RELIRE « LES PÊCHEURS d’HOUAT », TRENTE ANS PLUS TARD (I)

Il m’arrive plus souvent aujourd’hui qu’autrefois de relire les textes que j’ai écrits précédemment. La raison en est le blog. Les commentaires sont nombreux qui demandent : « Pourquoi ne parlez-vous jamais de ceci ? » et je réponds alors : « Parce que j’y ai déjà consacré tant de chapitres dans mon livre paru telle année ». Pour que je puisse répondre cela, il aura fallu alors que je me relise pour être sûr de l’avoir bien écrit et, si nécessaire, je complète de telle ou telle manière.

Mais pour un livre comme Les pêcheurs d’Houat, paru en 1983 et réédité aujourd’hui, la dernière fois que je l’ai lu a dû être au moment de la correction des épreuves, soit environ six mois avant sa parution. Et je me trouve confronté ces jours-ci à des personnes qui me disent : « Tiens, pourquoi avoir écrit ceci ? » ou « C’est intéressant quand vous dites cela », et ma réaction est toujours la même : « J’ai écrit ça moi ? »

Est-ce de l’amnésie ? Non, bien entendu : je me souviens très bien d’avoir écrit ce livre et j’ai une vague idée de ce qui s’y trouve, mais c’est ce que j’appelle cette « vague idée » qui s’est mise au fil des ans à vivre de sa propre vie, qui s’est mise à prendre une cohérence qui lui est propre et le portrait au bout de trente ans ressemble de moins en moins à la personne qu’il entendait peindre.

Aussi, j’ai entrepris de relire mon propre livre. Ce qu’on ne fait jamais sans une certaine appréhension, parce qu’il y a peut-être des erreurs, des omissions graves ou, pire encore, des contradictions : contradictions au sein-même du livre ou avec des textes qui ont été écrits par la suite.

Il existe des individus que la presse hebdomadaire appelle « les intellectuels », et le sentiment qui m’envahit quand je lis le compte-rendu d’un nouveau livre de l’« intellectuel X » où celui-ci poursuit son grand œuvre d’autopromotion en affirmant à grands renforts de tambours et de trompettes l’antithèse de son bouquin précédent, c’est, je dois bien l’avouer, la honte. Parce que ce qui me remplit d’aise au contraire à la lecture d’Aristote ou de Hegel, par exemple, c’est le sentiment d’un « développement ». Je lis des textes qui m’étaient encore étrangers de ces auteurs, et je découvre « davantage » de la même bonne chose : j’apprends plus sur la même façon admirable de contempler le monde.

Dieu merci, pas encore de mauvaises surprises à la relecture de ce côté-là jusqu’ici, mais surprises il y a cependant : « Tiens, je pensais déjà cela à cette époque ? ». La surprise de voir, couchées sur le papier, des idées dont il vous semble qu’elles ne vous sont venues que bien des années plus tard. Que vous ayez écrit des choses longtemps avant qu’elles ne vous soient venues à la conscience ne devrait en fait pas vous surprendre si vous croyez comme moi qu’il n’y a rien de plus ni rien d’autre que l’inconscient.

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33 réflexions sur « RELIRE « LES PÊCHEURS d’HOUAT », TRENTE ANS PLUS TARD (I) »

  1. Oui, pourquoi donc, il y a 40 ans, pensais-je qu’il fallait se tenir le plus éloigné possible de ce monde financier ?
    Pourquoi pensais-je que tout ce qui se concentrait, tout ce qui grossissais démesurément devait nécessairement exploser à un moment ou à un autre ?
    Pourquoi les idées de Kercoz par exemple me semblent si familières, bien que je ne comprenne pas tout ce qu’il écrit ?

  2. Avant qu’elles ne se matérialisent,les idées existent dans l’invisible qu’est notre inconscient.Ainsi,la Source du monde que nous percevons se situe au-delà de nos projections,au-delà de la peur et du manque de nos consciences limitées.Nous sommes les effets d’une cause qui nous réinvente à chaque instant et nous comble quand nous renonçons à la prétention de savoir et de maîtriser pour faire le choix de servir la vie.

    Nous sommes soumis à l’éphémère bien que,en nos centres, se trouve un absolu qui,tout au long de nos parcours de vie,tend à se manifester au-delà des méandres du mental et des oscillations de l’impermanence.

    Nous sommes plus que l’expérience humaine et terre à terre qui s’étend entre naissance et mort. Les compréhensions apportées par notre intellect ne suffiront jamais à embrasser l’infinie créativité de La Vie.

    Ce que nous saisissons n’est qu’une perception fragmentée de La Réalité.Seule l’humilité peut nous laisser entrevoir ce que l’arrogance interdit.Seul l’unité de nos esprits distordus et fragmentés peut nous libérer de la dualité et nous ouvrir au champs de tous les possibles en nous reconnectant à ce qui nous dépasse et nous faits vivants…

    Nous sommes spiritualité et matérialité.Seule l’union de ces deux forces peut éclairer notre incarnation sur le sens et la direction de nos natures originelles et lever avec sagesse tous les barrages et tous les pièges illusoires et douloureux de la dualité…

  3. nature naturante, répétition, variation, décapage… et les idées qui prennent corps n’ont pas le visage attendu
    « La nasse sert à prendre le poisson; quand le poisson est pris, oubliez la nasse. Le piège sert à capturer le lièvre; quand le lièvre est pris, oubliez le piège. La parole sert à exprimer l’idée; quand l’idée est saisie, oubliez la parole. Comment pourrais-je rencontrer quelqu’un qui oublie la parole, et dialoguer avec lui? » (Tchouang-tseu œuvres complètes / Gal. p 221)
    ou encore, Wittgenstein « tu ne peux tirer sur la graine pour la faire sortir du sol. Tout ce que tu peux faire est de lui fournir chaleur, humidité et lumière : alors il faudra qu’elle croisse »
    par hasard tombé là-dessus: BRASSENS ET LA JEANNE – PARTE 1/4

  4. La surprise de voir, couchées sur le papier, des idées dont il vous semble qu’elles ne vous sont venues que bien des années plus tard. Que vous ayez écrit des choses longtemps avant qu’elles ne vous soient venues à la conscience ne devrait en fait pas vous surprendre si vous croyez comme moi qu’il n’y a rien de plus ni rien d’autre que l’inconscient.

    Alain Delon parle à la 3ème personne du singulier, Paul Jorion à la première du pluriel. Je préfère la première du pluriel qui englobe tout le monde. A moins que ce ne soit un vouvoiement à soi même.. Je plaisante, votre modestie est à toute épreuve.
    On retrouve clairement une cohérence dans votre pensée, et c’est bien cela qui dérange et qui est déconcertant, combien de temps encore nos dirigeants vont-ils continuer dans cette voie là?

  5. L’inconscient est une « institution » hyperintelligente pour celui qui sait s’en servir. Il nous donne des idées, nous met en garde, produit des images pour nous apprendre des choses……Mais il est vrai aussi qu’il essaye, de temps en temps, de nous conduire vers l’erreur par un miroitement de nos désirs, parfois trompeurs.
    On dirait que les intellectuels francais en particulier n’ont pas un accès facile à leur inconscient et, par conséquent, ni à l’inconscient collectif. Je suis agacé par de nombreux « intellectuels » (ou pseudointellectuels?) qui restent renfermés dans leur tour d’ivoire dans laquelle ils se sont confortablement installés, et se font plaisir en se masturbant intellectuellement. Et puis s’étonnent qu’ils n’ont pratiquement aucun impacte sur le devenir de la société, aucune influence sur la réalité politique.

  6.  » Parce que ce qui me remplit d’aise au contraire à la lecture d’Aristote ou de Hegel, par exemple, c’est le sentiment d’un « développement ». Je lis des textes qui m’étaient encore étrangers de ces auteurs, et je découvre « davantage » de la même bonne chose : j’apprends plus sur la même façon admirable de contempler le monde. »

    J’ai préparé le petit texte que voici pour tenter de convaincre que Thom a lui aussi une façon admirable de contempler le monde. Je le mets ici d’une part parce que je viens de le finir et d’autre part parce qu’une partie a été écrite devant Er Yoc’h.

    Lettre à Elisztfr

    Dans un échange de commentaires du billet « Principe des systèmes intelligents » vous avez écrit entre autres (j’en passe, et des meilleures):
    « Comment expliqueriez-vous Thom à un enfant ?  »
    « .. si on ne les [les théories de Thom] a pas comprises, [c’est] sans doute parce qu’il n’y avait rien à comprendre. C’est ainsi que se fait un tri… comme pour les fleurs. Un penseur, s’il n’a rien à vendre, est délaissé par la ruche. »
    « …ce qui n’est pas quantifiable n’est pas scientifique… »

    Je vais donc tenter d’expliquer la théorie des catastrophes de la façon la plus basique possible.

    À 6 ans les garçons jouent plus facilement au lego et les filles plus facilement à la poupée. Deux façons de voir le monde?
    Pour appréhender le monde on peut en effet soit zoomer  avant le plus loin possible jusqu’à un niveau considéré comme atomique puis progressivement rezoomer arrière. C’est l’approche réductionniste qui fonctionne à coups de théories unificatrices.
     Mais on peut également zoomer arrière jusqu’à effacer tous les détails et voir le monde comme un pâte d’apparence homogène  puis lentement rezoomer avant pour faire apparaître son organisation. Cette approche fonctionne à coup de théories de scissions, de différenciations.
    Dans une approche scientifique réductionniste ce sont naturellement les mathématiques quantitatives qui interviennent car dans un monde multiple peuplé d’atomes la première idée qui vient est de les compter, puis de leur attribuer des quantités (position, vitesse, masse, etc.), enfin de postuler des lois unificatrices reliant ces entités, lois que l’on valide expérimentalement à l’aide d’instruments de mesure. C’est essentiellement cette mathématique quantitative (où probabilités et statistiques prennent une place importante) que les physiciens ont utilisée jusqu’à présent pour tenter de comprendre  le monde. 
    Dans l’approche holiste on tente au contraire d’expliquer le monde comme une matière initialement informe progressivement organisée par la forme. Et ce sont typiquement les mathématiques qualitatives qui sont adéquates pour cette approche. 
    Thom associe symboliquement à la matière informe originelle la fonction y=x2 dont le graphe est une parabole à branches « vers le haut ». La matière informe est symbolisée par un petit anneau qui coulisse sur la parabole. L’anneau est attiré par le point bas qui symbolise la matière au repos. Au repos ou non la matière informe reste identique à elle même, symbolisée par le fait que l’anneau ne peut s’échapper de la parabole. Linguistiquement la parabole symbolise l’être métabolique (tout être persévère dans son être a dit Spinoza) comme l’est par ex le feu dont Héraclite  a dit qu’il se repose en changeant. Biologiquement cette parabole symbolise un oeuf sans qualité, impuissant.
    Si on déploie la queue ax+b du chat x2 on obtient la parabole y= x2+ax+b qui a même forme que y=x2. Cette queue n’apporte donc rien, on la coupe donc et on dit alors que x2 est son propre déploiement universel.
    Selon le même raisonnement la parabole y=-x2 à branches « vers le bas » symbolise linguistiquement le non être.
    Examinons maintenant la fonction y=x3 dont le graphe est formé d’une branche vers le haut et d’une branche vers le bas. D’après ce qui précède, cette fonction symbolise donc un être hybride, à la fois être et non être ( comme les portraits à la fois de face et de profil de Picasso). Si on déploie la queue ax2+bx+c du chat x3 on obtient suivant les valeurs de a, b, c deux formes de courbes suivant que la dérivée a deux ou zéro racines, le cas frontière, catastrophique, étant obtenu pour une racine double (le cas de x3). Les trois formes possibles se retrouvent dans x3+bx, avec b=-1, b=0, b=1, et on passe continûment d’une situation générique à l’autre en faisant varier continûment b de -1 à 1 en passant par la valeur catastrophique 0. On peut donc couper la partie ax2+c de la queue du chat qui n’apporte rien qualitativement mais on doit garder bx: on dit que x3+bx est le déploiement universel de la singularité x3. Selon les valeurs de b l’être symbolisé change de qualité en passant de non-être à être, la rupture phénoménologique d’apparition ou de disparition se produisant pour la valeur catastrophique b=0. Thom appelle « pli » cette catastrophe pour la raison suivante; si on replie le long de l’axe des b sur la demi droite  b négatif un fil initialement tendu sur la droite entière, le fil sera en double sur la demi-droite b négatif et absent de la demi-droite b positif. Si d’autre part on dérive  x3+bx on obtient 3×2+b qui a deux racines pour b négatif et aucune pour b positif, exactement comme dans le cas du fil replié (en marquant dans le plan b,x les racines de cette dérivée pour chaque valeur de b on obtient la parabole b=-3×2 qui déploie la demi-droite pli b négatif). D’où le nom.
    Dans sa forme la plus compliquée b négatif la courbe a l’allure du panneau routier « virage dangereux » qui symbolise un virage commençant suivi d’un virage finissant. Thom associe linguistiquement à la catastrophe pli les verbes commencer et finir.
    La singularité suivante est la fonction -x4 dont on montre que le déploiement universel est -x4+bx2+cx. Suivant les valeurs de b et c la dérivée -4×3+2bx+c a une ou trois racines, analogue à un tissu froncé qui a selon les régions une ou trois épaisseurs. Précisément si pour chaque paire b,c du plan on marque les valeurs de x qui annulent cette dérivée, on obtient une fronce déployée dans l’espace rapporté aux trois axes b, c, x. Après un coup de fer à repasser cette fronce se trouve plaquée sur le plan b,c et on peut se la représenter en ombrant la zone où il y a trois racines, trois épaisseurs de tissu. Le plan (de dimension deux) est alors stratifé par les deux lignes de pli (strates de dimension 1) se terminant par le point fronce (strate de dimension 0). Les frontières qui discriminent (le discriminant sert à ça) les régions sont les zones catastrophiques (discriminant nul) où il y a rupture phénoménologique. Dans la région où la dérivée a trois racines la fonction possède deux maxima et un minimum et a l’allure du panneau routier « dos d’âne ». Dans le cas où il y a une seule racine l’allure est celle d’une parabole dont les branches sont « vers le bas ». Cette catastrophe fronce symbolise donc un être plus complexe que dans les cas précédents qui peut être potentiellement ( « en puissance »  selon Aristote), c’est à dire selon les valeurs des paramètres b et c, soit un être soit un non-être. Cette catastrophe symbolise ama bien le verbe « aufhaben » utilisé  par Hegel pour signifier à la fois être, ne pas être, apparaître et disparaître. Je verrais bien cette catastrophe symboliser l’être vivant qui apparaît, est, puis disparaît, la vie étant symbolisée par la cuvette située entre les deux barrières de potentiel que constituent les deux dos d’âne qui symbolisent la naissance et la mort.
    En partant de la catastrophe +x4 on obtient comme déploiement universel x4+bx2+cx qui est également une catastrophe de fronce. Lorsque la dérivée a une seule racine l’allure est une parabole à branches vers le haut et lorsqu’il y a trois racines il y a deux minima et un maximum donc deux bassins d’attraction: l’être initial se dédouble alors en deux êtres qui rentrent en conflit pour se disputer le territoire initial (celui qu’il y avait lorsqu’il y avait un seul minimum, un seul être). Thom associe pour cette raison à cette catastrophe de fronce l’assertion de nature translogique « le prédateur est sa propre proie », à la base, selon lui, de l’embryologie animale. Biologiquement l’oeuf y=x4 monte en puissance par rapport à l’oeuf impuissant, informe, y=x2. Mais on notera que le déploiement universel de la singularité y=x4 contient la singularité x2 en ce sens que y=x2 et y=x4 ont même allure parabolique.
    En continuant on trouve la catastrophe « queue d’aronde » y=x5 dont le déploiement universel a 3 termes et la catastrophe « papillon » y=x6 dont le déploiement a quatre termes. Il est important de noter que la catastrophe « papillon » complexifie la catastrophe  « fronce » en ce sens que  pour certaines relations entre les 3 paramètres du déploiement de la singularité y=x6 on retrouve comme cas particulier les mêmes formes que celles qui apparaissent dans la catastrophe de fronce. Dans la catastrophe « papillon » l’être initial se « détriple » (permettant à la chrysalide de se métamorphoser en papillon?).
    On trouve également 3 catastrophes plus compliquées car provenant de singularités de fonctions de deux variables, que Thom nomme ombilics elliptique, hyperbolique et parabolique dont les déploiements universels ont au plus 4 termes. Ce sont les 7 seules catastrophes dont les déploiements universels ont au plus 4 termes et Thom considère que ce sont les seules à intervenir en morphogenèse biologique car celle-ci doit satisfaire à l’exigence de réalisabilité « charnelle » qui ne peut s’effectuer, selon lui,  que dans l’espace-temps qui est de dimension 4.
    L’idée de l’utilisation biologique de la théorie des catastrophes est venue à Thom en contemplant dans une université allemande un modèle en plâtre de gastrulation de grenouille où apparaissait une fronce. Les 7 catastrophes de Thom sont des formules « magiques » qui génèrent en effet les figures les plus profondes de la biologie;  elles permettent, si l’on suit Thom, de faire des « croquis embryologiques » comme Léonard de Vinci a fait des croquis anatomiques. Les figures déployées des ombilics sont des hypersurfaces de dimension 5 dans un espace de dimension 6, les figures ombrées stratifient un espace de dimension 4 (la dimension du déploiement universel des ombilics). Et on voit ainsi  « bondir dans l’air amer les figures les plus profondes » comme le dit si bien Paul Valéry. Figures dont nous ne voyons que des ombres 3D, enfermés que nous sommes dans notre caverne de Platon.
     On voit ainsi jaillir depuis les ombilics des figures évoquant  les parties génitales mâles et femelles… On objectera qu’il est loisible de générer de telles figures à partir de fonctions bricolées ad hoc et les étudiants en mathématiques ne s’en privent pas. Mais il s’agit ici de figures qui apparaissent naturellement dans le cadre d’une théorie qui est l’aboutissement d’une maturation deux fois millénaire: la théorie du déploiement universel repose en effet sur une généralisation (Weirstrass (1870) pour les fonctions analytiques, Malgrange (1961) pour les fonctions différentiables) de la division d’Euclide(-300) . Thom exploite la a priori surprenante analogie entre la différentiation des fonctions (avec un « t ») et la différenciation cellulaire ( avec un « c »): rencontre étonnante du verbe et de la chair  (même si en l’occurrence la chair est en plâtre), du virtuel et du réel. 
    Cette application biologique de la théorie des catastrophes peut sans doute s’expliquer de la manière suivante. 
    Une particule soumise à la force -2x dérivant du potentiel x2 est attirée par l’origine, point où la  force dérivée est nulle. Or les figures déployées  (pas ombrées) que l’on obtient à partir des déploiements universels des singularités sont justement les ensembles de points attracteurs car ce sont les points où la dérivée (différentielle en 2 variables) s’annule. Il est donc plausible que les cellules soient attirées par ces points. La situation est analogue à ce qui se passe lorsqu’on regarde son bol de petit déjeuner où l ‘on voit apparaître caustiques et focales, certaines en forme de fronce ce qui n’est bien entendu pas un hasard (Thom dit avoir mis un an à interpréter correctement le phénomène dans le cadre de sa théorie).
    Ces analogies entre le virtuel mathematique et le réel charnel sont pour moi importantes car sans elles l’interprétation extra-mathématique de la théorie des catastrophes ne serait qu’une succession de métaphores plus ou moins oiseuses. Ces analogies sont bien entendu d’abord importantes pour Thom puisque c’est à partir d’elles qu’il propose ses modèles de morphogenèse biologique. Meme si l’on n’accepte pas ce point de vue la théorie des catastrophes reste néanmoins une théorie classificatoire comme tant d’autres en mathématiques (la dernière en date étant la classification des variétés  lisses de dimension 3 ou 4 par Thurston et Perelman). Mais au contraire de la plupart d’entre elles celle-ci semble en prise quasiment directe avec le monde dans lequel nous vivons. On la retrouve ainsi  en théorie de l’élasticité, en théorie de l’hydrodynamique, …, jusqu’en  anthropologie (cf. PJ).
    Pour pouvoir interpréter biologiquement une catastrophe en terme d’oeuf il faut que l’on puisse y retrouver l’oeuf initial, informe et impuissant. C’est, en une variable, le cas des singularités x2, x4 et x6 (catastrophes de bifurcation) mais pas de x3 et de x5. Ce n’est pas le cas des ombilics. La singularité  « double cusp » z=x4+y4, catastrophe de bifurcation également considérée par Thom,  est un couplage croisé de deux fronces dont le déploiement universel a 6 termes, donnant un oeuf au potentiel suffisant pour espérer, selon Thom, être totipotent au sens où l’entendent les embryologistes (cette singularité contient les 7 catastrophes précitées). Si l’on suit  Thom toutes les catastrophes figurant dans le déploiement universel de cette singularité ne peuvent être biologiquement réalisées et certaines demeureront donc de l’ordre du rêve ou du mythe (on notera à ce propos que Jean Petitot utilise cette singularité double cusp pour interpréter et généraliser la formule canonique du mythe de Lévi-Strauss). On  notera  que dans ce cas on a affaire à une hypersurface de dimension 7 dans un espace de dimension 8 et un espace stratifié, ombré, de dimension 6. De quoi rêver!

    Les déploiements universels des singularités peuvent s’interpréter comme des conflits entre les différents attracteurs (par ex deux pour la fronce). Le conflit étant universel (Héraclite, Darwin, les néo-lib…), il s’ensuit que la théorie des catastrophes a une portée universelle et que de ce point de vue c’est une théorie de l’analogie. Konrad Lorenz dans son discours Nobel a affirmé que toute analogie était vraie, ce qui est manifestement faux. Thom affirme que tout analogie dans un contexte conflictuel est vraie. Il suit que, selon Thom, la théorie des catastrophes peut être utilisée un partout où il y a conflit, en physique, en biologie, dans les sciences humaines telles la sociologie ou la psychologie, en linguistique (il ne semble pas qu’elle soit utilisée en économie et en politique alors que le conflit y est permanent!). La compréhension de ce qui se passe dans une discipline permet alors, par analogie, d’améliorer la compréhension de ce qui se passe dans les autres.  J’en donne deux exemples plus loin.

    Dans l’approche réductionniste on cherche à retrouver l’unité du monde à partir de ses « atomes » (les physiciens, même mécréants, cherchent à unifier les forces fondamentales). Le chercheur qui adopte la position réductionniste doit assembler les pièces d’une montre sans avoir le plan de la montre ni même sans savoir qu’il s’agit d’une montre, c’est à dire sans connaître la finalité de la construction. 
    L’approche holiste renverse complètement la perspective et le chercheur qui adopte la position holiste doit chercher à scinder, à stratifier, bref  à donner forme au pur homéomère originel.   
    Le choix entre l’approche holiste et l’approche réductionniste n’est pas évident. Thom est ouvertement pour la première. La grande majorité des scientifiques est pour la seconde.  C’est en particulier la voie choisie par Prigogine qui explique la morphogenèse par émergence et auto-organisation à partir du chaos, la complexité et  le bruit participant à la stabilité du système. Tant que ne seront pas précisés  ces termes passe partout et à la mode, on ne restera ama pas loin du dogme de l’émergence et de l’auto-organisation par la main invisible du marché, dogme qui semble donc hélas avoir pour cette raison de beaux jours devant lui…

    Conjointement avec la théorie des catastrophes Thom développe une théorie de la finalité à partir de sa théorie des saillances et des prégnances. Je crois qu’on peut la résumer en disant qu’il fait la synthèse des formules « premier selon la nature, dernier selon la génération » d’Aristote et « tout moyen finit par basculer en une fin en soi » d’Adorno. Je développe.

    Aristote justifie sa formule en remarquant que les membres apparaissent en dernier lors de l’embryogenèse et que par conséquent la nature de l’animal est de marcher (Samuel Beckett fait dire à l’un de ses personnages -de mémoire dans « En attendant  Godot »- que c’est le sexe qui apparaît en dernier. Par suite la nature de l’animal est de se reproduire,  ce qui ne me semble pas faux).  Ce qui n’est peut- être pas très éloigné de « la fonction crée l’organe » si l’on confond ici nature et finalité, reproduction et organe sexuel.
    Thom franchit ce pas lamarckien tout en précisant que, pour lui,  finalité se réduit à l’invention de moyens. Il s’ensuit que sa position lamarckienne est « soft », très éloignée du créationnisme, car elle se réduit à une possibilité d’action du soma sur le germen avant toute sélection. C’est ama un angle d’attaque intéressant pour faire douter les tenants de la pensée unique actuelle, pensée qui repose selon  moi en dernière analyse sur le dogme néodarwinien, dogme qui nie justement toute action du soma sur le germen. L’analogie biologie/sociologie, licite pour Thom par universalité de la théorie des catastrophes comme théorie du conflit (« les situations dynamiques qui régissent les phénomènes naturels sont fondamentalement les mêmes que celles qui régissent l’évolution de l’homme et des sociétés ») permet ama de justifier la position ci-dessus  qu’adopte Thom en biologie. Je détaille ce premier exemple.

    Michel Serres a récemment fait une conférence dans laquelle il replace l’invention de l’informatique dans un cadre historique. Il remarque que les inventions majeures que furent les modifications des supports de mémoire (oral, écrit, imprimé) ont été suivies de réorganisations importantes des sociétés. Les premiers à maîtriser ces nouvelles technologies se sont retrouvés dans la nouvelle élite, autrement dit des cellules somatiques ont muté puis accédé à la lignée germinale contrairement au dogme qui affirme que seule la lignée germinale est habilitée à transmettre ses mutations à la descendance. C’est la nouvelle fonctionnalité  permise par l’invention  qui a entraîné la modification de l’organisation sociale, c’est la fonction qui a créé l’organe. Je crois ne pas trahir la pensée de Thom en disant que c’est exactement en cela qu’il est lamarckien. Je crois à la suite de Serres que la crise que nous vivons est celle de l’adaptation à la technologie informatique dont l’humanité s’est dotée. Si l’on suit Thom sur ce terrain l’isolement de notre élite germen ( et germaine!), arc-boutée sur ses vieux schémas de pensée et ses idéologies et isolée de sa base somatique, aboutira à une catastrophe au sens strict et usuel du terme (il est piquant de noter que notre élite ultra libérale qui prône l’adaptation à tous les niveaux risque de disparaître faute de s’être privée elle-même des moyens de cette adaptation!). La mondialisation néolibérale dérégulante et déstratifiante est, du point de vue thomien, une aberration aux conséquences catastrophiques: pour Thom en effet on ne peut faire n’importe quoi en espérant que les choses vont s’auto-réguler grâce à une mystérieuse main invisible car il y a des contraintes universelles à respecter si l’on veut une structure stable (et on veut, puisque c’est l’éclatement de la société, la disparition de l’espèce ou de la civilisation qui est en jeu).

    Le dogme néodarwinien dit que lors de la reproduction l’embryon se développe en suivant les instructions codées dans son génome. Ce n’est pas l’avis deThom qui pense que le génome n’est qu’un « dépôt culturel » des modes de fabrication des substances nécessaires à la morphogenèse, que l’embryogenèse se réalise comme un grand chef réalise une recette par coeur sans consulter le livre de cuisine car pour lui le génome est à la biologie ce que la pédagogie est à l’enseignement: un catalogue d’erreurs qu’il convient d’éviter soigneusement. Je crois qu’on peut justifier cette position par l’analogie biologie/sociologie que je détaille maintenant.

    Dans notre société le rôle du génome est joué par les lois (en vigueur et passées) conservées dans la bibliothèque de l’assemblée nationale. Ces lois ne sont utilisées par la police ou la justice que lorsqu’il y a trouble à l’ordre social.  On conçoit alors aisément que dans une société idéale où les lois ont l’assentiment de l’ensemble de la population ces lois ne soient jamais consultées. Le problème se pose par exemple lorsqu’une invention (la technologie informatique pour notre société actuelle) vient bouleverser le fonctionnement normal de la société et en nécessite la réorganisation…

    La révolution galiléenne et le siècle des lumières qui l’a accompagnée ont engendré le scientisme du XIXème, scientisme qui a débouché sur une vérité et une réalité inventées qui sont devenues des normes qui participent à la stabilité de nos sociétés occidentales actuelles. Je ne pense pas que cette vérité et cette réalité soient plus ou moins vraies et plus ou moins réelles que d’autres (vérité au delà des Pyrénées , erreur au delà, réalité pour l’homme moderne, irréalité pour l’homme des cavernes…). De l’avis de Thom, avis que je partage, elles manquent en tout cas grandement d’intelligibilité (cf. les paradoxes de la mécanique quantique). Pour moi ce que Charlie Chaplin a dit à Albert Einstein résume parfaitement la situation actuelle: « Les gens m’applaudissent parce qu’ils me comprennent alors qu’ils vous applaudissent parce qu’ils ne vous comprennent pas. » L’inintelligibilité de cette réalité et de cette vérité  a pour conséquence une démocratie représentative du chèque en blanc au profit d’une élite supposée savante  mais qui en fait s’auto-sclérose en s’enfermant dans ses certitudes et qui se maintient au pouvoir grâce à des lois tautologies (mais qui priment les lois démocratiques!) que tout le monde comprend (même un enfant de 6 ans!) comme la loi d’adaptation de Darwin. Je pense qu’on en voit les effets avec la crise économique et financière et les récentes catastrophes nucléaires d’une part et le  glissement vers une dictature économico-financière d’autre part. Paul Jorion a rappelé dans un billet récent que pour lui une science économique officielle favorable au capitalisme est née à la fin du XIXème siècle, rejetant dans l’ombre les tentatives antérieures. Je ne serais pas loin de penser que le même phénomène s’est produit dès la même époque en biologie…

     Je suis convaincu du bien fondé de la vision thomienne. Je suis convaincu que Thom a allumé au  XXème siècle une lumière falote qui éclairera les siècles à venir, j’espère en bien cette fois. C’est pour cela que je fais du prosélytisme thomien sur ce blog.

    Je souhaite que ces quelques lignes, dans lesquelles j’espère ne pas avoir fait trop de contresens à la pensée thomienne, inciteront certains de ceux qui les liront à s’intéresser à son œuvre.

    1. je vous rassure ce blog incite à ce documenter.
      j’ai commencé ce week end à lire un article le concernant.
      Tout est une question de temps.

      1. On trouve sur le net un cours de Bruno Pinchard sur Thom. Il a animé avec Thom un séminaire sur Aristote. Son approche est plus pour les philosophes ( vous avez sans doute remarqué que la mienne est plus scientifique). Il y a une partie qui concerne une polémique avec le cinéaste Jean-Luc Godard qui a filmé Thom dans « René(e)s » dispo sur le net. On y voit Thom dans son univers et on l’entend dire qu’il est lamarckien…

      2. Les fondamentalistes chrétiens applaudissent à tout rompre le retour triomphal de Lamarck sur les épaules de Thom. N’étudiez pas la théorie de l’évolution, ne cherchez pas à comprendre que ce vous appelez darwinisme n’est pas la théorie de Darwin, que le darwinisme social est une imposture et n’est défendu par aucun biologiste évolutionniste sérieux. Ainsi, vous pourrez rejoindre l’armée du salut de la spiritualité divinement spirituelle et les aider à reléguer l’étude de l’évolution des espèces dans les écoles et les universités au rang de croyance aux côtés du créationnisme et du lamarckisme.

    2. Basic a dicté sentence : « Le dogme néodarwinien dit que lors de la reproduction l’embryon se développe en suivant les instructions codées dans son génome. »

      Faux. La biologie observe que le développement de l’embryon retrace les stades passés de l’évolution de la vie. C’est d’abord une observation avant d’être une construction théorique , vous la qualifiez de dogme dans un accès de malhonnêteté intellectuelle qui vous permet de placer vos observations qui elles, sont réellement dogmatiques. C’est vous qui aimez et pratiquez la dialectique des dogmes. Ceux que vous appelez néo-darwinistes ne participent pas à cette imposture de pseudo réflexion philosophique qui n’est qu’un pousse-toi que je m’y mette.

      1. Les flagorneries des « théoriciens », et bien plus encore de leurs « disciples », ne sont que l’expression d’un point de vue forcément réduit et réducteur, du fait des limites de ceux qui les expriment.
        La vie évolue, donc toute théorie qui stagne est fausse.

      2. @ wildleech

        « La vie évolue, donc toute théorie qui stagne est fausse. »

        Ce peut être aussi: « Avoir tort c’est avoir raison trop tôt. »

    3. Je trouve intéressant cette notion d’organisation qui lie la spontanéité de création à une limite fixée par l’historicité des erreurs. Il est vrai qu’un tel modèle se comprend à la fois pour l’organisation humaine et l’oganisation sociétale.

  7. l’avantage de la sculpture , c’est qu’elle condense en un instant une forme, une pensée , contrairement à un livre, et son assemblage de phrases, taillées dans les rondes bosses de contradictions, de contrastes , qu’il faut « survoler » , sans doute à plusieurs reprises pour en extraire et se remémorer le sens, l’idée, la forme .
    l’inconvénient c’est son absence de mot, son silence apparent .
    Pourquoi les marins mettaient ils des figures de proue à leurs navires ?

    il n’y a rien de plus ni rien d’autre que l’inconscient.

    cet inconscient est il inconscient en lui-même ? ou bien, oeuvre -t-il pour se rendre conscient ? et par qui, où, comment ? si c’est pour retourner à l’inconscience , pourquoi donc tout ce « travail » ?

  8. Paul
    Je vous ai toujours préferé à Houat que dans une banque en californie, « Houat is valuable » ! Ce n’est pas Annie Le Brun qui me contredirait

    Bernard

  9. Ouf, on est heureux d’apprendre que Paul Jorion ne cède pas à la contradiction d’une année sur l’autre pour vendre un nouvel opus à chaque rentrée littéraire…
    Pour ce qui est de l’inconscient, son influence est particulièrement perceptible pour qui écrit. Mais je ne crois pas qu’il soit le seul guide. L’écrivain baigne dans un milieu au moment où il travaille, il a une éducation, une histoire. Bref, il est en butte à des influences, qui tirent son regard, ses pensées, ses tropismes. Sa conscience compose avec tout cela et entretient un dialogue avec l’inconscient, si on peut dire. La réalité doit être au confluent, une sorte de consensus qui fait de l’écrivain un explorateur de l’intime et un guetteur aussi.

    1. Et la conscience ne serait que la devanture de la boutique (ou l’interface de présentation, si on pense à notre PC ou Mac).

  10. C’est aussi la relecture avec un vrai recul, plus vrai que celui l’on veut et que l’on croit prendre sur le moment, par précaution ou par éthique, qui nous permet de reconnaître les contributions des grands anciens à notre formation, à notre affiliation, et à nos propres avancées (s’il en est).

  11. Trés juste ce que vous dites sur ce décalage du temps… et encore plus remarquablement surprenant dans le domaine des arts plastiques où comme chacun sait on peut embrasser d’un seul coup d’oeil et en un instant assez bref le contenu d’une oeuvre connue, à la différence d’un livre ou d’un film qu’il faut lire page après page ou le voir ou revoir en son entier (1h30mn environ).
    Et donc comme beaucoup de mes confrères en pareil cas, j’ai éprouvé cette surprise étrange à revoir des peintures longtemps après les avoir faites et surtout les avoir oubliées. Le plus souvent lorsqu’on est confronté à cette expérience la surprise n’en est pas une et l’on préfère oublier ces travaux de jeunesse mais, quelques fois la surprise est agréable à pouvoir discerner et voir derrière cette image un être véritable qui vous ressemble comme un frère, petite parcelle de vérité qui vous ait propre et vous distingue de « l’autre » de tous les autres.
    Plus encore, tout en restant dans le domaine de la peinture et en évoquant cette notion de reprise (un peu différent de la réédition) sur un même sujet, il serait dommage de ne pas évoquer justement ces reprises par les peintres à plusieurs années d’intervalles (scènes bibliques ou mythologiques des siècles passés particulièrement chez Poussin).
    Il y a là un très beau sujet de réflexion

  12. « Quand as-tu (une) intention ? Tout le temps : ou de manière intermittente ? » (Wittgenstein 1967 : 10). La réponse à sa question est en réalité « tout le temps dans le corps et de manière intermittente dans l’imagination » » (ibid. 189).

    Ce processus est bien pénible…. je relis cette phrase en boucle car elle a capté mon attention !
    la source de l’intention est t-elle corporelle? la source de la volonté est-elle mentale? était ce la volonté et non l’intention qu’a mesuré Benjamin Libet?

  13. à Paul Jorion,

    Je suis rassuré.
    Je viens de commander trois exemplaires du livre à l’éditeur, un pour mon usage et deux pour les offrir, et j’aurais été désespéré si vous aviez renié l’ouvrage.

  14. J’ai été relire votre billet indiqué en fin d’article, et c’est fort intéressant.

    Mais je tique sur un point, sans remettre en question la conscience et la volonté dans la perspective que vous ouvrez après Libet: est-il vraiment nécessaire de remplacer le terme « inconscient  » par le mot « corps »?
    Cela ne risque-t-il pas de conforter le nouvel obscurantisme de « la sagesse du corps »? Un discours bien entendu ex post, fait après-coup.

    Je ne vois pas la nécessité de donner une position matérielle à l’inconscient, un support physique de nature à attribuer un sujet observable à l’inconscient. On passerait du « Tu as fait ceci » à « Ton corps a fait ceci »… La part de mystère serait réduite à une tautologie empirique, et les actions humaines recouvertes d’une fausse simplicité.
    Sans pour autant réduire le champ des gourous de toute sorte, au contraire.

    1. Je trouve aussi très intéressant :
      « Dans ce cadre théorique, la notion d’auto-efficacité devient centrale. En désignant les croyances qu’un individu a dans ses propres capacités d’action, quelles que soient ses aptitudes objectives, elle pose le sentiment d’efficacité personnelle comme base de la motivation, de la persévérance et d’une grande partie des accomplissements humains. »
      (Wikipédia)
      Sur cette base, les sentiments positifs, ( les affects positifs) seraient les éléments qui orientent l’action humaine. Ainsi une action orientée par la raison et la réflexion ne serait pas stable. En effet, une action stimulée par les capacités cognitives ( raisonnement, imagination), peut être submergé à tout moment par une déferlante émotionnelle, ou par une usure de l’attention. L’esprit étant volatile, les sentiment seraient ainsi plus stable pour une action durable.

  15. Bien évidemment, Leboutte, « l’inconscient » est un processus qui repose sur un dispositif matériel : le son, les mots, c’est matériel, et les affects aussi se transmettent par phéromones ; de plus les mots sont d’excellents dispositifs déclencheurs de phéromones.

    Ah, c’est embêtant, car voyez-vous Leboutte, la domination relève de la dominance, et la dominance relève de mécanismes opposants, lesquels résultent du fait que ( les circuits de la récompense, de la punition et de l’inhibition de l’action, travaillent constamment, en parallèle). Rassurons-nous, nos modalités d’usage de ces dispositifs sont d’origine « sociologique » et, mieux que ça , tout est matériellement prêt pour nous en construire de nouveaux usages qui nous offriront davantage de liberté. Bien sûr, il nous faudra abandonner quelques préjugés sur la séparation du corps et de l’esprit (même par le marxisme matérialiste fut-il dialectique, se débarrasser du mode de penser judéo-chrétienne est pénible ; vous écrivez : « La part de mystère serait réduite à une tautologie empirique ».

    Voulez-vous un bonbon ?

    Il y a un fil qui court entre « l’épiménide », le théorème de Goedel et « Socialisme », le dernier film de Godard. Pour faire court, je commenterai « avé l’assent », un peu comme dans Lucien ( Sectes à l’encan )

    – Epiménide : « je mens ?, ah oui, Socrates, tu me la colles cette réputation pour vingt-cinq siècles ; alors, pourquoi tu me le demandes « s’il est bon mon poisson ? » .

    Pour en finir avec cette amusette, il nous a fallu attendre la relecture du paradoxe de l’Epiménide par Jorion. En effet , comme l’écrit Paul Jorion, à l’occasion de son « démontage » du théorème de Gödel, (achevant le travail de Wittgenstein, Ladrière, Daval et Guibaud etc.)

    « quand je démontre une proposition mathématique, disons un théorème, et qu’à l’intérieur de ce théorème se trouve caché l’énoncé « je ne suis pas démontrable », il s’agit en fin de compte de ma parole à moi, mathématicien contre celle de cette proposition »

    Jorion; « Comment la vérité etc. »

    L’Epimedide « raplati » sur un seul niveau, la conscience que nous avons d’énoncer, en même temps, des propositions élaborées simultanément à divers niveaux d’abstraction ; (Paul parle du degré d’adhésion de chacun à sa propre parole) L’épiménide est essentiellement un effet de sa formalisation dans l’écriture, alors que raconté sur la place du marché, en toute complicité avec les niveaux d’affects opposés qui le sous-tendent ; il fait rire, par sa duplicité, l’hypocrisie est exposée. « C’est lorsque les choses finissent qu’elles prennent un sens  » (J -L Godard, Eloge de l’amour).

    L’oeuvre de Freud, lui est tout naturellement idiosyncrasique, mais  »
    Le mot d’esprit et ses rapports avec l’inconscient
     » restera pour l’éternité, rien que ça !

  16. J’admirai ton papa qui avait un bateau
    T’admirais mon papa qui avait une auto…
    Où es-tu fille du pêcheur…
    Un gros coeur à la Boby la pointe vous qui vous rend encore plus humain. Bravo

    Boby Lapointe
    LA FILLE DU PÊCHEUR
    Paroles: Boby Lapointe, 1960

    Moi, les filles de Paris, déguisées en glamour
    Tartines de beauté margarine d’amour
    Je n’y tiens pas
    Si ce n’était pour soigner mon petit libido
    On n’en verrait jamais près de moi au dodo
    Mais voilà
    J’ai besoin d’être à Paris puisque je suis chômeur
    A Paris c’est payé beaucoup plus cher de l’heur’
    Sinon va
    Moi les filles de Paris déguisées en glamour
    Tartines de beauté, margarine d’amour
    Je n’y tiens pas.

    REFRAIN:
    Où es-tu fille du pêcheur
    Toi que j’appelais « Sirène »
    Tu es reine de mon coeur
    De mon coeur tu es la reine.

    Je t’ai connue, souviens-toi, tu n’avais pas quinze ans
    Je venais à la mer avec que mes parents
    Pour l’été
    Comme je t’ai trouvée jolie, j’ai voulu être aimable
    Et toi petite sauvage, tu m’as jeté du sable
    Méchanceté
    Mais j’admirais ton papa qui avait un bateau
    Tu admirais mon papa qui avait une auto
    Et bientôt
    Nous étions copains, copains comme chemise et cul
    Et quand je suis parti, toi aussi tu as eu
    Du chagrin

    REFRAIN

    Et depuis tous les automne, et même tous les hivers
    Quand une chose ou l’autre me rappelle la mer
    Je serre les poings
    Non, je n’étais pas bagarreur, je le suis devenu
    Mais je veux garder le chaud de tes épaules nues
    Dans mes mains
    Oui, je veux garder le chaud de ta peau mordorée
    Du brillant de tes yeux et des reflets moirés
    De tes cheveux
    Tes cheveux dégoulinant de perles d’eau salée
    Perles que sur ta peau, d’un baiser, je volais
    Malicieux.

    REFRAIN

    Tu avais promis, souviens-toi, qu’on se marierait
    Mes études finies et lorsque je serai
    Médecin
    Médecin, c’est long, bien long, et pour me consoler
    Prenant un air distrait tu me laissais cajoler
    Les deux tiens
    Mais quand je suis revenu à ce dernier été
    Éprisé d’un voyou tu avais quitté le Midi
    Ma foi, j’aime trop la mer pour te chercher ailleurs
    Heureusement pour moi, il y a ta petite soeur
    Qui a grandi

    Dernier refrain
    L’est aussi fille de pêcheur
    Tiens! Je vais l’appeler « Sirène »
    Elle sera reine de mon coeur
    De mon coeur, elle est la reine.

  17. En cours de lecture du livre… entrée en matière passionnante avec une topographie à le fois synthétique et détaillée, je vais faire un tour sur Google Earth pour voir, puis le véritable travail anthropologique commence avec la description de l’ordre social et des pouvoirs sur l’Ile.

  18. Alerte!
    J’ai pêché une quinzaine de maquereaux entre Yeu et Houat. Deux d’entre eux étaient mous et, une fois cuits au four comme les autres, la chair de ces deux-là était comme de la bouillie. J’ai été sans doute (j’ai mis ça sur le compte du mal de mer) intoxiqué par le premier. J’ai mangé le deuxième à terre: malade comme un chien, limite SAMU. J’en ai parlé à mon poissonnier qui m’a dit qu’il y en a toujours un peu (pour moi c’est le première fois et je traîne depuis des décennies) mais qu’il y en a beaucoup cette année.

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