeley.
    Ça me cause toujours de responsabilité. Les hommes d’affaires sont sérieux. Les producteurs de films sont sérieux. Tout le monde sérieux sauf moi.
    L’idée me vient que je suis l’Amérique.
    Me voilà encore qui me parle à moi-même.
    L’Asie se soulève contre moi.
    Je n’ai pas l’ombre d’une chance de Chinois.
    J’aurais intérêt à considérer mes ressources nationales.
    Mes ressources nationales consistent en deux joints de marijuana des millions de testicules une littérature privée impubliable qui fonce à 1400 miles à l’heure et vingt cinq mille asiles d’aliénés.
    Je ne dis rien de mes prisons ni des millions de sous-privilégiés qui vivent dans mes pots de fleurs sous la lumière de cinq cents soleils.
    J’ai aboli les bordels de France, Tanger est le prochain sur la liste.
    Mon ambition c’est d’être Président en dépit du fait que je sois Catholique.
    Amérique comment puis-je écrire une ode sacrée dans ton humeur nigaude ?
    Je continuerai comme Henry Ford mes strophes sont aussi personnelles que ses automobiles plus même toutes sont de sexe différent.
    Amérique je te vendrai des strophes 2.500 $ pièce 500 $ de reprise sur ta vieille strophe
    Amérique libère Tom Mooney
    Amérique sauve les Loyalistes Espagnols
    Amérique Sacco et Vanzetti ne doivent pas mourir
    Amérique je suis les Scottsboro boys.
    Amérique à sept ans mamma m’emmena à des réunions de cellules communistes ils nous vendirent des garbanzos une main pleine le ticket un ticket coûtait un nickel et les discours étaient gratuits tout le monde était angélique et sentimen­tal à l’égard des travailleurs tout ça était si sincère tu n’as pas idée quelle bonne chose c’était le parti en 1835 Scott Nearing était un grand vieux bonhomme un vrai mensch Mère Bloor m’a fait chialer une fois j’ai vu Israel Amter de mes yeux. Ça devait tous être des espions.
    Amérique tu ne veux pas vraiment aller à la guerre.
    Amérique c’est ces méchants Russes. Ces Russes ces Russes et ces Chinois là. Et ces sales Russes.
    La Russia elle veut nous bouffer vivants. La Russia elle ivre de puissance. Elle veut choper nos voitures dans nos garages.
    Elle vouloir prendre Chicago. Elle avoir besoin d’un Reader’s Digest Rouge. Elle vouloir nos usines d’autos en Sibérie. Lui grosse bureaucratie gérant nos stations-service.
    Ça pas bon. Ugh. Lui forcer Indiens apprendre à lire. Lui besoin grand nègres noirs. Hah. Elle nous faire bosser seize heures par jour. Au secours.
    Amérique ceci est très sérieux.
    Amérique c’est l’impression que j’ai en regardant dans le poste de télévision.
    Amérique est-ce correct?

    J’aurais intérêt à me mettre tout de suite au boulot.
    C’est vrai je ne veux pas m’engager à l’Armée ou tourner le
    tour en usine de pièces de précision, je suis myope
    et psychopathe de toute façon.
    Amérique je mets ma foutue main à la pâte.

  2. « Nous sommes aujourd’hui repus ,mais en perdition »,bonne formule qui résume une fin de « civilisation »

  3. « La vie trouve toujours son chemin. » Steven Spielberg

    L’Amérique c’est plus trop ça,
    L’Amérique c’est plus trop ma route,
    L’Amérique c’est souvent de la distance,
    Elle n’est bien sur pas que ça malheureusement,
    Lorsqu’elle préfère souvent perdre et gagner au jeu à la fois,

    Un jour viendra elle s’en rendra mieux compte, en attendant faut se la farcir, faut dire qu’elle est encore très fière d’elle-même, peut-être pas la plus facile à vivre pour beaucoup d’hommes battus et trompés, elle devient si vénale et craignoss pourtant il n’y a pas que l’argent dans la vie. Et dire que ses copines c’est pas mieux non plus.

    1. la méga claque , ce documentaire etatsunien

      il y a des années , il est passé sur arte/la sept peu de temps avant ou apres ce film russojaponais magnifique « Dersou Ouzala  » …

      un raccourcis saisissant sur la modernité .

  4. Amérique, vois-tu, ton lyrisme m´émeut
    Tes gratte-ciel s´en vont par trois, comme à l´école
    Apprendre leurs leçons dans l´azur contagieux

    Ils s´amusent parfois des riches cabrioles
    Que font vertigineusement sur la cohue
    Tes insectes maçons qui perdent la boussole

    Peuple d´enfants éclos dans un tohu-bohu
    Germe d´un premier lit d´une Europe malade
    Tes races dans les milk-bazars font du chahut

    Ô peuple des gitans, géographes nomades
    Western perpétuel qui dors à Washington
    Tes peaux-rouges n´ont plus le sens de l´embuscade

    Ils plient sous le fardeau de tes sine qua non
    Le fusil mort debout au fronton des réserves
    Et le râle employé à des Eleison

    Le poétique végétal mis en conserve
    Moisit dans le gésier de tes adolescents
    Qui mettent des cocardes aux fesses de Minerve

    Toi, tu vis aux crochets de la banque et du sang
    Fabriquant des monnaies à l´étalon des autres
    Garce qui prend son lait au monde vieillissant

    Nous avons une église et tu as des apôtres
    Qui viennent, mitraillette au poing, tous les vingt ans
    Dans notre Moyen-Âge où leur carne se vautre

    Les abattoirs de Chicago sont débordés
    Notre-Dame à Paris est en pierre d´époque
    Les grèves à New York, ça fait mauvais effet

    Amérique, vois-tu, ton lyrisme est baroque
    Tes pin-up font la peau aux enfants de Pantin
    Le coeur éberlué sous leurs pauvres défroques

    Tes gangsters d´Epinal couvent des assassins
    Qui sortent des cinés les menottes aux pognes
    Le coeur arraisonné battant sous ton grappin

    Bohémienne domptée au service des cognes
    Tes hôtels sont barrés, tes amants sans papiers
    Donneraient bien tes cops pour un bois de Boulogne

    Tu crains de ne pouvoir brûler tous les fichiers
    Qui se baladent dans la tête des fantômes
    Visiteurs importuns de tes blancs négriers

    Pendant que leurs enfants improvisent des psaumes
    Dans les temples du jazz, la trompette aux abois
    La peine dans le blues et la crampe à la paume

    L´échéance inflexible et le chèque à l´étroit
    Le cordonnier a la voiture américaine
    Et sifflent des cireurs au dollar dans la voix

    Paradis mensuel du bonheur à la chaîne
    Les machines électroniques font crédit
    Les frigidaires rafraîchissent la migraine

    Le dollar ouvrier se fait des alibis
    Le soir sur son grabat doublé de gabardine
    Il n´a plus que deux jours pour payer tes habits

    Deux mois pour ta maison, sept pour la zibeline
    Que tu prêtes à sa femme à chaque bal public
    Où elle va, geignant des désirs de cantine

    Quand je vois de tes fils mâchant leur ombilic
    Sur quelque char à banc où s´étale ton chiffre
    Je pense à la misère noble du moujik

    Au berger provençal, au Belge qui s´empiffre
    A l´Allemand nazi qui dort sous quelques fleurs
    A l´Italien qui se travaille dans le fifre

    Aux valses de Ravel, aux rites d´Elseneur
    Au juif déraciné qui fuit la Palestine
    Au carrousel, le mois d´octobre au lac Majeur

    A Chartres, à Reims, à Caen, aux chansons de Racine
    Aux chevaux de Paris qui fuient les abattoirs
    A Diaghilev, à Beethoven, aux Capucines

    Qui fanent en dansant juillet sur les trottoirs
    A tout ce que j´oublie aux Alpes Misanthropes
    A l´Orgueil, au Refus, à l´Allure, à l´Espoir

    Images se brouillant au kaléidoscope
    Que me fait l´œil de tes gamins frais importés
    Et j´y vois doucement mourir la Vieille Europe

    Visa pour l’Amérique – Léo Ferré

  5. « Les montagnes et les vallées ne savent pas quelles sont mexicaines »

    Aujourd’hui, la pensée de Kerouac, sert toujours de référence à l’heure de discuter de ce que sont et représentent les frontières des territoires, ces lignes imaginaires que nous avons voulu tracer autour de nos sociétés propriétaires.

  6. J’ai connu Kerouac jack grâce à une chanson de Michel Corringe une star Stéphannoise d’une époque lointaine(70s) et maintenant oublié …
    A ce propos la route de Michel Corringe est l’un de ses tubes ^^
    héhé pas facile de trouver du corringe mais voici Kerouac jack et la route 🙂

    http://www.dailymotion.com/video/x1wveu_kerouac-jack_music

    http://www.youtube.com/watch?v=tKCPIo9U_Qs&feature=related

    Je chante, la douce, liberté ,j’ai tant rêver de toi, les paumés etc que de merveilles oubliés …

Les commentaires sont fermés.