L’actualité de la crise : DEMAIN SERA UN AUTRE JOUR, par François Leclerc

Billet invité

Les interrogations se multiplient à propos de la politique d’un gouvernement français qui se livre peu et du rétrécissement de ses marges de manœuvre, ainsi que sur sa capacité à jouer au plus fin dans le cours de la partie qu’il a engagée.

Après avoir entériné la stratégie de désendettement préconisée par le gouvernement allemand, les socialistes français veulent croire à un retour de politesse, gardant notamment en tête que le pacte d’austérité budgétaire qu’ils veulent faire adopter comporte une clause permettant de l’amender en cas de déficit « structurel », c’est-à-dire dû à la conjoncture économique. La décision que vient de prendre la Troïka à propos des objectifs de réduction des déficits du Portugal, à qui une année de plus a été accordée, sur le mode déjà employé par la Commission européenne pour l’Espagne, peut donner quelque crédibilité à un jeu de poker menteur qui spécule sur le fait que le pacte ne sera pas respecté.

Cette attitude renvoie d’ailleurs à la rumeur selon laquelle le Conseil constitutionnel allemand pourrait demander une porte de sortie pour le gouvernement allemand, au cas où ses engagements au sein du MES deviendraient trop lourds à force de renégociations des plans de sauvetage

En attendant, le gouvernement français cherche à moduler, pour mieux les faire accepter, les mesures de rigueur qu’il prépare selon un savant cocktail qu’il n’a pas dévoilé, ainsi que les réformes de la réglementation du travail qu’il veut également négocier. Par précaution, sa feuille de route n’est rendue publique que par bribes, en s’abritant derrière des mesures symboliques pour préserver autant que faire se peut sa marque de fabrique. La valeur des marques est bien connue des spécialistes en marketing et il n’y a pas de politique qui tienne si elle ne repose pas sur une bonne stratégie de communication.

À son tour, l’exécutif engage une course de vitesse entre un ralentissement économique, qui se poursuit et qu’il ne peut qu’entériner, et une réduction du déficit public qui devient de plus en plus difficile, quand elle ne se révèle pas impraticable comme on le constate dans d’autres pays où ses objectifs doivent être révisés. Demain sera un autre jour, se disent quotidiennement ceux pour qui le pragmatisme tient lieu de conviction et les fait vivre.

Les contours de la nouvelle période dans laquelle nous sommes entrés se dessinent par touches successives, une fois acquises des prévisions économiques qui convergent pour prédire un approfondissement de la récession européenne, les dernières en date concernant l’Italie qui s’y enfonce. Faisant preuve de peu de clairvoyance (ou de franchise) sur la durée de celle-ci, Mario Monti a assumé devant les organisations syndicales qu’il recevait le fait d’avoir contribué par son action à l’aggravation de la récession, avec ce commentaire : « seul un idiot peut penser qu’il serait possible d’agir sur des problèmes structurels datant de plusieurs décennies sans provoquer pour une brève période une aggravation en raison d’une baisse de la demande ».

Plus réaliste dans son domaine et n’ayant d’ailleurs pas le choix, la Deutsche Bank vient de diminuer ses objectifs de rendement de ses fonds propres – qui avaient atteint jusqu’à 25 % – pour les ramener à 12 %, tout un symbole de la nouvelle donne du système bancaire. L’agence Standard & Poor’s voit loin en estimant que les taux d’intérêts, qui se situent pour les privilégiés à un niveau historiquement faible, pourraient le rester durant encore 5 à 7 ans sous l’influence des mesures prises par les banques centrales. Selon l’un des membres du directoire de la BCE, Jörg Asmussen, celles-ci auraient « un double rôle, en tant que gardiens de la stabilité monétaire mais aussi un rôle de gestion de la crise », ce qui est une nouveauté. Voilà qui en tout cas accrédite l’idée que le capitalisme est sous assistance de longue durée !

Le gouvernement britannique confirme à sa manière celle-ci en annonçant, nécessité faisant vertu, la création d’une banque soutenue par l’État et destinée à aider les entreprises à se financer. Il entérine ainsi que le secteur bancaire n’y pourvoit toujours pas en dépit des tentatives renouvelées de la Banque d’Angleterre l’incitant financièrement à le faire. Comment sortir de la récession, si les PME à qui il est accordé le plus de potentiel de croissance n’ont pas de point d’appui financier, les grandes compagnies transnationales évoluant dans autre monde visiblement inaccessible ?

Enfin, l’office de statistique Destasis confirme l’augmentation de la proportion des travailleurs pauvres en Allemagne, ceux dont le salaire est inférieur aux deux tiers du salaire médian (environ 10 euros brut horaire), et qui bénéficient de contrats à durée indéterminée, à temps partiel ou intérimaire. Telle est l’image de l’évolution promise du marché du travail, qui plus est dans le meilleur des cas. Si les réformes qui ont été réalisées ont permis de diminuer le chômage, cela s’est fait à la faveur d’un accroissement des inégalités sociales.

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95 réflexions sur « L’actualité de la crise : DEMAIN SERA UN AUTRE JOUR, par François Leclerc »

  1. Hier, j’ai failli m’encastrer (en marchant) dans un arbre : c’est la faute à Stiglitz !
    L’ex-Directeur de la Banque Mondiale, à la une de l’Huma., pleine page !
    Faut dire qu’il en a ( du courage ) cet homme, de se faire interviewer par un bolchévik-au-couteau-entre-les-dents ! et même pas peur !

    Dites donc, pour nous faire cette offensive de charme tous azimuts … doit y avoir une raison ! serait-il possible qu’il y ait péril en la demeure ! ( au cas où ne l’aurions pas compris !) …

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