OGM : La menace fantôme, par Guy Weets

Billet invité.

Et si la crise financière n’était que la partie visible de l’iceberg  du capitalisme mondialisé et de ses méfaits ?

L’étonnante décision du Conseil Européen de l’Environnement de débloquer le dossier des OGM nous rappelle que sur le front de l’agroalimentaire rien n’est jamais gagné. La décision prise devrait permettre aux pays de l’UE qui le souhaitent d’autoriser la culture d’OGM. Cet accord rendu possible par une alliance tactique entre les pays pro-OGM menés par le Royaume-Uni et les anti-OGM, dont la France et l’Allemagne, nous éclaire sur le misérable processus de décision au niveau de l’UE. Fallait-il offrir à Cameron une compensation à sa défaite cinglante pour la nomination du président de la Commission ? Ou est-ce la menace de Monsanto de désinvestir en Europe, agitant l’épouvantail du chômage devant les politiciens effrayés ? Ce qui est sûr, c’est que les ambassadeurs des 28 ont négocié en secret cet accord pendant tout le mois de mai, durant lequel le lobby agroalimentaire n’a pas cessé de défiler à Bruxelles. Seuls la Belgique et le Luxembourg n’ont pas voté l’accord. La France représentée par Ségolène Royal a même eu le culot de le présenter comme un bon accord.

Mais quelle est la menace?

Dans un billet précédent, j’attirais l’attention sur des politiques qui sont conçues pour échouer ! Celle-ci pourrait devenir un vrai cas d’école :

Pour refuser l’autorisation dans certains pays d’un produit OGM approuvé par la Commission, il faudra que chacun de ceux-ci négocient un accord avec les compagnies propriétaires pour que ces dernières excluent leur pays dans leurs exportations. On croit rêver ! Un grossiste en graines pourrait ainsi acheter des OGM en Angleterre où l’importation est autorisée et les revendre en France sous un autre nom.

Il y a d’autres problèmes fondamentaux que la proposition ne traite pas.

Comment régler la coexistence des deux régimes ? Rien n’est dit sur la pollution, accidentelle ou non, de champs de pays n’ayant pas autorisé cette culture. La société propriétaire pourrait ainsi poursuivre en justice le fermier pour vol de propriété intellectuelle, sachant que ce dernier sera incapable d’éliminer les graines OGM de son champ. Cela s’est passé au Honduras où Monsanto a poursuivi des dizaines de fermiers, forçant ainsi le gouvernement à revenir sur sa décision de bannir ces OGM.

Enfin, si le traité transatlantique est adopté, les accords conclus entre les pays anti-OGM et les compagnies productrices seront quasi automatiquement dénoncés !

Ceci ne serait qu’un avatar de plus de la quête frénétique du profit s’il ne s’agissait pas de notre santé. En particulier les » Round-up ready » de Monsanto qui permettent d’augmenter l’usage du pesticide sans danger pour la plante (le maïs) mais pas pour l’homme, comme l’a démontré le professeur Gilles-Eric Séralini de l’université de Caen. Le lobby du biotech qui a dépensé des sommes folles pour tenter de discréditer Séralini et son équipe, a finalement obtenu que l’éditeur Elsevier retire la publication, une pression inacceptable du business sur la science (pour ceux qui voudraient en savoir plus – en anglais).

Rebondissement dans cette affaire, à la mi-juin : les journaux Le Monde et le Figaro font savoir que 5 éditeurs scientifiques européens, offusqués par cette censure, ont proposé de republier l’étude :

« Nous avons eu des propositions de cinq éditeurs pour republier l’étude et nous avons choisi Environmental Sciences Europe (groupe Springer) car cette revue fonctionne en “open source”, ce qui va permettre de mettre à la disposition de toute la communauté scientifique les données brutes », a indiqué Gilles-Eric Séralini.

Il faut savoir que la communauté scientifique doit donner accès à toutes les données scientifiques brutes qui ont servi à l’étude, par contre les compagnies ne doivent publier que les conclusions du style « l’étude a montré que le Round-up n’affecte pas la santé humaine et est biodégradable » deux affirmations complètement fausses. Les protocoles expérimentaux pas plus que les données ne sont mises à la disposition de la communauté scientifique sous le prétexte fallacieux du secret commercial ! En d’autres mots, peu importe la tromperie et notre santé, il faut satisfaire les actionnaires.

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