IL Y A AUSSI CERTAINS JOURNALISTES FINANCIERS…

Je vous ai déjà fait part de la consternation qui est la mienne à la lecture de la littérature relevant de ce qu’on désigne comme la « science » économique. Je suis beaucoup mieux disposé à l’égard des journalistes de la presse financière, qui font en général un excellent boulot, devant convaincre leurs lecteurs qui ne sont souvent ni des économistes, ni des financiers, et à qui, du coup, on ne peut pas aisément faire prendre des vessies pour des lanternes.

Je viens cependant de passer quelques très inconfortables dix minutes à lire un article publié aujourd’hui dans le Financial Times et de la plume de l’un de ses éditorialistes vedette.

Devant un texte qui vous semble incohérent, signé d’une personnalité ayant pignon sur rue, votre première réaction est de vous dire que l’absence de signification apparente s’explique par vos propres lacunes et de poursuivre la lecture, à la recherche de pages qui feront à nouveau sens.

Et pourtant… je lis ceci :

« Au milieu des années 1990, quand les banquiers de JP Morgan mirent au point à vaste échelle les CDO synthétiques, ces instruments étaient utilisés pour reconditionner la dette des entreprises. »

Les Collateralized Debt Obligations sont des produits financiers constitués de la combinaison de différents instruments de dette (emprunts), mais les CDO synthétiques sont des produits dérivés dont la valeur est celle du risque de non-remboursement ou de non versement des flux d’intérêts d’un CDO. Si les CDO sont bien « utilisés pour reconditionner la dette des entreprises », les CDO synthétiques ne sont eux que des paris sur le rendement – ou plutôt l’absence de rendement – d’instruments de dette. J’ajoute, un peu cruellement, que seule Wikipedia imagine que « un CDO synthétique est une forme de CDO ».

Je continue :

«  … les CDO eux-mêmes devinrent à ce point diaboliquement complexes et jouant sur l’effet de levier… »

Complexes, oui certainement : on en vint à concevoir des CDO au carré, à savoir des CDO dont chacune des composantes était elle-même un CDO, mais… « jouant sur l’effet de levier » ? Oui, je sais, une part considérable de nos maux aujourd’hui sont dus à l’effet de levier : au fait qu’au lieu de spéculer sur des sommes dont on est le propriétaire, on le fait à partir de sommes que l’on a empruntées, de sorte que l’on évalue le rendement des opérations effectuées en comparant les recettes aux intérêts que l’on a dû verser sur la somme empruntée, plutôt qu’avec une somme dont on serait le détenteur mais… cela ne suffit pas pour considérer que tous les effets pervers de la finance sont dus à l’« effet de levier ». Quel rapport entre les CDO et l’effet de levier ? Mystère et boule de gomme !

Bon, vous avez autre chose à faire… et il se fait que moi aussi !

N.B. : Je sais que l’éditorialiste en question est anthropologue de formation, mais cela n’excuse pas tout !

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