FREE JAZZ

Interviewé il y a une dizaine de jours par la revue Jazzaround, j’ai dit tout le bien que je pensais du jazz.

… ce dont la plupart d’entre vous n’auraient jamais pu se douter, vu que, lorsque l’occasion s’en présente, j’évoque plutôt pour ce qui touche à la musique, le Country & Western ou le Blue Grass dont les paroles mélodramatiques évoquent bien plus certainement les soucis quotidiens des gens ordinaires que le jazz – en particulier sous ses avatars récents.

Albert Ayler (1936 – 1970), sans aucun doute l’un de mes saxophonistes favoris.

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23 réflexions sur « FREE JAZZ »

  1. Là, c’est un passing-shot de revers le long de la ligne.
    Cueillis à froid,médusés,nous sommes médusés.
    Amateurs de free-jazz ,je vous laisse incrémenter ce premier choix de Paul.
    Je sens qu’on va encore se déchirer.

  2. ce cher Paul…..

    Pour un habitué du site, il faudrait être soit aveugle, soit crétin, soit les deux pour ne pas vous connaître jazzophile.

    C’est même grâce à ce site que j’ai pu connaître quelques pépites qui n’étaient pas dans ma culture mais ont fait évoluer mon oreilles.

    Quelques fois Paul à les mêmes cotés attendrissants que le docteur Maturin dans les aventures de Jack Aubray, quand, par exemple il dit « vous aurez du mal à le croire, mais je ne suis pas tout à fait amphibie ». Les connaisseurs me comprendront.

  3. John Coltrane: « Mon problème, quand je commence à improviser, c’est que je ne sais pas m’arrêter. »
    Miles Davis: « C’est pourtant simple, tu n’as qu’à t’arrêter de souffler dedans. »

    1. @ Basic Rabbit : merci pour ce bon mot :
      « John Coltrane: « Mon problème, quand je commence à improviser, c’est que je ne sais pas m’arrêter. »
      Miles Davis: « C’est pourtant simple, tu n’as qu’à t’arrêter de souffler dedans. » « 

      En ce qui me concerne, je n arrive pas a situer un début ni une fin dans ce morceau : il pourrait continuer toujours en enchaînant les transformations sur un fond ressemblant.
      Un processus est à l’ œuvre , un souffle qui s’ expand et se fraie un chemin , se pose juste comme il faut , avant de reprendre fort d’ une assurance reconstituée.
      Pas de début pas de fin, même si tu arrêtes de souffler dedans aujourd’hui.

      1. @ Tigue

        « se fraie un chemin »

        ça me fait penser à ce que dit PJ dans « Principes des systèmes intelligents » où il parle de frayage (chap. 12 (IV)) et de chréode (chemin obligé) (chap. 10 (I)). Après tout il n’est pas étonnant que parler ou discourir à l’aide d’un instrument fasse appel aux mêmes principes…

      2. En ce qui me concerne, je n arrive pas a situer un début ni une fin dans ce morceau

        :-))) Pour moi il y a bien un début et une fin, mais le chaos au milieu.

        Réfractaire au free-jazz à vie, je le crains.

  4. C’est sûr qu’on ne parle plus de New Thing et Great Black music à tous les coins de rue 50 ans plus tard. Et que les saxophonistes au phrasé incandescent et assez peu concernés par « hitting the right notes » sont une espèce rare…

    Après la mort de Von Freeman cet été, quasiment le dernier des mohicans c’est Giuseppi Logan, mais il est dans un état après toutes ces années d’errance SDF… Il a quand meme reussi à se faire publier un cd via Kickstarter il y a peu grâce à quelques fans :
    http://www.youtube.com/watch?v=UTssjT9rAmQ
    http://www.kickstarter.com/projects/710927283/the-giuseppi-logan-project-a-free-jazz-album

    Apres pour ce qui est de l’aspect social voire racial, ça n’a pas complètement disparu non plus, L’exemple le plus connu récemment c’est Matana Roberts avec ses « coin coin » (Chapter One: Gens de couleur libres » / chapter two « mississipi moonchile »),
    ce n’est pas tout à fait le Freedom Now de Max Roach et Abbey Lincoln
    http://www.youtube.com/watch?v=q5Dj7HQEasQ
    …mais c’est pas mal non plus :
    http://www.youtube.com/watch?v=JbNKUAy0Qik

    Enfin puisque j’évoquais Giuseppi Logan, ça nous ramene tout droit au légendaire label ESP (qui avait aussi publié Ayler) et dont le « reboot » n’a pas forcément été super concluant, le boss étant ce qu’il est… , au point que quelques salariés ont jeté l’éponge pour lancer le leur et s’assurer un peu plus de la survie du label/du suivi de ceux qu’ils signent, maintenant c’est chez Northern Spy qu’il faut aller voir pour les oiseaux rares (pas spécifiquement jazz d’ailleurs, raccord avec l’esprit ESP original)
    http://northern-spy.com/

    1. Il y a encore Ornette Coleman !
      82 ans, et il se produit toujours. Je l’ai raté à Middelheim (Anvers) cet été, d’où il a été déprogrammé en raison d’un petit problème de santé. En janvier, il joue à New York, hélas pour moi.
      Il me semble qu’il est le dernier grand de l’époque encore en piste.

      1. tututut, je faisais pas un concours de geants de l’epoque encore vivants (Giuseppi Logan a disparu bien trop vite de la circulation pour avoir ce statut de toute façon) ou meme de geants touts courts (sinon j’aurais mis 250 noms ^^ ) , mais rapport à Ayler, je pointais ceux au phrasé particulier qui pouvaient sonner « faux » pour ceux qui confondent jazz et technique de premiers de la classe (qui ne méritent que d’être poussés dans les orties comme chaque écolier sait d’instinct 😉 ) , alors que les amateurs de hors-piste peuvent être tellement plus ennivrants 🙂

        cas typique par exemple, cet exemple avec Von Freeman et Clifford Jordan, les 2 sont évidemment excellents, mais seul Von Freeman fera hérisser les poils des snobinards qui n’admettront pas qu’il « flotte » autant , c’est pas dans leur manuel ^^
        http://www.youtube.com/watch?v=HzuYo6OxkaY

    1. Sans vouloir faire mon intéressant, ce n’est pas Janis Joplin et Jimmy Hendrix, mais Janis Joplin et le Big Brother and Holding Company, dont Hendrix n’a évidemment jamais fait partie. Ce blues magnifique et déchirant est sur le disque non moins magnifique nommé Cheap Thrills, dont la couverture a été dessinée par le grand Robert Crumb.
      Moralité : il faut vérifier ses sources avant de donner des informations (fausses, dans le cas présent), exercer son sens critique, ne pas croire que ce qu’il y a sur l’étiquette correspond obligatoirement au contenu du flacon.
      Et puis : je suis loin d’être sûr qu’Ayler et Bechet jouent ici le même morceau, ça me semble même bien improbable. Mais en voici une version chantée par Billie Holiday (mais j’avoue que pour moi, même Billie Holiday n’arrive pas à la cheville de Janis Joplin !)

  5. Il y’a aussi un nombre de daubes incroyable en « free jazz ». Quand j’étais ado dans les années 80, je me souviens de disques « Free » que j’empruntais à la discothèque de Cergy Pontoise que j’essayais de plagier en répétant mes II V I (!). Pendant la cacophonie ambiante que me déversais mes deux enceintes, j’avais parfois ce sursaut : « Ah tiens, là, ce que joue les mecs c’est de la bombe ! ». C’était le seul moment du disque où les types suivaient une grille de Blues. Alors j’ai compris ce que le snobisme était en Jazz.
    Ce morceau est pas mal, mais en Jazz libre, je ne suis pas toujours emballé par les chemins de traverses empruntés par Ayler, tandis que les thèmes d’Ornette Coleman m’ont toujours mis sur le cul ! C’est harmoniquement toujours sur le fil du rasoir, c’est le jazz free que j’aime, « The Shape Of Jazz To Come ». Et après ils n’ont inventé que le « jazz rock » pas forcément du meilleur goût depuis le Jazz s’encroûte. Que peut-on faire après le « free jazz » ? Un Jazz (littéralement « musique de bordel ») mieux réglementé ?

  6. tiens au fait, en capillotractant un peu, il y a moyen de relier la crise des subprimes et le free-jazz :
    Parmi les jeunes qui se sont lancé dans le free-jazz et autres musiques improvisées en ce nouveau siècle, il y a un charmant duo qui s’appelle…the home of easy credit (!!) , dont le premier disque est evidemment publié chez les dissidendts/descendants d’esp (voir northern spy plus haut). Le monde est petit finalement.
    http://www.youtube.com/watch?v=Ex5CyGp83pI
    http://www.youtube.com/watch?v=kqiawu2gctk

  7. Eh bien Paul, vous l’aviez bien caché !

    Vous êtes apparemment un esprit universel en musique, et pas qu’en musique, ce qui n’est pas mon cas. Parce que pour moi la country et le blue grass, …c’est d’un esprit trop proche de mes racines paysannes obscurantistes.

    J’ai été un fan absolu de l’Art ensemble of Chicago, en abrégé l’Art ensemble, 😉 , qui dans les années 70 avaient un public en Europe mais pas aux Etats-Unis ! C’est ainsi qu’ils ont assuré la partie instrumentale de disques de Brigitte Fontaine (Comme à la radio, 1969)

    Pour ceux qui ne connaissent pas, ou peu, ou qui ont oublié, sans prendre leur temps, je leur proposerais d’écouter The Waltz, d’1 minute 17, ou leur version, plus longue – 5 min 37 – mais emblématique selon moi, du Purple Haze de Jimi Hendrix. À leurs débuts, le côté happening de leurs concerts n’était pas sans séduire.

    Bizarrement, je suis passé un peu à côté d’Albert Ayler – sans doute en raison de la richesse de la scène européenne, mais je peux vous dire que sur six concerts de l’Art Ensemble auxquels j’ai assisté, à cinq reprises leurs improvisations m’ont jeté dans un état de conscience hors du temps, proche d’une forme de satori, ce que seul, et une seule fois, a pu m’occasionner l’audition de Michel Portal – en improvisation, lui aussi.

    Aujourd’hui, il n’y a rien à faire, à mes oreilles le free jazz appartient à l’histoire et aux anthologies, il n’est plus porté par une problématique historique qui le faisait jaillir des coeurs, des murs et du sol. Mais mon fils de 29 ans, qui aime le démontage des codes, est enchanté !

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