LE VENT SE LÈVE de Hayao Miyazaki, par C. Courtier

Billet invité.

Le vent se lève de Hayao Miyazaki n’est pas autobiographique, contrairement au Château ambulant.

Avec ce dernier film, ce « testament graphique », Miyazaki nous livre une feuille de route, un message d’espoir ou tout au moins un constat nous encourageant à aller de l’avant.

Mieux décrire le passé pour mieux parler du présent…

Comment ne pas faire de parallèle entre ces enfants mourant de faim, méfiants envers leurs compatriotes, ces révoltes dans les rues au Japon et en Allemagne, la foule attroupée devant une banque qui fait faillite et la situation économique actuelle des pays développés (dont le Japon), la situation et le rôle des banques, qui risquent de nous mener à ces extrêmes ? Toujours du point de vue du héros, issu d’une famille très aisée et vivant dans un confort contrastant avec la situation du peuple qu’il croise… le vent de la révolte (populaire) se lèvera, il faudra vouloir vivre…

Comment ne pas faire de parallèle entre la ville dévastée, le tremblement de terre, l’incendie et son gros plan sur des tuyaux qui fuient et des débris incandescents portés par le vent (utilisés aussi dans le Tombeau des Lucioles pour la même raison) et le tsunami de 2011 et bien sûr Fukushima ? Un vent mortel s’est levé (porteur de particules brûlantes radioactives), il faut tenter de vivre malgré tout…

La maladie est très présente dans ce film, la tuberculose de la femme du héros, avec ces scènes insoutenables où elle crache le sang… Sang des poumons, maladie portée par l’air respiré… maladie due au vent charriant des éléments négatifs…

Miyazaki parle de son pays et des problèmes majeurs qu’il affronte et avec lesquels il va devoir vivre… « Le Japon va exploser » dit le héros du film…

Raconter cette histoire, celle de cet ingénieur rêveur inventeur d’une terrible arme de guerre, c’est raconter la deuxième guerre mondiale du point de vue des « méchants » (Japon, Italie, Allemagne, seuls pays présents dans ce film), c’est aussi nous dire que derrière ces hommes qui ont fait la guerre se trouvaient des êtres humains avec des sentiments, des idéaux, de la naïveté et, mis à part quelques « tueurs pathologiques » (l’espion allemand parlant de son pays), le gros des humains de ce côté là ressemblait à celui de l’autre côté… C’est une façon de pardonner à ceux qui nous ont blessés, pardonner à ceux qui ont créé le pire… Pour éviter au Japon « d’exploser »…

Cet ingénieur rêvait d’un avion de passagers beau comme un oiseau et a fabriqué le P-Zero… Tout comme Einstein rêvait d’une théorie expliquant l’univers et a engendré la bombe atomique… Miyazaki dit aux Japonais de pardonner à ceux du passé qui ont fait participer leur patrie au pire, de pardonner à ceux qui ont fait plonger leur patrie dans le pire de la technologie moderne… Essentiel de pardonner, de ne pas garder de haine, de ne pas en vouloir à qui que ce soit, afin d’avancer car le vent s’est levé et il faut tenter de vivre…

Miyazaki, à travers ses films, a toujours eu un regard très critique envers le genre humain, non respectueux de la nature, guerrier et égoïste… Il a toujours préféré les dieux, les esprits, les animaux et les personnages de légende, les phénomènes magiques, etc. Avec ce dernier film, le plus réaliste de tous, il affirme avoir malgré tout de l’affection pour nous, malgré les horreurs commises autrefois (la deuxième guerre mondiale) et les horreurs que nous commettons toujours (Fukushima), il nous dit qu’il faut tenter de vivre, en admirant la nature, les paysages (ils sont encore plus magnifiques dans ce dernier opus) et en respectant notre environnement (avec une vision shintoïste bien entendu, la femme de l’ingénieur remerciant la fontaine de lui avoir ramené son mari) mais en nous méfiant de notre soif d’idéal et de notre propension à rêver.

Message d’espoir aussi car le vent de la création a poussé cet ingénieur a créer de merveilleux appareils, soutenu par l’amour de sa femme… Miyazaki croit encore en la technologie salvatrice qui effacera les plaies créées par la race humaine… Tout comme dans les années 30 où tout le monde croyait en la valeur bienfaisante des nouveautés techniques… Cet avion rêvé est porté par le vent, lui aussi…

Voir dans ce film une autobiographie pro-nationaliste qui mettrait sur un piédestal un Japon fantasmé par un Occident peureux serait faire injure à cet immense auteur qui a toujours clamé dans ses films l’amour de la nature et la force de l’amour et qui a toujours été critique envers les hommes… Que ceux qui ne sont pas capables de lire le second degré s’abstiennent d’aller voir Le vent se lève, le vent n’en agitera pas moins leur chevelure tôt ou tard…

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