Big Brother saura-t-il encore reconnaître les siens, par Thomas

Billet invité. À propos de « EXTRÉMISTE »… COMME VOUS ET MOI.

La nouvelle expression de l’hubris du complexe militaro-industriel états-unien que vous reportez dans votre dernière chronique du vendredi m’a remémoré le point suivant. C’est le même journal, le Guardian qui avait dévoilé, il y a quelques années, l’histoire de Mark Kennedy, « undercover cop » parmi les « domestic extremists », comprendre les militants environnementalistes. Pour l’édification de chacun, cela lève toute ambiguïté au sujet de qui les « élites » se représentent comme des « extrémistes »…

Le plus attristant est que l’affaire avait montré que, de tous ceux qu’il espionnait, c’était Kennedy lui-même le plus pousse-au-crime. Au moins, avait-il alors fait montre de ses regrets. L’humanité ne réside-t-elle pas dans les failles ?

Mais il y a une ironie glaçante dans cette militarisation – et ne faudrait-il pas ajouter fascisation ? – des systèmes d’information prédictifs et préventifs : pour chaque seuil de basculement détecté et chaque « leader de contagion » à son origine, comment sera-t-il possible de distinguer le vrai militant du faux ?

Ces mêmes systèmes, si sophistiqués pour contrôler ce que depuis l’Olympe on ne peut nommer que la plèbe, pourront-ils garder trace de tous les espions infiltrés et autres agents provocateurs employés par des administrations parfois concurrentes entre elles ? Et quand bien même, les systèmes seront-ils si puissamment prédictifs qu’ils pourront déterminer le seuil de basculement des agents eux-mêmes ?

Vieille question qui fait depuis longtemps les délices des scénaristes d’Hollywood : le flic a-t-il retourné sa veste ? Pour qui roule-t-il réellement ? De la fiabilité de l’automate et de la faillibilité de l’humain : il me prend soudainement l’envie de revoir La vie des autres, car in fine, ce n’est pas faute de technologie si les régimes totalitaires et paranoïaques de l’Est se sont effondrés, mais faute d’humanité. Le contrôle total est un fantasme dont la réalisation, si elle peut produire toutes les horreurs, est toujours ultimement vouée à l’échec.

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